Pont Aven est une ravissante petite cité. que j’avais négligée après la visite du Musée. J’étais si impatiente d’aller à la mer! Nous sommes donc revenue sous un beau soleil. Le village est si encaissé qu’à 9h30 il était complètement dans l’ombre.
Trois promenades : Le port, la promenade Xavier Grallqui remonte l’Aven, le circuit du Bois d’Amour encore plus vers l’amont du ruisseau. Et bien sûr les rues du village avec toutes les galeries de peinture.
Moulins sur l’Aven
La rue des Meunières conduit au Port. Selon Gauguin, « Pont Aven, 15 maisons, 14 moulins ». L’activité meunière est à l’origine des fameuses Galettes de Pont Aven étaient confectionnées avec le grain moulu sur place.
Le cours de la rivière s’élargit au Port. De nombreux bateaux de plaisance sont à quai dont la Belle Angèle . La Belle Angèle est le portrait d’une des hôtelières de Pont Aven, peinte par Gauguin actuellement exposée au Musée d’Orsay. C’est aussi un bateau qui emmène les touristes dans l’estuaire de l’Aven et du Belon (Belon comme les huitres!). Beaux hôtels et restaurants chics pour un tourisme friqué.
Le Port de Pont Aven
Plus haut, dans le centre du village après le pont, la rivière ressemble plutôt à un torrent de montagne au vif courant et à l’eau claire bondissant sur les rochers arrondis d’un chaos granitique. La Promenade Xavier Grall remonte l’Aven ; elle se déroule sur du sable fin entre des massifs fleuris. Des passerelles conduisent aux terrasses des restaurants.
Xavier Grall (1930 -1981)est présenté comme un poète et journaliste libertaire et breton. Selon Wikipédia, élève des établissements catholiques traditionnaliste il a conçu une aversion pour ces curés noirs autoritaires sans renier pour autant sa foi. Son passage en Algérie, tortures et tabassages, l’a marqué. Il quitte Paris pour la Bretagne.
Promenade au Bois d’Amour
la promenade du Bois d’Amour continue à remonter le cours de la rivière, assagie maintenant, son lit élargi s’écoulant sous de très grands arbres. C’est dans le Bois D’Amour que Gauguin délivra sa leçon de peinture qui guida Sérusier pour peindre le Talisman.
Etzel Andergast est le second volume d’une trilogie commencée avec L’Affaire Maurizius que j’ai dévoré lors des Feuilles Allemandes 2024. J’avais téléchargé avec enthousiasme Etzel Andergast pour l’édition 2025. 680 pages promettaient un bon moment de lecture. Cela a été en effet un très long moment.
Première déception. J’avais hâte de retrouver Etzel Andergast, le héros de l’Affaire Maurizius adolescent rebelle et très fûté qui a réussi a démonter l’erreur judiciaire. Il est absent de la première partie du livre. J’ai dû attendre 270 pages avant de le retrouver plus âgé de 10 ans.
Mon rôle est d’écrire l’histoire, de retracer des destinées, de jeter un regard sur la trame dont est ourdie notre époque. Considéré sous cet angle, le reste n’est plus que prétexte. Ce que signifient ces personnages ou ces ombres de personnages, où ils vont, à quoi tendent leurs actes et leur vie, je ne puis moi-même le savoir qu’en ne perdant pas leur trace et en les suivant patiemment dans les mille et un détours de leur
route.
La première partie LE MONDE ANTERIEUR met en scène de nouveaux personnages autour de Joseph Kerkhoven, un médecin aux méthodes originales appelé pour soigner JeanIrlen, de retour d’Afrique avec des fièvres tropicales. Une relation très forte lie le patient et son thérapeute. Vient aussi se greffer une histoire d’amour entre Kerkhoven et la nièce d’Irlen. Alors que dans l’Affaire Maurizius il y avait une histoire, une erreur judiciaire, une tension qui met le lecteur en haleine, dans cette première partie tout tourne en rond, beaucoup de verbiage scientifique, de théories fumeuses, d’intuitions géniales fort peu suivies de résultats. L’histoire se situe en 1913, je devine l’apport des théories freudiennes mais jamais l’inconscient n’est nommé et la psychanalyse est récusée. Les mille et un détours me semblent interminables. Puis survient la Guerre. Et quelques années plus tard :
LE MONDE ACTUEL
et réapparait Etzel Andergast
Une des lois fondamentales auxquelles sont assujetties les existences est celle des rencontres. En elle se
manifeste à proprement parler la volonté secrète des puissances supérieures que nous nommons le
destin. Nous avons vu comment il avait fallu que Joseph Kerkhoven rencontrât cet Irlen voué à la mort
pour se découvrir lui-même, pour que sa destinée lui fût révélée, et qu’il trouvât la compagne sans qui il
est probable que son âme serait malgré tout restée engourdie.
