la symphonie des nymphéas de Hiramatsu Reiji à Giverny

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024 

Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage

Arrivée à Giverny

Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistes je dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries.  Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.

la tombe de la famille Monet

Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.

Nymphéas sur un fond doré

L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.

Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.

De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.

J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.

l’étang de Giverny

Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un  Mont Fuji enneigé ?  Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.

En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.

Souvenirs de Normandie!

Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.

Bambous et nymphéas

Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !

Cerisiers et nymphéas

Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !

l’hiver

L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.

Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés

les nuages se reflètent à la surface de l’eau

Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.

Je sors de l’exposition éblouie !

Challenge A la Recherche du Temps perdu – Récapitulation N°3 – Le Côté de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA et d’autres….

logo de la lecture commune

Nous avons terminé, avec plus ou moins de plaisir, le très long Côté de Guermantes fidèles au poste et au défi de la lecture commune

Claudialucia

Proust Le côté de Guermantes  Helleu, Eltsiret la duchesse de Guermantes
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/le-jeudi-avec-marcel-proust-paul-cesar.html
Proust Le côté de Guermantes : le nom propre

Proust Le côté de Guermantes    lucidité et pessimisme

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/marcel-proust-le-cote-de-guermantes.html

Proust Le côté de Guermantes : les peintres flamands
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/09/le-jeudi-avec-marcel-proust-le-cote-de.html

Miriam

Proust Le côté de Guermantes :(1ère partie) Le téléphone

Proust Le Côté de Guermantes :(2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de madame de Villeparisis

Proust Le côté de Guermantes :  (3ème partie) Un dîner chez la Duchesse de Guermantes

 

j’ai eu le grand plaisir de visiter la Maison de tante Léonie (Musée Proust) à Illiers-Combray

La 4ème récapitulation sera au début Octobre pour Sodome et Gomorrhe

 

Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

MA NUIT AU MUSEE

Un écrivain passe une nuit dans le musée de son choix et rédige un texte pour cette collection. J’ai découvert « ma nuit au musée » avec Leila Slimani et Le parfum des fleurs la nuit. 

Lola Lafon a choisi de passer une nuit à l’Annexe du Musée Anne Frank à Amsterdam, dans le grenier où sa famille était cachée pendant deux ans. Ce choix n’est pas fortuit.

« Lorsqu’il m’a été proposé de passer une nuit dans le musée de mon choix, à aucun moment je n’ai envisagé
de me rendre dans un musée d’art. Je les visite avec plaisir mais je ne me sens pas légitime à donner mon
avis sur ce qui y est exposé. »

Comme les collégiens ou lycéens, Lola Lafon, a lu Le Journal d’Anne Frank pendant son adolescence. Mais elle se sent personnellement concernée, comme enfant de survivants de la Shoah, elle se sent personnellement concernée. Sa grand-mère,

Ida Goldman m’a offert une médaille frappée du portrait d’Anne Frank.[…] Cette médaille m’expliqua ma grand-mère, il me faudrait toujours la conserver. N’oublie pas. 

Quand tu écouteras cette chanson nous parle d’Anne Frank, d’une petite jeune fille qui écrit son journal comme tant de filles, comme Lola Lafon, elle-même. Mais une universitaire qui l’a étudié nous apprend qu’Anne Frank avait prêté un soin particulier l’écriture, en tant que texte littéraire destiné à être lu (sinon publié). Miep Gies, une de ses bienfaitrices, connaissait son importance et a conservé avec soin le manuscrit.

Anne Frank entend, sur Radio Oranje, une annonce du ministre de l’Éducation des Pays-Bas en exil à
Londres. Il demande aux Hollandais de conserver leurs lettres, leurs journaux intimes : après guerre, ces
écrits seront autant de témoignages précieux. Cette déclaration la galvanise, elle s’enthousiasme, en parle
à son père : son journal pourrait être publié, un jour.

Lola Lafon nous parle aussi du Musée, des traces qui donnent à voir l’absence

Tout, ici, se veut plus vrai que vrai or tout est faux, sauf l’absence. Elle accable, c’est un bourdonnement
obsédant, strident.

