Marcel Proust (l’écrivain) et Marcel, le narrateur, n’ont jamais vécu dans la belle villa du Temps Retrouvétransformé en musée Belle Epoque qui contient des autographes et des tableaux des personnes ayant inspiré Proust.
Si vous avez fait d’autres lectures vous pouvez coller les liens en commentaires ici.
Le challenge n’est pas terminé. Nous allons attaquer La Prisonnière.Le Bilan N° 5 pour le 15 Novembre. Comme les quatre récapitulations précédentes il inclura les billets sur La Recherchemais aussi toutes les lectures connexes, Laure Murat pour ma part, les visites dans les sites proustiens, les podcasts…et tout ce que vous trouverez d’intéressant.
LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..
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Le Narrateur est retourné à Balbecil est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurinqui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes.
Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc., et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot (et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord) et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…
[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.
Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania
« Homme » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…
Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.
« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »
Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée.
La princesse de Cadignan, autrefoisduchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :
« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »
Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre
je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,
Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement. Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards qui provoque la rencontre avec la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse
Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.
La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise, qu’évoquait le Baron de Charlus.
« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, «
Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.
Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice
Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!
Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!
Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.
Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.
« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »
qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlusest bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux, médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.
M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.
Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :
La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances», c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?
Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.
Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de la meilleure éducation!
Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swannqui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,
« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »
Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et
ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.
Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!
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Le jeune Marcel, caché pour guetter la pollinisation de l’orchidée de la Duchesse de Guermantes, est le témoin fortuit d’un échange entre Jupien et Le Baron de Charlus. Intrigué par cette rencontre, il espionne les deux hommes et surprend un rapport sexuel qu’il rapporte de manière très explicite.
Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les trace du crime
Je suis surprise par la brutalité du récit. Précédemment Proust avait éludé l’attirance homosexuelle et l’attitude ambiguë de Charlus, nous avait baladé avec des jeunes filles en fleurs qu’il ne désirait pas vraiment et des manœuvres amoureuses pour se rapprocher d’ Odette Swann ou Oriane de Guermantes. Ici, il énonce les faits crus et précis.
La suite du texte est une analyse de la façon dont sont perçus les homosexuels.
Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure, puisqu’elle sait tenu pour punissable et honteux, pour inavouable, son désir, ce qui fait pour toute créature la plus grande douceur de vivre
Une allusion à Oscar Wilde ?
Sans honneur que précaire, sans liberté que provisoire, jusqu’à la découverte du crime; sans situation
qu’instable, comme pour le poète la veille fêté dans tous les salons, applaudi dans tous les théâtres de
Londres, chassé le lendemain de tous les garnis sans pouvoir trouver un oreiller où reposer sa tête,
tournant la meule comme Samson …
Il fait un parallèle entre la situation des Juifs et la position des homosexuels dans la société :
rassemblés à leurs pareils par l’ostracisme qui les frappe, l’opprobre où ils sont tombés, ayant fini par
prendre, par une persécution semblable à celle d’Israël, les caractères physiques et moraux d’une race,
Il poursuit la comparaison jusqu’à imaginer l’équivalent du sionisme,
De même qu’on a encouragé un mouvement sioniste, à créer un mouvement sodomiste et à rebâtir Sodome.
Il ne faut pas oublier que le roman se déroule en pleine Affaire Dreyfus et que l’antisémitisme est virulent.
Laissons pour le moment de côté ceux qui, le caractère exceptionnel de leur penchant les faisant se croire supérieurs à elles, méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des époques glorieuses, et quand ils cherchent à faire partager leur goût, le font moins à ceux qui leur semblent y être prédisposés, comme le morphinomane fait pour la morphine, qu’à ceux qui leur en semblent dignes, par zèle d’apostolat, comme d’autres prêchent le sionisme, le refus du service militaire, le saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie.
Un constat clair, presque militant? Politique en tout cas. Comme pour l’Affaire Dreyfus, Proust ne se perd pas en périphrase. A mon grand étonnement.
Merci à Ta d loi du ciné de m’avoir conseillé cette lecture à la suite des Marins perdusde JC Izzo.