.Nous allons voir Etzel Andergast, jeune homme de vingt ans, non sans valeur propre, portant le poids d’un passé dont il ne s’est jamais libéré, fils d’un monde et de son époque…
Le jeune homme est bien différent de l’adolescent du volume précédent. Il paraît plutôt inconsistant mais il gravite dans des milieux marginaux du Berlin d’après guerre, où les jeunes gens se politisent, révolutionnaires ou nationalistes, antisémites ou pas, mais souvent violents. Il vit dans une sorte de communauté « la colonie » où règne une bienfaitrice. Tout cela m’intéresserait bien si ce n’était pas si fumeux. Certains personnages resteront mystérieux comme ce Lorriner, séducteur ou manipulateur? révolutionnaire ou nazi? une jeune actrice paraît aussi jouer sur tous les tableaux.
Un peu plus de clarté et d’analyse ne nuirait pas. Etzel Andergast est fasciné par le médecin qu’il appelle « le Maître » et semble perdre toute volonté face au Maître prestigieux dont il devient le secrétaire logeant même chez lui. La femme de Kerkhoven devient sa maîtresse. C’était prévisible. peu de suspens non plus. A mi-lecture, vers 350 pages, j’ai abandonné, d’ennui. Puis repris, curieuse de voir où on arriverait.
j’attendais plus de ce gros livre, plus d’Histoire, dans cette période troublée mais féconde en expériences réelles comme la révolution, le Bauhaus, la vie culturelle intense dont il y a à peine des échos lointains. J’attendais aussi que l’auteur me raconte une histoire avec des rebondissements, un peu d’action. Et là, calme plat. Une galerie de personnages qui défilent sans que ne se trame vraiment rien d’abouti. C’est finalement bien décevant!
Avant l’ouverture du musée à 10 h, je fais un tour dans les rues de Concarneau à l’arrière des Halles et des quais. Rues beaucoup plus commerçantes que je ne l’imaginais avec du petit commerce traditionnel, une belle librairie Le Livre et la Plume, une maroquinerie qui vend des sacs Kipling que j’aimerais bien racheter. Je cherche l’église et ses chapiteaux décorés, la grande vague en mosaïque mais je ne trouve pas les trous de pressage des sardines que je cherchais.
Concarneau musée de la Pêche : chalutage
Le Musée de la Pêche ne paie pas de mine, pas d’écrans tactiles, une présentation un peu désuète, des cartels dactylographiés du début des années 90. En revanche les vitrines contiennent de merveilleuses maquettes à l’ancienne, du cousu-main qui fait rêver la part d’enfance. Maquettes de bateaux, de fonds marins, de filets contenant des poissons miniatures avec une plaque de verre pour figurer la surface de l’eau. Toute uen collection de bateaux de pêche de la Préhistoire à nos jours, mention spéciale pour le XVIIIème siècle où les maquettes sont accompagnées de gravures anciennes. Maquettes des engins de pêche : carrelets, filet droit, senne, pièges à poissons…
Il y a même un vrai cœlacanthe tout décoloré dans du formol, pêché en 1969 et de beaux fossiles de poissons.
Le Neptune François, atlas de cartes marines, à l’initiative de Colbert de mesures effectuées par des mathématiciens, des astronomes, des ingénieurs hydrographes de la marine. Commencé en 1660, plusieurs éditions paraîtront jusqu’en 1773.
Je traverse un chantier navalavec les outils des charpentiers de marine, de voiliers où trône une énorme machine à coudre les voiles, et une paumelle qui servait de dé géant (de la taille de la paume d’un homme) pour coudre les voiles.
Pêche à la sardine
Evidemment la pêche à la sardine est à l’honneur : maquettes de sardinière et même un bateau entier : une annexe de sardinière, jolie barque de bois avec ses rames, elle transportait les pêcheurs et les sardines au port. Autour de la pêche, hommes et femmes sont figurés. Les femmes jouaient les premiers rôles. Sur le port les Commises et les Senteuses, femmes de pouvoir, étaient chargées de l’achat du poisson pour les conserveries. Dès 1902, leurs cabanes sur le port étaient équipées du téléphone pour informer les patrons des arrivées, proposer un prix d’achat aux patrons pêcheurs. Sur des mannequins sont présentées les tenues des sardinières – Penn sardines – avec leur longues robes noires protégées par de longs tabliers blancs. Les pêcheurs en bleu avec une vareuse. la Fête des Filets Bleus est une traditions de Concarneau : en 1902 les bancs de sardines se sont raréfiés provoquant la misère dans de nombreuses familles; la première fête en 1905 avait pour but de réunir des fonds par solidarité avec les familles touchées par la crise des sardines. On élisait une Reine des Filets bleus.
Pêche à la morue
A côté de la pêche à la sardine, la pêche à la morue en Islande ou à Terre-Neuve est aussi illustrée avec de jolies maquettes montrant bateaux et l’expliquant l’extraction de l’huile de foie de morue. Maquettes avec des dizaines de personnages. Séchage du flétan.
Pêche à la baleine
A côté des bateaux traditionnels à voile il y a aussi des maquettes de navires modernes, gros chalutiers, bateaux usines.
Poissons naturalisés, plusieurs sortes de raies et une présentation sortant de l’ordinaire : une raie transformée « Jenny Haniver, raie séchée et sculptée pour ressembler à une femme ou à une sirène, créature maléfique comme un dragon.
Raie transformée Jenny Haniver
Des documentaires récents permettent d’embarquer sur un thonier ou à la pêche à la langoustine. Les propos des pêcheurs sont souvent savoureux.
Hémérica
Le clou de la visite est à l’extérieur : on sort du musée par des souterrains humides et sombres pour arriver dans le port et monter à bord de L’Hémérica : un chalutier construit en 1957 et désarmé en 1981. Monter à bord est très émouvant. On dirait que l’équipage (11 hommes) vient de le quitter. Je pense à Anita Conti.Exiguïté et inconfort. Il faut escalader des escalier se souvenir de toujours monter les genoux pour ne pas butter contre les plaques métalliques à chaque seuil. Comme il est petit le carré de l’équipage. Seule la cuisine a des dimensions terriennes avec une cuisinière à gaz comme chez nous.
Pique-nique prévu à la Pointe de Cabelliou. Un bac est prévu pour les piétons mais en voiture il faut faire tout le tour de la ville pour passer le Moros sur un grand pont. De là, on voit toute la zone portuaire avec des chantier et un gros bateau gris que je suppose militaire. L’avenue de Cabelliou file vers des zones plus tranquilles. Apéro plage de la Belle Etoile, puis arrêt à la chapelle Saint Fiacre dont l’histoire est compliquée : vendue à la Révolution, démontée pierre par pierre elle a été remontée au XIXème siècle, à nouveau vendue à un américain qui finalement l’a laissée. Occupée par les Allemands qui ont jeté la croix dans un étang, reconstruite à nouveau?
La pointe de Cabelliou est parcourue par deux rues à angle droit qui débouchent sur trois points de vue. A une extrémité, un fort en pierre dont Vauban fut l’architecte mais qui ne fut construit qu’en 1743 avec 4 canons et même un four pour rougir les boulets (pour tirer à boulets rouges). L’esplanade herbu est masqué par les blockhaus allemands. Vue stratégique sur la Baie de Concarneau, mais trop de béton à mon goût pour l’arrêt pique-nique. La Plage des bouchers tourne le dos à Concarneau et regarde vers le large. Enserrée dans des rochers pointus la plage est en sable fin. marée basse, des pêcheurs se détachent en contre-jour sur les rochers avec leurs épuisettes. Toilettes écologiques dans une cabane en bois en forme de tente, très bien intégrées à la dune.
Plage des Bouchers et pêcheurs à pied
Le GR34 suit l’estuaire du Minaouet . Je le suis jusqu’au Moulin-Mer de Minouet (2.8 km). C’est une jolie promenade facile (plate) ombragée sur un bon sentier entre des haies d’éléagnus qui embaument avec leurs clochettes blanches? pas une maison sur la rive ouest. De très beaux arbres, des bateaux échoués à marée basse. Après avoir franchi le ruisseau au Moulin-mer le sentier continue sur la rive opposée mais c’est plus construit et moins agréable. Quand je repasse au Moulin, j’observe la marée monter de façon spectaculaire, dans un village de feuille sèches ou de débris d’algues serpentant à la surface épousant le dessin de la côte. Le retour à marée haute offre un paysage renouvelé.
