Singué sabour film d’Atiq Rahimi

L’ INÉPUISABLE RÉSISTANCE DES FEMMES

Qui aurait pu imaginer la capacité de cette femme à faire face au malheur?

Son mari dans le coma, abandonnée par sa famille, sans argent, sans eau, seule avec ses deux filles dans les bombardements et les exactions de soldats. On imagine d’abord une épouse soumise, toute entière consacrée aux soins de celui-qui ne parle pas, ne souffre pas, respire avec entêtement, seule preuve de vie. On voit la mère de deux fillettes qui préfère les confier à une tante, se privant de leur affection. La femme qui traverse la ville telle une ombre cachée sous sa burqa moutarde….elle pleure, se plaint mais ne capitule pas.Elle résiste et même sourit….

Qui aurait pu imaginer que cette femme simple, mariée sans son consentement à un portrait et à un poignard puisque son mari était un combattant, recluse ou presque, aurait pu avoir des secrets.

Elle parle, parle, à la pierre de patience qu’est l’homme dans le coma, qui ne peut répondre, qui sans doute n’entend pas, entend-il? Elle va lui servir toute sa révolte, tous ses secrets. Et ses secrets seront beaucoup plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer.

Inépuisables ressources des femmes, qui doivent inventer la résistance, inventer le plaisir qui leur est dénié, inventer des ruses incroyables pour survivre. Inventer même une théologie et une interprétation féministe du Coran. Inventer aussi la beauté et la séduction.

Lucidité implacable envers les valeurs des hommes, de leur honneur leur virilité mal employée, leur ignorance.

Quand on ne sait pas faire l’amour, on fait la guerre!

J’avais été éblouie par la fulgurance du livre, sur l’ambiguïté de la fin, j’avais dû faire’ une seconde lecture pour confirmer ce que j’avais cru lire. Le film ne m’a pas déçue, porté par l’étonnante performance de Golshifteh Farhani dont le visage peut prendre les expressions des facettes de la personnalité de l’héroïne qui parle, parle…une Shéhérazade dont le but ne serait pas de charmer le sultan mais au contraire de délivrer une parole libératrice.

 

Niaye film de SEMBENE Ousmane 1964 dvd

FESTIVAL SENEGALAIS

noir et blanc – 35 mn 4/3

Film d’un autre temps?

d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.

Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.

Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde «  couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.

http://www.africanfilmlibrary.com/Movies/Video/9317/988/Niaye

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.

Guelwaar – film de Sembène Ousmane dvd – 1992

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 Bien que sorti en 1992, ce film dont le titre complet est Guelwaar, légende africaine de l’Afrique du XXIè siècle est encore d’une criante actualité. C’est un  film magnifique.

Pierre-Henri Thioune doit être enterré au village. Il a demandé une messe en latin. Tout le village est présent pour ses obsèques qui ne peuvent avoir lieu parce que le corps du défunt a disparu à la morgue. Négligence? Méprise?

Barthélémy, son fils, venu de France s’adresse à la police. l’adjudant Gora finit par retrouver la trace du corps qui a été enterré par erreur dans un cimetière musulman. Confrontation entre les deux communautés? Les guerres de religion sont évitées grâce à  la sagesse de l’Abbé et la modération de l’Imam qui parviennent à grand mal à contenir leurs ouailles. Les anciens des deux villages se connaissent bien, s’apprécient.

l’aide alimentaire

L’arrivée du député accompagné du préfet et celle des camions de l’Aide Alimentaire font prendre une tournure politique au film : Pierre Henri Thioune, appelé Guelwaar est mort dans des circonstances troubles après avoir pris la parole dans un meeting contestant la pertinence et la distribution de l’aide internationale alimentaire. La disparition du cadavre a peut être des raisons politiques.

