J’ai découvert Nathanaelle Herbelin en l’écoutant sur un podcast de Grand Canal . Etrange manière de faire connaissance avec une plasticienne que de l’écouter à la radio. Comme j’avais déjà prévu d’aller voir la grande exposition sur l’Impressionnisme j’étais impatiente de voir les tableaux qu’elle avait si bien décrits.
Cette artiste franco-israélienne, née en Israël mais basée souvent à Paris, a beaucoup fréquenté le Musée d’Orsay . Elle se sent un peu l’héritière des Nabis avec qui elle est exposée. Elle partage de nombreux sujets comme des peintures d’intérieur, de la vie quotidienne simple, avec des chats.
Layla
j’ai aimé ses tableaux tendres et intimes (parfois très intimes comme l’épilation) très tendres avec des gestes d’amour.
la chambre des Erythréens à Levanda
j’ai aimé qu’elle s’attache aux Erythréens, migrants africains arrivés en Israël et malheureusement souvent discriminés.
l’attention non divisée
Je ne suis pas sûre que de partager les cimaises avec Bonnard ou Vuillard mette en valeur les œuvres de la plasticienne contemporaine. Quand ses tableaux sont mêlés on a tendance à aller d’abord aux tableaux connus, comparer. Et la comparaison peut être cruelle.
Claude Monet : vue du balcon du 35 Boulevard des Capucines
Anniversaire des 150 ans de l’Impressionnisme avec la première exposition impressionniste
Chez Nadar,
35 bld des Capucines . Dès les années 1860, Monet, Bazille, Degas, Renoir, Pissarro et Sisley, souvent exclus des Salons officiels s’organisent pour une exposition indépendante. Leur projet verra le jour en 1874.
Peindre le Présent/Exposer par soi-même
Renoir : La Parisienne
200 œuvres sont accrochées sans jury ni marchands sur des murs tapissés de rouge. Deux grands Renoirnous accueillent : une grand danseuse et La Parisienne. 31 artistes exposent ici des œuvres très variées, grande peinture comme celles de Renoir, eaux fortes de Braquemondavec des portraits comme celui de Théophile Gautier, une amusante pie « Margot-la-critique » et une Locomotive d’après Turner qui m’a bien plu.
Braquemond locomotive
Je découvre des noms inconnus de moi : Ludovic Napoléon Lepic qui présente deux portraits de chiens, Antoine-Ferdinand Attendu
Le Salon de 1874
Camille Cabaillot-Lassalle :Le Salon de 1874 A l’arrière-plan les miniatures des tableaux sont peints par leurs auteurs
Dans le Salon officiel ouvert le 1er mai au Palais de L’Industrie et des Beaux Arts 2000 tableaux accrochés bord à bord ont été sélectionnés par un jury. Immenses tableaux historiques, religieux ou mythologiques…
Le Salon officiel
L’exposition d’Orsay imite cette présentation . L’Orientalismeest à la mode. J’ai bien aimé ce Poète copte d’Henriette Browne, moins la scène biblique E Lawrence Alma-Tadma égyptisante, et pas du toutLa Scène de danse dans les rues de Tanger grimaçant et outrancier de Dehodencq.
Henriette Browne ; poète copte
J’ai zappé les « grosses machines » et les peintures de guerre, énormes tableaux de bataille. Noté une critique de Zola (cela m’a bien rappelé L’Oeuvre )
Marguerite – Marie Braquemond
Dans le Salon officiel, j’ai été étonnée par le nombre de femmes-artistes, Henriette Browne, la sculptrice Hélène Berthaux, et même Marie Braquemondavec sa Marguerite alors que son mari est au Salon Impressionniste. Bien sûr Berthe Morizot et Eva Gonzales
Eva Gonzales : Une soirée aux Italiens
Convergences
Certains artistes exposent dans les deux salons ; Lepic, De Nittis, Lépine,
De Nittis : Dans les blés
le tableau de De Nittisest tout à fait charmant mais le tableau de Manet, Le Chemin de Fer exposé à côté lui a « fait ombrage », on a moqué le Manet. le Bal à l’Opérade Manet, lui, a été carrément refusé sans doute à cause du sujet : dans le foyer de l’Opéra les transactions entre les prostituées et leurs clients ont choqué le public bien-pensant. Mallarmé s’en est indigné dans un article.
