Tarsila do Amaral – peindre le Brésil moderne – au Luxembourg

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 2 février 2025

Caïpirinha (1923) Tarsila se représente en jeune fille de la campagne qui joue dans son jardin

Tarsila do Amaral naquit en 1886  à Capivari (Etat de Sao Paulo) dans une exploitation caféière. En 1920 Tarsila va étudier à Paris à l’académie Julian, retourne au Brésil en 1922 pour la semaine de l’Art moderne. Oswald de Andrade devient son compagnon. Ensemble il reviendront à Paris en 1923, Tarsila prend des cours avec André Lhote, Fernand Léger et Albert Gleizes. Ils se lient avec Cendrars, Cocteau, Brancusi et les Delaunay.

Autoportrait au manteau rouge

Les Parisiens attendent une « fraîcheur exotique » elle soigne son apparence : « une caïpirinha habillée par Poiret »

L’Invention du Paysage brésilien

Le chemin de fer Central (1924)

Ses allers-retours Paris/Sao Paulo lui font appréhender le paysage brésilien. le cubisme lui offre une méthode d’analyse. Dans le Chemin de Fer Central, Tarsila exalte le progrès technologique faisant figurer locomotive, pylônes  qui voisinent avec une église portugaise ou des maisons colorées. Avec son industrialisation Sao Paulo serait la « locomotive du pays »

le Marché

J’ai beaucoup aimé la fraîcheur des couleurs, les fruits exotiques du marché et la surprise d’y découvrir des animaux, lapin, oiseau, tatou?

Primitivisme et identité

A Negra

Tarsila ne se contente pas des paysages, elle peint les Brésiliens construisant un imaginaire national fondé sur le métissage des cultures indigènes, africaines et portugaises. 

Le marchand de fruits

 

le baptême de Macunaïma (1956) présente un personnage composite, homme/femme à la fois, enfant qui devient blanc quand on le baptise dans une nature sauvage exubérante peuplée d’oiseaux cubistes rouge, de crapauds …

Batizado de Macunaïma (1956)
La Cuca (1924)

Le Brésil cannibale (1928)

Paysage anthropophage

En 1928, Oswald de Andrade publie un Manifeste anthropophage illustré par la figure de Abaporu

 

Abaporu d’après le tupi-guarani : Homme qui mange l’autre

Dans cette période anthropophage Tarsila peint les réminiscences enfantines des rêves. On l’a parfois comparée à Magritte et De Chirico mais elle ne se réclame pas du surréalisme

Taureau dans la forêt

Travailleurs/Travailleuses

Ouvriers

Le krach de 1929 affecte Tarsila qui perd ses propriétés. Son nouveau compagnon Osorio Cesar est un intellectuel de gauche. Ils partent en visite en URSS et Tarsila est influencée par le réalisme soviétique comme on le voit dans  le grand tableau « Ouvriers » presque une fresque. Ce voyage en URSS la conduira en prison en 1932. Dans le tableau des Couturières, elle s’attache à un traitement individuel de chacune des femmes

Couturières (1950)

Nouveaux paysages années 1950

Tarsila revisite ses compositions précédentes, intègre la construction des métropoles et peint Sao Paulo avec des grattes-ciel.

Porto (1963)

L’Homme qui apporte le bonheur – Catalin Dorian Florescu – Ed. des Syrtes

FEUILLES ALLEMANDES/ ROUMANIE

Catalin Dorian Florescu est né en Roumanie mais demeure depuis 1982 en Suisse, L’Homme qui apporte le Bonheur est traduit de l’Allemand, ce qui explique qu’il figure dans les Feuilles Allemandes comme le Turbulent Destin de Jacob Obertin que j’ai beaucoup apprécié. 

Difficile de rédiger cette chronique : le roman offre des surprises et des rebondissements que je ne veux pas divulguer pour laisser au lecteur le plaisir de la découverte.

Deux histoires se mêlent : l’une d’elle commence la nuit de la Saint Sylvestre 1898 à New York et a pour héros « grand-père », un petit vendeur de journaux, cireur des rues, d’une dizaine d’années. L’autre se déroule dans le delta du Danube en 1919 et met en scène la « grand-mère » qui découvre sa grossesse et veut se protéger du diable en se confiant à une sorcière. Ces appellations de « grand-père » et « grand-mère » ont aiguisé ma curiosité et j’ai cherché pendant la moitié du roman qui pouvait donc être le (la ou les) narrateur(s). .