Le discours de Guelwaar est d’une virulence extraordinaire : les paysans ne veulent pas être des assistés recevant une aide qu’ils n’ont pas demandée.  Surtout, cette aide est confisquée par les élites politiques pour leur bénéfice personnel ou électoral. On ne saisit que les grandes lignes du discours  en wolof (sous-titré) comme la plupart des dialogues du film. Seuls l’émigré et les officiels parlent en français que les paysans ne comprennent pas . Ce parti pris du réalisateur participe aussi sans doute de l’orientation politique du film. Barthélémy le « français » qui arbore son passeport fièrement, a un ton très agaçant, plein de morgue et de vulgarité contrastant avec le parler de l’adjudant Gora et avec le ton du député.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xb96t5<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xb96t5_guelwaar-discours-sur-la-cooperatio_news &raquo; target= »_blank »>GUELWAAR, Discours sur la coop&eacute;ration Nord/Sud</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/lolo2401&Prime; target= »_blank »>lolo2401</a></i>

En plus du contenu politique fort du film, c’est une découverte pour moi que ce film dans la société encore rurale où les traditions sont encore très prégnantes. Traditions funéraires différentes selon les communautés. Rôle des anciens. Rôle aussi des jeunes qui sont partis et financent par l’émigration pour Barthélémy et par la prostitution à Dakar pour Sophie, la survie de la famille au village.

Veillée funèbre en l’absence du défunt

L’histoire est bien contée, le suspens ménagé, les rebondissements nous tiennent en haleine. Les personnages secondaires sont intéressants et s’affirment au cours du récit. Les images magnifiques. Encore, un grand film!

 

Madame Brouette – film sénégalais de (DVD)

FESTIVAL SENEGALAIS

Mati – madame Brouette – vend toute sorte de marchandises au marché avec sa brouette.

Au début du film une scène nous interpelle : d’un  taxi, un homme travesti en femme en robe rouge le visage peint comme un masque, débarque dans la chambre et veut voir son enfant. Mati le met en joue. Le coup part. Accident ou crime passionnel. la police et un journaliste de télévision effectuent la reconstitution.

Les femmes prennent le parti de Mati tandis que les hommes l’accusent. Un groupe de griot chante comme un chœur antique

 

 

Mati est-elle capable de tuer Naago, son amant,  le policier corrompu, le dragueur, le père de son enfant qui a préféré faire la fête que d’assister à la naissance?

Certes Mati ne se laisse pas faire. Elle tire son amie des coups de son mari. les deux femmes décident de vivre sans les hommes, de se débrouiller seules, de monter une affaire, une gargote, promesse d’indépendance et de richesse. A peine ont elles pris la décision de s’installer ensemble que Mati tombe amoureuse de Naagot, et rapidement enceinte.

Désillusion, Naagot installe Mati dans un hôtel borgne, amant infidèle sûrement, maquereau peut-être? Forte femme, elle réagit ,  mène une affaire de contrebande pour réunir les fonds nécessaire à l’achat de sa gargote. Enfin, Mati réalise son rêve. Sa fille est très touchante, le très joli duo avec le gamin du quartier m’a ému. Le bonheur est-il à portée de main? Arrive le drame.

 

 

Film enlevé, des acteurs sympathiques, de la bonne musique, les couleurs africaines, de l’humour.

 

 

 

 

 

 

 

 

Falstaff d’Orson Wells (DVD)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J’ai rencontré Falstaff dans les Joyeuses Commères de Windsor (en lecture  commune avec Claudialucia et Maggie). Ce Falstaff est plutôt pitoyable, séducteur invétéré, balourd, capable d’écrire deux lettres identiques aux deux voisines. Ridicule avec sa bedaine. Borné, il tombe dans tous les pièges que lui tendent les commères. Caché dans un panier de linge salle on le verse dans la Tamise. Encore trempé, il mord à l’hameçon et retourne dans la maison du mari jaloux pour tomber dans un nouveau traquenard. Battu, il n’a toujours pas retenu la leçon et se trouve ridiculisé.

Le Falstaff de Welles est celui de Henry V, l’ami du prince, le compagnon de beuverie, toujours aussi bedonnant, mais jamais ridicule. Truculent, vieillissant, roublard, parfois menteur et vantard, profondément humain.

 

La pièce, les Joyeuses Commères, est une farce. Le film d’Orson Welles a une dimension historique. Le scénario emprunte ses répliques à plusieurs pièces de Shakespeare que le réalisateur connaît parfaitement.  Le propos n’est pas de faire une captation de Henry IV.

