Viva la liberta – film de Roberto Ando

CINÉMA

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Pour le plaisir d’une comédie italienne, pour le plaisir de Verdi, la Force du Destin et pour ce comédien, Toni Servillo, que j’avais bien aimé dans la Grande Bellezza, pour Valeria Bruni-Tedeschi.

Cocasse, grinçant? Le discours politique est vide, remplaçons le par la poésie. Le leader d’un grand parti n’a rien à proposer – qu’il parte en vacances. Pascal a parié l’existence de Dieu avec les probabilités, le Parti parie sur un fou. Jeu de doubles, politique de duplicité?

Toni,Servillo se promène avec un air absent ou inspiré c’est selon.

Mère et fils de Călin Peter Netzer (Roumanie)

BUCAREST/PARIS

Film très noir.

Qu’est-ce qui est plus tragique? Les rapports entre Cornelia, la mère possessive sexagénaire, et son fils, Barbu 34 ans veule qui tente de  s’en affranchir mais se laisse entretenir. Ou l’accident où meurt un gamin de 14 ans, heurté par Barbu qui conduisait à grande vitesse à l’entrée d’une agglomération.

Cornelia, architecte, décoratrice, scénographe et sa sœur, médecin vont contacter toutes leurs relations pour éviter à  Barbu un procès pour homicide. Ces bourgeoises dans leur manteau de fourrure sont confrontées à des campagnards modestes. Opposition de deux milieux. Arrogance des deux bourgeoises qui téléphonent à des gens connus dans le commissariat. Corruption à tous les niveaux.  Les policiers ont l’air honnête, mais à la deuxième entrevue le policier trouve qu’une architecte pourra peut-être intervenir dans le permis de construire sur le bord d’un lac. Acheter un  témoin paraît facile, pas tant que cela, le témoin demande une somme folle! Cornelia espère par toutes ces manœuvres regagner son emprise sur son fils….

Peu d’espoir, pas de tendresse dans les rapports familiaux, très oppressants.

Seule leçon de dignité: chez les parents de l’enfant décédé. Douleur.

Ce n’est pas franchement un divertissement mais les acteurs sont tous excellents, , ils jouent juste. Film bien très construit. Une tragédie dans la Roumanie d’aujourd’hui.

HENRI film de Yolande Moreau

TOILES NOMADES

 

C’est un film bleu, comme les murs du restaurant populaire La Cantina, comme les bleus de travail d’Henri patron du restau qui préfère être vêtu comme un ouvrier qu’en cuistot, bleu comme le ciel dans lequel Henri scrute ses pigeons, comme la veste de Rosette….bleu comme les bleus à l’âme d’Henri qui vient de perdre sa femme, bleus de la vie cabossée des handicapés des Papillons blancs.

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Avec le bleu, s’harmonise bien le brun de la bière belge, dans les verres, et dans les bouteilles qu’on vide sans compter, le brun du comptoir du bar, de la terre, du terril de verre pilé et du sac en plastique contenant les cendres de Rita…

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C’est un film belge, avec de la bière et des frites. Un de ces films, comme ceux des Dardennes – tiens Rosetta est-ce fortuit? – avec des gens simples et vrais, sans clinquant, sans esbroufe, un peu comme les Ken Loach ou un certain cinéma anglais (le militantisme en moins) ciné des prolos, ciné de comptoir de bistro. Un cinéma qui prend en compte les gros, les tristes, les handicapés et qui demande tout doucement, sur le mode mineur, le droit à un peu de bonheur. Le droit de Rosetta, Papillon blanc, à une vie de couple, à être amoureuse, coquette. Un cinéma de la fête populaire, des barques à frites sur le bord d’une plage en mer du Nord… fête parfois grimaçante comme un tableau d’Ensor.

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Émouvant.

Rêves d’or – film de Diego Quemada-Diez

TOILES NOMADES

L’expression train-movie comme on dit roadmovie existe-t-elle?

Rêves d’or nous fait parcourir le Guatemala et le Mexique jusqu’à la frontière américaine à bord (ou plutôt sur le toit) de trains de marchandises avec les émigrants prêts à tout pour réaliser leur rêve d’or, le rêve états-unien.

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L’histoire commence dans un bidon-ville guatémaltèque, baraques de tôles, récupération du plastique dans une décharge. Trois amis, au départ : Juan le chef, Sara-Osvaldo cheveux courts sous une casquettes, seins bandés, Samuel, le gentil, moustache naissante. Quatorze, quinze ans, peut être seize, pas plus mais une grande détermination. Au bord d’une rivière, Chauk, machette à la ceinture, dans sa besace de l’eau et une petite calebasse, indien tzotzil tente de les suivre. Sara l’accueille tandis que Juan, jaloux veut le chasser….

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Ce n’est pas un voyage tranquille, il faut monter en marche, grimper sur le toit des wagons. Et là, ils ne sont pas seuls. Pas moins de 600 noms des figurants, candidats à l’émigration, figurent au générique. Solidarité de ces hommes et de ces femmes venant de toute l’Amérique centrale, Nicaragua, Honduras, Guatemala…solidarité aussi des paysans mexicains qui leur lancent les oranges qu’ils cueillent, des prêtres qui les ravitaillent et les hébergent. Le voyage est interrompu par la police (ou l’armée) qui renvoie les enfants au Guatemala. Attaque (presque l’attaque des westerns par des bandits qui rançonnent et enlèvent les femmes). Intervention louche de passeurs, de narco-trafiquants. Au final : frontière murée par un dispositif impressionnant.

