La villa Montebello est une belle construction à flanc d’une pente très raide à la sortie de Trouville, au- dessus des Roches Noires, autrefois résidence de Marguerite Duras(actuellement en travaux). C’est une grosse villa de trois nivaux , brique et pierre, très ornée, un petit château.
Augustin Rouart (1907-1997) est exposé dans le cadre de Normandie-Impressionniste. Il a grandi dans le milieu impressionniste. Sa famille était amie avec les plus grands : Degas, Renoir et Berthe Morizot. Julie Manet a peint augustin enfant. Une photographie montre la famille Lerolle-Rouart entourant Debussy au piano.
Henri Rouart : Bateaux sur la Seine aux environ de Rouen
Il me faut faire attention aux prénoms et aux dates. Le grand-père Henri (1833-1912)était un peintre connu . Deux de ses tableaux sont ici prêtés par le Petit Palais. Ils me plaisent plus que ceux d’Augustin, surtout Bateaux sur la Seine aux environs de Rouen et une scène d’intérieur.
Trois salles sont dédiées à l’exposition Augustin Rouart : trois autoportraits (1933-1944-1980), des marines, couchers de soleil, plages.
Augustin Rouart le petit pêcheur
Noté l’Arbre dans la neige, Le nageur et Le petit pêcheur.Les dessins et portrait de ses enfants se ressemblent tous, c’est répétitif, je m’ennuie. Une autre salle présente des natures mortes, des bouquets c’est bien fait mais pas très intéressant.
Collections permanentes à l’étage :
André Hambourg :petits chevaux sur la plage de Trouville
Les bains de mer à Trouville : costume de bain, affiches anciennes,
Ancien village de Trouville avec des tableaux petit format : l’ancien village en 1850, Le port de Trouville 1840…
André Hambourg : la Plage de Trouville
André Hambourg à Trouville occupe une salle : lithographie de yachts, courses, chevaux sur la plage. C’est gai, coloré. Je les préfère de loin aux vues de Venise des Franciscaines. Un livre à la disposition des visiteurs présente d’autres aspects de l’artiste Hambourg est loin d’être un artiste gai et superficiel. Il a documenté la fin de la Seconde Guerre mondiale, fait même un reportage dessiné à Berchtesgaden, illustré un livre de Kessel.
A la suite de la visite, nous continuons la rue au-dessus des Roches Noires jusqu’à un club nautique au bout de la digue. Au-delà, une plage sauvage face au port du Havre dont on distingue très nettement les installations avec beaucoup d’acuité sous un ciel lourd de nuages très sombres. La falaise s’éboule, de gros blocs se sont détachés.
le port du Havre vu de la plage de Trouville
De jolie villas sont construites sur la digue, l’une d’elle a installé des chats de faïence sur les tuiles de l’auvent.
L’Office de Tourisme édite un circuit « Eglises de charme » occasion de se promener dans le Pays d’Auge entre pommiers et prairies vertes où paissent les vaches normandes, haras et fermes à pans de bois. Chercher une chapelle perdue est l’occasion d’emprunter des petites routes, de découvrir des paysages
Putôt-en-Auge est la première église sur notre chemin. Le village est minuscule. La Mairie à colombages, toute petite, l’annonce. Située près de la route, un peu plus bas, à l’écart après le tournant qui la cache, l’église Saint Pierre. Construite au XIIème siècle, en pierre blanche. On voit les délicates arcades romanes avec leurs modillons ; Son clocher trapu est original, posé à cheval sur la toiture sur une base carrée avec de discrètes ouvertures ; Quand on fait le tour de l’église on découvre les sobres tombes britanniques à l’abri d’une haie.
Saint Ouen hameau de Brocottes
La route tournicote, presque un chemin creux très sombre sous les hautes frondaisons. Elle est vraiment verte la Normandie. Nous découvrons l’église Saint Ouen(XIIIème s.) du hameau de Brocottes. Très simple, une tour carrée, presque un phare, surmontée d’un toit de tuile octogonal percé de quelques ouvertures. La nef à l’arrière est plus large. L’église est ouverte. A l’intérieur, très claire avec de larges baies. Le chœur est précédé de 4 fines colonnes soutenant une arcade comme un baldaquin très simple d’où est suspendu un lustre à breloque insolite dans la simplicité campagnarde.
