Marseille, porte du Sud – Albert Londres

LIRE POUR MARSEILLE

Affiche de l’exposition coloniale de 1906

« Écoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici
les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière ; comment le
soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre. Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. Vous verrez tous les Orients—le proche, le grand, l’extrême.[…] Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent.

Embarque-toi ! Embarque-toi ! »

 Albert Londres est le père du journalisme d’investigation. Grand voyageur, il s’est embarqué de Marseille pour ses  voyages lointains en Asie, Inde, Chine et Japon…  Eté 1926,  après l’Exposition Coloniale de 1922 Albert Londres écrit une série de reportages réunis dans ce livre qu’il dédie au Gardien du phare du Planier.

 

« En résumé, une porte monumentale, où passeraient, flux et reflux, les cent visages du vaste monde. Passer ! Le mot convient à la ville. On va à Lyon, à Nice. On « passe » à Marseille.

Il y a les sédentaires de Marseille et puis le flot des nomades qui va de la gare au port ou du port à la gare. Si vous ne faites partie ni des sédentaires ni du flot vous n’êtes plus rien. Vous êtes le badaud. Vous gênez la circulation. »

Pour Albert Londres, Marseille est avant tout un port où entrent et sortent personnes et marchandises et ceci depuis 2500 ans avec l’arrivée des Phocéens. Entrée des marchandises coloniales, sortie des colons qui partent peupler l’Algérie ou l’Indochine. Et inversement arrivée des marins en transit vers les ports du monde entier et qui se rencontrent autour d’un verre avant de repartir. Arrivée aussi des émigrants s’installent . En 1926 Marseille est italienne, grecque et arménienne…

« Marseille était bien dans un département qui s’appelait les Bouches-du-Rhône. J’ai fermé la géographie. Le lendemain, je l’ouvris de nouveau. Marseille était dans les Bouches-du-Rhône, cependant les Bouches-du-Rhône devaient être en Italie. Eh bien ! Non, ce département était en France. Je repris courage et, comme nous étions au matin de cette journée d’expérience, je sonnai la femme de chambre. Elle arriva. C’était une Italienne. « Alors,
lui dis-je envoyez-moi le valet. » C’était un Italien. « Faites monter le sommelier ! » Il était italien ! J’empoignai mon chapeau, ma canne, mon pardessus. Je sortis de ma chambre. J’appelai l’ascenseur. Le garçon de l’ascenseur lisait Il secolo ! Je brûlai le hall jusqu’à la porte. Là, je m’adressai au portier et j’eus comme un espoir : le portier était anglais… »

Même si le propos est connu, le livre est original par le ton amusant. Lecture jubilatoire.

J’aurais pu choisir pour illustrer ce billet des conversations de  bistro, rencontres de commerçants qui se donnent rendez-vous après avoir fait le tour de la planète. Chaque chapitre, chaque annecdote

Quel conteur!

En Camargue : Salin de Giraud et Flamants roses

CARNET PROVENCAL

J.P. Blanche Camargue
exposition au musée Regards de Provence

79 km pour Salin de Giraud aux portes de la Camargue. Nous évitons le centre de Marseille en contournant par les hauteurs dans la colline avant de descendre vers le Merlan où on trouve la voie rapide et les embouteillages.

A gauche de l’autoroute, le Massif de l’Estaque et ses rochers ruiniformes. A droite, Marignane, l’étang de Berre, miroir opalin. Un pont enjambe Martigues qui intrigue. On se serait volontiers arrêté. Port de Bouc, Fos nettement moins touristiques. Dans la belle lumière du matin nous ignorons les raffineries. La D268 est très encombrée de camions énormes, elle dessert le terminal des conteneurs et le terminal minéralier. Après Port Louis, la route oblique vers l’Ouest et nous avons la surprise de nous trouver face au Grand Rhône ? une file attend le bac de Barcarin qui traverse le fleuve en deux minutes, le plus long étant d’embarquer et de débarquer. Cette « croisière « inattendue nous amuse.

A la descente du bateau, nous arrivons au Salin de Giraud, village ouvrier du XIXème siècle : rues se coupant à angle droit, place carrée. En 1855 Henri Merle qui possédait une usine de soude dans le Gard fit l’acquisition du marais pour le transformer en salines industrielles. En 1896, Solvay installa une usine chimique. Ces deux industriels dans la tradition paternalise construisirent des maisons ouvrières. Celles de Solvay s’inspiraient des corons du Nord. Péchiney prit la succession de Merle. Comme à Noisiel, la hiérarchie de l’usine se traduisait dans l’habitat. Des arènes confèrent au village une touche camarguaise. Après la Première Guerre Mondiale on embaucha des ouvriers Italiens, beaucoup de Grecs et des Arméniens.  De la présence grecque il subsiste une chapelle orthodoxe et un jumelage avec l’île de Kalymnos.

