Pointe du Van et Baie des Trépassés- Plogoff

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Pointe du Van et vue sur la Pointe du Raz

J’ai acheté le topoguide L’ouest Cornouaille à pied. j’avais hésité entre le guide et la carte au 1/25.000ème.

balade n°13 Tour de la Pointe du Van, commencée au point 2 aux Moulins de Trouguer. 

Moulin de Trouguer

Les moulins ont fière allure avec leurs ailes de bois où flotte encore un peu de toile. En saison, la maison d’interprétation fermée en septembre n’ouvrira qu’à la fin juin. Une piste mène à un four à pain de Kériolet au toit arrondi couvert de mousse.  Des haies limitent de vertes prairies, la piste devient sentier. Je découvre la côte déchiquetée de la Pointe du Van. 

Chapelle Saint They

la chapelle Saint They paraît bien austère dans son enclos. De près je découvre son calvaire avec une statue perchée sur une colonne, ce n’est pas un personnage mais deux: une femme regarde la terre tandis qu’un homme se dirige vers l’océan

deux personnages !

Une petite fontaine est encastrée dans un petit enclos. Des roses séchées ont été déposées. Le topoguide signale deux fontaines, je n’en ai trouvé qu’une. Le GR34 est délimité par des fils métalliques pour empêcher le piétinement. Le couvert végétal s’est bien reformé après les travaux de restauration.  Après la fontaine, le GR34 devient plus escarpé, plus difficile autour du « Port Vorlen« Les bâtons de marche s’imposent. Je croise un couple qui marche avec deux bâtons « à nos âges » commente le monsieur.

J’arrive pour l’heure du déjeuner à la Baie des Trépassés où Dominique m’attendait. Elle a gardé un souvenir ébloui d’un séjour à l’hôtel. Du sentier j’ai découvert la belle plage de sable fin qu’un cordon de galets ceinture. Les vagues déferlent, les surfeurs se déchaînent.

La Baie des Trépassés vue du GR34

Le nom sinistre de Trépassés est vite oublié sous le soleil. Le topoguide m’apprend que dans cette vallée centrale du Cap Sizun, se trouve un petit bassin houiller exploité depuis 1759 mais vite abandonné. J’avais prévu de monter par le sentier à la Pointe du Raz et qu’on se retrouve sur le parking. mais nous avons un rendez-vous médical en téléconsultation et nous avons peur qu’Internet ne soit pas assez fiable.

En passant par Plogoff, le fumoir à poisson semble ouvert mais personne ne paraît quand je sonne la cloche. la marchandise exposée dans des vitrines réfrigérées est pourtant très appétissante : truites de mer fumée, thon en tranche et en bloc et surtout sardines entières que je regretterai tout le séjour.  Pause à la Plage du Loc’h. Ici, le GR34 s’est éboulé, il faut contourner les maisons sur la route, ce qui me dissuade de continuer. Je préfère marcher aller et retour les pieds dans l’eau. Certains se baignent. Ils sont bien aguerris! Je remarque les mouettes qui piétinent, pédalent dans le sable mouillé d’une pellicule d’eau pour faire remonter des minuscules proies. 

Arrivée à Audierne, notre gîte à Esquibien

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Pique-nique à ‘entrée de la presqu’ile de Quiberon à marée basse. Deux heures de route sur la 4 voies bretonne gratuite qui contourne Lorient. Nous arrivons sous le soleil à Audierne. Après avoir longé les quais nous posons la voiture sur un grand parking à l’entrée du port? Promenade sur une longue digue empierrée jusqu’à un petit phare blanc et rouge : la Jetée de Raoulic. La marée monte; Des surfeurs s’élancent sur la vague qui déferle sur le port longuement comme un mascaret.

Le port d’Audierne

Des panneaux émaillés racontent l’histoire d’Audierne. 