À l’occasion du bicentenaire de sa mort en exil à Bruxelles en 1825, le Louvre consacre à David une grande exposition. Exposition sans surprise : les tableaux majeurs sont au Louvre dans les collections permanentes. La plupart des tableaux présentés ici sont très connus, illustration des manuels scolaires. L’intérêt de cette rétrospective est de retracer la carrière du peintre et montrer son engagement politique comme citoyen pendant la Révolution puis son attachement à Bonaparte/Napoléon.
Bélisaire demandant l’aumône
De Paris à Rome (1770 -1779) et de Rome à Paris (1780 – 1783) et même Rome contre Paris
Lauréat du Grand Prix (après 3 échecs) David part à Rome où il peint de grands tableaux antiques, très classiques. Les premiers ne séduisent pas. Il découvre ensuite Caravage, Ribera et se détache du goût « rocaille » pour des compositions très théâtrales comme le Serment des Horaces
Ces grands tableaux sur des sujets antiques sont interprétés par d’autres peintres. Bélisaire a été copié pour un autre commanditaire, mais aussi peint par Vincent (1776) et Peyron (1779). Parmi les autres tableaux antiques il y a aussi La Mort de Socrate ou La Douleur d’Andromaque.
En plus de ces tableaux héroïques on voit plusieurs versions des Amours d’Hélène et de Pâris (1789). J’ai noté déjà le goût pour le mobilier antique (lit annonçant le mobilier « empire » et le soin dans la peinture des draperies.
David portraitiste : l’épure sans concession
Dans ses portraits David n’enjolive pas , il fait des portraits réalistes de membres de sa famille.
David dans la Révolution (1789 – 1792) –
Le serment du Jeu de Paume (étude)
David plutôt que de peindre l’héroïsme comme dans la Rome antique, s’engage dans l’action politique. Il a ébauché un énorme tableau du Serment du Jeu de Paume (10 mx 6 m) qui est resté inachevé, les personnages sont esquissés seul quatre d’entre eux ont les visages peints, sans doute pour faire appel à une souscription. Curieusement il a dessiné les personnages nus avec un soin particulier pour la musculature. Pourtant sur le projet ci-dessus on les voit bien habillés.
L’énorme tableau inachevé
– Auprès de Robespierre (1792 -1794)
Avec le rapprochement avec Robespierre, David se radicalise. Elu député de Paris à la Convention , il fait aussi partie du comité de Sûreté générale et est ordonnateur de grandes festivités . Avec la mort du roi, un culte des martyrs de la liberté illustré par La Mort de Marat présenté avec solennité en trois exemplaires . Cette représentation est presque christique. Un autre martyr est le jeune Bara
La mort du jeune Bara
Pour sa participation à la Terreur, David est incarcéré et a peint cet autoportrait
Autoportrait
Revenir sur le devant de la scène (1795 -1800)
Survivant de la Terreur, épuisé, David se remet au travail sans attendre l’amnistie et peint des portraits. Le plus connu est celui de Mme Récamier
Madame Récamier
Les Sabinesmontrent les femmes faisant cesser les combats et appelant à la réconciliation. Les femmes ne sont plus passives comme dans le Serment des Horaces. Elles sont venues avec leurs enfants. Hersilie, au centre du tableau s’interpose entre son père Tatius, roi des Sabins et Romulus, identifié par son bouclier.