Salin de Giraud

Les salines se visitent en saison (à partir d’Avril) les billets sont vendus à l’Office de Tourisme. En février tout est désert mais pas tout à fait fermé puisque la barrière rouge et blanche est relevée et que nous profitons de l’aubaine. Des flèches blanches et roses proposent des circuits : vers la Plage de la Courbe, le Sémaphore, le Grau d’enfer. Belles pistes en cailloutis beige destinées sans doute à l’exploitation du sel. Les bassins sont presque à sec, les belles couleurs roses des photos sont bien pâles. Il faudrait revenir l’été ! Cette incursion sans ticket a goût d’aventure. Goût aussi du calme parfait. Les flamants sont au rendez-vous. Certains arpentent gravement les bords ; d’autres dorment la tête sous l’île, grosses boules rose très pâle. Si je m’approche trop ils s’envolent et les belles couleurs pourpres se déploient sous els ailes. Au sémaphore, rappel historique. Le dernier sémaphore date de 1792 et a transmis les nouvelles de la guerre révolutionnaire avec l’Autriche. Non loin, la plage de la Courbe. Je monte sur la digue. La mer est déchaînée.

La D36b, puis la D36c devaient nous emmener à l’Etang de Vaccarès. A une fourche nous suivons la route vers la Digue à la Mer notée piéton/cycliste sur notre carte. Elle est goudronnée et un curieux balisage partage la chaussée en trois : à droite et à gauche, piste cyclable, au milieu les voitures sont tolérées mais elles ne peuvent pas se croiser, elles doivent donc se déporter sur la piste cyclable tout en donnant la priorité aux vélos. Quand le goudron s’arrête une mauvaise piste pleine de trous longe l’Etang de Fangassier (site de reproduction des flamants) et l’étang de Galabert.

Pendant la pause pique-nique une bonne pluie se met à tomber et ne s’arrêtera que vers 16 heures, nous aurons quitté la Camargue. Elle ne m’empêchera pas de me promener, mais la balade aura moins de charme.

Nous arrivons à l’Etang de Vaccarès puis rentrons par le même chemin ?

 

la Trilogie de Fabio Montale – Jean-Claude Izzo

LIRE POUR MARSEILLE

La trilogie est composée de trois romans à lire de préférence dans l’ordre : Total Kheops,(1995),  Chourmo(1996) Solea (1998) que j’avais lus séparément il y a bien longtemps. Une relecture donc, avec beaucoup de bonheur à l’occasion de notre semaine de vacances à Marseille.Pas pris une ride et (malheureusement) toujours actuel…

C’est le meilleur guide touristique que j’ai trouvé pour me promener dans Le Panier, Fabio Montale, le narrateur a passé son enfance aux Goudes où il se réfugie dans le cabanon légué par ses parents, et dans les cités des Quartiers Nord où il exerce comme policier. J’ai donc mis mes pas dans ceux du héros et cela décuple le plaisir de la touriste! 

« La répression du grand banditisme est à Marseille une priorité. La seconde, c’est le maintien de l’ordre dans les
quartiers nord. Les banlieues de l’immigration. Les cités interdites. Ça, c’était mon job. Mais, moi, je n’avais pas
droit aux bavures. »

TOTAL KHEOPS

Fabio Montale est policier. Il a été relégué au maintien de l’ordre dans les quartiers nord. C’est un enfant de Marseille. Fils de l’immigration italienne. Avec ses copains, à l’adolescence, il aurait pu devenir voyou braquer des pharmacies. Une fois, une de leurs expéditions a mal tourné.  Il a fui, s’est engagé, Djibouti, en rentrant, policier. Ses copains ont eu un autre destin. Quand s’ouvre Total Khéops, Manu, l’espingouin, est mort, exécuté. Ugo sous les balles de ses collègues, une bavure? Trois mousquetaires et Loledont ils sont tous les trois amoureux. Fabio va chercher à comprendre ce qui est arrivé à ses amis, ses frères. Et cela tournera à la tragédie…C’est un roman d’amitié, de fidélités, de trahisons accompagné de jazz et de rap marseillais, de poésie aussi. 

CHOURMO

« Le chourmo, en provençal, la chiourme, les rameurs de la galère. À Marseille, les galères, on connaissait bien.
Nul besoin d’avoir tué père et mère pour s’y retrouver, comme il y a deux siècles. Non, aujourd’hui, il suffisait
seulement d’être jeune, immigré ou pas. Le fan-club de Massilia Sound System, le groupe de raggamuffin le
plus déjanté qui soit, avait repris l’expression. Depuis, le chourmo était devenu un groupe de rencontres autant
que de supporters ».

Fabio Montale a donné sa démission après le massacre qui clôt Total Khéops. Il vit dans son cabanon des Goudes, va à la pêche

les Goudes

« Les Goudes. L’avant-dernier petit port avant les calanques. On longe la Corniche, jusqu’à la plage du Roucas-Blanc, puis on continue en suivant la mer. La Vieille-Chapelle. La Pointe-Rouge. La Campagne-Pastrée. La Grotte-Roland. Autant de quartiers comme des villages encore. Puis la Madrague de Montredon. Marseille s’arrête là.[…]Ma maison, c’est un cabanon. Comme presque toutes les maisons ici. Des briques, des planches et quelques tuiles. Le mien était construit sur les rochers, au-dessus de la mer. »

Et nous sommes allées aux Goudes en suivant l’itinéraire indiqué par Izzo et comme nous nous sommes plu nous y sommes retournées…

Sa belle cousine, Gélou débarque un jour, son fils Guitou a disparu. Fabio Montale part à sa recherche. Il a gardé des contacts chez ses anciens collègues. Une autre énigme se greffe, devant ses yeux dans une cité, Serge, un ancien animateur de quartier se fait tuer sous ses yeux. Avec l’aide des gamins du quartiers qui l’ont apprécié quand il exerçait son métier de policier de proximité, il mène une nouvelle enquête. 

