Cité sur plusieurs blogs, Keisha, écouté l’auteure à la radio, c’était une occasion de faire connaissance avec Agnès Desarthe dont je n’avais rien lu.
« Avaient-ils compris que la vieillesse est plus âpre quand elle est solitaire ? Avaient-ils anticipé, avaient-ils prévu qu’il serait beaucoup plus facile de se retrouver pour jouer aux cartes et échanger des recettes de cuisine quand on n’a qu’un couloir à traverser, un ou deux étages à descendre, à monter, grâce aux nombreux ascenseurs ? »
Le sujet me plaisait : faire une maison commune pour partager la vieillesse entre amis, une sorte de phalanstère, un béguinage, ou un kibboutz, alternative à la vieillesse solitaire ou pire à l’Éhpad. D’ailleurs, cela existe déjà : les Babayaga de Montreuil ont réalisé cette initiative depuis un moment.
Le contexte me plaisait bien aussi : ces juifs russes avec leur accent yiddish à la Popeck, je les entends parler, ce sont les parents des copains de l’Hashomer hatzaïr, nostalgie!
A regarder mes grands-parents et leurs amis, on ne craignait pas de devenir vieux. Car vieux ne signifiait pas« bientôt mort ». Vieux signifiait « encore là ».
[…] Ils avaient survécu. Ils sur-vivaient et conjuguaient ce verbe au pied de la lettre : vivant supérieurement, et discrètement aussi, à la façon des superhéros, dont les superpouvoirs sont enivrants et doivent demeurer secrets.
De courts chapitres, un roman choral où se mêlent les voix de plusieurs générations, et des souvenirs personnels qu’elle égrène. réflexions sur la vieillesse, mais pas que, sur l’écriture, témoignage impossible ou fiction imagination.
Entreprise sympathique que cette anticipation de la vieillesse, non pas celle des survivants mais des boomers. Sauront-ils aussi bien vieillir ensemble?
« Je me dis que notre génération a vécu dans un confort tel que la vieillesse a cessé d’être un privilège – le privilège de ceux qui s’en sont sortis, qui ont échappé à la mort, dont la santé a permis qu’ils résistent à diverses
épidémies. La vieillesse, pour nous, n’est que déchéance. Notre génération a tout à perdre en vieillissant. J’ai
peur que mon phalanstère ne voie jamais le jour. »
Une lecture agréable dont j’attendais sans doute trop pour que ce soit un coup de cœur.
Daniel Kehlmann est l’auteur de les Arpenteurs du Monde que j’avais beaucoup apprécié. A la suite de la recommandation du blog Et si on bouquinait un peu (CLIC) j’ai téléchargé Tyll Ulenespiègle dont j’ai bien du mal à prononcer le titre parce que je suis habituée au nom de Till Eulenspiegel. Oubliant les chouettes et miroirs, il est vrai que le jeu de mot est savoureux.
Le roman historiquese déroule pendant la Guerre de Trente Ans (1618 -1648) ravageant toute l’Europe, Impériaux Catholiques contre Princes Protestants, débutant en Bohème et se terminant avec la Paix de Westphalie. La Peste, la faim et les ruines complètent les cortèges de ruines. Tyll Ulenespiègle est un acrobate, un jongleur, un menteur, forain se déplaçant avec une troupe de comédiens, musiciens. Il est si doué qu’il est le bouffon attitré du Roi Frédéric de Bohème, le Roi d’hiver nommé ainsi puisqu’il n’a régné qu’une seule saison, puis recherché par l’Empereur Ferdinand III , on le retrouve à Osnabrück.
Ma lecture a été laborieuse parce que je ne dispose pas de la culture germanique et historique. Je me suis souvent perdue à rechercher les différents personnages. Qui est donc ce Wallenstein? Est-ce celui qui a inspiré Schiller? Et Fréderic V Wittelsbach, Electeur Palatin, le fameux Roi d’Hiver. Les lecteurs germanophones sont sûrement plus familiers que moi et ont donc une lecture plus fluide. De même, Elizabeth Stuart, reine de Bohème est une figure centrale dans le roman. Il a fallu me documenter sur la cour d’Angleterre, la Conspiration des Poudres (1605) .
L’histoire commence dans un moulin : le meunier Claus Ulenespiègle, le père de Tyll, s’intéresse plus aux anciens grimoires qu’à moudre la farine. Il est convaincu de sorcellerie par un tribunal itinérant. Tyll, encore enfant, s’enfuit avec des comédiens ambulants.
« n’importe quelle maladie, un marchand de fruits, un marchand d’épices, un deuxième guérisseur qui, n’ayant malheureusement pas de thériaque, en est pour ses frais, un quatrième rémouleur et un barbier. Tous ces gens font partie de l’artisanat ambulant. Celui qui les dépouille ou les tue n’est pas poursuivi. C’est le prix de la liberté. Au bord de la place, on aperçoit encore quelques personnages douteux. Ce sont les gens malhonnêtes, les musiciens, par exemple, avec leur fifre, leur cornemuse et leur violon. Ils se tiennent à l’écart, mais Nele a comme l’impression qu’ils ricanent et se paient la tête de Gottfried. Un conteur est assis »
On le retrouve, adulte à la cour du Roi d’hiver. Il est aussi question d’un âne parlant (ventriloquie) d’une vieille qui suit les forains itinérant et d’une jeune fille qui a suivi Tyll… Il est aussi question de draconologie ou poursuite des dragons par des érudits qui se guident plus avec leurs grimoires qu’avec des preuves tangibles. Tout cela est amusant dans un style ironique et plein d’humour. Les horreurs de la guerre ne sont pas épargnées au lecteur, très gore mais amusant!
