Bird People – Pascale Ferran

LIBRE COMME L’OISEAU…..

bird people moinean

 Roissy-Charles-de-Gaulle, foule dans le RER B, voyageurs pressés et employés harassés par les allers-et-retours, 10 heures par semaine, 40 h par mois, compte Audrey, femme de chambre au Hilton. La caméra s’attarde sur ceux qui téléphonent, écoutent de la musique, elle prend son temps.

bird-people-poster

Hilton-Roissy, entre deux vols, entre deux voyages d’affaires. Le temps d’un vol intercontinental, entre San Francisco et Dubaï…On imagine que le temps va filer à la vitesse supersonique.

Brusquement tout s’arrête. Gary, volontairement, regarde s’envoler son avion pour Dubaï. Burn-out ou choix de la liberté? Il décide de tout quitter, les affaires, sa maison, son foyer. Sans projet, sans horaires, il glande dans la chambre 817, dort le jour, sort la nuit….

bird people audrey

Audrey, est aussi à la limite de ses forces, entre ses trajets, et la liste des chambres à faire qui s’allonge. Travail répétitif, épuisant. Panne ou malaise, elle se sauve sur la terrasse et se métamorphose en moineau. Moineau tout jeune qui apprend à voler.

Là le film prend une autre tournure, Roissy vu par les yeux de l’oiseau. Vol rapide quand il prend son essor. Planant. Le temps est aboli. Vision contemplative de l’aéroport. Toute l’agitation des voyageurs perd son sens. Points de vues vertigineux sur les pistes. L’oiseau parle avec la voix d’Audrey. la métamorphose est-elle réversible?

Rencontre avec un peintre japonais…

Simon, le réceptionniste zélé, très classe dans son uniforme, polyglotte charmant n’est pas le personnage qu’on croit…il entraîne à sa suite l’oiseau dans la forêt..

On n’est pas au bout des surprises, après 2h08 qu’on ne voit pas passer, d’un  film contemplatif qui nous envoûte.

Liberté dans le vol des oiseaux!

 

My sweet pepper land – film kurde

TOILES NOMADES

My-sweet-pepper-Land-Affiche

Pour Golshifteh Faharani!

Pour découvrir le cinéma kurde et le Kurdistan!

Pour une histoire féministe d’une jeune femme bravant ses frères et les hommes du village pour être l’institutrice d’un village reculé….

Surprise! on se trouve embarqué dans un western où ne manquent ni le shérif brave, beau, incorruptible, ni les chevaux indispensables depuis que le pont a sauté, ni les chapeaux, ni le saloon assez improbable qui donne le titre au film, ni même la musique américaine.

Et pourtant on est bien au Kurdistan où l’argent du pétrole corrompt et où règnent encore les traditions féodales et l’honneur des hommes. Honneur qui se traduit plus par la violence des armes et les crimes d’honneur sur les femmes que par l’honnêteté ou le patriotisme. Honneur de Govend qui brave ses frères, honneur des hommes qui trafiquent de faux médicaments.

Film féministe? Certainement dans la détermination de Govend, l’institutrice. Que penser de cette unité féminine de kurdes turques? Existent-elles sur le terrain dans la réalité.

Ne pas oublier la beauté et la sauvagerie de ces montagnes.

Night moves – film de Kelly Reichardt

TOILES  NOMADES

Un thriller écolo, ils sont trois idéalistes, jeunes, purs, activistes, militants déjà expérimentés qui se lancent dans une grande opération…Tout a l’air bien organisé. On suit les trois héros dans le décor magnifique de l’Oregon. La forêt rousse d’une fin d’automne, la rivière sont plus qu’un décor magnifique. Les traversées de nuit à bord du pick-up sont un classique d’un certain cinéma américain, le canoé aussi…

nightmove3

L’action violente comporte des risques. Quelque chose va déraper. Et on voit l’angoisse s’installer dans le cadre idyllique de la communauté écolo qui cultive ses légumes bio, fabrique son fromage de chèvre.

Je ne connaissais pas cette réalisatrice que j’ai envie de suivre .

 

The Grand Budapest Hotel : kitschissime

grand budapest hotel

Comment les Américains imaginent la Mitteleuropa des années 30 et 40? Kitschissime, inventif, crèmeux, rose….carton-pâte et effets spéciaux.

