Le Papier de Samarcande

CARNET OUZBEK

séchage du papier de Samarcande
séchage du papier de Samarcande

Le petit déjeuner est prêt sous l’auvent des rideaux chatoyants de la cour du vieux Dilshoda.

Nassim nous attendait devant la coupole turquoise de Gour Émir. Le ciel laiteux l’a incité à changer le programme.

Il traverse la ville par les avenues que nous connaissons déjà jusqu’aux portes de la ville et s’engage dans une rue défoncée entre des maisons basses cachées derrière de belles tonnelles. Une vache pait l’herbe du bas côté.

  • « sommes nous encore à Samarcande ? »
  • « Eh bien oui ! » répond Nassim qui affectionne cette expression.

Samarcande est très étendue mais son urbanisation est indéfinissable. On ne distingue pas la ville historique : les monuments sont très éloignés les uns des autres. A l’époque de Tamerlan, elle était déjà très étendue. Pas d’unité de style non plus. Les grandes artères sont bordées de petits immeubles récents souvent en brique ou en béton, parfois en verre. Les quartiers d’habitation sont mélangés avec les administrations et les commerces. Les bâtiments les plus imposants sont ceux des universités très imposantes pour une ville de 300 000 habitants. Les HLM soviétiques sont rares et dispersés. Nous ne traversons pas de quartiers gris comme à Riga, Sofia ou Bucarest. Samarcande est sur une zone sismique et ressent en moyenne trois séismes par an. On a évité de construire en hauteur. De très longues avenues sont bordées de maisons basses, parfois du 19ème  siècle russe, très jolies, roses ou beiges, parfois blanches campagnardes. Partout il y a de la verdure des terre-pleins gazonnés, de grands alignements de platanes, mûriers ou peupliers.

Après un long cheminement dans les rues cahoteuses nous arrivons au bord de la rivière Siab où est installé Monsieur Zarif et son atelier de papier artisanal que Nassim a appelé « papier de soie » ce qui m’a induit en erreur. D’autant plus qu’en introduction de la visite il nous a raconté l’introduction d’un cocon de ver à soie en contrebande, apporté dans la coiffure d’une princesse chinoise mariée au fils d’un émir ouzbek. Arrivée clandestine puisque les Chinois gardaient jalousement le secret de la soie.

Le papier était un autre secret chinois qui sera propagé par les Arabes au cours du 8ème siècle lors de leur conquête et de l’islamisation. Emirs et Khans achetaient le papier qui meti plusieurs siècle à remplacer papyrus et parchemin.

Épluchage des écorces de mûrier
Épluchage des écorces de mûrier

La confection artisanale du Papier de Samarcande fut interdite à l’époque soviétique comme toutes les entreprises familiales. Monsieur Zarif a reconstitué l’atelier artisanal grâce à la documentation. Tout est effectué à la main dans son atelier.

le moulin qui entraîne les pilons
le moulin qui entraîne les pilons

Le matériau de départ – les rameaux de mûrier sont coupés en tronçons d’une soixantaine de cm. Deux jeunes filles écorcent les bâtons et déposent les écorces jaunes dans une bassine d’eau. Elles tremperont et bouilliront 4 à 5h dans des marmites sur le foyer de bois – exactement la même installation que pour cuisiner le plov à Uxum. Un moulin, dans le torrent va entraîner des pilons (de la taille d’un bon poteau) qui réduiront les écorces en pâte à papier. Cette pâte sera mâchée, pilée, jusqu’à devenir homogène.

la pâte est étalée sur le cadre
la pâte est étalée sur le cadre

Un ouvrier va étaler feuille par feuille sur un cadre de bois. Une centaine de feuille séparées par un tissu de coton s’égoutteront et sécheront sous une presse très simple : une grosse pierre. On les étendra ensuite un peu partout sur des fils comme de la lessive. Une fois sèches, les feuilles sont polies à la main avec une corne de vache ou un coquillage. Le papier obtenu est résistant, lumineux mais pas éblouissant. Alors que la durée de vie d’un  papier ordinaire serait en moyenne d’un siècle, le papier de Samarcande est fait pour durer deux millénaires. Le mûrier repousserait les insectes papivores. Résultat parfait ! A la boutique des articles variés sont proposés à la vente : cartes décorées, sacs, pochettes même des robes, cadres pour photos mais ni cahiers ni carnets, le matériau est trop précieux.

Séchage
Séchage

Il faudrait que je relise le bouquin d’Orsenna Sur  la Route du papier, le voyage au Pays du coton aussi !

Arrivée à Samarcande – Gour Emir

CARNET OUZBEK

Montagne au petit matin
Montagne au petit matin

Réveil très tôt avec les braiements de l’âne et les pépiements des oiseaux. A 7h nous sommes attablées pour le petit déjeuner. Toute la famille est levée. Le bébé se promène dans les bras de sa grand-mère, de sa tante. Elmira et Rouslam sont déjà partis à l’école. Les trois plus petits trainent déjà. Le chien qui a dormi deux jours, le museau sur mes sandales a compris quand nous avons roulé les valises.

Retour dans la steppe. A-t-elle jauni ces derniers jours, ou est-ce le contraste avec le vert vif de la montagne ? Le Lac Aydarkul qui paraissait si proche hier, est maintenant noyé dans la brume, invisible. Brume du matin ou brume de chaleur ? Nous guettons les troupeaux pour fixer sur une photo les Monts Nurata, la steppe. Image mentale que nous garderons dans nos souvenirs. Nous n’avons pas vu les glorieuses caravanes des temps passés mais nous avons aimé ces journées chez les bergers. Narzullo possède 100 moutons en plus d’un gîte d’éco-tourisme.

les troupeaux dans la steppe
les troupeaux dans la steppe

 

La première ville à 50km d’Uxum, Farosh. D’autres crêtes se rapprochent. Puis c’est le retour des cultures irriguées : le blé est déjà haut, les vergers soignés. Retour aussi du tuyau jaune du gaz. Dans un canal une série de norias tournent, de grosses boites cylindriques attachées aux pales.