« Plus un dracontologue connaît son métier, dit le Dr Tesimond, plus il peut compenser l’absence du dragon par la substitution. La compétence suprême consiste à utiliser non pas le corps du dragon, mais son… quel est le mot ? Savoir, dit le Dr Kircher. — D’utiliser son savoir. Pline rapporte… »
Une lecture instructive, pleine d’allusions littéraires aussi qui restent légères et font sourire quand on a saisi
La route N88 coupe le Causse Comtal en une saignée qui coupe le calcaire qui affleure. Les pelouses sèches à genévriers sont caractéristiques de ces sols mais elles ne sont pas aussi étendues que sur les Grands Causses. On traverse également des pâtures bien vertes, des champs cultivés labourés en ce moment de terre rouge comme sur la route de Conques. Les changements rapides dans le paysage sont fréquents en Aveyron. La complexité de la carte géologique explique ces variations.
L’église Sainte- Fauste sur la falaise
Pour arriver au Trou de Bozouls, Mme GPS nous organise un tour bien plaisant dans la campagne en passant par les Brunes, puis la D581. Nous arrivons directement au Belvédère pour découvrir le canyon découpé par la petite rivière Dourdou formant un cercle presque parfait profond d’une centaine de mètres, découpant le village en deux parties. En face nous voyons le vieux village avec ses tourelles et ses maisons alignées sur la falaise. Par une rue sur le rebord, j’arrive à l’église Sainte-Juste, comme suspendue au-dessus du vide. Pour y entrer un dispositif électrique fonctionne très bien, la porte claque derrière moi. La nef est très haute, très claire, arcs et chapiteaux romans. Une seule nef, longue et étroite. Pour sortir la porte ne veut pas s’ouvrir, une flèche rouge indique le bouton, quel bouton ? Vais-je rester prisonnière dans l’église ? Je tripote partout, un battant s’ouvre (je pensais que ce serait l’autre). Une aire récréative a été aménagée de là, un sentier avec des marches bien hautes et bien glissantes descend dans le canyon où coule le Dourdou. Des petits panneaux expliquent la flore endémique. En bas, un groupe de randonneurs, bonnes chaussures, bâtons de marche, se dirige vers le canyon. Ils vont sûrement voir els grottes et les sources. Combien de temps ? 5 km , selon le panneau, mais est-ce aller et retour seulement aller ? Je préfère emprunter le petit pont qui conduit au village, puis une rampe remonte au belvédère. 2.5 km, 35 minutes. Une dame qui promène son chien m’explique : il y a 3 circuits, je n’ai fait que le petit.
Rodelle et son roc
Rodelle est un minuscule village perché sur un piton rocheux à la manière de sa grande sœur Rodez. Rodelle serait une « petite Rodez » avec ses maisons de pierre regroupées autour d’un bloc rocheux et son église romane. Autrefois, il y avait un château fort, il n’en reste pas grand-chose.
Estaing
Estaing : pont sur le Lot
Par la D20 et la D 22 nous parcourons les deux côtés d’un carré et montons sur la colline pour découvrir la Vallée du Lot. En descendant, les vignes sont de plus en plus présentes. La D22 tortille en descendant jusqu’à Estaing dont nous découvrons le château qui domine le paysage avec son donjon carré, ses nombreuses tourelles qui bourgeonnent et donnent une allure de fantaisie à ce qui aurait pu être une forteresse austère. Promenade dans les rues, ruelles, escaliers…Hautes maisons de schiste en lamelles fines et parfois un moellon marron de grès. Tourelles, toits recourbés, parfois concaves, parfois convexes mais toujours dans le chatoiement de l’argent des lauzes arrondies. En plus du Lot qui passe sous les quais, je découvre un ruisseau : la Coussanne enjambée par de petits ponts. On pourrait la franchir à gué surtout aujourd’hui avec la sécheresse.
Estaing pont sur la coussanne
Déjeuner sur une terrasse au bord du Lot « chez Lilou » au choix : panini ou galette avec une salade composée. Lilou est bavarde, souriante, efficace. Sous le pont de pierre, le Lot forme un miroir dans lequel se reflètent les arbres de la forêt. Sur le pont la silhouette d’une statue que je crois féminine. Non ! c’est un évêque en soutane, de la famille d’Estaing : François d’Estaing évêque de Rodez (1460- 1529).
Estaing donjon
Estaing est une étape sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, étape avant Conques pour les bons marcheurs (32 km) (GR 65). Partout, nous rencontrons les pèlerins avec ou sans coquille. Chez Lilou, il n’est question que de marche, d’étape, restaurants et chambres d’hôtes.
L’église Saint Fleuret est perchée sur un monumental escalier aux marches arrondies ? A l’entrée, une très fine croix de calcaire clair est sculptée d’une mise au tombeau et d’un pèlerin de Compostelle.
Juste en face, une rampe conduit au Château d’Estaing (ouvert). Il a été racheté par la fondation Giscard d’Estaing qui l’a restauré. La famille Estaing, une des plus puissante du Rouergue du XIIIème au XVIII ème siècles a donné des cardinaux, des militaires. Le dernier amiral a été guillotiné à la Révolution, le château, vendu. La famille s’est éteinte en 1794. En 1922, le père de Valéry Giscard d’Estaing a « repris » le nom d’Estaing.