En Amérique, chaque immigrant, irlandais, italien ou juif, tente sa chance ; il est persuadé qu’il sera riche, célèbre, même si nombreux seront ceux qui seront refoulés ou qui ne survivront pas. Dans le Delta,  la vie s’écoule au rythme du fleuve, on peut prendre des heures à contempler un héron . Ceux qui rêvent d’autre chose, rêvent d’Amérique.

Les deux histoires ont des points communs : le fleuve qui s’écoule et les journaux qui raconte la marche du monde. A New York, le crieur de journaux cherche le sensationnel tandis que Vania, le pêcheur lipovène, déchiffre les nouvelles vieilles de plusieurs années.

Quand? Comment ces deux histoires se rencontreront elles? Il faudra traverser un siècle, un continent, un océan et trois générations. Et même quand Ray et Elena se raconteront, il faudra du temps et de la patience.

Ton grand-père, Ray, n’a jamais rien su du monde de Vania ou de Leni, de cette région où l’on n’était qu’à
un doigt de Dieu, mais aussi du diable. Il y aurait connu un silence qu’il ne pouvait guère s’imaginer dans la métropole. Une tout autre rumeur que celle de l’affairement urbain. Cela commençait par le son de râpe doux et sec des roseaux qui se frottent les uns aux autres, le claquement de bec des cigognes, et le bruissement des saules, des bouleaux et des frênes…

« Grand-père », lui a  vécu dans les cris des rues, les spectacles des vaudevilles Newyorkais, dans les bobards et les bluffs :

Quand Betsy l’attira vers elle et lui demanda quel était son vrai nom, il répondit « Paddy », sans hésiter.
Pour les Italiennes il était « Pasquale » et pour les Juives il était « Berl ». Ça lui était égal que les filles se
doutent qu’il leur racontait des bobards, et les filles aussi, ç’avait l’air de leur être égal d’entendre des
bobards. Raconter des craques était là péché véniel.

En plus des sortilèges et diableries du Delta, des décennies de communisme ont aussi retenu les paroles qu’Elena ne livre pas facilement :

Qui plus est, je ne sais pas raconter comme vous. Là d’où je viens c’était dangereux de raconter. On ne
savait jamais qui pouvait vous entendre. Vous pouviez vous retrouver derrière les barreaux, à raconter des
choses qu’il ne fallait pas. Ici en Amérique vous pouvez inventer ce que vous voulez, ça n’a aucune
importance de toute manière.

Et le bonheur là dedans? Il vous faudra lire le livre, je ne spoilerai pas.

Et vous ne regretterez pas cette lecture. C’est un excellent roman!

Et si les paysages du Delta du Danube vous tentent, un film se joue actuellement sur les écrans Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde, il a même été primé au Festival de Cannes. CLIC

L’Hôtel du Bon Plaisir – Raphaël Confiant

LECTURE COMMUNE -SOUS LES PAVES, LES PAGES

« Ainsi vécut, trente-sept ans durant (1922-1959), un modeste bâtiment à l’origine destiné à soulager la
misère des guenilleux du quartier des Terres-Sainville, au beau mitan de Fort-de-France, capitale de la
Martinique, petite île à la topographie excentrique »

L’enseigne prête peut-être à confusion. Ce n’est pas un hôtel, encore moins un lieu de plaisir, mais un immeuble où habitent des « gens de bien ». Edifié  par trois soeurs « békées » trois célibataires, issues d’un couvent  au nom de « L’Hôtel de la Charité Saint François de Sales » afin de soulager la misère de ce quartier déshérité.  

« L’ex-avocat, nouveau propriétaire de l’Hôtel du Bon Plaisir, avait donc un roman en chantier. Un grand et
vaste roman. Celui des locataires, passés et présents, de son établissement. »

C’est donc ce roman qui se dévoile page après page. Il mêle les histoire de tous ces personnages et de leurs proches, histoires particulières, mêlée à la grande Histoire, celle de la Martinique, des souvenirs de l’esclavage, révolu depuis longtemps mais encore prégnant, jusqu’à ce que la Martinique ne devienne un département.

« Le soir venu, il notait tout cela dans des cahiers d’écolier dont les couvertures étaient de couleurs différentes. La rouge avait trait à Man Florine. La bleue aux sœurs de Lamotte. L’orange à Justina Beausoleil. La marron à Beausivoir, l’entrepreneur en travaux divers. La verte à Jean-André Laverrière, le clarinettiste. La blanche à Victorin Helvéticus. La jaune à la famille
Andrassamy. »

Un clarinettiste de jazz qui a joué au Bal Blomet. Un ancien instituteur décoré des palmes. Un entrepreneur. Une vendeuse de pistaches, ancienne charbonnière syndiquée à la CGT. Une famille indienne avec une nombreuse marmaille. Un avocat mulâtre. Un étudiant brillant mais un peu fou…un commerçant chinois… un gérant syrien …composent une société diverse ayant en commun le créole et une certaine déveine.