Jizzakh est une ville importante. Nous passons devant une petite église russe qui brille au soleil. Un énorme monument fait le guet sur le bord de la route. Un train passe à grande vitesse , talgo espagnol que nous emprunterons pour rentrer à Tachkent.

par le défilé passent la route, la voie ferrée et le torrent
par le défilé passent la route, la voie ferrée et le torrent

Du temps de Tamerlan, un défilé gardait la plaine de Samarcande. La chaine du Turkestan rejoint les montagnes de Nurata. Dans l’étroit passage il était facile de poster des soldats pour garder la ville. Les Soviétiques y ont fait passer la voie ferrée, une rivière a fait son lit, maintenant la grande route….

les neiges éternelles (?)
les neiges éternelles (?)

Soudain, les neiges éternelles de très hautes montagnes se détachent au loin. Apparition miraculeuse, comme le Canigou derrière Perpignan, ou le Toubkal à Marrakech. Des peupliers, des lignes électriques, des maisons, la vitesse… nous ne prenons qu’une photo ratée de cette apparition merveilleuse. Nassim nous promet une belle photo de l’observatoire d’Oulough Beg.

Samarcande est une grande ville : premiers embouteillage depuis que nous avons quitté Roissy ! Un peu abrutie par les 3 heurs de routes, dans ma hâte d’arriver, je ne prête qu’une attention flottante aux quartiers que nous traversons. Les monuments semblent noyés dans une urbanisation confuse. Où sont les quartiers résidentiels ? Où est la vieille ville ? Prises dans la circulation nous sommes étonnes de tant de voitures après la steppe vide.

Gour Emir
Gour Emir

L’hôtel Dilshoda se trouve juste derrière les murs de l’ensemble Gour Emir le mausolée de Tamerlan et des Timorides. Après les splendeurs du Hovli Poyon de Boukhara et le patio de l’hôtel de Khiva, nous sommes déçues d’être dans un hôtel fermé et de ne pas pouvoir nous reposer à l’air libre – d’autant plus que le site Internet de Dilshoda montrait la cour avec des balconnades et des takhtan de l’ancien Dilshoda. Nous sommes installées à l’annexe. Une coupole surmonte un balcon de bois, mais le patio est fermé.

Première urgence : se doucher, se laver les cheveux ; A la yourte, la douche avait été sommaire. Au village, la panne d’électricité avait perturbé les ablutions.

Rafraîchies, récurées, nous voilà prêtes pour le déjeuner ! Nous passons aux pieds de Timour assis . Difficile de se repérer dans la circulation. Nassim fait de grands trajets pour pouvoir faire demi-tour, on se retrouve au même endroit (mais dans le sens inverse). Il nous conduit au Besh Chinar, restaurant réputé, fréquenté par les employés de la Maire toute proche. Brochettes et multiples salades, riz blanc au bon goût d’oignons,  installés dans le patio bordé de thuyas.

Gour Emir
Gour Emir

Enfin, nous sommes en condition pour aborder la splendeur de Gour Emir. Comme souvent, devant un monument exceptionnel, j’hésite à décrire. Comment traduire la beauté de la coupole turquoise cannelée, ses proportions, ses couleurs éclatantes. De loin on pourrait la qualifier de turquoise, à l’examen attentif on découvre de nombreuses couleurs. On photographie de loin on zoome, super-zoome. Pour les minarets, c’est pareil, on admire les délicates céramiques, les rouges, les bleus qui coiffent la tour, créneau ou chapiteau, comment nommer la couronne finement colorée ? Plus tard, je distingue les motifs des briques vernissées qui montent en spirale turquoise. De loin ce sont des spirales, mais ces lettres coufiques sont des calligraphies que je ne sais pas déchiffrer puisque je ne lis pas l’Arabe. Les stalactites du portique d’entrée – Iwan – sont d’une grande finesse. Eberluée devant tant de splendeurs, j’ai du mal à me concentrer et à prendre en notes les explications de Nassim. Heureusement, j’ai lu la biographie de Tamerlan de Lucien Kehren, avant le départ.

la couronne du minaret
la couronne du minaret

Dans la cour, un auvent protège des marbres fins des intempéries : le socle du trône et un calice pour les ablutions. On raconte aussi que ce calice était rempli de jus de grenade avant le départ des troupes de Tamerlan pour la guerre. Chaque guerrier buvait une gorgée et on notait soigneusement le niveau. Au retour, on renouvelait l’opération. La différence de niveau permettait d’estimer les pertes au combat. Une autre version dit que chaque soldat jetait une pièce et la reprenait au retour, les pièces restantes seraient celles des morts.

mosaïque
mosaïque

En 1897, un séisme mit à bas la madrasa et la khanaka qui encadraient le mausolée construit par Tamerlan pour sons fils. Lui-même souhaitait être enterré dans sa ville natale de Chakhrisabs. Mort au cours d’une expédition hivernale contre la Chine, son  corps fut rapporté à Samarcande où il repose aux pieds de son maître spirituel Mir Saïd Baraka. La « tombe » la plus grande (ce sont des cénotaphes, les tombes sont en dessous dans une crypte) est celle de Mir Saïd, la pierre de Timour est en jade noir, à ses côtés ses fils.

Intérieur du mausolée
Intérieur du mausolée

L’intérieur du mausolée conjugue le bleu et le jaune. Le bleu –couleur du drapeau de Timour –  était symbole de richesse : pour obtenir des pigments bleus il fallait du lapis-lazuli coûteux. Le jaune était symbole de tristesse. Après la mort de son fils, Timour déclara 40 jours de deuil. Un lustre magnifique surplombe les pierres tombales. Bleus, les stalactites, soulignés de bleu plus soutenu, au mince liseré doré< ; les niches de stalactites se rejoignent en éventails qui semblent de la dentelle ajourée. Bleus et or, les pavages de rosaces orientales aux ordres de symétries variés. Autour de la rosace à 12 pointes, s’imbriquent des pentagones qui, eux-mêmes, s’enroulent autour d’étoiles à 5 branches. Entre deux rosaces entourées par un cercle d’étoiles, une fleur à 10 pétales entourée de 10 triangles qui conduisent aux pentagones. Cette géométrie savante me fascine, comme une énigme mathématique. Pour la reproduire, par où commencer ? Où planter la pointe du compas ?

stalactites
stalactites

Les ouzbeks viennent en famille ou en groupe. Avec l’imam, ils s’assoient et prient. Viennent-ils en pèlerinage ou prient-ils simplement devant une telle beauté ?