SOLEA 

Dernier livre de la trilogie.

Soléa est la  musique jouée par Miles Davis qui accompagnera le   roman. Solea est associé à Lole, partie à Séville.

 « La Solea, m’avait-elle expliqué un soir est la colonne vertébrale du chant flamenco »

Voila pour la tonalité.

Fabio Montale est devenu la cible de la Mafia. Son amie, la journaliste, Babette est partie en Italie pour un reportage sur la Mafia. Explosif! Se sachant menacée elle a choisi de disparaître. Des proches de Fabio Montale sont exécutés dont une jeune femme avec qui il avait ébauché une relation, un ancien copain boxeur…Fabio craint surtout pour Honorine et Fonfon, ses voisins des Goudes qui lui tiennent lieu de famille. 

Paysages urbains, musique et beaucoup cuisine. J’ai souligné avec soin les recettes:

Je m’étais mis à la cuisine tôt le matin, en écoutant de vieux blues de Lightnin’ Hopkins. Après avoir nettoyé le
loup, je l’avais rempli de fenouil, puis l’avais arrosé d’huile d’olive. Je préparai ensuite la sauce des lasagnes. Le reste du fenouil avait cuit à feu doux dans de l’eau salée, avec une pointe de beurre. Dans une poêle bien huilée, j’avais fait revenir de l’oignon émincé, de l’ail et du piment finement haché. Une cuillerée à soupe de vinaigre, puis j’avais ajouté des tomates que j’avais plongées dans l’eau bouillante et coupées en petits cubes. Lorsque l’eau s’était évaporée, j’avais ajouté le fenouil.

Honorine avait une manière incomparable de faire des poivrons farcis. À la roumaine, disait-elle. Elle
remplissait les poivrons d’une farce de riz, de chair à saucisse et d’un peu de viande de bœuf, bien salée et
poivrée, puis elle les déposait dans une cocotte en terre cuite et elle recouvrait d’eau. Elle rajoutait coulis de
tomate, thym, laurier et sarriette. Elle laissait cuire à tout petit feu, sans couvrir. Le goût était merveilleux,
surtout si, au dernier moment, on versait dessus une cuillerée de crème fraîche.

Thriller, guide touristique de Marseille, analyse socio-politique….cuisine méditerranéenne.. quelques aspects de cette trilogie. J’ai oublié la musique, les livres..et la célébration de l’amitié, de la chaleur humaine.

Bandes de Génies – Mémoires du Montparnasse des Années folles – Robert McAlmon – Séguier

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Merci à Babélio et à l’éditeur pour cette aventure livresque dans les années folles!

J’avais coché avec enthousiasme la case dans la liste de la Masse Critique après ma récente visite au Petit Palais du Paris de la Modernité et plus ancienne des Pionnières au Luxembourg et de L’Ecole de Paris au Majh et de celle de Chana Orloff au Musée Zadkine. Il me semblait que je me trouverai un peu en pays de connaissance entre le Musée Bourdelle, la Maison de Giacometti. 

Robert McAlmon est un auteur américain. Marié à une richissime anglaise ce qui lui procure une grande aisance aussi bien pour mener une vie de dilettante que pour fréquenter le grand monde anglophone. C’est aussi l’éditeur de Gertrude Stein et d’Hemingway. Bande de Génies est le récit de 10 ans de vie de bohème dans le monde aisé (et alcoolisé) des intellectuels anglophones expatriés en Europe. De Londres à Barcelone, en passant par Berlin, Venise et la Côte d’Azur. 

Bande de Génies est une sorte de journal de bord, de compilation d’anecdotes, parfois très répétitives de rencontres autour d’un verre (plusieurs) de gens qui se prenaient pour des génies mais dont je n’avais jamais entendu parler. Il faut dire que je ne suis pas très au fait de la littérature anglophone. Des noms ont traversé ma mémoire, Sylvia Beach, Djuna Barnes, Natalie Barney sans que je ne les identifie comme génies…La marque de whiskies et la composition des cocktails m’importe peu et ces récits mondains m’ont paru bien ennuyeux. Que de gens riches et prétentieux qui n’ont pas laissé de trace dans l’Histoire! 

Des Génies, j’en ai identifié au moins deux : Joyce et Hemingway. Joyce ivre rentrant chez sa femme excédée n’est peut être pas montré sous son meilleur jour. En revanche ceux qui figurent à mon panthéon personnel : Picasso, Brancusi, Duchamp, Man Ray sont cités en passant, sans anecdote marquante, un détail Brancusi en paysan roumain portant des sabots m’a fait sourire mais on ne saura rien de Picasso, pourtant bien connu de Gertrude Stein. On croise Cocteau et Antheil à propos d’un spectacle musical  mais MacAlmon préfère s’installer près du bar plutôt qu’écouter la musique de Stravinsky ou de Satie. Même indifférence condescendante envers les dadaïstes qu’il cite en glissant rapidement. Il me faut feuilleter l’index pour trouver la page où l’on mentionne Zadkine. 