les Sabines
« je vous aime David »/ »Bonaparte est mon héros »
David rencontre Bonaparte en 1797. Il fera des portraits . J’attendais le Sacre il n’est pas dans l’exposition! En revanche une série de portraits en 1812 de l’empereur peuvent être observés avec attention. L’heure à la pendule 4h15, les bougies consumées suggèrent que Napoléon a travaillé toute la nuit et le résultat est une accumulation de lettres et rouleaux de papier…
Exil à Bruxelles (1816 – 1825)
Mars terrassé par Vénus et les Grâces
David ne m’attirait pas tant que cela, les tableaux sont archi-connus pour la plupart. Mais l’exposition a piqué ma curiosité et présenté le personnage engagé en politique, même si souvent j’ai préféré les tableaux de ses rivaux comme le grand Jupiter et Thétisd‘Ingres faisant face à Mars terrassé... De même j’ai préféré la version de Gérardpour Psyché et Amour
J’ai dévalisé la boutique de la Conserverie Courtin de Concarneau qui a une succursale à Pont Aven. J’avais déjà remarqué le Confit de Saint Jacques . Les vraies coquilles saint jacques sont confites longuement dans du beurre. La grosse boîte 29€, j’achète la petite. Le marchand me conseille de les marier avec des tagliatelle et un peu de persil haché. On peut aussi les présenter dans des vrais coquilles et les gratiner avec de la chapelure. les sardines en boîtes sont dans de très jolies boîtes. Il y a aussi des tartinades – ce que je venais chercher pour le pique-nique de midi. Je choisis saumon à l’estragon et mousse de Saint Jacques. il y a aussi des rillettes. J’achète aussi du thon émietté avec du wakamé. A la boulangerie très chic : une baguette, du kouign aman et une feuilleté aux pommes.
Pour notre pique-nique très chic, il nous faut un bel emplacement! Direction Port Manec’h . La plage est bordée par une rangée de cabines blanches. Petite déception : le pain est quelconque élastique et pas salé, la tartinade fade. Heureusement l’avocat relève le goût. Finalement le kouign aman manque de beurre et même de sucre, sa pâte est blanchâtre, mal cuite. Fiasco pour le repas gastronomique!
Port Manec’h : les rochers vus du GR
La promenade de Port Manec’h à Raguenezest la plus belle de la région. Belle et sportive. Au dessus du port le sentier s’élève rapidement au dessus des rochers. Montées et descentes se succèdent. Le sentier est très bien entretenu : marches, parties dallées ou gravillonnées si bien que je ne regrette pas d’avoir omis d’emporter mon bâton. Les rochers sont spectaculaires. l’un d’eux est surnommé le doigt de Dieu. Une brosse boule, un peu lunaire est en équilibre sur une autre boule. Le ciel est bleu, la mer aussi.
le doigt de Dieu
On contourne l’anse de Rospico pour remonter en balcon et redescendre progressivement vers la belle plage Tahiti.
Avec la COP 30 à Belem, l’Amazonie est d’actualité, occasion d’aller faire un tour au Quai Branly pour cette présentation des Autochtones d’Amazonie.
En 2021, à la Philharmonie de Paris s’était tenue une exposition immersive des photographies de Salgadosur la musique de jean Michel Jarre CLIC Somptueuses vues aériennes de la forêt et des fleuves, nuages….
peinture faciale
Au Quai Branly le propos est ethnologique : c’est une présentation de la richesse et de la diversité des populations autochtones dans cette région immense s’étendant sur 9 pays, où 300 langues sont parlées. Il s’agit de déconstruire les clichés et les idées reçues.
Mogahe Gihu – Abel Rodriguez Valse
L’Amazonie, une forêt vierge ? Cette première idée préconçue que la forêt serait un enfer vert, difficile d’accès, peu peuplé, est battue en brèche par l’archéologie. 5 vidéogrammes montrent le travail des archéologues sur un site habité depuis 6000 ans. Les fouilles montrent des vestiges d’une civilisation très ancienne. Des photographies aériennes mettent en évidence des fossés creusés, d’anciennes voies de communications, tout un réseau reliant des villages. Habitée depuis 9000 ans, l’Amazonie n’est pas une terre vierge mais peuplée au XVIème siècle de 8 Millions d’habitants.
le territoire des ancêtres
L’exposition montre une Forêt-jardin façonnée par les hommes qui ont géré de façon durable la forêt, soignant le milieu naturel avec une connaissance très fine de ses ressources végétale mais aussi animales.
A l’entrée de l’exposition : coiffes des jeunes garçons et installation
Créer la forêt, habiter les mondes
Les mythes amazoniens mettent l’accent sur la transformation, dynamique créatrice qui ne s’arrêt jamais. Les humains ont la responsabilité de poursuivre la création du monde à travers des savoirs chamaniques, des cérémonies et des rituels.