Edouard Manet : Le Bal à l’Opéra
La Vie moderne comme motif
Baudelaireen 1863 a fait de la modernité un composant du Beau. les impressionnistes ont peint la modernité. Le port du Havre Impression au soleil levant, bien sûr, mais aussi les scènes de champ de course de Degas. De très petites aquarelles de Boudin représentant la plage à Trouville m’ont beaucoup plu comme ses études de ciels et de nuages. Berthe Morizot a aussi peint ces petites scènes.
Berthe Morizot cache-cache
L’Ecole de Plein air
Cette section rassemble des tableaux que nous connaissons bien comme les Coquelicotsde Monet, des Sisley, des Pissarro ravissants
Pissarro Gelée Blanche
j’ai choisi cette Gelée Blanche que je ne connaissais pas. Pour l’impressionnisme entre Orsay et Marmottant, nous les parisiens sommes gâtés. j’ai donc préféré illustrer mon billet avec des oeuvres moins connues quitte à oublier un peu les chefs-d’oeuvres.
Guillaumin – soleil couchant sur Ivry
Une bien belle exposition qui montre la naissance de l’Impressionnisme dans son contexte!
Et pour ceux qui en veulent encore plus il y a aussi l’Exposition Immersive mais elle est vraiment très chère et je ne sais pas si j’ai très envie de me promener avec un casque de réalité virtuelle pendant 45 minutes. Ma dernière expérience a été désastreuse.
Les gros nuages sont si épais et si bas qu’on ne voit pas le sommet de la colline. Temps médiocre prévu de longue date. Mais ce ciel gris est bien triste. Heureusement les mimosas resplendissants remplacent le soleil.
Comme la pluie est fine et intermittente? je parcours la plage de Cavalaire pieds nus dans l’eau mousseuse, pas plus froide que l’air, jusqu’à la Plage du Débarquement de La Croix Valmer; Je me rechausse pour monter sur le sentier du littoral qui rejoint en 10 minutes la Plage-Bouillabaisse et ensuite d’autres plages. Je croise trois dames plus trop jeunes en chaussures de tennis. Si elles sont passées je passerai aussi. Le sentier est bien entretenu : marches solides, passages cimentés. Le dernier tronçon sur les rochers mouillés. Une averse plus forte, je rentre.
La Baie de Cavalière – Cross
Le village de Gassin, perché au-dessus de la route de Saint-Tropez, nous fait faire un détour. L’église grise et massive est presque une tour de guet. La vue est dégagée à 360°. Vers l’Est on découvre Sainte Maxime et Saint Tropez, vers l’Ouest Hyères et ses îles. La terrasse panoramique est dallée ornée de sculptures du Sculpteur local Ducreux qui suspend des petits personnages filiformes dans des cercles mobiles qui s’intègrent dans le paysage. Il a aussi réalisé des sculptures à taille humaines, aplaties que je n’apprécie pas trop. Les rues du vieux villages sont piétonnières, paysage paisible (peut être pas en haute saison).
Bassin – Ducreux Le Passage
Saint Tropez : Musée de l’Annonciade
Il se trouve dans une chapelle (1548) à l’entrée du port. Les collections sont accrochées sur deux étages. A l’entrée je constate une grande parenté entre les tableaux qui ont pour sujet Le Port de Saint Tropez ou ses environs, presque tous pointillistes. Paul Signac découvrit Saint Tropez et y invita ses amis Seurat, Cross et d’autres artistes. Même Picabia a peint un Port de Saint Tropez pointilliste. Pointillistes et nabis : Bonnard et Vuillard pour des sujets plus intimistes. Marquet a aussi peint le port. Camoin (photos interdites) rattaché au fauvisme a des couleurs plus éclatantes et un style plus personnel.
Vuillard la soupe d’Annette
Il y a aussi de très beaux Matisse, Maurice Denis (j’aime moins), Lhote, Othon Friesz, et des statues de Maillol.
Une collection de premier plan et une très belle visite pour un jour de pluie !
Pique-nique sous de beaux chênes liège. Des ouvriers déjeunent à quelques mètres. Dès qu’ils ont terminé ils mettent en route leurs tronçonneuses et abattent de grosses branches à quelques mètres de nous. Nous déménageons. Cet élagage m’étonne : pourquoi s’attaquer à des branches bien vivantes et laisser les noircis et morts après l’incendie.
