ATHINA – Alexandre Najjar

LIRE POUR LA GRECE

 

 

Athina est née en Crète. Des Crétois elle tient cette résistance. Élevée comme un garçon, elle est instruite par un pope qui lui enseigne le Français, l’anglais et la révolte. Elle se fait accepter des jeunes kapitans.

 

 

 

 

 « …..- La révolte, c’est le sentiment le plus grand qui existe. La révolte, c’est comme quand le vent souffle et que rien ne l’arrête ; c’est comme les vagues lorsqu’elles se déchaînent et qu’elles fouettent les rochers…
     –  Qu’est-ce qui la provoque, papas ?
     –  Elle naît de l’injustice. L’injustice est pareille à l’eau qu’on chauffe dans une marmite. Quand elle bout trop longtemps, elle déborde : c’est cela la révolte.
     –  Ce que je n’arrive pas à m’imaginer, c’est ce qu’on ressent vraiment à ce moment-là… Est-ce quelque chose de physique, un peu comme la faim ou la soif ?
     –  Oui, répondit-il. On éprouve une sorte d’illumination, d’extase. On ressent le besoin de renverser l’ordre établi. On a la conviction de pouvoir changer les choses et, aussi, l’impression de ne pas avoir tort parce qu’on est dans le camp de Dieu.
     –  Vous voulez dire que Dieu est toujours dans le camp des révoltés ?
     –  Oui, affirma le pope en hochant la tête. Dieu prend toujours le parti de la Liberté. »

« Le pope, se servant de son encensoir comme un fléau d’arme« , tue un Turc. Athina entre en résistance pour le libérer et doit fuir à Chios,  où elle est témoin des massacres (l’enfant grec de Victor Hugo).

J’ai plaisir à retrouver des lieux que j’aime, Ierapetra, Chios ou Rhodes.

Ce roman historique  fait réviser toute l’histoire des luttes pour l’Indépendance de la Grèce. Roman historique pédagogique : Athina rencontre les chefs de guerre. Kanaris devant Chios, l’envoie à Athènes puis elle se bat avec Botsaris. A Missonlonghi elle assiste à la mort de Lord Byron, combat avec les Souliotes, et tombe amoureuse d’un Français, officier de Napoléon qui a préféré épouser la cause hellène plutôt que de faire allégeance à Louis XVIII. Siège de l’Acropole.  Retour à Chios. l’auteur en profite pour détailler les alliances (et les félonies). Chios ne sera pas libérée. Escale à Rhodes – visite guidée de la vieille ville – pour Lamartine!Enfin, la Crète et pour finir le sacrifice du monastère d’Arkadi.

En 300pages, une histoire amoureuse avec un français philhellène s’est terminée. Les Crétois étaient vêtus de braies et de bottes avec leur foulard noir à pompons. On a cueilli les olives, dégusté des mezzés…. visité l’Acropole…. le must du tourisme et l’essentiel de l’histoire. Les combattants on dit souvent « la Liberté ou la Mort« ! Rien d’original!

Évidemment, rien de comparables aux écrits  de Kazantzaki  ou de Byron, Châteaubriant, et Lamartine. Mais un digest bien écrit et bien fait. Tout le monde n’a pas le temps de lire des centaines de pages!

Niaye film de SEMBENE Ousmane 1964 dvd

FESTIVAL SENEGALAIS

noir et blanc – 35 mn 4/3

Film d’un autre temps?

d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.

Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.

Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde «  couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.

http://www.africanfilmlibrary.com/Movies/Video/9317/988/Niaye

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.

Guelwaar – film de Sembène Ousmane dvd – 1992

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 Bien que sorti en 1992, ce film dont le titre complet est Guelwaar, légende africaine de l’Afrique du XXIè siècle est encore d’une criante actualité. C’est un  film magnifique.

Pierre-Henri Thioune doit être enterré au village. Il a demandé une messe en latin. Tout le village est présent pour ses obsèques qui ne peuvent avoir lieu parce que le corps du défunt a disparu à la morgue. Négligence? Méprise?