L’essentiel de la visite consiste en une évocation de l’ancien président avec e nombreux panneaux à lire, des vidéos à visionner. Leçon d’Histoire récente. Il faut être motivé pour tout lire et tout écouter. L’accent est mis sur la première crise pétrolière (1973) à la veille de l’élection de VGE à la présidence et le choix du Nucléaire (larges interviews du président d’EdF. Je zappe. Zappée aussi la collection des robes d’Anne-Aymone, Chanel, Courrège, Dior…griffes prestigieuses mais garde-robe ennuyeuse.
château Calmont-Olt
L’arrêt suivant aurait dû être Espalionà quelques kilomètres en amont sur le Lot. C’est une petite ville, pas un village. Il y a beaucoup de circulation. L’église renommée sur le Plateau de Perse est accessible à pied mais que faire de la voiture ? A la recherche d’une place de parking nous sortons de la ville et aboutissons au Château de Calmont-Olt perché au-dessus de la vallée. Selon le guide Gallimard, les parties anciennes seraient carolingiennes. Il est bien ruiné, et fermé.
Saint Côme d’Olt
Saint côme d’Olt clocher flammé
Après Espalion, le Lot prend le nom d’Olt, c’est un peu surprenant sur la carte. Saint Côme d’Olt est un charmant village construit en cercles concentriques autour de son église. Ces villages ronds sont nommés « circulades » dans le Languedoc.
L’église construite entre 1522 et 1532 a un curieux clocher tors ou flamme à 8 pans culminant à 45 m avec 7 cloches. Sur les portes de l’église on a planté 365 clous. Les vitraux colorés sont modernes. Sur le parvis, des galets dessinent une coquille saint Jacques, marquant le chemin de pèlerinage.
La prospérité du village est attribuée à la douceur du climat. Il a été construit à la rencontre de deux voies de communication : une draille préhistorique et une voie romaine.
Aux murs des maisons une grande exposition-photos montre des scènes de vie des années 1950-1960, comme la lessive dans le Lot (1951) ou la moisson avec des bœufs. La « cavalcade » ou défilé de chars a été prise en photo en 1920.
La promenade dans les rues n’est pas très longue mais j’ai l’occasion de remarquer des portes et fenêtres très soignées entourées de beau calcaire blanc sculpté. Le château a une tour ronde dont on voit encore les corbeaux tenant le chemin de ronde. La Porte Neuve est ogivale, dans un haut bâtiment de 4 étages.
Glyphosate, ils ont prolongé l’autorisation européenne de 10 ans contre l’avis des scientifiques sur la foi d’études biaisées et de lobbyistes. Je suis verte de colère!
Raison de plus pour lire Humus! Dix ans de plus pour empoisonner les vers de terre, les sols et les riverains.
en classe!
Je l’avais repéré depuis un moment, les vers. J’en ai élevé dans ma classe dans une ferme à lombrics pédagogique . Enlever les caches noirs chaque matin pour observer les galeries était un moment fort du début de mes cours. Au programme des 6èmes, même les 3èmes me le demandaient. Les vers mélangeaient les différents horizons, terre brune, marne claire sable jaune ou rose en un délicieux gâteau marbré.
J’attendais donc la lecture de ce roman avec impatience, recommandée par nombreuses blogueuses Eimelle, Keisha, Claudialucia, Kathel et j’en oublie.
Deux étudiants sur les bancs d’un amphi de AgroParisTech à Saclay, ont une épiphanie : ils consacreront leur vie aux vers de terre, les réparateurs des sols, les digesteurs du trop-plein de déchets, les sauveteurs de la planète. C’est aussi le début d’une amitié profonde qui va unir deux garçons très différents. Arthur est issu de la bourgeoisie, scolarisé dans les meilleurs lycées parisiens, cultivé capable de citer les philosophes antiques et les bons auteurs. Kevin, venu du Limousin, de parents simples travailleurs agricoles, venu par la voie technique, titulaire d’un DUT mais excellent élément, admis à l’Agro parmi les rares élus d’un filière Pro.
Deux destins se croisent et s’éloignent : Arthur le bobo va tenter un retour à la terre en compagnie d’Anne, diplômée de Sciences Po qui se rêve écrivaine. Fidèle aux lombrics, anéciques et épigés il a le projet de réensemencer des champs stérilisés par l’agriculture conventionnelle et chimique. Justement, son grand-père avait une ferme en Normandie dont il a cédé les terres à un voisin Jobard (quel nom!).
Kevin a choisi pour les vers une autre voie : le lombricomposteur. Tout d’abord il met au point un lombricomposteur d’appartement qu’il cherche à produire et à vendre lui-même. Méprisé par les banques, il ne trouve pas la somme (assez modique) qui lui permettrait de lancer son affaire. Trop simple, pas assez innovant, il faudrait ajouter des capteurs, une appli, le transformer en smart-composteur pour être plus sexy. La rencontre avec Philippine dans une soirée mondaine va lancer le compostage à grande échelle. Il ne s’agit plus de composteur domestique mais de lignes de production pour les déchets industriels, l’Oréal est partie prenante, puis un gourou californien. La petite entreprise devient une licorne. Adulé par les médias, coqueluche des salons parisiens, Kevin, le garçon de la campagne, beau comme un dieu, fréquente cuisiniers étoilés, ministres et même Thomas Pesquet. Bulle capitaliste qu’un scandale fera crever.