C’est un film, pas du théâtre! En plus des scènes tournées en intérieur, au Palais  ou à l’auberge, les scènes d’extérieurs sont remarquables.

 

 

 

Le vol du trésor royal dans la forêt ressemble aux films de cape et d’épée, on pense à l’attaque de la diligence d’un western. La bataille avec chevaux, armures, archets, duel est spectaculaire. Esthétique des images, rythme, je l’ai visionnée deux fois (le DVD permet cela!) et l’ai chronométrée : 10 minutes effrénées. Émotion dans la scène entre le vieux roi mourant et son fils. Émotion aussi au couronnement, mais je ne veux pas tout raconter.

La distribution est prestigieuse: Gielgud est royal, Jeanne Moreau étonnante, Marina Vlady charmante. Mais surtout Welles est Falstaff, il le magnifie, en  fait un personnage d’exception.

 

 

Blancanieves – film de Pablo Berger

TOILES NOMADES

Blancanieves, c’est Blanche-Neige.

Heureusement que les distributeurs n’ont pas traduit le titre en français, la snob que je suis n’aurait sans doute pas choisi ce film! Adaptation très libre dans l’Espagne des années 1920, celle du cinéma muet.

Nous voici transportés à Séville pour du grand spectacle! Pas de roi ni de reine ni de princesse. Le roi est un torero célèbre, la reine une danseuse la marâtre est infirmière. Les images splendides semblent avoir été filmée du temps du  cinéma muet. Séville est magnifique ainsi que la campagne espagnole. Pas de dialogue donc, de rares cartons fond noir, typographie d’époque. La bande-son est parfaite : on danse beaucoup dans le film, la mère de Carmencita-Blancanieves est une artiste célèbre, la grand mère mourra en dansant, et la petite Carmencita danse quand elle ne torée pas avec la lessive qui sèche.

Je n’aime pas la corrida (qui occupe un moment privilégié dans le film) mais je pardonne au cinéaste parce qu’ on ne voit pas de mise à mort. Deux fois le taureau est épargné, . En revanche, le coq subira un sort tragique, ce n’est pas un film à l’eau de rose!

Ce n’est qu’au mitant du film que je retrouve le conte de Grimm : quand les nains qui l’ont recueillie l’appelle Blancheneige. Ces nains sont très espagnols, plutôt ceux de Goya ou de Velázquez que de Walt Disney. Leur roulotte est pittoresque. on devine qu’on verra bientôt la pomme. Mais quand? Berger a déjà pris beaucoup de distance avec la trame initiale et nous fera partager d’autres aventures espagnoles.

Un spectacle parfait: images, son, acteurs et même suspens, même si le conte est archi-connu.

Tabou – film portugais de Michel Gomes

TOILES NOMADES

Film attendu de longues semaines, film encensé par la critique, film de cinéphiles….

Je suis entrée dans la salle avec une certaine appréhension, les chefs d’œuvres trop annoncés déçoivent parfois une trop grande attente.

Je me suis laissée emporter par la douceur de la voix portugaise (que je ne comprends pas mais que je goûte avec plaisir), par l’exotisme du prologue, l’explorateur d’un autre siècle, son attirail dévoré par un crocodile. La première partie se déroulant à Lisbonne, est déconcertante. Ces femmes paraissent d’un autre temps, pourtant elles prennent le thé dans un centre commercial bien actuel. Aurora, ses fantômes, son crocodile, sa culpabilité… Santa, l’Africaine, la domestique d’un autre temps, très digne et maternelle, mais sur la réserve. Pilar, la bonne, la pieuse, la dévouée.

La partie africaine, sous-titrée Paradis Perdu, est d’un exotisme parfait. Afrique coloniale telle qu’on l’imagine. Les héros jeunes,  virils sont trop beaux pour être vrais, des acteurs de cinéma! Magnifiques paysages, on pense à la Ferme Africaine d’Out of Africa, mais en noir et blanc quand les Africains cueillent le thé. Parfois la pellicule d’un film d’amateur est rayée . Le noir et blanc, la bande son très rétro sont à l’unisson. Une histoire d’amour comme dans les films des années 50?

