Blandy-les-Tours

BALADE EN ILE-DE-FRANCE (SEINE-ET-MARNE)

Le Château de Blandy

En route à travers la Brie

Avec le temps printanier, il nous vient des envies de campagne. Direction, la Brie ! Sans aucune considération pour le GPS qui propose d’emprunter les autoroutes A5, ou 104 (la Francilienne). Nous traversons Brie-Comte-Robert, évitons les rocades pour un coup d’œil sur le château médiéval construit en 1160 par Robert de Dreux.

RN19 jusqu’à Coubert (boulangerie), plus tard en saison, on peut aller à la Cueillette pour récolter soi-même légumes et fruits de saison ou acheter une botte d’asperges. 

La route traverse la campagne ouverte. Vers le mois de Juin, les champs de lin son bleus. Sur la droite à Yèbles commence la belle promenade du Chemin des Roses CLIC

Nous remarquons les modestes installations pétrolières qui me rappellent la parodie de la série Dallas en « Brie-Comte-Robert, ton univers impitoyable » qui nous amusait tant. Si le Détroit D’Ormuz reste fermé, il y a du pétrole dans la Brie! 

Mainpincien

Quitter la RN19 à Guignes sur la route de Fouju (D99E). A Mainpincien,  très belle ferme fortifiée (privé). Les tours de Blandy se voient de loin. 

On franchit le Ru d’Ancoeuil sur le Pont-Paillard (nom qui m’amuse). le village tranquille est agréable à parcourir. Une ruelle entre les vieux murs descend au Ru d’Ancoeuil . Sur la passerelle, il y a une station Vigiecrues avec une échelle hydrométrique permettant la surveillance du ruisseau. Un QR code permet d’obtenir directement les données de crue (ou d’étiage). Le Ru d’Ancoeuil prend sa source à Grandpuits, se jette après 25 km dans le Bassin de la Poêle dans le Parc du Château de Vaux le Vicomte puis continue sa course dans l’Almont et conflue avec la Seine à 5 km en aval de Melun. 

jonquilles à Blandy

Un bon chemin longe le ruisseau puis monte dans la forêt fleurie, ce jour de jonquilles. Arrivée sur le plateau cultivé de grands champs ouverts, se profile le village de Champeaux et son église. Visorando propose une belle boucle de 23 km. 

Le château de Blandy

les tours du château

Le château se visite en saison et pendant les vacances scolaires de la zone C. Il ouvre à 13h . 8€ tarif normal, 6€ pour moi (senior) . On me propose un audioguide 5€. 

Construit dès le XIIIème siècle; il a subi différentes phases de construction . Depuis 1013, il appartenait aux vicomtes de Melun qui s’allient en 1316 aux Comtes de Tancarville. Forteresse aux temps de la Guerre de Cent ans, il devint un château résidentiel appartenant aux familles D’Orléans-Longueville, puis Bourbon-Soissons. En 1707, le maréchal de Villars, propriétaire du Château de Vaux-le-Vicomte enlève les toitures des tours et le transforme en ferme ce qui lui évite d’être vendu comme Bien National à la Révolution. Classé en 1889, racheté par le Département il a bénéficié d’une belle opération de restauration grâce au travail de bénévoles et à l’aide financière de s activités pétrolières d’Esso-Rep (Dallas, ton univers impitoyable (bis))

la cour du château de Blandy

Coiffée de mon casque, je visite la Tour de Garde, puis le Donjon et fais le Circuit des courtines tout en écoutant la « Quête de l’Oiseau » par le Seigneur  de retour des Croisades, ou plutôt son fantôme. Cela ressemble un peu au film des Visiteurs avec des sauts dans le temps, des rencontres « avec la descendance » de ce dernier. Conçu pour être divertissant, le scénario est un peu décousu. J’aurais préféré une visite plus classique avec explications sur des cartels pour mieux apprécier les différents styles (costumes, armes et meubles). Les enfants doivent êtres ravis, des épées en plastique, des déguisements et toutes sortes d’attractions sont à leur disposition.

pressoir

Du haut des remparts, on a une belle vue sur tout le village, la place du Pilori, le Pressoir et le Four banal. 

 

le Meunier d’Angibault – George Sand

CHALLENGE LES DEUX GEORGE

Emerveillée par la Petite Fadette, après le Moulin sur la Floss de George Eliot, j’ai pensé confronter le moulin du Lincolnshire et le moulin berrichon. Tous les deux sont des moulins à farine sur un petit cours d’eau. Ils sont à peu près contemporains. Là, s’arrêtent les ressemblances.

Le Moulin sur la Floss se déroule sur une bonne dizaine d’années au sein d’une famille bourgeoise tandis que l’action de Meunier d’Angibault est concentré sur 5 jours.   Il  confronte différents milieux sociaux :    la famille noble des barons propriétaires du château de Blanchemont, les paysans parvenus les Bricolin, Grand-Louis le meunier, honnête travailleur et même le mendiant Cadoche, sans parler du notaire, du curé. Une société très diversifiée où les intérêts s’opposent. C’est justement l’aspect social qui fait l’intérêt principal du roman. 

Un homme modeste peut-il espérer épouser une femme riche?

La guerre intellectuelle et morale était déclarée entre les diverses classes, imbues de croyances et de passions
contraires, et Marcelle trouvait une sorte d’ennemi irréconciliable dans l’homme qui l’adorait.

Tel est le problème qui se pose doublement : La baronne de Blanchemont se retrouve veuve, jeune avec un petit enfant. Son mari la trompait sans vergogne. Elle est donc libre de vivre avec son amant roturier.  Ce dernier prend la fuite peu désireux de s’unir avec une femme plus riche que lui. Grand-Louis, le grand farinier, aime Rose, la fille des fermiers qui, richement dotée, peut prétendre à un parti avantageux. Les amours du meunier sont bien compromises. 

Pourquoi, parce que je suis une honnête personne, ne viendriez-vous pas chez moi? —Parce que nous aurions
tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait, des
désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang

Marcelle, la jeune veuve, décide d’aller sur ses terres, à Blanchemont pour régler les affaires que son mari lui a léguées. Elle est ruinée. Le baron ne s’est pas contenté de la tromper, il a dilapidé sa fortune et la sienne. Au grand étonnement de tous, la baronne est ravie de ne plus rien avoir : elle se trouvera ainsi sur un pied d’égalité avec Henri Lémor!