Des évènements à la limite du surnaturel surviennent, un incube vient importuner les femmes, deux meurtres non élucidés agitent la vie quotidienne de cette communauté où circulent les ragots et les jalousies, mais où la solidarité est la règle.

Au fond, si l’on considère l’Hôtel du Bon Plaisir comme un bateau, un paquebot plutôt, un paquebot échoué,
eh bien, mon naufrage n’est pas aussi absurde qu’il en a l’air. Dans cet immeuble bringuebalant se sont
rassemblés, comme par un fait exprès, des destins brisés, des existences secrètement gardées, des rêves
explosés ou tout simplement le plus terre à terre, le plus insignifiant des désarrois : celui de vivre sur une
terre où rien ne sera jamais possible. Que pourrait-on faire, en effet, d’une île où à la sauvagerie de
l’extermination des Amérindiens a succédé la barbarie de l’esclavage des nègres ? Deux tragédies
fondatrices, pontifie un penseur local qui vient de recevoir un prix littéraire à Paris ! Tu parles de
fondations ! Des fosses communes, oui. Ou plutôt des charniers à ciel ouvert. Du sang ! Du sang ! Voici les
cent pur-sang du soleil parmi la stagnation

Un roman très riche rédigé dans une langue pittoresque. J’ai pensé à Chamoiseau,  à Texaco où la vie d’un quartier est racontée. 320 pages qui se tournent toutes seules et vous emmèneront à la Martinique mais aussi à Paris pour votre plus grand plaisir. Seul bémol : l’enquête policière à la suite des meurtres reste en carafe. 

 

 

 

La fête de la Grue – sortie ornitho au bord du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Antoine Cubaixo a donné rendez-vous devant  l’église de Châtillon- sur-Boué, encore une belle église de bois ! J’y retrouve mes compagnons de visite, une famille roumaine en camping-car très équipée et très experte, et une dame et ses deux fils de 10 et 8 ans. Le spot d’observation sera sur la digue près de la presqu’île de Larzicourt où on installe les trépieds avec lunette ornithologique et appareils photo. De l’autre côté de la digue les oiseaux sont tranquilles dans leur espace de quiétude où il est interdit de pénétrer. Ma première surprise est le niveau du lac finalement pas tellement rempli. Heureusement si l’eau arrivait à ras-bord les oiseaux n’auraient plus la place pour se poser.

Le guide fait peu de discours, il commente les surprises que les oiseaux nous réservent.

Lac du Der

Un Héron Cendré solitaire est perché sur la souche d’un ancien chêne qui a été abattu avant la mise en eau du lac. Ces souches sont bien conservées et sont visibles tout autour du lac. Un groupe d’oies cendrées broute l’herbe verte. Elles viennent de Suède et hiverneront ici.

Un peu plus loin, dans l’eau, une Grande Aigrette (Ardea alba) pêche. Les plumassiers ont décimé ces animaux pour orner chapeaux et costumes.. Une protection efficace a permis aux effectifs de cette espèce en danger de se reconstituer.

Le Pygargue à queue blanche ( Haliaeetus albicilla) plane et tourne autour d’un grand saule. Nous suivons ses évolutions espérant saisir le moment où cet aigle pêcheur va fondre sur sa proie. Nous serons déçus, et lui, bredouille, encore plus, Un vol de Vanneaux huppés (Vanellus vanellus) se pose au bord de l’eau sur un banc de sable. Un peu plus loin, parmi les limicoles nous reconnaissons le bec arrondi du Courlis (Numenius arquata), plus tard le guide identifiera un bécasseau, hautes pattes et bec pointu, puis une bécassine des marais.

De nombreux canards pataugent ou marchent près du bord, colverts, mais aussi Sarcelles d’hiver (Anas crecca) , Canard siffleurs (Mareca penelope) et même quelques Nettes rousses (Netta rufina).

roselière, petite « ile » noire formée par les foulques

Entre la presqu’ile et le rivage, une étroite petite île noire semble trembloter. Ce n’est pas du tout une île mais un regroupement de Foulques macroules (Fulica atra)qui  barbotent collés les uns aux autres. A l’œil nu on ne distingue pas les oiseaux, à la jumelle on les voit mais il faut les lunettes pour trouver au milieu des foulques les têtes rondes des nettes et des sarcelles qui s’agglomèrent aux foulques. L’union fait la force, les foulques craignent les prédateurs, le Pygargue que nous avons suivi et même les goélands. Réunis en bancs compacts ils se sentent protégés.

