La Prisonnière – Marcel Proust – Emprise, jalousies et mensonges.

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE et d’autres….

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Près de deux semaines pour venir à bout de ce tome V de la Recherche du Temps perdu pourtant pas si long (329 pages sur la Kindle, 544 en édition de poche ) . Paru en 1923 – livre posthume – un siècle avant Meetoo – ce roman qui  narre une emprise, se lit  difficilement aujourd’hui. 

cette obéissance d’Albertine, non pas sa compensation, mais son complément, m’apparaissait comme
autant de privilèges que j’exerçais ; car les devoirs et les charges d’un maître font partie de sa domination,
et le définissent, le prouvent tout autant que ses droits. Et ces droits qu’elle me reconnaissait donnaient
précisément à mes charges leur véritable caractère : j’avais une femme à moi qui, au premier mot que je lui
envoyais à l’improviste, me faisait téléphoner avec déférence qu’elle revenait,

Quelle idée d’emprisonner une jeune fille à qui on a fait miroiter le mariage dans un appartement parisien? Albertine n’est pas captive jour et nuit dans l’appartement du narrateur, elle sort chaperonnée et surveillée. Elle fait l’objet d’une surveillance tatillonne (et coûteuse). Le narrateur est encore plus enfermé tiraillé à chaque instant par sa jalousie soupçonneuse.

Avec un luxe de détails, pas à pas, le narrateur cherche à éloigner Albertine de ses fréquentations, de l’amie de Mlle Vinteuil, de l’actrice Léa, et d’autres femmes gomorrhéennes. Si Albertine souhaite se rendre dans le salon de madame Verdurin, il la persuade d’aller au Trocadéro jusqu’à ce qu’il apprenne que justement Léa doit se produire. Il envoie la fidèle Françoise quérir Albertine au Trocadéro. Chaque piège déjoué révèle une nouvelle occasion de tromperie…

D’ailleurs, si la jalousie nous aide à découvrir un certain penchant à mentir chez la femme que nous
aimons, elle centuple ce penchant quand la femme a découvert que nous sommes jaloux.

La jalousie de Marcel lui dicte un comportement aberrant qui fatigue la lectrice. On apprendra vers la fin du roman que les mensonges d’Albertine sont tout aussi incroyables. Malgré la surveillance de chaque instant Albertine se ménage des espaces de liberté, invente des voyages. Elle est capable de nier les évidences, et même de nier ses affirmations avec effronterie.

Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses. Mais une vérité plus profonde que celle que nous dirions
si nous étions sincères peut quelquefois être exprimée et annoncée par une autre voie que celle de la
sincérité.

Et la lectrice a bien du mal à suivre. D’ailleurs, dans ce jeu qui prêche le faux pour entrevoir un peu de vrai, je ne vois pas l’intérêt de m’infliger des pages et des pages pour un résultat si minime. Même la brave Françoise a le mauvais rôle. Proust est peut être très subtil mais je me lasse.

Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison, pour ne pas lui faire tort, de dire que je n’étais pas son amant; puisque aussi bien, ajoutait-elle « c’est la vérité que vous ne l »êtes pas ». Je ne ne l’était peut être pas complètement en effet, mais alors que fallait-il penser que toutes les choses que nous faisions ensemble elle les faisait aussi avec tous les hommes dont elle me jurait qu’elle n’avait pas été la maîtresse?

Sont-ils même amants, ces deux-là, alors qu’ils jouent à des jeux étranges de séductions  en échangeant des baisers adolescents? Etrange érotisme à travers la cloison de salles de bains séparées mais contiguës. Une véritable gêne me saisit quand il manipule Albertine endormie, comme une poupée de chiffon. Résonnance actuelle du procès de Mazans.

Moi aussi, depuis que j’étais rentré et déclarais vouloir rompre, je mentais aussi. Et cette volonté de
séparation, que je simulais avec persévérance, entraînait peu à peu pour moi quelque chose de la tristesse que j’aurais éprouvée si j’avais vraiment voulu quitter Albertine.

Au jeu truqué de la vérité s’ajoute un autre jeu pervers : celui de la rupture. provoquer une rupture pour ne pas se séparer. Albertine va-t-elle supporter cela longtemps?

Le 8-octobre – Généalogie d’une haine vertueuse – Eva Illouz – Tracts Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE …

Dana Schutz : Fanatics

Le 7 octobre, l’horreur, le pogrom, le séisme. Déchirement. Urgence de vérifier qui va bien, qui est touché… Sidération.

Mais, pourquoi Eva Illouz  a-t-elle choisi  le 8 octobre ? 

« Pourquoi ce 8 octobre a-t-il été la date où la compassion, même froide et convenue, s’est aussi
mystérieusement absentée ? »

Comment, devant l’horreur des crimes, des viols, des enlèvements de bébés, la jubilation de certains intellectuels s’est exprimée? Non pas les foules  de Gaza, Beyrouth, ou  Damas. On aurait compris mais celle d’universitaires américains, canadiens, suédois qui ont théorisé cette jubilation.

« Le négationnisme et la joie face à la fureur annihilatrice du Hamas continuent d’être pour moi, une énigme obsédante »

la déclaration de Andreas Malm, écologiste de l’université de Malmö est particulièrement choquante : 

« la première chose que nous avons dite dans ces premières heures [du 7 octobre] ne consistait pas tant en des mots qu’en des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez : ce labyrinthe de tours en béton, d’enclos et de systèmes de surveillance, cette installation consommée de canons, de scanners et de caméras – certainement le monument le plus monstrueux à la domination d’un autre peuple dans lequel j’ai jamais pénétré – tout d’un coup entre les mains de combattants palestiniens qui avaient maîtrisé les soldats de l’occupation et arraché leur drapeau. Comment ne pas crier d’étonnement et de joie»

De la résurgence de l’antisémitisme en France, de l’absence de Macron à la manifestation contre l’antisémitisme, ou des déclarations aberrantes de Mélanchon,  il n’en est pas question dans ce livre qui se concentre sur l’aspect théorique de ce qui se nomme outre-Atlantique la « French Theory« .