Nous avons visité La Garde-Freinet, il y a deux ans. J’avais beaucoup aimé le petit Musée du Patrimoine présentant la culture du liège, la châtaigneraie, la sériciculture, l’apiculture. Je m’étais promenée dans les rues du village mais j’avais regretté de ne pas être montée au village fortifié perché très haut sur le sommet dominant le village. Imprenable ? Il fut démantelé pendant les Guerres de Religion en 1585 de peur que les Huguenots ne s’y retranchent.
A partir du parking de la Planète, deux itinéraires : un rouge réservé aux intrépides et un bleu plus facile. Evidemment je suis le bleu, bien aménagé, bien balisé avec des marches taillées dans le rocher ou consolidées par des rondins ou de la ferraille. De bonnes chaussure et un bâton de marche sont nécessaires. Après une demi-heure je découvre les fortifications taillées dans le roc entourées de douves (ou citernes ?). Un escalier de schiste termine l’ascension. Du village, il reste un petit four à pain, quelques fondations des maisons blotties au flanc de la montagne. Les restes ne sont pas très visibles mais il y a des panneaux explicatifs.
la Chartreuse de la Verne
Puisqu’il fait très beau et qu’il est encore tôt nous faisons un détour (30 km) dans les Maures pour atteindre Collobrières. Une route étroite tournicote dans la corêt de chênes. A l’approche de Collobrières des châtaigniers se font plus présents. Ils n’ont pas l’air en forme. Sècheresse ou maladie ? Sur le versant sud se déploie la Chartreuse de la Verne et dans un creux le petit lac de barrage. A vol d’oiseau, notre gîte de La Môle est juste derrière.
Collobrières
L’office de tourisme de Collobrièresest fermé, « consultable par téléphone ou par mail » informe un papier scotché sur la porte. Ce n’est pas ainsi que j’obtiendrai le plan de la promenade géologique que je m’apprêtais à suivre (commencée il y a 2 ans, interrompue par la pluie). Sans plan, je me promène au hasard dans les jolies places avec leurs platanes, les bords de la rivière, les rues qui montent à l’ancienne église ruinée ont des noms qui me plaisent Galilée, Copernic, Marat. Collobrières est la capitale autoproclamée des marrons glacés : j’achète une glace aux marrons exquise.
Chênes liège au coucher du soleil
Nous rentrons au soleil couchant dont les rayons filtrent dans le feuillages des chênes, de temps en temps on voit les îles d’Hyères.
Un roman policier avec Cap Canaille pour titre m’a tout de suite attirée.
« Drôle d’endroit pour mourir. La beauté des lieux l’avait saisi. Il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller. Malgré les quatre hommes qui l’entouraient, le flingue qui le menaçait et la peur qui lui trouait le bide. La lune était de sortie pour éclairer les dernières heures de sa courte vie. Elle lui permettait de voir comme en plein jour les falaises qui le dominaient et la mer qui l’aspirait. Qui l’espérait. 390 mètres plus bas. Magnifique endroit pour mourir. »
Policier classique qui commence avec un « barbecue marseillais » : cadavre calciné retrouvé dans une voiture brûlée. C’est le corps de la Carlton une truande de haut vol, braquages Place Vendôme, habituée des Palaces comme l’Intercontinental de Marseille (anciennement Hôtel-Dieu), se déplaçant sur une moto de rêve….
Enquête classique, sans grande originalité à part peut être l’excès d’acronymes spécifiques à la police, peu gracieux et indigestes pour le lecteur. Des traits d’humour assez lourds, utilisation systématiques de citations archiconnues, un peu agaçantes
L’humour potache de la PJ prend souvent le dessus dans ce genre de débats. Larrivée tape du poing sur la table pour rétablir le silence. Les flics ont l’humour léger, mais le sens de la hiérarchie.
Des enquêteurs sympathiques, avec ce qu’il faut de faiblesses pour les rendre humains. Une histoire d’amour qui tombe bien. Des courses poursuites dans Marseille. Un match de l’OM. Des trafiquants plutôt minables. Des légionnaires virils. Classique.
Mauvaise chance pour ce livre, je viens de terminer trois polars remarquables de Jean Claude Izzo, la classe! Cap Canaille se trouve relégué au niveau des séries policières régionales de Fr3 qui se regardent et s’oublient.
Depuis que j’ai lu Les Pierres Sauvages de Fernand Pouillon j’ai eu envie de visiter Le Thoronet, abbaye dont le roman raconte la construction. Dernièrement, j’ai croisé le travail de Fernand Pouillon à Meudon-la-Forêt, Marseille et au château de Belcastel en Aveyron .