Lola Lafon nous parle d’elle, de ses grands parents qui ont choisi la France  des Droits de l’Homme, de Jaurès, mais qui subirent l’occupation nazie. Elle raconte son enfance en Roumanie et son arrivée à Paris à 12 ans, puis ses débuts en écriture.

Sa confrontation avec l’Annexe où étaient cachés les Frank n’était pas facile. L’écrivaine a attendu le dernier moment pour pénétrer dans la chambre d’Anne Frank. Et pour la lectrice, une surprise que je vous laisse découvrir.

J’ai tant aimé ce livre qu’à peine refermé, j’ai téléchargé La petite communiste qui ne souriait jamais et j’ai cherché un podcast sur l’appli.  RadioFrance https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-atelier/le-grand-atelier-du-dimanche-19-mai-2024-5658895

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/lola-lafon-dresse-un-etat-de-nos-vies-8642028

 

Pondichéry ou le Rivage des ombres – Anne Vantal – Buchet Chastel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Merci à Babélio et à l’éditeur Buchet Chastel pour ce beau voyage aux Indes.

Histoire et Géographie : trois destins se mêlent, à trois époques différentes :

1930 Alice rejoint son mari Jules qui dirige une léproserie. Jeune mariée, pianiste, après une longue traversée au cours de laquelle elle fait connaissance avec une riche anglaise, elle  s’installe à Pondichéry. Gandhi mène sa marche du sel dans les Indes britanniques. La Crise ravage les Etats Unis et l’Europe ses effets arrivent amortis sur la Côte de Coromandel. 

1950, Oriane, vient retrouver ses racines. Elle est née à Pondichéry  quitté à 6 ans. Bénévole dans une institution humanitaire, elle  retrouve ensuite des amis de ses parents et travaille dans une indigoterie. C’est la fin de la présence française en Inde, et Bien Dien Phu en Indochine.

2012, Céline sage-femme,  après un évènement tragique, qu’elle tâche d’oublier, fait un stage dans une maternité. Avec son amoureux, Anton, elle fait un peu de tourisme. Intriguée par des photos anciennes, elle mène une  enquête qui la conduira dans les années 30.

Trois femmes sympathiques, trois destins tragiques, beaucoup de beaux sentiments, un peu trop peut-être…

J’ai été intéressée par le contexte historique. Je ne savais pas que  Pondichéry était restée française jusqu’en 1963,  bien après l’indépendance de l’Inde. le rattachement à l’Inde  n’est que rapidement abordé. A Pondichéry se trouve aussi Auroville et l’Ashram de Sri Aurobindo. J’aurais aimé en apprendre plus là-dessus. 

Les trois histoires alternent, en chapitres courts qui donnent un rythme rapide à l’action. Les pages se tournent seules. 592 pages, presque le pavé de l’été.

Journal de Nathan Davidoff – Le Juif qui voulait sauver le Tsar – présentation Benjamin Ben David -Ginkgo éditeur

J’ai trouvé ce livre dans le blog de Keisha

Après notre voyage en Ouzbékistan et la visite de la synagogue de Boukhara j’ai été très curieuse de connaitre les Juifs boukhariotes surtout dans le début du XXème siècle avec la Révolution de 1917. Le soustitre « le Juif qui voulait sauver le Tsar » m’a aussi intriguée.

Nathan Davidoff (1880 -1977) fut un homme d’affaires, un négociant en textiles, un capitaine d’industrie qui a pris d’abord la succession d’une affaire de famille florissante avant d’étendre ses activités à diverses branches.

La Communauté juive de Boukhara a un statut original : dès 1833, les Juifs boukhariotes furent autorisés à adhérer aux guildes commerciales et à résider dans certains territoires de l’Empire russe. en 1866 et 1872, ils obtinrent la nationalité russe. Le territoire du Turkestan ancien (actuel Ouzbékistan) est sur la Route de la Soie, et après la Guerre de Sécession américaine, quand le coton vint à manquer sur le marché mondial, un territoire de plantation du coton. Les Juifs traditionnellement étaient négociants de fils.