Beuvron-en-Auge : maison fleurie
Beuvron-en-Auge est un très beau village labellisé et touristique qui a fait l’objet d’une belle restauration très réussie dans les années 70. Colombages et encorbellements, enseignes décorées, jolies boutiques restaurants chics et hors de prix (formule à 77€) . Trottoirs fleuris, roses épanouies, dahlias, sauge bleue. Une perfection. Manque peut-être l’authenticité. On entend plus d’Espagnol et de Japonais que de parler normand. La boulangère rechigne à emballer les deux éclairs au café que nous mangerons plus tard. Magasins chics. Dans la halle, un étrange « musée » présente des photos en Noir et Blanc, artistiques, de libellules et autres insectes déguisés en trolls et en lutins.
Beuvron-sur-Auge
L’église est un peu difficile à trouver, à l’écart du bourg. Son clocher pointu ressort mais l’accès est caché. Saint Marin est un édifice du XVIIème s. très remaniée au XIX ème et XXème. Briques rouge coiffée d’un élégant clocher très effilé presque une flèche.
La rue du Presbytère ne conduit pas à l’église comme je le supposais, elle s’élève au-dessus du village vers le hameau de Gerrots. La petite église Saint Martin semble perdue dans la campagne vallonnée. Toit de tuile, clocher d’ardoises planté « en tabouret » à l’arrière du fronton.
Nous passons par N.D. à Beaufour-Druval, puis de l’autre côté de l’autoroute A13 nous cherchons N.D. d’Heuland. A la Croix d’Heuland, il y a une belle auberge mais point d’église. La serveuse du restaurant nous renseigne : « c’est la première à droite, un chemin très étroit, n’ayez pas peur, il y a un parking derrière l’église ». Effectivement, la route est goudronnée mais très très étroite. Si un véhicule venait d’en face il faudrait reculer longtemps avant de trouver ce que les Ecossais appellent une « passing place »Le chemin tortille longtemps. Enfin ! L’église est en pierre blanche et en silex avec un clocher-peigne et à l’arrière un petit appentis à pans de bois accolé au chevet.
N.D. de Heuland
Le circuit n’est pas terminé. Dominique en a assez des routes sinueuses et étroites. Nous filons vers Cabourg pour une belle promenade sur la plage dégagée à marée descendante. Je marche les pieds dans l’eau. Les autres promeneurs ont ouvert leurs parapluies. Il y a un bel arc en ciel.
Exposition de Normandie-Impressionniste2024 jusqu’au 22 septembre 2024
Les Mondes flottants, au Japon qualifient des estampes décrivant la vie quotidienne. Les impressionnistes, avec l’ouverture vers le monde extérieur à l’ère Meiji, collectionnèrent estampes, éventails, paravents et cet engouement fut le Japonisme. L’exposition Les Mondes flottants est une confrontation entre deux mondes, entre l’art Japonais et les tableaux impressionnistes, entre les impressionnistes du XIXème siècle et les artistes japonais contemporains. Confrontation, mise en abyme.
D’entrée, La Parisienne japonaise d’Alfred Stevens (1872) est présentée à côté du tableau Une moderne Olympia de Yasumasa Morimura (2018) montage photographique qui s’inspire de l’Olympia de Manet, tableau scandaleux. Dans l’œuvre de Morimura, c’est un homme nu japonais qui est couché tandis que le rôle de la servante est joué par un homme occidental. Questionnement des genres, questionnement racial. Sur le divan, l’homme oriental est féminisé, est-ce le regard occidental ? l’homme occidental barbu avec un haut de forme revêt des vêtements féminins.
la parisienne Japonaise- Alfred Steven
Plus loin, ce sont des tableaux impressionnistes qui sont accrochés en sandwich avec des estampes japonaises : Maurice Denis et Valotton on compare l’usage des à-plats. Deux jolis et très petits Henri- Edmond Cross sont soumis à la même comparaison avec les estampes des Ponts d’Edo.
Etude d’un poisson dans un aquarium – Albert Copieux
Et ce poisson exotique, japonais ? non Albert Copieux, peintre normand.
Cette exposition fait la part large à la photographie souvent en très grand format Etonnantes lunettes de Le Corbusier laissant apparaitre un texte français tandis qu’à côté les Lunettes de Tanizaki lisent des idéogrammes, de la photographe japonaise Tomoko Yoneda.