L’histoire est moins glorieuse pour l’ensemenceur de vers en Normandie. Les bestioles, pourtant amoureusement chéries refusent de coopérer. Arthur survit grâce à son potager et à un mode de vie plus que sobre. Une chicane du voisin Jobard, la désertion d’Anne, le poussent à un sentiment d’échec qui le conduit à accepter les propositions d’un mouvement éco-terroriste : Extinction-Révolution. Monsieur Darmanin doit être comblé : il exise des éco-terroristes qui veulent faire tout péter. Bien plus fort qu’un petit pipe-line dans le désert d‘Andreas Malm!
J’ai déjà assez spoilé! J’arrête, à vous de lire.
Un roman agréable à lire , tout à fait en prise avec l’actualité, aussi bien les bulles financières des licornes de l’économie 2.0, les préoccupations écologiques brûlantes avec l’invasion des déchets, la dégradation des sols, le greenwashing. Tout autant de problèmes que le roman soulève! Sans parler de la tentation de violence pour ceux qui trouvent la transition écologique inopérante.
Cependant j’ai été déçue par l’analyse des personnages très stéréotypés correspondant exactement à l’idée qu’on peut se faire du bobo-paysan ou de l’arriviste. Pire encore leurs compagnes manipulatrices exploitant les réseaux d’une très haute bourgeoisie très friquées. A peine ébauchées, quelles vilaines filles! Gaspard Koenig se complait dans les réceptions mondaines, se met en scène lui-même, se moque de Pesquet. Trop facile! On sourit au début puis on se lasse de cette complaisance.
Flavin-Pont de Salars, 15 km dans le brouillard, pour le paysage, vous repasserez ! De temps en temps, le disque solaire se devine derrière la brume et la lumière est dorée. Promesse d’une belle journée.
L’Office de Tourisme de Pont de Salars ouvre le mercredi à 9 heures. La dame est très efficace : elle me conseille la promenade de La Vierge des Lacs (décrite aussi sur Visorando : 5.8 km, 2 h facile). Garer la voiture au parking de Vernhes au bord du lac de Pareloup (indiquer Salles-Curan au GPS)/ A notre arrivée au Lac de Pareloup, la brume s’est dissipée ;le ciel est bleu pur, la lumière d’une grande netteté. Très beau parcours le long du lac situé tout près de la route. On traverse le lac sur une passerelle : la Passerelle des Vernhes.
levezeou : Lac de Pareloup vu daux pieds de la Vierge
A la plage de Vernhes, je ne résiste pas à la tentation de marcher le long de l’eau sur le sable. La sécheresse fait reculer anormalement l’eau et a dégagé une plage de sable grossier rose avec de gros morceaux de quartz à arête coupante brillant au soleil. De petits coquillages ronds ressemblent à de petites coques ou plutôt à l’ornementation de palourde. S’agit-il de la corbicule, filtrant l’eau, espèce invasive venue d’Asie qui infeste les lacs savoyards. Le parking de la Vierge des Lacs est un peu plus loin, le sentier part de l’autre côté de la route. Le début grimpe dur (810 m à 880 l) – heureusement j’ai pensé au bâton – jolie montée à travers bois puis on sort dans les prés. La vierge, en granite est assez originale. Elle précédée de deux grands cairns. Avec la belle lumière, le lac se détache très net, ses berges serpentent. A l’étiage avec la sécheresse on croirait voir des bancs de sable parallèles aux bords. Vers le sud, les éoliennes sont immobiles faute de vent.
Mon projet de faire le tour du lac de Villefranche-Panat a été validé par la dame de l’Office de Tourisme. 11.5 km, impossible de le faire avant le pique-nique. Nous musardons entre les deux lacs. La promenade en voiture nous mène d’abord à Salles-Curan où j’aurais aimé visiter le Musée Eugène Viala (mais pas d’horaires d’ouverture ni de numéro de téléphone). Le personnage de Viala est tout à fait singulier, graveur renommé, photographe, peintre ami de Fenaille, de caractère difficile…
Tour Peyrebrune
D577 vers Alrance, on voit de nombreux animaux, vaches ou bœufs, chevaux dans de belles prairies vertes. Les champs labourés sont engraissés au fumier, une odeur tenace flotte. Une tour très haute attire le regard. On croit à un mirador anti-incendie. A l’entrée d’Alrance : une flèche touristique signale la tour : Tour de Peyrebrune. Elle a fière allure, 5 étages, des créneaux, et une statue de la Verge qui la surmonte. Je recopie le panneau explicatif :
On trouve trace de la Tour dès l’époque carolingienne. Au XIIIème siècle le fief du seigneur de Panat s’étendait sur presque tout le Rouergue. Pendant la Guerre de 100 ans la région a été cédée aux Anglais, les troupes du prince Noir ont ravagé le pays, origines d’une légende sur un trésor caché « Le veau d’or de Peyrebrune ». je comprend sa présence à Belcastel. Finalement Richelieu a fait démanteler le château en 1630 pendant les Guerres de Religion. En 1898 les abbés Lamouroux le reconstruiront en le transformant en chapelle. C’est un lieu de pèlerinage, avec des espaces pour se retrouver, pique-niquer, sorte d’aire de loisir en pleine campagne. Lieu pittoresque aussi avec des rochers énormes qui rappellent le Sidobre et une très belle vue sur le Lévezou et le Lac de Panat et sur les crêtes dans le lointain.
Avant d’entreprendre le tour du Lac de Villefranche-Panat, nous pique-niquons au parking de Grenouillac où il y a une plage aménagée, un petit port pour les canoës et les petits bateaux à moteur. Et à l’arrière, un restaurant.
