Forêt de Dadia – Didymoteicho

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le minaret de Didymoteicho

Le petit déjeuner dans la salle octogonale est à la mesure de tout le service de l’hôtel : excellent. Vrai jus d’oranges centrifugées, mousseux, confitures d’abricot-maison, tehini, tranches de melon, fromages….

Dadia

En sortant de Tychero,  au lieu de prendre la grande route Alexandroúpolis-Orestiades, bien roulante, nousnous retrouvons sur une petite route qui va de village en village par ce joli dimanche de juillet. Les tournesols, encore plein de courage, tournent leurs fleurs vers le soleil levant. Les couleurs sont vives, chicorées bleues, mauves roses fleurissent les bordures de la route. On entend la messe diffusée hors des églises de village.

Le Centre d’Interprétation de la Forêt de Dadia est bien indiqué. Pour 4€, un minibus nous conduit au premier affût où une volontaire du WWF met à notre disposition de très bonnes jumelles et même un télescope. Les vautours sont sur l’aire de nourrissage où deux carcasses sont complètement nettoyées. Vautour noirs, vautours fauves sont bien là mais les aigles percnoptères manquent à l’appel. Les vautours se dandinent s’envolent lourdement. Ils sont vraiment très loin et je ne peux m’empêcher de comparer avec ceux qui étaient sur les bords de la route de Saint Louis en Sénégal dévorant les ânes renversés par els voitures sans se soucier de nous.

Petite randonnée de 45 minutes en descente dans la pinède. La forêt de Dadia est principalement composée de conifères, mais il y a parfois des fougères et des ronces. Les feuillus sont nains « rabougris » comme diraient les Canadiens. On laisse les arbres morts pour qu’ils servent d’abri à toute une faune. Dans le même esprit, le sentier n’est pas tracé, de proche en proche des marques jaunes sur les troncs balisent la route. On ne peut pas se perdre mais il faut avancer avec précaution parmi les pierres qui roulent, emportées par le ruissellement et les troncs tombés. Promenade très tranquille, très calme. Je n’ai rencontré qu’une tortue.

Didymoteicho

Didymoteicho écrasée sous la chaleur de midi, désertée le dimanche

40km vers le nord pour atteindre Didymoticho. Le Via Egnatia  (autoroute) est en construction, la circulation se fait sur 2 voies, au ralenti. Point de vue sur le fleuve Ebros, large et majestueux : c’est la Maritsa qui coule à Plovdiv.

A Didymoteicho coule une rivière « Rouge » Erythropotamos, presque à sec qu’on franchit avant d’entrer dans la ville. A midi, le dimanche, la ville paraît morte. Sofia nous expliquera que tout le monde est parti à la mer.

La mosquée est le plus grand monument  de la ville : son toit en pyramide est posé sur un cube de pierre accompagné d’un élégant minaret. Malheureusement désaffectée et fermée. Aucune explication, on ne saura pas qui l’a bâtie, ni quand. Selon le Guide Bleu, nous aurions dû trouver également un  Hammam et les restes d’un caravansérail dans la ville basse. Nous les cherchons dans les rues désertes. Maisons basses, un étage ou deux, dépareillées, sans caractère particulier. Magasins fermés le dimanche.

forteresse byzantine de Didymoteicho

Pour rejoindre la ville Haute et la Forteresse byzantine perchée au sommet de la colline on reprend la voiture. Les ruines ont belle allure vue de loin. De près, c’est indéchiffrable. Le petit pavillon de tourisme en bois peint en bleu, un peu désuet, est fermé malgré les horaires punaisés qui le déclarent ouvert. Une ruelle se faufile entre l’évêché (Mitropoli) et les maisons, menant au sommet du kastro.

 

Aghia Paraskevi – Tychero

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Feres : Panaghia Kosmosotira

Au lever du jour je sacrifie au rite de ma promenade les pieds dans l’eau le long de la plage d’Aghia Paraskevi. La surface de la mer est un miroir d’opaline bleue. Le soleil surgit des nuages derrière les collines. La granulométrie hésite entre graviers, sable grossier et petits galets ce qui ne rend pas la marche facile surtout quand la pente est raide.

Deux pêcheurs, trois mémés dans l’eau. Le matin est l’heure des grands-mères qui se baignent à plusieurs coiffées de chapeaux tricotés ou de bobs et bavardent.

Le petit déjeuner tarde un peu à l’hôtel Klio. Un monsieur bulgare s’impatiente et va à la cuisine brandissant des billets comme si cela allait accélérer les choses. Les femmes se récrient, je me demande s’il ne va pas leur fourrer les billets dans le soutien-gorge comme des danseuses du ventre. Tout ce qu’il a gagné est d’être le dernier servi !

Puisque Tichero n’est distant que de quelques kilomètres nous pouvons profiter de la matinée à la plage. En Grèce le check-out des hôtels est à 12h. Nous retournons sur nos lits de plage orange. Mais un nouveau public est arrivé pour le week-end. Nous nageons en pleine Bulgarie. L’air est frais, l’eau aussi. Nous avons presque froid.