Nous sommes revenues le soir dans la sérénité de cette salle bleue. Nous sommes encore revenues le lendemain. Sept femmes et un seul homme arrivent ; l’homme commente, pointe la hampe portant une queue de yack signalant un saint. Vient le moment de se recueillir. Ce n’est pas l’homme qui conduit la prière mais une femme qui chante très bien.

mausolée de Ruhabat
mausolée de Ruhabat

Sur l’esplanade gazonnée se trouve un petit mausolée de brique tout simple. C’est celui de Ruhabat, un sage érudit né à Boukhara au 12ème siècle. Parti en Chine avec une caravane, il est mort en route. Selon ses volontés on l’a enterré là où le chameau portant sa dépouille se serait arrêté. Ce mausolée est  aussi un lieu de pèlerinage. Nous arrivons pendant qu’une famille fait la prière, deux bébés s’ébattent sur le tapis.

 Aksaray

Aksaray
Aksaray

A l’arrière du mausolée de Tamerlan, un petit mausolée une coupole toute simple de briques rose cache un véritable trésor de décoration et de dorures . Rien à l’extérieur n‘annonce la splendeur des dorures et des ornements.  D’autres timourides y sont enterrés dont le fils d’Oulough Beg.

Après la visite touristique j’entreprends l’exploration du quartier autour de l’hôtel. Tout d’abord, je découvre l’autre hôtel Dilshoda avec sa cour, ses balcons de bois et sa tonnelle de vigne. Le personnel est le même qu’à l’annexe, on me reconnait et me fait signe d’entrer. L’hôtel est complet mais nous pourrons venir ici prendre le petit déjeuner et profiter de la cour.

Aksaray
Aksaray

Les rues et ruelles de notre quartier sont un peu étranges : des maisons basses et des murs gris qui ne paient pas de mine, des entrées sales et guère avenantes qui cachent des tonnelles, des cours ombragées, des arbres fruitiers et peut être des jardins. Le caniveau est au milieu de la voie, pas toujours revêtue, ou il y a si longtemps. Des enfants jouent. Les voitures sont rares, Lada ou ancien modèles russes. Là, on a installé des rangées de chaises en plastique rouge. Des hommes portant un manteau de velours qui ressemble à un peignoir converge vers cette maison. Un deuil ? Une cérémonie ? je ne saurais deviner.

Une mosquée dans un jardin semble désaffectée.

L’écriture cyrillique est omniprésente. Ne pas s’y méprendre et tirer des conclusions hâtives. Les anciens ont appris à lire en russe et peut être ne lisent-ils pas les lettres latines en usage seulement depuis 1991. Au bout de la rue, la grande tchaikhana est presque vide, sauf quelques vieux qui jouent au trictrac. J’ai l’impression d’un retour en arrière dans le temps. De l’autre côté du carrefour il y a des petits supermarchés. Je suis bien en peine d’y acheter quoi que ce soit : pas de prix affiché, des biscuits  en vrac, des marchandises improbables. Partout des petits restaurants avec des barbecues dans la rue mais jamais de carte.

 

Retour à l’hôtel, exploration des quartiers de l’autre côté de l’esplanade de Gour Emir : la place de l’Indépendance dans le dos de la statue de Timour Assis, j’emprunte le large boulevard des universités, promenade très verte avec des plates-bandes, des gazons entre les deux chaussées à trois voies et même des fontaines musicales qui changent de couleur. Les étudiants se promènent en tenues décontractées, pas un foulard à la ronde. L’absence de librairies ou de papeterie dans le quartier étudiant m’étonne. Pas de magasins de fringues de marques non plus, des cybercafés, des coiffeurs et une grande cafétéria dans le genre Mc Do à la ouzbek, vide. La marchand de glaces a plus de succès. Passé 20 h, il fait tout noir. Il n’y a plus personne dans la rue et je hâte le pas jusqu’à l’hôtel.

Promenades en montagne autour d’Uxum

CARNET OUZBEK

la montagne sous le soleil!
la montagne sous le soleil!

La tempête s’est calmée. Notre gite sous le soleil paraît plus accueillant. Une belle journée s’annonce.

Dès 7h tout le monde est debout. La table du petit déjeuner est dressée au soleil. Spécialités locales : confiture de cerise et de mirabelles.

Elmira (10 ans) est partie seule à l’école. Rouslam m’accompagne pour le trek. Son oncle à la casquette de base-ball m’avait annoncé un trek de 6 à 7km sur les sommets, la découverte de 3 villages. Nasim commande pour moi une bouteille d’eau que Rouslam porte dans la capuche. Il part d’un bon pas et grimpe dans les alpages. Quelle différence avec la steppe ! L’eau ruisselle, il reste des névés sur les sommets, l’herbe est drue, les vaches paissent en liberté. Pause sur une arête pour admirer le lac Aydarkul opalin, brillant dans la steppe. Au col, je découvre une autre vallée, un gros village aux toits métalliques et aux étables de pisé.

petite bergère
petite bergère

Deux gamines gardent un troupeau de chèvres. Elles sont vêtues de vêtements colorés. L’une d’elle porte des collants rouges, un gilet rouge et un foulard bariolé ; un mouchoir blanc lui cache la figure. L’autre est plus grande. Elle surveille son troupeau avec son cahier d’école ouvert. Rouslam compte les bêtes, ils y en a plus de cent. Il parle du loup qui est vraiment très fort.

  • « comme un gros chien? »
  • « Non !»

Il est très choqué que je puisse les comparer.