Le Tour du lac est une bande cimentée ou goudronnée d’environ 60 cm de large. Le parcours est varié. Il passe même sur des passerelles de bois. Lorsque le lac est rempli on marche au-dessus de l’eau ce qui doit être rafraîchissant. Avec la sécheresse actuelle, l’eau manque. On traverse même un bras du lac sur une passerelle métallique. Parfois on marche à couvert sous de beaux hêtres ; les faînes craquent sous nos pas. Aux alentours de la Centrale EDF, le circuit entre dans la campagne. La route n’est jamais loin mais très discrète, on ne s’en rend pas compte.
Décidément une très belle promenade bouclée en 2h30.
Des panneaux expliquent pourquoi e Lévezou possède 5 lacs : ce sont des lacs de barrage implantés dans les années 50. Retenue de Pont-de Salars sur le Viaur, de Pareloup sur le Vioulou, de Villefranche de Panat sur l’Alrance. Leur fonction principale est de fournir de l’énergie électrique mais également de l’eau potable à la ville de Rodez et les Syndicats de l’Eau du Segala. Chaque retenue a un débit réservé pour maintenir la biodiversité, destocker l’eau dans les cours d’eau pour la période sèche. N’oublions pas l’aspect touristique !
Un système de conduits capte l’eau pour la conduire à la Centrale. C’est un peu compliqué.
Le retour au gîte de Villefranche-de-Panat à Flavin s’est fait par de petites routes très agréables traversant des forêts de hêtres et de résineux traversant Salmech et le Viaur au Pont de Grandfuel.
Vendredi 6 octobre : retour à Lévezou et Restaurant
autour du champignon
En prévision du voyage du retour, nous avons préféré ne pas faire de route. Comme il fait encore un temps merveilleux , inespéré pour octobre, nous sommes retournées au lac de Villeneuve-Panat pour refaire le tour du lac tôt le matin. Et pour fêter la fin des vacances nous avons choisi un beau restaurant au bord du lac de Pareloup : Les Reflets du Lac.
Carte très alléchante : Dominique prend des ris de veau et moi, une entrée un peu énigmatique « autour du champignon » très jolies assiettes décorées de radis bicolores, de champignons, de petits cubes de coing et de racines (carottes, panais…) C’est très joli et surtout très bon. Et pour dessert je choisirai encore un assortiment « autour de la figue ». Face au lac . une belle conclusion pour de belles vacances.
Nous connaissons tousLe Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar.
Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…
Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,
Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer …
Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.
Depuis le gîte de Flavin, 55 km dont 35 dans le brouillard. L’altimètre indique plus de 700 m, c’est précisément l’altitude où stagne le nuage. Rien à voir comme paysage ! Quand on descend sous 600 m, le ciel est gris. Jolie arrivée sur Villefranche-de-Rouergue (250 m) et la vallée de l’Aveyron. je remarque le retour des toits de tuile rouge.
Jolie promenade sur les quais de la rivière jusqu’au Pont des Consuls (1321) pont piétonnier formant un dos d’âne qui servait de péage à l’entrée de la bastide. Dans son prolongement la rue de la République monte à la Place Notre Dame. La rue est large de 6 m mais il y a des ruelles plus étroites avec des maisons à encorbellement. Galeries d’art, belles boutiques. Prenant pour cap le clocher, j’arrive sous les arcades qui bordent la grande place carrée. Elles sont si larges et si hautes que même une camionnette parvient à y circuler.
Sur la place, un énorme crucifix métallique. La collégiale est aussi énorme avec son gros clocher-porche aux contreforts aux quatre pointes ornées de pinacles.
La bastide fut fondée en 1252 par Alphonse de Poitiers, ex nihilo, jugeant les environs trop favorables à Raymond de Toulouse. La collégiale fut commencée en 1260 et consacrée en 1519. Exemple de gothique languedocien (une seule nef, pas de transept) . Elle fut ensuite pillée par les Huguenots.
Villefranche de Rouergue place de la fontaine
Après une promenade dans les ruelles, cherchant la Chapelle des Pénitents noirs que je n’ai jamais trouvée, je me retrouve sur la Place de la Fontaine assez étrange avec le Griffoul en ceux, bassin à dix côtés avec des personnages grotesques bien usés.
Le beau temps est revenu : dans la région trois étapes possibles, le château de Bournazel, celui de Belcastel et le site de Peyrusse-le-Roc spectaculaire site médiéval perché sur un rocher. Le GPS nous joue un drôle de tour : nous avons programmé Peyrusse et voilà qu’il nous conduit vers l’Est au lieu du nord, nous quittons la D1 bien roulante non loin de l’église d’Anglars Saint Félix et de là dans les gorges de l’Aveyron par de petites routes charmantes. Ravies d’avoir abandonné le grand axe routier, nous profitons des tournants pittoresques, des montagnes russes dans une campagne boisée pour arriver….dans la cour d’une ferme nommée Peyrusse. Rien à voir avec le site archéologique que nous cherchons, la synagogue, le rocher ! Il aurait fallu programme Peyrusse-le-roc et mieux suivre sur la carte !
Belcastel château et village blotti
Belcastel est tout proche, mais du mauvais côté de l’Aveyron. Descendant du plateau, la forteresse et le village blotti à ses pieds ont belle allure. Le pont est piétonnier. Il faudra faire un grand détour dans les bois au-dessus de gorges pour trouver le Pont neuf.