Félix Regamey – 2 prêtre de la secte shigon expliquent à Emile Guimet la qualité de leur dogme
Felix Elie Regamey(1844-1907) est le seul peintre français présenté ici qui a peint le Japon. Il a accompagné en 1876 Emile Guimet pour un voyage de 10 mois dont deux au Japon. De retour, Guimet lui commande 40 grandes toiles pour l’Exposition Universelle de 1878.
Une section est appelée Immensité du Littoral révélant que les Japonais n’ont pas la même approche de la mer Hiroshige voisine avec Boudin et Valtat.
Une série de grande photographie documente sur le séisme et le tsunami en 2011.
Une vidéo hypnotique » Ocean view resort » m’a scotchée de longues minutes : des rideaux qui remuent au vent, une femme fume à sa fenêtre dans la nuit bleutée, seule point coloré, la braise de sa cigarette
La ville : ce nouveau sujet
Des images proche de l’univers manga décrivent une ville apocalyptique, Prison NUKE FISSION 235 utilise la xylogravure pour une allégorie sur la politique nucléaire. .
Mari katayama
Face aux « Parisiennes de Blanche et de Helleu, des tirages très grand formats de la photographe Mari Katayama. Amputée des deux jambes, elle se met en scène avec ses prothèses, regardant bien en face l’objectif. Au sol les prothèses brillent. Une femme amputée- mannequin, l’accompagne dans un décor kitsch très brillant.
Encore un couple Hiroshige/Signac !
Nature mystérieuse
La vidéo de Momoko Seto : Planet Sigma m’a fascinée. Je suis restée longtemps devant ce monde en transformation, ces insectes qui se dégèlent, d’une beauté extraordinaire. Momoko Seto est une artiste franco-japonaise, née à Tokyo mais élève d’école française, venue à Paris étudier aux Beaux -Arts, vidéaste, cinéaste, documentariste pour le CNRS. Intéressée par la croissance des cristaux de sel, des moisissures, de la germination des graines. C’est aussi une bricoleuse qui fait appel à des technologies sophistiquées pour montrer ces croissances qui semblent immobiles. Sa démarche me fait penser à celle d’Hicham Barrada à la différence que ce plasticien expose ses bocaux et ses aquariums où se déroulent les cristallisations en direct.
Yayoi kusama
L’exposition continue avec l’installation de Yayoi Kusama, univers étonnant en pois blancs sur fond rouge et miroirs.
145 avenue de la République – A l’entrée de Deauville en arrivant de Villers-sur-mer.
Le grand couvent édifié au XIXème siècle a été occupé par des sœurs franciscaines qui l’ont vendu en 2011 à la Ville de Deauville qui l’a aménagé en « lieu culturel » : médiathèque et lieu d’exposition, Fablab, auditorium pour des conférences.
le cloitre et le lustre
Le cloitre bordé d’arcades est couvert et éclairé par un lustre monumental fait de 14285 tubes de polycarbonate. Chaises, tables, blocs et présentoirs de la Presse en font un lieu de lecture ou de rencontre.
Le comptoir de la Billetterie repose sur d’étranges briques blanches : les tranches de livres. Déclassés, ils étaient promis à la benne et ils se retrouvent encore en bibliothèque !
Billet d’entrée cher : 16€ mais il y a 4 expositions en ce moment.
Exposition Robert Capa
Photographe de guerre, Capa a documenté l’histoire du XXème siècle, de la guerre d’Espagne jusqu’à sa mort en Indochine en 1954.
On peut admirer la qualité des photographies ou s’intéresser à ces témoignages. Conflits ou naissance d’Israël.
Il faudrait avoir un œil neuf, le cerveau disponible pour passer le temps nécessaire dans cette exposition. Après les Mondes Flottants, je sens mon attention flottante. Je reconnais certaines images universellement connues mais je passe trop rapidement.
André Hambourg – Rendez-vous à Venise
Hambourg
André Hambourg est né à Paris en 1909 et s’est éteint à Deauville en 1999 . La ville de Deauville a reçu en leg 539 peintures et des milliers de dessins. Le Musée Hambourg est situé aux Franciscaines. En 1957 il découvre Venise et s’y rendra une quinzaine de fois. Cette exposition nous entraine à la découverte de Venise.
Jeux d’eau de de lumière, reflets de jour ou de nuit. C’est une peinture très jolie, séduisante, décorative, un peu trop de tout cela.
Le matin : un petit tour de Ouistreham à Lion-sur-mer
Nous achetons des moules à la petite halle à poissons à l’entrée du port de Port Guillaume. Aujourd’hui, on trouve aussi des soles de toutes les tailles, même des petites épluchées très bon marché et des tourteaux.