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De nombreux objets colorés de plumes colorées, d’écorces, de fibres : coiffes, masques, labrets sont présentés
Couronne de plumes
mais certains confectionnaient aussi de très belles poteries pour toutes sortes d’usages : culinaires, funéraires, ou même des jouets, poupées pour les petites filles.
coupe en terre cuite
Fabriquer les humains
Contrairement à nos conceptions occidentales la frontière entre les humains et le monde vivant qui les entoure est très floue. A sa naissance il faut « fabriquer » les « vraies personnes » au cours de cérémonies de nomination, de rites de passage et d’initiations. Les corps sont façonnés avec des peintures très sophistiquées très signifiantes. Les graphismes remplissent plusieurs rôles exprimant les phases de la vie, le deuil …
Peintures corporelles
L’exposition montre des sceaux pour décorer des motifs géométriques. Une mandibule de carnivore aux dents acérées est un scarificateur. Des labrets vont transformer les lèvres. Certains masques spectaculaires en vannerie sont de taille impressionnante.
L’ennemi, les morts, les Blancs
la guêpe qui coupa la queue des hommes
Le statut d’humain n’est donc pas figé, un membre de la communauté peut devenir un esprit ou un animal. Les pratiques chamaniques intègrent aussi les rêves. Avec des cultures aussi riches et sophistiquées on est très loin des idées « civilisatrices » de la colonisation qui introduiraient la « modernité » .
Le collier des ancêtres
Au contraire, nous avons beaucoup à apprendre de ces manières d’habiter le monde.
Et pour le plaisir, j’ai trouvé sur Internet les extraits du concert Aguas da Amazonia, de Philip Glass
Les collections permanentes occupent le 2ème étage du Musée de Pont Aven.
Enseigne de l’ancienne Pension Gloanec peinte à 4 mains Van den Anker et Quignon
J’aurais résumé l‘Ecole de Pont Avenavec les peintres les plus fameux : Gauguin,Emile Bernard, Sérusier et les Nabis. Je suis très étonnée d’apprendre que Pont Aven accueillait les peintres depuis 30 ans déjà avant la venue de Gauguin (1886) et d’Emile Bernard(1888). Dès l’arrivée du chemin de fer (1850) des artistes de diverses origines confluèrent vers la Bretagne et Pont Aven : Américains, Scandinaves, Britanniques, Néerlandais attirés par le pittoresque du paysage et des costumes bretons comme de la modicité de la vie dans cette petite ville.
Otto Weber retour de l’église
Je découvre des peintres dont je n’avais jamais entendu parler. Les tableaux les plus anciens sont d’une facture plutôt classique représentant des scènes pittoresques de la vie bretonne : sortie de messe, costumes traditionnels, scènes d’intérieur de mobilier breton.
Van der AnkerLe partage du beurre
La vie artistique était collective avec des tableaux peints « à 4 mains », certaines œuvres n’étaient même pas signées, certaines peintes sur le mobilier de l’auberge comme une porte, ou cette très belle enseigne de la Pension Gloanec peinte par Van Den Anker et Fernand Quignon.Les artistes étaient si nombreux que Gauguin préféra chercher le calme au Pouldu. La bonne entente entre Gauguin et Emile Bernardne dura pas très longtemps, la rupture eut lieu en 1891.
Maurice Denis – Régates à Perros Guirec
Les collections du Musée de Pont Aven témoignent d’un foisonnement de styles de recherches picturales : japonismeà la suite de l’Exposition Universelle de 1867 . Avec la diffusion des estampes on voit la proximité avec le cloisonisme, style mis au point par Emile Bernard et Louis Anquelin (1887) . Le Talisman peint par Serusier, icone des Nabis,fut peint au Bois d’Amour (1888) sous les enseignements de Gauguin, une véritable leçon de peinture.
Pour les 40 ans du Musée de Pont Aven, Gauguin et Emile Bernard s’exposent:
Gauguin Martiniquaises
Tout un mur est couvert de zincographies sur papier jaune de Gauguin dessinés à Arles, à la Martinique, en Bretagne… Gauguin ou Emile Bernard? ils sont si proches que parfois je m’y perds comme avec ces bretonnes sur un pré vert.
Dans la salle suivante, il est question de quête spirituelle avec des tableaux de Sérusier, Marcel Denis et encore Emile Bernard.