Au travers de la lunette : dans l’eau des cygnes, sur l’herbe, les grues

Mais nous sommes venus pour les Grues ! Nous guettons les arrivées, alertés par leurs cris. Si elles viennent du sud, elles sont généralement peu organisées et en petits groupes. Elles reviennent du gagnage dans les champs proches du lac. Les groupes se dissocient et éclatent, elles atterrissent par famille, un couple et des jeunes, ou un couple seul. Celles qui arrivent de loin viennent du nord, en formations en V très bien organisées, en grand nombre. Parties de Scandinavie sont passées par l’Allemagne, ont traversé la Belgique, vers Liège. Certaines passeront l’hiver au Lac de Der.  Leur destination finale est au Portugal et au Sud de l’Espagne. Ce sont de très gros oiseaux de plus d’un mètre de hauteur et de 1,8 m à 2,4m d’envergure. Nous les regardons s’installer, certaines dansent, d’autre se baignent se secouent. Le Der est pour elles une aire de repos et les champs de maïs proches leur offre une abondante nourriture. Même avec le réchauffement climatique elles continueront à migrer. Les Grues ne craignent pas tant le froid que le manque de lumière au nord en Scandinavie. Les journées seraient trop courtes pour chercher leur provende qui serait inaccessible si la neige ensevelit le sol ou si le gel le durcit.

Vol de grue

La LPO organise des comptages. Ce matin, 20 octobre on a comptabilisé 91.000 arrivées, ce qui est beaucoup. Les résultats sont accessibles sur leur site  qui permet de suivre les migrations jour par jour.

C’est un plaisir de les voir s’installer. Pour bien les observer, mes jumelles sont un peu limite. Un de mes compagnons de visite m’offre une photo avec mon smartphone  par l’oculaire de sa longue vue. A cinq heures les arrivées sont impressionnantes. Je rejoins à pied sur la digue le site de Chantecoq où la LPO a installé ses tentes et son matériel.

 

 

 

 

 

Sainte Marie-au-Lac-Nuisement – Village musée du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Village- Musée du Der : pigeonnier et maison du forgeron

Temps radieux, nous rejoignons rapidement Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement, le village musée. La commune a fusionné avec celle de Nuisement-aux -bois en 19669, juste avant la mise en eau du Lac. L’église paroissiale de Nuisement a été démontée et reconstruite  avec la mairie école, un pigeonnier, la maison du forgeron pour reconstituer un village d’autrefois à l’architecture à pan de bois typique de la région.

La visite du Village-Musée a pour introduction un film expliquant l’histoire du Lac du Der.

le lac du Der à la presqu’île de Champaubert

 A la suite de la mémorable crue de 1910 qui a inondé Paris puis d’autres crues en 1924, 1955.  Des réservoirs ont été réalisés en aval le réservoir « Marne » ou Lac du Der, (mis en service en 1974 )le réservoir « Aube « Amance -Temple» 1990 « lac d’Orient » mis en service en 1966 ainsi qu’un autre sur l’Yonne Pannecières (1949). Quatre Grands lacs sont gérés par l’EPTB SEINE GRANDS LACS  qui intervient sur tout le Bassin de la Seine pour prévenir les inondations et en soutien d’ étiage pour permettre la navigation sur la Seine et réguler les prélèvements en eau.

Le Lac du Der est le plus vaste, c’est même le plus grand plan d’eau de France.

Il a été réalisé dans la Champagne humide qui a un substrat argileux donc imperméable à l’emplacement d’une ancienne plaine marécageuse) couverte d’une forêt de chênes. Le nom Der provient du celte Dervos, désignant le chêne. Trois villages ont été noyés Champaubert (201 habitants), Nuisement (63 ), Chantecoq (57). Les maisons ont été brûlées après le déménagement.   De nombreux chênes ont été abattus. Les souches des arbres sont encore visibles sur les bords du lac après 50 ans le bois est encore préservé.

L’eau de remplissage du lac par le Canal d’amenée provient de la Marne au niveau de Saint Dizier mais aussi de la Blaise. Le canal de restitution se déverse dans la Marne à l’ouest près d’Arrigny

Après toutes  les inondations récentes en Seine et Marne j’ai été étonnée de voir que le lac était loin d’être rempli : le site de Seine Grand lac donne le pourcentage de 35% en ce moment, j’ai été étonnée de découvrir que le débit en aval max avait été atteint le 1er juillet.

Dans ce musée, l’accent est mis sur l’engloutissement des villages avec de nombreuses photos d’époque, des interviews dans la vidéo…

En plus de la protection contre les crues, l’établissement du lac a aussi été une opportunité pour le tourisme avec plusieurs bases nautiques, des plages, des campings. Des animations ont lieu tout au long de l’année avec La Fête de la Grue, fin octobre, mais aussi la Fête de la Pomme et des cucurbitacées, au printemps des insolites fêtes de l’Ortie et du Pissenlit….Tout est prétexte à réjouissances!

La création d’un vaste plan d’eau et de zones humide favorise la biodiversité. Il est situé sur la route migratoire des grues mais aussi de nombreux oiseaux, une quarantaine de mammifères et de nombreux invertébrés.

On a reconstitué diverses saynètes de la vie d’antan des vieux métiers.

la forge, le charron et le maréchal ferrant

Charpentiers et maisons à pans de bois et torchis. Dans la région il n’y a pas de pierre pour la construction. Autrefois une forêt de chênes prospérait. On trouvait donc les matériaux sur place : pour faire le torchis on mélangeait la terre douce argileuse avec de la paille d’avoine et des crins de cheval, à l’extérieur l’enduit était à la chaux. Les murs exposés aux intempéries étaient protégés par des lattis, bardeaux, tavillons ou écailles. On posait des planches d’aulne, des lattes et des écailles de poisson de chêne.

les maisons en torchis et à pans de bois

Les ateliers du bourrelier matelassier, une laiterie, la forge du forgeron, charron maréchal-ferrant. Dans un hangar on voit la batteuse ancienne et divers outils agricoles.

Sainte marie du Lac : jardins et mairie école

Au centre de la pièce un village de maquettes reproduit les modèles de ces maisons champenoise. Certaines sont très grandes, construites autour d’une cour carrée fermée.

Le jardin à insectes montre les divers nichoirs à insectes. Pour les bourdons pollinisateurs un pot de fleur retourné fait l’affaire, des carrés de sables peuvent héberger guêpes solitaires, fourmilions. Les carrés de compost sont appréciés des coléoptères et cétoines.

Un jardin aromatique avec menthes, livèches, et tous les simples continue la  promenade agréable.

On a remonté la Mairie-école, avec une classe ancienne. Tout un couloir est dédié au chêne, (Der=chêne) avec de nombreuses explications, même pour consommer les glands.

L’église de Nuisement

L’église Saint Jean-Baptiste était l’église du village de Nuisement démontée et remontée pièce par pièce en 1970. Les bois les plus anciens datent de 1479. La place du village face à l’église limitée par la Mairie est bordée par la maison du forgeron et le pigeonnier.

Cette visite au Musée m’a pris près de deux heures et je n’ai pas tout vu.

Rendez-vous avec les Grues Cendrées au Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Lac du Der

Le Lac du Der se trouve en Champagne entre Vitry-le-François et Saint Dizier. C’est le plus grand lac artificiel de France et c’est un site très important pour les oiseaux migrateurs. Fin octobre, on peut observer la migration des grues cendrées. Nous partons à l’aventure.

La RN4 traverse les forêts de Ferrière et Crécy. Les merveilleuses couleurs d’automne éclairent ce jour bien gris. Brusquement la RN4 est coupée, chantier ? inondations ? aucune explication, nous errons sur les petites routes de Seine et Marne en direction de Coulommiers, passons par Chevru, Beton-Bazoches…tournicotons avant de retrouver la RN4  en direction de Sézanne, puis de Vitry le François. Les nuages se sont dispersés, un faible soleil éclaire les vignobles de Champagne à flanc de coteaux.  On traverse une campagne de très grands champs ouverts avec de rares bosquets et des rangées d’éoliennes.

Sompuis église et mairie

Nous comptions acheter un pique-nique en route, une baguette, une tranche de pâté auraient fait l’affaire. La nationale contourne Sézanne puis traverse des villages où le commerce local semble absent, pas une boulangerie, même pas un café. Nous attendons Vitry-le-François … que nous n’atteindrons pas puisque, à Coole, le GPS nous dirige dans la campagne. A Sompuis  enfin, une alimentation est signalée : étrange, c’est à  la Poste installée dans la Mairie, en plus des rayonnages d’enveloppes et de cartons, des conserves et produits d’entretien, quelques frigos avec la charcuterie de base. Je demande au postier-épicier s’il y a des chances de trouver du ravitaillement ailleurs. Il ne le pense pas « nous sommes dans une zone morte ». Zone morte, mais touristique quand même, à l’approche du Lac du Der. Des panneaux rappellent les batailles de la Marne pendant la Grande Guerre. Les villages traversés Humbauville et Le Meix-Tiercelin, semblent plutôt désertés avec des maisons en triste état.

Outines – poirier

Le village d’Outines est très joli. Il est aménagé en gîtes ruraux avec des longères en pans de bois. L’une d’entre elles s’appelle « Au passage des Grues ».

Eglise d’Outines

L’église est très curieuse en bois, à l’intérieur la charpente de la nef est très belle. Pendant que je fais des photos Dominique croit entendre des enfants dans une cours de récréation. Bizarre, ce sont les vacances ! C’est notre premier contact avec les grues : très bruyantes, elles tournoient au-dessus de nos têtes. Nous en avions bien vues dans un champ mais je les avais prises pour un troupeau de moutons en train de brouter. Je n’ai réagi qu’après avoir découvert ces vols.

Outines longères

Nous abordons le lac à Giffaumont-Champaubert tout aussi dépourvu de commerces. Une haute digue verte cache l’eau. Des cyclistes et des piétons se détachent sur le haut de la digue. Un peu plus loin je découvre les installations de l’Office de Tourisme et du Casino. Les parkings sont très vastes, la circulation y est un peu compliquée canalisée par des sens obligatoires. Pour trouver un coin près de l’eau pour pique-niquer il nous faut aller à la station nautique.

les bords du Lac du Der

 14h ouverture de l’Office de Tourisme. C’est la Fête de la Grue toute cette première semaine des vacances scolaire. On me distribue des papiers avec toutes les animations prévues. Le train de l’Oiseau est complet pour tout le week-end et même le mercredi. Les visites guidées sont gérées par les animateurs qu’on peut contacter par téléphone. Les hébergements sont également proposés mais il faut faire sa réservation soi-même. Evidemment tous les gîtes et chambres d’hôtes proches du lac sont complets. L’hôtesse nous recommande l’Hôtel Ibis de Saint Dizier. J’appelle  Antoine Cubaixo qui a de la place dimanche à 15 heures, la LPO propose aussi des observations à Chantecoq pour le Lever des grues à 7h15 le 22 octobre et le 24 ainsi que le Coucher des Grues.

Des projections de films et des conférences se déroulent au cours de la semaine.

Le programme est chargé pour qui voudrait rester toute la semaine.

l’église de Champaubert

Antoine Cubaixo, le guide, nous conseille le coucher du soleil à la presqu’ile de Champaubert d’où on a une très belle vue sur le lac. Sans attendre, nous rejoignons le site de l’église. Quelques places réservées PMR offrent à Dominique un panorama pendant que je vais me promener.  Une stèle de granite rappelle que trois villages(Champaubert, Chantecoq et Nuisement) ont été noyés sous les eaux du lac.  L’Eglise est celle de l’ancien village de Champaubert, au bout de la presqu’île, est  protégée par une digue. Désacralisée, il s’y déroule des expositions et des évènements culturels. En septembre dernier, des vitraux contemporains sur le thème des grues ont été inaugurés.  Aujourd’hui, l’église est fermée ; je n’aurai pas l’occasion de les découvrir.

Une piste cyclable et piétonne fait le tour du lac, Une longue passerelle métallique conduit à la station nautique de Giffaumont-Champaubert, jolie promenade mais un peu trop bétonnée avec la marina, les parkings, les kiosques… un peu plus loin, en direction de Chantecoq, les alentours sont plus naturels et plus calmes. Je rentre un peu avant le coucher du soleil près de l’église. Les passionnés d’oiseau ont installé leurs trépieds pour les lourds appareils photos et téléobjectifs spectaculaires ou les longues-vues. Le groupe le plus proche est germanophone, Allemands et Hollandais (ou Belges) commentent en allemand l’arrivée des oiseaux , surtout celle d’un vol de grands cormorans, je retrouve le nom allemand des grues (Krane) que j’avais oublié. Pas de grues en vue, un héron et de nombreux canards que je n’identifie pas tout de suite, ne connaissant pas les noms d’espèce en allemand.

Le soleil baisse, les teintes rosées dorées, les reflets sur le lac font du coucher du soleil un moment grandiose. Un pêcheur rentre à la rame. Enfin un vol de Grues traverse, je tiens ma photo. Evidemment avec le téléphone et mes jumelles, je ne peux rivaliser avec les pros !

Nous rejoignons à la nuit tombante l’hôtel de Saint Dizier par Braucourt et Eclaron, nous enjambons des cours d’eau : la rivière Blaise, le Canal d’Amenée qui apporte l’eau de la Marne, la Marne, elle-même, et même le Canal entre Champagne et Bourgogne le long de la RN4.

L’hôtel Ibis se trouve dans une zone commerciale sur la route de Bar-le-Duc. La RN4n’entre pas  dans la ville. Nous ne connaîtrons pas Saint Dizier !  Accueil est très sympathique. L’hôtesse porte une curieuse coiffe noire, les araignées velues noires géantes, les tissages imitant des toiles d’araignée, les têtes de mort, suggèrent-Halloween. On nous suggère à peine de dîner au restaurant. La zone commerciale offre des opportunités moins onéreuses : un Croosty-Naan,  un McDo .

Mesopotamia – Olivier Guedj

DE LA MESOPOTAMIE A L’IRAK –

Le blog Vagabondage autour de moi a attiré mon attention sur Mesopotamia CLIC

Olivier Guedj a construit ce roman sur deux axes : la biographie de Gertrude Bell et  sur la création du royaume de l’Irak. J’avais déjà lu le récit  des voyages de  Gertrude Bell (1907) : The Desert and the Sown    en anglais (non traduit) et sa biographie de Christel Mouchard  : Gertrude Bell archéologue et aventurière agent secret

J’aime beaucoup les récits des exploratrices, Alexandra David-Neel, Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart.  Gertrude Bell n’est pas une inconnue! 

« Sur les terres de l’empire ottoman moribond, que tous s’emploient à achever, se joue le vingtième siècle :
l’avenir du monde. »

C’est donc plutôt le versant historique qui m’a intéressée dans ce livre. Née sous Victoria, Gertrude Bell, est une supportrice fervente de l’Empire Britannique. Elle épouse la politique impériale : et la Mésopotamie se trouve sur la Route des Indes qu’il importe de baliser, de Gibraltar, Malte, Chypre, l’Egypte, au Grand Jeu en Afghanistan.

Un autre intérêt stratégique surgit : le pétrole 

« Lorsque gicla le premier jet d’or noir, un matin de 1908, l’officier en charge de la sécurité du gisement cita
dans le télégramme qu’il envoya à ses supérieurs un psaume biblique où il était question de Dieu et d’une
huile sortie de terre faisant resplendir le visage de l’homme. »

L’effondrement de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale va donner l’occasion à l’armée anglaise de s’établir en Mésopotamie. Cette conquête n’a pas été facile. Le désastre de Kut en 1916 a inspiré à Kipling le poème Mesopotamia éponyme du titre du livre de Guedj

1917
They shall not return to us, the resolute, the young,
    The eager and whole-hearted whom we gave:
But the men who left them thriftily to die in their own dung,
    Shall they come with years and honour to the grave
La politique coloniale britannique a d’abord imaginé la région comme une colonie de peuplement défendue par l’Armée des Indes, où la monnaie serait la roupie, avant-poste des Indes. Pour l’administration de Sa Majesté, les territoires administrés par la Porte n’étaient pas une nation mais plutôt une mosaïque de populations diverses, Arabes, Chrétiens, Juifs, Kurdes.
Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde,
ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les
juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très
peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie
appartiennent aux races assujetties… »
Cependant après les campagnes de Lawrence  avec les tribus arabes, la déclaration Balfour, la création de la SDN … Avec les accords Sykes-Picot, le Royaume Uni et la France ont partagé le Moyen Orient.
La politique britannique change. Il s’agira de manipuler sous Mandat britannique un état nouvellement créé. Donner à l’Irak un souverain sous tutelle.
Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en
Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques,
linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont
inestimables.
Le rôle de Gertrude Bell sera d’être faiseuse de roi à côté de Lawrence qui a promis des royaumes. 
Au cours de ce roman se dessine le Moyen Orient, et c’est passionnant!

Céline Laguarde (1873-1961), photographe au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 12 janvier 

Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste

Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante

Sorcière kabyle

mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…

Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.

Vraiment une belle surprise!

 

Yannis Ritsos « j’écris le monde » – Inès Daléry – l’harmattan

LIRE POUR LA GRECE

J’ignore pourquoi je suis aussi sensible à la poésie grecque, à celle de Ritsos mais aussi à celle de Cavafy ou Seferis. 

Peut-être à cause du Théâtre antique, de la Mythologie, d‘Homère à qui je reviens toujours.

Peut-être aussi à cause de la musique, de Theodorakis qui m’a servi de passeur pour Epithaphios (CLIC lien vers un blog où vous pourrez l’entendre)

Yannis Ritsos ne m’est pas tout à fait inconnu : j’ai aimé le livre de Doucey : Ne pleure pas sur la Grèce (CLIC)

Après avoir lu Ismène , la soeur oubliée de M Serfati (CLICj’ai découvert que Ritsos avait écrit son Ismène lue par Adjani au festival d’Avignon 2017 le podcast n’est plus disponible sur l’Appli RadioFrance mais je l’ai trouvé sur YouTube(CLIC)

Et de fil en aiguille, j’ai trouvé cette biographie d‘Inès Dalery que j’ai lue avec grand plaisir.

Du poète, je ne connaissais que la facette de résistant du militant qui a écrit ce poème extraordinaire d‘Epitaphios  à la suite de la mort d’un gréviste de Thessalonique 1936.  Poète exilé sur les terribles îles-prisons, irréductible.

La biographie d’Inès Dalery raconte la vie de Ritsos dès son enfance à Monemvassia, puis Gythion dans le Péloponnèse, ses liens très forts avec sa sœur Loula, puis la malédiction familiale : la tuberculose qui va toucher son frère, sa mère, et finalement Yannis.  Dès l’adolescence : la poésie. Son premier texte est publié à 15 ans!

Yannis et sa sœur arrivent à Athènes en 1925 dans une ville submergée par les réfugiés d’Asie Mineure. Pauvreté et maladie. Sanatorium des pauvres et conscience de classe.

1936, le roi appelle au pouvoir Metaxas qui fait tirer sur les grévistes. la « photographie de la femme agenouillée devant un homme étendu à terre, les bras en croix, mort. » bouleverse Ritsos qui écrit Epitaphios

La biographie de Ritsos se confond avec celle des années noires de la Grèce, occupation allemande, famine, guerre civile. Ritsos rejoint la guérilla dans le nord de la Grèce, participe au théâtre du peuple et écrit pour le théâtre. Ritsos est arrêté en 1948. Arrêté aussi par les colonels en 1967.  

Ce sera l’exil dans les îles, travail forcé, coups, tortures  mais toujours Ritsos emporte dans sa valise des livres, des lettres et de quoi écrire des poèmes. Limnos, Makronissos, Aï Stratis, Yaros , Leros, Samos…

C’est aussi une histoire d’amour avec Falitsa, médecin . A Samos, l’île de Falitsa Ritsos n’était que le « mari du docteur »

Ne pleure pas sur la Grèce, quand elle est près de fléchir

Avec le couteau sur l’os, avec la laisse sur la nuque

La voici qui déferle à nouveau, s’affermit, se déchaine

Pour terrasser la bête avec la lance du soleil

 

Caillebotte – Peindre les hommes au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 19 janvier 2025

 

Caillebotte : canotiers

Gustave Caillebotte (1848-1894) peint les hommes autour de lui, ses proches, frères, amis, mais aussi les ouvriers au travail comme les raboteurs de parquet, les peintres en bâtiment peignant une devanture dans la rue, les bourgeois sur les balcons haussmanniens, ou les domestiques, les jardiniers. 

peintres en bâtiment

J’ai pensé à l’ami Philfff qui avait remarqué que Harriet Backer avait privilégié les figures féminines dans les tableaux d’intérieur. Voici une exposition Peindre les Hommes qui rétablirait l’équilibre. Certains critiques ont même hasardé un « gay gaze« ,  démenti par d’autres. Le Baron de Charlus tranchera! 

Homme s’essuyant la jambe

Caillebotte peint le Paris haussmannien, avec des cadrages audacieux, comme ce Pont de l’Europe où les personnages traversent le tableau et où le centre est bouché.

Pont de l’Europe

Autre perspective étonnante : vue du balcon, vue plongeante à partir de ces balcons filants des immeubles haussmanniens

peint du balcon

J’aurais pu présenter cet homme au balcon, cet autre en costume sombre bourgeois avec son gourdin à l’épaule comme le voulait la mode de l’époque…L’exposition d’Orsay a mis des costumes, chapeaux melon ou haute-formes, redingotes dans des vitrines.

Périssoires du l’Yerres

J’ai préféré  les sportifs, rameurs dans les périssoires sur l’Yerres, ou régates sur la Seine

Gustave Caillebotte a également peint la Normandie : Etretat et Trouville

 

 

Chemin montant à Trouville

Le peintre s’est aussi représenté en collectionneur, avec le Renoir derrière lu

 

Autoportrait

Cette exposition draine les foules, pour la première fois, malgré ma Carte Blanche j’ai dû subir une grande queue.