French, à cause de Foucault, Derrida, apparue sur les campus américains dans les années 1970 « Antiaméricanisme, anticapitalisme et anticolonialisme en constituaient les fondements »

L’essai de Eva Illouz a pour but d’analyser et de démonter cette théorie. je l’avais écoutée à la radio ICI J’ai eu envie de la lire. Cette lecture s’avère ardue pour qui n’est pas familier du vocabulaire des sciences humaines. Elle permet de mettre des concepts précis derrière le mot très très flou et connoté politiquement de « woke » qu’elle n’utilise pas. L’analyse marxiste se trouve dépassée , remplacée par le pantextualisme

« l’extension de la métaphore du texte à la vie sociale, ce que j’appelle le pantextualisme.
[…]

La déconstruction de Jacques Derrida a peut-être été la forme la plus aboutie du pantextualisme. »

On s’éloigne des catégories habituelles s’appuyant sur des faits pour décrypter des textes. Eva Illouz introduit un nouveau concept : le pouvoirisme

les notions de « discipline », de « surveillance » et « d’orientalisme» n’étaient certes pas marxistes mais
faisaient du pouvoir le signifié ultime à extirper des textes. Ce pouvoir était abstrait et sans agent et
englobait la totalité des pratiques textuelles et des sphères sociales. […]

J’appelle cette position épistémologique le « pouvoirisme

Marx avait situé le pouvoir dans la propriété, dans les moyens de production et le contrôle des termes du
contrat de travail. Pour Max Weber, le pouvoir était défini par la capacité de prendre des décisions pour les
autres et (ou) d’affecter leur comportement Les deux conceptions du pouvoir sont empiriques et font la
distinction entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Le pouvoirisme ne veut pas et ne peut
pas faire cette distinction, parce que le pouvoir est vu comme constitutif de toutes les relations sociales.
[…] le pouvoirisme, la critique des textes était plus qu’un exercice d’herméneutique : elle devenait une
performance morale de la dénonciation.

De l’analyse critique on glisse vers la dénonciation, acte politique ou moral, en tout cas loin de la rigueur universitaire pour atteindre toutes les approximations, la concurrence entre les dénonciations et toutes les outrances sont les bienvenues. L’oubli de l’histoire est acté. 

« Elles racontent le monde à travers des catégories narratives qui effacent le chaos de l’histoire, l’ordonnent
moralement et créent une nouvelle intuition morale : la cause palestinienne, même défendue par un
groupe génocidaire, est intrinsèquement bonne, Israël, même quand il répond à une attaque, incarne le
mal. »

Et enfin, la concurrence victimaire qui est la négation de l’horreur de la Shoah, les Juifs n’étant plus perçus comme victimes mais comme privilégiés.

« L’antisémitisme et l’antisionisme sont devenus des marqueurs-clés de l’identité sociale grâce à deux
processus sociologiques sous-jacents : la concurrence socio-économique et victimaire des minorités »

Instinctivement, je saisis ces concepts de  « pantextualisme », « pourvoirisme » mais je me trouve intellectuellement bien démunie! A l’heure de l’Intelligence Artificielle et des Fake News, il va être bien difficile pour le citoyen lambda de séparer le vrai du faux. Et j’ai peu d’espoir du côté des universitaires.

Figures du Fou du Moyen Âge aux Romantiques au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 3 février 2025

Fou jouant de la cornemuse –  Cathédrale de Bois-le-duc, Pays Bas, 1510-1520 – outre pleine de vent mélange du sacré et du profane

 

L’ordre chronologique s’impose mais différents thèmes sont abordés:

marginalia

Au Moyen âge ,  aux marges du monde, Monstres et Marginalias

chimère

Chimères et hybrides, êtres étranges dans les pavés des abbayes, dans les vitraux, les gargouilles, les boiseries , dragons bipèdes,

Au commencement, le Fou et Dieu

le Fou est l’incarnation de celui qui refuse Dieu. on le retrouve avec ses attributs dans la lettrine de la lettre D du psaume 52.

Egalement dans la parabole des Vierges sages et des Vierges folles.

La Vierge folle laisse éteindre la lampe, renverse la cruche dans l’idée que son insouciance et sa paresse conduit à l’oubli de Dieu.

 

par une étrange inversion Saint François d’Assise est le « jongleur de Dieu » oubliant sa bonne position sociale pour parler aux oiseaux.

La figure du Juif se mêle à celle du fou dans l’antisémitisme croissant du XIII et XIVème siècle

 

le Fou d’Amour

Aristote et Phyllis gravure Maître MZ Allemagne vers 1500

le Philosophe Aristote est transformé en bête de somme, fouetté par la belle Phyllis ce qui implique le pouvoir des femmes sur les hommes : une inversion de l’ordre habituel. Des manuscrits sont exposés illustrés avec la Folie de Lancelot, celle de Tristan…la folie de Roland dans l’Arioste. Le maître E. S. s’est fait une spécialité de la dénonciation de la folie de l’amour.

Tapisserie La Collation Tournai 1520 Dans le jardin d’Amour, le fou accoudé à la fontaine perturbe la scène

un nouveau personnage lubrique s’introduit dans le Jardin d’amour avec des gestes obscènes

Le Fou devient symbole de la Luxure

le fils prodigue chez les courtisanes

le thème du Fils prodigue est répandu avec le Vieil Amant

Des objets de la vie quotidiennes comme des moules à confiseries ou des porte-serviettes dénoncent l’amour charnel

Porte-serviette fou enlaçant une femme

Le fou à la cour

la sagesse royale trouve son antithèse dans le fou ou le bouffon, simple d’esprit ou au contraire plein d’esprit. on se souvient de Kunz, le fou de Maximilien er ou de Triboulet le fou du bon roi René d’Anjou. Le fou s’amuse, participe aux tournois et aux jeux.

Amman : joute des compagnons

Les fous figurent aussi sur la très belle marqueterie du Banc d’orfèvre du prince Electeur Auguste de Saxe qui est une pièce magnifique.

le Fou en ville : il mène la danse du Carnaval ou de la Fête des Fous entre Noël et Epiphanie. Présent dans des pièces de théâtres écrites pour Mardi Gras. Musique et danse dans les figurines des danses mauresques avec ses attributs spécifiques : la marotte en guise de sceptre, les grelots, le capuchon à oreilles d’âne.

Danse mauresque

le Fou partout

Erasme : Eloge de la Folie « C’est bien la pire folie que de voulir être sage dans un monde de fous » (1511) 

Bosch : la nef des fous

Deux ouvrages : l’Eloge de la folie et la Nef des fous annoncent la Réforme protestante dénonçant la décadence de l’Eglise. Les illustrations de Dürer, Bosch et Brueghel

J Bosch Extraction de la pierre de folie

Pour Bosch comme pour Brueghel, le fou passe au second plan et devient témoin de la folie des êtres humains.

Brueghel le jeune : Les Proverbes flamands

Eclipse et métamorphoses du fou au XVIIème et XVIIIème siècle

le fou prend de nouvelles silhouettes avec Don Quichotte ou les personnages de la Commedia del Arte.

Vers la fin du XVIIIème siècle et le romantisme, le fou revient avec Füssli : portrait de Till Eulenspiegel, et Lady Macbeth ou Goya où le sommeil de la raison engendre des monstres

XIX ème siècle : Naissance de la psychiatrie et romantisme

un très grand tableau montre le Dr Pinel, médecin en chef de la Salpêtrière. toute une série de tableaux historiques mettent en scène la folie de Jeanne de Castille, Jeanne la folle ou celle de Charles VI ainsi que les exorcismes censés chasser cette folie. 

Courbet : l’Homme fou de peur

Le fou tragique est une figure romantique, Le roi Lear, Lady Macbeth, Quasimodo, Rigoletto . La visite de l’exposition se termine avec la projection de films de Notre Dame de Paris et de Rigoletto. 

 

Anita Conti – Catel et Bocquet – Casterman

LES CLANDESTINES DE L’HISTOIRE : LA DAME DE LA MER

J’aime les exploratrices. Elles sont beaucoup plus nombreuses et plus extraordinaires qu’on ne peut l’imaginer. Dans le désordre : Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt, Alexandra David Neel, Ella Maillard, Gertrud Bell, Joris Lieve… j’en oublie tant d’autres.  Exploratrices en Afrique, en Asie, et maintenant une océanographe et même une pionnière de l’écologie.

J’ai découvert Anita Conti au Musée des Pêches de Fécamp. L’exposition qui lui est consacrée est tout à fait à sa place puisque Anita Conti a commencé sa carrière maritime sur un terre-neuvas de Fécamp. Depuis notre retour, j’ai cherché le roman graphique de Catel & Bocquet.De ces auteurs, j’ai apprécié dans la même série Olympe de Gouges.  Après avoir écouté Catel Muller sur l’appli RadioFrance, Musique émoi 

J’ai senti l’urgence d’acheter le livre. Gros format, 365 pages, 283 sous forme BD, une chronologie pour fixer les dates qui ne rentrent pas dans les cases, des fiches biographiques des personnages croisés au cours de l’histoire, une bibliographie- filmographie. Du beau travail de documentation sous le contrôle de Laurent Girault-Conti.

Chaque chapitre est séparé par une planche présentant les décors, Ermont la maison natale d’Anita, le château des Hogues à Yport, le phare de Ploumanach, l’île des princes dans le Bosphore, la Pointe d’Arcouest en Bretagne….beaucoup de villégiatures en bord de mer, des bâtiments officiels et à Paris, et bien sûr des bateaux….Catel a beaucoup soigné ces décors, j’ai reconnu le moindre bâtiment à Fécamp ou à Yport.

Anita Conti est représentée dans ses découvertes de la mer enfant avec son frère, et dans ses lieux de travail. J’ai beaucoup aimé les scènes de pêches , à la morue et dans les pêcheries des mers chaudes en Guinée.

J’ai aimé croiser Cocteau, le cinéaste Painlevé, le Commandant Cousteau, Gaston Deferre, Ella Maillart et Théodore Monod (et bien d’autres) .

Toute une traversée dans le XXème siècle . Anita Conti (1899 – 1897)  a vu bien des évènements. Son mari Marcel Conti, diplomate a assisté à la montée d’Hitler de Vienne. Anita était à Dunkerque en 1940. A bord de chalutiers, elle a détruit des mines flottantes allemandes. De Dakar et de Conakry, elle a contribué au ravitaillement de la métropole.

Surtout, une immersion dans le milieu de la pêche et de l’océanographie. Très tôt, elle a dénoncé les effets de la surpêche, la raréfaction des cabillauds dans les lieux de pêche traditionnelles. Elle s’est élevée contre le gaspillage, le rejet des « faux poissons », poissons non commercialisables. Réelle empathie avec les pêcheurs dont elle s’est fait respecter, seule femme à bord. Empathie aussi avec les pêcheurs africains sur leurs pirogues.

Elle a aussi expérimenté des techniques nouvelles, comme les méthodes de conservation des poissons des mers chaudes, et l’aquaculture des morues dans des « volières » tractées en mer du Nord.

Avant tout c’était une communicante exceptionnelle : journaliste, photographe, cinéaste capable de mener des campagnes originales pour la protection des ressources des océans, contre l’immersion  de déchets radioactifs, pour la consommation de poissons inconnus sur les marchés français comme le sabre….

Et toujours avec une grande élégance et le sourire! Une grande dame qu’on aurait aimé fréquenter.

Villages du Gâtinais : Amponville – Puiseaux

BALADE A LA LIMITE DE L’ILE DE FRANCE

L’église d’Amponville

Quittons l’autoroute à Ury par une route bordée de champs de betteraves et d’autres champs labourés (début octobre), de tournesols noircis. Les villages sont pittoresques. Amponville a une église  charmante. Les 3 palmiers alignés nous rappellent le changement climatique. Palmiers en Beauce? 

Les fresques d’Amponville

L’église est ouverte très simple mais décorée à fresques .

les 3 cavaliers

Le Dict « les trois morts et les trois vifs »

On connaît la légende : trois morts se dressent soudain devant trois vivants qui reculent d’horreur ; les morts parlent et les vivants font sur eux-mêmes un salutaire retour

les trois vivants sont trois jeunes gentilhommes du plus haut rang, l’une st duc, l’autre comte, le troisième fils de roi. Voici qu’à l’extrémité d’un champ ils se trouvent tout d’un coup dans un vieux cimetière où trois morts sont debout et semblent les attendre. Leur linceul laisse voir leurs os décharnés. 

A cette vue les trois jeunes hommes frémissent comme feuille qui tremble et les morts se mettent à parler. Dans leurs bouches où il ne reste plus de dents sortent de graves paroles « J’ai été Pape » dit le premier, « J’ai été cardinal » dit le second « J’ai été notaire du Pape » dit le troisième. Et ils reprennent « vous serez comme nous sommes . D’avance mirez vous en nous : puissance, honneur et richesse ne sont rien à l’heure de la mort il n’y a que les bonnes œuvres qui comptent.
Les trois jeunes hommes, profondément émus, écoutent ces paroles qui viennent d’un autre monde et croient entendre la voix de Dieu.

Cette légende et les fresques se retrouvent dans l’église Saint Martin du village voisin de Fromont. Il semble que le même artiste, revenant d’Italie a réalisé ces décors dans plusieurs églises de la région.

Etrange trouvaille!

Nous quittons l’Île-de-France et la Seine-et-Marne pour arriver dans le Loiret et passons par le bourg de Puiseaux qui possède des Halles du XIIIème siècle avec une merveilleuse charpente en bois.

Halles de Puiseaux

L’église (XIIIème)  est vaste et possède un très curieux clocher tors. Cette forme originale est fortuite, à la suite d’un incendie au XVIIIème siècle on reconstruisit le clocher avec du bois qui n’était pas assez sec et il en résulta une torsion accidentelle.

Le clocher tors de Puiseaux

Comme nous ne voulions pas arriver les mains vides, nous avons acheté le dessert chez le pâtissier derrière la Halle. La spécialité du pays est le Pithiviers (nous sommes à moins de 15 km de la ville de Pithiviers) pâtisserie à la poudre d’amande recouverte de sucre glacé.

 

 

L’Hôtel du Bon Plaisir – Raphaël Confiant

LECTURE COMMUNE -SOUS LES PAVES, LES PAGES

« Ainsi vécut, trente-sept ans durant (1922-1959), un modeste bâtiment à l’origine destiné à soulager la
misère des guenilleux du quartier des Terres-Sainville, au beau mitan de Fort-de-France, capitale de la
Martinique, petite île à la topographie excentrique »

L’enseigne prête peut-être à confusion. Ce n’est pas un hôtel, encore moins un lieu de plaisir, mais un immeuble où habitent des « gens de bien ». Edifié  par trois soeurs « békées » trois célibataires, issues d’un couvent  au nom de « L’Hôtel de la Charité Saint François de Sales » afin de soulager la misère de ce quartier déshérité.  

« L’ex-avocat, nouveau propriétaire de l’Hôtel du Bon Plaisir, avait donc un roman en chantier. Un grand et
vaste roman. Celui des locataires, passés et présents, de son établissement. »

C’est donc ce roman qui se dévoile page après page. Il mêle les histoire de tous ces personnages et de leurs proches, histoires particulières, mêlée à la grande Histoire, celle de la Martinique, des souvenirs de l’esclavage, révolu depuis longtemps mais encore prégnant, jusqu’à ce que la Martinique ne devienne un département.

« Le soir venu, il notait tout cela dans des cahiers d’écolier dont les couvertures étaient de couleurs différentes. La rouge avait trait à Man Florine. La bleue aux sœurs de Lamotte. L’orange à Justina Beausoleil. La marron à Beausivoir, l’entrepreneur en travaux divers. La verte à Jean-André Laverrière, le clarinettiste. La blanche à Victorin Helvéticus. La jaune à la famille
Andrassamy. »

Un clarinettiste de jazz qui a joué au Bal Blomet. Un ancien instituteur décoré des palmes. Un entrepreneur. Une vendeuse de pistaches, ancienne charbonnière syndiquée à la CGT. Une famille indienne avec une nombreuse marmaille. Un avocat mulâtre. Un étudiant brillant mais un peu fou…un commerçant chinois… un gérant syrien …composent une société diverse ayant en commun le créole et une certaine déveine.

Des évènements à la limite du surnaturel surviennent, un incube vient importuner les femmes, deux meurtres non élucidés agitent la vie quotidienne de cette communauté où circulent les ragots et les jalousies, mais où la solidarité est la règle.

Au fond, si l’on considère l’Hôtel du Bon Plaisir comme un bateau, un paquebot plutôt, un paquebot échoué,
eh bien, mon naufrage n’est pas aussi absurde qu’il en a l’air. Dans cet immeuble bringuebalant se sont
rassemblés, comme par un fait exprès, des destins brisés, des existences secrètement gardées, des rêves
explosés ou tout simplement le plus terre à terre, le plus insignifiant des désarrois : celui de vivre sur une
terre où rien ne sera jamais possible. Que pourrait-on faire, en effet, d’une île où à la sauvagerie de
l’extermination des Amérindiens a succédé la barbarie de l’esclavage des nègres ? Deux tragédies
fondatrices, pontifie un penseur local qui vient de recevoir un prix littéraire à Paris ! Tu parles de
fondations ! Des fosses communes, oui. Ou plutôt des charniers à ciel ouvert. Du sang ! Du sang ! Voici les
cent pur-sang du soleil parmi la stagnation

Un roman très riche rédigé dans une langue pittoresque. J’ai pensé à Chamoiseau,  à Texaco où la vie d’un quartier est racontée. 320 pages qui se tournent toutes seules et vous emmèneront à la Martinique mais aussi à Paris pour votre plus grand plaisir. Seul bémol : l’enquête policière à la suite des meurtres reste en carafe. 

 

 

 

La fête de la Grue – sortie ornitho au bord du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Antoine Cubaixo a donné rendez-vous devant  l’église de Châtillon- sur-Boué, encore une belle église de bois ! J’y retrouve mes compagnons de visite, une famille roumaine en camping-car très équipée et très experte, et une dame et ses deux fils de 10 et 8 ans. Le spot d’observation sera sur la digue près de la presqu’île de Larzicourt où on installe les trépieds avec lunette ornithologique et appareils photo. De l’autre côté de la digue les oiseaux sont tranquilles dans leur espace de quiétude où il est interdit de pénétrer. Ma première surprise est le niveau du lac finalement pas tellement rempli. Heureusement si l’eau arrivait à ras-bord les oiseaux n’auraient plus la place pour se poser.

Le guide fait peu de discours, il commente les surprises que les oiseaux nous réservent.

Lac du Der

Un Héron Cendré solitaire est perché sur la souche d’un ancien chêne qui a été abattu avant la mise en eau du lac. Ces souches sont bien conservées et sont visibles tout autour du lac. Un groupe d’oies cendrées broute l’herbe verte. Elles viennent de Suède et hiverneront ici.

Un peu plus loin, dans l’eau, une Grande Aigrette (Ardea alba) pêche. Les plumassiers ont décimé ces animaux pour orner chapeaux et costumes.. Une protection efficace a permis aux effectifs de cette espèce en danger de se reconstituer.

Le Pygargue à queue blanche ( Haliaeetus albicilla) plane et tourne autour d’un grand saule. Nous suivons ses évolutions espérant saisir le moment où cet aigle pêcheur va fondre sur sa proie. Nous serons déçus, et lui, bredouille, encore plus, Un vol de Vanneaux huppés (Vanellus vanellus) se pose au bord de l’eau sur un banc de sable. Un peu plus loin, parmi les limicoles nous reconnaissons le bec arrondi du Courlis (Numenius arquata), plus tard le guide identifiera un bécasseau, hautes pattes et bec pointu, puis une bécassine des marais.

De nombreux canards pataugent ou marchent près du bord, colverts, mais aussi Sarcelles d’hiver (Anas crecca) , Canard siffleurs (Mareca penelope) et même quelques Nettes rousses (Netta rufina).

roselière, petite « ile » noire formée par les foulques

Entre la presqu’ile et le rivage, une étroite petite île noire semble trembloter. Ce n’est pas du tout une île mais un regroupement de Foulques macroules (Fulica atra)qui  barbotent collés les uns aux autres. A l’œil nu on ne distingue pas les oiseaux, à la jumelle on les voit mais il faut les lunettes pour trouver au milieu des foulques les têtes rondes des nettes et des sarcelles qui s’agglomèrent aux foulques. L’union fait la force, les foulques craignent les prédateurs, le Pygargue que nous avons suivi et même les goélands. Réunis en bancs compacts ils se sentent protégés.