Pourtant, toutes  ces 450 pages ne sont pas insipides, certaines sont franchement distrayantes. Elle racontent surtout des voyages,  Berlin ruiné du début des années vingt, observations acérées des nouveaux usages au débuts des années fascistes en Italie. Certaines pages sont même « géniales » comme ce portrait de Gertrude Stein en éléphanteau, ou une corrida en compagnie d’Hemingway , une randonnée en Espagne avec Dos Passos où un paysan les prend pour des contrebandiers. Finalement, je me suis ennuyée à Montparnasse mais j’ai aimé ses excursions. 

Les folles années vont se terminer : la Grande Dépression va mettre fin à l’insouciance et les intellectuels vont trouver en Espagne une source d’inspiration autrement plus tragique que la corrida, mais ce n’est pas le sujet de cet ouvrage….

 

Marseille : Mucem et une découverte René Perrot

CARNET PROVENCAL 

Le Mucem occupe tout un quartier, le fort Saint Jean, la tour du roi René, une église, ces sites historiques en belle pierre de taille sont reliés par des escaliers métalliques, des passerelles, des jardins et des couloirs, longue promenade surprenante.

Je suis entrée par le Fort Saint Jean. Un vigile a fouillé mon sac, puis je me retrouve étonnée, un peu désorientée. Il y a bien peu de signalisation. J’entre par la Cour de la Commande, nom qui rappelle La Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean du XIIème siècle sur la route des Croisades. De cette époque il reste aussi une chapelle.

Il faut alors grimper un escalier très raide et très haut correspondant à la Montée des Canons pour arriver à la Place d’Armes. On découvre les Fortifications de Louis XIV et la  Galerie des Officiers. La grosse tour carrée est la Tour du Roi René(1447 -1453) surveillant l’entrée du Port. La Tour du Fanal (1644) est ronde et joue le rôle d’un phare.

Je trouve enfin la billetterie : 11€ utilisable toute la journée, une pastille colorée collée sur ma manche en atteste.

Les jardins

Ghadda Amer la voix des femmes est révolution
jardin des migrations

Ce début de visite est une promenade qui travers le Jardin des migrations planté d’espèces méditerranéennes : thym, myrte, absinthe, romarin. Un massif végétal est une « sculpture » de la plasticienne égyptienne Ghada Amer : c’est une calligraphie en arabe qui détourne un proverbe traditionnel « La voix des femmes est une honte » en « la voix des femmes est révolution », il suffit de ne changer qu’une seule lettre. Les lettres sont en tôle remplie de charbon noir encadrées par des petites touffes de thym.

Place d’armes tour du fanal

Je découvre d’autres jardins au cours de ma déambulation : un jardin de salades sauvages et les « figuiers suspendus » sur une autre terrasse. Le Jardin du vent s’est semé tout seul de graines apportées par le vent. Les mauves ont de véritables troncs comme des arbres.

Le J4

Mucem résille en béton

Une passerelle conduit au J4, le bâtiment carré entouré par sa résille spectaculaire que tout le monde connait avant même d’avoir visité Marseille. J’imaginais la résille métallique, elle est en béton fibré, béton très résistant renforcé par des fibres métalliques et en polypropylène de texture très lisse qui se moule et se monte très facilement. Rudy Riciotti, l’architecte, a utilisé un autre béton pour les colonnes qui soutiennent le J4. Je m’amuse avec les ombres projetées et avec ces fenêtres aux contours de pièces de puzzle qui font un cadre intéressant aux photos. Le restaurant sous plafond ajouré me semble particulièrement agréable. Pour descendre à la base du J4 le parcours est compliqué : escaliers, passerelles, long couloirs aveugles toujours dans un contexte métallique avec des échappées sur le quartier du Panier et la grosse pâtisserie bicolore de la Major qui domine le Mucem. Echappée aussi sur le Port de Commerce avec ses bateaux colorés.

Après cette longue promenade, il me reste à visiter les expositions.

Le Grand Mezzé

le Grand Mezzé

C’est une exposition sur le thème de la « diète méditerranéenne » qui met en scène non seulement ce régime alimentaire particulièrement recommandé pour la santé, mais aussi les cultures méditerranéennes, olive, blé, châtaignes, sucreries. Traditions culinaires mais aussi prescriptions religieuses chrétienne, juives et musulmanes. Des vidéos présentent la cueillette des olives, la pêche, les pains…Toutes sortes d’outils sont exposés. J’ai remarqué un curieux écorçoir pour le décorticage des châtaignes avec des chaussures à pointes. J’ai aimé aussi la vitrine dédiée au mastic de Chios avec la vidéo de la collecte des larmes de mastiha. Très réussie !

Il est possible de faire une visite virtuelle du grand mezzé (clic)

Populaire

Des objets du quotidien sont mis en scène afin de « voir l’humain derrière l’objet ». Chaque objet présenté-là a une histoire, il dialogue aussi avec d’autres objets voisins. Il faudrait disposer de beaucoup de temps pour s’arrêter lire les cartels et avoir la patience de  déchiffrer . On voit aussi bien les objets d’usage courant que des icones, des exvotos, dans le chapitre « soutenir les croyances ».