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On traverse des paysages magnifiques et très variés, la musique est bonne. Le rythme du film d’aventure rapide. on n’a jamais le temps de s’ennuyer. On prend quand même celui de rêver avec Chauk qui ne parle pas Espagnol et qui vient d’un autre monde, si riche. On s’attache aux personnages.

Les acteurs Karen Martinez et Brandon Lopez ont l’âge de leur rôle, 16 ans. Rodolfo Dominguez est un indien Tzotzil des montagnes des Chiapas. Il est d’une expressivité étonnante.

La surprise de la rentrée. Un excellent film!

 

Inside Llewyn Davis – film des frères Coen

New York, 1961, Llewyn Davis, guitariste et chanteur folk, survit dans l’hiver en se produisant dans des bars et en vivant aux crochets d’amis et d’inconnus qui lui offrent un canapé ou un dîner. Il ne fait même pas l’effort d’être sympathique avec les amis qui lui rendent service. Un chat roux s’échappe. Une virée en voiture jusqu’à Chicago pour une audition auprès d’un producteur célèbre….L’intrigue ne mérite pas qu’on s’y arrête. Et pourtant on se laisse prendre, emporter dans cette Amérique des années 60. On se souvient 500miles away from home, Peter Paul and Mary, Joan Baez, on attend Bob Dylan ou Woody Guthrie… c’est que la musique est bonne, et l’acteur convainquant dans son rôle de looser. Les Frères Coen ont du métier. Film d’atmosphère aussi, ce New York hivernal a du charme!

voici la version de Joan Baez

et une des chansons de celui qui a inspiré le film

 

Tinghir-Jerusalem, film de Kamal Hachkar

TOILES NOMADES

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J’ai raté la sortie du film Tinghir/Jerusalem. Vendredi dernier, il se jouait encore à l’Entrepot, mais une seule séance. Il reste la VOD et Youtube.

Retrouvailles combien émouvantes entre Kamal Hachkar, marocain, français, natif de Tinghir qui a fait l’effort d’apprendre l’Hébreu et d’aller chercher en Israël ces Juifs marocains, « Berbères judaïsants » comme je l’ai lu quelque part, natifs aussi de Tinghir ou des environs. En VO on entend du Français, bien sûr, de l’Hébreu, de l’Arabe et du Berbère que certains pratiquent encore. Étonnant d’entendre que c’est l’Arabe marocain qui leur est naturel de parler. Mélange de Berbère et d’Hébreu pour les femmes.

Par de-là les relations judéo-musulmanes, la construction de l’identité dans l’exil est primordiale pour le cinéaste.

« C’est dans l’exil que je me suis construit… » [….] « c’est lorsqu’il y a un autre qu’on peut savoir qui on est »

 

Omar – film palestinien de Hany Abu-Assad

TOILES NOMADES

 

Omar est boulanger. Il escalade le mur à l’aide d’une corde pour rendre visite à Nadia dont il est amoureux. Il court aussi très vite. Avec ses deux copains d’enfance, Tarek et Ajmad, il s’entraîne à la résistance armée. Trois copains inséparables.

Une opération tourne mal, un soldat israélien est tué, Omar, après une course-poursuite à vous couper le souffle est fait prisonnier.

Sous la torture, n’importe qui peut parler. Rami, l’israélien, tente de manipuler Omar, lui propose la liberté en échange de Tarek. Omar, pense s’en sortir en jouant double-jeu.

S’insinue le doute. Dans la petite bande, y a-t-il un traitre? Omar a-t-il donné ses camarades? En plus de la suspicion, s’insinue la jalousie, la rivalité amoureuse.

Thriller très bien mené où les poursuites donnent un rythme très rapide dans les ruelles, la tension ne se relâche pas même dans les rencontres entre Omar et Nadia.

 

 

 

La Grande Bellezza – film de Paolo Sorrentino

TOILES NOMADES

Voyage à Rome!

Si cinéma veut dire pour vous, action ou histoire romanesque, si vous vous endormez facilement dans le rythme lent des films contemplatifs, passez votre chemin…

La Beauté alterne avec la plus grande vulgarité. C’est comme cela que j’imagine l’Italie berlusconienne. Dans un cadre de rêve (une terrasse avec vue sur le Colisée) des fêtes mondaines se déroulent, mariachi, variations sur le thème du petit train, danses hypnotiques réunissent les people, faune de parvenus, starlettes, artistes reconnus ou en panne d’inspiration. Danse hypnotique sur une musique abrutissante.

Le héros, Gep,  écrivain qui n’écrit plus, plus mondain qu’écrivain déambule….philosophe, esthète désabusé…j’ai eu du mal à le trouver séduisant ou sympathique. Et pourtant, la fulgurance des images de Rome, une fontaine, une statue, une expédition dans un palais encore habité par des princesses vieillissantes qui jouent au cartes, m’a réjouie.

Le film est long (2h20) et j’en redemande; encore une statue, encore une fontaine. Je crois rêver, à La Dolce Vita, désabusée, mais pas encore vulgaire.

Critique de l’Italie berlusconienne? Caricature de cet ecclésiastique qui répond à une question angoissée sur la foi par d’interminables recettes de cuisine, et au final apparition de cette sainte improbable, et encore! Un enterrement, comme une mise en scène théâtrale. Que dire de cette cérémonie de l’injection de botox. Les trouvailles ne manquent pas dans cette histoire sans histoire. Et Rome est magnifiée. Gep, finalement humain.

 

L’Attentat film de Ziad Doueiri

TOILES NOMADES

Naplouse

Parlons d’abord cinéma : L’Attentat est un excellent  thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.

Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).

Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée  peut elle se transformer en martyre?

Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »

Naplouse

La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?

 

Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:

  » Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »

Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.

Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!

lire la critique de Rue89: