L’Homme qui rit – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTISME – LECTURE COMMUNE

Les lectures communes sont l’occasion de merveilleuses découvertes. Comment suis-je passée à côté d’un tel chef d’œuvre?Sans le défi de Claudialucia d’Aifelle et d’autres, je n’aurais peut être pas choisi un gros pavé. Pavé? J’exagère parce que c’est une lecture numérique sur ma nouvelle liseuse qui a l’avantage de garder en mémoire les passages que j’ai soulignés, et surtout de m’accompagner sans surcharger les bagages…

Que cache ce titre L’Homme qui rit? Pendant un bon tiers du livre, j’ai peu d’indices. pour répondre à ma curiosité

 

Je m’engage donc à l’aveugle à l’aventure dans l’Angleterre de 1680.

 

Roman historique? C’est une lecture possible. J’y apprendrai beaucoup sur la succession des rois :  Stuart,  la Révolution de Cromwell,  Jacques II qui rétablit la royauté, CharlesII, la Reine Ann.

Tout renaissait, tout reprenait sa place. Dryden en haut, Shakespeare en bas, Charles II sur le trône, Cromwell au gibet

Que le lion puisse redevenir baudet, cela étonne, mais cela est . Cela se voyait en Angleterre. On avait repris le bât de l’idolâtrie royaliste

Hugo explique le fonctionnement de la Chambre des Lords, contre-pouvoir de la royauté…. je ne ma plains pas des digressions, elles m’instruisent.

La mer qui, le moment d’avant, avait des écailles avait maintenant une peau. Tel est ce dragon. Ce n’était plus le crocodile, c’était le boa. Cette peau plombée et sale, semblait épaisse et se ridait lourdement

Ce qui caractérise la tempête de neige, c’est qu’elle est noire. l’aspect habituel de la nature dans l’orage, terre ou mer obscure, c’est blême, est renversé ; le ciel est noir, l’océan est blanc

Roman fantastique que cette plongée dans le froid de l’hiver à Portland, embarquement mystérieux sur cette ourque dans une tempête de neige noire, naufrage annoncé, lutte contre les éléments déchaînés, cette cloche qui résonne dans la Manche,….Fantastique, la course de l’enfant qui découvre le gibet, première rencontre avec la mort, deuxième rencontre avec la mendiante morte sous la neige. j’imagine Hugo à Guernesey décrivant la tempête  (je me laisse emporter par mon imagination, je crois que le livre a été composé à Bruxelles). Aucune trace de rire dans ce début de roman.

 

le spectre était là au pillage. Il endurait cette voie de fait horrible, la pourriture en plain vent. Il était hors la loi du cercueil. Il avait l’anéantissement sans la paix. Il tombait en cendre l’été et en boue l’hiver….[….]  il était simulacre. Ayant sur lui les souffles qui ne s’apaisent pas…

 

 

Sont-ils sortis de l’imagination de l’écrivain? Ursus, colporteur apothicaire, guérisseur, philosophe, sur sa charrette? plus fort encore les comprachicos? et plus loin le terrifiant Wapentake? Ont-ils existé? Peu importe, on y croit.

 

Roman politique : la richesse des Lords suppose la pauvreté du peuple. Victor Hugo étale les possessions, les privilèges, les abus des Lords. La longue énumération des propriétés a pour but de nous faire sentir jusqu’à la nausée l’énorme richesse de certains face au dénuement des autres.

Mon garçon, les carrosses existent. Le lord est dedans, le peuple est sous la roue, le sage se range

Roman d’amour:entre Dea, la belle, et Gwynplaine, monstrueux. Amours innocentes mais aussi éveil du désir, de la tentation du sexe….

Etre aveugle et amoureux, c’est être deux fois aveugle

Tu as une chose à faire, aimer Dea. tu es heureux de deux bonheurs : le premier c’est que la foule voit ton museau ; le second c’est que Dea ne le voit pas.

Roman social 

Quand Gwynplaine se trouvait saltimbanque :

Oh! Si j’étais puissant, comme je viendrais en aide aux malheureux! Mais que suis-je? un atome. Que puis-je? rien. Il se trompait. Il pouvait beaucoup pour les malheureux. Il les faisait rire

Quand Gwynplaine se retrouve élevé à la position de lord:

Deux spectres, l’adversité et la prospérité, prenant possession de la même âme, chacun la tirant à soi. partage pathétique d’une intelligence, d’une volonté, d’un cerveau,

Gwynplaine  saisir l’occasion, à la Chambre des lords de plaider pour les pauvres:

Milords, je viens vous apprendre une nouvelle. Le genre humain existe.

Je suis un plongeur, et j’ai rapporté la perle, la vérité. Je parle parce que je sais.Vous m’entendrez, milords. J’ai éprouvé, j’ai vu. La souffrance, non, ce n’est pas un mot, messieurs les heureux. La pauvreté, j’y ai grandi ; l’hiver…

Est-ce que vous ne voyez pas que vous êtes dans une balance et qu’il y a dans un plateau votre puissance, dans l’autre votre responsabilité. Dieu vous pèse. Oh! ne riez pas. Méditez.

Généreux, c’est le mot qui me vient pour qualifier Hugo dans cette œuvre. Dans cette plaidoirie et dans le plaisir jamais compté que l’auteur donne au lecteur qui est parfois submergé d’émotions, de renseignements, richesse de vocabulaire, d’images…

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « L’Homme qui rit – Victor Hugo »

  1. J’ai vu le film au début de l’année, je ne partais donc pas sans bases .. mais pour l’instant je suis sur la touche pause. Je reprendrai, c’est sûr, quand les temps seront plus propices. Ton billet et celui de ClaudiaLucia sont très tentants.

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  2. Tentant ? Le mot est insuffisant, je ne participe pas au challenge car ‘ai du mal à lire sur commande mais quel plaisir de voir ainsi une lecture dont on se dit : comment ai-je pu passer à côté ?
    Claudialucia et toi me faites saliver, je voudrai avant terminer mon parcours chez Zola, et comme toi le poids du pavé ne pèsera pas, je l’ai téléchargé sur ma tablette
    Belle lecture vraiment !

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  3. quand je lis Hugo, je me sens nain de jardin (même pas, fourmi noire), tout est surdimensionné mais rien n’est monstrueux chez lui : ses inspirations tempestueuses, la tour de babel de ses volumes, son humanisme nullement de papier mâché, ses courages face aux oppressions qui ne se trompèrent pas et l’exilèrent sur une île où des tables tournaient devant lui tant il semait des vertiges…

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