Traversée d’Alexandroúpolis de part en part. Belles boutiques aux marques internationales, cafés…Direction de l’aéroport. Nous arrivons dans le Delta de l’Ebros dont le Centre d’Interprétation se trouve en face du site Trajanoupolis, aux bains de Loutra. Nous nous inscrivons pour une promenade lundi matin et ne visitons rien puisque nous comptons revenir.

Le relief s’accentue, les tournesols baissent la tête sous le soleil de midi qu’ils évitent de regarder en face.

Feres

Feres est une bourgade vivante avec son supermarché, ses nombreux commerces, sa belle pâtisserie où nous achetons des feuilletés et un assortiment de pâtisseries orientales, minibaklavas, kedaïfs.. tout frais.

Nous visitons l’église de la Panaghia Kosmosotira. Le monastère fut fondé en 1152 par Isaac Comnène pendant une période de grande prospérité de l’empire byzantin. Isaac Comnène âgé de 59ans se retira des ambitions politiques et se voua à dieu, s’établissant dans le monastère nouvellement fondé. Il  comprenait alors 75 moines, une citerne, un hôpital et une bibliothèque et était protégé par une enceinte fortifiée ; l’église est une miniature de Sainte Sophie de Constantinople elle possède de très belles fresques mais fut transformée en mosquée en 1357 et ne revint au christianisme qu’en 1920.

Un peu plus loin kafenéios et tavernes ont installé leurs tables dehors donnant à la petite ville un air animé.

Soufli – ville de la soie

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soie brodée de Soufli

C’est la ville de la soie, capitale de la région avant qu’Alexandroúpolis ne lui porte ombrage. Les gens riches avaient construit de hautes maisons de brique, parfois avec encorbellement comme dans les Rhodopes, crépies de blanc ou de jaune vif, accrochées à la pente.

le Musée de la Soie de la ville Haute

Le Musée de la soie est installé dans une belle maison jaune.

Au rez de chaussée une très belle exposition retrace l’histoire des Balkans depuis la conquête ottomane, bien avant la prise de Constantinople. Au 14ème siècle, déjà, les Balkans étaient turcs. Les Turcs apportèrent l’eau nécessaire aux ablutions, eau courante, amis aussi le hammam important pour la vie sociale. Les fontaines publiques étaient offertes  par charité à la population.

Avec les Turcs, le Bedesten, bazar.

bedesten de Salonique

Les Ottomans ont transformé de nombreuses églises en mosquées, cependant la coexistence des trois religions du Livre dura des siècles avec des variations locales et selon les périodes. Les très belles photos montrent les mosquées aussi bien en Albanie, Bosnie ou en Crète, des synagogues et des églises.

Le 19ème siècle apporta tout son cortège de modernisations, d’industrialisation mais aussi la notion d’état-. Les guerres d’indépendance firent éclater cette unité balkanique. Actuellement chacun est conscient  – selon l’exposition – de l’importance de la conservation de cet héritage.

A l’étage : sériciculture. Des audiovisuels racontent la vie du ver à soie et le travail artisanal avec un montage de photos anciennes. Les panneaux sont extrêmement détaillés et il faudrait consacrer beaucoup de temps à cette visite, tout lire. Un incident met fin à mon étude. Dominique, qui s’ennuie, photographie un peu tout pour se distraire. La conservatrice qui nous surveillait de loin monte, furieuse, exige la destruction des photos « Delete ! ». Cela casse l’ambiance.

La ville basse s’aligne sur une rue parallèle à la route. Les maisons à étage n’offrent guère d’attraits sauf les boutiques (fermées le dimanche) qui présentent les objets de soie de Soufli Dans cette rue, il y a un deuxième Musée de la Soie. La dame, dans un anglais parfait (elle est anglaise) me montre son petit élevage de démonstration, me prête une loupe pour voir les œufs vraiment minuscules. Le couple de reproducteurs git dans une boîte, ces papillons ne volent pas, ne se nourrissent pas, ils s’accouplent, la femelle pond et ils meurent. Dans le premier musée on raconte qu’autrefois, cette « semence » venait d’Athènes ou de Bursa et que les femmes portaient les œufs sur leur poitrine pour leur fournir els conditions idéales de température et d’hygrométrie. La durée d’incubation est de 12 à 14 jours. Les cadavres des reproducteurs étaient séchés et broyés pour détecter d’éventuelles maladies. La croissance des vers dure 35jours et passe par 4 stades larvaires, interrompus par la dormance. En 35 jours le ver va multiplier sa taille par 10.000 en se nourrissant exclusivement de feuilles de murier. Les muriers femelles portent les mures tandis que les arbres mâles ne servent que pour la nourriture des vers à soie ?

Récolte des feuilles de mûrier en Bulgarie

Dans le second musée, je vois les petits vers à tous les stades et même ceux qui filent leurs cocons. Les glandes se trouvent près de la bouche et on voit le ver agiter la tête de droite et de gauche. Autrefois on donnait aux vers des branches pour installer les cocons, maintenant, des spirales en matière plastique moins poétiques.