50 km entre La Môle et le Thoronet en passant par Cogolin, au pied de Grimaud perché sur s colline, à travers les forêts autour de la Garde-Freinet ravagées par un incendie en 2021. Les troncs des chêne-liège sont noirics mais les arbres s’en sortent, les pins et les autres arbres ont disparu tandis que la broussaille, les arbousiers et les bruyères grandissent. Je scrute avec attention la régénération de la végétation. Nous traversons la Plaine des Maures au creux des collines qui n’est pas plate du tout mais couverte de vignes gentiment penchées. L’autoroute passe dans la plaine, nous l’emprunterons samedi.
L’Abbaye du Thoronet est à l’écart du village du Thoronet, bien cachée en creux dans une forêt de chênes. Le clocher dépasse à peine et on ne le remarque qu’en quittant le site. Une allée dallée conduit à l’enceinte. Une grille contemporaine de mailles carrées en bois marque la clôture. Plus aucun moine n’occupe l’abbaye depuis 1791. C’est un musée de la RMN. Remarquée par Prosper Mérimée, elle est inscrite à la Liste des Monuments Nationaux depuis 1840.
En attendant la visite guidée devant l’église, je convoque mes souvenirs de lecture des Pierres Sauvages. Sobriété de l’église, pas le moindre décor, même pas un porche à étudier. Sur la façade occidentale, une petite porte étroite et basse pour les convers. De l’autre côté la grande « porte des morts ». Un très vieil arbre. Je découvre encore les arches et la galerie du cloître aux arcades parfaitement nues. Sans guide, la visite aurait été courte. J’aurais écouté le murmure de l’eau du lavabo. J’aurais cherché les angles pour le cadrage du clocher dans les arcades géminées. J’aurais admiré le calme, l’harmonie qui se dégage de l’ensemble. J’aurais peut être trouvé des ressemblances entre ces murs parfaits et les façades de pierre de Meudon-la-forêt ou de Marseille réalisée par Pouillon.
A 10h30, la guide nous entraîne dans le cellier autour de la maquette de l’abbaye. Sans préambule, elle affirme que nous sommes dans le plus bel endroit du monde et qu’elle va nous montrer des merveilles. Il faut quelques efforts aux visiteurs pour voyager dans le temps, endosser la coule blanche des cisterciens du XIIème siècle qui ont construit le monastère et adopter leur schéma mental, essentiellement religieux mais aussi très savant. Pour atteindre cette conscience, il convient de détruire tous les préjugés concernant le Moyen Âge, évacuer les images grossières véhiculées par le film « les visiteurs » et se situer dans le contexte historique.
Si on adopte ce point de vue, l’évènement fondamental de l’époque serait la Réforme Grégorienne (du nom du pape Grégoire VII (1073-1085) affirmant l’indépendance du clergé par rapport au pouvoir laÏc particulièrement vis-à-vis du Saint Empire Romain Germanique. Accessoirement, le célibat des prêtres est affirmé. La lutte contre la Simonie : le trafic des charges ecclésiastiques et celui des reliques.
Comme conséquence de cette réforme, l’Abbaye de Cluny devient immensément riche et puissante. Par réaction à cet enrichissement, Robert de Molesme et Saint Bernard ont fonde les abbayes de Cîteaux et de Clairvaux en se basant sur la règle de Saint Benoît : affirmant pauvreté, humilité et travail manuel.
On distingue alors les moines noirs, les Clunisiens, et les moines blancs cisterciens. A côté des moines, les convers revêtaient un habit marron de bure et pouvaient être barbus. Les fondateurs du Thoronet s’installèrent d’abord à Tourtour au sommet d’une colline ce qui ne correspondait pas avec le principe d’humilité, ils ont préféré descendre dans le creux du Thoronet au cœur d’une forêt, cachés près des deux ruisseaux. Après le choix de l’emplacement, la construction a pris plusieurs dizaines d’années, toujours régie par la Règle de Saint Bernard afin d’atteindre la perfection. Parmi les moines, se trouvaient des érudits, un astronome, un herboriste, le maître d’œuvre. Ils ont cherché la « quadrature du cercle », le cercle symbolisant Dieu et le carré, le monastère.