Moulin de Marie Ravenel ce n’est pas en Berry mais dans le Cotentin

En chemin, elle est hébergée au Moulin d’Angibault et fait connaissance du meunier. La situation est d’une piquante symétrie. Le meunier et la baronne vont s’épauler pour résoudre leurs affaires. Pour Marcelle, il s’agit de vendre le domaine de Blanchemont au meilleur prix possible. Bricolin, le gérant souhaite l’acquérir au meilleur prix, pour lui. Marcelle habite avec Rose, la fille de Bricolin qu’aime Le Grand-Louis. Elle peut aussi servir d’intermédiaire..

Je ne vous raconterai pas les péripéties parce qu’il y en a et que je ‘n’aime pas spoiler

Théodore Rousseau : une rivière dans le Berry

George Sand fait une analyse très fine de tous les ressorts de la société de ce village berrichon, la décadence d’une certaine noblesse, hautaine avec les fermiers, négligente, qui est remplacée par des bourgeois parvenus et âpres au gain. Bricolin est un personnage peut-être caricatural qui fait tout pour arriver, au risque de perdre deux filles en les privant de leurs amoureux. Elle montre aussi le dénuement des paysans qui n’ont rien et vivent dans une masure. Entre les deux, les artisans, ouvriers qui trouvent leur noblesse dans le travail. A cette occasion George Sand cite Fourrier et les Saint-Simoniens sans les encenser pour autant c’est pourtant à eux que j’ai pensé en lisant les efforts de Henri Lemor, l’amant de Marcelle pour abandonner héritages et richesses pour se consacrer au travail manuel. les grands parents, Bricolin comme la meunière représentent un monde ancien plus traditionnel.

Vous avez entendu parler peut-être des saint-simoniens et des fouriéristes. Ce sont là des systèmes encore sans religion et sans amour, des philosophies avortées, à peine ébauchées, où l’esprit du mal semble se cacher sous les dehors de la philanthropie. Je ne les juge pas absolument, mais j’en suis repoussée comme par le pressentiment d’un nouveau piège tendu à la simplicité des homme

Comme dans la Petite Fadette le lecteur se délecte des traditions berrichonnes, des fêtes rurales, de la bourrée, des expressions populaires. J’ai appris ce qu’était un allochon et un patachon

le mot d’alochon réjouit fort l’enfant, qui le répéta en riant et sans le comprendre. —Vous ne connaissez pas ça? dit le meunier; ce sont les petites ailes, les morceaux de bois qui sont à cheval sur la roue et que l’eau pousse
pour la faire tourner. Je vous montrerai ça si vous passez jamais par chez nous.
[…]
patachon, c’est-à-dire le conducteur, assis de côté sur le brancard,

En revanche j’ai trouvé la psychologie un peu simpliste : des personnages exemplaires , le meunier et Marcelle,  sont affrontés à de très mauvais comme Bricolin et sa femme. Rose est bien fragile et sans consistance, comment Grand-Louis s’en est-il tant entiché? Un personnage secondaire sort du lot : Cadoche. Est-il un gentil ou un mauvais?

C’est en tout cas un très beau moment de lecture que je vous recommande.

Visite au Panthéon

TOURISTE DANS MA VILLE

Je n’avais encore jamais visité le Panthéon. Ces grandes bâtisses, Sacré- Coeur de Montmartre, Notre-Dame-de-la-Garde….ne me fascinent pas du tout alors que j’adore flâner au Luxembourg tout proche, au Musée de Cluny…

Récemment, les panthéonisations de Simone Veil(2018) Joséphine  Baker(2021), Missak Manouchian (2024) et Robert Badinter (2025) m’ont interpellée. J’ai écouté Robert Badinter,15 épisodes du podcast Radio France la série Mémorables.   J’ai eu envie d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée jusqu’u 8 mars 2026 au Panthéon. Je viens de finir Après Dieu de Richard Malka dans la collection,  ma nuit au musée ; l’auteur a choisi de passer la nuit au Panthéon. Il fallait alors que je fasse cette visite. 

Richard Malka raconte l’histoire de la basilique construite par Soufflot à la suite d’un vœu de Louis XV  de manière très amusante dans Après Dieu et conclue : 

« je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel »

Le 4 avril 1791, l’Assemblée nationale Constituante le transforme en temple laïc « Panthéon des Grands Hommes » pour recevoir le corps de Mirabeau et les corps de Voltaire, Jean Jacques Rousseau et Marat y furent transférés. Trois ans plus tard Mirabeau et Marat en furent expulsés. Sous Napoléon 1er la nef fut rendue au culte. A la mort de Victor Hugo, le Panthéon retrouve sa fonction de temple laïc.

la coupole : le dôme le plus haut de Paris

J’entre dans une magnifique nef abondamment décorée avec des colonnes corinthiennes, des décors peints, des sculptures. L’abondance de décorations éblouit à l’entrée. je suis un peu perdue d’autant plus que la visite guidée a été annulée au dernier moment. Le Pendule de Foucault dont le savant fit l’expérience en 1851 attire mon regard . Je sais qu’il prouve la rotation de la Terre mais des explications supplémentaires me seraient nécessaires

Le Pendule de Foucault

Je passe entre la grande installation OMBRE EST LUMIERE de Nicolas Daubannes  (exposition temporaire jusqu’au 8 mars 2026). Deux grands panneaux 4m x 11 m poudre d’acier aimantée représentant l’ancien camp de concentration du Struthof  : dessin d’un paysage de forêt qui dissimule un mirador, l’image de la forêt masquant l’activité du camp.

Ancien camp de concentration de Natzweiler-Struhof

En face, un autre panneau de même dimension s’intitule Mont Valérien, une sorte de caverne où j’ai cru voir un rideau.