Le dévidage de la soie est très impressionnant. Un cocon représente 1 à 2 km de fil très résistant mais trop fin pour être filé seul. L’installation traditionnelle présente d’un côté un seau de cuivre contenant de l’eau à 70° pour ébouillanter les chrysalides, en face le dévidoir. Actuellement les cocons sont mis sur des plateaux où ils sont « cuits » dans une étuve. Une sorte d’évier métallique contient de l’eau à 50°. L’ouvrière va fixer 5, 7 ou même 25 fils à un « œil » relié à une machine qui dévide et torsade les fils pour en confectionner un seul plus épais. Des courroies de cuir sont reliées aux moteurs – aujourd’hui électriques – autrefois n’importe quelle force vapeur ou hydraulique  pouvait être employée. Dans ce deuxième musée, de petits guides électroniques complètent les explications : on peut scanner l’étiquette et obtenir des compléments d’information pour chaque machine, sa provenance (certaines viennent de France). Les métiers de plus en plus performants tissent plusieurs mètres en une journée.

On peut également s’intéresser à la teinture et au traitement chimique du fil. Ce dernier est enrobé de séricine qui le protège. On peut choisir de le débarrasser de la séricine pour obtenir un  toucher soyeux ou, au contraire, le considérer comme une protection et ne le dissoudre qu’en fin de processus. Des vidéos montrent le tissage traditionnel : on voit un métier rudimentaire sur la place d’un village….

Cette visite est gratuite, il n’y a pas de tickets. Elle se termine au comptoir de vente. Je me sens forcée d’acheter quelque chose. Certaines pièces sont merveilleuses. Des dentelles et des macramés terminent le chemin de table ou les rideaux. Le prix est à la hauteur du travail des dentellières. Un dessus de lit coûte une fortune. Mais il y a aussi de jolis châles à des prix raisonnables (30 ou 40€) et même des carrés de 6 à 8 €. C’est un de ceux- qui sera le souvenir de la visite.

Tychero : hôtel Thrassa

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Hôtel Thrassa : la salle à manger sur le petit lac

Nous arrivons à Tychero à l’heure de la sieste. Après une heure de profond sommeil, je peux apprécier l’endroit merveilleux qu’est l’hôtel Thrassa. Oasis de verdure, il est posé sur le bord d’un petit lac artificiel peuplé de cigognes, canards et oies. La vigne vierge recouvre les bâtiments. Les pelouses et les massifs fleuris confèrent un aspect paradisiaque.

Notre studio est vaste, la décoration de bon goût. Une kitchenette occupe le mur du fond. Sur le balcon il y a une table ronde. Misère et géraniums rouges dans des grosses potiches sont posées sur le rebord du balcon.

Bella qui nous a accueillies ne parle que Grec,   Sofia, la patronne s’exprime très bien en Allemand.  Nous l’avons fait bien rire avec notre déjeuner de feuilleté. En Grèce le Tyropita est  consommé au petit déjeuner (comme en Bulgarie la banitsa qui lui ressemble)

hôtel Thrassa : côté cour

Sofia a le projet de faire une mosaïque de galets à la manière des pavages de l’ile de Chios. Elle a emmené Platon, son retriever, sur la plage de Messimvria et rapporté une brouette de galets colorés. J’assiste à l’émergence d’un papillon blanc sur fond gris. Tout en travaillant, Sofia parle de Chios qu’elle aime beaucoup. Il me revient plein de souvenirs de cette île.

Pot de bienvenue : un café à la glace à la vanille. Délicieux !

Le jardin est plus frais que le balcon.

La Municipalité, avec l’aide de l’Europe, a creusé le petit lac, construit l’hôtel et le restaurant sur l’autre rive, ainsi que la piscine. Les fonctionnaires ont été incapables de gérer convenablement ces réalisations, la piscine gelait l’hiver, le restaurant était fermé le week- end. Ils ont donc privatisé la gérance de l’hôtel. Selon elle, beaucoup de fonctionnaires, en Grèce se contentent des positions acquises…on pense aux histoires du bloc soviétique. Peut être est-ce un élément de la crise grecque ?

Sa famille est venue de Cappadoce lors des échanges de population en 1922. Elle n’a aucun ressentiment envers la Turquie actuelle. Ici, la métropole, ce n’est pas Athènes lointaine, ni Thessalonique provinciale, mais Istanbul distante de moins de 300km, fascinante. Les autres clients sont des Grecs d’Istanbul ; pour se rendre à Chios, plus pratique de passer par la Turquie. Elle nous raconte la Cappadoce, les villes souterraines occupée jusqu’au 19ème siècle. Nous passons ainsi une délicieuse après-midi à bavarder.

Nous allons au village de Tychero, village tout simple, petites maisons basses dans des jardins croulant sous les fleurs, roses odorantes dans le soir qui tombe. Dans le voisinage on a beaucoup investi dans le tourisme vert : il y a un autre Centre d’Interprétation du Delta de l’Ebros à Feres, une Réserve Naturelle dans la forêt de Dadya, des auberges d’éco-tourisme. L’Europe a investi dans la région : ces milieux naturels étaient-ils particulièrement menacés ou est-ce un intérêt stratégique dans les confins de l’Europe en bordure de Turquie ?

Sofia nous offre trois tomates du jardin, bien rouges et charnues, j’ai trouvé un tout petit concombre bien frais au village il me reste de la feta et des olives. Elle me propose du pain à la feta qu’elle commande par téléphone au village et qui arrive tout chaud et tout croustillant, croquant avec la salade. J’en ai oublié les pâtisseries de Feres.