Port marchand dès le XVème siècle exportant au loin sel et marchandises. Puis vint le temps de la pêche. Du XVIIIème au début du XXème siècle, la sardine fit la richesse dAudierne. Dès le début du XXème siècle les bancs de sardines se sont raréfiés. Les pêcheurs ont alors pêché la langouste dont les effectifs ont aussi décliné, remplacés par le thon. Ces reconversions m’ont rappelé les analyses d’Anita Conti sur la prédation de la ressource.

Plus loin j’ai découvert la ville, ses commerces, la Mairie et les halles.

Notre gîte est à Esquibien, sur la route de la Pointe du Raz. En 1960 j’avais fait un camp de Petites ailes dans l’école d’Esquibien qui avait laissé le souvenir d’un petit village. Avec Leclerc, Biocoop et Liddl , je découvre plutôt une banlieue d’Audierne. Nous logeons dans une maison moderne dans un lotissement, le Cabestan, allée Surcouf. maison modeste, moderne mais bien typique crépie de blanc avec des volets bleus. A l’intérieur, pas de chichis, c’est clair, fonctionnel. A l’arrière un carré de jardin, tables et des fauteuils en plastique et de très confortables chaises longues. C’est parfait.

Mégalithes :Alignements de Carnac

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE 

Depuis le 12 juillet 2025, les Alignements de Carnac sont inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, . La précédente visite, en 2010, sous la pluie, CLIC n’avait pas laissé un souvenir impérissable, les menhirs se voyaient de la route dans une végétation assez dense, mal mis en valeur.

10h, à l’ouverture du Musée de la Préhistoire au centre du bourg, j’espère trouver une visite accompagnée. Elle est à 15 h hors saison, et il faut s’inscrire en ligne. Musée de la Préhistoire et Maison des Mégalithes sont deux entités séparées.

Comme tous les grands sites, les alignements sont encadrés de grands parkings arborés, d’un petit train touristique, bus à impériale. En saison, il doit y avoir la foule mais fin septembre, même le dimanche, l’affluence est raisonnable.

La Maison des Mégalithes se trouve sur place hors de Carnac. Une vidéo prépare la visite individuelle balayant les mythes et les idées fausses comme celle des pierres tombées du ciel, les théories astronomiques sont aussi mises de côté. Une nouvelle hypothèse : les stèles formeraient une barrière stratégique ceinturant un territoire. Il faut aussi tenir compte des variations du zéro marin au Néolithique (4800 – 2500 av. JC), de nombreuses stèles se trouveraient immergées. La vidéo montre aussi les fouilles du tumulus Saint Michel une seule tombe contenant du mobilier de prestige. Le sel était déjà une contrepartie d’échange mais on ne peut pas parler de commerce, plutôt des cadeaux diplomatiques. Une belle exposition de photographies des années 50 et 60 montrant une grande familiarité des habitants de Carnac qui se sont tiré le portrait en famille assis sur les stèles, les enfants grimpés sur les menhirs. Certains sont en costume local. 

Alignements de Ménec

Un sentier piétonnier longe le grillage. le circuit est d’une dizaine de km (8 + un détour pour voir le Géant et le Quadrilatère de Manio en forêt). Il part de la Maison des Mégalithes, passe par le village de Menec où les blocs se dressent presque dans les maisons. Les plus grands sont mis en valeur par l’herbe rase. Plus loin, ajoncs et genets gagnent. 

Des cartels racontent l’histoire des aménagements du site. Les habitants n’ont pas toujours vu d’un bon œil ces installations : les expropriations et les grillages. Une association Menhirs libres a contesté ces grillages ainsi que la construction de belvédères d’observation. Il s’en est suivi une gabegie financière : enlèvement des grillages, destruction des belvédères, un véritable feuilleton local. Sans parler de l’histoire ancienne quand on réemployait les blocs pour la construction. D’autres avertissements décrivent la fragilité du site : le déchaussement des stèles justifie leur protection. En revanche, rien sur l’archéologie. Il aurait fallu aller au Musée de la Préhistoire. Carnac mérite plus qu’une matinée ! Sans parler des sites voisins à Locmariaquer (Table des Marchands etc…)

Le géant

Promenade très agréable sur un chemin sablé, parfois des planches avec une partie en sous-bois pour le Géant et le Quadrilatère de Manio. Les champignons colonisent les souches.