Au travers de la lunette : dans l’eau des cygnes, sur l’herbe, les grues

Mais nous sommes venus pour les Grues ! Nous guettons les arrivées, alertés par leurs cris. Si elles viennent du sud, elles sont généralement peu organisées et en petits groupes. Elles reviennent du gagnage dans les champs proches du lac. Les groupes se dissocient et éclatent, elles atterrissent par famille, un couple et des jeunes, ou un couple seul. Celles qui arrivent de loin viennent du nord, en formations en V très bien organisées, en grand nombre. Parties de Scandinavie sont passées par l’Allemagne, ont traversé la Belgique, vers Liège. Certaines passeront l’hiver au Lac de Der.  Leur destination finale est au Portugal et au Sud de l’Espagne. Ce sont de très gros oiseaux de plus d’un mètre de hauteur et de 1,8 m à 2,4m d’envergure. Nous les regardons s’installer, certaines dansent, d’autre se baignent se secouent. Le Der est pour elles une aire de repos et les champs de maïs proches leur offre une abondante nourriture. Même avec le réchauffement climatique elles continueront à migrer. Les Grues ne craignent pas tant le froid que le manque de lumière au nord en Scandinavie. Les journées seraient trop courtes pour chercher leur provende qui serait inaccessible si la neige ensevelit le sol ou si le gel le durcit.

Vol de grue

La LPO organise des comptages. Ce matin, 20 octobre on a comptabilisé 91.000 arrivées, ce qui est beaucoup. Les résultats sont accessibles sur leur site  qui permet de suivre les migrations jour par jour.

C’est un plaisir de les voir s’installer. Pour bien les observer, mes jumelles sont un peu limite. Un de mes compagnons de visite m’offre une photo avec mon smartphone  par l’oculaire de sa longue vue. A cinq heures les arrivées sont impressionnantes. Je rejoins à pied sur la digue le site de Chantecoq où la LPO a installé ses tentes et son matériel.

 

 

 

 

 

Sainte Marie-au-Lac-Nuisement – Village musée du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Village- Musée du Der : pigeonnier et maison du forgeron

Temps radieux, nous rejoignons rapidement Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement, le village musée. La commune a fusionné avec celle de Nuisement-aux -bois en 19669, juste avant la mise en eau du Lac. L’église paroissiale de Nuisement a été démontée et reconstruite  avec la mairie école, un pigeonnier, la maison du forgeron pour reconstituer un village d’autrefois à l’architecture à pan de bois typique de la région.

La visite du Village-Musée a pour introduction un film expliquant l’histoire du Lac du Der.

le lac du Der à la presqu’île de Champaubert

 A la suite de la mémorable crue de 1910 qui a inondé Paris puis d’autres crues en 1924, 1955.  Des réservoirs ont été réalisés en aval le réservoir « Marne » ou Lac du Der, (mis en service en 1974 )le réservoir « Aube « Amance -Temple» 1990 « lac d’Orient » mis en service en 1966 ainsi qu’un autre sur l’Yonne Pannecières (1949). Quatre Grands lacs sont gérés par l’EPTB SEINE GRANDS LACS  qui intervient sur tout le Bassin de la Seine pour prévenir les inondations et en soutien d’ étiage pour permettre la navigation sur la Seine et réguler les prélèvements en eau.

Le Lac du Der est le plus vaste, c’est même le plus grand plan d’eau de France.

Il a été réalisé dans la Champagne humide qui a un substrat argileux donc imperméable à l’emplacement d’une ancienne plaine marécageuse) couverte d’une forêt de chênes. Le nom Der provient du celte Dervos, désignant le chêne. Trois villages ont été noyés Champaubert (201 habitants), Nuisement (63 ), Chantecoq (57). Les maisons ont été brûlées après le déménagement.   De nombreux chênes ont été abattus. Les souches des arbres sont encore visibles sur les bords du lac après 50 ans le bois est encore préservé.

L’eau de remplissage du lac par le Canal d’amenée provient de la Marne au niveau de Saint Dizier mais aussi de la Blaise. Le canal de restitution se déverse dans la Marne à l’ouest près d’Arrigny

Après toutes  les inondations récentes en Seine et Marne j’ai été étonnée de voir que le lac était loin d’être rempli : le site de Seine Grand lac donne le pourcentage de 35% en ce moment, j’ai été étonnée de découvrir que le débit en aval max avait été atteint le 1er juillet.

Dans ce musée, l’accent est mis sur l’engloutissement des villages avec de nombreuses photos d’époque, des interviews dans la vidéo…

En plus de la protection contre les crues, l’établissement du lac a aussi été une opportunité pour le tourisme avec plusieurs bases nautiques, des plages, des campings. Des animations ont lieu tout au long de l’année avec La Fête de la Grue, fin octobre, mais aussi la Fête de la Pomme et des cucurbitacées, au printemps des insolites fêtes de l’Ortie et du Pissenlit….Tout est prétexte à réjouissances!

La création d’un vaste plan d’eau et de zones humide favorise la biodiversité. Il est situé sur la route migratoire des grues mais aussi de nombreux oiseaux, une quarantaine de mammifères et de nombreux invertébrés.

On a reconstitué diverses saynètes de la vie d’antan des vieux métiers.

la forge, le charron et le maréchal ferrant

Charpentiers et maisons à pans de bois et torchis. Dans la région il n’y a pas de pierre pour la construction. Autrefois une forêt de chênes prospérait. On trouvait donc les matériaux sur place : pour faire le torchis on mélangeait la terre douce argileuse avec de la paille d’avoine et des crins de cheval, à l’extérieur l’enduit était à la chaux. Les murs exposés aux intempéries étaient protégés par des lattis, bardeaux, tavillons ou écailles. On posait des planches d’aulne, des lattes et des écailles de poisson de chêne.

les maisons en torchis et à pans de bois

Les ateliers du bourrelier matelassier, une laiterie, la forge du forgeron, charron maréchal-ferrant. Dans un hangar on voit la batteuse ancienne et divers outils agricoles.

Sainte marie du Lac : jardins et mairie école

Au centre de la pièce un village de maquettes reproduit les modèles de ces maisons champenoise. Certaines sont très grandes, construites autour d’une cour carrée fermée.