L’exposition est très bien agencée mais les objets sont terriblement hétéroclites.  On pourrait aussi jouer aux différences/ressemblances…mais il y a trop à voir et je suis pressée. Trop de choses si différentes comme cette roulotte à trois roues qu’un paysan avait oublié dans son champ, roulotte de planches devenue sédentaire qui avait même perdu sa troisième roue…Section des images populaires : enseignes, affiches de cinéma, réclames, street art. Je m’arrête devant le tableau de Jacques Villeglé qui me parle Rue de la Fontaine-au-roi, 1er mai, fête du travail réalisé à partir d ‘affiches lacérées où apparaissent les manifestants du 1er mai. Je retrouve avec plaisir Misstic. >Je m’arrête devant des masques grimaçants siciliens.

Je ne suis pas convaincue par cette exposition et sors en me disant que le contenant (le bâtiment J4) est plus intéressant que le contenu. J’avais eu la même impression à Bilbao.

MON PAUVRE CŒUR EST UN HIBOU exposition de René Perrot est un véritable coup de cœur ! Le Mucem propose également une visite virtuelle Clic

René Perrot : mon pauvre coeur est un hibou

Les tapisseries colorées me plaisent beaucoup. Dans une vidéo René Perrot raconte qu’il a apprivoisé un hibou et son amour des bêtes. C’est un film très tendre. Mais il n’a pas seulement dessiné des animaux. Il s’est intéressé aux hommes, et particulièrement aux hommes au travail et a mené une enquête pour le Musée des Traditions populaires de 1942 dans le Jura jusqu’en 1945 dans d’autres régions. Gravures et dessins en noir et blanc impressionnantes avec la force du trait comme les détails et l’originalité des sujets choisis. J’ai adoré ces paysans raclant les taupinières.

René Perrot : la disparition de l’homme

Un tableau marque une césure : la disparition des Hommes à al suite de la Seconde Guerre mondiale. En-dessous, dans les rouges des bêtes sauvages, monstres, loups, au-dessus dans un rectangle bleu des silhouettes noires  à la limites les croix des tombes…

René perrot : taupinières

Belle découverte que ce plasticien sensible et sympathique.

 

 

CHANA ORLOFF – Sculpter l’époque – MUSEE ZADKINE

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Chana Orloff autoportrait

J’ai découvert Chana Orloff à l’Exposition Pionnières au Luxembourg en 2022, je l’ai retrouvée à Paris de la Modernité au Petit Palais qui vient de se terminer et au Mahj  à l‘Exposition Paris pour école 1905-1940. 

Chana Orloff : L’Amazone

La rétrospective que lui offre la Musée Zadkine est donc bienvenue!

Ce n’est pas tout, il me reste à visiter la Maison Seurat, la Maison-Atelier qui se visite sur rendez-vous pour des visites-conférences.

Noter aussi les 2 podcasts de France culture Talmudiques  – Le Temps de Chana Orloff

Galerie de portraits

Le visiteur est accueilli par une galerie de portraits, plâtres, bois, pierre, bronze, même ciment, Chana Orloff a sculpté les têtes de ses contemporains. Sculpter l’époque, s’intitule l’exposition! Sont-ils ressemblants? sans doute, ils sont amusants, à la limite de la caricature en empathie avec le modèle. Pleins d’humour. la Sculptrice s’amuse particulièrement avec les binoclards à qui elle offre des yeux au-dessus des lunettes!

Ida Chagall

Têtes d’hommes, mais aussi femmes et enfants, elle fait poser son fils Didi et les enfants de ses amis comme Ida Chagall. Des maternités, mères et enfants, mais aussi femme enceinte .

maternité : femme enceinte

Je n’avais jamais vu ses sculptures animalières de toute beauté, oiseaux, inséparables très stylisés, dindon plantureux, caniches et même une sauterelle sinistre évoquant un canon nazi, les sauterelles étaient des plaies d’Egypte!

Sculptures de poche qu’elle a pu emmener quand elle a fui les rafles (juste à temps mais l’atelier sera pillé en son absence).

Danseuses

J’ai surtout été étonnée de la variété des productions, variété des matériaux, des sujets, des styles.

la traversée de Marseille : du gîte au Vieux Port

CARNET PROVENCAL

 

Notre gîte, chemin de Rousset dans le XIIIème arrondissement est situé dans les hauteurs de Marseille, dans une campagne qui s’urbanise anarchiquement. De la rue, impossible de deviner qu’en contrebas, sous le canal des eaux de Marseille, de jolies maisons avec piscine et jardins ont été construites derrière des ateliers ou petites usines. Il faut d’abord franchir un portail (digicode) descendre une allée privée, arriver sur une placette, ouvrir un autre portail (télécommande) pour arriver à notre gîte, studio mitoyen de la maison des propriétaires. Il y a une piscine pas franchement de saison. La vue sur Marseille est fantastique. Le studio est tout neuf, « intelligent » pilotable du smartphone de notre hôte, climatisation réversible, même les plaques à induction. Le décor est contemporain, sobre, de bon goût.