Barthélémy, son fils, venu de France s’adresse à la police. l’adjudant Gora finit par retrouver la trace du corps qui a été enterré par erreur dans un cimetière musulman. Confrontation entre les deux communautés? Les guerres de religion sont évitées grâce à  la sagesse de l’Abbé et la modération de l’Imam qui parviennent à grand mal à contenir leurs ouailles. Les anciens des deux villages se connaissent bien, s’apprécient.

l’aide alimentaire

L’arrivée du député accompagné du préfet et celle des camions de l’Aide Alimentaire font prendre une tournure politique au film : Pierre Henri Thioune, appelé Guelwaar est mort dans des circonstances troubles après avoir pris la parole dans un meeting contestant la pertinence et la distribution de l’aide internationale alimentaire. La disparition du cadavre a peut être des raisons politiques.

Le discours de Guelwaar est d’une virulence extraordinaire : les paysans ne veulent pas être des assistés recevant une aide qu’ils n’ont pas demandée.  Surtout, cette aide est confisquée par les élites politiques pour leur bénéfice personnel ou électoral. On ne saisit que les grandes lignes du discours  en wolof (sous-titré) comme la plupart des dialogues du film. Seuls l’émigré et les officiels parlent en français que les paysans ne comprennent pas . Ce parti pris du réalisateur participe aussi sans doute de l’orientation politique du film. Barthélémy le « français » qui arbore son passeport fièrement, a un ton très agaçant, plein de morgue et de vulgarité contrastant avec le parler de l’adjudant Gora et avec le ton du député.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xb96t5<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xb96t5_guelwaar-discours-sur-la-cooperatio_news &raquo; target= »_blank »>GUELWAAR, Discours sur la coop&eacute;ration Nord/Sud</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/lolo2401&Prime; target= »_blank »>lolo2401</a></i>

En plus du contenu politique fort du film, c’est une découverte pour moi que ce film dans la société encore rurale où les traditions sont encore très prégnantes. Traditions funéraires différentes selon les communautés. Rôle des anciens. Rôle aussi des jeunes qui sont partis et financent par l’émigration pour Barthélémy et par la prostitution à Dakar pour Sophie, la survie de la famille au village.

Veillée funèbre en l’absence du défunt

L’histoire est bien contée, le suspens ménagé, les rebondissements nous tiennent en haleine. Les personnages secondaires sont intéressants et s’affirment au cours du récit. Les images magnifiques. Encore, un grand film!

 

La Grève des battù – Aminata Sow Fall

LIRE POUR L’AFRIQUE (SÉNÉGAL)

Incipit:

« Ce matin encore le journal en a parlé ; ces mendiants, ces talibés, ces diminués physiques, ces loques, constituent des encombrements humains. Il faut débarrasser la Ville de ces hommes – ombres d’hommes plutôt – déchets humains, qui vous assaillent et vous agressent partout et n’importe quand. »

Les battù sont les calebasses que tendent les mendiants.

Ce roman met en scène les deux extrêmes : les mendiants et les puissants. Mour NDiaye, Directeur de la Salubrité publique, charge Keba Dabo de désencombrer la ville afin de la rendre plus présentable aux touristes étrangers. Mour NDiaye compte sur le succès de la campagne pour atteindre le sommet de la puissance : un poste de Vice-président de la République.

Keba Dabo, par des rafles musclées et brutales, réussit sa mission.

On découvre que la société des mendiants est remarquablement organisée. la solidarité est financée par la tontine quotidienne qu’organise Salla Niang dans sa cour, qui fournit un abri pour les nécessiteux, revend bouts de chandelles ou poulets donnés en aumône – tenant une sorte de commerce du produit de la nécessité –  paie les obsèques du malheureux Madiabel, victime d’une des rafles, nourrit la communauté dans une sorte de cuisine collective.

Les puissants vivent dans des villas somptueuses, entretiennent maîtresses et secondes épouses, prodiguent satisfaction « aux demandes pressantes d’argent des parents, cousins, copains et beaux-parents…. » sans parler des sacrifices sur les conseils des marabouts.

Car ce sont eux, les marabouts qui font le lien entre les extrêmes de la société! La réussite de tel ou tel politicien dépend de leur influences et de leurs prières. La politique nage dans le domaine magique. De la rencontre avec Sérigne Birama, un saint homme,  date la prospérité de Mour Ndiaye. Il entretient cette relation par des dons substantiels :

« quelques jours après, il décide de rendre visite à Sérigne Birama. Celui-ci est toujours à l’ombre du baobab majestueux, lisant le Livre Saint. […]le sac de riz, les dix kilos de sucre, le carton de lait, les noix de kola et les paquets de bougie remplissent la malle arrière de la voiture… »

et le saint homme promet :

 » ce que tu veux, Dieu peut te le donner. Et je pense qu’il te le donnera. Inch’Allah….tu l’auras s’il plait à Dieu…. Fais seulement le sacrifice d’un beau bélier tout blanc. tu l’égorgeras de ta propre main, tu feras sept tas de viande que tu donneras à des mendiants. »

Les mendiants chassés de la ville décident de faire grève. Qui donc peut être gêné par cette grève? Justement tous ceux qui espère quelque chose et qui pensent que donner l’aumône favorisera leur prière. L’aumône fait partie intégrante des rapports sociaux et de la pratique religieuse. A qui adresser les prières? A qui faire des dons si les mendiants ne mendient plus?