  • « O’clock ?»
  • Rouslam
    Rouslam

Rouslam n’a pas de montre.  A 9h45, il amorce le retour. Un raccourci passe tout près de la cour d’une ferme. Comme tous les enfants de la campagne il se baisse pour ramasser une pierre. Parfois le geste suffit pour intimider le chien et il est inutile de lancer le caillou. Mais ici, un gros chien blanc surgit très menaçant. Mon petit guide arrache une perche à la clôture et la manie comme dans un film chinois. La démonstration de bâton suffit, le chien nous laisse passer. La balade a duré un peu moins de 2h. Je ne l’aurais pas appelé « trek » mais je suis ravie.

L’excursion au sapin bimillénaire est à une vingtaine de km. Le Grand-père prend son petit-fils de 5ans sur les genoux. Nous descendons la piste vers la plaine à travers les maisons. On a construit des maisons neuves même si des hameaux paraissent abandonnés et s’écroulent. Plusieurs maisons d’hôtes se construisent. Le Lac Aydarkul, distant de 15 à 20km semble tout proche ? La steppe est tellement rase qu’on se croirait presque au bord de l’eau. Le village suivant est un gros village annoncé par un collège à deux étages, plus loin un pavillon moderne abrite une polyclinique. C’est l’heure de la sortie d’école, les fillettes ont une jupe noire, un chemisier et un tablier blanc, elles se baladent en bande.

Pont sur le torrent de montagne
Pont sur le torrent de montagne

Une piste s’enfonce dans la vallée, les épines sont en fleur et dégagent un parfum entêtant. Les mûriers ont une taille étonnante, aussi gros si ce n’est plus que ceux qui entourent le bassin de Boukhara. Ils ont été coupés « têtards » avec des branches courtes. Dans ce pays où il n’y a pas de forêts et où les arbres sont rares, on cuisine au bois alors que le sous-sol regorge de gaz.

Rencontre avec un âne bien chargé
Rencontre avec un âne bien chargé

Cette vallée est boisée. La voiture s’arrête devant un petit pont de bois : des troncs mal équarris et branlants, même pas jointifs enjambent un torrent bondissant. Passer le pont a déjà un goût d’aventure. Le petit sentier se faufile da ns les herbes hautes au bord du ruisseau. Le second pont arqué est encore plus impressionnant, mais il est plus facile : on a cimenté avec de la terre les planches qui ne bougent pas. Les arbres au bord de la rivière ont souffert de la tempête : un peuplier est couché, ses racines arrachées, une grosse branche de mûrier est cassée. Le Grand-Père constate tous les dégâts. On raconte que les soldats d’Alexandre auraient semé la graine ce qui donnerait l’âge de 2400 ans à l’arbre imposant qui n’est pas un sapin mais plutôt un cyprès dont j’ai négligé de copier l’espèce. Le tronc est énorme et la plus basse branche à l’horizontale est épaisse comme un tronc. On se photographie devant l’arbre, seule la présence humaine peut donner l’échelle au géant. Le sentier s’approche d’un village abandonné. C’est une ballade charmante et en plus dans l’ombre du Grand Alexandre !

Le "sapin" bimillénaire
Le « sapin » bimillénaire

Une Singapourienne vient d’arriver au gîte. Rouslan l’emmène voir les argalis et je leur emboîte le pas. Hier il y avait beaucoup trop de vent, j’ai envie de les revoir au soleil et au calme. La Réserve est la première étape de la promenade. Après le col, nous suivons un vallon jusqu’à un village de pierre abandonné. Un tronc évidé sert de socle à la meule, le puits est rempli de poutres et de branchages une maison isolée moderne est pimpante : on a sorti les couvertures matelassées sur l’herbe, patchwork multicolore de rouges éclatant sur le vert. Nous rentrons par deux versants. Rouslam se désaltère à deux sources, je n’ose pas l’imiter. L’eau court dans une rigole d’environ 60cm de large, à plein débit, qu’on enjambe plusieurs fois. Joie de ces jeux d’eau ! Dire qu’on est à 20 km du désert de Kisilkoum ! Joie du printemps, est-ce que ces ruisseaux continuent à couler en été ? Deux suisses sont arrivés en taxi. Avec nos guides, l’auberge fait le plein.

séchage des peaux de mouton
séchage des peaux de mouton

Vers 18h, les vaches rentrent seules. Elvira (5ans) se charge de l’étable. Elle enjambe les branchages qui servent de barrière après avoir lancé ses claquettes roses. La clôture est plus haute qu’elle, la gymnastique difficile. Elle pousse les deux agneaux noirs à l’intérieur de l’appentis, puis les deux veaux récalcitrants et les enferme tandis que la vache attend patiemment dehors. La mère arrive un seau et une théière à la main. Elle fait sortir sa fille qui s’étale dans la bouse, brosse le petit pantalon de velours rose, fait entrer la vache et libère un veau qui tête un moment. Elle attache le veau pour traire la vache. Pas de petit banc, la femme est accroupie, elle remplit le tiers du seau et libère le veau.

Damlala
Damlala

A la cuisine, on s’active pour préparer le dîner. Le plat s’appelle Damlala.Des côtes d’agneau rissolent dans la grande marmite avec les oignons. Dans une bassine attendent les carottes coupées en gros tronçons, des pommes de terre en quartiers. La cuisinière ajoute du coulis de tomates dans la marmite, puis les pommes de terre et les carottes qu’elle arrose avec un demi-seau d’eau. Pendant que légume et agneau mijotent on découpe un chou en quartiers qu’on dépose délicatement en faut du mélange  dernière touche : un bouquet de coriandre. Enfin on couvre d’un couvercle pour que le tout cuise à l’étouffée.

le fromage blanc s'égoutte dans le linge
le fromage blanc s’égoutte dans le linge

Excellent !

La lumière n’est pas revenue. A 8h on est déjà au lit avec la bougie et la liseuse

Voulez-vous voir préparer le Plov?