Le cargo, le Gabbiano, sous pavillon chypriote a un armateur italien, domicilié en Suisse, un capitaine français et un équipage cosmopolite, principalement des italiens, des grecs, des français….Sa cargaison : des fûts transportant des déchets. Certains fûts se sont détachés et endommagés, la cale empeste. Dans leur première escale, en mer Caraïbe, on leur refuse le déchargement à cause de l’odeur pestilentielle qu’il dégage.
Au début, les marins ne s’inquiètent pas, ils déchargeront ailleurs, au Nigéria, de l’autre côté de l’Atlantique, les bateaux-poubelles ne manquent pas.
La tragédie commence quand la petite chatte du mousse se brûle les pattes dans la cale, son maître aussi est blessé. La cargaison sent mauvais, mais elle brûle. D’autres marins tombent malade. Quand ils disent qu’il « transportent la peste » ils ne sont pas loin de la vérité.
Personne n’accepte le Gabbiano qui erre en Méditerranée, cherche asile en Italie, puis met cap sur l’Irlande, l’Île de Man…
C’est une histoire de marins, d’hommes rudes mais de solidarité dans un équipage solidaire. Un capitaine exemplaire. Des marins qui pleurent. Empathie des autres.
C’est aussi une histoire de pollution, de trafics d’armateurs véreux…Une histoire navrante de pavillons de complaisance…Une histoire navrante où l’on laisse crever des hommes en mer. Trafics d’armes, trafics de déchets, de carburants…
« Un dimanche de Pâques, un nouveau-né gisait sur la paille, entre les sabots de l’âne qui le réchauffait de son souffle. Madame Ballandra joignit les mains et murmura : « un miracle! voila un cadeau de Dieu que je n’attendais pas, je te nommerai Pascal. »
Cela vous rappelle-t-il quelque chose? Vous trouverez dans le récit de nombreuses allusions, Lazare lève-toi,multiplication des pains tressés....
Rassurez-vous! Ce n’est pas une paraphrase des textes sacrés. C’est un roman avec des personnages. De nombreuses aventures attendent Pascal sur une île antillaise qui ressemble à la Guadeloupe, au Brésil et même à New York. Décor tropical, flore exotique….
C’est un roman récent – publié en 2021 – qui s’inscrit dans la réalité actuelle. Pascal est investi d’une mission : rendre le monde meilleur.
Mais, s’écria Espíritu, on t’a dit que tu avais pour mission de changer le monde, de le rendre plus tolérant, plus harmonieux.
Pascal se tourne vers l’action politique,
Il devint aussi pédant. Ses sujets de conversation favoris devinrent l’esclavage et les colonisations, la mise
sous tutelle et l’exclusion de sociétés tout entières et surtout la place et le rôle de Dieu dans le monde. Il
aimait plus que tout à parler des découvertes. Il fustigeait alors ce sale métèque de Christophe Colomb qui, après avoir effrayé les Amérindiens en brandissant des croix gigantesques sur leurs plages, les avait
exterminés du premier jusqu’au dernier.
Dans la grande usine, il tâte de l’action syndicale. Echec.
Puis Pascal entre dans une sorte de secte qui bannit tout ce qui corrompt : l’argent, l’alcool. Il vit une sorte de vie idéale, jusqu’à ce qu’un drame lui révèle la nature autoritaire de cette utopie.
Comme je viens de lire La vie sans fards, j’imagine et le « socialisme africain » de Guinée de Sékou Touré et du Ghana de Kwame Nkrumah, ont peut être inspiré cette utopie.
Un bonheur individuel, une histoire d’amour est peut être la solution? Quoique son amoureuse soit sceptique :
« Ainsi, dit-elle, tu es le fils de Dieu ? Cela ne m’étonne pas, tous les hommes racontent cela : ils sont des
dieux que, nous les femmes, nous devons servir. »
J’étais curieuse de lire un roman récent (2021) de Maryse Condé. Son talent de conteuse m’a retenue quoique ce n’est pas une des livres que je préfère.
Un écrivain passe une nuit dans le musée de son choix et rédige un texte pour cette collection. J’ai découvert « ma nuit au musée » avec Leila Slimani et Le parfum des fleurs la nuit.
Lola Lafon a choisi de passer une nuit à l’Annexe du Musée Anne Frank à Amsterdam, dans le grenier où sa famille était cachée pendant deux ans. Ce choix n’est pas fortuit.
