Franchement, j’hésitais beaucoup, Yolande Moreau, oui, Poelvoorde, moins. J’avais peur d’une comédie lourdingue, la bande annonce ne m’avait pas convaincue. La critique favorable de Dasolaa joué en sa faveur.
Et je n’ai pas regretté.
C’est du bon cinéma, avec des trouvailles incongrues et plein de surprises. Deneuve avec le Gorille c’est moyen, mais le reste est vraiment original. Trouvailles visuelles, idées iconoclastes, Dieu comme un sale type, la Cène en équipe de base-ball américain…
Il faut que j’arrête : l’effet de surprise est capital.
Je suis une fan inconditionnelle d’Amos Gitaïet de Aharon Appenfeldqui a écrit le roman Tsili. Il fallait donc que je voie le film. Mais peut être aurais-je dû lire le livre avant. J’aurais sans doute mieux suivi cette oeuvre a-typique. Amos Gitaï sait raconter une histoire en utilisant les canons du cinéma habituel. Il peut aussi produire une installation avec des vidéos comme celle dédiée à son père avec le documentaire Lullaby to my father qui m’avait beaucoup émue.
Le générique de Tsili est une chorégraphie, une jeune fille (Tsili?) danse sur fond noir en chemise de nuit blanche. Long plan-séquence. Je sais que ce ne sera pas un film d’action, plutôt un film contemplatif. Tsili vit dans les bois, dans ces forêts où étaient les Partisans d’Appenfeld. Elle mange des baies, se fabrique un nid. Visuellement il ne se passe rien, en revanche la guerre est présente dans la bande sonore. C’est autant un film à écouter qu’à regarder. Arrive un jeune homme, Marek, qui essaie de nouer un dialogue, offre du pain, leurs rapports sont très étranges. Scène de viol. Tsili ne veut pas. Très pénible pour moi. Succède une scène très tendre où les amants dorment dans un nid de branchages. Compliqué : Tsili est joué par deux actrices aux longs cheveux mais qui ne se ressemblent pas; Pourquoi?
Une colonne de réfugiés marche vers la mer. La mer Noire ou la Méditerranée. Ils s’abritent sous un hangar.
Puis suivent des images d’archives. Des enfants de diverses communautés d’Europe Centrale, prises avant la guerre. Très émouvantes.
la petite Jashaun est merveilleuse, son frère est aussi un acteur dynamique.
Les paysages de Badlands ravinés sont aussi très beaux.
Mais le reste est bien triste.
Sur la réserve indienne peu d’avenir s’ouvre aux adolescents. Le professeur interroge les jeunes sur leurs projets. Curieuse classe, chacun joue avec un animal, serpent, une mygale ou un scolopendre. De quoi rêvent-ils? De faire du rodéo, de la boxe. Seule une fille veut étudier le droit.
Pas d’avenir pour les jeunes; les adultes sont rongés par l’alcoolisme et la pauvreté. Il faut croire que les Américains n’ont rien compris avec la Prohibition. Sur la réserve indienne, l’alcool est interdit. Bootlegger est la seule profession lucrative, engendrant luttes de clans et violence et n’interdisant aucunement les abus. Les enfants qui ne sont pas encore atteints deviennent les seuls responsables. La petite Jashaun traverse le film avec beauté, dignité.
Un tour à Cuba en musique cela ne se refuse pas! Le titre annonçait de la poésie. Le résumé du hip hop et du rap. Si j’apprécie le hip hop, le rap me casse souvent les oreilles.
J’ai tenté et bien aimé. Ces musiciens dégagent une énergie et une chaleur incomparable. Parce qu’il en faut de l’énergie à la Havane, pour se produire lorsque leur concerts sont interdits, puis permis? Lorsqu’ils veulent diffuser leur musique sur Internet alors que la connexion se fait à la vitesse de la tortue. Ils se veulent libres, déjouent les pièges qu’on leur tend en cherchant à les récupérer. irrécupérables!
Documentaire? Bien sûr, mais surtout un film avec des personnages sympathiques et de temps en temps une sublime image de la Havane qui m’a fait flasher.