Nous terminons la soirée sur le balcon jusqu’à ce que les moustiques aient raison de notre patience.

Via Egnatia , Messimvria, Alexandroupolis

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site archéologique de Messimvria

 

Hier soir j’ai fait le siège du comptoir de la réception de Chris &Eve Mansion. Nous n’avons plus rien à faire à Komotiní. Je sais que notre réservation n’est pas remboursable. J’attends un geste commercial. D’autant plus que la télévision ne marche pas; Le technicien est venu. La climatisation non plus. La réceptionniste, désolée, se souvient qu’on a oublié de nous donner la télécommande. A 22h je rencontre un responsable qui comprend que Komotiní n’est pas très touristique, que nous avons été très déçues par la piscine…il fait donc le geste commercial que j’attends.

7h du matin : nos valises sont prêtes. Nous piaffons d’aller découvrir de nouveaux horizons.

8h30 sur la route d’Alexandroúpolis devant l’hôtel. On passe d’abord par des zones industrielles (maxi cheminée) puis des champs de coton. On traverse un village, à gauche l’église, à droite, la mosquée ; deux femmes passent, l’une est voilée, l’autre pas. Amusantes les transcriptions en lettres grecques de Mehmet (station service) et d’Ahmet (commerçant). Beaucoup de coton, des tournesols aussi. La route grimpe dans des collines boisées vers Marroneia dont je reconnais les crêtes où nous étions  hier. A plusieurs reprises nous croisons la Via Egnatia – pas l’autoroute – la route romaine qui allait de Dyrrachium (Durrës) en Illyrie (Albanie actuelle) traversant la Macédoine puis la Thrace pour aller à Byzance. Elle fut construite entre 146 et 120 av JC par le Proconsul Gaïus Egnatius en suivant le trajet des armées perses de Darius et de Xerxès ainsi que celles d’Alexandre le Grand. Pendant plus de 2000ans elle fut la seule route décente de la région. Tous les 10 ou 20 miles, il y avait des stations de ravitaillement et tous les 45/60 des auberges. Nous avons déjà marché sur la Via Egnatia à Philippi.

Suivant les conseils du Guide Bleu, nous quittons la route à Dikela pour trouver en bord de mer le site de Mesimvria. L’aire archéologique est très étendue. Les grillages des installations montent à l’Acropole en haut de la colline. Le site de Zone est aménagé pour la visite. Pour la modeste somme de 2€ on visite les vestiges sur des cheminements de planche canalisant les visiteurs qui ne piétineront donc pas le site. L’endroit est très tranquille, nous sommes seules. Zone faisait partie des fort samothrakiens cités par Hérodote, fondés par les Grecs de Samothrace le long du rivage au 7ème siècle av JC, contrôlant les routes maritimes et le commerce entre Grecs et Thraces. La ville était cernée de murailles gardée par des tours.

De nombreuses habitations ont été retrouvées ainsi que deux petits sanctuaires de Déméter et d’Apollon. Utilisant l’iconographie peinte sur les vases grecs, les panneaux mettent en évidence les objets de la vie courante : ici, une petite meule à bras, rectangulaire qui servait à moudre le blé dans un coin de la cuisine. Là, un pressoir de marbre qui était surélevé, là encore, l’amphore enterrée pour le grain, l’huile ou le vin.  Un four de potier en forme de tholos. Une villa entière avec la salle des hommes où ils banquetaient couchés lors des symposiums  tandis que les femmes filaient à l’étage. Salamlik et Haremlik avant l’heure. Les mœurs ont perduré !

vide sanitaire modèle antique!

La trouvaille la plus originale est celle de dizaines d’amphores plantées à l’envers sous les fondations d’une maison – vide sanitaire en quelque sorte – pour isoler la maison de l’humidité. Cette humidité, en plein juillet, me fait sourire, l’Egée nord peut être froide et humide à la mauvaise saison.

A la billetterie, les gens sont sympathiques;  Je demande s’ils connaissent des chambres à louer. Le Monsieur assure qu’il y en a. Le mieux serait d’aller à la taverne de poisson Philarakia à Makri. Le patron sera de bon conseil et la table excellente. Cette grande taverne occupe toute la place. Les menus sont rédigés en grec mais aussi en truc et en cyrillique (Bulgare). Le patron ne perd pas son temps avec nous :

          « allez à l’hôtel Klio à Aghia Paraskevi ! »

On est un peu déçues par cet accueil abrupt. Nous comptions nous attabler, boire l’apéro…L’hôtel Klio regroupe plusieurs bâtiments blancs aux balcons arrondis à la rambarde verte. Il est situé sur une place où s’arrête l’autobus. De l’autre côté, la taverne et la plage. On ne peut pas être plus près de la mer.

          « Avez-vous des chambres ?

          « un lit, deux lits ? rez de chaussée, à l’étage ? choisissez ! »

Le prix est raisonnable 50€. La chambre est un peu biscornue. Elle a tout le nécessaire : clim, télé, wifi, grands placards et surtout un joli balcon avec une petite table ronde et deux chaises bleues.