Ces deux grands tableaux masquent les décors de la nef. Une vidéo montre l’artiste au travail sur une autre œuvre à Rome : Seul(s) contre tous durée 11″34, il réalise un photogramme d’après l’occulus de la cellule de Galilée. Fils d’ouvrier métallurgiste, Daubanes a choisi d’utiliser les outils du métallurgiste : disqueuse, chalumeau pour souder. il projette de la limaille de fer qu’il incruste dans le verre par des étincelles. Ce procédé est fascinant mais je suis un peu déçue du résultat : le photogramme semble plutôt banal. 

prison de Monluc

Dans le transept, il a installé deux autres œuvres : un mémorial de la Prison de Montluc à Lyon le photogramme est enfermé dans un échafaudage et en face un polyptique de  œuvres, photogrammes et dessins.

Cette installation contemporaine , même si elle ne m’a pas conquise, est tout à fait à sa place dans la basilique. Elle a l’avantage de masquer les peintures fin XIXème des héros chrétiens qui ont marqué l’Ancien Régime : La Bataille de Tolbiac, le Couronnement de Charlemagne, La Réforme de la justice par Saint Louis etc…ou le cycle de la vie de Sainte Geneviève signé Puvis de Chavannes témoignant de la vocation hésitante du Panthéon, oscillant entre église et temple laïc, entre la restauration de l’église par Napoléon 1er et les funérailles de Victor Hugo. De toutes les façons, ces peintures ne me plaisent ni ici ni dans les musées.

Anselm Kiefer

Six vitrines ont été réalisées par Anselm Kiefer à l’occasion de l’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix et de Ceux de 14. Elles sont accompagnées d’une œuvre musicale de Dusapin qui résonne de temps en temps. Je suis toujours impressionnée par le travail de Kiefer qui trouve toute sa place ici. 

Après l’art contemporain, j’ai regardé distraitement les sculptures avant de descendre dans la Crypte. L’escalier nous conduit au pied de l’urne du Cœur de Gambetta. Dans le Vestibule Voltaire et Jean-Jacques Rousseau se font face

Voltaire a droit à une statue

Comme je viens de finir Après Dieu de Malka l’endroit m’est presque familier. 

La suite est une sorte de pèlerinage auprès de tous ces panthéonisés que je souhaite visiter : Missak et Mélinée Manouchian ont chacun une rose, une famille de gens très bruns (peut être des Arméniens) se tassent contre les sarcophage. Je n’ai aucune attention pour les dignitaires de l’Empire mais je  m’arrête pour honorer Zola, Hugo et Alexandre Dumas qu’on a regroupés ensemble sans doute se tiennent bonne compagnie comme les scientifiques Langevin, Berthelot Perrin et Painlevé  (sur les photos dans le couloir on a oublié – comme par hasardSophie Berthelot. Marie et Pierre Curie sont à part. Félix Eboué et Victor Schoelcher sont avec Jean Jaurès, Toussaint Louverture et Delgrès sont honorés par une inscription. Bien sûr, je cherche Simone Veil proche de Monnet et Cassin, je n’ai pas trouvé le chat de Malraux

Exposition Badinter

C’est une très belle présentation qui montre Robert Badinter, ses origines familiales, et les grands portraits de Hugo et Zola. On peut visionner son intervention à l’Assemblée, sa plaidoirie pourrait-on dire pour l’Abolition de la Peine de Mort mais aussi la lire sur une grande feuille pliée. Très belle exposition qui mérite toute seule le déplacement.

Et comme j’aime prolonger mes visites à Paris et les faire résonner en marchant dans la forêt, j’ai écouté un dernier podcast : le Panthéon ou les intermittences de la mémoire nationale dans les Nuits de France Culture CLIC Comme il est un peu ancien, il ne rend pas compte des panthéonisations récentes mais il est très intéressant.

Après Dieu – Richard Malka

MA NUIT AU MUSEE – ED. STOCK

Dans cette collection, j’ai lu la nuit au musée de Lola Lafon, dans la Maison d’Anne Frank CLIC, celle de Leila Slimani à la Dogana à Venise CLIC et j’ai apprécié l’idée : un écrivain choisit un musée, l’éditeur lui facilite l’expérience, à charge d’écrire un livre, en toute liberté. 

Richard Malka a choisi le Panthéon,

« Ma nuit au musée, je la passe avec des morts. Un truc d’adolescent ou alors c’est l’habitude, depuis 2015. « 

Richard Malka est l’avocat de Charlie HebdoL’attentat du 7 janvier 2015 reste très présent.  Il explique peut-être ce goût du cimetière.

puis je n’aurais pas d’autres occasions de m’assoupir à tes côtés, François-Marie.

Richard Malka a fait installer son lit de camp au pied de la tombe de Voltaire . Son livre sera un dialogue avec lui, monologue ou plaidoirie, de la part de l’avocat qui le tutoie,  l’appelle familièrement par son prénom François-Marie.  La réponse se trouve dans les écrits du philosophe. 

« Dieu et la liberté ». Voilà ta religion. Tu haïssais le christianisme, tu méprisais qu’il puisse être imaginé que Jésus ou Tartempion soit le fils ou l’envoyé du Ciel mais tu croyais en Dieu

Voltaire, selon Malka est l’initiateur des droits de l’homme en défiant la religion.

Récit de la conception de la basilique à la suite d’un vœu de Louis XV

Je déambule dans un bâtiment conçu pour être une église, qui existe grâce à un Juif et qui a fini temple républicain. C’est un édifice multiculturel.

Il retourne à Voltaire pour qui le pire des tyrans était la religion. Il imagine Voltaire remplaçant Marianne dans les mairie, sur les billets de banque…Son épitaphe imaginé par les révolutionnaires

Il vengea Calas et La Barre, Sirven et Monbailli. Poète, historien, philosophe, il agrandit l’esprit humain et lui apprit qu’il devait être libre

Eclairé par les Lumières du XVIIIème siècle, Malka analyse la situation actuelle, les revendications communautaristes. Il cite les pressions exercées par les islamistes : dans les pays musulmans, envers les femmes, les homosexuels et bien sûr, les athées. Assassinats aussi d’intellectuels et d’écrivains. Aussi ici, quand « dans le logiciel paternaliste, un musulman ne peut être qu’une victime » qu’il s’agit de soutenir, au risque de fêter à Sciences Po une « journée du hidjab ». Je me suis pincée et suis allée vérifier sur Internet l’info. Et oui, cela existe, cela vient d’Amérique! Evolution : on ne lapide plus, les lynchages se déroulent sur les réseaux sociaux. la question du voile est discutée dans un chapitre entier. L’auteur s’étonne:

par quel étrange miracle, un symbole de tyrannie à l’égard des femmes en Iran est-il devenu un étendard de la liberté religieuse en Franc

Pour sa part Richard Malka a eu une éducation traditionnelle juive séfarade mais

On ne parlait jamais de Dieu et ce que je concevais du judaïsme à travers mes parents, c’est qu’il fallait vénérer Einstein, Freud, Blum et tous les juifs du monde qui se distinguaient, surtout lorsqu’ils étaient partis de rien.