« Lorsqu’il m’a été proposé de passer une nuit dans le musée de mon choix, à aucun moment je n’ai envisagé
de me rendre dans un musée d’art. Je les visite avec plaisir mais je ne me sens pas légitime à donner mon
avis sur ce qui y est exposé. »
Comme les collégiens ou lycéens, Lola Lafon, a lu Le Journal d’Anne Frank pendant son adolescence. Mais elle se sent personnellement concernée, comme enfant de survivants de la Shoah, elle se sent personnellement concernée. Sa grand-mère,
Ida Goldman m’a offert une médaille frappée du portrait d’Anne Frank.[…] Cette médaille m’expliqua ma grand-mère, il me faudrait toujours la conserver. N’oublie pas.
Quand tu écouteras cette chanson nous parle d’Anne Frank,d’une petite jeune fille qui écrit son journal comme tant de filles, comme Lola Lafon, elle-même. Mais une universitaire qui l’a étudié nous apprend qu’Anne Frank avait prêté un soin particulier l’écriture, en tant que texte littéraire destiné à être lu (sinon publié). Miep Gies, une de ses bienfaitrices, connaissait son importance et a conservé avec soin le manuscrit.
Anne Frank entend, sur Radio Oranje, une annonce du ministre de l’Éducation des Pays-Bas en exil à Londres. Il demande aux Hollandais de conserver leurs lettres, leurs journaux intimes : après guerre, ces écrits seront autant de témoignages précieux. Cette déclaration la galvanise, elle s’enthousiasme, en parle à son père : son journal pourrait être publié, un jour.
Lola Lafon nous parle aussi du Musée, des traces qui donnent à voir l’absence
Tout, ici, se veut plus vrai que vrai or tout est faux, sauf l’absence. Elle accable, c’est un bourdonnement
obsédant, strident.
Lola Lafon nous parle d’elle, de ses grands parents qui ont choisi la France des Droits de l’Homme, de Jaurès, mais qui subirent l’occupation nazie. Elle raconte son enfance en Roumanie et son arrivée à Paris à 12 ans, puis ses débuts en écriture.
Sa confrontation avec l’Annexe où étaient cachés les Frank n’était pas facile. L’écrivaine a attendu le dernier moment pour pénétrer dans la chambre d’Anne Frank. Et pour la lectrice, une surprise que je vous laisse découvrir.
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Dans le salon de Madame Verdurin, aux dîners de Madame Swann, aux réceptions de Madame de Villeparisis, je m’ennuie. Les présentations sont interminables, les généalogies remontant aux Croisades ou à la noblesse d’Empire ne m’intéressent pas. Je me perds dans les relations familiales entre les différents membres de la famille de Guermantes trop de neveux, de cousins, je confonds Princes et Princesses, Duchesse. et barons…
La scène entre Blochet Monsieur de Noirpois m’a frappée. Passons sur le fait que ces deux personnages sont antipathiques, Bloch est extrêmement mal élevé dans ces milieux très policés. Il tient à connaître de Norpois, diplomate, son opinion sur l’Affaire Dreyfus et le questionne directement.
– Monsieur, dit Madame de Villeparisis, lui avez-vous parlé de l’affaire Dreyfus?