Rue de la Bastide Longue

Les magasins sont éloignés d’un bon kilomètre : longer le chemin du Rousset agreste, descendre le chemin de la Longue Bastide toujours calme et campagnard. Il débouche brusquement sur les hauts immeubles, Lidl et Casino, leurs parkings dans un environnement plutôt déshérité. Le contraste est saisissant.

Il faut maintenant s’en remettre au GPS, être très attentives pour ne pas rater une indication. Le trajet continue vers le Vieux Port par des petites rues tranquilles, des quartiers pavillonnaires, des barres et tours mal entretenues, voies rapides, puis un autopont des passerelles suspendues. On se croirait au Caire dans cette circulation hors-sol entre des bâtiments sans grâce. La voie rapide débouche sur une construction géante très bizarre, peinte d’un bleu vif agressif surmonté d’une structure ovoïde: c’est l’Hôtel du Département des Bouches du Rhône de William Alsop j’imagine un bateau, voilier géant ou paquebot.

Mucem J4

A nouveau le GPS nous conduit dans un labyrinthe de rues étroites, avenues haussmanniennes, front de mer contemporain à la Joliette. Arrivées sur les quais, attention à ne pas s’engager dans le tunnel ! Un peu plus loin un ferry rouge de Corsica Ferries appareille vers la  Corse, la Sardaigne ou même l’Algérie ?  je reconnais le bâtiment entouré d’une résille de béton : c’est bien le Mucem. Inaccessible, bordé d’une voie rapide. Il existe bien un parking souterrain, mais pas sympa pour Dominique qui compte rester dans la voiture. Par chance elle trouve une place Rue Saint Jean juste au débouché sur le Vieux Port.

Ô vous Frères Humains – Albert Cohen

Chana Orloff : Didi marin

Marseille, 1905,

« Non, il s’agit d’un souvenir d’enfance juive, il s’agit du jour où j’eus dix ans. Antisémites, préparez-vous à
savourer le malheur d’un petit enfant, vous qui mourrez bientôt et que votre agonie si proche n’empêche pas de
haïr. O rictus faussement souriants de mes juives douleurs. O tristesse de cet homme dans la glace que je regarde. » 

Ce court livre (225 p)donne la parole à cet enfant de 10 ans, percuté par l’antisémitisme alors qu’il aller fêter son anniversaire.

c’est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à
Jérusalem si j’y suis.

Amoureux de la France, cocardier, vouant un véritable culte patriotique avec un « autel à la France » le rejet du camelot le touche infiniment. 

Albert Cohen, dans sa vieillesse se souvient de l’errance de l’enfant dans Marseille et tout le livre se déroule en une journée, la « journée du camelot » qui déambule au lieu de rentrer chez lui

Mon héréditaire errance avait commencé. J’étais devenu un juif et j’allais, un sourire léger et quelque peu hagard aux lèvres tremblantes.

Soudain, j’aperçus un Mort aux juifs à la craie sur le mur. Je frissonnai et je m’enfuis. Mais au tournant de la rue, un autre Mort aux juifs.

Un long monologue, une déambulation, Albert Cohen 70 ans plus tard écrit un texte tendre, tragique, mais ne désespère pas. Il n’appelle pas à la vengeance mais à l’intrinsèque bonté qu’il veut trouver dans les humains,

« Dites, vous, antisémites, haïsseurs que j’ose soudain appeler frères humains, fils des bonnes mères et frères en nos mères, frères aussi en la commune mort, frères qui connaîtrez l’angoisse des heures de mort, pauvres frères en la mort, mes frères par la pitié et la tendresse de pitié, dites, antisémites, mes frères, êtes-vous vraiment heureux de haïr et fiers d’être méchants ? Et est-ce là vraiment le but que vous avez assigné à votre pauvre courte vie »

Si vous avez aimé Le livre de ma mère il est de la même veine!

Sur la route du Midi : la nationale 7 – étape à Orgon : Urgonia

CARNET PROVENCAL

Orgon – village et château

La Nationale 7

Pourquoi prendre l’autoroute sous la pluie et le vent et ne pas utiliser la Nationale 7 gratuite et regarder le paysage ? C’est raté à la sortie d’Orange, le GPS nous dirige vers l’autoroute et on s’engage dans une file de Télépéage qui ne délivre pas de tickets. Petite angoisse : allons-nous payer comme si on venait de Lyon, quel est le tarif de « ticket perdu » ? Sortie à Courthézon, 4 km plus loin. Impossible de sortir, on presse sur le bouton rouge. La dame est compréhensive « 40 centimes pour Orange, vous pouvez mettre ce que vous voulez la machine rend la monnaie ». Fin de l’aventure !

La Nationale7 n’est pas touristique. Garages et entrepôts alternent avec des vergers en tenue hivernale dont les filets roulés ont une allure de gros serpents. Dans les villages, contrairement aux aires d’autoroutes, il n’y a pas de ravitaillement. Les commerçants ferment à l’heure de midi. Nous avons laissé filer Courthézon à l’écart de la route. Nous tentons notre chance à Bedarrides nous tournons autour d’un collège et dans des quartiers pavillonnaires. Raté pour le pique-nique.