Au chapitre du judaïsme, Malka convoque Marx  la religion est « le soupir de la créature accablée de malheur »et Durkheim qui constate la permanence de la religion en tant que ciment de l’humanité. 

A ce propos, Richard Malka pose la question qui fâche : Voltaire était-il antisémite comme on l’a écrit en 1942 dans le livre « Voltaire antijuif »? Certes « tu as dérapé du judaïsme aux juifs ce que tu ne fais pas avec les chrétiens » mais Malka est indulgent « suis-je certain de n’avoir jamais dérapé? »

Puis, à la 17ème chambre du Tribunal, Malka revient à ce qui est le coeur de son métier d’avocat : défendre la liberté d’expression, la liberté d’écrire mais aussi de caricaturer. Et il revient sur Charlie Hebdo :

« le 7 janvier 2015, ce n’est pas un blasphémateur qui a été tué mais douze. jusqu’alors de La Barre était le dernier exécuté pour blasphème en France »

Malka liste toutes les victimes du terrorisme islamiste et discute du concept d’islamophobie. Puis il interpelle Voltaire :

Avoue…Tu n’aurais jamais imaginé que nous en serions encore là deux siècles après ta mort

 

Alors tu aurais assisté à l’effondrement spirituel d’une société privée de récit unificateur. Tu aurais vu la
religion être remplacée soit par un consumérisme compulsif et un individualisme effréné, soit par une quête
désespérée de sens. « Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d’autres ne sont pas nés », s’inquiétait
Durkheim… C’est la thèse du désenchantement du monde de Max Weber.

…tu n’as pas anticipé, François-Marie, c’est à quel point la nature a horreur du vide… Et ce n’est pas la
philosophie qui comble ce vide. Les mouvements pentecôtistes et évangéliques explosent, les prédicateurs
américains dictent, en partie, la politique du plus puissant pays au monde, le nationalisme hindou s’amplifie et le fondamentalisme musulman séduit. Face à ces mouvements conquérants, nous n’osons pas enseigner la méfiance à l’égard des religions, ni parler de leur potentiel de destruction. Nous n’assumons pas de décrire leur dangerosité morale car nous nous sentons coupables de tout.

Donc le problème serait de Remplacer Dieu, ce qui justifie le titre Après Dieu….

 

Clair, incisif, cultivé. N’en jetez plus.

Bien sûr, j’irai visiter le Panthéon

mais si vous préférez écouter sa voix dans les entretiens radiophoniques :podcast 

Il a été un compagnon de promenade merveilleux pendant les  épisodes.

Dans les pas de NADAR le Républicain – Jean- Claude RAGARU

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Bonne pioche de la Masse Critique merci à Babélio et aux éditions du Petit Pavé. 

En 2019, la BNF avait offert une belle exposition aux trois Nadar, Félix le plus célèbre, Adrien son frère et Paul le fils. CLIC par ailleurs, j’ai souvent rencontré Nadar dans les expositions, soit les photographies de ses contemporains, soit ses caricatures. Ils ont portraituré presque un siècle de célébrités. 

Panthéon Nadar

La courte biographie de J-C Ragaru (165 p. ) illustrée de nombreuses photographies, caricatures, lettres et documents s’attache à donner une approche complète de Félix Nadar. L’auteur a pris en compte les différentes étapes de sa carrière : journaliste, caricaturiste tout d’abord, photographe à partir de 1854, puis passionné d’aéronautique, de photographies aériennes, entre autres activités. 

R1garu raconte tout d’abord une vie de bohème sous le patronage de l’éditeur Hetzel et du directeur de journaux satiriques Philipon. On pense aux Illusions perdues, on est dans Balzac! On croise de nombreux hommes célèbres, Balzac, Gerard de Nerval, Victor Hugon George Sand…Nadar a souvent recours à des expédients pour faire fortune : son idée de génie est le fameux Panthéon Nadar où chacun veut figurer

Chacun veut son portrait, en caricature ou en photo. Avec son frère Adrien, il ouvre un atelier, puis un autre. La photographie atteint un développement presque industriel, opération rentable.

Une nouvelle passion le tient, ruineuse, l’aérostat, après un envol en ballon captif. Il met au point un très gros ballon Le Géant qui finira sa course en se trainant lamentablement. Le gros ballon devait financer un autre essai de vol préfigurant l’hélicoptère. Nadar devient un personnage de Jules Verne qui s’en inspirera pour Robur le Conquérant. Ce pionnier de l’aéronautique photographe saura combiner ses deux techniques avec la photographie aérienne appliquée au cadastre en temps de paix, puis à la surveillance des opérations militaire pendant le siège de Paris  pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin, il participera à l’aéropostale, par ballons puis par pigeons quand Paris se trouvera isolé. Ragaru a beaucoup développé cet aspect de la vie de Nadar, et m’a un peu perdue dans la description en détail des différents ballons. 

C’est aussi une biographie sensible qui montre Nadar toujours fantaisiste, bohème même sur les périodes de sa maturité . Toujours républicain, de la monarchie de Juillet qu’il caricature dans sa jeunesse, sous le Second Empire où il renoncera à certaines entreprise pour ne pas se soumettre à Napoléon III; Toujours attaché à ses amis républicains. . Il nommera aussi  es ballons  « Louis Blanc »; « Armand Barbès » « George Sand. Vers la fin de sa vie il sera dreyfusard  et étrillera Gambetta dans un pamphlet rabelaisien.

Promenade agréable sur terre comme dans les airs!