Ce n’est, certes, pas le film de l’année. Je ne crie pas au génie. Après 3 mauvaises expériences enfin quelque chose de léger, de drôle. A condition qu’il ne se prenne pas au sérieux! Que vient donc faire mon cher Stefan Zweig dans cette galère ?

grand buddapest hotel boites

Ida – film polonais de Pawel Pawlikovski

TOILES NOMADES

Noir & blanc, plutôt film gris. Gris comme la tenue des novices, comme les murs du couvent, comme les maisons misérables de Lublin. Grise, Wanda qui boit beaucoup trop…Grise cette réalité polonaise de 1962…

Anna, orpheline élevée au couvent,  va prononcer ses vœux. Elle part à la recherche de ses origines chez sa tante.

« nonne et juive! » lui assène cette dernière.

Anna assume sa nouvelle identité : Ida Lebenstein. Elle veut se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais qui sait où reposent les juifs? Qui s’en soucie? Personne ne les connaissait. Wanda  ne s’en laisse pas conter, Wanda la rouge, procureur communiste, sait comment extorquer des aveux. Wanda qui veut vivre, rencontrer des hommes, boire, danser… Wanda qui se compare à Marie Magdeleine quand Ida fuit les hommes. Si différente de la novice , si proche.

Un très beau film, tout en retenue. Une réalité terrible

 

 

 

Viva la liberta – film de Roberto Ando

CINÉMA

viva_la_liberta_affiche-9176a

Pour le plaisir d’une comédie italienne, pour le plaisir de Verdi, la Force du Destin et pour ce comédien, Toni Servillo, que j’avais bien aimé dans la Grande Bellezza, pour Valeria Bruni-Tedeschi.

Cocasse, grinçant? Le discours politique est vide, remplaçons le par la poésie. Le leader d’un grand parti n’a rien à proposer – qu’il parte en vacances. Pascal a parié l’existence de Dieu avec les probabilités, le Parti parie sur un fou. Jeu de doubles, politique de duplicité?

Toni,Servillo se promène avec un air absent ou inspiré c’est selon.

Mère et fils de Călin Peter Netzer (Roumanie)

BUCAREST/PARIS

Film très noir.

Qu’est-ce qui est plus tragique? Les rapports entre Cornelia, la mère possessive sexagénaire, et son fils, Barbu 34 ans veule qui tente de  s’en affranchir mais se laisse entretenir. Ou l’accident où meurt un gamin de 14 ans, heurté par Barbu qui conduisait à grande vitesse à l’entrée d’une agglomération.

Cornelia, architecte, décoratrice, scénographe et sa sœur, médecin vont contacter toutes leurs relations pour éviter à  Barbu un procès pour homicide. Ces bourgeoises dans leur manteau de fourrure sont confrontées à des campagnards modestes. Opposition de deux milieux. Arrogance des deux bourgeoises qui téléphonent à des gens connus dans le commissariat. Corruption à tous les niveaux.  Les policiers ont l’air honnête, mais à la deuxième entrevue le policier trouve qu’une architecte pourra peut-être intervenir dans le permis de construire sur le bord d’un lac. Acheter un  témoin paraît facile, pas tant que cela, le témoin demande une somme folle! Cornelia espère par toutes ces manœuvres regagner son emprise sur son fils….

Peu d’espoir, pas de tendresse dans les rapports familiaux, très oppressants.

Seule leçon de dignité: chez les parents de l’enfant décédé. Douleur.

Ce n’est pas franchement un divertissement mais les acteurs sont tous excellents, , ils jouent juste. Film bien très construit. Une tragédie dans la Roumanie d’aujourd’hui.

HENRI film de Yolande Moreau

TOILES NOMADES

 

C’est un film bleu, comme les murs du restaurant populaire La Cantina, comme les bleus de travail d’Henri patron du restau qui préfère être vêtu comme un ouvrier qu’en cuistot, bleu comme le ciel dans lequel Henri scrute ses pigeons, comme la veste de Rosette….bleu comme les bleus à l’âme d’Henri qui vient de perdre sa femme, bleus de la vie cabossée des handicapés des Papillons blancs.

henri

Avec le bleu, s’harmonise bien le brun de la bière belge, dans les verres, et dans les bouteilles qu’on vide sans compter, le brun du comptoir du bar, de la terre, du terril de verre pilé et du sac en plastique contenant les cendres de Rita…

henri dune

C’est un film belge, avec de la bière et des frites. Un de ces films, comme ceux des Dardennes – tiens Rosetta est-ce fortuit? – avec des gens simples et vrais, sans clinquant, sans esbroufe, un peu comme les Ken Loach ou un certain cinéma anglais (le militantisme en moins) ciné des prolos, ciné de comptoir de bistro. Un cinéma qui prend en compte les gros, les tristes, les handicapés et qui demande tout doucement, sur le mode mineur, le droit à un peu de bonheur. Le droit de Rosetta, Papillon blanc, à une vie de couple, à être amoureuse, coquette. Un cinéma de la fête populaire, des barques à frites sur le bord d’une plage en mer du Nord… fête parfois grimaçante comme un tableau d’Ensor.

henri pigeons

Émouvant.

Rêves d’or – film de Diego Quemada-Diez

TOILES NOMADES

L’expression train-movie comme on dit road –movie existe-t-elle?

Rêves d’or nous fait parcourir le Guatemala et le Mexique jusqu’à la frontière américaine à bord (ou plutôt sur le toit) de trains de marchandises avec les émigrants prêts à tout pour réaliser leur rêve d’or, le rêve états-unien.

rêves d'or2

L’histoire commence dans un bidon-ville guatémaltèque, baraques de tôles, récupération du plastique dans une décharge. Trois amis, au départ : Juan le chef, Sara-Osvaldo cheveux courts sous une casquettes, seins bandés, Samuel, le gentil, moustache naissante. Quatorze, quinze ans, peut être seize, pas plus mais une grande détermination. Au bord d’une rivière, Chauk, machette à la ceinture, dans sa besace de l’eau et une petite calebasse, indien tzotzil tente de les suivre. Sara l’accueille tandis que Juan, jaloux veut le chasser….

rêves d'or1

Ce n’est pas un voyage tranquille, il faut monter en marche, grimper sur le toit des wagons. Et là, ils ne sont pas seuls. Pas moins de 600 noms des figurants, candidats à l’émigration, figurent au générique. Solidarité de ces hommes et de ces femmes venant de toute l’Amérique centrale, Nicaragua, Honduras, Guatemala…solidarité aussi des paysans mexicains qui leur lancent les oranges qu’ils cueillent, des prêtres qui les ravitaillent et les hébergent. Le voyage est interrompu par la police (ou l’armée) qui renvoie les enfants au Guatemala. Attaque (presque l’attaque des westerns par des bandits qui rançonnent et enlèvent les femmes). Intervention louche de passeurs, de narco-trafiquants. Au final : frontière murée par un dispositif impressionnant.

rêves d'or3

On traverse des paysages magnifiques et très variés, la musique est bonne. Le rythme du film d’aventure rapide. on n’a jamais le temps de s’ennuyer. On prend quand même celui de rêver avec Chauk qui ne parle pas Espagnol et qui vient d’un autre monde, si riche. On s’attache aux personnages.

Les acteurs Karen Martinez et Brandon Lopez ont l’âge de leur rôle, 16 ans. Rodolfo Dominguez est un indien Tzotzil des montagnes des Chiapas. Il est d’une expressivité étonnante.

La surprise de la rentrée. Un excellent film!

 

Inside Llewyn Davis – film des frères Coen

New York, 1961, Llewyn Davis, guitariste et chanteur folk, survit dans l’hiver en se produisant dans des bars et en vivant aux crochets d’amis et d’inconnus qui lui offrent un canapé ou un dîner. Il ne fait même pas l’effort d’être sympathique avec les amis qui lui rendent service. Un chat roux s’échappe. Une virée en voiture jusqu’à Chicago pour une audition auprès d’un producteur célèbre….L’intrigue ne mérite pas qu’on s’y arrête. Et pourtant on se laisse prendre, emporter dans cette Amérique des années 60. On se souvient 500miles away from home, Peter Paul and Mary, Joan Baez, on attend Bob Dylan ou Woody Guthrie… c’est que la musique est bonne, et l’acteur convainquant dans son rôle de looser. Les Frères Coen ont du métier. Film d’atmosphère aussi, ce New York hivernal a du charme!

voici la version de Joan Baez

et une des chansons de celui qui a inspiré le film