Dans les situations de guerre comme pour Les Abeilles Grises ou l’Apiculteur d’Alep ou de crise la figure de l’apiculteur apaise, équilibre et offre un contraste avec la folie destructrice des hommes.
L’Amas Ardent se déroule dans un village perdu de Tunisie dans l’effervescence de la campagne électorale qui a suivi la révolution tunisienne. Le village de Nawa vit en dehors de toute agitation politicienne : ses habitants sont très pauvres, pour la plupart, illettrés, et la plus grande ville proche s’appelle Walou!
Les Nawis ont à peine entendu parler de la destitution de Ben Ali surnommé Le Beau mais ils sont sollicités par les factions pour les élections. Une première caravane électorale leur laissera un bureau de vote préfabriqué et un paquet de tracts dont personne ne comprendra l’usage. Les islamistes qui viendront avec des cartons entiers de vivres, couvertures et vêtements seront bien plus convaincants, avec des prêches enflammés ils embarqueront les plus naïfs dans leur djihad.
Le Don, l’apiculteur, a d’autres soucis : ses abeilles sont décimées par un ennemi nouveau qu’il va traquer. Il connaît les barbus, il a travaillé autrefois en Arabie Saoudite et ne se laisse pas influencer.
L’Amas Ardenttraite donc de ce double sujet : l’arrivée des islamistes au pouvoir en Tunisie et l’arrivée des frelons asiatiques (peut être apportés malencontreusement par les premiers). Certaines abeilles ont adopté une stratégie pour se défendre : celle de l‘Amas ardent les villageois trouveront ils la leur ?
Ce court roman 220 pages se lit très facilement, c’est une lecture agréable. Au début, j’ai un peu tiqué devant des jeux de mots faciles puis je me suis laissé prendre.
De Conakry, vous n’apprendrez pas grand chose ; en revanche, des préjugés des expatriés français qui n’ont pas tous compris que l’Empire colonial était fini, vous allez vous amuser!
Aurel le Consul, Aurel Timescu, Roumain à moitié juif, pianiste de bar, à l’inénarrable dégaine et à l’accent prononcé, en l’absence du Consul Général, va sortir du placard du consulat où on l’a consigné pour mener une enquête : un homme a été retrouvé suspendu au mât de son yacht dans la marina.
Pour les Guinéens, comme pour ses collègues de l’Ambassade, l’affaire est entendue : le plaisancier était riche, il a été dévalisé. La jeune Guinéenne qui vivait sur le yacht était une femme légère complice des voleurs. Terminé, rien à enquêter.
Aurel le Consul a une intuition, de plus il s’ennuie, cette enquête est une aubaine….
Je ne vais pas divulgacher, lisez-le c ‘est plaisant!
Les organisateurs de l’Exposition Pharaon des Deux Terres ont mis le projecteur sur une période très courte : un siècle où la dynastie kouchite venant de Napata au Soudan a pris le pouvoir sur les Deux Terres, non pas seulement la Haute Egypte et la Basse Egypte comme les pharaons des dynasties précédentes mais sur le Royaume de Kouch et sur l’Egypte.
Chabarka
Je croyais connaître un peu de ces pharaons noirs après avoir visité deux fois le très beau Musée Nubien d’Assouan. A Assouan, toute l’Antiquité et même bien après étaient présentés, je n’avais même pas remarqué ces pharaons.
Stèle triomphale de Piânkhy
La conquête de l’Egypte par Piânkhy est documentée par la Stèle triomphale où les rois d’Egypte se prosternent devant le conquérant (registre juste au dessus des hiéroglyphes). Avant cette conquête les Pharaons Egyptiens et le Royaume de Kouch entretenaient des rapports commerciaux (or, ivoire, bétail) illustrés par la fresque de Houy
tome de Houy : tribut des kouchites
Les rapports étaient parfois mouvementés et les Egyptiens représentent parfois les kouchites entravés comme des esclaves/ Au Nouvel empire la conquête du Sud fut entreprise.
kouchite représentation égyptiennekouchite
Après cette introduction « égyptienne » , les expéditions en Nubie de Champollion, Lepsius, et bien plus au sud le long du Nil avec l’expédition Bankes et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefond ont rapporté des témoignages, cartes, relevés des sites kouchites en particulier le relevé de Djebel Barkal « la montagne pure » avec à ses pieds de nombreux temples
Napata Djebel Barkal
Djebel Barkal est situé entre la 3ème et la 4ème cataracte, ce relief tabulaire dominait la plaine de 100 m de haute et une aiguille pointue rappelait l’Uraeus, le cobra des pharaons.