Admirations – Gilles Pialoux

MEDECINS ET SCIENTIFIQUES 

« La crise sanitaire a révélé toute l’ambivalence de notre rapport à la science et le peu de crédit que nous accordons à la rationalité qu’il lui revient d’établir. Lorsque, d’un côté, l’inculture prend le pouvoir, que, de l’ autre, l’argument d’autorité écrase tout sur son passage, lorsque la crédibilité de la recherche ploie sous la force de l’événement et de l’opinion, comment garder le goût du vrai – celui de découvrir, d’apprendre, de comprendre ? […]La médecine, paradigme absolu de la confiance, est désormais reléguée aux marches de la défiance ». 

« Comment, à partir de portraits de grands médecins et scientifiques, redonner le goût d’admirer, d’embrasser la vocation, de suivre le chemin de ces grands praticiens inconnus ou injustement oubliés ? »

Gilles Pialoux est  chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, spécialiste du Sida, il a vécu la crise du Covid à l’hôpital.  Accessoirement, il a été journaliste à Libération. Il livre ses « Admirations » pour des médecins ou scientifiques connus ou méconnus à travers le prisme de son vécu.

Admiration pour des savants connus comme Marie Curie, Yersin ou Hippocrate ou méconnus : Madeleine Brès(1842-1921) Zénon Drohocki(1903-1978),  James Miranda Stuart Barry (1789 -1865), Marthe Gautier(1925-2022). Son ouvrage Admirations se compose de 7 biographies détaillées et d’un  » abécédaire de quelques oubliés « subjectivement repêchés ». 

Parmi les méconnus, les oubliés, les repêchés, nombre de femmes qu’on aurait peut-être qualifier d’empêchées, justement parce que femmes.

La  première qui ouvre le bal, Madeleine Brès, est « la première Française à avoir prêté le serment d’Hippocrate le 3 juin 1875 après avoir soutenu à l’âge de 33 ans une thèse féminisante intitulée « De la mamelle et de l’allaitement ». A force d’entêtement, elle réussit à s’inscrire en médecine. La guerre de 1870 qui mobilise les médecins au front, est pour elle une opportunité. Après une carrière honorable, elle a fondé une crèche et avait une nombreuse patientèle, elle finira dans la misère aveugle et abandonnée. Gilles Pelloux, à l’occasion, soulève le problème de la misogynie qui sévit encore de nos jours. Après avoir interdit aux femmes l’exercice de la médecine, le harcèlement existe encore justifiant #Metoo à l’hôpital. 

Marthe Gauthier, un siècle plus tard, Découvreuse oubliée (et pillée) du chromosome de la trisomie 21. Après un stage aux Etats Unis où elle a acquis les techniques de culture des cellules, a réalisé le caryotype de cellules d’enfants trisomiques et a mis en évidence le chromosome supplémentaire, cause de la pathologie. Lejeune, généticien de renom lui a tout simplement volé la preuve de sa découverte, une photographie, puis l’a ignorée dans les publication, altérant même son prénom et son nom, enfin s’est approprié ses carnets de laboratoire qu’il a fait disparaître. Non content de s’être approprié la découverte, « il est connu comme farouche militant anti-IVG et pro-life » et « malgré les polémiques, en voie de canonisation » . 

En passant, on découvre que : Rosalind Franklin fut également oubliée pour le Nobel : 

en 1953 pour la découverte nobélisée neuf ans après de la structure en double hélice de l’ADN par James
Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins. Les trois Nobel oubliant au passage l’apport considérable d’une
certaine Rosalind Franklin, morte d’un cancer de l’ovaire sans doute lié à ses recherches irradiantes comme Marie Curie qui utilisa dans son laboratoire du Kings College à Londres la diffraction des rayons X pour étudier la structure de l’ADN…

Et, c’est bien sur l’insistance de Pierre Curie, son mari, que Marie Curie ne fut pas écartée. 

Zénon Drohocki : l’électrochoc de la déportation – est mis en lumière dans Admirations. Neurologue de renom en Pologne, Drohocki décrit en 1937 une analyse de l’EEG et met au point une technique d’électrochocs.

Juif polonais, Drohocki ne pourra plus exercer sa vocation médicale au moment de la Shoah. C’est cette même vocation, toutefois, qui va lui permettre de sortir vivant du camp d’Auschwitz

Il fuit donc la Pologne en 1938, passe par la Belgique et Paris puis exerce dans la Drôme et se fera arrêter en fuyant vers la Suisse. Drancy, puis 5 camps de concentration. Dans son sac, les plans de son appareil à électrochocs qui intéresse les nazis mais qui lui sauvera la vie :

Au-delà des secousses et de l’amnésie, il y avait aussi ces temps suspendus pendant lesquels les prisonnier(e)sdes différents sous-camps pouvaient entrer en contact pour la première fois, organiser des rencontres, transmettre des lettres. La rumeur sur les bienfaits des électrochocs de Drohocki agrandit le cercle des candidat(e)s bien au-delà de Birkenau

Les fils électriques de Zénon ne transmettaient pas que de l’électricité mais de la chaleur humaine, du lien, des
rencontres inespérées, des missives, de la survie, de la productivité et de l’espoir

Par pudeur ou par douleur; il n’écrira pas son histoire…

 

j’ai trouvé cette histoire bouleversante.

Le chapitre le plus étonnant concerne James Miranda Stuart Barry : chirurgien colonial pionnier de la césarienne et mélange des genres. Chirugien militaire de l’Empire britannique. Né à Cork en Irlande, il s’inscrit comme étudiant en médecine à Edimbourg. Etudiant brillant et studieux, il fait des étude brillantes. Il bénéficie de la protection de son oncle, le peintre James Barry et du général Miranda, révolutionnaire vénézuélien. Affecté au Cap en Afrique du Sud, il sera un pionnier de la chirurgie obstétricale.  et réalisa la première césarienne réussie pour la mère et l’enfant qui fut baptisé James Barry Munnik, dont la descendance perpétua le nom. Ma chronique va s’arrêter ici parce que la suite vous surprendra et que je ne veux pas spoiler.

