Femme ou enfant? Clown triste. Amoureuse ou victime ? J’ai consulté Wikipedia pour connaître l’ âge de Giuletta Masina à la sortie de La Strada en 1954, née en 1920 elle avait passé la trentaine!
Zampano : l’homme à la poitrine d’acier, gagnant sa vie avec un tour de force sur le foires. Anthony Quinn magnifique. Est-il doué de raison? Le sens moral a-t-il un sens pour une existence aussi fruste? Qu’éprouve-t-il pour Gelsonima qui l’accompagne sur la route ?
Italie dévastée. Enfant qu’on vend pour 10 000 lires. Pauvre monde des forains. Solidarités de passage. Paysages d’hiver, sous la mer.
A quelques jours de notre départ j’avais envie d’écouter de l’Italien.
Il y tout juste 40 ans disparaissait Pasolini (le 2 novembre 1975) . La lecture du Piéton de Rome de Dominique Fernandez qui l’a fréquenté et qui a écrit une biographie (Dans la main de l’ange) m’a donné envie de revoir ses films. Théorème est sorti en 1968. A l’époque il avait soulevé notre enthousiasme. Fonctionne-t-il encore?
Préambule en sépia délavé : une usine immense, des journalistes interrogent des syndicalistes. Le patron a donné l’usine aux ouvriers. Est-ce une bonne chose? La stratégie n’est-elle pas de transformer les ouvriers en petits bourgeois neutralisant ainsi la lutte des classes…..Rhétorique soixante-huitarde! qui me rappelle certaines scènes de Mia Madre, est-ce un clin d’œil que Nanni Moretti lance ?
En couleur : une demeure très cossue. Une famille de la grande bourgeoisie reçoit des amis. Surgit un jeune homme blond (Térence Stamp), qui va séduire toute la famille. D’abord la bonne qui se jette sur lui puis va s’asphyxier au gaz, le fils qui partage sa chambre et le rejoint dans son lit, la godiche de fille, la mère (sublime Silvina Mangano) avec un brushing très très classe qui se pâme devant un caleçon douteux, enfin le père qui est le patron de l’usine.
Exit Terence Stamp.
La vie de cette famille est ravagée. La bonne retourne dans sa ferme, elle ne se nourrit que d’orties et fait un miracle et finit par léviter au dessus de la ferme. La fille tombe en catalepsie. La mère nymphomane drague au volant de sa Fiat 500. Le fils est le mieux loti, il expérimente des techniques de peinture abstraite. Quand au père il se dépouille au propre comme au figuré, donne son usine aux ouvriers et se déshabille au milieu de la gare de Milan. On le retrouve hagard sur les pentes de l’Etna (ou du Vésuve).
Des images de désert (plutôt) scories volcaniques avec de la musique grandiloquente entrecoupent les séquences de la vie de la famille.
Cela ne fonctionne plus pour moi. J’aurais aimé retrouver l’enthousiasme de ma jeunesse. Les images ont terni (volontairement ternes il semble) le propos s’est aussi affadi, la révolution sexuelle n’est plus à l’ordre du jour. Cette sorte d’ange est bien banal. Que lui trouvent-ils tous?
Je ne l’avais pas vu à sa sortie, je découvre ce film un peu mélancolique racontant des histoires un peu folles : Ivo (Roberto Benigni) entend la voix de la lune dans un puits. Le hauboïste (Sim) se réfugie au cimetière pour fuir les apparitions que convoque un certain accord de son instrument, le Préfet Gonella se sent persécuté par ses voisins et même par son fils….
Des scènes se succèdent quelquefois décousues (on a l’habitude avec Fellini). Des personnages excentriques surgissent dans un décor de petite ville italienne banale. Ou au contraire des italiens ordinaires sont confrontés à des situations improbables, comme la capture de la lune. Poésie décalée.
Critique du monde moderne, comme cette fête grotesque des gnocchis avec l’élection de Miss Farine ou le lancement d’une chaîne de télévision locale. Ivo, notre Pierrot lunaire trimbale l’escarpin argenté d’Aldina et cherche Cendrillon dans une rave party interrompue par la valse dansée par Le Prefet Gonella qui fulmine contre la musique des jeunes qui dansent seuls avec un casque sur les oreilles…
Pour toutes les blogueuses de ma connaissance qui suivent passionnément les polars islandais et Erlandur, voici des images hivernales…..