CARNET OUZBEK

la cuisine, la cuisinière, Elmira, Elvira et le petit macho
la cuisine, la cuisinière, Elmira, Elvira et le petit macho

18h, les femmes viennent nous chercher : « voulez vous voir préparer le plov ? »

La cuisine est à l’extérieur, entre deux maisons : sur deux foyers en terre on a installé des bassines. La surface horizontale entre les deux est carrelée. Après midi, nous avions vu les femmes faire la vaisselle drans les grandes bassines dans lesquelles avait chauffé de l’eau. Des pois chiches trempent dans une assiette creuse. Une autre assiette est remplie  d’oignons détaillés en rondelles. La viande est suspendue à un bâton entre les deux maisons : réfrigérateur naturel, aujourd’hui dans le vent frais. A travers un linge, on devine la tête du mouton, les tripes. D’autres chiffons enveloppent des morceaux suspendus dans une sorte de placard en fer peint en vert. Pas de frigo électrique, ce qui n’a pas d’importance aujourd’hui, puisque il n’y a pas d’électricité aujourd’hui !

Frigo??
Frigo??

Pour toute la maisonnée, on fait frire 4 morceaux d’agneau dans de l’huile (tournesol ou coton ?) Une fois qu’ils sont bien rissolés, on ajoute l’oignon qui roussit. Les carottes sont coupées en bâtonnets comme au marché de Tachkent. Pendant ce temps, le riz trempe dans une bassine d’eau chaude. Quand les carottes sont cuites, on passe le riz dans une passoire sous le robinet. Puis la cuisinière l’étale avec l’écumoire pour faire une couche régulière au dessus des carottes. Il cuit à la vapeur qui s’échappe comme les fumerolles de petits volcans.

Faire revenir les carottes et les oignons!
Faire revenir les carottes et les oignons!

Pendant que le riz cuit, nous remarquons un chauffe-eau solaire dernier cri : l’eau passe par de petits rouleaux noirs avant d’être récupérée dans la réserve cylindrique communiquant avec la salle de bain carrelée selon les critères occidentaux. Nous n’aurons donc pas à utiliser le lavabo suspendu au tronc du mûrier surmonté d’une glace.

Dîner à la chandelle
Dîner à la chandelle

Le repas du soir est pris à la chandelle : deux ampoules opalescentes cachent des LED qui éclairent très bien. Rouslan (11 ans) relie consciencieusement le fil rouge à la borne plus et le noir à la borne moins avec des pinces crocodiles (comme aux TP de mon collège). Malgré la panne, la salle sera éclairée. En entrée, mêmes salades qu’à midi. Le plov est délicieux, servi dans de grands plats, pyramide de riz surmontée de morceaux de viande. Les trois hommes piochent ensemble dans le même plat. Nous remplissons au fur et à mesure les petites assiettes destinées aux salades. Nous n’avons même pas eu l’idée d’imiter les ouzbeks.
On installe la bougie dans notre chambre. Une fausse ampoule éclaire la salle de bain.

A 9h, il fait nuit noire et nous nous couchons. Les Quatrains d’Omar Khayyâm sur ma liseuse éclairent  faiblement.

 

Installation au village d’Uxum – argalis

CARNET OUZBEK

ouzbekistan mp2015 189 - Copie

La pluie a cessé pendant la nuit, au matin il fait même très beau. La route traverse la steppe plate et uniforme, elle est droite. De petites bosses font des montagnes russes. La ligne électrique court en parallèle. Un cavalier surgit des buissons puis disparaît comme il est venu. Poésie de la steppe.

Les troupeaux sont nombreux, le plus souvent des moutons noirs avec des chèvres grises noires ou blanches. De temps en temps, des chevaux en liberté, magnifiques. Des vaches paissent à proximité des villages, petites, placides elles trouvent leur provende dans l’herbe verte du printemps. Les Ferula (fenouils) s’élèvent comme de minuscules arbres : leur cime ronde des ombelles rassemblées en une grosse boule mi-chou-fleur/mi-fenouil sur une tige.

Dans la région, on extrait le marbre. Plus loin, des excavations plus importantes : on cherche de l’or dans les montagnes de Nurata. Entre la route et les montagnes sont alignés de nombreux villages. Impression de bout du monde. Des gens vivent entre la montagne aride et la steppe infinie. Des nuages s’accrochent à la montagne. Voici notre village Uxum ! Tout au moins l’entrée du village. Une piste conduit aux premières maisons puis les évite et entre dans une vallée. La belle Chevrolet de Nasim se comporte bien sur le chemin défoncé. Le village est plutôt une addition de fermes dispersées au flanc de la montagne qu’un bourg  organisé.

ouzbekistan mp2015 192 - Copie

La famille qui nous accueille est installée dans trois maisons basses aux murs de pierre disposées en u autour d’un petit champ. Trois générations vivent ensemble. Le Grand Père, en costume de ville, chauve arbore le plus souvent une toque  noire et blanche. Ses fils ont une allure moderne. L’un d’eux nous accueille en anglais. Il porte des jeans, une polaire et une casquette de base-ball.  Les femmes ont une tenue traditionnelle élégante. La robe est plus ou moins longue sur des pantalons de velours serrés en bas par un galon. Pantalon et robe brillent de perles de strass cousues. Le foulard est assorti, elles le portent noué derrière avec un gros nœud qui ressemble à un chignon. La plus jeune porte des leggings violets, une jupe courte aux triangles fluo et son foulard comme la jupe. Leur visage est très avenant. La grand-mère a toutes ses dents en or, les plus jeunes sont très soignées. Chacune a 4 enfants sauf la plus jeune qui n’a qu’un bébé. Nous avons mis un certain temps à attribuer à chacune des mères ses enfants respectifs.

ouzbekistan mp2015 191 - Copie

Dans la plaine le temps était ensoleillé mais dès que nous sommes arrivées au village il pleuviote et surtout il souffle un vent glacial. Tout le monde est emmitouflé dans des anoraks. Les bonnets sont enfoncés jusqu’aux oreilles. Avec mon pantalon d’été et mon t-shirt, je gèle. Pas trop envie de sortir. On sort les polaires des valises, les survêtements, les K-Ways. Pour la première exploration dans le village, on nous flanque, d’office, un accompagnateur : Rouslan, 11 ans, des yeux clairs, la peau très claire. Il parle un peu anglais. Après 50m, nous arrivons à un hameau composé de belles fermes et étables en pierre étagées à flanc de coteaux.

Fin de la promenade : « many dogs ! ».