Au temple d’Amon, un bélier solaire incarnant Amon-Rê est impressionnant
Bélier solaire protégeant Aménophis III Djebel Barkal
la richesse du royaume de Kouch est matérialisée par de nombreux objets en or – les kouchites maîtrisaient parfaitement la métallurgie et l’orfèvrerie
Triade d’ElephantineCriosphynx : corps de lion tête de bélier
Si les béliers et les sphynx sont nombreux, les Kouchites vénéraient également les oiseaux : déesse vautour, ou Horus le faucon
Déesse vautour de SanamTaharqa à genoux offrant le vin à Horus
Les Kouchites de la XXVème dynastie se sont installés sur toute l’Egypte, de Memphis, Saqqara à Napata, en passant par Thèbes. Thèbes, ville d’Amon revêtait une importance capitale pour ces Pharaons qui aspiraient à restaurer l’unité de l’Egypte et une certaine orthodoxie dans les cultes. le temple de Karnakfut complété avec un vaste chantier de nouvelles constructions et le relais était assuré par Les Divines Adoratrices D’Amon
Divines adoratrices à Thèbes
Un couloir voûté figure le Sérapéum de Saqqara . Mariette y a retrouvé des stèles correspondant à l’enterrement des taureaux Apis
Enterrement du boeuf ApisEnterrement du boeuf Apis
Cependant, dans le Delta Saïs a résisté aux rois de Napata . Le dernier pharaon de la XXVème dynastie Tanouetamani fut balayé par les Assyriens d’Assourbanapal. Assourbanapalprend deux fois Thèbes et Psammetique II avecl’aide de ses mercenaires, des hoplites grecs mène une expédition jusqu’en Ethiopie et saccage Napata.
Assyriens et char
Assyrien prenant une ville égyptienne et soldats kouchite s’enfuyantPlaque chryséléphantine :lion assyrien dévorant un kouchite
La fin de l’exposition montre les répliques des statues de la cachette de Douki Gel trop fragiles pour voyager réalisées à l’imprimante 3D comme le colosse de Taharqaqui accueille les visiteurs. Ce procédé, au début m’a un peu désarçonnée, les statues tellement impeccables, comme neuves, revêtues de parements à la feuille d’or et avec une coiffe peinte en rouge vif. Elles n’ont pas le charme des ruines, mais pourquoi se priver de les montrer telles qu’elles étaient alors?
En épilogue : l’épopée d’Inaros et l’opéra Aïda, avec les costumes dessinés par Mariette lui-même
Merci à Gallimard et à Babélio pour cet envoi dans le cadre de la Masse Critique!
Les lieux qu’habitent les rêves sont multiples, comme sont doubles les jumeaux Bouhel et Fodé nés comme l’auteur en Pays Sérèreau Sénégal mais séparés, Bouhel étudiant à Orléans, et Fodé menuisier dans le Siné Saloum. A leur voix, se mêlent celle d’Ulga, étudiante polonaise amoureuse de Bouhel qui lui fait connaître sa famille en Pologne et celle du Frère Tim, au monastère de Marmyal.
Par petites touches, chapitres très courts de 3 ou 4 pages, l’histoire se dessine, impressionniste. Je ne suis pas tout de suite entrée dans le livre. La multiplicité de narrateurs, de lieux, la chronologie bouleversée m’ont perdue. Le rythme lent, la belle écriture, le mystère des rêves m’ont captée progressivement.
J’ai d’abord lu avec beaucoup d’intérêt l’histoire initiatique de Fodé en pays sérère (j’avais coché la case espérant un voyage au Sénégal). Les croyances, le déroulement des cérémonies de circoncision, le monde des esprits est évoqué avec beaucoup de charme. Sur place, je n’avais jamais osé poser de question à propos de ces initiations.
L’histoire de Bouhel est plus compliquée. Une histoire d’amour le conduit en Pologne dans la famille d’Ulga en Pologne. Bouhel cherche l’apaisement dans un cloître où je le suis mal. Je suis mauvais public pour les questionnements théologiques.