Ce livre vous apportera bien des surprises, des clins d’oeil à l’actualité, et un grand bond en arrière dans le temps, pour Hippocrate – occasion de lire le Serment qu’on ne connait pas en détail si on n’est pas médecin. Aussi de faire connaissance avec Agnodice (350 av JC) qui dut se travestir en garçon pour exercer la médecine. 

Grande richesse bibliographique :  Pialoux, en bon scientifique est coutumier de citer ses sources. J’ai fait entrer dans mon pense-bête de Babélio deux BD  : La vie mystérieuse, insolente et héroïque du Dr James Barry  Ed Steinkis, et les soeurs d’Hippocrate Ed Les Arènes. En revanche, pour ce qui concerne Yersin, j’ai préféré Peste & Choléra de Patrick Deville. 

 

Qui se ressemble – Agnès Desarthe –

APRES LE 7 OCTOBRE

sI vous aimez lire en musique téléchargez Enta Omri, Oum Kalthoum sera la bande-son d’une partie du livre….(51 minutes quand même)

J’ai écouté Agnès Desarthe sur le podcast de France Inter Totémic CLIC qui m’a incitée à lire ce livre. Mais attention, spoilers! Après Le Château des Rentiers, et sa famille ashkenaze, elle nous fait connaître la branche paternelle,  de sa famille. Sa grand mère, Bouba, libyenne, passée par l’Algérie, analphabète et arabophone, est un personnage !

Le roman est écrit à hauteur de petite fille de 9 ans  qui découvre  son identité le soir de Kippour, le 6 octobre 1973.

« Oui, c’est la guerre. Mon estomac se noue aussitôt. Je comprends les traits tirés. Je comprends les larmes qui à
présent débordent des paupières. – La guerre avec les Allemands ? dis-je avec un frisson d’horreur. Je pense
au père de ma mère, mort à Auschwitz, je pense à Hitler, aux nazis, aux trains de la déportation. – Non, me répond-on. Avec les arabes. En moi-même, je réplique : Avec les arabes ? Mais voyons, c’est impossible. Les arabes, c’est nous »

En effet, chez la grand-mère les adultes s’expriment en Arabe. On écoute Oum Kalthoum …. la guerre a rattrapé la fête, même après le jeûne, personne ne songe à dîner

« Tu vas manger un petit peu, mais ça n’a pas d’importance. Ce soir, personne ne fera attention aux assiettes. –
Pourquoi ? – Parce que c’est la guerre. – La guerre entre les arabes et les arabes ? – Non, la guerre entre les
arabes et les juifs. – Et nous, on est les juifs, soupire-t-elle tristement. Comme si elle venait de perdre quelque
chose, un morceau de son identité. – Tu viens de perdre un morceau de ton identité, lui dis-je, afin de confirmer sa sensation, pour que les mots se posent comme une compresse sur son tourment »

Il sera aussi question d’identité française

Tu es française parce que tes deux parents sont français. Mais ça remonte plus loin. J’ai longtemps cru que ton
père et sa famille étaient devenus français grâce au décret Crémieux.
[…]
Crémieux quand même, dis-je et ça la fait rire. Un décret, c’est un genre de loi qui est appliqué sans vote. C’est par ce dispositif que les juifs d’Algérie, à l’époque où ce pays était une colonie française, sont tous devenus
français.

Pourquoi seulement les juifs d’Algérie ? Pourquoi pas les musulmans d’Algérie ? ». Saurais-je lui répondre ? Qu’a cru faire M. Crémieux en accordant cette faveur inéquitable

Histoire du père, de son arrivée en France. Agnès Desarthe raconte bien, ses personnages sont vivants, attachants.

On devine les déchirements

Parce que le lendemain, c’est le 7 octobre

DU XIIIème à Ivry, Balade architecturale sous la pluie

TOURISTE DANS MA VILLE

Tours Duo – Jean Nouvel

PARIS RIVE GAUCHE est un projet d’aménagement s’étendant sur 130 ha d’Austerlitz jusqu’à Ivry. La ZAC a été crée en 1991. Depuis bientôt 35 ans, le quartier change. 

J’ai grand plaisir à aller à la Grande Bibliothèque pour de belles expositions et aux cinémas MK2 . De Créteil, j’emprunte le métro Ligne 8 jusqu’à Porte de Charenton puis le Tramway T3a . Parcourant l’avenue de France je remarque le nom des rues : Thomas Mann, Marguerite Duras, Françoise Dolto, Goscinny, Primo Lévi…des noms qui me parlent et qui décrivent un paysage intellectuel, proximité de la Grande Bibliothèque peut être?

Esplanade Vidal-Naquet – fontaine Wallace

Le rendez-vous avec le conférencier de la balade d’Explore Paris  intitulée « Paris-Ivry, aller et retour » est fixé esplanade Vidal-Naquet entre les Grands Moulins et la Halles aux Farines sur le campus universitaire Paris VII-Diderot devenue université Paris Cité depuis le désamiantage du campus de Jussieu (feuilleton à rallonge s’étalant de 1996 à 2016). Les Grands Moulins, une ancienne minoterie industrielle, fut construite lors de la Première Guerre Mondiale. La Halle aux Farines, en 1950, par l’architecte Honegger. Comme pour toute construction publique, une œuvre d’art plusieurs mosaïques au thèmes du Noeud Borroméen, entrelac cher à Lacan et à la psychanalyse

Mosaïque : nœud borroméen – Eric Duyckaerts

Une autre œuvre d’art orne l’Esplanade : Le Monochrome for Paris de Nancy Rubins, sorte d’arbre dont la canopée est formée de 10 barques et 50 canoës en clin d’oeil au blason et à la devise de la Ville de Paris, originellement prévue pour une station du tram T3 mais trop encombrante. 