Attention, ce n’est pas un polar, ni un film d’action, encore moins un documentaire avec volcans et glaciers! Plutôt un film contemplatique, lent, avec un humour décalé qui raconte l’histoire de deux éleveurs de moutons, deux frères Gummi et Kiddi dont les fermes sont voisines mais qui ne s’adressent plus la parole depuis quarante ans,. Leur passion, ce sont leurs moutons. Voilà que la tremblante se déclare dans la bergerie de Kiddi….
Les acteurs sont extraordinaires, vieux, barbus, un peu ventripotents, taiseux….
Les moutons sont magnifiques, avec leur laine mousseuse (toilettée).
Vu il y a bien longtemps,! Mes souvenirs s’estompent et j’ai eu envie de le revoir! J’avais complètement oublié le début dans l’Italie mussolinienne, oubliés aussi les bombardements.
En revanche les deux traversées de Rome, en moto et en voiture sur un périphérique saturé, embouteillé avec un tournage sous la pluie, sont une référence. Nanni Moretti y fait un clin d’oeil.
Mes deux séquences préférées que j’attendais avec impatience, sont visibles sur Youtube. Je peux donc les intégrer ici de manière à les voir et les revoir…
les fresques découvertes lors du creusement du métro
le défilé de mode :
Fellini est décidément LE MAITRE et Anna Magnanisa prophétesse!
Dans quinze jours, nous nous envolons pour Rome, il est temps de me remettre à l’Italien. Le cinéma a toujours été ma meilleure école!
Nanni Moretti,est un réalisateur que je suis. J’ai encore très présents à la mémoire l’excellent Habemus papam et, plus lointains Aprile, Palomba rossa et bien d’autres. J’aime parcourir les rues de Rome en vespa avec lui. Dans ce nouveau film je retrouverai le scooter, mais c’est Livia, la fille qui s’y essaie…la traversée de Rome dans Mia Madre hilarante avec Tortora éméché qui sort sa tête de la fenêtre pour hurler Fellini Roma!
Cependant il vaut mieux savoir que le sujet est douloureux, Nanni Moretti a perdu sa mère pendant le tournage de Habemus Papam c’est le point de départ de l’histoire : une réalisatrice tourne un film pendant que sa mère est à l’hôpital. Film très personnel, autobiographique, presque, puisque c’est une femme qui tient son rôle de cinéaste. Film de doute, dans son rôle public, et privé « incertitudes » dit Moretti dans une interview..
.Dans ce journal intime, Nanni Moretti se dédouble. Double féminin, la cinéaste énervée Double masculin, Giovanni, qu’il joue lui-même, fils sensible, toujours disponible. Contraste : Margherita qui a acheté chez le traiteur du poulet avec des croquettes de riz, débarque à l’hôpital tandis que Giovanni étend la nappe familiale sur le dispositif médical, sort la pasta et la sauce encore tiède comme à la maison. Margherita remballe les paquets d’aluminium….
Ce récit intime serait presque indécent s’il n’avait pas pris soin d’inviter John Turturo en vedette américaine tantôt insupportable, tantôt bouffon dont les écarts, les pitreries, procurent une respiration dans l’atmosphère plombante de l’hôpital où la santé de la mère se dégrade et dans le stress de ce tournage un peu particulier. Est-ce que faire du cinéma social, (il s’agit du licenciement dans une usine), a du sens?
Dans le programme des dernières semaines des Cinémas du Palais, l’Herminen’était pas mon premier choix. Et même,mercredi dernier, j’avais préféré rester à la maison alors que j’avais prévu de le voir….
Excellente surprise! Lucchini se bonifie, s’humanise.
Un film à suspens, la Cour d’Assises comme un théâtre avec son cérémonial, ses costumes, et ses rebondissements. Le tribunal comme révélateur d’une région, d’une ville Saint Omer, avec ses notables et ses déshérités. L’entêtement de l’accusé qui répète « j’ai pas tué Melissa ». L’humanité des jurés qui, honnêtement, veulent comprendre.