Nous passons la suite de la journée à la mer sous un parasol de paille et sur des lits orange. La jeune plagiste ne viendra qu’une seule fois. Pour 3€, un café frappé et une bouteille d’eau nous pouvons rester tant que nous le désirons.

Juste au dessus une petite taverne sert des poissons frits ou grillés. Nos provisions attendent au frigo. Nous mangerons à tour de rôle pour garder notre lit de plage. L’eau est très claire (galets et algues) les poissons et les oursins nombreux. Je sors mon masque mais ne peux rester longtemps tant l’eau est froide. Après 10 minutes, je suis gelée.

Nos voisines sont grecques mais bavardent en anglais. L’une d’elles nous aborde en Français. Elle habite Paris 17ème et elle est  contente de bavarder avec nous. On échange numéros de téléphone et email. Pour Samothrace il est quasiment impossible de trouver un appartement à louer sauf si on connaît quelqu’un ??? Pourquoi pas Samothrace ou Lemnos, îles que je ne connais pas.

La visite d’Alexandroúpolis est très décevante. La  route principale se continue dans la ville par une artère commerçante bordée de beaux magasins et cafés, qui la traverse de part en part et on se retrouve à l’autre extrémité. Au retour on essaie de bifurquer. Fiasco total ! On passe 4 fois devant le même étalage de pastèques et de melons. On arrive chez les gitans qui ont mis en vente leurs carrioles peintes. Pour décorer un jardin ce serait joli. On implore le GPS de nous sortir de là. Pire ! il nous conduit dans les confins industriels. Nous rentrons sans avoir rien vu de la ville en dehors d’un Carrefour-market où j’ai acheté des yaourts, de la pastèque, du salami et des olives.

Soirée agréable sur notre balcon. Il fait très bon 26°. Dernière promenade les pieds dans l’eau. Les plagistes préparent le week-end rajoutent des rangées de lits et des parasols neufs. Dîner de souvlakis bien grillés de la taverne d’en face.

L’Homme qui rit – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTISME – LECTURE COMMUNE

Les lectures communes sont l’occasion de merveilleuses découvertes. Comment suis-je passée à côté d’un tel chef d’œuvre?Sans le défi de Claudialucia d’Aifelle et d’autres, je n’aurais peut être pas choisi un gros pavé. Pavé? J’exagère parce que c’est une lecture numérique sur ma nouvelle liseuse qui a l’avantage de garder en mémoire les passages que j’ai soulignés, et surtout de m’accompagner sans surcharger les bagages…

Que cache ce titre L’Homme qui rit? Pendant un bon tiers du livre, j’ai peu d’indices. pour répondre à ma curiosité

 

Je m’engage donc à l’aveugle à l’aventure dans l’Angleterre de 1680.

 

Roman historique? C’est une lecture possible. J’y apprendrai beaucoup sur la succession des rois :  Stuart,  la Révolution de Cromwell,  Jacques II qui rétablit la royauté, CharlesII, la Reine Ann.

Tout renaissait, tout reprenait sa place. Dryden en haut, Shakespeare en bas, Charles II sur le trône, Cromwell au gibet

Que le lion puisse redevenir baudet, cela étonne, mais cela est . Cela se voyait en Angleterre. On avait repris le bât de l’idolâtrie royaliste

Hugo explique le fonctionnement de la Chambre des Lords, contre-pouvoir de la royauté…. je ne ma plains pas des digressions, elles m’instruisent.

La mer qui, le moment d’avant, avait des écailles avait maintenant une peau. Tel est ce dragon. Ce n’était plus le crocodile, c’était le boa. Cette peau plombée et sale, semblait épaisse et se ridait lourdement

Ce qui caractérise la tempête de neige, c’est qu’elle est noire. l’aspect habituel de la nature dans l’orage, terre ou mer obscure, c’est blême, est renversé ; le ciel est noir, l’océan est blanc

Roman fantastique que cette plongée dans le froid de l’hiver à Portland, embarquement mystérieux sur cette ourque dans une tempête de neige noire, naufrage annoncé, lutte contre les éléments déchaînés, cette cloche qui résonne dans la Manche,….Fantastique, la course de l’enfant qui découvre le gibet, première rencontre avec la mort, deuxième rencontre avec la mendiante morte sous la neige. j’imagine Hugo à Guernesey décrivant la tempête  (je me laisse emporter par mon imagination, je crois que le livre a été composé à Bruxelles). Aucune trace de rire dans ce début de roman.

 

le spectre était là au pillage. Il endurait cette voie de fait horrible, la pourriture en plain vent. Il était hors la loi du cercueil. Il avait l’anéantissement sans la paix. Il tombait en cendre l’été et en boue l’hiver….[….]  il était simulacre. Ayant sur lui les souffles qui ne s’apaisent pas…

 

 

Sont-ils sortis de l’imagination de l’écrivain? Ursus, colporteur apothicaire, guérisseur, philosophe, sur sa charrette? plus fort encore les comprachicos? et plus loin le terrifiant Wapentake? Ont-ils existé? Peu importe, on y croit.

 

Roman politique : la richesse des Lords suppose la pauvreté du peuple. Victor Hugo étale les possessions, les privilèges, les abus des Lords. La longue énumération des propriétés a pour but de nous faire sentir jusqu’à la nausée l’énorme richesse de certains face au dénuement des autres.