Monochrome for Paris Nancy Robins

Nous arrivons sur le quai de Seine. Bruno Granozio notre conférencier, nous fait un rappel de l’histoire de Paris. Ce quai, avant l’agrandissement de Paris par Haussmann, appartenait au village d’Ivry. La Zac PARIS RIVE GAUCHE s’est fixé, entre autres objectifsde faciliter le passage vers Ivry, voire de gommer la limite entre Paris intra muros et sa proche banlieue rendant possible par une voie piétonnière et une piste cyclable : l’Allée Paris-Ivry » avec une végétalisation (discrète). 

la cheminée de la Sudac dépasse des buildings de verre

Nous marchons sur le quai en observant les constructions du Campus universitaire, le bâtiment de physique est protégé par un panneau de verre orné de chiffres, tissant une sorte de résille. Entre deux buildings modernes émerge la cheminée d’une usine ancienne : la SUDAC (Société Urbaine de Distribution d’Air Comprimé) construite en 1890. L’air comprimé servait pour la distribution des courriers pneumatiques et au fonctionnement des horloges à air comprimé de la Ville de Paris. le bâtiment industriel remarquable est maintenant occupé par l’Ecole Nationale d’Architecture. 

biopark

Détour par la rue Watt et le Biopark jardin arboré planté de 32 savonniers de Chine entouré d’immeubles où clématites et glycine tentent de verdir le « parc » bien minéral. En fait de parc, c’est plutôt un espace privé où des entreprises Cap Gemini, Orange et d’autres profitent de la proximité de l’université et de ses ressources humaines et intellectuelles. Bien peu de jardin! Comme notre visiter se fait en février, le verdissement des façades est inexistant. Peut-être qu’à la belle saison les lianes grimpantes donnent de la fraîcheur? On fonde de grands espoirs sur le verdissement des cités modernes au temps du réchauffement climatiques mais j’ai souvent trouvé le résultat décevant. 

Grands balcons pour y installer des arbres

On a aussi construit de grands balcons pour y installer des arbres, les occupants les planteront-ils? les arroseront-ils? ou préfèreront-ils faire un salon d’été avec parasol?

l’escalier mène aux Bld des marréchaux et au lavomatik

Retour sur l’allée Paris-Ivry qui passe sous le pont. Nous passons un haut-lieu du Street Art . Sous l’échangeur il y avait un tiers-lieu orné de nombreux graphs. En été c’était très sympa, avec chaises longues, bar,  mais c’est fermé actuellement. L’échangeur a été réduit ce qui a libéré du terrain constructible pour l’opération immobilière des célèbres Tours Duo de Jean Nouvel qui culminent à 180 m et 120 m. Comme la Tour Triangle bientôt achevée, ces tours de verre et de béton me paraissent d’un autre âge. Elles ont été décidée en 2012; comme le changement climatique s’est accéléré. Il y a moins de 15 ans, on ne s’en préoccupait pas. Aujourd’hui, elles paraissent d’un autre âge. Il faut croire que le temps des urbanistes court moins vite que l’Anthropocène. 

Le Berliet ossature bois

Plus innovant, le Berliet, haut de 50 m est un bâtiment d’habitations privilégiant le bois. Cependant l’ossature et le noyau central sont en béton. A l’extérieur la structure est formée de poteaux de bois. Pour construire un tel gratte-ciel en bois, il a fallu obtenir des autorisations spéciale des pompiers. On remarque des cavités permettant d’aménager des espaces communs pour « favoriser le lien social ». Dans les constructions actuelles on invente des coursives, des escaliers, des terrasses ou voisins se côtoient et sont censés se rencontrer. C’est le principe du nudge sorte d’encouragement comme les inscriptions sur les escaliers du  métro « vous avez fait des exercices-cardio en montant ces marches », ou « merci d’avoir déposé vos ordures » dans la poubelle, encouragements à peu de frais. De la com, encore de la com! 

incinérateur d’Ivry, la cheminée neuve Syctom

Derrière le périf, on arrive à Ivry : sous le panache de l’incinérateur

L’ancien incinérateur, très polluant, rejetant des dioxines qui interdisent aux riverains de consommer les œufs quand ils ont un poulailler et, dit-on, les légumes de leurs jardin, doit être remplacé par le Syctom flambant neuf annoncé à renfort de panneaux. Cheminée éblouissante (pas aujourd’hui parce qu’il fait vraiment trop gris) bâtiment très design. Mais pas mis en service! Et voici qu’on a mis en route le troisième four de l’incinérateur de Créteil-Pompadou, et qu’on projette la construction d’une troisième unité à Vitry aux Ardoines! Je viens de signer la pétition contre l’incinérateur de Vitry!

Cimenterie Calcia

Comme le prix du foncier est beaucoup plus bas à Ivry qu’à Paris XIII, les magasins Truffaut, Leroy-Merlin et de nombreux siège sociaux s’y sont installés.Après un petit tour sous la cheminée, nous retournons vers Paris et découvrons à l’ombre des tours duo la cimenterie Calcia, selon les spécialistes un chef d’oeuvre du genre avec ses silos et la structure horizontale sur pilotis pour les bureaux. Elle fait l’objet d’un éclairage la nuit , une oeuvre d’art contemporain. 

immeubles variés

Au pied des tours Duo, de l’autre côte de l’Avenue de France, il y a un point de vue our découvrir les silhouettes variées des immeubles, blancs noirs, verts métallisé. On a voulu éviter la monotonie.  Au dessus des voies ferrées une dalle est coulée en ce moment sur laquelle on installera un jardin, bien nécessaire parce que tout le quartier est vraiment minéral.

Université de Chicago
Bâtiment de cours

Dernier arrêt : le bâtiment très élégant de l‘Université de Chicago de l’architecte jeanne Gang dont la façade est entourée de bâtons « stone sticks » contenant de la fibre de verre qui forme des claustras serant de brise soleiL. Accolé le bâtiment d’habitation pour les résidents (étudiants, professeurs) qui a toujours des colonnettes pour la cohérence. Notre guide nous fait remarquer le soin apporté à la façade et aux balcons intégrant les gaines, et surtout la présence de volets roulants, enroulés à l’extérieur. Enfin, on pense climat et canicule. Si des volets pouvaient dispenser de la climatisation couteuse et surtout très mauvaise pour le climat! 

université de chicago : habitations

 

La Petite Fadette – George Sand

CHALLENGE LES 2 GEORGE AVEC CLAUDIALUCIA

Quel enchantement ce conte du chanvreur à la veillée !

