Mia Madre – Nanni Moretti

IL VIAGGIO

Shots from "Mia Madre"
 « Mia Madre »

 

Dans quinze jours, nous nous envolons pour Rome, il est temps de me remettre à l’Italien. Le cinéma a toujours été ma meilleure école!

Nanni Moretti, est un réalisateur que je suis. J’ai encore très présents à la mémoire l’excellent Habemus papam  et, plus lointains Aprile, Palomba rossa et bien d’autres. J’aime parcourir les rues de Rome en vespa avec lui. Dans ce nouveau film je retrouverai le scooter, mais c’est Livia, la fille qui s’y essaie…la traversée de Rome dans Mia Madre hilarante avec Tortora éméché qui sort sa tête de la fenêtre pour hurler Fellini Roma!

Cependant il vaut mieux savoir que le sujet est douloureux, Nanni Moretti a perdu sa mère pendant le tournage de Habemus Papam c’est le point de départ de l’histoire : une réalisatrice tourne un film pendant que sa mère est à l’hôpital. Film très personnel, autobiographique, presque, puisque c’est une femme qui tient son rôle de cinéaste. Film de doute, dans son rôle public, et privé « incertitudes » dit Moretti dans une interview..

.Dans ce journal intime, Nanni Moretti se dédouble.   Double féminin, la cinéaste énervée  Double masculin, Giovanni, qu’il joue lui-même, fils sensible, toujours disponible. Contraste : Margherita qui a acheté chez le traiteur du poulet avec des croquettes de riz, débarque à l’hôpital tandis que Giovanni étend la nappe familiale sur le dispositif médical, sort la pasta et la sauce encore tiède comme à la maison. Margherita remballe les paquets d’aluminium….

Ce récit intime serait presque indécent s’il n’avait pas pris soin d’inviter John Turturo en vedette américaine tantôt insupportable, tantôt bouffon dont les écarts, les pitreries,  procurent une respiration dans l’atmosphère plombante de l’hôpital où la santé de la mère se dégrade et dans le stress de ce tournage un  peu particulier. Est-ce que faire du cinéma social, (il s’agit du licenciement dans une usine), a du sens? 

 

L’Hermine – Christian Vincent

l'hermine affiche

Dans le programme des dernières semaines des Cinémas du Palais, l’Hermine n’était pas mon premier choix.  Et même,mercredi dernier, j’avais préféré rester à la maison alors que j’avais prévu de le voir….

Excellente surprise! Lucchini se bonifie, s’humanise.

 

Un film à suspens, la Cour d’Assises comme  un théâtre avec son cérémonial, ses costumes, et  ses rebondissements. Le tribunal comme révélateur d’une région, d’une ville Saint Omer, avec ses notables et ses déshérités. L’entêtement de l’accusé qui répète « j’ai pas tué Melissa ».  L’humanité des jurés qui, honnêtement, veulent comprendre.

Red Rose un film de Sepideh Farsi

TOILES NOMADES

 

red_rose_affiche_sm-73c00

 

Avant les élections de  2009 de grades manifestations se déroulèrent à Téhéran et furent sauvagement réprimées par les Basidjis. Une petite troupe de manifestants poursuivis se réfugient chez Ali, un quinquagénaire puis s’en vont. Sara a oublié son portable et revient le chercher. Cherche-t-elle son téléphone ou autre chose? Elle s’attarde chez Ali qui a le double de son âge, et se trouve en partance, les affaires déjà dans des cartons. Indifférent à ce qui se déroule dans la rue il ne sort pas de chez lui et attend un permis pour rejoindre femme et enfant au Canada. Sara va manifester mais elle revient chez Ali et le séduit. Une histoire d’amour se noue. Elle avoue chercher un homme et un lit. Un ordinateur peut être aussi. Sous le pseudo de Persianstar,  elle tweete, navigue sur les réseaux sociaux. Peut être est-elle une organisatrice? Elle cherche à entraîner Ali dans sa lutte. Il a déjà donné, quand il avait son âge, en 1988. Il est désabusé, casanier.

RED-ROSE3-1170x486

Sara étonne par son énergie et aussi par sa liberté de ton et de vie. Elle se veut libre et provocante quand elle ouvre les fenêtres en grand et toute nue crie dans la nuit « Allahou akbar! » cri de ralliement des manifestants.

Libre et provocant ce film qui comporte des scènes de sexe crues qu’on n’imaginerait pas dans un film iranien. Si la réalisatrice Sépideh Farsi est bien iranienne, le film est une collaboration Iran-France-Grèce. Elle vit en France et par ce film s’interdit un retour à Téhéran. Étonnantes aussi les images des manifestations filmées avec un téléphone portable, documents véridiques? Elles rythment un film qui serait un huis clos dans le bel appartement d’Ali.