Le lien entre les jumeaux est tenu, trop fin pour être vraiment le sujet du livre. J’aurais aimé le sentir mieux. Ils sont si éloignés qu’il m’est difficile d’envisager la gémellité.
Dans cette exposition : masques et statues de bois.Les masques sont splendides.
a
Bois et pailles, textiles aussi. Ils sont portés par les hommes même si la figure est féminine. Le plus souvent ils sortent à l’occasion d’initiation des jeunes hommes .
masque féminin portant un plateau de nourriture : masque mendiantde
fOn reconnait ici un homme blanc : un missionnaire
Certains statues font l’objet de cultes plus discrets, à l’occasion de l’élection d’un chef on voit aussi des statuettes présentées en couple. Souvent l’homme est un musicien, la femme présente une maternité
L’homme tambourine, la femme porte son enfant sur sa hanche et de l’eau sur la têtegstatue faîtière sur un toit
Certains statues sont des fétiches, investies d’un pouvoir magique parfois guérisseur, il existe aussi des objets anti-sorcellerie Njinda.
Encore un couple musicien/maternitéles piquants suggèrent un caractère agressifPourquoi le personnage est-il entravé?
En conclusion : une très belle exposition très intéressante aussi avec des données historiques
Le prix Nobel 2021 a donné l’occasion de découvrir cet écrivain inconnu des francophones – éditions épuisées à l’attribution de la récompense – depuis réédité récemment (Paradis et Près de la Mer par Denoël). J’ai donc téléchargé Paradiseet Afterlivesen VO sur ma liseuse ce qui était une riche idée parce que j’ai eu accès aux dictionnaires Anglais/Français ou Anglais/Anglais et aussi à la traduction Bing des mots en swahili. Lecture facile que je recommande chaudement.
Afterlives est une publication récente (2020) qui raconte l‘histoire de la Tanzanie de la Première Guerre Mondiale jusqu’à la période contemporaine. Commençant par l’histoire du commerce caravanier des marchands indiens et la colonisation allemandepuis britanniqueet enfin l’accession à l’indépendance de la Tanzanie (1961-1964). Il fait allusion aux répressions sanglantes des révoltes d’Al Bushiri (1888) de Wahehe (1898) et Maji Maji (1905-1907) réduites par des troupes allemandes et leurs supplétifs askaris.
Quatre livres . Le premier est centré autour du personnage de Khalifa employé du marchand Amur Biashara employé d’une banque Gujarati. Ces commerçants musulmans sont à la tête d’entreprises familiales, exportation (Khalifa les qualifient de pirates) ou usuriers, artisanat varié.
The way of the old marchants was lending and borrowing from each other on trust. Some of them only knew each others by letters or through mutual connections. Money passed from hand to hand[…]These connections were as far away as Mogadishu, Aden, Muscat, Bombay, Calcutta, and all those other places of legend. The names were like music to many people who lived in the town, perhaps because most of them had not been to any of them.
Le jeune Ilyas qui a étudié auprès de colons allemands et qui a un bon niveau d’éducation est embauché par le marchand et devient le protégé de Khalifa. Il laisse sa petite soeur Afyia auprès de Khalifa lorsqu’il s’enrôle comme askari – supplétif allemand – dans la première guerre mondiale.
Le livre 2 se déroule pendant la Guerre dans l’armée allemand. Il pour héros Hamsa, un jeune askari, protégé d’un officier allemand qui en fait son ordonnance et lui apprend l’allemand. A la fin de la guerre il sera capable de lire Schiller et Heine. Engagement assez absurde pour un africain qui se bat pour des puissances qui se disputent l’Afrique.
le livre 3 commence quelques années après la fin de la Guerre. Les Britanniques ont remplacé les Allemands. Hamza retourne dans la ville côtière, il est embauché dans l’entreprise de Nassor Biashara, accueilli par Khalifa dans sa maison. Le récit se déroule dans ce cadre familial pendant plusieurs décennies. Cette chronique familiale décrit la vie quotidienne, traditions et arrivée de la modernité.
Dans le livre 4 le fils de Hamza, Ilyas part en Allemagne à la recherche de son oncle Ilyas perdu. La colonisation allemande n’est pas tout à fait oubliée et ce qu’il trouve m’a étonnée.