Sorgues est plus animée.  C’est une jolie ville où on se serait arrêté volontiers. Sur les bords de la rivière je devine une boucherie.

La route s’approche d’Avignon. Traversée de zones commerciales infinies. Nous ne retrouvons la Nationale7 qu’après le Parc des Expositions, affublée d’une étrange appellation DN7n . Elle saute la Durance puis la quitte, beaucoup plus tranquille bordée de magnifiques platanes traversant des vergers. La route des vacances ! même le ciel s’éclaircit.

Orgon nous tente pour la pause de midi avec ses maisons provençales, sa jolie église, son château en ruine. A l’entrée du village le rond-point porte une réplique de rudiste (fossile en forme de cône tordu). Cela fait tilt. Bien sûr, Orgon a donné son nom a un faciès bien connu des géologues : l’Urgonien, barre calcaire qui marque le paysage. Des souvenirs remontent. La géologie est célébrée dans les ronds-points ! Un musée au nom d’Urgonia n’ouvrira qu’à 14h. Une petite route monte à la chapelle N.D. de Beauregard dépassant les cimetières puis un bois de pins. Elle grimpe très raide bordée des rochers ruiniformes des Alpilles. A la fin de la route le « sentier de pierre » passe sous un porche pour arriver à une table d’orientation. Le calcaire mouillé par la pluie est très glissant, je ne porte pas les bonnes chaussures, je renonce. Pique-nique panoramique sur le parvis de la chapelle qui mérite son nom de Beauregard face à la Durance qui s’étale dans la plaine et se ramifie en différents bras.

la durance vue de la Chapelle de Beauregard Orgon

Je descends à pied jusqu’au village (1.7 km) pour profiter du paysage. Des petites fleurs bleues (Globularia Alyssum ou globulaire buissonnante) forment de jolies taches bleues. Dans un crEux, un petit lac aux eaux vertes.

 

Le Musée Urgonia

Ammonite – Barrémien – Muséee Urgonia

Entrée gratuite.

Trois sections : Géologie consacrée à l’Urgonien et aux fossiles crétacés de la région, Ornithologie  avec des espèces menacées, Archéologie.

L’Urgonien est daté 39 Millions d’années à la base du Crétacé. L’étage Urgonien, défini par Alcide d’Orbigny en 1850 est représenté par deux faciès : le Barrémien à ammonites (région de Barrêmes et l’Urgonien à rudistes. On abandonnera l’Urgonien en tant qu’étage on lui substituera le Barrémien. L’Urgonien sera défini comme faciès calcaire de type plate-forme de type marin subtropical de faible profondeur.

Les rudistes sont présentés en position de vie semi-enfouis sur le fond marin d’environ 10 m de profondeur. Ils n’ont pas construit de récifs comme les coraux visibles dans les vitrines du musée. On peut aussi découvrir des œufs de dinosaures (Aix-en-Provence).

Le calcaire crayeux urgonien est exploité dans la carrière OMYA.   C’est un calcaire très blanc qui a diverses utilisation : lait en poudre ( !!!!) chewing-gum, médicament, dentifrice dans les peintures, papiers et crépis.

Salle ornithologique :

De nombreux panneaux et photos présentent des espèces menacées : l’Aigle de Bonelli, le vautour percnoptère (1 seul couple subsiste dans les Alpilles, le Circaète Jean Leblanc, le Grand duc, l’Outarde canepetière et le Rollier d’Europe.

Salle archéologique :

Divers objets sont présentés :

Poteries gauloises

Maquette d’un dolmen du Mas des Gavots à Orgon (IIIème millénaire av. J.C.) qui était une tombe collective.

Stèle anthropomorphique.

Je me suis attardée un bon moment, retrouvant des souvenirs anciens d’un stage de la fac à Barrêmes. Les  propriétaires du gîte nous attendent vers 16 h à Marseille. Nous serons en retard et faisons confiance au GPS pour arriver au plus vite. Evidemment par l’autoroute que nous trouvons à Salon-de-Provence. Il fait soleil au- dessus de l’ Etang de Berre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la route du Midi – étape à Orange

CARNET PROVENCAL

Orange : Arc de Triomphe

L’Hôtel Ibis budget est juste à la sortie 21 de l’autoroute. Il en est séparé par la petite rivière la Meyne et assez à l’écart pour qu’il ne dérange pas du tout.

Orange est une petite ville (30.000 habitants) qui se visite à pied. L’Office de Tourisme fournit un plan avec deux itinéraires : l’Itinéraire Romain avec l’Arc de Triomphe et le Théâtre antique et l’Itinéraire historique. Comme je ne dispose que de peu de temps avant la tombée de la nuit je me dirige par le Cardo maximus (rue Victor Hugo et avenue de l’ l’Arc de triomphe). Illuminé la nuit, il a belle allure.

Sur le chemin de retour, je passe devant un joli camion-pizza « pizzas provençales » pour prendre le flyer, nous commanderons à l’heure du dîner une pizza Napoli, tout à fait différente de ce qu’on trouve en région parisienne. Garnie de beaucoup de sauce tomate aux herbes de beaucoup de fromage et surtout une décoration de pistou et une pâte aux anchois au bon goût d’ail. Délicieuse !