La famille de Nathan Davidoff établie à Tachkent et Kokand possédait des carderies et une fortune assez considérable. Le jeune Nathan Davidoff participa d’abord à l’affaire familiale avant de s’établir à son compte. Le journal raconte par le menu l’extension de ses activités commerciales et industrielles. Très gros travailleur, il savait se faire apprécier aussi bien des banquiers que de ses collaborateurs. Plus intéressé par le commerce qu’avide d’argent, il savait négocier les meilleurs prix sans étrangler ni ses clients ni ses concurrents. Il n’hésitait pas à se rendre en personne à Moscou auprès de son oncle d’abord, puis pour son compte personnel. Il a su étendre ses activités à d’autres branches comme les mines de charbon, et une concession ferroviaire pour le transport, des forêts et une scierie….

En bon négociant, il a su rendre service à toutes sortes de personnages, aussi bien dans l’entourage du Tsar qu’auprès des révolutionnaires. Par ses relations, il a eu conscience à temps de ce que la révolution bolchevique était inéluctable. Il a donc essayé de convaincre le Tsar de fuir ou tout au moins de faire passer la frontière à sa famille.

Ces mémoires détaillent les opérations commerciales et financières, il faut lire en diagonale toutes les transactions qui sont répétitives. Mais au fil de la lecture on apprend comment vivaient les Russes à Moscou et à la campagne.

Cependant, il ne faut pas chercher de folklore, ou de description de Boukhara, Tachkent ou Samarcande qui nous font tant rêver. La vie de la communauté juive est plutôt évoquée dans les notes que le petit fils de Nathan a ajoutées. De même, le procès antisémite qui lui fut intenté et qui se termina par un non-lieu.

Ces mémoires sont un témoignage précieux pour qui s’intéresse à cette région d’Asie Centrale et au début du XXème siècle.

Paris 1874 – Inventer l’Impressionnisme – Orsay

PRINTEMPS DES ARTISTES

Exposition temporaire jusqu’au 14 juillet 2024

Claude Monet : vue du balcon du 35 Boulevard des Capucines

Anniversaire des 150 ans de l’Impressionnisme  avec la première exposition impressionniste

Chez Nadar,

35 bld des Capucines . Dès les années 1860, Monet, Bazille, Degas, Renoir, Pissarro et Sisley, souvent exclus des Salons officiels s’organisent pour une exposition indépendante. Leur projet verra le jour en 1874.

Peindre le Présent/Exposer par soi-même

Renoir : La Parisienne

200 œuvres sont accrochées sans jury ni marchands sur des murs tapissés de rouge. Deux grands Renoir nous accueillent : une grand danseuse et La Parisienne. 31 artistes exposent ici des œuvres très variées, grande peinture comme celles de Renoir, eaux fortes de Braquemond avec des portraits comme celui de Théophile Gautier, une amusante pie « Margot-la-critique » et une Locomotive d’après Turner qui m’a bien plu.

Braquemond locomotive

Je découvre des noms inconnus de moi : Ludovic Napoléon Lepic qui présente deux portraits de chiens, Antoine-Ferdinand Attendu

Le Salon de 1874

Camille Cabaillot-Lassalle :Le Salon de 1874 A l’arrière-plan les miniatures des tableaux sont peints par leurs auteurs

Dans le Salon officiel ouvert le 1er mai au Palais de L’Industrie et des Beaux Arts 2000 tableaux accrochés bord à bord ont été sélectionnés par un jury. Immenses tableaux historiques, religieux ou mythologiques…

Le Salon officiel

L’exposition d’Orsay imite cette présentation . L’Orientalisme est à la mode. J’ai bien aimé ce Poète copte d’Henriette Browne, moins la scène biblique E Lawrence Alma-Tadma égyptisante, et pas du tout La Scène de danse dans les rues de Tanger grimaçant et outrancier de Dehodencq. 

Henriette Browne ; poète copte

J’ai zappé les « grosses machines » et les peintures de guerre, énormes tableaux de bataille. Noté une critique de Zola (cela m’a bien rappelé L’Oeuvre

Marguerite – Marie Braquemond

Dans le Salon officiel, j’ai été étonnée par le nombre de femmes-artistes, Henriette Browne, la sculptrice Hélène Berthaux, et même Marie Braquemond avec sa Marguerite alors que son mari est au Salon Impressionniste. Bien sûr Berthe Morizot et Eva Gonzales

Eva Gonzales : Une soirée aux Italiens

Convergences

Certains artistes exposent dans les deux salons ; Lepic, De Nittis, Lépine,

De Nittis : Dans les blés

le tableau de De Nittis est tout à fait charmant mais le tableau de Manet, Le Chemin de Fer exposé à côté lui a « fait ombrage », on a moqué le Manet. le Bal à l’Opéra de Manet, lui, a été carrément refusé sans doute à cause du sujet : dans le foyer de l’Opéra les transactions entre les prostituées et leurs clients ont choqué le public bien-pensant. Mallarmé s’en est indigné dans un article. 