Après, le golf de 18 trous de Cabourg, le Home-Varaville puis Sallenelles, très joli village. Le Pont Pegasus; sur le canal de Caen à la mer, relevé cause un bel embouteillage. Benouville est construit de blonde pierre de Caen avec sa petite église romane. Nous faisons le détour par le village ancien de Ouistreham avec sa belle église Saint Samson et sa Grange aux Dîmes qui loge une exposition Normandie Impressionniste.
La mer haute est toute proche de la digue . A Cabourg, les coquillages, surtout les couteaux, s’accumulaient à la limite du sable sec. Ici, ce sont les algues. Pas terrible de marcher dans les algues.
Sur la digue, à Hermanville, je peux admirer les belles villas, la plupart à colombages de style normand avec tourelles et toits pentus. Certains en pierre blanche sont de véritables petits palais. D’autres jouent avec le mélange de pierre et brique. Sous le soleil, des gens nagent, d’autres font du longe-côte. Je les imiterais volontiers mais de lourds nuages menaçants s’accumulent, la mer est passée de bleue à verte puis grise avec des crêtes d’écume blanche, le vent se lève. Quand je retourne à la voiture tous les nageurs sont sortis et il ne reste plus que deux planches à voile qui filent.
Après midi à Cabourg : La Villa du Temps Retrouvé
L’allusion à l’œuvre de Marcel Proust est claire. Venu enfant avec sa grand-mère, revenu adulte, il a toujours logé au Grand Hôtel dans la suite 414. Cette villa 15 avenue Raymond Poincaré se situe dans un quartier tranquille construit de très belles maisons dans des terrains arborés. Ce n’est pas un Musée Proust plutôt un Musée Belle Epoque qui abrite également des expositions temporaires.
Marcel Proust
Dans le jardin charmant et sans prétention la Une du Petit Journal raconte les nouvelles les plus sensationnelles de l’époque, exploration des pôles, projet de Tour du monde en avion. Excellente introduction à l’Exposition Jules Verne visible jusqu’au 11 Novembre 2024.
Au rez-de-chaussée, un mur d’images de tableaux impressionnistes de portrait m’intrigue. Toujours imprégnée de ma lecture récente de la Recherche ; je cherche les paysages qu’il a décrit, les personnages du roman, ceux que Proust aurait croisés. Encore plus immersive, la projection dans une salle ronde de séquences de films d’époque. J’ai surtout aimé l’arrivée d’un train, j’ai pensé à Zola et à la Bête Humaine qui se déroule dans la région. Les visages et les costumes d’autrefois, pêcheurs et dockers. Images parisiennes et pour finir la lune de Méliès.
Helleu : Deauville et le bassin
A l’étage, des tableaux de Helleu etd’autres peintres voisinent avec ceux de Vuillard . Dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, l’Exposition Belle Epoque donne la vedette à Vuillard à Amfreville jusqu’au 22 septembre 2024. Qui a inspiré le personnage d’Elstir ? Whisler ou Helleu, on pourrait ajouter l’hypothèse Vuillard.
Vuillard Annette à la plage de Villerville
De tous les tableaux de cette exposition ce sont les Vuillard que je préfère. Annette sur la Plage de Villerville illustrerait bien les Jeunes Filles en Fleur . J’ai noté aussi Deauville et le bassin de Helleu, version Belle Epoque de la vue de notre balcon de Port Guillaume.
J.E Blanche portrait de Suzette Lemaire – Mme Verdurin?
De grands portraits de Eugen Von Blaas montrent les élégantes : Madame Lebreton ou Mademoiselle Suzette Lemaire qui a peut-être inspiré Madame Verdurin.Boldini a dessiné Helleu. Vais-je imaginer ainsi Elstir ?
Giovanni Boldini : portrait de Helleu – Elstir?
Les objets sont aussi évocateurs : une lanterne magique comme à Illiers-Combray, le piano de Reynaldo Hahn . Sous une vitre, sont présentées des lettres de Marcel Proust. Je ne connaissais pas son écriture. C’est un choc de les lire même si elles sont simples et factuelles. Je n’avais pas imaginé que Proust dessinait. Les petits croquis au crayon sont très vifs : une expédition en voiture, Reynaldo Hahn au piano.