On descend la piste : « 12h lunch ! » décide l’accompagnateur.

D’ailleurs, il pleut !

 

Le déjeuner est servi dans la grande salle de la maison où nous logeons. Le sol est recouvert d’épais tapis et de grands kilims. Au mur, un kilim avec le même motif et un tapis de prière avec la représentation de la Mecque et la photo du père du grand-père, hadji. Table basse, matelas colorés, coussins. On mange par terre. A table il y a un couple de jeunes Russes qui partiront cet après midi à Samarcande, le jeune homme à la casquette de base-ball, le grand père, Nassim et nous.

On apporte un assortiment de salades : aubergines confites avec des grains de poivre et des feuilles de laurier entières, haricots rouges à l’ail, une salade fraîche avec beaucoup d’aneth. Chorba : un grand bol de bouillon clair avec des morceaux d’agneau, des carottes et pommes de terre. Cette soupe chaude est bienvenue avec la pluie. Au choix thé noir ou thé vert.

Au mur, une carte touristique et des photos des curiosités de la région.

Les argalis
Les argalis

Le soleil est revenu. Le Grand-Père me propose une promenade. Nous traversons le jardin où il y a 4 ou 5 rangs de tomates et autant de pommes de terre. Derrière se trouve la réserve des argalis (mouflons). Ella Maillart racontait que son guide Kirghise chassait les argalis sans autre précision. Le mâle a de belles cornes recourbées. Les femelles ressemblent à des chamois, un peu lourds. Nous montons le plus haut possible pour observer la harde puis à un petit col où paissent leurs vaches. Le vent souffle par rafales très puissantes qui nous font tituber. Pas seulement moi, la touriste, également le montagnard qui a dû se mettre sur 4 pattes pour enjamber une petite arête rocheuse. De temps à autres, il me fait asseoir pour surveiller les argalis ou regarder le paysage. La promenade se transforme en safari-photo. Le Monsieur tient à ce que je rapporte de belles photos du mâle aux cornes enroulées. Le vent est si puissant qu’on se cramponne au grillage. On rentre « en marchant comme des ivrognes » déclara-t-il le soir.

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La tempête de la nuit dernière a fait beaucoup de dégâts. 140 poteaux électriques ont été abattus. Le courant ne reviendra pas ce soir. Il faut s’organiser et prendre nos précautions avant la tombée de la nuit.

le Souffle – film d’Alexander Kott – (Russie)

DANS LA PLAINE KAZAKHE

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Une splendeur!

Splendeur des images de cette steppe infinie, battue par les vents, on entend le souffle du vent, l’orage qui s’abat sur la plaine, l’éolienne sur le pignon de la maison qui se transforme en hélice d’un improbable avion.

Steppe à l’horizon infini mais aux couleurs changeantes, camaïeu de bruns, verts, taches roses.

Une maison au toit de chaume au milieu de nulle part, son puits, un arbre solitaire

Des images d’une beauté : détails du bois, mur de pisé inégal craquelé,

Beauté des acteurs.

Film sans parole, accompagné par le vent, l’eau, l’orage, le galop du cheval, le moteur du camion…

Un bon quart d’heure se passe, j’admire les cadrages, les images, les couchers et lever du soleil. Même s’il n’y avait pas d’histoire, le film serait un chef d’oeuvre.

Il y a une histoire, histoire d’amour. Lequel du cavalier kazakh, son ami d’enfance, ou du photographe, un peu acrobate, la jeune fille choisira? Comme deux chevaux fous, ils se battront.

Mais ce n’est pas tout… mais je ne vous dirai rien. Pour préserver l’effet de surprise

Nuit sous la Yourte

CARNET OUZBEK

 

notre yourte
notre yourte

Le faite de la yourte est soutenu au centre par une croix de 8 petites lattes rouges. Pour tenir la tente, de fines perches partent d’un cercle rouge et blanc. A 1.5m du sol les perches sont remplacées par des croisillons qui font tout le tour (sauf la porte). Une longue bande de coton blanc brodé de grenat la borde. Des kilims multicolores portant trois motifs différents sont superposés : peignes doubles, rouge/blanc, jaune/rouge et jaune vert. Une frange forme un galon entre la bande brodée et les kilims. Un mobile est suspendu du centre, étoiles à 5 branches, 4 triangles de bois peint, 5 cordelettes colorées portent des pompons rouges, noirs, jaunes. A l’étoile on a suspendu des petits objets couverts de brillants, 2 cocottes roses et des triangles étincelants.

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mobile coloré

 

Des sangles brodées de rouge et or, une bande de tapis complètent le décor et tendent le feutre gris qui est orné de larges bandes à fond noir et à entrelacs rouges bordés de blanc. Le tapis de sol est également en feutre teint de motifs géométriques multicolores. Un tapis de laine épaisse se trouve à l’entrée.

Des petits matelas sont empilés. Si on les étalait tous on pourrait dormir à 6 ou 7.

broderies et kilims
broderies et kilims

A l’extérieur d’épaisses bâches de toile blanche sont ficelées par de solides cordages. Un carré ferme le carré du haut amovible. La porte est peinte de motifs décoratifs, un tapis rouge roulé complète l’isolation.

Dans le montage de la yourte le cercle en bois de saule est installé en premier, les perches de saule sont placées ensuite. Il n’y a pas de clous, la lanière de peau de vache mouillée se tend lorsque elle sèche.

La nuit nous offre un spectacle grandiose mais pas celui que nous attendions ! J’attendais une veillée sous les étoiles. Le ciel nous a réservé la surprise d’un orage spectaculaire Le ciel s’est éclairé comme en plein jour. Nous avions laissé la porte ouverte et le tapis enroulé. La pluie s’est abattue et le vent s’est levé. Sous les couettes, nous avons d’abord eu l’impression d’un confort inouï à l’abri du toit de feutre. Puis nous nous somme crues  au planétarium : le feutre était criblé de petits trous que les éclairs illuminaient. D’après les grondements du tonnerre nous avons essayé de localiser l’orage qui tournait. Le vent s’est déchaîné, le tapis de l’entrée s’est déroulé, la bâche secouée, sa toile vibrant a été martelée par la grosse pluie. Nous avons entendu le bruit des gouttes tombant, quelque part la yourte était trouée. Au dessus de ma valise. Quelques gouttes seulement mais tous les vêtements sont humides. Il faudra la vider et les étaler au village.

nos lits!
nos lits!