Edouard Manet : Le Bal à l’Opéra

La Vie moderne comme motif

Baudelaire en 1863 a fait de la modernité un composant du Beau. les impressionnistes ont peint la modernité. Le port du Havre Impression au soleil levant, bien sûr, mais aussi les scènes de champ de course de Degas. De très petites aquarelles de Boudin représentant la plage à Trouville m’ont beaucoup plu comme ses études de ciels et de nuages. Berthe Morizot a aussi peint ces petites scènes. 

Berthe Morizot cache-cache

L’Ecole de Plein  air

Cette section rassemble des tableaux que nous connaissons bien comme les Coquelicots de Monet, des Sisley, des Pissarro ravissants

Pissarro Gelée Blanche

j’ai choisi cette Gelée Blanche que je ne connaissais pas. Pour l’impressionnisme entre Orsay et Marmottant, nous les parisiens sommes gâtés. j’ai donc préféré illustrer mon billet avec des oeuvres moins connues quitte à oublier un peu les chefs-d’oeuvres.

Guillaumin – soleil couchant sur Ivry

Une bien belle exposition qui montre la naissance de l’Impressionnisme dans son contexte!

Et pour ceux qui en veulent encore plus il y a aussi l’Exposition Immersive mais elle est vraiment très chère et je ne sais pas si j’ai très envie de me  promener avec un casque de réalité virtuelle pendant 45 minutes. Ma dernière expérience a été désastreuse.

De Marseille à La Môle par le chemin des Crêtes et Carqueiranne

CARNET PROVENCAL/CÔTE D’AZUR

parc des Calanques – route des crêtes

routes des Crêtes de Cassis à la Ciotat – déjeuner à Carqueiranne – Bormes les Mimosas

Nous quittons vers 9h Marseille d’Est en Ouest par un long tunnel payant qui débouche dans le IX ème arrondissement vers Mazargues, Cabot, Le Redon. Nous passons sous l’énorme barre blanche de la copropriété La Rouvière à la Panouse que j’avais repérée du bateau du Château d’If. Le grand rectangle blanc tranchait sur le paysage et m’avait paru monstrueux. Elle a été érigée au début des années 60 pour héberger les rapatriés d’Algérie. Un peu plus loin, sur la route de Cassis je découvre Luminy et son campus. Nous entrons dans le Parc National des Calanques aux montagnes blanches arides. Les Calanques sont inaccessibles en voiture.

Cap Canaille et Cassis

Après Cassis, le Cap Canaille avec sa haute falaise se détache. On parvient très vite au sommet de la plus haute falaise de France (394 m) par des lacets serrés. De belvédères partent des sentiers dans la garrigue pour atteindre le rebord de la falaise. Vertigineux ! le romarin en fleur, les bruyères se détachent sur le bleu intense de la mer. Nous sommes passées, il y a une dizaine d’années par grand vent et Dominique avait été prise de vertige. Soit la route a été élargie, soit le temps magnifique a contribué à nous sécuriser. Après plusieurs arrêts nous avons trouvé le parcours trop rapide. Les grands pins pignons nous ont étonnées. Ils ont été plantés après un incendie en 1982. Spectaculaires aussi ces rochers, grottes, arches du côté-terre.

Nous voulions éviter l’autoroute et rester en bord de mer. Rapidement nous en avons assez de rouler dans les stations balnéaires entre feux rouge, ralentisseurs et passages-piétons nous rejoignons l’autoroute avant Bandol. Traversée en souterrain de Toulon.