Le Thoronet Lavabo
Pour avoir conscience de leur démarche, il convient de « s’orienter » c’est-à-dire chercher l’Orient. En bon modernes, nous avons une boussole pour indiquer le nord. Les cisterciens cherchaient le soleil levant à l’équinoxe du printemps (d’où l’importance de l’astronome) . A l’Est, la lumière, la réflexion, l’activité intellectuelle des moines, la galerie Est est celle des moines tandis qu’à l’Ouest, l’Occident (occidere : faire périr) c’est la galerie des frères convers ces auxiliaires ayant la charge des travaux des champs. A l’netrée du cloître, le sol était empierré grossièrement dans la cours empruntée par les convers ta&ndis que le cloître est dallé et carrelé soigneusement.
Dans le cloître, la guide noud initie à la symbolique des nombres. est Dieu, l’occulus qui surmonte les arches, arches géminées pour le 2, le 3 est important, c’est la Trinité, visible au sol avec les trois travées de dalles encadrées par le carrelage. Le 4 est le carré, carré du cloître, 4 parties du jardin (comme celui des Ryads) . 3+4 donnent 7, encore un chiffre magique, 7 jours de la semaine, 7 péchés capitaux. 3 X4 = 12, 12 heures, 12 mois, 12 apôtres, 12 côtés à la margelle du lavabo. Pour dessiner le Maître d’œuvre plante son bâton, 1coude, = 1 empan =1 pied + ??? = 1.55 m. le bâton du Maître d’œuvre planté à l’équinoxe servira à s’orienter.
Pour obtenir le 5, la conférencière manipule un visiteur en lui faisant jouer l’Homme de Vitruve (anachronisme Leonard de Vinci l’a dessiné en 1490, donc bien plus tard) Le 5 représente Lhomme ou les 5 doigts de la main. Mes collègues visiteurs, devenus moyenâgeux comptent les portes, les marches, additionnent, retranchent….
Pause devant l’entrée de la SalleCapitulaire d’où vient l’expression « voix au chapitre ». on y lisait un des 73 chapitres de la Règle de Benoît. 5 x 73 = 365 jours. Chaque année revoyait 5 fois la lecture de la règle. Et nous voici adeptes de la numérologie ! Alors que les ornements sont rares (quasi-inexistants) la sculpture d’une pomme de pin, d’un trèfle à 3 feuilles et d’un autre à 4 feuilles, et d’une langue bifide à l’entrée de la Salle Capitulaire nous interroge. La pomme de pin qui garde serrée ses écailles mime le geste de la prière, la langue fendue symbolise les paroles qui peuvent le bien comme le mal. Les deux trèfles (3+4) sont les 7 péchés capitaux< ;
Fin de la visite à l’église. Actuellement elle est ornée de deux statues, à l’origine elle était vide. Cette église possède une acoustique exceptionnelle. Selon la guide, seul le Taj Mahal la surpasserait dans la réverbération. Les moines l’ont construite en se basant sur le nombre d’or mais cela ne suffit pas pour justifier cette acoustique inimitable. On suppose donc que les pierres chantent. Pour apprécier cette acoustique la guide nous demande de fermer les yeux et de faire silence ? Puis la musique résonne et nous entoure. Est-ce un enregistrement ? j’ai une angoisse : j’ai oublié de fermer mon téléphone, et s’il sonnait ? je suis si obsédée par cette crainte que je le sors discrètement, l’ouvre et le rend muet. Pour ce faire, j’ouvre les yeux et vois la guide qui se déplace dans le transept et le chœur. Elle chante le Salve Regina et c’est magique. La visite a duré plus d’une heure, pendant une heure nous avons voyagé 800 ans en arrière .
Son portrait présidait en majesté sur le Centre des Arts de Pointe-à-Pitre en ruine, squatté par des artistes, des graffeurs, des musiciens.
Sa Traversée de la Mangrove et Moi, Tituba, sorcière m’avaient servi d’introduction à notre voyage en Guadeloupe.Nul besoin de projet de voyage aux Antilles pour apprécier ces deux œuvres qui se défendent toutes seules.
Avant un voyage en Afrique j’avais également lu et apprécié Segou.
Pour lui rendre hommage, je vous propose une lecture commune
l’un de ces trois titres bien connus, et disponibles dans les bonnes bibliothèque (quoique parfois en réserve) ou d’autres parce qu’elle a beaucoup écrit.
Une journée splendide s’annonce. Allons à la mer !