J’ai beaucoup aimé ce récit qui complète l’histoire inachevée de Paradise (1994) que j’ai lu juste avant. Hamsa, comme Yusuf de Paradise, était un enfant-esclave retenu comme gage pour les dettes de ses parents, comme ce dernier il vivait chez un marchand qui se déplaçait dans le pays avec une caravane. Comme lui, il s’est engagé comme askari pour fuir l’esclavage. Cependant, les deux récits sont différents. Paradise était écrit dans le style d’un conte oriental qui m’avait séduite. Afterlives est plus réaliste, plus historique, plus politique aussi.
Et comme j’ai vraiment beaucoup aimé les deux œuvres je compte lire bientôt By the Sea!
Depuis très longtemps Nancy Huston est une référence féministe et je me suis toujours promise de faire connaissance avec l’œuvre de cette autrice. Le billet de Jostein, et surtout le titre qui me rappelait Ouidah (Bénin) m’ont attirée. Dès que je l’ai trouvé à la médiathèque, je l’ai emprunté.
Ce livre féministe militant a tout pour m’intéresser : l’Afrique et à l’esclavage, les études féministes et les clins d’œil à Sylvia Plath, Hélène Cixous, Luce Irigaray, Julia Kristeva et j’en passe…Diversité ethnique, la Shoah avec les parents juifs de Joel, l’amie Haïtienne, au vaudou et à la santeria à Cuba, émeutes raciales à Baltimore, La GPA, toutes les thématiques que la droite qualifierait de « woke »!
Seulement, chacun de ces thèmes mériterait un roman! Mélanger le tout en 305 pages ne peut que donner le tournis à la lectrice qui souhaiterait qu’on s’arrête pour approfondir chacun de ces sujets. On saute d’un personnage à l’autre, d’une époque à une autre sans transition.
J’aime m’attacher à un personnage, le suivre… Je n’ai éprouvé d’empathie pour personne. Jenka, la mère juive, est caricaturale comme Eileen, la mère de Lili Rose. Lili Rose est peu sympathique, on se demande comment elle passe de son enthousiasme pour les bikinis à une thèse universitaire, des relations avec des adolescents plutôt ploucs au féminisme radical. Shayna ne m’a pas plus séduite non plus. Je n’arrive pas à l’imaginer, à part sa couleur de peau « marron » et ses rondeurs » là où il faut« , elle est peu incarnée. Le seul que j’arrive à suivre c’est l’anthropologue très calé pour décrypter les cérémonies préhistoriques, mais si peu perspicace quand il se promène avec sa fille métisse à Cuba qu’on prend pour une prostituée. L’enfer est pavé de bonnes intentions!
Ouidah, porte du non-retour
Malgré cette déception je vais continuer à lire Nancy Huston parce que ses thématiques m’intéressent.
Abdulrazak Gurnah est le lauréat du Prix Nobel de littérature 2021 . Parfait inconnu des lecteurs francophones puisque ses livres n’étaient pas disponibles en Français, épuisés. Depuis, ils ont été réédités en urgence. J’ai commandé Paradise sur ma liseuse Kindle. La lecture électronique est facilitée par les 5 dictionnaires intégrés gratuitement. Plaisir de la lecture en version originale. Le style de Abdelrazak Gurnahest fluide sans aucun piège spécial et la lecture aisée. De plus, les livres en anglais sont bien meilleurs marché.
Leyli-et-Majnun
Le Paradis pour Yusuf, enfant c’est un jardin enclos dans des murs à Dar es Salam où coulent des ruisseaux, où des arbres fruitiers donnent fleurs et fruits, grenades, oranges, amandes…., où des petits miroirs reflètent les fleurs, où s’élèvent les chants des oiseaux et celui d’une femme.
‘Isn’t it pleasant to think that Paradise will be like this?’ Hamid asked, speaking softly into the night air which was full of the sound of water. ‘Waterfalls that are more beautiful than anything we can imagine. Even more beautiful than this one, if you can imagine that, Yusuf. Did you know that is where all earthly waters have their source? The four rivers of Paradise. They run in different directions, north south east west, dividing God’s garden into quarters. And there is water everywhere. Under the pavilions, by the orchards, running down terraces, alongside the walks by the woods.' »
Le Paradis pour Yusuf adolescent, c’est une cascade dans la montagne dans une végétation luxuriante – Paradis où règne un colon européen qui chasse les intrus – Le Paradis, les jardins d’Hérat, dans le récit d’un voyageur…
Le Paradis, c’est l’Afrique de l’Est avant la colonisation britannique, mosaïque de cultures et de peuplement. Traversée de la Tanzaniepar la caravane des marchands arabes ou omanais, « sauvages » aux corps peints de rouge – probablement masaïs, commerçants indiens, pêcheurs des Grands Lacs, quelques aventuriers européens…La colonisation allemande se met en place, le commerce des caravanes commence à être entravé, et la mobilisation pour la Grande Guerre mettra fin à une époque.