C’est une comédie avec des actrices formidables (surtout Regina Casé) qui se déroule presque exclusivement dans une maison luxueuse de Sao Paulo avec une belle piscine, opposant un couple riche avec un adolescent gâté et les domestiques.
Val est la nounou de Fabinho. Ils partagent une réelle complicité et des moments de tendresse qu’il refuse à sa mère, une business womanpressée et assez odieuse. Amour maternel ou amour de la nounou?
Val a sacrifié son amour maternel, elle a laissé au loin sa fille Jessica et a consacré toute son énergie à envoyer de l’argent pour son éducation. Mère et fille sont devenues des étrangères, quand Jessica débarque pour passer les examens d’entrée à l’université.
On peut faire une autre lecture : privilégier l’aspect social.
Val, la nounou est aussi celle qui passe l’aspirateur, promène le chien, fait la cuisine, sert et dessert la table, employée de maison modèle, dévouée, appréciée. Val connait la place des domestiques. Elle sait que certaines offres sont faites par politesse parce que les patrons savent bien que l’employée zélée va les décliner. Jessica refuse ces conventions. Charmante intelligente, jolie, elle va d’abord séduire, mais on la remettra vite à sa place.
Splendeur des images de cette steppe infinie, battue par les vents, on entend le souffle du vent, l’orage qui s’abat sur la plaine, l’éolienne sur le pignon de la maison qui se transforme en hélice d’un improbable avion.
Steppe à l’horizon infini mais aux couleurs changeantes, camaïeu de bruns, verts, taches roses.
Une maison au toit de chaume au milieu de nulle part, son puits, un arbre solitaire
Des images d’une beauté : détails du bois, mur de pisé inégal craquelé,
Beauté des acteurs.
Film sans parole, accompagné par le vent, l’eau, l’orage, le galop du cheval, le moteur du camion…
Un bon quart d’heure se passe, j’admire les cadrages, les images, les couchers et lever du soleil. Même s’il n’y avait pas d’histoire, le film serait un chef d’oeuvre.
Il y a une histoire, histoire d’amour. Lequel du cavalier kazakh, son ami d’enfance, ou du photographe, un peu acrobate, la jeune fille choisira? Comme deux chevaux fous, ils se battront.
Mais ce n’est pas tout… mais je ne vous dirai rien. Pour préserver l’effet de surprise
Je suis allée voir ce film sans avoir lu, ni critique, ni synopsis. Avec la seule idée que le cinéma iranien est souvent excellent et que c’est en tout cas la meilleure fenêtre entrouverte sur un pays que l’on ne visite pas facilement. L’idée de mettre un foulard et de me couvrir entièrement me déplaît.
J’ai donc reçu l’histoire par surprise et je n’ai pas envie de dévoiler le secret pour ceux ou celles qui irait le voir, comme moi, naïvement.
En revanche des idées préconçues sur les femmes iraniennes, j’en avais. Commisération pour les femmes enfermées dans les tchadors ou les foulards dans le meilleur des cas. Idée de femmes opprimées… Et voici ce qui secoue les préjugés : une femme réalisatrice qui aborde de face le sujet qu’on imagine tabou des transsexuels. Des femmes actives, Rana voilée traditionaliste est chauffeur de taxi! Elle conduit sa voiture avec autorité et n’hésite pas à débarquer les clientes qui prétendre l’enfumer de leurs cigarettes.
Solidarité féminine qui n’exclue pas une déclaration d’amour inconditionnel pour son mari emprisonné.
Rana avait deux rêves, se marier et conduire une voiture. Sadegh, son mari l’a comblée sur les deux tableaux. Rana devra aussi se battre contre les préjugés. Accepter d’aider Adineh n’allait pas de soi!
Emprunté à la médiathèque parce que je voulais entendre du Russe. Pas de chance c’est en ukrainien! De plus, il se déroule dans le pays houtsoule, dans les Carpates, plus proche de la Roumanie que des steppes de l’Asie Centrale que je m’apprête à visiter.