Le soleil a dispersé les nuages, le retour sous une lumière vive offre de nouvelles perspectives. Je pense aux autres sites mégalithiques en Corse, en Sardaigne, à Malte ou au Musée de Rodez…Plus j’en visite et plus le mystère s’épaissit et plus je suis ravie d’en découvrir de nouveaux

 

En Route vers l’Ouest, halte dans le Golfe du Morbihan

CAP SIZUN ET CORNOUAILLE

Voiliers à Locmariaquer

Autoroute A11, par Angers, Nantes, puis belle 4 voies bretonne gratuite Vannes, Auray. Pause déjeuner sur l’aire de Marsan, d’où partent des sentiers de randonnées avec une belle vue sur le pont qui franchit la Vilaine. 

Galettes saucisse pour commencer ces vacances bretonnes.

Locmariaquer

Nous traversons Vannes à 14 h, trop tôt pour chercher un hôtel et continuons vers la mer, ou plutôt le Golfe du Morbihan.  Locmariaquer. est une station balnéaire tranquille, le seul établissement qui possède des chambres en rez de chaussée est le Neptune, au bout de l’embarcadère du Guilvin. Très bien situé, un peu vieillot, charmant mais complet. Nous réservons au Lodge Kérisper – 4* à La Trinité-sur-Mer une chambre aménagée PMR. 

Entre temps, très belle promenade au soleil. Le sentier côtier quitte le bord de mer pour contourner les fermes ostréicoles. Au club nautique, de très nombreux petits catamarans sont sur le pré pour leur repos hivernal tandis que dans le Golfe et sur la mer ouverte croisent des dizaines de voiliers, certains très grands. Je continue jusqu’à la Pointe de Kerpenhir, si j’avais disposé de plus de temps je serais arrivée à l’Allée couverte des Pierres Plates et voir d’autres dolmens. Locmariaquer est un site mégalithique important.

la Trinité-sur-Mer

le soir tombe sur Saint Philibert vu du Pont kerisper

Le pont Kérisper enjambe la rivière Crac’h. Notre hôtel Le Lodge Kérisper se trouve sur la colline. Un groupe de maisons anciennes de pierre ont été regroupées dans un jardin. Une piscine y est nichée, chauffée même fin septembre. Un peu fraîche, j’ai essayé sans réussir à m’y plonger complètement.  

 

Alice Guy – Catel&Boquet – Casterman

LES CLANDESTINES DE L’HISTOIRE

J’ai découvert cette série de romans graphiques avec Olympe de Gouge puis Anita Conti qui ont été des coups de cœur, j’ai aimé Joséphine Baker, un peu moins le personnage de Kiki de Montparnasse. Dès que j’ai trouvé Alice Guy à la médiathèque je me suis précipitée. 

Je connaissais le nom d‘Alice Guy, mais juste son nom, ni ses films ni sa vie. 

J’ai donc découvert sa biographie dans le gros roman graphique de Catel&Boquet qui retrace l’histoire du cinéma, avec les essais, les tâtonnements, les machines aux noms savants à racines grecques Chronophotographe,  Biographe, Bioscope, Phonoscope, et j’en passe. Chacun brevetant un appareil soi-disant original, avec querelles menant au tribunal. Intéressante rivalité entre les scientifiques perfectionnant la technique et les créateurs. Après les premiers films des Frères Lumière, Alice Guy, la première à imaginer des fictions à embaucher des scénaristes et avec Léon Gaumont à envisager la production à grande échelle, la construction de studios de tournage aux Buttes Chaumont. Comme toujours Catel et Boquet contextualisent leur biographie dans les décors précis et soignés, nous racontent l’Exposition Universelle de 1900, ou l’incendie du Bazar de la Charité. 

Comment une personnalité aussi originale et importante a disparu de l’Histoire du Cinéma alors qu’on se souvient des Frères Lumière ou de Méliès? Sa déconfiture financière à son retour des Etats Unis explique peut-être cet oubli?