La Grève des battù est un succès inespéré. Relégués dans la  maison des mendiants à la périphérie de la capitale, ils reçoivent des cortèges de visiteurs apportant à domicile leurs offrandes. Mour Ndiaye se déplace, les paye même pour qu’ils rejoignent leurs emplacements dans la ville, les carrefours, les abords des mosquées, les marchés. Rien ne les fléchira!

 

Madame Brouette – film sénégalais de (DVD)

FESTIVAL SENEGALAIS

Mati – madame Brouette – vend toute sorte de marchandises au marché avec sa brouette.

Au début du film une scène nous interpelle : d’un  taxi, un homme travesti en femme en robe rouge le visage peint comme un masque, débarque dans la chambre et veut voir son enfant. Mati le met en joue. Le coup part. Accident ou crime passionnel. la police et un journaliste de télévision effectuent la reconstitution.

Les femmes prennent le parti de Mati tandis que les hommes l’accusent. Un groupe de griot chante comme un chœur antique

 

 

Mati est-elle capable de tuer Naago, son amant,  le policier corrompu, le dragueur, le père de son enfant qui a préféré faire la fête que d’assister à la naissance?

Certes Mati ne se laisse pas faire. Elle tire son amie des coups de son mari. les deux femmes décident de vivre sans les hommes, de se débrouiller seules, de monter une affaire, une gargote, promesse d’indépendance et de richesse. A peine ont elles pris la décision de s’installer ensemble que Mati tombe amoureuse de Naagot, et rapidement enceinte.

Désillusion, Naagot installe Mati dans un hôtel borgne, amant infidèle sûrement, maquereau peut-être? Forte femme, elle réagit ,  mène une affaire de contrebande pour réunir les fonds nécessaire à l’achat de sa gargote. Enfin, Mati réalise son rêve. Sa fille est très touchante, le très joli duo avec le gamin du quartier m’a ému. Le bonheur est-il à portée de main? Arrive le drame.

 

 

Film enlevé, des acteurs sympathiques, de la bonne musique, les couleurs africaines, de l’humour.

 

 

 

 

 

 

 

 

le docker noir – Sembène Ousmane

LIRE POUR L’AFRIQUE

1956, premier roman de l’écrivain et réalisateur Sembène Ousmane dont j’ai beaucoup aimé les Bouts de Bois de Dieu relatant une grève sur le chemin de fer reliant Bamako à Dakar en 1947.

Je sors de cette lecture avec une impression mitigée.
Sembene Ousmane nous emmène dans le Marseille des années 1950. Est-ce que le racisme était aussi primaire à cette époque? Osait-on faire des amalgames aussi faciles dans les prétoires pour condamner un homme au seul motif de la couleur de sa peau?
L’intrigue se noue autour du crime que le héros aurait commis sur une femme de lettre qui lui aurait volé son manuscrit. Ce crime était -il possible? Prévisible?
Héros intéressant, docker et écrivain. Solidaire des ouvriers immigrés et intellectuel capable de s’enfermer dans sa chambre pour écrire un deuxième roman. Violent? Oui quand sa dignité est bafouée à décharger un navire sous la pluie battante, quand un briseur de grève s’attaque à lui, quand il se rend compte qu’on lui a volé le manuscrit.
Cependant les différentes parties du livres sont inégales. Les personnages secondaires sont ébauchés, pas toujours assez développés. pas toujours crédibles. Terrible, la mort de la jeune avortée. Et pourtant, on saura si peu d’elle, de son amant, de sa grossesse. Étrange, cette écrivaine qui s’approprie le roman d’un autre, à la limite de la vraisemblance. La fin est très pessimiste. Aucun espoir, ni pour lui ni pour sa compagne.

Roman comme un cri d’amertume, de révolte.