Mon garçon, les carrosses existent. Le lord est dedans, le peuple est sous la roue, le sage se range

Roman d’amour:entre Dea, la belle, et Gwynplaine, monstrueux. Amours innocentes mais aussi éveil du désir, de la tentation du sexe….

Etre aveugle et amoureux, c’est être deux fois aveugle

Tu as une chose à faire, aimer Dea. tu es heureux de deux bonheurs : le premier c’est que la foule voit ton museau ; le second c’est que Dea ne le voit pas.

Roman social 

Quand Gwynplaine se trouvait saltimbanque :

Oh! Si j’étais puissant, comme je viendrais en aide aux malheureux! Mais que suis-je? un atome. Que puis-je? rien. Il se trompait. Il pouvait beaucoup pour les malheureux. Il les faisait rire

Quand Gwynplaine se retrouve élevé à la position de lord:

Deux spectres, l’adversité et la prospérité, prenant possession de la même âme, chacun la tirant à soi. partage pathétique d’une intelligence, d’une volonté, d’un cerveau,

Gwynplaine  saisir l’occasion, à la Chambre des lords de plaider pour les pauvres:

Milords, je viens vous apprendre une nouvelle. Le genre humain existe.

Je suis un plongeur, et j’ai rapporté la perle, la vérité. Je parle parce que je sais.Vous m’entendrez, milords. J’ai éprouvé, j’ai vu. La souffrance, non, ce n’est pas un mot, messieurs les heureux. La pauvreté, j’y ai grandi ; l’hiver…

Est-ce que vous ne voyez pas que vous êtes dans une balance et qu’il y a dans un plateau votre puissance, dans l’autre votre responsabilité. Dieu vous pèse. Oh! ne riez pas. Méditez.

Généreux, c’est le mot qui me vient pour qualifier Hugo dans cette œuvre. Dans cette plaidoirie et dans le plaisir jamais compté que l’auteur donne au lecteur qui est parfois submergé d’émotions, de renseignements, richesse de vocabulaire, d’images…

Marroneia : cité antique et plage de Kageles

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La salle de restaurant est à la hauteur du reste de l’établissement. Les télévisions à écran plat sont présentées comme des tableaux de maître dans des cadres dorés surchargés. De lourds rideaux rouge pompeux et pompiers cachent le jour. De grandes tables rondes, parfaites pour des réceptions ou des mariages ne sont même pas recouvertes de nappes mis de sets en papier grenat (4* !). le buffet est à l’unisson, ordinaire. J’y trouve des tomates des olives et de la feta mais pas de concombres, pas de fruits non plus.

Marroneia

Le site de Marroneia se trouve à 30km S.E.. Dans la campagne domine la culture du coton. Dès que le relief ondule la vigne pousse en hauts ceps. A l’approche de la mer, le parfum de la garrigue me saisit. Les oliveraies recouvrent les collines. La côte est escarpée. A l’horizon, la silhouette de Samothrace, triangulaire, massive apparaît.

à l’horizon la silhouette de Samothrace

Le site de Marroneia est très étendu. Les fouilles archéologiques sont dispersées dans les oliviers. Un charmant théâtre antique aux gradins de marbre a été restauré. Une plateforme donne le meilleur point de vue pour les photos. Des archéologues dégagent un talus. Qu’y a-t-il dans leur brouette ? De menus fragments, sans doute.

Un peu plus loin  c’est un ancien sanctuaire qui est l’objet de fouilles. Les archéologues ont disposé des piquets avec des marques et des numéros. Ils ont protégé sous plastique les fondations du temple et ont planté leur parasol un peu plus loin. On n’a pas osé les déranger.

Visiter Marroneia tient plus de l’exploration que du tourisme. Aucune explication n’est dispensée, ni date, ni interprétation. Site archaïque, hellénistique ou romain ? Il faut deviner par soi-même.

Un peu plus bas, une belle mosaïque ornait une villa romaine, motifs de la vigne, pampres, grappes de raisin. Autour du motif central des ondulations figuraient peut être des vagues. Les ruines d’un château byzantin au sommet d’une colline se voient de loin.

Plus bas encore, près de la mer, on a mis au jour une cité byzantine et une basilique chrétienne 5ème -6ème siècle. Un panneau montre la photo de très belles mosaïques colorées qui ne sont pas visibles sur place. On ne voit pas grand-chose mais le site est fleuri de roses parfumées et on a mis des bancs. Je préfèrerais des explications.

le petit port de Marroneia

Juste avant une taverne de poisson on découvre les thermes romains – de taille modeste. Quelques mètres plus bas, un port avec de beaux bateaux de pêche et de petits bateaux de plaisance. Des pêcheurs raccommodent les filets rouge sombre avec des flotteurs rouges du plus bel effet.

Kagelès

 De la digue, on devine à l’abri des falaises brunes une plage étroite formant une bande claire.

C’est là que nous irons passer le reste de la journée.

Un petit lotissement  aux villas contemporaines grises (très laides), un parking, un bâtiment à étage rouge, noir et verre fumé ressemblant à un terminal de téléphérique. Des escaliers conduisent à une jolie plage aménagée : parasols de paille et lits de plage.