Le Paradis , c’est un conte oriental. L’enfant Yusuf, illettré, est sensible aux récit des conteurs, il se souvient des contes de sa mère, il boit les paroles des anciens. Son monde et ses rêves sont peuplés de créatures étranges, d’hommes-loups, de djinns, d’afrits, de chiens menaçants. Ses rêves rappellent ceux de Joseph, son homonyme qui a sauvé l’Egypte de la famine. Conte d’une caravane avançant avec tambours et trompettes avec à sa tête l’altier Oncle Azziz et ses séides qui commandent aux porteurs. Il y a aussi une Maîtresse recluse, une fille de roi amoureuse, une orpheline à sauver….
Le Paradis, c’est un roman d’apprentissage : Yusuf est retiré à ses parents alors qu’il est encore enfant, enfant-otage des dettes de son père, enfant-esclave? On va croiser d’autres enfants de cette traite, d’un esclavage qui ne dit pas son nom. Yusuf en apprentissage du métier de commerçant, dans la boutique de son maître, puis dans un entrepôt, enfin en expédition quand il arrive vers l’âge adulte. Au cours de ses tribulations il va apprendre à lire le Coran (alors qu’il ne comprend pas l’arabe), des rudiments d’anglais avec un indien un peu mécanicien, un peu trafiquant…
Yusuf est un beau personnage qui traverse un monde souvent cruel. A côté du paradis, il verra un peu de l’Enfer sur terre mais n’en concevra pas d’amertume. Et le lecteur le suivra émerveillé.
L‘IMA poursuit avec Les Juifs d’Orient la série : Hajj pèlerinage à la Mecqueet Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire avec la même ambition et la même approche chronologique dans un Orient qui s’étend de l’Atlantique à la Perse et à l’Arabie. Coexistence millénaire des Juifs et des Musulmans .
brique funéraire – Espagne IV -VI ème siècle
La chronologie remonte à la destruction du premier temple (586 av JC) et l’exil à Babylone, puis à la destruction du second temple (70)et l’interdiction aux Juifs de vivre à Jérusalem qui devient Aelia Capitolina (130)
Des papyrus trouvés dans l’Île Eléphantine sont datés 449 – 427 – 402 av JC
Des objets illustrent l’époque romaine : lampes portant la ménorah en décor,(Egypte, Tunisie, Maroc) des ossuaires de marbre, mosaïques de la synagogue de Hammam Lif (Tunisie) avec des inscriptions en latin. magnifique vase de Cana en albâtre.
Doura Europos traversée de la Mer rouge
La synagogue de Doura Europos (Syrie 244 -245) fut entièrement peinte à fresques sur des thèmes bibliques. On entre dans une petite salle où les photographies des fresques ont un aspect saisissant. On s’y croirait. C’est une surprise totale. Je n’imaginais pas de telles peintures figuratives.
Doura Europos scène du Livre d’Esther
Un dessin animé montre la rencontre du prophète Mohamet avec les tribus juives de Médine qui se soldera mal.
En parallèle une peinture de J Atlan rappelle la figure de la Kahena (reine berbère, peut être juive qui mourut en 703 dans les Aurès combattant les invasions arabes;
Dans une petite salle un documentaire nous montre la Gueniza du Caire et les autographes de Maïmonide. C’est très émouvant de voir ces documents : en plus des écrits religieux on découvre même la punition d’un écolier qui a fait des lignes, répétant 500 fois que « le silence est d’or » on imagine le garçonnet turbulent! Dans une vitrine sont exposés des manuscrits et même celui de la main de Maïmonide (la photo était floue à travers le verre) .
Une salle reproduit la synagogue de Tolède je remarque le sceau personnel de Todros Halevi fils de Don Samuel halevi Aboulafia de Tolède.