Avant les élections de 2009 de grades manifestations se déroulèrent à Téhéran et furent sauvagement réprimées par les Basidjis. Une petite troupe de manifestants poursuivis se réfugient chez Ali, un quinquagénaire puis s’en vont. Sara a oublié son portable et revient le chercher. Cherche-t-elle son téléphone ou autre chose? Elle s’attarde chez Ali qui a le double de son âge, et se trouve en partance, les affaires déjà dans des cartons. Indifférent à ce qui se déroule dans la rue il ne sort pas de chez lui et attend un permis pour rejoindre femme et enfant au Canada. Sara va manifester mais elle revient chez Ali et le séduit. Une histoire d’amour se noue. Elle avoue chercher un homme et un lit. Un ordinateur peut être aussi. Sous le pseudo de Persianstar, elle tweete, navigue sur les réseaux sociaux. Peut être est-elle une organisatrice? Elle cherche à entraîner Ali dans sa lutte. Il a déjà donné, quand il avait son âge, en 1988. Il est désabusé, casanier.
Sara étonne par son énergie et aussi par sa liberté de ton et de vie. Elle se veut libre et provocante quand elle ouvre les fenêtres en grand et toute nue crie dans la nuit « Allahou akbar! » cri de ralliement des manifestants.
Libre et provocant ce film qui comporte des scènes de sexe crues qu’on n’imaginerait pas dans un film iranien. Si la réalisatrice Sépideh Farsi est bien iranienne, le film est une collaboration Iran-France-Grèce. Elle vit en France et par ce film s’interdit un retour à Téhéran. Étonnantes aussi les images des manifestations filmées avec un téléphone portable, documents véridiques? Elles rythment un film qui serait un huis clos dans le bel appartement d’Ali.
Franchement, j’hésitais beaucoup, Yolande Moreau, oui, Poelvoorde, moins. J’avais peur d’une comédie lourdingue, la bande annonce ne m’avait pas convaincue. La critique favorable de Dasolaa joué en sa faveur.
Et je n’ai pas regretté.
C’est du bon cinéma, avec des trouvailles incongrues et plein de surprises. Deneuve avec le Gorille c’est moyen, mais le reste est vraiment original. Trouvailles visuelles, idées iconoclastes, Dieu comme un sale type, la Cène en équipe de base-ball américain…
Il faut que j’arrête : l’effet de surprise est capital.
Je suis une fan inconditionnelle d’Amos Gitaïet de Aharon Appenfeldqui a écrit le roman Tsili. Il fallait donc que je voie le film. Mais peut être aurais-je dû lire le livre avant. J’aurais sans doute mieux suivi cette oeuvre a-typique. Amos Gitaï sait raconter une histoire en utilisant les canons du cinéma habituel. Il peut aussi produire une installation avec des vidéos comme celle dédiée à son père avec le documentaire Lullaby to my father qui m’avait beaucoup émue.
Le générique de Tsili est une chorégraphie, une jeune fille (Tsili?) danse sur fond noir en chemise de nuit blanche. Long plan-séquence. Je sais que ce ne sera pas un film d’action, plutôt un film contemplatif. Tsili vit dans les bois, dans ces forêts où étaient les Partisans d’Appenfeld. Elle mange des baies, se fabrique un nid. Visuellement il ne se passe rien, en revanche la guerre est présente dans la bande sonore. C’est autant un film à écouter qu’à regarder. Arrive un jeune homme, Marek, qui essaie de nouer un dialogue, offre du pain, leurs rapports sont très étranges. Scène de viol. Tsili ne veut pas. Très pénible pour moi. Succède une scène très tendre où les amants dorment dans un nid de branchages. Compliqué : Tsili est joué par deux actrices aux longs cheveux mais qui ne se ressemblent pas; Pourquoi?
Une colonne de réfugiés marche vers la mer. La mer Noire ou la Méditerranée. Ils s’abritent sous un hangar.
Puis suivent des images d’archives. Des enfants de diverses communautés d’Europe Centrale, prises avant la guerre. Très émouvantes.