Le lac Aydarkul et les chameaux de Bactriane

CARNET OUZBEK

chameau de Bactriane
chameau de Bactriane

Le lac Aydarkul.

Le temps s’est couvert. Un ciel gris écrase la steppe plate et rase. Les montagnes de Nurata sont avalées dans la brume. Lorsque nous arrivons au lac Aydarkul le tonnerre gronde. Si j’avais su qu’on irait au lac cet après midi, j’aurai mis mon maillot de bain. L’eau est tiède. Je me contente de relever mon panta-court au dessus du genou et de marcher dans l’eau. Le lac Aydarkul est un lac artificiel. En 1969, par crainte d’inondations on a vidé un barrage situé au Kazakhstan , le lac s’est agrandi ensuite en retenant les eaux du Syr Daria. Long de plus de 60 km, il contient autant d’eau que la mer d’Aral qui, elle, se dessèche. J’avoue ne pas trop comprendre.

le lac Aydarkul
le lac Aydarkul

A peine une petite heure de route pour atteindre le campement de yourtes de Yangiyz à quelque distance du village kazakh aux maisons couvertes de toits métalliques à 4 pans et aux étables de pisé. La voiture s’engage sur une piste sableuses dans les collines plantées de saxaouls Haloxylon ammodendron (épineux très secs qui ont de loin la silhouette des genêts en beaucoup plus fin) .

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Dans un creux : le camp composé d’une dizaine de yourtes plantées en demi-cercle et plus haut, le restaurant, restaurant d’été sous un auvent de toiles multicolores et restaurant d’hiver dans un bâtiment en dur rond comme une yourte où nous dinerons. Un peu plus loin, les sanitaires : 3 douches, 3 lavabos extérieurs. Le système d’arrivée d’eau est bizarre : au lieu de tourner le robinet il faut pousser un bouton vers le haut.

les étriers de ficelle
les étriers de ficelle

Nous sommes accueillies en Russe par une dame blonde en short et en haut transparent, placide souriante aidée à la cuisine par une autre dame russe blonde. Le camp s’appelle Spoutnik, mais nous ne l’apprendrons que demain quand on nous donnera le billet attestant de notre passage qu’il faudra conserver jusque à l’aéroport. Deux chameliers se tiennent plus loin avec leurs bêtes. Au programme un tour d’une petite heure à dos de chameau. Je connais bien les dromadaires mais c’est la première fois sur un chameau de Bactriane à deux bosses plus petit et plus laineux. Si mon chameau est plus petit, il est plus large à enfourcher. Je dois m’y reprendre à deux fois. On me confectionne des étriers de ficelle, et me voilà partie pour 20 minutes dans les collines  plantées de saxaouls . C’est plus amusant que pittoresque, le chamelier muet tient la longe. Le désert du Kyzylkoum n’est pas le Sahara !

la tonte du chameau
la tonte du chameau

de Boukhara à Nurata – Potier, Caravanserail, Navoï, Poissons sacrés et Forteresse d’Alexandre

CARNET OUZBEK

Le dernier caravanserail
Le dernier caravanserail

La route de la Soie vers Samarcande est presque une autoroute, traversant des vergers bien entretenus et des cultures irriguées. D’énormes camions iraniens se suivent – caravane moderne. Plus loin on double une caravane turque, il semble que les routiers se regroupent par nationalité.

Guijdouvan

l'avez vous reconnu?
l’avez vous reconnu?

Nous faisons une halte chez un céramiste de renommée internationale, comme l’atteste la photo d’Hillary Clinton et un prix obtenu à Roanne. Son musée montre le travail de plusieurs générations de céramistes ainsi que des pièces anciennes comme ce plat du 13ème siècle à calligraphie coufique, les céramiques d’Hérat, les plats bleu de Ferghana. Une grande variété de motifs et techniques sont représentés. Nous le visitons en compagnie d’un groupe en car déjà rencontré en route ; Avantage : nous ne somme pas tenue d’acheter à l’issue de la visite. Inconvénient, on se pousse, il y a toujours quelqu’un dans le viseur de l’appareil photo. Quand le potier saisit un instrument de musique (genre de mandoline) pour accompagner la démonstration de broderie de sa femme, j’imagine la séquence vidéo. Mais voila, un braillard se met à chanter !

A côté du four, se trouve le moulin. Le potier peut donc être en même temps au four et au moulin (contrairement au boulanger !). Le moulin ressemble à un moulin à farine ou à huile la meule de pierre mue par un âne broie les oxydes. En Ouzbékistan, l’âne, animal impur n’est pas acceptable dans un moulin à farine, on lui préfère le bœuf, le cheval ou le chameau. Pour le potier cela n’a aucune importance. Les fours sont alimentés aussi bien au bois, au gaz ou au kérosène. On cuit plusieurs fois les poteries avant et après l’émaillage. Les plats sont disposés à l’envers. Les gouttes d’émail qui se solidifient sont la marque de fabrique locale. La dame brode avec des soies teintes aux teintures naturelles fixées soit au sel soit à l’alun soit à la teinture de grenade.  Elle brode à l’aiguille en posant le tissu sur la table, soit au crochet, le tissu est alors fixé sur un cadre.

La route traverse les sables rouges de Kysylkoum hérissés de buissons comme sur la route de Khiva, puis à nouveau des vergers.

Caravansérail Rebat Malik

sardoba : la citerne d'eau potable
sardoba : la citerne d’eau potable

J’imaginais la route de la Soie jalonnée de caravansérails. Celui de Rebat Malik est le seul qui a résisté au temps. D’un côté de la route, la belle citerne Serdoba possède une belle coupole de brique qui protège l’eau potable (nous avons vu la maquette à Boukhara). De l’autre côté de la route un portail monumental (1187) est encore debout tandis qu’à l’arrière on ne voit plus que les fondations d’un complexe de grande taille avec des entrepôts, des habitations, un bazar, un hammam. L’étendue des fouilles dépasse de loin ce que nous avons vu en Turquie et en Arménie. A côté de la citerne un entrepreneur a eu l’idée de construire un restaurant-hôtel, moderne caravansérail, pour les routiers. Du temps des chameaux, c’était la deuxième halte entre Boukhara et Samarcande. Etape pour les chameaux mais pas pour les camions, l’entreprise a périclité.