Le château, remonte à l’an 900, issu d’une motte castrale, appartenait à la famille Belcastel nommée par Charlemagne. Au XIIIème siècle il passe à la famille Saunhac et sa glorieuse histoire prend fin au XVIème siècle. Fernand Pouillon l’achète en 1973, le restaure et le rend habitable. Il y décède en 1986. Il est inhumé au cimetière du village. C’est donc un château privé et habité qu’on peut visiter librement avec un dépliant très détaillé. Il a été racheté par une galeriste, Heidi Leigh, qi en a fait aussi un lieu d’expositions contemporaines. L’exposition « Créatura » et son bestiaire de créatures animées : Basilic Griffon, Stryge…entre légendes médiévales et Fantasy infantile ne m’ont pas séduite. Le parcours dans le château, en revanche est très agréable. Une trentaine de points d’intérêt racontent au visiteur la vie au château au temps des seigneurs Saunhac. Evocation aussi de Fernand Pouillon – personnalité intéressante, architecte de Meudon La Forêt, et du Point du Jour, d’Alger à Téhéran …écrivain auteur de Pierres Sauvages qui raconte l’édification du monastère du Thoronet. Il y a même deux chevaliers en armure et à cheval, l’un d’eux est le Prince Noir. Je n’ai rien compris sur le moment mais j’aurai l’explication à Peyrebrune demain !
Je descends à la rivière à travers les rues du village, rampes pavées de galets entre les maisons anciennes en schiste aux toits de lauzes. Ce « plus beau village de France » mérite sa récompense.
Dîner de gastronomie locale : tripoux de Naucelle : estomac de mouton farci de jambon, ail et persil. Les tripoux se présentent en petits rouleaux (5 ou6 cm) ficelés dans une sauce orange avec des carottes qu’il est recommandé de réchauffer au bain-marie. Excellents.
Le soleil du matin est éblouissant, presque une lumière de montagne. Le GPS propose un itinéraire tournicotant par de charmantes routes de campagne pour éviter la route principale de La Primaube à Rodez, embouteillée, mais étrangement nous fait traverser Rodez où nous nous perdons, bien sûr ! La suite sur la D901 – Route Soulages – qui est la route de Conques traversant des villages : Salles-la-Source, Marcillac-Vallon, Saint Cyprien-Dourdou. Les paysages sont variés, la route boisée traverse des vignes autour de Marcillac – ceps très hauts conduits sur des rangées arrondies, champs rouges comme le grès rouge permien des rochent qui affleurent. A partir de Nauviale, la route suit le cours de la petite rivière, le Dourdou. Un groupe de maisons et un petit pont, un ancien moulin sans doute, nous font faire un détour.
A l’approche de Conques, la vallée se resserre dans les Gorges du Dourdou : les versants abrupts des collines sont boisés. Juste avant l’entrée de conques, il ne faut pas rater la petite route qui monte au Belvédère de Bancarel : une piste carrossable conduit à une croix. Mais pour découvrir Conques il faut grimper sur un escarpement rocheux ce qui confère à la découverte un léger parfum d’aventure.
Conques est interdite aux voitures, il convient d’abandonner son véhicule près de la rivière (parking gratuit) et rejoindre le village à pied, ou de la garer au parking payant situé juste sous le village.
Conques est une étape du Chemin de Compostelle, les pèlerins (ou randonneurs) lourdement chargés et chaussés, avec ou sans bâton, sont nombreux sur le parvis de l’abbatiale. Je descends dans la « coquille » (la conque) découvrant les tours pointues, les épais toits de lauze des habitations. Je passe sous la Porte de la Vinzelle pour entrer dans le village, puis devant une grosse demeure « le château d’Humières ». Par la rue du Château, je parviens à la place de l’église bordée de maisons à pans de bois (restaurants qui déploieront tables et parasols vers midi). Dans les boutiques on peut acheter cartes postales, coquilles et bâtons de pèlerin, topo-guides et cartes IGN, livres pieux….
Conques : le Jugement dernier
L’Abbatiale Sainte Foy est impressionnante. Sa façade est encadrée par deux tours carrées. Je m’arrête un long moment pour admirer le tympan où est sculpté le Jugement dernier. Les élus à la droite du Christ sont sagement assis, ils ont l’air de s’embêter sérieusement. L’autre côté, celui des pécheurs et de l’enfer est plus amusant. Le diable cherche à tricher en appuyant sur la balance. Les personnages sont grotesques. J’essaie de deviner les punitions visant chaque type de péché, cela se lit comme un jeu (je ne trouve pas toujours). En revanche, dans la nef, c’est la sobriété qui me frappe. Solennité de cette nef haute et clairs où les seuls ornements sont les chapiteaux haut placés. Une visite guidée des tribuns est prévue l’après midi mais en attendant la porte est close, inaccessible. Je pense aux Pierres sauvages de Fernand Pouillon que j’ai lu récemment. Simplicité des abbayes cisterciennes ! Les vitraux de Pierre Soulages sont parfaitement à leur place.
Sobriété de la nef et des vitraux de soulages
Des panneaux discrets rappellent les heures des offices où l’église est rendue au culte. A 11h45 , un piquet à l’entrée signifiera que la messe est en cours. Passant la tête j’aperçois un moine en habit blanc cassé qui allume un cierge.
Le Trésor
Sous l’abbatiale, le cloître. Les arcades n’occupent qu’un côté du carré planté d’herbe avec un gros bassin. Passant sous la galerie, on accède au Trésor (payant mais le billet de Rodez donne droit à une réduction). C’est vraiment un trésor ! Or et pierres précieuses dans des reliquaires très anciens. L’un d’eux est mérovingien. Le reliquaire attribué à Charlemagne est manquant, prêté au Musée de Cluny. Triangulaire, hexagonal, pentagonal, châsse ou statue dorée, tous sont revêtus ses ornements els plus précieux : gemmes, émaux cloisonnés, intailles…. Tellement précieux que c’en est trop. Cachés au temps de la Révolution, Prosper Mérimée les a redécouverts. Le plus impressionnant est la statue de Sainte Foy, toute recouverte d’or, assise en majesté, encore portée en procession de la Fête de la Sainte-Foy. Foy, du temps de Dioclétien, était agenaise. Ses reliques furent volées « par translation furtive » en 866 par les moines de Conques.
