L’Attentat film de Ziad Doueiri

TOILES NOMADES

Naplouse

Parlons d’abord cinéma : L’Attentat est un excellent  thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.

Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).

Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée  peut elle se transformer en martyre?

Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »

Naplouse

La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?

 

Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:

  » Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »

Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.

Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!

lire la critique de Rue89:

18ème siècle, Les Caprices d’un Fleuve – B Giraudeau – (1995) dvd

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 

Le fleuve : le Sénégal

L’histoire: librement inspirée du Journal du Chevalier de Boufflers (rencontre à Gorée)

 

 

L’époque : 1786 – 1793

les acteurs : Bernard Giraudeau, Richard Bohringer, Roland Blanche, et tant d’autres excellents…

C’est donc un film français qui s’invite dans « mon festival sénégalais« , parce qu’il est tourné au Sénégal, et parce qu’il traite de sujets sénégalais : la traite négrière, les Signares, plus généralement l’esclavage. Sujet plus universel : l’éloge des différences, du métissage.  Film historique : en costume, les personnages discutent des Philosophes des Lumières, citent Diderot, expédient dans les airs une montgolfière, s’informent des progrès de la Révolution Française, à Paris, bien sûr, mais aussi aux Antilles. Film de cap et d’épée, magnifiques chevauchées et combats aux allures de fantasia dans le désert Mauritanien.

Film sénégalais? l’intervention de Moussa Touré – réalisateur de la Pirogue (2012) donne une garantie d’authenticité.

 

 

Caprices du fleuves ou caprices de l’amour? Jean François de la Plaine laisse à Paris une belle dame blanche dont il est profondément épris, mais la Signare, veuve libre de moeurs et si belle l’entraîne, dans des ébats amoureux, mais c’est cela sans doute le caprice : c’est Amélie petite esclave à qui il a appris à écrire et chanter qui deviendra sa compagne….

 

 

 

 

En tout cas, un spectacle magnifique dans les décors naturels du Fleuve Sénégal, dans le désert, sur la plage de la Langue de Barbarie, à Saint Louis….

 


 

Inch’ Allah – film d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Une claque,! Même prévenu , le spectateur sort anéanti de cette séance.

Prologue: un enfant dans Jérusalem, des pigeons, symboles de paix, une déflagration, – noir – un attentat. De l’autre côté, en Palestine, l’occupation dans sa brutalité ordinaire commence au checkpoint. Une femme passe, Chloé, canadienne, humanitaire, obstétricienne dans un dispensaire de Ramallah. La soldate qui vérifie ses papiers est justement sa voisine, une amie. Le long du mur qui sépare Israël des Territoires palestinien, un dépotoir. Rand, enceinte, et les enfants récupèrent des objets encore utilisables, chiffonniers d’une société de consommation qui jette des jouets, des bidons. Rand est une patiente de Chloé qui a noué des liens d’amitié avec sa famille qui est reçue dans leur maison  ainsi que dans la boutique de Faysal, le frère où l’on imprime les affiches des  martyrs. Le mari de Rand attend son jugement dans une prison israélienne.

Deux enfants, ou plus, mourront, sans que la nouvelle ne soit publiée à la radio  et ce n’est pas faute d’écouter les nouvelles! Chloé change de poste, écoute en hébreu, en arabe, en français, rien sur l’enfant qui a été écrasé sous ses yeux! Il faut voir la rage de ces enfants qui ont perdu depuis longtemps le regard innocent et le sourire de tous les enfants du monde. L »un d’entre eux, rêveur, en déguisement de superman m’a inquiété pendant tout le film, j’avais peur qu’il ne se croie capable de s’envoler dans les collines.

Selon les points de vue deux questions se posent?

Comment peut-on être médecin  humanitaire, sans prendre parti? Comment naviguer entre les deux mondes. Chloé habite à Jérusalem, sa voisine Ava, la jeune soldate est la copine qui l’emmène se détendre en boîte, danser, faire la fête, oublier la tension de la journée. Quotidiennement Chloé passe le checkpoint et se trouve dans une réalité différente. Réalité de son cabinet où elle exerce en professionnelle sous la direction d’un médecin qui lui fait la leçon, lui rappelle son devoir de neutralité. Réalité de la famille de Rand, du dépotoir, de l’occupation militaire, brutale, arbitraire, des frustrations quotidiennes. Chloé navigue dans l’ambiguïté. « ce n’est pas ta guerre!« lui assène Rand. On a l’impression que Chloé dérive, qu’elle perd tout repère, son visage se marque.