Une fiction donc, mais aussi un document.

 

Le tout nouveau testament de Jaco van Dormael

CINÉMA BELGE 

Le tout nouveau testament

Décidément les belges ont des idées!

Et de l’humour!

Franchement, j’hésitais beaucoup, Yolande Moreau, oui, Poelvoorde, moins. J’avais peur d’une comédie lourdingue,  la bande annonce ne m’avait pas convaincue. La critique favorable de Dasola a joué en sa faveur.

Et je n’ai pas regretté.

C’est du bon cinéma, avec des trouvailles incongrues et plein de surprises. Deneuve avec le Gorille c’est moyen, mais le reste est vraiment original. Trouvailles visuelles,  idées iconoclastes, Dieu comme un sale type, la Cène en équipe de base-ball américain…

Il faut que j’arrête : l’effet de surprise est capital.

 

Tsili film d’Amos Gitaï

TOILES NOMADES

Tsili

Je suis une fan inconditionnelle d’Amos Gitaï et de Aharon Appenfeld qui a écrit le roman  Tsili. Il fallait donc que je voie le film. Mais peut être aurais-je dû lire le livre avant. J’aurais sans doute mieux suivi cette oeuvre a-typique. Amos Gitaï sait raconter une histoire en utilisant les canons du cinéma habituel. Il peut aussi produire une installation avec des vidéos comme celle dédiée à son père avec le documentaire Lullaby to my father qui m’avait beaucoup émue.

Le générique de Tsili est une chorégraphie, une jeune fille (Tsili?) danse sur fond noir en chemise de nuit blanche. Long plan-séquence. Je sais que ce ne sera pas un film d’action, plutôt un film contemplatif. Tsili vit dans les bois, dans ces forêts où étaient les Partisans  d’Appenfeld. Elle mange des baies, se fabrique un nid. Visuellement il ne se passe rien, en revanche la guerre est présente dans la bande sonore. C’est autant un film à écouter qu’à regarder.  Arrive un jeune homme, Marek, qui essaie de nouer un dialogue, offre du pain, leurs rapports sont très étranges. Scène de viol. Tsili ne veut pas. Très pénible pour moi. Succède une scène très tendre où les amants dorment dans un nid de branchages. Compliqué : Tsili est joué par deux actrices aux longs cheveux mais qui ne se ressemblent pas; Pourquoi? 

 

Une colonne de réfugiés marche vers la mer. La mer Noire ou la Méditerranée. Ils s’abritent sous un hangar.

tsili3

Puis suivent des images d’archives. Des enfants de diverses communautés d’Europe Centrale, prises avant la guerre. Très émouvantes.

Il faut que je lise le livre!

Lire la critique ICI

 

Les chansons que mes frères m’ont apprises

TOILES NOMADES

Les chansons que mes frères affiche

 

 

la petite Jashaun est merveilleuse, son frère est aussi un acteur dynamique.

Les paysages de Badlands ravinés sont aussi très beaux.

Mais le reste est bien triste.

Sur la réserve indienne peu d’avenir s’ouvre aux adolescents. Le professeur interroge les jeunes sur leurs projets. Curieuse classe, chacun joue avec un animal, serpent, une mygale ou un scolopendre. De quoi rêvent-ils? De faire du rodéo, de la boxe. Seule une fille veut étudier le droit.

Pas d’avenir pour les jeunes; les adultes sont rongés par l’alcoolisme et la pauvreté. Il faut croire que les Américains n’ont rien compris avec la Prohibition. Sur la réserve indienne, l’alcool est interdit. Bootlegger est la seule profession lucrative, engendrant luttes de clans et violence et n’interdisant aucunement les abus. Les enfants qui ne sont pas encore atteints deviennent les seuls responsables. La petite Jashaun traverse le film avec beauté, dignité.

 

Esto es lo que hay, chronique d’une poésie cubaine – Lea Rinaldi

TOILE NOMADE

esto es lo que hay3

Un tour à Cuba en musique cela ne se refuse pas! Le titre annonçait de la poésie. Le résumé du hip hop et du rap. Si j’apprécie le hip hop, le rap me casse souvent les oreilles.

J’ai tenté et bien aimé. Ces musiciens dégagent une énergie et une chaleur incomparable. Parce qu’il en faut de l’énergie à la Havane, pour se produire lorsque leur concerts sont interdits, puis permis? Lorsqu’ils veulent diffuser leur musique sur Internet alors que la connexion se fait à la vitesse de la tortue. Ils se veulent libres, déjouent les pièges qu’on leur tend en cherchant à les récupérer. irrécupérables!