Emile Bernard Le pardon
Un film va illustrer toutes ces recherches picturales : « tout oser! » à l’origine du Synthétisme
Parmi les plasticiens que je ne connaissais pas j’ai bien aimé André Jolly avec ses tableaux frais, colorés racontant la vie bretonne et le travail des goémonier.
André Jolly : le four
La peinture ne s’est pas arrêtée au début du XXème siècle à Pont Aven, il me faudrait aussi visiter les très nombreuses galeries de peinture. Certaines pour touristes, d’autres intéressantes. Mais je suis saturée de peinture, besoin de respirer sur le sentier côtier!
Exposition temporaire : Sorcières (1860-1920)Fantasmes, savoirs, liberté du 7 juin au 6 novembre 2025
Le Feu et les Bûchers occupe la première salle et sert d’introduction. On y rappelle que 80% des victimes des bûchers furent des femmes.
Sidonia von Borcke Edward Burne Jones
Deux figures historiques sont les héroïnes : Jeanne d’Arc qui devint un mythe pendant la IIIème République et qu’il est inutile de présenter. Sidonia von Borke (Wikipedia) en Poméranie, orpheline, refusa l’autorité de son frère et fut enfermée dans un couvent d’où elle transgressa les règles et fut condamnée comme sorcière(1620) Elle inspira un roman gothique à Wilhem Meinhold et un portrait fameux au peintre préraphaélite Edward Burne Jones.
Les jeux de la nuit
La lune rousse
Des héroïnes littéraires, on peut citer Esméralda, le culte d’Hécate, les sorcières de Macbeth qui inspirèrent avec les feux infernaux, les danses frénétiques graveurs, illustrateurs et peintres. 4 petites gravures de Goya m’ont bien plu. Deux grands tableaux racontent des légendes bretonnes. Diverses illustrations de Notre Dame de Paris sont exposées avec 12 portraits de la main de Victor Hugo, des illustrations de Faust par Eugène Delacroix ou Luc Olivier MersonpourMacbeth. Cinq dessins de Spilleri pour Maeterlincket Verhaeren.C’est une section très littéraire.
Certaines œuvres contemporaines accompagnent les plus anciennes.
Au coin du feu
se disent les contes, et dans les contes la sorcière est très présente. Le XIX ème siècle est l’âge d’or de l’illustration des contes de Grimm, Perrault et des contes russes de Baba Yaga
Le feu au corps
Salomé d’Oscar Wilde
Une autre face de la sorcière est celle qui dissimule ses maléfices, un vieille femme horrible ou une séductrice : Méduse de Bourdelle, Circée ou Salomé Au début du XXème siècle c’est aussi une nymphomane hystérique. gravures de Beardsleypour Salomé d’Oscar Wilde
le Feu du Savoir
la sorcière est aussi la femme guérisseuse, la savante. George Sanddans la Petite Fadette écrit « On n’est jamais savant sans être un peu sorcier »
Des artistes imaginent la sorcière alchimiste et savante accompagnée de leur chat noir. Ranson, Incantation et en face la peinture sophistiquée de Waterhouse
Des vidéos accompagnent l’exposition, Méliès et la Fée Carabosse, Loïe Fuller.
Avant tout, équipez vous de l’audioguide qui se déclenchera au moment opportun devant chaque œuvre! Mais une fois que j’ai eu l’audioguide et le smartphone dans l’autre main pour les photos, je n’ai pas pu prendre de notes comme à l’accoutumée. Je vais donc illustrer la B.O. !
La B.O.
• Richard Wagner, Prélude de l’opéra Lohengrin, 1850
le plus russe des œuvres présentées?
• We praise Thee (chant russe orthodoxe)
Toussaint
• Arnold Schönberg, Trois pièces pour piano opus 11. Mässige (modéré), 1909
Arnold Schoenberg
• Arnold Schönberg, Quatuor à cordes en fa dièse mineur opus 10. Mässig (modéré), 1907-1908
Le Concert avec le piano de Schoenberg
• Alexandre Scriabine, Poème de l’extase opus 54, 1907
• Modeste Moussorgski, Tableaux d’une exposition, 1874
• Johann Sebastian Bach/Anton Webern, Ricercata (Fugue à six voix), extrait de L’Offrande musicale BWV 1079, 1935
• Alban Berg, Concerto « À la mémoire d’un ange », 1935
..
La visite se déroule donc en musique. En plus des tableaux sont présentées aussi des études, des dessins, et de grandes animations en musique projetées sur de grands écrans, il semble qu’on voit le tableau se construire en rythme, des triangles, des cercles bougent, dansent, changent de place. Les Tableaux d’une expositions ont été mis en scène à Dessau à l’école du Bauhaus. Curieuse mise en abyme d’une exposition de peinture que Moussorgski met en musique et qui inspire Kandinsky pour une nouvelle mise en peinture, couleurs synesthésiques? formes dansantes? Architecture. Une autre projection XXL sur un écran : le Salon de musique (1931) conçu pour l’exposition d’architecture de Berlin .
Composition X (1939) écoute : à la mémoire d’un ange – Alban Berg
7 Octobre, difficile de ne pas y penser quand je marche sur la plage. pas envie de poster des photos de vacances sur Facebook.
Le temps est magnifique. Cap sur la mer et la Pointe de Trévignon. En passant quelques courses à Trégunc, village breton typique et tranquille. mention spéciale à la boulangerie qui vend un pain de campagne au poids excellent, un très bon far breton et une spécialité Trégonnaise, un financier rond aux fruits rouges, délicieux.
La Pointe de Trévignon abrite un port de pêche à l’abri d’une digue portant un phare. pas de gros voiliers, ni de yachts, ni même de gros chalutiers. Nous observons le ballet des bateaux de pêche qui rentrent au port. l’un d’eux rame il a chargé sa pêche dans des bacs plastique jaune dans son annexe. les poissonneries ne sont pas ouvertes le matin, seulement l’après midi. Sur des panneaux, les numéros de téléphone mobile des deux bateaux. les appelle-t-on pour savoir la marée du jour?
Un peu plus loin, sur pilotis la station SNSMet plus loin encore, un château assez insolite, gris, presque une réplique de château. Je m’approche : propriété privée, je n’irai pas plus loin. en revanche sur Internet je trouverai son histoire. A l’origine, sur la pointe, il y avait bien un bâtiment militaire. Au XIXème siècle il fut acquis par un particulier. Réquisition pendant l’occupation allemande pour loger des officier et construction d’un blockhaus. En 1945, les occupants incendièrent le château. la reconstruction ultérieure donne cet aspect trop neuf de faux château-Disney.
Première promenade sur le GR34 vers l’ouest, il domine deux petites plages de sable encadrées de rochers puis s’écarte du littoral, séparé par une dune et court da pour retrouver le GR dans le marais. Je préfère marcher sur le sable des plages Feunteun Audou et de la Baleine abritées par des gros rochers arrondis entre lesquels je me faufile à marée basse. Certains sont colonisés par des moules qui dessinent des motifs décoratifs. Un ruisseau se déverse avec un fort courant, j’enroule mon jeans au dessus des genoux pour le franchir.
Je continue à marcher pieds nus sur la longue plage de Pen Loc’hjusqu’à la plage de Kerouiny, plage splendide, sur 3 km je ne croise que 3 personnes. Ce calme parfait convient à ma méditation en ce jour de 7 octobre – 2 ans et la guerre de plus en plus cruelle. Le sable est grossier et mou, je m’enfonce et fatigue. Je quitte la plage avant la petite pointe pour retrouver le GR à l’arrière de la dune et les promeneurs équipés de jumelles et de ces longs téléobjectifs des photographes animaliers. L‘étang de Kerouiny est peuplé de nombreux oiseaux. Les plus proches, dispersés dans l’eau sont les aigrettes. Sur une île, une foule d’oiseaux blancs regroupés. j’ai oublié les jumelles, impossible de les déterminer à l’œil nu. Au sommet d’un bunker on a aménagé un observatoire. Un peu plus loin, la Maison du Littoralest fermée aujourd’hui.
Pique-nique de luxe avec pinces de crabe et crevettes grises, trégunoise et far breton au dessus de la Plage de Don où je retrouve le sentier jusqu’à la Plage de Tahiti.la mer est haute, l’île Raguénez est entourée d’eau seuls quelques rochers affleurent. je parcours à pied la belle plage de Tahiti et remonte à la cale de Raguénez où Dominique m’attend sur le parking.
La temps est magnifique. la plage regarde plein ouest. nous restons jusqu’au coucher de soleil prévu pour 19h42. A 19h38, une barre nuageuse surgit à l’horizon. La grosse boule orange est engloutie. Raté! Nous ne verrons pas le rayon vert.