Dans ma promenade j’ai raté les séchoirs à châtaignes le long d’un sentier de randonnée. Cela me rappelle que je ne les avais pas trouvés non plus en Corse à Serra-di-Scopemena. Cesont des constructions discrètes !
Pour déjeuner nous descendons le cours du Dourdou jusqu’à un petit pont où nous suivons une flèche indiquant « chapelle préromane », nous montons dans une forêt touffue. Bel endroit pour une pause « apéro ». Au sommet de l’épaulement on devine une autre vallée Lot ou Aveyron ?
Pont et moulin sur le Dourdou
Après-midi : châteaux
A Nauviale : couronnant une butte Le Château de Beaucaire fortifié à partir du XIIème siècle, délaissé au XVIIIème . L’enceinte XIVème possédait 6 tours de gros moellons de grès rouge. Elles ont subi l’érosion du temps et le château ne se devine de la route que grâce au drapeau qui flotte sur la tour. C’est une jolie promenade commentée par des panneaux. J’aime bien ces découvertes mineures et inattendues.
Nauviale : château de Beaucaire
Le Château de Pruines est bien indiqué de la route principale (7 km quand même) suivant les pancartes, nous parvenons au petit village de Pruines. Mais où est donc le château ? Je demande aux habitants qui me montrent une grosse tour carrée accolée à un gros bâtiment « Aucun intérêt cela ne se visite pas » ajoute l’homme interrogé. Il est habité, en très bon état mais je n’en saurai pas plus.
Le château de Servayrie se voit de la route qui nous ramène à Salles-la-source au lieu-dit Mouret.
Salle la source : cascade
Nous montons sur le Causse Comtal avant de descendre à Salles-la-source où nous découvrons une belle cascade. De nombreux panneaux commentent cette curiosité : c’est une résurgence de rivières souterraines sous le Causse exploré par Armand et Martel. Moulins, tissage, toute une industrie s’est développée autour de l’énergie hydraulique. Mais cette eau précieuse est très convoitée et détournée par une usine électrique dans un barrage souterrain, des actions en justices ont été tentées par les riverains s’estimant lésés. Derrière la fontaine, un escalier monte sur la falaise conduisant à un belvédère et au Griffoul.
C’est un grand livre qu’a signé JakobWassermann (1873-1934). Premier livre d’une trilogie L’Affaire Maurizius (1928) est suivi de Etzel Andergast (1929) et de Joseph Kelkhoven(1934) . C’est un pavé de 624 pages si on compte la postface d’Henry Miller.
L’Affaire Maurizius est une erreur judiciaire. Leonard Maurizius a été condamné à perpétuité pour le meurtre de sa femme. Il croupit en prison depuis 18 ans. Il a toujours clamé son innocence. Seul son père se démène pour une révision du procès.
Etzel Andergast, 16 ans, fils du procureur qui a obtenu la condamnation de Maurizius entre en contact avec le père de Leonard. Elève brillant, garçon docile, il est élevé de manière très rigide par son père qui le tient éloigné de sa mère coupable d’adultère et interdite de contact. Arrivé à l’adolescence, Etzelrecherche sa mère. L’Affaire Maurizius lui fait prendre conscience de la personnalité de son père et de sa situation familiale singulière:
« C’était la méthode du silence. Cette anormale situation de famille avait pour résultat que les habitants de la maison semblaient pratiquer de plein gré l’espionnage ; fournisseurs, commissionnaires, facteurs, huissiers, tous étaient assujettis à cette volonté supérieure partout sensible et qui gouvernait sans déclarer ouvertement sa toute-puissance ni prendre la peine d’en instruire chacun en particulier. Ils étaient amenés à l’obéissance et dressés à la délation par le seul fait qu’elle régnait là, écrasante et grandiose comme une montagne. »
Etzel,intelligent, révolté par l’injustice avait déjà manifesté, enfant, en camp de vacances des talents de justicier :
« Il s’y trouvait un garçon de dix-sept ans, Rosenau, camarade de chambre d’Etzel. Il n’était pas particulièrement estimé, comme Juif d’abord, puis à cause de son air grincheux et méfiant et enfin parce qu’il faisait des vers, de la pacotille, fade délayage selon les modèles célèbres et mêlé au surplus d’un brin d’érotisme ; aussi les railleries dont les gamins le poursuivaient n’étaient-elles pas tout à fait sans fondement, mais naturellement, cela ne faisait que l’aigrir davantage. Au reste, c’était un brave garçon sans la moindre méchanceté. Mais on le détestait tout simplement et il n’y avait rien à y faire, le plus grand nombre voulait se débarrasser de lui ou du moins lui rendre le séjour insupportable. »
Il avait innocenté ce jeune juif, victime des menées antisémites de ses camarades en fournissant des preuves après une enquête judicieuse.
Etzel part à Berlin, sur les indications du père de Leonard Maurizius à la recherche d’un témoin capital de l’assassinat dont le témoignage a été déterminant dans la condamnation de Maurizius. Il envoie une lettre à son père lui expliquant sa démarche mais sans lui donner d’indice permettant de le retrouver.