Souvenir de pèlerinage à Jérusalem (affiche)
Le Temps des Séfarades raconte la vie des Juifs à Istanbul avec des photos anciennes et d’amusants souvenirs de pèlerinages à Jérusalem
Istanbul, les trois religions
Le temps de l’Europe avec un grand tableau de Crémieux, des photos de classe de l’Alliance Israélite évoque l’Algérie et la colonisation française. En face des dessins et aquarelles de Delacroix, Chasseriau montre l’intérêt pour l’orientalisme.
tikim pour la Torah
La vie des communautés juives au tournant du XXème siècle
montre des objets venant du Maroc (vêtements, bijoux, objets)
bijouxMaroc
bijoux et photos du Yémen . Un film m’a étonnée : un pèlerinage à la Ghriba de Djerba, ces Juifs semblent sortis de la haute Antiquité alors qu’il a été filmé en 1952. La Ghriba était bien vide lors de nos passages il y a 3 ans.
Ctouba : contrat de mariage
Dans une salle, des photos de familles marocaines, algériennes et tunisiennes montrent l’exil vers la France ou le départ en Israël. Un monde disparu.
La fin de l’exposition montre la création de l’Etat hébreu et ses conséquences : départ des juifs marocains (Aliya spirituelle pour ces populations très religieuses, mais aussi émigration économique de villageois très pauvres), l’arrivée des Juifs Irakiens, accueillis au DDT alors qu’ils avaient revêtu leurs plus beaux habits. Déchirements de ces Irakiens établis depuis l’Exil à Babylone bien avant l’arrivée des Arabes.
Une vidéo très joyeuse de Yemennight 2020,Talia Collisjeunes yéménites rappeuses préparant la mariée avec le maquillage au henné, danses et musique aux paroles ironiques sur le pays où coule le miel, le lait, les dattes….j’aimerais retrouver sur Internet cette vidéo.
Cette exposition est très ambitieuse, peut être trop. Très riche en documents, peut être trop. Qui trop embrasse, mal étreint. Je me suis sentie un peu perdue dans tous ces témoignages très touchants mais pas toujours bien mis en évidence. Il y avait matière à plusieurs expositions.
L’an passé(2020) à la même époque, j’avais pris des billets pour le concert de Ballaké Sissoko. Confinement, annulation, session de rattrapage sur Internet à l’heure prévue. Lot de consolation, les concerts sur écran ne remplaceront jamais l’ambiance de la salle. J’ai donc repris mes tickets pour le concert du 03-12-2021 sans même regarder la programmation.
Ballaké Sissoko et sa Koraaurait suffi à me combler. La Kora est un instrument fascinant : harpe-luth à 21 cordes que le musicien joue face à l’instrument posé sur un support, face au public. Les trois premiers morceaux ont résonné dans une atmosphère de récital, la salle juste éclairée d’une quinzaine de spots jaunes, constellation d’étoiles.
Balafon (Wikipédia)
Un balafon attendait, joué par Lansiné Kouyaté qui nous enchante par sa virtuosité.
Le troisième invité est Badjé Tounkara qui a apporté une petite guitare au corps allongé et plein, le n’goni, un autre instrument traditionnel malien.
Ballaké Sissoko
Le concert s’anime avec le groupe. Le public en revanche reste très sage, trop sage, je compare avec le concert d’Angelique Kidjo à Bonneuil avec des familles africaine et des enfants excités. A la MAC beaucoup de têtes blanches, public parisien.
Ballaké Sissokonous présente « sa nièce » (nièce à la malienne) Hatoumata Sylla une très grande, très belle jeune chanteuse, habillée d’une somptueuse tenue rouge et or qui chante et danse. C’est elle qui parviendra à faire bouger les spectateurs qui timidement commenceront à taper des mains et à la fin se lèveront pour danser.
Oxmo Puccimo tient le rôle du moderne griot, rap ou plutôt slam, il slam en français une composition originale écrite pour sa collaboration avec Ballaké Sissoko : « Frotter les mains »que Ballaké Sissoko accompagne à la kora. Il invite le public à frotter les mains.
Pour le final, tous joueront et le public sera debout. Il est encore bien tôt. Ballaké Sissoko remarque qu’au Mali ils auraient joué toute la nuit jusqu’à l’aube….