Carqueiranne

Déjeuner sur le bord du port de Carqueiranne qui semble être un haut lieu de la pétanque. Côté port deux rectangles sablés entourés de planches formant des bancs. Deux hommes avec de la ficelle s’affairent à tracer les terrains, survient un troisième avec un cerceau. Au-dessus des rochers, un parc arboré est aussi dédié à la pétanque : « la Boule des pins penchés », au sol les rectangles sont très étroits et très longs délimités par des lignes blanches permanentes.

Bormes les Mimosas

Je n’ai pas emporté de documentation touristique pour le Var comptant sur celle des Offices de Tourisme. L’OT de Bormes-les-Mimosas est ouvert le samedi après-midi. Ce n’était pas vraiment une bonne idée. Ce week-end à Bormes-les-Mimosas, se déroule le Corso, la fête du Mimosa en pleine floraison. Le parking est très difficile.  Le village est occupé par diverses anima tions. Trois comédiens-danseurs costumés en jaune se trémoussent. Des ateliers sous des barnums occupent la place : peinture de bouquets de mimosa pour els enfants, pompons jaunes et divers travaux manuels avec de la laine jaune (enfants + dames âgées) . Un petit marché touristique propose des spécialités locales et du mimosa. A l’Office de Tourisme les hôtesses sont débordées. Je n’en tirerai rien de bien intéressant.

Courses au Leclerc de Cogolin, immense.

notre cabanon dans les vignes

Nous retrouvons avec grand plaisir notre « cabanon dans les vignes »Je ne me souvenais pas que la chambre était si jolie avec le linge en dentelle et les rideaux à volants brodés, couette assortie, la commode ancienne et les grandes photos de cerisiers blancs en fleur.

Dimanche nous retournons à La Londe-les-Maures sur le sentier côtier de l’Argentière à Cabasson (en face de Brégançon). Sentier spectaculaire, magnifique, mais un peu trop fréquenté le dimanche matin. On y reviendra en semaine !

Marseille, porte du Sud – Albert Londres

LIRE POUR MARSEILLE

Affiche de l’exposition coloniale de 1906

« Écoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici
les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière ; comment le
soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre. Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. Vous verrez tous les Orients—le proche, le grand, l’extrême.[…] Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent.

Embarque-toi ! Embarque-toi ! »

 Albert Londres est le père du journalisme d’investigation. Grand voyageur, il s’est embarqué de Marseille pour ses  voyages lointains en Asie, Inde, Chine et Japon…  Eté 1926,  après l’Exposition Coloniale de 1922 Albert Londres écrit une série de reportages réunis dans ce livre qu’il dédie au Gardien du phare du Planier.

 

« En résumé, une porte monumentale, où passeraient, flux et reflux, les cent visages du vaste monde. Passer ! Le mot convient à la ville. On va à Lyon, à Nice. On « passe » à Marseille.

Il y a les sédentaires de Marseille et puis le flot des nomades qui va de la gare au port ou du port à la gare. Si vous ne faites partie ni des sédentaires ni du flot vous n’êtes plus rien. Vous êtes le badaud. Vous gênez la circulation. »

Pour Albert Londres, Marseille est avant tout un port où entrent et sortent personnes et marchandises et ceci depuis 2500 ans avec l’arrivée des Phocéens. Entrée des marchandises coloniales, sortie des colons qui partent peupler l’Algérie ou l’Indochine. Et inversement arrivée des marins en transit vers les ports du monde entier et qui se rencontrent autour d’un verre avant de repartir. Arrivée aussi des émigrants s’installent . En 1926 Marseille est italienne, grecque et arménienne…

« Marseille était bien dans un département qui s’appelait les Bouches-du-Rhône. J’ai fermé la géographie. Le lendemain, je l’ouvris de nouveau. Marseille était dans les Bouches-du-Rhône, cependant les Bouches-du-Rhône devaient être en Italie. Eh bien ! Non, ce département était en France. Je repris courage et, comme nous étions au matin de cette journée d’expérience, je sonnai la femme de chambre. Elle arriva. C’était une Italienne. « Alors,
lui dis-je envoyez-moi le valet. » C’était un Italien. « Faites monter le sommelier ! » Il était italien ! J’empoignai mon chapeau, ma canne, mon pardessus. Je sortis de ma chambre. J’appelai l’ascenseur. Le garçon de l’ascenseur lisait Il secolo ! Je brûlai le hall jusqu’à la porte. Là, je m’adressai au portier et j’eus comme un espoir : le portier était anglais… »

Même si le propos est connu, le livre est original par le ton amusant. Lecture jubilatoire.

J’aurais pu choisir pour illustrer ce billet des conversations de  bistro, rencontres de commerçants qui se donnent rendez-vous après avoir fait le tour de la planète. Chaque chapitre, chaque annecdote

Quel conteur!

Le Docteur Pascal – Emile Zola –

LES ROUGON-MACQUART (t. 20) – LECTURE COMMUNE

Pasteur 1886 – Edelfelt

Ce volume termine le cycle des Rougon-Macquart à Plassans là  il avait commencé 25 ans plus tôt.

Pascal, le troisième fils de Félicité, le seul qui ne soit pas monté à Paris faire fortune comme Eugène, le ministre de Napoléon III ou Aristide – Saccard, l’homme d’affaires.  Médecin des pauvres mais dans le livre, il a presque cessé d’exercer et se consacre à la recherche médicale. Il cherche à fabriquer avec des cervelles de mouton, une sorte de panacée qu’il injecte à ses patients pour leur donner des forces. Son remède est-il au point? La visite du médecin et ses injections semble avoir des effets miraculeux. Effet placebo? Il s’avère qu’il injecte de l’eau pure.

« Ce qui avait amené le docteur Pascal à s’occuper spécialement des lois de l’hérédité, c’était, au début, des
travaux sur la gestation. […]mettant surtout en observation sa propre famille, qui était devenue son principal champ d’expérience, »

« Il avait, pour sa famille, d’abord dressé un arbre logiquement déduit, où les parts d’influence, de génération en génération, se distribuaient moitié par moitié, la part du père et la part de la mère. »

Son second axe de recherche s’oriente sur l’hérédité et comme Zola il dresse un arbre généalogique de la famille élargie des Rougon-Macquart assorti de fiches décrivant les caractères de chacun et la transmission possible des tares de la famille : alcoolisme, folie, ou débilité. Les Rougon-Macquart semblent assez nombreux pour fournir un bon échantillonnage. 

Le docteur Pascal a recueilli Clotilde , sa nièce, la fille d’Aristide Saccard qui l’appelle « Maître » et qui l’adore. Evidemment, ils vont tomber amoureux. Mais comme cette liaison presque incestueuse pourrait choquer, Pascal attendra que Clotilde ait 25 ans. Il est rempli de scrupules et renoncera à elle quand il sera ruiné pour qu’elle mène une vie plus confortable auprès de son frère Maxime dont on a fait connaissance dans La Curée. Les histoires d’amour chastes et pures ne sont pas ce que j’ai préféré dans la Série des Rougon-Macquart. Il me semble que Zola excelle dans la méchanceté et le vice et qu’il s’affadit dans la vertu. 

Nous retrouvons de nombreux protagonistes de la saga : l’ancêtre, Adelaïde, centenaire vit toujours dans l’asile des Tulettes. Mutique et desséchée, la folie l’a quittée. Antoine, l’alcoolique s’est aussi assagi, il a sa ferme des Tulettes et coule une vieillesse sereine. Félicité,  toujours aussi manipulatrice,  détient le pouvoir sur la famille. Elle craint que les recherches généalogiques de Pascal ne s’ébruitent et qu’elles ne jettent l’opprobre sur la famille. Pascal, le scientifique libre-penseur est en contradiction avec les convictions catholiques qu’elle professe.

« Veux-tu que je te dise mon Credo, à moi, puisque tu m’accuses de ne pas vouloir du tien… Je crois que l’avenir de l’humanité est dans le progrès de la raison par la science. Je crois que la poursuite de la vérité par la science est l’idéal divin que l’homme doit se proposer. Je crois que tout est illusion et vanité, en dehors du trésor des vérités lentement acquises et qui ne se perdront jamais plus. Je crois que la somme de ces vérités, augmentées toujours, finira par donner à l’homme un pouvoir incalculable, et la sérénité, sinon le bonheur… Oui, je crois au triomphe final de la vie. »

Cependant le personnage de savant positiviste, libre-penseur, apparait un peu faible. Dans Germinal, La Terre, la Bête Humaine, L’Argent, et d’autres… Zola livre une analyse fouillée du milieu dans lequel évoluent les personnages, tandis que Pascal dans son laboratoire est plutôt désincarné. Zola avait il eu connaissances des recherches de Mendel à Brno? Des recherches de Pasteur? La première vaccination contre la rage a eu lieu en 1885, le Docteur Pascal a été publié en 1893

D’autres personnages sont évoqués comme l’abbé Mouret et le Paradou. Maxime avec sa jeunesse dissolue est presque un vieillard alors qu’il n’a pas la quarantaine. Son fils illégitime,  Charles beau comme un ange, est complètement dégénéré. On le confie à la garde d’Antoine et même d’Adelaïde….

Quatre générations de Rougon-Macquart peuplent ce dernier livre, consignés dans l‘arbre généalogique qui est la pièce-maîtresse de l’intrigue. Si l’analyse politique et sociale du Second Empire s’achève avec la Débâcle qui aurait pu être la conclusion de l’histoire. Le docteur Pascal en est plutôt un épilogue ou un post-scriptum. 

C’est une lecture commune donc CLIC sur le lien

Bollywood Superstars Histoire d’un cinéma indien – Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2024

Partons pour Bombay, Agra ou Udaipur pour quelques heures très colorées et festives après une semaine maussade. Le voyage au Quai Branly est un dépaysement assuré. Attention Exposition très copieuse! Prévoir de rester un bon moment si vous voulez visionner les nombreuses séquences proposées. Et regarder les films dans une exposition pour le cinéma est un minimum!

Le cinéma est arrivé à la veille du XXème siècle en Inde, en 1898, création de la première société cinématographique indienne  et en 1907 s’ouvre à Calcutta la première salle Chaplin Cinéma. Si certains films occidentaux s’adressaient à une élite britannique les images animées vont servir aussi à l’émancipation nationale en exploitant la mythologie traditionnelle, « faisant sortir les dieux des temples ».

Peinture pour conteurs

Les images animées n’arrivent pas en terrain vierge : Les poètes-chanteurs et les conteurs utilisent de grandes peintures qui se déroulent pour raconter les légendes. Ces panneaux racontent parfois des évènements très récents comme le Tsunami de 2006, ou une histoire située dans le métro.

Fresque dans un temple représentant des divinités

Avant le cinéma circulaient aussi des lanternes magiques : l’exposition présente de très jolies aquarelles destinées à y être visionnées. Le Théâtre d’ombre utilisait des figures géantes. Un Bioscope  figure aussi dans l’exposition. Le cinéma du début utilise des constructions identiques . La Naissance de Krishna (1919) montre Krishna enfant facétieux avec le serpent Kaliya. 

« l’amour est  le roi des sentiments »  proclame-t-on en s’inspirant des légendes de Krishna, le séducteur, et de son amante Radha. les fantastiques épopées du Mahabharata et du Ramayana sont mises en scène

Un film en Noir et blanc montre les comment étaient projetés les films dans le cinéma itinérant sous des tentes dans des fêtes foraines ou à la campagne.

Portrait d’un maharadjah

De la miniature à la photographie : toute une iconographie montre les Moghols, le Taj Mahal et les merveilleux palais de Jaipur ou d’Udaipur donnent un cadre magnifique pour une exploitation cinématographique. 

L’âge d’or du cinéma hindi (1940-1960) exploite cette veine avec des comédies dansantes et chantantes, des costumes somptueux de Devdas ou Jodhaa Akbar qui utilisent aussi bien les danses traditionnelles codifiées depuis le Vème siècle que les mises en scène de comédies musicales. l’exposition montre des séquences éblouissantes, l’une d’elle montre une danse en kaléidoscope. 

Certains films ressemblent aux films de genre occidentaux, l’un d’eux Cholay utilise tous les codes du western, avec chevaux, flingues et harmonicas. 

Bollywood Superstar érige aux acteurs-stars un véritable piédestal de demi-dieux. 

Il ne faut pas négliger non plus le cinéma de Satyajit Ray que j’admire infiniment. j’ai eu grand plaisir à retrouver quelques scènes du Salon de Musique

Je suis sortie un peu abrutie de bruits et de couleurs, mais parfaitement dépaysée!