Si c’est Rand, l’héroïne, une toute autre question se pose. Comment devient-on terroriste, kamikaze? Devant le blocage de la situation, tellement bien suggéré par l’embouteillage monstrueux où Rand accouchant se trouvera coincée, y a-t-il une autre issue? Mourir pour exister, alors qu’elle se sent devenir un « rat ».

Très grande performance des actrices: Chloé joué par la québecoise Evelyne Brochu;  visage connu de Sabrina Ouazani (l’Esquive, puis la Graine et le Mulet) et charmante Sivan Levy, Ava la soldate.

Lire le dossier du film ICI

 

 

 

 

Les voisins de Dieu – film de Meni Yaech

TOILES NOMADES

 

Je ne serais pas allée de moi-même voir ce film après avoir lu les critiques. On m’y a poussé. Plaisir d’écouter de l’hébreu et de le comprendre encore. Par ailleurs, je savais que je me sentirais agressée par ce film violent.

Même filmé très près avec beaucoup (trop?) d’empathie et de tendresse (on pense à Rengaine) les héros sont insupportables. film de petits mecs, de petits fachos qui font terrorisant  le quartier à coup de battes de base-ball ou pire. Ordre religieux en punissant celui qui a gardé sa boutique ouverte quelques minutes après le début du Chabat. Ordre moral en chassant le vendeur de DVD-X. Ordre des mecs en décidant de la longueur des shorts des filles. Ordre raciste quand il s’agit de faire une ratonnade contre les Arabes de Yaffo, et éventuellement contre les Russes qui ne sont pas de leur bande.

Ils sont étonnants ces trois copains, Avi, Kobi et Yaniv – s’ils ne portaient pas la kippa voyante blanche crochetée, ils ressembleraient comme des frères à ces Arabes qu’ils pourchassent et à nos racailles de banlieue. Même dégaine, joints et musique hip hop un peu orientale à plein tube, foot et Thora. Enfin, pour ce qui est de l’exégèse, ils laissent cela à leur rabbin charismatique qui les entraîne dans la danse. Plutôt la transe que l’étude!

Nous ne sommes pas à Jérusalem dans une yeshiva traditionnelle mais à Bat Yam, banlieue de Tel Aviv. Ce ne sont pas des érudits blafards mais un vendeur de légume d’origine turque, un copain marocain, et leur spécialité est plutôt le chechè-bech (jeu de tric trac oriental.

Pourtant le film fonctionne bien, il y a une jolie histoire d’amour avec une fille qui n’est pas religieuse mais qui a assez de personnalité pour s’opposer à la violence des trois héros.  Avi fera sont introspection – plutôt une prière gueulée au bord de la mer. Mais Miri, elle aussi fera des concessions, vestimentaires, et même religieuses. Complaisance?

 

Hyènes – film de Djibril Diop Mambety 1992 (DVD)

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 

Préparant notre voyage au Sénégal, j’ai emprunté à la médiathèques plusieurs DVD sénégalais. Chaque fois : une surprise. De madame Brouette, à Guelwaar, en passant par Naye, ou récemment au cinéma la Pirogue, des productions, des styles très divers. Je n’aurais jamais imaginé une telle diversité.

Hyènes est un film flamboyant, théâtral, très original, avec une bande-son magnifique.

 

 

 

 

Quand j’écris théâtral, je ne fais pas seulement référence au scénario qui est l’adaptation africaine d’une pièce de Dürrenmatt : La visite de la Vieille dame, ma à la mise en scène du film haute en couleurs, loin de la réalité et du quotidien, aux costumes qui auraient plus leur place sur une scène que dans la vie de tous les jours : les soldats portent des costumes d’opérette rouges aux manches arrachées, les mendiants sont vêtus de sacs de jute, Linguène Ramatou est hiératique, raide avec ses prothèses en or, ses suivantes auraient plus leur place dans le chœur d’une tragédie antique que dans la banlieue de Dakar. Que dire de la japonaise aux lèvres trop rouge porteuse de menottes?

Loin de toute réalité les attractions de foire, clinquantes, les cabriolets-coupés de deux-chevaux rouge et noires qui surgissent dans le désert.