Randonnée Visorando : de Vieux salins à Hyères à La Londe-les-Maures (10.5 km – 3 h)
Le sentier longe les vieux salins : eau lisse, bleue entourée de salicornes roses presque rouge. Les salicornes deviennent rouges quand elles se gorgent de sel mais alors elles ne sont plus comestibles. Des flamants roses arpentent le bassin, ils marchent très lentement déroulant leurs longues pattes roses avec précaution. Une aigrette blanche est très active. Dans les buissons des passereaux volètent. C’est un beau parcours mais un peu trop fréquenté.
A Miramar, le petit port de La Londe-les-Maures je marche le long de l’eau sur le sable mouillé. Un tour sur le port à reluquer les menus des restaurants et brasseries. Un pont enjambe le fleuve Maravenne, je continue sur la plage de l’Argentière jusqu’au parking. H15, 8000 pas. Il est midi, les promeneurs déjeunent et j’ai la voie libre pour un retour très agréable.
Bormes-les-Mimosas
le village de Bormes les mimosas
Bormes-les-Mimosas est un village perché à flanc de colline. On monte au village sur une pente très escarpée par des virages très serrés. Arrivée au vieux village, le plus raisonnable serait de laisser la voiture au parking Saint François (payant). Dominique a préféré se garer à l’écart sur la route. A l’intérieur du village, la circulation est réservée aux riverains.
Je découvre d’abord la Chapelle Saint François-de-Paule, moine calabrais qui aurait délivré le village de la Peste en 1481. La chapelle fut édifiée en 1560. Elle est accompagnée d’un grand cyprès.
En face, l’esplanade des boulistes occupe une terrasse d’où l’on jouit d’un beau panorama sur la mer et le village ancien. Les maisons colorées s’étagent comme dans un amphithéâtre. Au fond de l’esplanade, une vieille tour ronde est l’ancien moulin à farine. Dans un coin, la Mairie, et juste derrière le Parc Gonzalez.
Le Parc Gonzalez est consacré à la flore australienne. Jardin imaginé par Gilles Augias. Il fut aménagé en 2003, 1000m3 de terre végétale fut amenée puis on construisit des terrasses. La situation du parc étant brûlante, un paillage d’écorces de chêne-liège broyées recouvre toute la surface pour limiter l’évaporation et la croissance des adventices. Le sous-sol constitué de Gneiss de Bormes, de Schistes et micaschistes, sol acide et schisteux, où poussent arbousiers, bruyère arborescente et chêne-liège, bien drainant convient parfaitement au mimosa.
parc Gonzalez fleur australienne étrange
C’est un dépaysement total dans ces fleurs inconnues aux noms exotiques Gravillea, Banksia,Melaleuca, fleurs aux structures étranges, petits tubes enroulés, poilues. Pétales ou étamines, pistil ? les bourdons s’y reconnaissent et butinent sans relâche.
Bormes les Mimosas parc Cigalou terrasse
Le Parc du Cigalou es sous le parc Gonzalez il a une très belle terrasse bordée de balustres de pierre sous de grands palmiers avec une belle vue sur toute la baie.
Eu creux du vieux village, la place du marché avec ses platanes bien élagués, les façades roses orangées des boutiques, Maison de la Presse, Office de Tourisme d’un côté et en face, un hôtel avec sa rangée de cinq hauts palmiers. Invisibles d’abord les ruelles de l’anciens village descendent sous l’Eglise Saint Trophyme. La rue principale réunit des boutiques pour touristes, savonnerie, lavande, souvenirs (haut de gamme). Perpendiculairement, des ruelles en pente. L’une d’elle a un nom amusant « rompi-coui ». Un peu plus haut, la « draille des bredouilles » se cache à l’extérieur des murs et permettaient aux chasseurs à la gibecière vide de ne pas essuyer les moqueries des villageois. Encore plus haut, le château est perché sur la colline.
De notre gîte à La Môle au Rayol il y a une douzaine de km par le Col de Canadel et une bonne trentaine si on fait le tour par la grande route par Cogolin et la Croix-Valmer. La route de Canadel est coupée par des travaux d’Enedis. Nous voyons des cyclistes qui descendent du col.
« Peut-on passer quand même ? » je demande. D’après eux la tranchée a été rebouchée, il y aurait une petite marche mais tout à fait négligeable.
On passe. Tôt le matin, il n’y a personne. La montagne est toute fleurie de mimosas surtout du côté de la mer. C’est une merveille. Je descends à pied faire des photos et surtout profiter du parfum des mimosas. Un homme et une femme ramassent des graines de genièvre.