Palais de la Porte Dorée – Cité nationale de l’histoire de l’immigration – aquarium tropical

TOURISTE DANS MA VILLE

le palais de la Porte Dorée par une matinée hivernale

Souvenir de l‘Exposition coloniale de 1931, le Palais de la Porte Dorée abrite désormais la Cité nationale de l’immigration et l’aquarium tropical en bordure de bois de Vincennes.

Il est recommandé d’y aller en métro Porte dorée Ligne 8 ou avec le nouveau Tramway, le stationnement étant problématique et payant.

Bas relief colonial

 La façade est spectaculaire, témoignage de l’esthétique des années 1930, colonnes de granite à section carrées qui n’auraient pas déparé dans l’esthétique mussolinienne ou stalinienne et bas relief colonial. La France métropolitaine trône au dessus de la porte tandis que les colonies offrent leurs richesses. Le message est clair! Réminiscence des bas-reliefs angkoriens! Si le contenu idéologique est contestable l’ensemble sculptural est réussi.

 

le forum

A l’intérieur, au rez de chaussée un vaste forum offre une salle de spectacle (il y a une scène sur une estrade), entouré de galeries avec un haut plafond en pyramide évidée (ou stupa). la décoration Art Déco est spectaculaire avec des frises colorées dans les teintes chaudes. Autour de l’entrée des voiliers inspirés des caravelles ou des galions d’autrefois  sur un ciel sombre apporte la colonisation civilisatrice ou la civilisation colonisatrice. Des panneaux représentant les vertus de la Justice ou de la Science montrent des femmes blanches fortes sur un décor végétal fleuri et exubérant alternent avec de grands tableaux montrant les indigènes dans et les européens , curés bonnes sœurs, explorateurs ….au sol une mosaïque colorée encadre un très beau parquet. Deux grands salons art Déco étaient ceux des officiels du temps de l’Expo.

Les expositions de La cité nationale de l’histoire de l’immigration prennent l’exact contre-pied de l’idéologie coloniale. Des installations variées symbolisent l’immigration  – une barque naviguant sur un océan de bouteilles vertes charriant des ballots de tissus africains colorés  – des lits superposés où sont accrochés les sacs écossais en plastique à fermeture éclair, pauvres ballots des immigrants – des théières, récipients exotiques apportés du monde entier suspendus…..Des vitrines présentent les souvenirs des migrants : familles italiennes avec l’accordéon, l’atelier du tailleur juif polonais avec ses papiers, des photos de famille, un mariage serbe, les photos de classe et les bulletins d’un écolier algérien, des journaux yiddish, chinois, ou arméniens…. des objets des années 30 ou 40 ou même plus tardifs. Le poste de radio de mon enfance…tout cela forme un ensemble pédagogique et émouvant.

Photos d’artistes ou d’amateurs, toujours signifiantes et émouvantes.

Panneaux pédagogiques : là sont regroupés les artistes, les danseurs de Noureev à Prejlocaj, ldes champions sportifs, les peintres….Bien  sûrt, comme dans tout musée moderne, il y a aussi des vidéos, des écrans interactifs. On peut choisir des films, télécharger sur son smartphone l’application du musée pour avoir la visite guidée….

par hasard, dans un blog que j’aime bien, celui de la femme de cendres, je découvre le poème clic

 on peut visionner le film ici :le film

Une exposition temporaire

VIES D’EXIL DES ALGÉRIENS EN FRANCE PENDANT LA GUERRE D’ALGÉRIE (1954-1962)

est visible jusqu’au 19 mai 2013

Beaucoup de photos, de coupures de journaux, d’objets de la vie quotidienne, de tableaux aussi me rappellent un passé qui m’est contemporain mais en même temps si ignoré. Les bidonvilles de Nanterre, j’ai failli aller y enseigner, et pourtant je suis surprise. les cafés de la Goutte d’Or, je suis passée devant, du métro aérien mais c’était un domaine exotique où une adolescente ne se serait pas aventurée. J’ai regardé cela avec u ne grande émotion.

lire également l‘article consacré à l’expo

Aquarium

l’aquarium a été un véritable émerveillement. pas tant les poissons que la richesse des végétaux dans les aquariums d’eau douce et des coraux, mollusques, oursins dans ceux d’eau de mer. Féérie pour les yeux.!

 


 

La maison assassinée – Pierre Magnan (folio policier)

Peyruis, le village

– « Clorinde parais un peu voir! Tu sais la Burlière….« , commérage de village!