Grosse pluie du matin n’arrête pas la touriste !

Théâtre antique

L’Arc de Triomphe bâti au 1er siècle sur la Via Agrippa à l‘entrée de la ville d’Arausio fut érigé en l’honneur des victoires romaines sur les Gaulois de Germanicus et/ou de Tibère. Un grand panneau vertical présente un amoncellement d’armes, casques et boucliers et au-dessus des petits passages des trophées maritimes, « les dépouilles navales », proues de navires, gouvernails ..Dans les frises en haut, on devine les combats des Gaulois et des Romains.

Pour rejoindre en  voiture le Théâtre Antique, le GPS nous fait contourner le centre-ville le long de la rivière pour éviter les rues et ruelles étroites. C’est plus long que de couper à pied mais il pleut vraiment très fort. Je découvre l’impressionnant Mur extérieur, mur de scène 103 m de long, 37 m de haut, qui dépasse les maisons provençales colorées de l’autre côté de la rue.

Sous la pluie, je cherche vainement l’entrée du théâtre. Tout est bouclé. Je tourne autour de l’Ancien Forum et le site du temple où l’on rendait le culte à l’Empereur. Il y a pourtant des visiteurs dans le théâtre ! je suis prête à abandonner quand je comprends : il faut traverser la rue et prendre un billet au Musée d’Histoire une hôtesse accompagne le visiteur et ouvre la grille.

Pour 12 €, l’audio-guide est commun au Musée et au Théâtre. On peut aussi faire la visite virtuelle (avec casque, j’ai horreur de cela). Dans le théâtre, il y a même un Escape Game.

Musée

Cyclope : acrotère

Salles romaines : au rez de chaussée. Le cadastre d’Arausio est tracé sur de grande plaques de marbre blanc quadrillé en centuries qui mesurent chacune 750 m de côté. Chaque centurie est annotée avec un code d’attribution : aux colons, aux locaux, rendues aux indigènes. Des statues du théâtre antique et d’autres monuments romains sont présentée autour d’une mosaïque. Des acrotères : masques du Cyclope, d’Hercule et de Bacchus sont très réussis. Il y a aussi une sphinge avec six paires de seins.

Au premier étage, c’est toute l’histoire d’Orange qui nous est contée. Dès Charlemagne, les seigneurs d’Orange ont régné sur la petite principauté enclavée dans le Comtat Venaissin dépendant du Saint Empire. Une curieuse tradition, un concours d’arbalète se déroulait chaque année. Le gagnant qui tirait un oiseau était désigné comme « roi ».

En 1544, Guillaume 1er de Nassau devient prince d’Orange ce qui expliquerait le goût des Néerlandais pour la couleur orange. C’est aussi l’origine d’une grande présence protestante à Orange. Pendant les Guerres de Religion, Orange était une ville huguenote. Louis XIV  en a détruit les fortifications. L’annexation par la France fut reconnue en 1713 par les Traités d’Utrecht.

La Fabrique Wetter

La Fabrique Wetter (1757-1802) contribua à la richesse de la ville. Cette fabrique d’indiennes ou toiles peintes employa en 1765   jusqu’à 496 ouvriers. Elle jouissait d’une renommée internationale. De grands tableaux de Joseph Gabriel Maria Rossetti dépeignent le travail dans la fabrique. Une exposition sur les matériaux de l’industrie textile est présentée dans la salle attenante. Lin, laine, soie et produits tinctoriaux sont présentés dans des vitrines. J’ai le plaisir de voir la boule bleue : la coque de pastel à l’origine du pays de cocagne autour d’Albi.

Frank Brangwyn : dockers

Au 2ème étage deux peintres sont mis à l’honneur : Le peintre britannique Albert de Belleroche (1864-1844) ami de Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas. Ses « femmes décoiffées » selon Renoir, ne m’ont pas impressionnée mais j’ai gardé la photo de l’Enterrement de Zola puisque je suis en train de lire Le Docteur Pascal dernier épisode de la série des Rougon-Macquart. En revanche j’ai beaucoup aimé les dessins et gravures de Frank Brangwyn(1867-1956) surtout quand il dessine les hommes au travail, dockers ou halant un bateau. Comme d’autres artistes du mouvement Arts and Crafts, Brangwyn s’est intéressé aux arts décoratifs. De beaux meubles marquetés ainsi que des céramiques de facture épurée accompagnent les tableaux. J’ai aussi remarqué une gravure d’un bateau échoué et une vue en Noir et blanc de Venise m’a plu. J’adore ces découvertes de peintres au hasard de musées de province.

Théâtre antique

Une belle averse a abrégé ma visite. Malgré les cascades qui dévalaient les gradins j’ai réussi à escalader les marches en suivant les flèches « visite panoramique ». en revanche j’ai fort peu actionné l’audioguide sous la pluie. Il y avait quand même une famille téméraire s’essayant à un Escape-Game aquatique. Ce théâtre nous est familier par les retransmissions des Chorégies d’Orange à la télévision. Je me promets d’être attentive l’été prochain. Je suis surprise par les dimensions. Ce théâtre n’a pas arrêté d’être utilisé pendant des siècles !