Dessin de Marcel Proust
La salle suivante présente les « placards » de Celeste Albaret, ces collages d’épreuves corrigées, les rajouts sur les « paperolles » assemblés sur de grandes feuilles collées avec des manuscrits et des morceaux de tapuscrits. Quel travail de secrétaire ou plutôt d’éditrice ! s’y retrouver dans les ratures, les ajouts de l’écrivain. Cette visite est très dense.
Quayola : tempête
Davide Quayola , l’héritage digital de l’impressionnisme est une autre manifestation dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, « inscrite dans une relecture contemporaine de l’Impressionnisme » comme le présente le livret. Ce sont des « tableaux numériques » de tempêtes. J’ai du mal à comprendre cette technique et je n’arrive pas bien à distinguer photo, vidéo de la construction digitale. Qu’est-ce qu’un « tableau numérique » ? Les vagues écumantes et les embruns m’ont bien plu.
Jules Verne, père de la Science-fiction est une autre exposition de la villa. On peut voir les couvertures originales de nombreuses œuvres, de belles maquettes, des idées innovantes. Science-fiction et technologie. Jules Verne a également inspiré de nombreux films dont on peut voir des séquences marquantes.
Beaucoup de sujets dans cette villa ?
Ce n’est pas tout : Les épis de faitage de la Côte Fleurie font aussi l’objet d’une exposition en collaboration avec la Poterie du Mesnil de Bavent.
En moins de cinq minutes à pied, par la passerelle, on est à Cabourg.
Comme nous y passerons la matinée nous préférons prendre la voiture. Longer la voie ferrée de la SNCF ligne Deauville-Dives-Cabourg. Ce train me rappelle celui de Proust très utilisé par les estivants. Les invités de Madame Verdurin s’y retrouvaient régulièrement Marcel rapporte les conversations. Il y avait une autre ligne de train vers vers les gares de Dozulé – Putot et Mézidon mais elle a été fermée dès les années 30 et remplacée par des autocars. La ligne TER actuelle fonctionne de manière intermittente seulement en saison. Il y a deux gares, une à Port Guillaume, l’autre près du pont routier qui va à Cabourg.
Cabourg est une station balnéaire conçue selon un plan rayonnant en demi-cercle dont le centre serait le Grand Hôtel et le Casino. La Digue, Promenade Marcel Proust, longe la mer. Les rues se déploient en éventail, les plus petites portent des noms d’arbres : sycomores, tamaris, platanes…Dominique se gare rue des Sycomores en face d’un joli golf miniature orné de monuments ; tour Eiffel, Statue de la Liberté, Big Ben.
J’entreprends ma promenade pieds nus dans l’eau mais comme la marée est haute le franchissement des épis brise-lames est malcommode. En plus des rares promeneurs je remarque des hommes munis de détecteurs de métaux et des femmes portant des pinces et un sac poubelle. Curieuse, j’interroge l’une d’elles : une association Côte Fleurie Propre convoque les bénévoles par sa page FaceBook chaque jour sur une plage différente. Les hommes des détecteurs ne s’intéressent qu’aux pièces de monnaie perdues.
Quand je passe devant le majestueux Grand Hôtel, je marque l’arrêt pour la photo, cherchant sa chambre 414 (on ne visite pas mais on peut la réserver) et la salle à manger l’ »aquarium » me revient en mémoire.
A force de marcher dans l’eau, il me vient l’envie de me baigner. Le soleil chauffe bien, la température de l’eau est de 19°2 (plus que la température de l’air). Facile de rentrer dans l’eau très calme de la mer étale sans même une vague. Une dame me croise en nageant :
« Cela fait du bien que les vacanciers soient partis ! » dit-elle
« Mais je suis une vacancière ! »
Nous rentrons déjeuner sur notre balcon ensoleillé. Auparavant courses dans les grandes surfaces de Dives. A Aldi et Lidl je ne trouve rien de ce que je cherche ; je me perds dans un Intermarché immense. En rentrant nous passons devant le lycée Paul Eluard. Le GPS annonce les rues Maurice Thorez, Elsa Triolet. Nous sommes loin des Guermantes avec cette toponymie communiste. Avant la fermeture des dernières industries métallurgiques Dives était une ville ouvrière.
Nous avons des invités, des cousins de Dominique qui viennent avec leur chien d’Houlgate. Moins de 3 kilomètres à pieds que je fais avec eux vers le soir sous le crachin qui se transforme rapidement en pluie drue.