 

 

Animaux de légende contribuent à l’atmosphère de légende et de mythe dans laquelle baigne l’histoire de la vengeance de la petite bonne Ramatou engrossée par Draaman Drame, chassée du village,  devenue richissime, « plus riche que la banque mondiale, » vient acheter la condamnation à mort de Draaman en déversant des largesses sur Colobane et ses habitants, comparés aux hyènes. La solidarité des habitants est rapidement mise à l’épreuve de la corruption. « le monde a fait de moi une putain, je veux faire du monde un bordel »

 

 

 

 

 

La vieille dame aux pieds d’or symbolise-t-elle l’aide occidentale à l’Afrique avec son cortège de corrompus, de hyènes?

lire aussi ICI

 

little Senegal – Rachid Bouchareb 2001- DVD

FESTIVAL SENEGALAIS

Deux semaines avant le départ pour Dakar, ce tire a attiré mon attention, mais je me suis retrouvée au Etats Unis. Du Sénégal je ne verrai que Gorée, en prologue et en épilogue.

Film sur la traite des esclaves? Au début oui, Alloune, ancien guide de la Maison des Esclaves de Gorée,  du part à la recherche des esclaves de sa famille dans les archives américaines et parvient malgré les difficultés à reconstruire un arbre généalogique et à retrouver  des descendants encore vivants.

Rapidement l’action bifurque. New York, Alloune retrouve son neveu et un « Little Senegal », émigrés africains tentant le rêve américain. Les descendants des anciens esclaves ne sont pas tendres avec les nouveaux émigrés. Ils se considèrent pleinement américains et n’ont que mépris pour les Africains.  Alloune parvient à se faire embaucher par la dernière descendante des Robinson qu’il a identifié dans ses recherche généalogique.

A nouveau, le film prend une nouvelle tournure; On découvre la dureté de la vie Newyorkaise, sa violence, la primauté de l’argent, les combines, la délinquance. Alloune, le sage met de l’ordre dans sa « famille ». Une autre histoire se greffe sur la famille d’Alloune celle de Karim (Reschdy Zem) qui contracte un mariage blanc pour avoir des papiers américains. On ne comprend pas bien ce que cela vient faire là.

Film un peu foutraque, bien sympathique, plein de surprises porté par la présence magnifique de Sotiguy Kouyaté. De belles vues de New York, mais on ne saisit pas très bien le propos. Le thème de l’esclavage est à peine abordé et les bons sentiments opposant une solidarité africaine à l’égoïsme américain sont un peu simplistes.

 

Singué sabour film d’Atiq Rahimi

L’ INÉPUISABLE RÉSISTANCE DES FEMMES

Qui aurait pu imaginer la capacité de cette femme à faire face au malheur?

Son mari dans le coma, abandonnée par sa famille, sans argent, sans eau, seule avec ses deux filles dans les bombardements et les exactions de soldats. On imagine d’abord une épouse soumise, toute entière consacrée aux soins de celui-qui ne parle pas, ne souffre pas, respire avec entêtement, seule preuve de vie. On voit la mère de deux fillettes qui préfère les confier à une tante, se privant de leur affection. La femme qui traverse la ville telle une ombre cachée sous sa burqa moutarde….elle pleure, se plaint mais ne capitule pas.Elle résiste et même sourit….

Qui aurait pu imaginer que cette femme simple, mariée sans son consentement à un portrait et à un poignard puisque son mari était un combattant, recluse ou presque, aurait pu avoir des secrets.

Elle parle, parle, à la pierre de patience qu’est l’homme dans le coma, qui ne peut répondre, qui sans doute n’entend pas, entend-il? Elle va lui servir toute sa révolte, tous ses secrets. Et ses secrets seront beaucoup plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer.

Inépuisables ressources des femmes, qui doivent inventer la résistance, inventer le plaisir qui leur est dénié, inventer des ruses incroyables pour survivre. Inventer même une théologie et une interprétation féministe du Coran. Inventer aussi la beauté et la séduction.

Lucidité implacable envers les valeurs des hommes, de leur honneur leur virilité mal employée, leur ignorance.

Quand on ne sait pas faire l’amour, on fait la guerre!

J’avais été éblouie par la fulgurance du livre, sur l’ambiguïté de la fin, j’avais dû faire’ une seconde lecture pour confirmer ce que j’avais cru lire. Le film ne m’a pas déçue, porté par l’étonnante performance de Golshifteh Farhani dont le visage peut prendre les expressions des facettes de la personnalité de l’héroïne qui parle, parle…une Shéhérazade dont le but ne serait pas de charmer le sultan mais au contraire de délivrer une parole libératrice.

 

Niaye film de SEMBENE Ousmane 1964 dvd

FESTIVAL SENEGALAIS

noir et blanc – 35 mn 4/3

Film d’un autre temps?

d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.

Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.

Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde «  couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.

http://www.africanfilmlibrary.com/Movies/Video/9317/988/Niaye

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.