11h30. La plage est encore bien vide. On choisit les lits les plus éloignés du bar (et de la sono). On ne paie pas la location des lits et des parasols mais les consommations (chères) sont obligatoires. On s’y retrouve : 2 cafés frappés, 1 bouteille d’eau et 2 club-sandwiches très bien servis : on s’en sortira pour 20€. La journée se déroule au rythme des baignades. L’eau est très claire mais très fraîche. Il y a quelques oursins mais j’ai mes sandalettes en plastique.

Kageles

La plage se remplit vers 14h. Les jeunes arrivent en bande (regain de sono). Cette manie de sonoriser les plages est déplaisante. Puisque chacun a un engin personnel et un casque pourquoi incommoder tout le mode avec cette cacophonie ? L’intensité sonore n’est pas aussi désagréable que celle de la piscine de l’hôtel.

16h30, nous remontons au village avec l’intention d’acheter des yaourts au village. Nous avions oublié qu’en Grèce les épiceries n’ouvrent pas avant 18h. Plutôt que d’affronter les rues de Komotiní nous préférons attendre sur le bord d’une plage déserte sable et galets sur des bancs abrités par un auvent. C’est tranquille et bien aéré avec la brise qui vient de la mer

Komotini

CARNET MACÉDONIEN ET THRACE

Mosquée de Komotini et tonnelles

 

Komotini – Chris & Eve Mansion

J’aurais dû me méfier d’un établissement qui choisit l’appellation prétentieuse de mansion. C’est un grand bastringue en bord de la route – soi-disant 4 étoiles – laid, sans aucun charme. Seul avantage : son prix de 40€. Notre balcon donne sur la grande route : le trafic est assourdissant. Le mobilier est fonctionnel, sans aucune séduction. Le frigo est chaud. La climatisation ne rafraîchit rien et s’arrêt dès qu’on ouvre la fenêtre. La télévision se déclenche inopinément. Les chaînes satellites promises ne sont pas au rendez-vous. J’attendais beaucoup de la grand piscine vue sur Internet. J’ai bien déchanté ! Elle n’est pas du tout dans l’hôtel comme je le croyais mais séparée de lui par un vaste parking (quelle classe !). Pas un brin d’herbe, pas un arbre, encore moins de fleurs. Du ciment, des bâches 4étoiles. Toute la jeunesse de Komotini s’y est donné rendez-vous. Impossible de nager tranquillement. Les gamins vous plongent dessus, vous éclaboussent quand vous ne recevez pas une main égarée. Pour couronner le tout, la sono fait un bruit infernal. Après 5 ou 6 allers-retours, j’ai fui.

Komotini est une agglomération sans guère d’attrait touristique. Immeubles modernes, larges artères. Seule originalité : un grand parc avec des fontaines en boules. Peu de possibilités pour garer la voiture. On passe et repasse dans les mêmes avenues ennuyeuses. Un minaret entrevu, des toits de tuile invitent à une promenade dans des quartiers anciens mais on ne trouve pas de parking. Il y a aussi un musée archéologique intéressant, mais comment s’y rendre ? En revanche, la ville est bien pourvue en supermarchés, il y a même Carrefour. Une rue part vers le nord. Un panneau promet une forêt. Nous dépassons des bases militaires et faisons un pique-nique champêtre (tyropita). Un troupeau de chèvres passe avec le berger et son chien. Vision intemporelle. En ville je trouve enfin les vieux quartiers autour de la mosquée. C’est un quartier d’échoppes de tailleurs et de couturiers. Des pergolas de vigne abritent les terrasses de tavernes installées au milieu des ruelles

Au revoir Elsa et Anestis!

CARNET MACÉDONIEN

 

Les chiens ont sonné le réveil bruyamment au lever du soleil, juste après les oiseaux. Tintamarre assourdissant. L’église a sonné 6heures. L’orage n’a pas épuisé tous les nuages. Une brume rosée noie les contours des collines vers le nord-est. Un village surgit – tout rose-. La cour est sèche. Les chats sont revenus.

Nous allons quitter notre studio Anestis à regret, sa cour fleurie de belles agapanthes, de rosiers jaunes magnifiques après la pluie, notre fraîche pelouse. C’est surtout l’ambiance conviviale que nous regretterons. Elsa et Anestis ont construit la grande maison d’une dizaine de studios sur deux niveaux. Ils mènent tous les deux leur affaire sans autre personnel que la dame de ménage que nous avons vue dimanche. Du matin au soir, ils s’affairent en prenant le temps de faire un brin de conversation. Elsa, surtout, qui parle bien anglais. Anestis préfère répondre en Grec, l’échange est plus limité. On ne sait pas bien parmi les occupants de la cour qui est client, voisin ou parent. Souvent un homme aide Anestis à porter des sacs : client ou ami ? La dame grecque blonde est-elle une habituée ou une parente ? Elle a pris son petit déjeuner sur la table devant sa chambre mais va se servir derrière le comptoir du bar.  Le soir, deux groupes distincts se forment. Les femmes sont assises sous le tilleul tandis que les hommes investissent la longue table sous l’auvent. La jolie petite fille blonde toute bouclée va d’un groupe à l’autre. Son papa la gâte beaucoup, l’emmène sur son scooter et lui a fait une belle balançoire. Les clients arrivent à toute heure. Au début de la soirée, nous croyons être seules. Les cinq studios se sont remplis. Ce n’est pas un problème d’arriver après 22heure en Grèce. Les gens ont prolongé la baignade à la taverne, d’autres arrivent à 22h30 chargés de provisions pour faire à dîner.