« Il y a encore quelque chose dont il faut que je te parle, c’est de l’abominable quantité d’injustices qui vous viennent tous les jours aux oreilles. Il faut que tu saches que l’injustice est la chose du monde qui m’inspire le plus d’horreur. Je ne peux pas t’expliquer ce que je ressens quand je suis témoin d’une injustice, à mon égard ou à l’égard des autres, n’importe. »
La fugue de son fils est un véritable choc pour le procureur qui ressort le dossier Maurizius et va même le visiter en prison.
Cette intrigue compliquée fourmille de personnages complexes. L’auteur analyse tous les aspects psychologiques, les personnalités et leurs contradictions, leurs évolutions. Seul bémol d’ailleurs que cet approfondissement de chaque situation, chaque protagonistes. Je me suis parfois perdue.
Aucun manichéisme si ce n’est la rigidité du juge, et d’ailleurs ce dernier évolue avec l’histoire. Etzel, le jeune garçon qui poursuit la justice craque à la fin du roman. Cherchait-il la justice pour Maurizius ou la vengeance vis-à-vis de son père. Maurizius offre lui-aussi divers aspects pas toujours sympathique de sa personnalité. Et que dire de la duplicité de Waremme-Warschauer, juif renégat qui se lie avec les pires nationalistes puis revient à ses origines, manipulateur, séducteur et menteur, mais sensible au racisme…
« Warschauer contre Waremme, comprenez-vous ? Là-bas, comme ici, deux antagonistes. L’Europe et le passé,
l’Amérique et l’avenir «
Ce roman est d’une grande richesse. Enigme policière. Roman à tiroirs : chaque protagoniste apporte son histoire. On navigue des salons universitaires au quotidien des forçats à la prison où est incarcéré Maurizius. Là, on découvre un personnage touchant : le gardien Klakusch rempli d’humanité.
J’ai dévoré ce pavé. Il me reste encore les deux autres livres de la trilogie!
Le Musée Fenaille est le musée archéologique de Rodez
la Dame de Saint Sernin
Il se trouve sur la place Eugène Raynaldy, la place de l’Hôtel de Ville, sur l’emplacement de l’ancien Forum Romain. L’entrée est moderne : les portes de verre cachent un hôtel particulier Renaissance que je ne découvrirai que bien plus tard.
Une visite guidée commence au 3ème étage juste à mon arrivée. Au début, je suis seule : le guide me fait les honneurs d’une visite privée, mais cela ne durera pas. Les visiteurs nous rejoignent et le conférencier reprend son commentaire en l’enrichissant de digressions et citations. Très brillant, il cite Valery (Mythes et Légendes), Chateaubriand. S’arrête, feint d’oublier, se reprend, digresse, nous fait sourire. Erudit ou cabotin ? On en redemande.
La Dame de Saint Sernin-sur-Rance est la première vedette. Découverte en 1888 par un jeune prêtre, l’abbé Hermet. Les enfants du village auraient tout de suite reconnu « une religieuse » avec les plis de son voile qui cache la bouche, son chapelet autour du cou et ses « poumons ». Achetée par le Louvre, la statue menhir n’a pas quitté l’Aveyron par la volonté de son découvreur.
La musée Fenaille possède une collection de ces statues-menhirs.
A Rodez Pierre Soulages n’est jamais loin, le guide évoque sa présence à l’ouverture du musée en 1937 et nous montre les statues préférées du peintre : la Statue-menhir de La Verrière, plus simple, moins anthropomorphique, dont on ne distingue que des sillons et le poignard, et une autre plus abstraite, plus stylisée…Soulages a aussi participé à des fouilles archéologiques
Les statues-menhirs sont répandue dans toute l’Europe, du Portugal jusqu’en Ukraine en passant par l’Espagne, la Bretagne, la Corse et la Sardaigne. Ces pierres dressées n’étaient pas des pierres tombales, ni des bornes plutôt des pierres magiques à qui les hommes savaient s’adresser.
Une installation contemporaine d’un couple franco-ukrainien : Nikita Kravtsov et la brodeuse, Camille Sagnes intègre 3 statues-menhirs. A l’arrière, une grande tapisserie composite réinterprète La Chasse de nuit de Paolo Uccello, incluant des canevas anciens, des larmes en plastique fluo. Ils mettent en scène des animaux et des chasseurs, scène plutôt angoissante. Au pied, les plasticiens ont planté des fleurs artificielles comme celles des cimetières, renvoient à l’actualité à la guerre qui se déroule en Ukraine.
Après les statues-menhirs, le guide propose de continuer la visite du musée.
Rugtène avec torque et poignard
Au second étage : l’Antiquité. Les Rutènes, installés sur l’oppidum, ont donné leur nom à la ville de Rodez. Le chef Rutène ( 1er siècle reconnaissable à la Torque et le poignard sur la statue de calcaire blanc. Une maquette de la ville romaine a été réalisée.
Descendant on arrive au Moyen Âge : très belle clé de voûte de l’église de Salles-la-Source. Disposée à hauteur des yeux, on peut admirer le soin pour cette pièce caché si haut normalement. Très belle Vierge de l’Annonciation 16ème siècle.
Nous découvrons la cour de la belle demeure Jouery achetée par Maurice Fenaille, riche mécène, ami de Rodin, et de Viala dont les eaux fortes sont exposées dans le musée Denys Puech.
Après cette longue et intéressante visite j’ai juste le temps de prêter un coup d’œil pressé à l’intérieur de la Cathédrale.