Histoire du Cinéma, mais aussi Histoire des Femmes. A toutes les étapes de sa vie Alice Guy a été confrontée au machisme. On imaginerait Meetoo quand jeune secrétaire, elle fait face à des personnages grossiers. on imagine la force de caractère pour s’imposer dans ce milieu masculin sans jamais faire de concession. C’est beaucoup plus tard, aux USA, mariée, mère de famille que le patriarcat la rattrape quand son mari fait mauvais usage de sa fortune et la trompe. Rentrée en France, elle ne retrouve pas sa position d’avant son départ en Amérique

Histoire passionnante, accompagnée comme toujours dans cette collection de chronologie et de fiches biographiques des personnages secondaire. Si c’est peut être moins un coup de coeur que pour les deux premiers ouvrages, c’est peut-être seulement parce que l’effet de surprise s’est émoussé. Peut être aussi parce que la longue introduction : enfance ballottée de France au Chili, en Suisse et les études dans différents couvents m’a paru un peu longue. On entre dans le vif du sujet uniquement après 90 pages. J’aurai préféré un plan resserré sur l’enfance et plus de détails sur la dernière partie de la vie d’Alice.

Grand Paris Express : ligne 15 – Vert de Maisons

JOURNEES DU PATRIMOINE

14 escalators pour 9 niveaux ;

Pendant que certains font la queue devant les lieux de pouvoir, que d’autres cherchent les bons plans des visites gratuites, j’ai choisi le chantier du métro. Depuis une dizaine d’années, Le Grand Paris Express déploie ses chantiers autour de mon quartier et j’observe avec curiosité les palissades avec les affiches décrivant les travaux.  

Autour de Créteil, trois stations seront ouvertes sur la ligne 15 sud : Créteil l’Echat (correspondance avec la ligne8) Saint Maur- Créteil (connecté avec RER A) Vert de Maisons (RER D) .  On  en avait rêvé pour les Jeux Olympiques. 

Pour les Journées du Patrimoine des visites de chantiers ont été organisées dans différentes stations. Petits groupes de 25 personnes, casquées avec casaque de chantier sont guidés par des ingénieurs très sympathiques et compétents. La ligne 15 est creusée depuis un certain temps, les équipements (escalators, quais) sont déjà bien avancés mais après la phase d’équipement il faudra attendre celle des essais qui va durer plusieurs mois. 

La ligne 15 sera entièrement automatisée sur réseau ferré – moins bruyant que le métro sur pneumatiques, il émet moins de poussières de caoutchouc avec  l’usure des pneus. En heure de pointe, il est prévu une rame toutes les 90 secondes. Avec les escalators et les ascenseurs ce métro sera accessible aux personnes à mobilité réduite.

En attendant la fin des travaux, nous sommes descendus par les escaliers de secours, neuf niveaux sous terre. Ce réseau entièrement souterrain se trouve creusé très profondément (37 m à Vert de Maisons mais 50 à Créteil-Saint Maur). En effet, sur son trajet la ligne 15 va franchir plusieurs fois la Seine et la Marne sans perturber la navigation. Le tunnelier a foré dans des sédiments très humides, argiles et sables et  traverse la nappe phréatique. On doit installer chaque station dans une boîte hermétique.  Le tunnel doit être étanche comme la coque d’un bateau, comme un navire il doit être stabilisé par des masses pesantes pour ne pas « flotter ». Pour creuser dans une lentille de sables saturés d’eau on a  congelé le site en injectant des fluides refroidissants. Pour tenir compte des infiltrations inévitables on récupère l’eau dans des caniveaux et gouttières, une pompe assurant le renvoi de cette eau de bonne qualité qui pourra être réutilisée.

J’ai été impressionnée aussi par toutes les installations de ventilation apportant de l’air propre sous terre, et les systèmes anti-incendie, évacuation des fumées… On nous a même montré deux énormes ventilateurs si bruyants qu’un système de plaques anti-bruit protège pour éviter la pollution sonore. Dans ce métro automatique, interviennent peu d’employés, la sécurité doit être maximum. Les ingénieurs doivent tout prévoir à l’avance! Difficile pour le visiteur ordinaire d’imaginer toute la complexité de ces systèmes.