Sur la route

Juste avant Kavala, nous empruntons l’autoroute, la Via Egnatia, qui franchit de nombreux ouvrage d’art, découpant la montagne, surplombant la vallée sur de fins ponts de béton ou s’engouffrant dans  des tunnels. A la sortie de Kavala découvrons les installations industrielles de Nea Kavala, Philippi 2, installations portuaires. Dans une carrière de marbre on a graphé un drapeau grec et un casque antique, vandalisme, politique ou œuvre d’art ? Thassos semble toute proche. On irrigue le maïs déjà très haut, le blé a été moissonné. Quelques belles oliveraies alternent avec les champs. Des panneaux solaires occupent de vastes espaces.

Arrivée en Thrace : le fleuve Nestos et Xanthi

CARNET MACÉDONIEN ET THRACE

défilé du Nestos

Le fleuve Nestos

Nous quittons la via Egnatia juste après avoir passé le fleuve

Nestos pour aller au village de Toxotes.

Toxotes regroupe plusieurs hameaux : le premier est annoncé par un blanc minaret en forme de pointe de crayon, agricole avec de nombreuses ruines. Un peu plus loin, un village plus moderne, grec ; bien vivant, avec des maisons de ciment, l’école, la gare. Des panneaux touristiques marron promettent nombreuses curiosités : ruines byzantines, pétroglyphes, promenades… Nous choisissons le Défilé du Nestos. Dans l’étroite vallée s’insinuent la route, la voie ferrée et le fleuve aux eaux rougeâtres gonflées des orages d’hier. Au bout de la route, un café « sous le platane » près d’une plage de sable à un coude du Nestos. Un sentier en balcon s’élève dans le défilé : promenade spectaculaire au dessus de l’eau. Le train a disparu dans un tunnel sous mes pieds. La voie fait surface  un peu plus loin pour s’enfoncer à nouveau. J’écourte la promenade regrettant de ne pouvoir la terminer. Un groupe de jeunes est assis en rond près de la plage. Sont-ils venus pour la randonnée ou pour le canoë ?

Xanthi

Xanthi, maisons balkaniques rue Orféos

Les abords de Xanthi n’ont rien d’accueillant : une vaste zone industrielle et commerciale, puis des quartiers modernes sans intérêt. Où se cache donc la Vieille ville ? On suit les panneaux touristiques « Old City » sans la trouver, tourne en rond pour se retrouver en périphérie. Heureusement, nous avons le GPS ! Programmant « Musée Ethnographique » il nous mène dans des rues tortueuses surplombées par des maisons balkaniques à encorbellement. Nous suivons la rue Orfeos. Il me plait de penser que nous sommes revenues en Thrace, en terre orphique, non loin des lieux orphiques bulgares découverts l’an dernier – à vol d’oiseau peut être une vingtaine de km ? – Un sculpteur travaillant le fer et les pièces mécaniques a installé à un carrefour un danseur de zembeitiko, dans un recoin, un musicien, là, un couple : Orphée et Euridyce. De nombreux cafés bordent la rue Orphéos. Sans doute la musique y est à l’honneur !

la vitrine de l’antiquaire

Une dame brune en longue robe claire nous invite à visite sa galerie dans la maison d’un riche marchand de tabac. Plafonds lambrissés magnifiques comme en Bulgarie. Splendides boutiques d’antiquités, les vitrines contiennent aiguières et cafetières ottomanes au long col et aux gracieuses poignées, travail damasquiné.

Parmi les maisons à encorbellement, il y a d’autres maisons remarquables : une villa Art Déco avec bordures jaunes et bleues et motifs végétaux. Une riche maison est peinte à fresque dans un style florentin. Briques et pierre pour les deux maisons jumelles maintenant occupées par le Musée Ethnographique où je suis très bien accueillie. On me raconte l’histoire de la Maison Kougioumtzoglou, bâtie en 1860 et dont la décoration intérieure et les fresques datent de 1866. On y a reconstitué l’ameublement d’un intérieur bourgeois en 1930, période de prospérité pour le négoce du tabac. Les habitants y vivaient à l’occidentale. La table d’un déjeuner de fête est dressée à l’Européenne. Européennes aussi, les toilettes des femmes. A la cave, l’intérieur paysan consiste en banquettes orientales, table basse ronde, kilims et vêtements folkloriques. A l’étage diverses collections de timbres, jouets sont de moindre intérêt.

costume thrace

Pour rejoindre Komotini nous évitons la Via Egnatia pour passer par Lagos et les lacs Visnides. Pique-nique dans une pinède non loin de l’eau. Nous passons devant des églises charmantes sur des îlets. Il fait chaud et j’ai hâte d’arriver à l’étape pour me baigner à la piscine