Le caravansérail est à l’entrée de  Navoï nommée d’après le poète du 15ème siècle Mir Alisher Navoï, au temps de l’Union Soviétique on y installa un combinat industriel important. La province de Navoï est la plus étendue de l’Ouzbekistan, peu peuplée, couverte pour l’essentiel de steppe, mais dont le sous-sol est riche ne gaz, en or et en uranium. A Navoï nous quittons la route de Samarkand pour nous nous diriger vers le nord en direction de Nurata vers les montagnes de la Chaîne de Nurata qui culmine à 2300m. La steppe est verdoyante et même fleurie. A mesure que la route s’élève des familles se sont installées à chaque tournant avec des coussins, des auvents, des pique-niques : ils fêtent le printemps.

mouflon
mouflon

Sur un affleurement de schistes des pétroglyphes ont été gravés il y a 25 siècles. J’identifie un mouflon, reconnais des chameaux, un cavalier, un serpent et même une chamelle (vache) allaitant son petit.

dromadaire
dromadaire

La route franchit le col Nurata Tumani (1000m). Des sommets pointus se détachent dans la brume. Les pique-niqueurs sont nombreux.

Les dames aux coquelicots

les dames aux coquelicots
les dames aux coquelicots

La route redescend dans une prairie de coquelicots et de lys tartares (Ixolirion tartaricum) . Des femmes et des enfants sont parmi les fleurs, je brandis mon appareil photo pour demander la permission des faire des photos « davaï ! » Elles m’invitent à les rejoindre, m’offrent un bouquet de coquelicots, regardent les photos que j’ai prises et les petites vidéo sur l’écran de l’appareil-photo, m’appellent « sistra », s’amusent avec ma swatch et son bracelet tout mou. Moment fugace de partage. Lorsque je m’éloigne l’une d’elle me poursuit pour m’offrir un stylo à bille bleu et argenté. Je n’ai rien à donner en échange.

Nurata

Nurata est une grande ville (30 000ha) de nombreux restaurants le long de la route proposent la spécialité locale : l’agneau rôti au four kebab tandir. Nassim choisit pour nous un restaurant qui sert en terrasse sur deux takhtan, pas de table : la nappe st par terre. On mange accoudé, presque à la romaine. En entrée, un délicieux bol de yaourt et des rondelles de concombre et de tomates. L’agneau est excellent, tendre, il semble confit, la surface est croquante. Je n’en ai jamais mangé d’aussi parfumé. Nassim attribue cela à l’herbe du printemps, parfumée.

La source des poissons sacrés : Tshachma

Nurata
Nurata

Un complexe religieux (entrée en majolique, mosquée, madrasa, hammam) entour le tombeau d’un saint le cheikh AbdulHassan Nouri, la mosquée des 40 colonnes a été rénovée au 20ème siècle. La légende dit qu’Ali, gendre du Prophète venu avec des caravaniers a fait jaillir de son bâton cette source miraculeuse. Les poissons sacrés sont de grandes truites noires très nombreuses dans une eau transparente presque turquoise. Ayant visité un autre mausolée hier, je ne me sens pas très motivée.

Sur la colline la forteresse d'Alexandre
Sur la colline la forteresse d’Alexandre

En revanche je suis beaucoup plus touchée par la forteresse hellénistique qui coiffe la colline. Il n’en reste que des pans de murs. Mais la légende veut qu’Alexandre serait passé par là et que peut être s’y trouverait son tombeau, ou son cénotaphe. Je me remémore le récit de Gaudé « Pour seul cortège », j’imagine le cortège funèbre, les pleureuses, les cavaliers dans la steppe…

Boukhara Chor Minor, restaurant Chinar

CARNET OUZBEK

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Chor Minor (4 minarets en persan)

On l’appelle la « carte postale » de la ville

Cette madrasa fut construite en 1807 Par un riche commerçant turkmène pour honorer l’émir. La cour a été détruite, des maisons ont été construites, il ne reste plus que la bibliothèque, occupée par un magasin de souvenirs  et les 4 minarets qui rappellent selon les uns les 4 villes saintes : La Mecque, Médine, Jérusalem et Boukhara , selon les autres les 4 filles laides du commerçant qui montrait ses minarets aux entremetteurs des mariages arrangés . Elle a été restaurée en 1968 et en 1997.

Restaurant Chinar

Sur la terrasse,  en face d’une mosquée, on voit les vendeurs de pain et l’animation de la rue. Le serveur arrive avec un plateau de hors d’œuvres variés. Dans l’assortiment nous choisissons des beignets de chou fleur, une salade de courgettes et champignons marinés à l’ail, du fromage blanc avec de la ciboulette. Pour plat principal, de délicieuses brochettes de viande de bœuf haché.

Après midi au Hovli Poyon

 

J’ai du retard dans mon journal de bord, les banquettes aux coussins dorés nous tentent pour faire une sieste studieuse. Les patrons de l’hôtel, qui possèdent également un hôtel à Samarcande, sont venus avec des amis et la petite dernière, bébé. La dame vient vers nous, se présente, Nelufar (ce qui veut dire Nenuphar) elle parle un français parfait et gère une agence de voyage à Samarcande. Elle n’est pas vraiment en concurrence avec Karavan Travel qui se spécialise dans le voyage à la carte. Son rayon, c’est plutôt le voyage d’aventure, le trek et la randonnée. Nous sympathisons et elle nous invite boire un thé sur sa terrasse en face de Bibi Khanim – la plus belle terrasse de Samarcande.

L’après midi s’étire, thé vert après thé vert…nous sommes paresseuses et n’allons même pas manger notre glace sur le bord du bassin. Demain il faudra partir…

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