Le parler berrichon m’a intriguée. Avoir besoin d’un glossaire m’a transportée. J’ai adoré ces expressions régionales ou désuètes qui m’ont intriguée. Je me suis amusée à deviner et n’ai pas toujours réussi la « retirance« =la ressemblance, ce n’est pas évident! Silvenet est amiteux = affectueux. « detemcer« = faire perdre du temps. Il faut aussi apprendre tous les travaux des champs qui n’ont plus cours » l’aumaille« qui désigne les bêtes à cornes, « l’ouche »= le verger…, « les tailles » , les « saulnées à prendre les oiseaux. ». Nohant et le Berry me semble bien mystérieux. Auriez-vous deviné ce qu’est le capharnion?

« carphanion. Vous me reprendrez peut-être sur ce mot-là, parce que le maître d’école s’en fâche et veut qu’on
dise capharnaüm ; mais, s’il connaît le mot, il ne connaît point la chose, car j’ai été obligé de lui apprendre que c’était l’endroit de la grange voisin des étables, où l’on serre les jougs, les chaînes, les ferrages et épelettes de toute espèce qui servent aux bêtes de labour et aux instruments du travail de la terre. »

Rosa Bonheur

Conte de Fées?

« La petite-fille de la mère Fadet, qu’on appelait dans le pays la petite Fadette, autant pour ce que c’était son nom de famille que pour ce qu’on voulait qu’elle fût un peu sorcière aussi. Vous savez tous que le fadet ou le
farfadet, qu’en d’autres endroits on appelle aussi le follet, est un lutin fort gentil, mais un peu malicieux. »

La petite Fadette est-elle une fée, comme son nom le suggère et sa grand-mère, la mère Fadet, une sorcière? 

« Elle pansait en secret, c’est comme qui dirait qu’au moyen du secret, elle guérissait les blessures, foulures et autres estropisons »

Fanchon Fadet a un autre surnom, peu flatteur « le grelet » (le grillon) et son petit frère le « sauteriot », les deux enfants sont moqués, rejetés, méprisés. Proche de la nature, et suivant les enseignements de sa grand mère, la Petite Fadette apprend le pouvoir des plantes,. Et l’enseigne à Landry qui soigne les bêtes. parce qu’il n’y a point de sorcellerie ni de pacte avec le diable ou les feux follets. 

« Quand j’étais toute petite, j’y croyais, et j’avais peur des maléfices de ma grand’mère. Mais elle se moquait de moi, car l’on a bien raison de dire que si quelqu’un doute de tout, c’est celui qui fait tout croire aux autres, et que personne ne croit moins à Satan que les sorciers qui feignent de l’invoquer à tout propos. Ils savent bien
qu’ils ne l’ont jamais vu et qu’ils n’ont jamais reçu de lui aucune assistance. »

Peut être un conte , plutôt une histoire d’amour. D’un amour improbable entre la petite sauvageonne et Landry le fils d’un propriétaire respecté dans son village, travailleur modèle, bon parti.

c’est vilain qu’une fille ait l’air d’un chevau échappé

parce qu’en Berry on dit un chevau et des chevals. 

Théodore Rousseau Fontainebleau

Amours secrètes parce que cette campagne boisée, avec ses taillis, ses ruisseaux se prête aux amours cachées.

En général je suis très mauvaise cliente pour les romans d’amour, mais je me suis laissé charmer, je vous laisse donc découvrir la fin de l’histoire.

Dinosaures, crocodiles et coccinelles, les tribulations d’un naturaliste – Philippe Taquet – Odile jacob

PROMENADE AU JARDIN DES PLANTES

Crocodile sarchosaurus imperator galerie de paléontologie

De 1985 à 1990, Philippe Taquet fut le directeur du Muséum d’Histoire Naturelle. Paléontologue, il eut la chance, dès la fin de sa  thèse de partir en mission au Niger, dans le désert du Ténéré et d’y découvrir un gisement de vertébrés fossiles. De cette mission il a rapporté un crane de crocodile géant, Sarchosuchus imperator, âgé de 100 Millions d’année. C’est par le récit de cette expédition que commence le livre. 

Le squelette porte comme il se doit sa carte d’identité : Sarcosuchus imperator – Broin et Taquet – 1966 –
Aptien du Niger. Des milliers de visiteurs dont de nombreux enfants contemplent ébahis cet énorme
reptile ressuscité du passé. Souvent, parmi les commentaires une voix malicieuse s’écrie : « Ah ! Sarkozy, l’empereur des crocodiles ! »

Que les lecteurs ignorants de la Paléontologie des vertébrés se rassurent : cet ouvrage n’est pas destiné aux spécialistes. Il est de lecture facile et surtout très amusante.

Une quinzaine de chapitres courts racontent sa vocation de savant, ses rêves depuis l’enfance. Il nous offre  une promenade dans le Jardin des Plantes en commentant les arbres remarquables : le Robinier de Robin, planté en 1636, le Sophora du Japon dont on fit cadeau des graines à Bernard de Jussieu, le Cèdre du Liban qui fit le voyage dans le chapeau de Jussieu….

Histoire de la Grande Galerie de l’Evolution, je ne savais pas qu’elle avait fait partie des Grands Travaux de Mitterrand!

Les coccinelles, c’est une autre paire de manches! Un des rôles du Muséum d’Histoire Naturelle est de veiller à la biodiversité et aux zones Natura2000, coccinelles et pique-prunes, firent l’objet d’études savantes pour préserver leur habitat. Histoire cocasse pour les coccinelles qui vivaient sur le Plateau d’Albion

gendarmerie d’Apt : « Allô, monsieur le directeur, pouvez-vous nous éclairer sur la présence de
prétendus chasseurs de coccinelles du Muséum dans un lieu hautement stratégique ? – Affirmatif mon
brigadier ! Il s’agit bien de chercheurs naturalistes, en mission officielle, qui luttent pour éradiquer les
pucerons à l’aide des coccinelles françaises.

Rencontre avec deux savants prestigieux : Théodore Monod et Claude Lévi-Strauss…

C’est un livre distrayant, charmant, et fort instructif que je vous recommande sans aucun bémol.

Pour rester dans le Jardin des Plantes vous pouvez écouter le podcast de Radio France: Le Muséum d’Histoire Naturelle a 400 ans interview de son Directeur actuel ICI