Depuis longtemps, j’avais envie de visionner ce chef d’oeuvre. A Erevan, un musée est consacré à Paradjanov, cinéaste arménien. N’ayant vu aucun de ses films, nous avions négligé cette visite et maintenant, je le regrette.
L’histoire, version de Roméo et Juliette, ne m’a pas spécialement captivée. En revanche, les images m’ont bluffée. Certains cadrages, très recherchés, sont stupéfiants. Bois, eau, terre, mousse sont photographiés de façon merveilleuse. on aimerait s’attacher encore plus longtemps à chaque image.
Pour autant ce n’est pas un film statique, au contraire, on est entraîné dans les fêtes villageoises, dans les rondes des masques au creux de l’hiver, dans les courses effrénées dans la montagne. Le montage se fait au rythme de la course de ces chevaux de feu.
Film ethnographique, sur les costumes colorés de ces paysans houtsoules, de leurs cérémonies, mariage, funérailles, fenaison. Peut-être? Sorcellerie aussi.
J’avais envie de mettre à l’épreuve ma méthode « Le russe tout de suite! » que j’étudie avant de m’envoler pour Tashkent.
Quoi de mieux qu’un film en VO?
Et, en plus, un chef d’oeuvre qui tombe à pic.
A pic: parce que c’est Pâques et qu’en pays orthodoxe cette fête est particulièrement spectaculaire. La Passion d’Andrei qui se constitue unépisode du film est de saison. Aussi parce que je suis en train de lire la biographie de Tamerlan : le film se déroule en 1400, quelques années après que Tamerlan ne poursuive la Horde d’Or jusque dans l’Oural et les plaines de Russie. l‘invasion des Tatars m’a fait penser à ces hordes nomades.
Point n’est besoin de prétexte pour visionner ce film magnifique. Seule précaution : consacrer 3 bonnes heures si on veut voir les bonus du DVD.
Le prologue est un épisode étonnant: l’envol d’un ballon au 18ème siècle préfigure l’ascension de la cloche à la fin du film. La suite du film se déroule au tout début du 15ème siècle. Scène de baladins, plutôt farce. On fait connaissance ensuite avec les 3 peintres d’icônes qui ont vraiment existé : Théophane le Grec, Cyrille et André Roublev. les épisodes se succèdent sans qu’on fasse vraiment le lien entre eux. Étonnante Passion dans la neige, scène païenne où les paysans se baignent nus, invasion des Tatars…Chaque séquence est magnifique, chargée de symboles et de réflexions sur la création, la peinture d’icônes, la transcendance.
L’histoire de la cloche semble coupée des histoires qu’on vient de voir où les peintres et les moines étaient les protagonistes. L’enfant ayant échappé à la peste, semble sorti de nulle part. Encore ici, une réflexion à la création mais cette fois-ci il s’agit d’artisanat, presque d’industrie quand on voit le métal en fusion s’échapper des creusets.
Quand la cloche est finie, Andrei Roublev réapparaît. L’enfant épuisé lui redonne la parole et le désir de peindre à nouveau.
On croit que l’histoire est finie.La couleur éclaire l’écran alors que le film était en noir et blanc, la caméra s’attarde longuement sur les icônes en un final merveilleux.
Film historique, surtout réflexion sur la création de l’artiste, les exigences morales, la foi nécessaire..
C’est un voyage tout en délicatesse, tout en finesse, d’une étonnante légèreté si on considère que c’est un voyage de deuil.
Performance de Yolande Moreau.
Liliane part en Chine rapatrier le corps de son fils décédé dans un accident. Elle va à la découverte de la Chine et retrouve son fils perdu de vue depuis de longues année. Ses amis chinois, la voisine, la fiancée, des inconnus lui parle de Christophe, photographe, qui a su parler le chinois « presque sans accent », qui est tombé amoureux de la culture chinoise, des paysages du Sichuan et de Danjié.
Un sans-faute, depuis le générique – plan fixe -une porte?un tableau? un paravent chinois? La musique, lancinante est discrète, sobre. La beauté des paysages, des visages de gens simples. Film pudique aussi : mise au point sur des cerisiers en fleur tandis que les visages sont flous.