Ce Métro du Grand Paris doit contourner le territoire en un grand super-périphérique à travers la petite couronne et connecter les lignes du RER qui partent du centre en étoile. Le Grand Paris se dessine. Déjà, on ne parle plus tellement de banlieue,  on se sent « grand-parisien » plutôt que banlieusard. Ce maillage de transports en commun pourra-t-il supplanter le règne de l’automobile comme dans Paris intra-muros ou le trafic automobile diminue. D’ailleurs, aucun parking n’a été prévu pour les futurs usagers censés arriver à pieds, en train ou en autobus. Le choix de numéroter les lignes 15, 16, 17, 18 à la suite de la ligne 14, (Orly-Saint Denis) montre cette continuité.

J’attends avec impatience la mise en service prévue pour fin 2026!

L’homme qui lisait des livres – Rachid Benzine – Rentrée littéraire 2025

GAZA 

2014, Un reporter-photographe cherche à faire des photos de Gaza plus originale et personnelle que celles qui illustrent la guerre à Gaza

« Tu n’as pas encore déclenché ton appareil. Tu crains de briser un moment de grâce. Il y a tout dans cette
scène. Tout ce que Gaza est devenue. Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins, qui lit à deux pas
des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver dud’ bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville. »

« vous savez , ce n’est pas rien une photographie. Je ne vous connais pas. Vous ne me connaissez pas. Il serait peut-être plus aimable que nous prenions le temps de nous rencontrer »

Prélude au récit de toute une vie. Vie d’exils du village à Nazareth,  de la Nakba au camp de réfugiés d’Aqabat Jabr, vie sous tente, puis à Jabalya, études au Caire, à Gaza, Prison en Israël…Chaque chapitre de la vie a pour sous-titre un livre. La Condition  Humaine, La Légende des Siècles, Hamlet, Si c’était un homme, Le Livre de Job, Cent ans de Solitude… que nous connaissons tous. Mais aussi des poèmes de Mourid al-Barghouti, La chronique du figuier barbare de Sahar Khalifa. Fanon aussi

Un jour, Abu Khalil m’a donné un livre différent de tout ce que j’avais pu lire jusqu’alors. C’était un essai
récent. Le titre : Les Damnés de la terre. L’auteur : Frantz Fanon. Ce texte puissant, centré sur la
décolonisation, a été mon guide. Fanon y décrit la lutte des peuples opprimés pour leur dignité. Ce livre
m’a ouvert à l’idée que la révolte est non seulement nécessaire, mais légitime. J’en suis ressorti comme s’
il m’avait confié une mission, confié un enseignement. Et comme s’il avait placé sa confiance en moi
pour le transmettre.

La lecture comme liberté, comme lutte politique, pour échapper à la violence, comme émancipation.

Un livre sensible, intelligent qui offre une image de Gaza et des Gazaouis si loin des images de destructions et de ruines que nous offrent les actualités.

Les Certitudes – Marie Semelin- JC Lattès – rentrée littéraire 2025

APRES LE 7 OCTOBRE …

Colocation transgénérationnelle: Anna la trentaine, journaliste pigiste, vient habiter chez Madame Simone, soixante dix ans. La cohabitation se passe à merveille et dure quatre ans. Madame Simone est une dame alerte, encore secrétaire médicale du docteur Habib, soignée, sportive et très discrète. Moments de tendresse partagée. Un jour elle a lancé ; « Warde, je veux être enterrée à Jérusalem » et a ajouté « je te confie cette volonté parce que tu vis dans mon cœur ». 

Au décès de Madame Simone, le Docteur Habib organise la Shiv’ah et réunit les proches. Occasion d’évoquer la défunte, ses lectures, son goût pour le théâtre. Sa dernière volonté : d’être inhumée à Jérusalem a été négligée. S’en suit un scandale quand le Consistoire intervient.

Quelques mois plus tard, Anna reçoit un appel de Jérusalem. Elle doit faire le voyage pour entrer en possession d’un appartement que Simone lui aurait légué. Anna débarque donc en Israël désertée de ses touristes en pleine guerre.

Pour ne pas spoiler je ne vous raconterai pas les secrets de Madame Simone.

Si le début parisien du roman ne m’avait pas passionnée, la suite en Israël est tout à fait intéressante. Anna va découvrir le pays sous tension. Elle va vivre le quotidien d’habitants de la banlieue de Tel Aviv. A Jérusalem, fera la connaissance d’un soldat souffrant de stress post-traumatique, qui raconte sa guerre à Gaza.

Anna rejoint Ramallah et subit les check-points. Toute une aventure que de s’y rendre en  autobus. Elle rencontre un peintre palestinien traumatisé par une incarcération …

En découvrant les secrets de Madame Simone que je ne dévoilerai pas (bis) le roman raconte la vie de ces Mizrahim, juifs orientaux confinés dans des quartiers périphériques, évoque les Panterim (Black Panters séfarades dans la fin des années  60), évoque la frontière entre Jérusalem jordanienne d’avant la Guerre des Six Jours, et après… Et tout cela est bien intéressant.

J’ai seulement regretté que l’héroïne du roman, journaliste, n’ai pas exercé son métier pour construire un reportage. Mais ce n’était pas le sujet. Plutôt que sortir, elle préfère capter les journaux télévisés. Marie Semelin, justement a été correspondante au Moyen Orient, pour Radio-France et aurait pu faire d’Anna une journaliste plus impliquée.

 

Le 7 octobre, le trou dans son cœur s’est réveillé. Elle a entendu les nouvelles. Elle s’est dit : voilà, c’est
fini. La plaque tectonique s’est fendue. Elle bougeait, elle s’entrechoquait, elle frottait. Elle a été secouée,
malmenée, des microfissures la rongeaient de mille façons. Elle tenait. Elle n’était pas détruite. Il y avait
encore un fil, pas épais mais tout de même, un espace commun, on pouvait circuler, aller d’un coin à l’
autre. C’est fini. La plaque s’est fendue. Détachée. Il n’y a plus, il n’y aura plus de retour en arrière. Le
massacre et sa vengeance. Les douleurs vont plonger si profond, dans des puits si sombres, qu’aucune
main tendue à sa surface ne pourra nous en sortir. Il fait trop noir. Il faut partir de trop loin.

 

J’étais roi à Jérusalem – Laura Ulonati

Moi, je suis surtout un homme qui rit, un homme qui joue. Moi, Wasif, fils de Jiryis Jawhariyyeh, j’étais
roi à Jérusalem.

 

Wasif Jawhariyyeh, joueur d’oud,  naquit en 1897 dans une famille de notables  arabes chrétiens orthodoxes de Jérusalem alors ottomane. Laura Ulonati a choisi ce personnage artiste, buveur, jouisseur, un « non-héros » pour conter l’histoire de Jérusalem du début du XXème siècle jusqu’aux lendemains de la guerre des Six Jours avec la conquête de la Vieille Ville par Israël. Témoin de tous les changements du Moyen Orient, de la première Guerre Mondiale avec la Déclaration Balfour, le Mandat britannique, les émeutes de Nabi Moussa en 1920, celles de  1929, et les différents Livres Blancs britanniques (1922, 1930, 1939) puis les guerres, la Nakba et la destruction des maisons, des souvenirs disparus…


Mieux que des mots, le son de l’oud fait revivre la voix de Jérusalem, sa sensualité faite de hanches et de
peaux. Sa langue tambour, son toucher cuir. Ce filet de flûte sur lequel tient la géographie de nos cordes
sensibles. Tout ce qui mérite le souvenir : les arpèges d’un poème séfarade, la transe d’une mélodie
improvisée, les jeux de prunelles avec une spectatrice, le silence des corps juste avant cette lutte qu’est l’
amour, les acclamations d’une foule qui se soulève, la peur qu’inspire une simple chanson aux pires
tyrans. Une musique unique.