Jardin du Rayol flore de l’Australie : mimosas
Nous arrivons à l’ouverture du Domaine de Rayol que j’avais visité à la mi-mars, après la floraison des mimosas. Ce jardin des Méditerranées conçu par Gilles Clément est promesse d’un voyage.
En février le jardin est jaune, de mimosa et des fleurs d’oxalis pointant de coussins verts qui ressemblent à des trèfles.
Canariesavec aeoniums et dragonnier, et Californie. Je suis éblouie par les mimosas Australiens de toutes tailles, de différentes espèces, épanouis en grappe, en touffes, en inflorescences vaporeuses ou en pompons alignés, en épis fournis, en boules serrées. Tout est jaune autour de moi. Fragrances délicieuses.
Rayol : flore Amérique centrale aride
Les acanthes aux grandes feuilles découpées vernies remplacent les oxalis, puis le sol est couvert de rampante bleutée. Des eucalyptus géants terminent la perspective de marches de briques bordée de cyprès. Une colonnade délimite un palier avec une pergola et je quitte Australie et Eucalyptus pour arriver en Amérique subtropicale aux plantes très graphiques.
Chênes-liège,arbutus, petit-houx, lentisques me voici revenue en pays de connaissance en Provence. Des palmier- doums et les floraisons des oxalis tranchent avec ces plantes de maquis. Dans l’ombre profonde s’épanouissent des pervenches d’un bleu très pâle. Espace sauvage. Je suis seule avec les oiseaux.
Fraîcheur d’un vallon, deux petits ponts aux garde-corps en ferronnerie et une haie de bambous…
La rumeur des vagues m’a avertie que j’approche de la mer.
Rayol Nouvelle Zélande
Palmiers et fougères arborescentes au creux du vallon où coule un petit ruisseau ? J’arrive en Nouvelle Zélande.
Nous avons retrouvé la Plage de Cavalaire qui s’étend jusqu’à la Croix Valmer et la Plage du Débarquement. C’est une belle promenade sur la digue, chaussée à l’aller, pieds nus dans l’eau presque tiède au retour.
« Condamné, c’était peut-être ça la seule réponse. La réponse à tout. Ne plus vouloir revenir dans cette société, ce n’était pas de l’impuissance. Seulement une grande fatigue à vivre après tant d’heures et d’heures de misère. La mort de Titi. Les colères de Dédé. Les silences de Félix. Pourquoi tenter de remonter à la surface des choses ? »
Le Soleil des mourants paru en 1999 est le dernier livre de J.C. Izzo décédé en 2000. Ce n’est pas un roman policier comme la Trilogie de Fabio Montale.
Ce roman s’attache à des hommes et ces femmes SDF : Titi, trouvé mort de froid dans le métro parisien, Rico, son copain, veut fuir le froid et retrouver le soleil et ses souvenirs heureux à Marseille, Marjana, la bosniaque a vu sa famille massacrée par un ami de la famille et vit sous la menace de son passeur/mac et, enfin, Abdou, jeune mineur algérien orphelin des violences du FIS, déjà toxico.
Roman empathique. On suit les galères de Rico qui veut rejoindre Marseille et le soleil. Rico a été un cadre commercial à Rennes, il a vécu une existence bourgeoise, est père de famille et tout s’est écroulé à son divorce. A Avignon, il partage quelques temps un abri avec Marjana, la bosniaque, survivante d’un massacre, déjà fantôme….
Je te l’ai expliqué, Rico, je suis comme si j’étais morte. Toi, je ne sais pas où tu es mort. Ni quand. Mais tu es
comme moi, ça, je le sais. On se trimballe avec nos vieilles peaux. Nous ne sommes plus que des emballages
vides.
A l’arrivée à Marseille, Izzo promène son héros dans le décor familier du port, du Vieux Port et du Panier.
Place des Moulins, dans le Panier – le vieux quartier, proche du port –, Rico découvrit que Marseille était une ville de collines. Léa lui avait fait grimper les marches de la montée des Accoules. – C’est seulement en marchant, en flânant, que l’on peut prendre conscience qu’ici on n’arrête pas de monter, de descendre, de remonter.
Ces ruelles aux noms chantants, et qui l’émerveillaient : rue du Refuge, rue de Lorette, rue des Pistoles, rue du Petit-Puits… Place de Lenche, un orage violent les surprit, et ils se replièrent chez Léa.