Monsieur de Norpois leva les yeux au ciel, mais en souriant comme pour attester l’énormité des caprices auxquels sa Dulcinée lui imposait le devoir d’obéir. néanmoins il parla à Bloch avec beaucoup d’affabilité, des années affreuses peut-être mortelles, que traversait al France. Comme cela signifiait probablement que M. de Norpois () qui Bloch cependant avait dit croire à l’innocence de Dreyfus) était ardemment anti-dreyfusard, l’amabilité de l’Ambassadeur, l’air qu’il avait de donner raison à son interlocuteur, de ne pas douter qu’ils fussent du même avis, de se liguer en complicité avec lui pour accabler le gouvernement, nattaient la vanité de Bloch et excitait sa curiosité[…]Bloch était fier de surnager seul dans le naufrage universel[…]Il en revint à l’affaire Dreyfus mais ne put arriver à démêler l’opinion de M. de Norpois. il tâcha de le faire parler des officiers dont le nom revenait dans les journaux…. »
En fin diplomate, et pour ne pas contrarier Madame de Villeparisis, M. de Norpois ne donnera aucune réponse à l’interrogatoire de Bloch
En revanche M. de Guermantes qui n’a aucune susceptibilité à ménager réagit vivement :
« Ah! diable! A propos saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ( Saint-Loup) ! Je vous dirai même qu’au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers, un véritable tollé. »
il insiste plus loin:
« Quand on s’appelle le marquis de Saint-Loup, on n’est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise! »
la conversation rapporte toutes sortes de ragots :
« Vous savez pourquoi on ne peut pas montrer les preuves de la trahison de Dreyfus. Il paraît que c’est parce qu’il est l’amant de la femme du ministre de la Guerre, cela se dit sous le manteau. — Ah! je croyais de la femme du président du Conseil, »
La Duchesse de Guermantes rajoute :
« Je vous trouve tous aussi assommants, les uns que les autres avec cette affaire, dit la duchesse de Guermantes qui, au point de vue mondain, tenait toujours à montrer qu’elle ne se laissait mener par personne. Elle ne peut pas avoir de conséquence pour moi au point de vue des Juifs pour la bonne raison que je n’en ai pas dans mes relations et je compte rester dans cette bienheureuse ignorance. Mais, d’autre part, je trouve insupportable que, sous prétexte qu’elles sont bien pensantes, qu’elles n’achètent rien aux marchands juifs ou qu’elles ont «Mort aux Juifs» écrit sur leur ombrelle, une quantité de dames Durand ou Dubois, que nous n’aurions jamais connues,
Le jeune Duc de Châtellerault pris à témoin par Bloch ne lui vient pas en aide :
« Du reste je sais qu’on peut causer avec vous, Saint-Loup me l’a dit.» Mais le jeune duc, qui sentait que tout le monde se mettait contre Bloch et qui était lâche comme on l’est souvent dans le monde, usant d’ailleurs d’un esprit précieux et mordant que, par atavisme, il semblait tenir de M. de Charlus: «Excusez-moi, Monsieur, de ne pas discuter de Dreyfus avec vous, mais c’est une affaire dont j’ai pour principe de ne parler qu’entre Japhétiques.» Tout le monde sourit, excepté Bloch, non qu’il n’eût l’habitude de prononcer des phrases ironiques sur ses origines juives, sur son côté qui tenait un peu au Sinaï. »
Le baron de Charlus poussel’argumentation plus loin : pour lui, Bloch n’est même pas français. La trahison de Dreyfus n’en serait même pas une
En tout cas le crime est inexistant, le compatriote de votre ami aurait commis un crime contre sa patrie s’il avait trahi la Judéen mais qu’est-ce qu’il a à voir avec la France?
L’arrivée de Madame Swann ne fait pas cesser les réflexions antisémites.
« Mme Swann, qui parut assez gênée de me rencontrer. Elle se rappelait sans doute qu’avant personne elle m’avait dit être convaincue de l’innocence de Dreyfus. — Je ne veux pas que ma mère me présente à Mme Swann, me dit Saint-Loup. C’est une ancienne grue. Son mari est juif et elle nous le fait au nationalisme. »
« Mme Swann, voyant les proportions que prenait l’affaire Dreyfus et craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle, l’avait supplié de ne plus jamais parler de l’innocence du condamné. »
Quand il n’était pas là, elle allait plus loin et faisait profession du nationalisme le plus ardent; elle ne faisait que suivre en cela d’ailleurs Mme Verdurin chez qui un antisémitisme bourgeois et latent s’était réveillé et avait atteint une véritable exaspération. »
J’ai choisi ces textes provenant du salon de Madame de Villeparisis mais j’aurais pu en copier d’autres. L’Affaire Dreyfus traverse en filigrane toute la Recherche. La société se polarise aussi bien dans les salons qu’à l’office où les domestiques se disputent également
c’était une dispute entre notre maître d’hôtel, qui était dreyfusard, et celui des Guermantes, qui était antidreyfusard. Les vérités et contrevérités qui s’opposaient en haut chez les intellectuels de la Ligue de la Patrie française et celle des Droits de l’homme se propageaient en effet jusque dans les profondeurs du peuple
Comme je m’étais donné le défi de lire Zolaet tous les Rougon-Macquart je découvre des points de vue tout à fait opposés qu’il est intéressant de confronter.