Jérusalem, 1900 – 1917, laisse entrevoir la coexistence des différentes communautés, la musique un lien pour les unir. Mais la fin de la guerre sonne la fin de cette communauté

Les Balfour et les Allenby ne renversèrent pas la potion magique, non. Ils la détournèrent. Selon un
savoir-faire colonial bien rodé, ils la captèrent, puis la divisèrent pour mieux régner, ne donnant plus qu’
à boire à une minorité. Une ration distillant la haine goutte à goutte, jusqu’à tarir la source commune.

Un roman historique, nostalgique, loin des proclamations religieuses ou ethniques. Agréable à lire. Mais pour l’Histoire avec un grand H je recommanderais plutôt les ouvrages de Vincent Lemire : Jérusalem 1900 CLIC et l‘Histoire de Jérusalem et surtout Il était un pays : Une vie en Palestine de Sari Nusseibeh. CLIC l’auteure les cites dans ses références bibliographiques. 

Frantz Fanon – un film de Abdenour Zahzah – un podcast de France Culture

Frantz Fanon (1925 – 1961) A l’occasion du centenaire de sa naissance, deux films sont sortis sur les écrans. En avril, distribué confidentiellement, le biopic Fanon de Claude Barny (que j’ai raté) et, en septembre, le film d’Abdenour Zahzah qui se concentre sur les 3 années (1953-1956) où Fanon a exercé sa profession de psychiatre à l’hôpital de Blida-Joinville. Tourné en noir et blanc, il ressemble plus à un documentaire qu’à un biopic. Il se déroule exclusivement dans l’enceinte de l’hôpital. Quand Fanon prend ses fonctions le système est fermé, presque carcéral, quatre divisions, femmes européennes dont Fanon s’occupera en premier, femmes musulmanes (on ne verra rien), hommes européens et hommes indigènes que Fanon va soigner. Ségrégation sociale qui reproduit la société algérienne de l’époque. Sa première initiative sera d’ouverture dans ce grand enfermement. Avant d’arriver en Algérie, Fanon est passé par Saint-Alban, où s’exerce la psychiatrie institutionnelle. Sa pratique d’ouverture s’exerce vis à vis des malades mais aussi vis à vis du personnel infirmier qu’on avait réduit à la fonction de gardiennage. Il se rapproche aussi des militants du FLN, des victimes de cette guerre qui ne dit pas son nom. Le glissement entre l’aliénation coloniale et l’aliénation des patients apparait comme une évidence.

Le livre Les Damnés de la Terre publié par Maspéro en 1961, préfacé alors par Sartre, que j’avais acheté en 1968, à la Librairie Maspéro est un de mes grands souvenirs soixante-huitard. J’en ai gardé l’impression d’un texte politique théorique. Quand j’ai lu Peau Noire Masques blancs CLIC  J’ai été surprise de découvrir qu’il s’agissait d’une thèse de médecine avec un langage scientifique très pointu si bien que je n’ai pas tout compris. J’ignorais alors que Fanon que je connaissais comme figure de la décolonisation, combattant de l’Indépendance de l’Algérie était psychiatre. 

Après avoir vu le film de Zahzah j’ai podcasté la série Fanon l’Indocile dans Les Grandes Traversées de France Culture CLIC

Et cette écoute m’a accompagnée pendant mes promenade pendant une bonne semaine : 5 épisodes de 109 minutes avec des lectures, de nombreux intervenants. Etude approfondie des différents aspects de son histoire, de sa personnalité.

Fanon qui était pour moi une icone de la décolonisation, mort jeune comme Che Guevara. Il est toujours présent soit aux Antilles, soit aux Etats Unis précurseur des Black Panthers ou de Black lives matter , plus récemment. Ce long podcast nous le présente beaucoup plus nuancé, plus humaniste aussi. Ambigu parfois, dans l’appel à la lutte violente décoloniale. Il faudra que je relise les Damnés de la Terre que j’emprunterai à la Médiathèque puisque j’ai perdu mon joli exemplaire coloré de la Petite collection Maspéro.