Le jardin à insectes montre les divers nichoirs à insectes. Pour les bourdons pollinisateurs un pot de fleur retourné fait l’affaire, des carrés de sables peuvent héberger guêpes solitaires, fourmilions. Les carrés de compost sont appréciés des coléoptères et cétoines.

Un jardin aromatique avec menthes, livèches, et tous les simples continue la  promenade agréable.

On a remonté la Mairie-école, avec une classe ancienne. Tout un couloir est dédié au chêne, (Der=chêne) avec de nombreuses explications, même pour consommer les glands.

L’église de Nuisement

L’église Saint Jean-Baptiste était l’église du village de Nuisement démontée et remontée pièce par pièce en 1970. Les bois les plus anciens datent de 1479. La place du village face à l’église limitée par la Mairie est bordée par la maison du forgeron et le pigeonnier.

Cette visite au Musée m’a pris près de deux heures et je n’ai pas tout vu.

Rendez-vous avec les Grues Cendrées au Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Lac du Der

Le Lac du Der se trouve en Champagne entre Vitry-le-François et Saint Dizier. C’est le plus grand lac artificiel de France et c’est un site très important pour les oiseaux migrateurs. Fin octobre, on peut observer la migration des grues cendrées. Nous partons à l’aventure.

La RN4 traverse les forêts de Ferrière et Crécy. Les merveilleuses couleurs d’automne éclairent ce jour bien gris. Brusquement la RN4 est coupée, chantier ? inondations ? aucune explication, nous errons sur les petites routes de Seine et Marne en direction de Coulommiers, passons par Chevru, Beton-Bazoches…tournicotons avant de retrouver la RN4  en direction de Sézanne, puis de Vitry le François. Les nuages se sont dispersés, un faible soleil éclaire les vignobles de Champagne à flanc de coteaux.  On traverse une campagne de très grands champs ouverts avec de rares bosquets et des rangées d’éoliennes.

Sompuis église et mairie

Nous comptions acheter un pique-nique en route, une baguette, une tranche de pâté auraient fait l’affaire. La nationale contourne Sézanne puis traverse des villages où le commerce local semble absent, pas une boulangerie, même pas un café. Nous attendons Vitry-le-François … que nous n’atteindrons pas puisque, à Coole, le GPS nous dirige dans la campagne. A Sompuis  enfin, une alimentation est signalée : étrange, c’est à  la Poste installée dans la Mairie, en plus des rayonnages d’enveloppes et de cartons, des conserves et produits d’entretien, quelques frigos avec la charcuterie de base. Je demande au postier-épicier s’il y a des chances de trouver du ravitaillement ailleurs. Il ne le pense pas « nous sommes dans une zone morte ». Zone morte, mais touristique quand même, à l’approche du Lac du Der. Des panneaux rappellent les batailles de la Marne pendant la Grande Guerre. Les villages traversés Humbauville et Le Meix-Tiercelin, semblent plutôt désertés avec des maisons en triste état.

Outines – poirier

Le village d’Outines est très joli. Il est aménagé en gîtes ruraux avec des longères en pans de bois. L’une d’entre elles s’appelle « Au passage des Grues ».

Eglise d’Outines

L’église est très curieuse en bois, à l’intérieur la charpente de la nef est très belle. Pendant que je fais des photos Dominique croit entendre des enfants dans une cours de récréation. Bizarre, ce sont les vacances ! C’est notre premier contact avec les grues : très bruyantes, elles tournoient au-dessus de nos têtes. Nous en avions bien vues dans un champ mais je les avais prises pour un troupeau de moutons en train de brouter. Je n’ai réagi qu’après avoir découvert ces vols.

Outines longères

Nous abordons le lac à Giffaumont-Champaubert tout aussi dépourvu de commerces. Une haute digue verte cache l’eau. Des cyclistes et des piétons se détachent sur le haut de la digue. Un peu plus loin je découvre les installations de l’Office de Tourisme et du Casino. Les parkings sont très vastes, la circulation y est un peu compliquée canalisée par des sens obligatoires. Pour trouver un coin près de l’eau pour pique-niquer il nous faut aller à la station nautique.

les bords du Lac du Der

 14h ouverture de l’Office de Tourisme. C’est la Fête de la Grue toute cette première semaine des vacances scolaire. On me distribue des papiers avec toutes les animations prévues. Le train de l’Oiseau est complet pour tout le week-end et même le mercredi. Les visites guidées sont gérées par les animateurs qu’on peut contacter par téléphone. Les hébergements sont également proposés mais il faut faire sa réservation soi-même. Evidemment tous les gîtes et chambres d’hôtes proches du lac sont complets. L’hôtesse nous recommande l’Hôtel Ibis de Saint Dizier. J’appelle  Antoine Cubaixo qui a de la place dimanche à 15 heures, la LPO propose aussi des observations à Chantecoq pour le Lever des grues à 7h15 le 22 octobre et le 24 ainsi que le Coucher des Grues.

Des projections de films et des conférences se déroulent au cours de la semaine.

Le programme est chargé pour qui voudrait rester toute la semaine.

l’église de Champaubert

Antoine Cubaixo, le guide, nous conseille le coucher du soleil à la presqu’ile de Champaubert d’où on a une très belle vue sur le lac. Sans attendre, nous rejoignons le site de l’église. Quelques places réservées PMR offrent à Dominique un panorama pendant que je vais me promener.  Une stèle de granite rappelle que trois villages(Champaubert, Chantecoq et Nuisement) ont été noyés sous les eaux du lac.  L’Eglise est celle de l’ancien village de Champaubert, au bout de la presqu’île, est  protégée par une digue. Désacralisée, il s’y déroule des expositions et des évènements culturels. En septembre dernier, des vitraux contemporains sur le thème des grues ont été inaugurés.  Aujourd’hui, l’église est fermée ; je n’aurai pas l’occasion de les découvrir.