Documentaire? Bien sûr, mais surtout un film avec des personnages sympathiques et de temps en temps une sublime image de la Havane qui m’a fait flasher.

ESTO ES LO QUE HAY

 

 

 

Une Seconde Mère – film brésilien d’Anna Muylaert

TOILES NOMADES 

une seconde mère affiche

C’est une comédie avec des actrices formidables (surtout Regina Casé) qui se déroule presque exclusivement dans une maison luxueuse de Sao Paulo avec une belle piscine, opposant un couple riche avec un adolescent gâté et les domestiques.

une seconde mère piscine

Val est la nounou de Fabinho. Ils partagent une réelle complicité et des moments de tendresse qu’il refuse à sa mère, une business womanpressée et assez odieuse. Amour maternel ou amour de la nounou?

Val a sacrifié son amour maternel, elle a laissé au loin sa fille Jessica et a consacré toute son énergie à envoyer de l’argent pour son éducation. Mère et fille sont devenues des étrangères, quand Jessica débarque pour passer les examens d’entrée à l’université.

On peut faire une autre lecture : privilégier l’aspect social.

Val, la nounou  est aussi celle qui passe l’aspirateur, promène le chien, fait la cuisine, sert et dessert la table, employée de maison modèle, dévouée, appréciée. Val connait la place des domestiques. Elle sait que certaines offres sont faites par politesse parce que les patrons savent bien que l’employée zélée va les décliner. Jessica refuse ces conventions. Charmante  intelligente, jolie, elle va d’abord séduire, mais on la remettra vite à sa place. 

le Souffle – film d’Alexander Kott – (Russie)

DANS LA PLAINE KAZAKHE

Le-Souffle_portrait_w193h257

Une splendeur!

Splendeur des images de cette steppe infinie, battue par les vents, on entend le souffle du vent, l’orage qui s’abat sur la plaine, l’éolienne sur le pignon de la maison qui se transforme en hélice d’un improbable avion.

Steppe à l’horizon infini mais aux couleurs changeantes, camaïeu de bruns, verts, taches roses.

Une maison au toit de chaume au milieu de nulle part, son puits, un arbre solitaire

Des images d’une beauté : détails du bois, mur de pisé inégal craquelé,

Beauté des acteurs.

Film sans parole, accompagné par le vent, l’eau, l’orage, le galop du cheval, le moteur du camion…

Un bon quart d’heure se passe, j’admire les cadrages, les images, les couchers et lever du soleil. Même s’il n’y avait pas d’histoire, le film serait un chef d’oeuvre.

Il y a une histoire, histoire d’amour. Lequel du cavalier kazakh, son ami d’enfance, ou du photographe, un peu acrobate, la jeune fille choisira? Comme deux chevaux fous, ils se battront.

Mais ce n’est pas tout… mais je ne vous dirai rien. Pour préserver l’effet de surprise

Secouez vos préjugés! Une femme iranienne

TOILES NOMADES

Je suis allée voir ce film sans avoir lu, ni critique, ni synopsis. Avec la seule idée que le cinéma iranien est souvent excellent et que c’est en tout cas la meilleure fenêtre entrouverte sur un pays que l’on ne visite pas facilement. L’idée de mettre un foulard et de me couvrir entièrement me déplaît.

une femme iranienne rana

J’ai donc reçu l’histoire par surprise et je n’ai pas envie de dévoiler le secret pour ceux ou celles qui irait le voir, comme moi, naïvement.

En revanche des idées préconçues sur les femmes iraniennes, j’en avais. Commisération pour les femmes enfermées dans les tchadors ou les foulards dans le meilleur des cas. Idée de femmes opprimées… Et voici ce qui secoue les préjugés : une femme réalisatrice qui aborde de face le sujet qu’on imagine tabou des transsexuels. Des femmes actives, Rana voilée traditionaliste est chauffeur de taxi! Elle conduit sa voiture avec autorité et n’hésite pas à débarquer les clientes qui prétendre l’enfumer de leurs cigarettes.

Solidarité féminine qui n’exclue pas une déclaration d’amour inconditionnel pour son mari emprisonné.

273db96fdeb0a1643eae8c0e22f9f42c

Rana avait deux rêves, se marier et conduire une voiture. Sadegh, son mari l’a comblée sur les deux tableaux. Rana devra aussi se battre contre les préjugés. Accepter d’aider Adineh n’allait pas de soi!