Ne comptez pas sur ce billet pour découvrir les mystères de La Maison Assassinée! Ce livre, publié dans la collection folio-policier est un roman très noir mais assez peu policier. Les gendarmes n’interviennent qu’après 200 pages et leur intervention est maladroite et leur enquête bâclée.

J’ai été happée par les suspens, surprise, déroutée, étonnée par ces mystères, mais je ne les dévoilerai pas!

Si le Qui? et le quoi? méritent de rester cachés au lecteur. Le Où? et le Quand? situeront mieux l’action.

 

 

 

Quand?

Le premier chapitre se déroule à la fin du 19ème siècle, lors de la construction de la voie ferrée, dans un relais des chevaux de remonte du courrier de Gap. La suite du roman, 25 ans plus tard, en 1920 à la fin de la Première Guerre mondiale dont l’ombre plane sur les populations exsangues.  Gueules cassées, jeunes veuves de guerres, souvenirs atroces des champs de bataille, triste compétition des jeunes femmes pour les rares jeunes gens au village.

le château et son bassin

Où?

Dans les Alpes de Hautes Provence,(qu’on appelait alors les Basses Alpes) entre Sisteron et Forcalquier, dans la vallée de la Durance, rivière encore sauvage, très présente dans le roman. Les villages de Peyruis et de Lurs existent bien. Lurs a été le théâtre d’un crime fameux, bien plus tard en 1952 (affaire Dominici). Le monastère de Ganagobie domine le paysage, au dessus de la ferme de la Burlière – la maison assassiné.

 

.« Et le seul réconfort qu’il tirait de ce clin d’oeil, c’était l’enclume de Ganagobie qui cinglait sous la lune comme un navire de pierre. on ne savit s’il fallait attendre d’elle maléfice ou bénéfice. Ce tribunal de falaise entassées qui camouflait sa menaçante nature sous une benoite forêt de chênes verts, réservait son verdict de toute éternité. »

Les mots de Magnan


Rarement, dans un roman policier j’ai autant buté sur des mots rares. Locutions vieillies, patois provençal, ou  mots des métiers disparus. J’ai deviné la plupart, dans leur contexte, mais pas tous. Qui était donc ce dévoirant avec son air de novi? un compagnon du Devoir, m’apprend le dictionnaire . Le caquois est un bébé, un lardon….La hie du cantonnier est-elle une houe?non c’est un outil pour enfoncer les pavés selon wikipédia? la chavanne, orage ou grêle? Je ralentis mon rythme de lecture pour goûter cette langue riche et étrange. Chez Magnan on ne se blottit pas, on se musse. Le safre.. ».oxyde de cobalt de couleur bleue; verre coloré avec cet oxyde, qui imite le saphir. » dit wikipédia correspond-il au safre provençal?

Richesse aussi des détails de la vie quotidienne de ces villages : les cantonniers,  le travail du boulanger, celui du moulinier:

« Le moulin de Saint-Sépulcre est incrusté sous la roche oblongue d’un saut du Lauzon, dans le pertuis d’une brêve clue qui s’ouvre en calice sur les rondeurs des monts de Lure…. »

Moulin pour presser les olives qu’on cueillera à la Sainte Catherine avec le chevalet à olivade

« Car l’olivier est l’arbre de la douleur. Il n’apporte  la paix qu’à ceux qui le contemple à travers Dieu. Rien qu’à le voir, d’ailleurs, on devrait s’en douter. Tordu, noueux, arqué de toute sa stature voûtée de vieillard rompu à toutes les roueries du temps; on devrait se douter à le voir stoïque sous les frimas, encore chargé de ses fruits… »

Etranges Infers que j’ai identifié un instant à l’enfer alors qu’il s’agit de galettes de pulpe d’olives abandonnées par les paysans au mouliniers.

Provence aussi des herbes, des simples et des tisanes:

« – J’y ai fait tout boire! gémissait Clorinde. L’hysope et la jusquiame – un seul grain – la consude et la salsepareille et le pie-de-poule et la reine-des-mères et le rampochou, tout je te dis! »

Quand l’intrigue est bien troussée, le suspens haletant, les rebondissements imprévisibles, on n’est pas toujours regardant sur le style d’un thriller.  La Maison assassinée a du style, des personnages, un décor,  soignés. Il faut le lire et savoir ralentir la lecture pour en profiter!