Une piste cyclable et piétonne fait le tour du lac, Une longue passerelle métallique conduit à la station nautique de Giffaumont-Champaubert, jolie promenade mais un peu trop bétonnée avec la marina, les parkings, les kiosques… un peu plus loin, en direction de Chantecoq, les alentours sont plus naturels et plus calmes. Je rentre un peu avant le coucher du soleil près de l’église. Les passionnés d’oiseau ont installé leurs trépieds pour les lourds appareils photos et téléobjectifs spectaculaires ou les longues-vues. Le groupe le plus proche est germanophone, Allemands et Hollandais (ou Belges) commentent en allemand l’arrivée des oiseaux , surtout celle d’un vol de grands cormorans, je retrouve le nom allemand des grues (Krane) que j’avais oublié. Pas de grues en vue, un héron et de nombreux canards que je n’identifie pas tout de suite, ne connaissant pas les noms d’espèce en allemand.

Le soleil baisse, les teintes rosées dorées, les reflets sur le lac font du coucher du soleil un moment grandiose. Un pêcheur rentre à la rame. Enfin un vol de Grues traverse, je tiens ma photo. Evidemment avec le téléphone et mes jumelles, je ne peux rivaliser avec les pros !

Nous rejoignons à la nuit tombante l’hôtel de Saint Dizier par Braucourt et Eclaron, nous enjambons des cours d’eau : la rivière Blaise, le Canal d’Amenée qui apporte l’eau de la Marne, la Marne, elle-même, et même le Canal entre Champagne et Bourgogne le long de la RN4.

L’hôtel Ibis se trouve dans une zone commerciale sur la route de Bar-le-Duc. La RN4n’entre pas  dans la ville. Nous ne connaîtrons pas Saint Dizier !  Accueil est très sympathique. L’hôtesse porte une curieuse coiffe noire, les araignées velues noires géantes, les tissages imitant des toiles d’araignée, les têtes de mort, suggèrent-Halloween. On nous suggère à peine de dîner au restaurant. La zone commerciale offre des opportunités moins onéreuses : un Croosty-Naan,  un McDo .

Mesopotamia – Olivier Guedj

DE LA MESOPOTAMIE A L’IRAK –

Le blog Vagabondage autour de moi a attiré mon attention sur Mesopotamia CLIC

Olivier Guedj a construit ce roman sur deux axes : la biographie de Gertrude Bell et  sur la création du royaume de l’Irak. J’avais déjà lu le récit  des voyages de  Gertrude Bell (1907) : The Desert and the Sown    en anglais (non traduit) et sa biographie de Christel Mouchard  : Gertrude Bell archéologue et aventurière agent secret

J’aime beaucoup les récits des exploratrices, Alexandra David-Neel, Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart.  Gertrude Bell n’est pas une inconnue! 

« Sur les terres de l’empire ottoman moribond, que tous s’emploient à achever, se joue le vingtième siècle :
l’avenir du monde. »

C’est donc plutôt le versant historique qui m’a intéressée dans ce livre. Née sous Victoria, Gertrude Bell, est une supportrice fervente de l’Empire Britannique. Elle épouse la politique impériale : et la Mésopotamie se trouve sur la Route des Indes qu’il importe de baliser, de Gibraltar, Malte, Chypre, l’Egypte, au Grand Jeu en Afghanistan.

Un autre intérêt stratégique surgit : le pétrole 

« Lorsque gicla le premier jet d’or noir, un matin de 1908, l’officier en charge de la sécurité du gisement cita
dans le télégramme qu’il envoya à ses supérieurs un psaume biblique où il était question de Dieu et d’une
huile sortie de terre faisant resplendir le visage de l’homme. »

L’effondrement de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale va donner l’occasion à l’armée anglaise de s’établir en Mésopotamie. Cette conquête n’a pas été facile. Le désastre de Kut en 1916 a inspiré à Kipling le poème Mesopotamia éponyme du titre du livre de Guedj

1917
They shall not return to us, the resolute, the young,
    The eager and whole-hearted whom we gave:
But the men who left them thriftily to die in their own dung,
    Shall they come with years and honour to the grave
La politique coloniale britannique a d’abord imaginé la région comme une colonie de peuplement défendue par l’Armée des Indes, où la monnaie serait la roupie, avant-poste des Indes. Pour l’administration de Sa Majesté, les territoires administrés par la Porte n’étaient pas une nation mais plutôt une mosaïque de populations diverses, Arabes, Chrétiens, Juifs, Kurdes.
Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde,
ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les
juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très
peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie
appartiennent aux races assujetties… »
Cependant après les campagnes de Lawrence  avec les tribus arabes, la déclaration Balfour, la création de la SDN … Avec les accords Sykes-Picot, le Royaume Uni et la France ont partagé le Moyen Orient.
La politique britannique change. Il s’agira de manipuler sous Mandat britannique un état nouvellement créé. Donner à l’Irak un souverain sous tutelle.
Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en
Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques,
linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont
inestimables.
Le rôle de Gertrude Bell sera d’être faiseuse de roi à côté de Lawrence qui a promis des royaumes. 
Au cours de ce roman se dessine le Moyen Orient, et c’est passionnant!