Je regrette de ne pas avoir la culture cinématographique pour jouir de tous les clins d’œils annoncés par la critique (un excellent article du Monde). Le crocodile a pour nom Dandy : facile! J’ai loupé le  parallèle voulu  par Gomes avec Le Fleuve de Renoir : je n’ai pas encore vu Le Fleuve!

l n‘y a pas de crocodile dans le fleuve de Renoir, mais c’est la même chose : le fleuve, le crocodile, c’est le temps qui passe, qui continue, avec des gens qui naissent, qui meurent, des amours qui commencent et finissent. C’est ça Renoir. Ici, dans la rivière, il y a un crocodile. (…) Le crocodile, c’est le cinéma : de la mémoire, des gens qui passent, des histoires d’amour et des empires qui commencent et finissent. « 

lullaby to my father – amos gitai

TOILES NOMADES

Un film comme une installation/une installation de cinéaste.

Cinéma intimiste, Amos Gitai évoque son père Munio Weinraub, architecte ayant étudié au Bauhaus, expulsé d’Allemagne vers la Suisse puis vers la Palestine. Un film comme un collage de photographies de famille. Naissance, un prologue étrange dans une forêt polonaise. On ouvre par effraction l’album de famille. Un ami de la famille, suisse, évoque la personnalité de Munio ; le vieil homme est très ému. Nous aussi, presque gênés. Une violoniste, sur le moment je pense que le violon est un instrument juif, c’est sans doute exagéré, mais je livre la pensée du moment.

C’est l’hommage du fils à son père, c’est aussi un manifeste d’architecture. Le Bauhaus, non pas comme un style mais comme une philosophie qui donne sa place à tous les acteurs de la vie, et à ceux de la construction d’un bâtiment, aussi bien les architectes, les décors que les artisans. Un long texte magnifiant le bois.  Munio Weinraub était d’abord menuisier. Une visite à Dessau dans l’école du Bauhaus. La modernité est stupéfiante. On n’a rien inventé depuis?

L’architecte était un acteur majeur en Palestine se construisaient Tel Aviv et Haifa. Construction d’habitations,  aussi d’une nouvelle vie rêvée avec le kibboutz  . Cet aspect m’aurait intéressée. Curieusement, Amos Gitai est très discret sur cette histoire-là. Peut être elle n’avait pas sa place dans la relation du père au fils? C’est l’ami suisse qui l’évoque, près des larmes. Émotion aussi dans le poèmes de Leah Goldberg.

Attention! Ceux qui cherchent une fiction,  un documentaire construit ou pédagogique, s’abstenir! il faut être disponible pour cette berceuse tendre.

L’installation Traces de  Gitaï m’avait cependant plus parlé.

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Les Bêtes du Sud Sauvage – film de

TOILES NOMADES

Si les bêtes sont les aurochs de fantaisie, sangliers ou cochons affublés de défenses ridicules, je ne les ai pas beaucoup appréciées. Si ce sont les chiens, les chats, les poules, ou le cochon domestique, je les ai  bien aimés.  Si ce sont les hommes, femmes et enfants qui vivent en marge de la société de consommation américaine bien cachés dans le bayou qui font la fête, croquent à belles dents dans les écrevisses et les crabes tout juste pêchés, qui déchirent un poulet tout juste grillé à pleine mains, qui préfèrent se saouler pendant que la tempête, l’ouragan, Katrina peut-être inonde le bassin.

Est-ce un documentaire sur la Louisiane pendant l’ouragan? Est-ce une fable écolo? Le réchauffement climatique comme les pans de banquise qui s’effondrent le suggèrent. Provocation que cet incendie volontaire que la petite fille a allumé. Provocation que cet home qui tire sur les nuages pour effrayer la tempête déchaînée. Joie des feux artifice, de la musique, du désordre incroyable. Énergie que dégage ce petit bout de femme de six ans, bottée de caoutchouc, avec son air buté,  ses sourcils froncés sur un front boudeur.

Une jolie surprise: l’Amérique est capable de nous offrir mieux que des films formatés! Peut être pas le chef d’œuvre annoncé, mais qui a dit qu’on ne devait aller voir que des chefs d’œuvres?