Lire aussi dans le blog de JEA l’article à propos de l’œuvre de Magnan

Sur la route du papier

INVITATION AU VOYAGE

 

 

 

 

 

 

« Pourtant c’est sur son dos que chaque matin,depuis près

de soixante années, je tente de faire avancer, pas à pas mes histoires….. »

« Je n’avais que trop tardé

L’heure était venue de lui rendre hommage.
D’autant qu’on le disait fragile et menacé.

Alors j’ai pris la route. Sa route

Cher papier!

Chère pâte à papier magique de fibres végétales! »

Ainsi commence le voyage de l’écrivain, conteur, mais aussi économiste, dans le tome III du Petit précis de mondialisation.Je l’avais suivi auparavant avec bonheur dans le Voyage au pays du Coton et dans l‘Avenir de l’eau.

pile de papier : Musée de la Poste Paris

Écrivain, économiste, grand voyageur, il se présente ainsi p.37:

« Je souffre d’un mal qu’on pourrait qualifier de géographique. Certains lieux exercent sur moi une telle fascination qu’il me faut urgemment et sous peine de dérèglements graves, aller saluer. »

La route du papier commence en Chine et se confond avec la la route de la Soie. D’ailleurs le papier ne s’écrit-il pas en empruntant l’idéogramme de l’écheveau de soie? Caravanes de chameaux rappelant les caravanes du Vizir qui emportait sa bibliothèque de dix-sept mille volumes sur quatre cent chameaux, par ordre alphabétique.

Orsenna part à la recherche d’une bibliothèque murée il y a mille ans dans les grottes . Voyage dans le temps? Il décrit aussi la Chine moderne qu’il traverse, industrialisation à outrance, urbanisation, pollution.

Les Arabes prennent ensuite le relai de la conquête de l’Ouest par le papier, Samarcande, Bagdad, l’Égypte – où il prend son nom par analogie au papyrus local – Kairouan, jusqu’à à Cordoue où cent soixante dix femmes, jour et nuit recopiaient le Coran.

Étape en Ombrie à Fabriano où fut inventé le filigrane et ou subsiste aujourd’hui une usine de papier monnaie plus que séculaire. Dans l’histoire du papier on rencontre les frères Mongolfier, Didot, et aussi Balzac:

« En appelant son malheureux inventeur Séchart. Balzac prouvait qu’il avait tout compris de la technique. Qu’est-ce qu’une usine de papier si ce n’est une grande sécherie? …..Et vive la littérature quand elle s’intéresse à tous les univers du Réel, y compris l’industrie! »

Un voyage au Japon traditionnel nous fait découvrir les papiers faits main par les Trésors Vivants.

Même le papier-cigarette n’est pas oublié!

Après l’histoire, l’économie.La seconde partie raconte le Papier présent qui n’est pas seulement celui des écrivains, des journaux ou des estampes mais aussi le carton, les emballages et même le papier-toilette.

A Jaipur, on confectionne des boites cartonnées pour les boutiques new-yorkaises à Noël, et voici que se pointe la mondialisation! Non loin de là à Sanganer, les jaïns recyclent les ordures et confectionnent à la main des cartons hautement technologiques destinés aux hauts-parleurs.

Les grandes centres du papiers se trouvent aujourd’hui là où se trouvent les grandes forêts. Orsenna nous emmène au Québec, à Montréal, La Tuque et Trois Rivière. Hommage de Félix Leclerc aux draveurs, usines géantes, centres de recherche et science-fiction : l’échelle interstellaire en nano-cellulose! Finlande, Suède et Russie exploitent aussi des forêts immenses.

Les forêts du Sud poussent plus vite. C’est en Indonésie et au Brésil que les géants de la pâte à papier exploitent les forêts humides. Déforestation de la forêt primaire, disparition des animaux,  massacre des paysages. La biodiversité réduite par les monocultures des palmiers à huiles indonésiens ou des eucalyptus brésiliens. Une exploitation raisonnée de la forêt est-elle possible? Les perspectives sont très sombres en Indonésie qui massacre la forêt. En revanche, Fibria au Brésil joue la modernité, clone les eucalyptus et même les espèces de la forêt « native ». Enquête autour de l’eucalyptus, est-il gentil ou mauvais?

C’est du recyclage que viendra la solution. Déjà en 2010, la moitié du papier produit provient du recyclage.

« dernier cadeau de la route : un cercle.Peut être la première leçon du papier : une conception du monde selon laquelle rien ne se crée »