Port Guillaume notre f=résidence le Manoir est celle qui a une tourelle
Notre appartement dans la Résidence du Manoir possède un très grand balcon, presque une terrasse sur le port de plaisance. Port Guillaume est une grande marina entourée d’immeubles contemporains. L’appartement est vaste, très lumineux accessible par un ascenseur. Il est aussi très bien décoré. Dans la chambre une reproduction de l’ange de Matisse que je ne connaissais pas. Le luxe !
A peine installée, il faut songer aux courses. Et tout se complique. Dans la rue personne ne peut me renseigner. Aucune boutique d’alimentation en dehors des « casiers du port » proposant des produits de luxe à des prix prohibitifs destinés aux plaisanciers. Des restaurants, des cafés, trois pizzerias mais aucun boulanger ni épicier encore moins de boucherie. Comment est-ce possible qu’un quartier artistiquement dessiné aux immeubles normands à pans de bois, tourelles et toits pentus, cerné de maisons basses colorées, qu’un quartier soit dépourvu de commerce traditionnel. Incrédule je pars avec mon cabas. Une dame en bas confirme, il faut aller au centre-ville ou à Lidl ou Aldi ? un couple passe, des sourds muets à qui je montre le sac, ils ne savent pas. Puis des retraités allemands du Pierre et Vacances. Rien à en tirer.
la Dives à Marée basse
Le long de la voie ferrée, je trouve le Café de la Gare : si je longe la voie ferrée , un peu plus d’un kilomètre plus loin je trouverai Lidl. Allons-y pour un quart d’heure de promenade, au retour avec le cabas plein ce sera plus long. Je n’achèterai que l’essentiel. Je découvre une belle promenade le long de la Dives . me voici réconciliée avec le quartier. Sur les bords de la rivière des petites maisons colorées s’alignent et cachent les immeubles. Elles sont toutes légèrement différentes, toit de tuile ou d’ardoise, crépis pastel de couleurs variées. Ne pas se leurrer. Ce ne sont pas des logements mais des résidences secondaires qui font illusion. Dès la première semaine de septembre, elles sont déjà vides. Cela me fait penser à un autre village contemporain artificiel autour d’une marina : Port Grimaud. Aucune authenticité mais quand même charmant.
Comment des urbanistes ont-ils oublié les commerces de proximité ? Sont-ils négligents ? est-ce dans l’air du temps d’aller faire ses courses en voiture en grande surface ou de se faire livrer des pizzas ?
Une passerelle de bois pour les piétons et cyclistes enjambe la rivière et arrive à Cabourg. La marée basse découvre une plage immense
Pause pique-nique sur les bords de la Risle, un peu à l’écart du bourg près d’une ancienne Cartonnerie transformée en pépinière d’entreprises. Sur les bords de la Risle, les ponts sont fleuris et les constructions soignées en un mélange de silex taillés en pavés cubiques et brique.
La Risle, longue de 144 km est le dernier affluent de la Seine qu’elle rejoint dans son estuaire. Elle fut navigable. Au Moyen Age les bateaux transportaient des poissons salés. En 1066, Pont- Audemer fournit 60 bateaux à Guillaume le Conquérant. François 1er autorisa la création d’un port . Au XVIIIème siècle, 200 navire apportaient grain, huile et coquillage.
La Risle se divise dans la ville en deux bras et plusieurs canaux.
la Risle bras sud
Ce village tranquille et pittoresque avec ses maisons à pan de bois fut autrefois un centre industriel avec la papeterie, cartonnerie et tannerie, industries très consommatrices en eau. La tannerie fut active dès le Xième siècle, au XIXème Pont-Audemer était considérée comme la deuxième capitale du cuir. Le bras sud de la Risle était bordé de tanneries. Les murs des maisons sont recouverts d’ardoises ou sont à pan de bois.
Aujourd’hui, lundi, le marché occupe la place devant l’église magnifiquement ouvragée.
Signe du temps, les potées décorant l’entrée d’un restaurant sont plantées d’oliviers. Oliviers en Normandie. Signe du réchauffement climatique ?
Hiramatsu : l’Etang de Monet derrière un feuillage
Arrivée à Giverny
Parties à 7 heures par beau temps et trafic fluide, nous arrivons à 9h à Giverny après les courses au Carrefour de Bonnières. Avant l’ouverture du Musée des Impressionnistesje dispose d’une heure pour me promener dans les rues fleuries. Septembre, dominante jaune des topinambours fleuris, verges d’or et onagres, contrepoint rouge ou pourpre des dahlias, plumetis des sauges aux petites fleurs rouge et blanches.
la tombe de la famille Monet
Dépassant le Musée puis l’Auberge Baudy pavoisée, je trouve plus loin la Mairie et l’église et tout à côté le cimetière avec la tombe de la famille Monet. La route s’élève ensuite sur les contreforts de la falaise.
Nymphéas sur un fond doré
L’Exposition Hiramatsu Reiji est un véritable choc. Pas de tableaux, des paravents. Pas de style impressionniste. Pas de scènes peintes sur le motif. N i paysage, ni personnages. Pas de perspective. Des couleurs à plat qui claquent. Et pourtant, c’est bien de Giverny et de Nymphéas qu’il s’agit dans cette Symphonie des Nymphéas. Cette exposition est parfaitement à sa place ici.
Hiramatsu Reiji, né en 1941 à Tokyo, peint des Nihonga , peinture traditionnelle japonaise. Ce terme fut inventé en 1880 pour préserver la tradition face à l’engouement pour les peintures occidentales. Parallèlement, en Occident les peintres impressionnistes collectionnent les estampes japonaises et la mode du Japonisme sévit.
De grands paravents sont posés sur des estrades tout autour de la première salle. Immédiatement on reconnait l’étang de Monet.
J’ai été bien inspirée de prendre l’audioguide. Il y a très peu d’explications sur les cartels.
l’étang de Giverny
Les nymphéas sont stylisés, regroupés en petits amas à la surface d’un étang bleu intense où des nuages blancs en V se reflètent, inversion d’un Mont Fuji enneigé ? Autre inversion dans le miroir de l’eau : le reflet des arbres très haut près du bord du paravent. Avec une meilleure observation je reconnais les massifs fleuris. Il me faut encore beaucoup d’attention pour découvrir une libellule. Chaque paravent contient au moins un insecte ou un oiseau représentant le peintre lui-même.
En face, un paravent recouvert d’un papier peint blanc aux vaguelettes en éventail porte en son centre un cercle peint « tondo » représentant l’étang de Monet derrière des feuillages. Au premier plan, les branche de saule vert clair, se détachent sur l’eau presque noire tandis que les nymphéas fleuris sont très gais.
Souvenirs de Normandie!
Dans une pièce annexe, une curiosité touristique : un paravent au fond gris est décoré de pastilles rondes. Chaque pastille est un petit tableau très coloré : une ferme normande, une glycine, un petit paysage de Normandie, des personnages… Cela me fait penser aux cartes postales ou aux magnets souvenirs de voyage qu’on colle sur le frigo. C’est gai, primesautier, pas sérieux.
Bambous et nymphéas
Des bambous géants dessinent un tableau presque abstrait. Sommes-nous en Asie ? non, Monet a planté un rideau de bambous. Bambous verts d’eau, bleus, marrons aux nœuds blancs et aux bourgeons qui pointent. Ils se détachent à la surface de l’eau métallique (on reconnait les carrés de feuilles métalliques que le plasticien a collés). Et bien sûr, des nénuphars en fleur !
Cerisiers et nymphéas
Trois grand panneaux frôlent encore l’abstraction : nymphéas et cerisiers en leurs mêlent Japon et Giverny. Mélange anachronique puisque la floraison des cerisiers a lieu au début du printemps et celle des nénuphars en été. Les pétales délicats forment sur les nymphéas dorés une spirale enchantée. Monet avait collectionné les estampes, avec Hiramatsu, le Japonisme des impressionnistes retourne au Japon !
l’hiver
L’audioguide m’instille des notions de culture japonaise : les Nihongas sont imprégnés de shintoïsme et de bouddhisme qui considèrent les éléments naturels comme des divinités. Le cyscle des saisons a une connotation religieuse<. Après le printemps les érables rouges symbolisent l’automne. Deux panneaux représentent l’hiver avec de grosses boules de neige sur des arbres dénudés aux branches et rameaux d’une grande finesse.
Sur les panneaux suivants, l’artiste s’est attaché à figurer les reflets sur l’eau : papiers métallisés colorés
les nuages se reflètent à la surface de l’eau
Les derniers panneaux montrent les nuages qui se reflètent dans l’eau. Les nymphéas sont noirs, rouge orange avec des fleurs bleues.