Le début cafouille un peu. Namir est un cinéaste débutant. Quand un soir de Noël sa mère croit voir la Vierge dans une « apparition », il « tient une idée de film » mais personne ne sait où il va en venir, ni son producteur qui est réticent, ni sa famille qui redoute qu’un film donne une mauvaise image d’eux, ni le spectateur…
Au Caire, il hésite, le film sera-t-il un documentaire sur la communauté copte? ou une enquête sur une « apparition » qui a eu lieu en 1968 pour laquelle il cherche des témoins. Il fait le rapprochement entre la défaite de 1967 et la « démission » de Nasser: une apparition de la Vierge vénérée par les Coptes mais aussi les Musulmans serait une diversion parfaite pour distraire l’opinion de la défaite militaire…. Mais la piste est courte et personne ne le conforte.
J’aime bien Le Caire filmé par Namir, le Caire des embouteillages géants, de la foule, des immeubles surélevés.
Toutes ses tentatives d’enquêtes ne mènent nulle part.
Dernière piste : un pélerinage marial dans le Said, à Assiout. Il y retrouve la famille de sa mère, ses cousins, sa grand-mère. là, le producteur se fâche : les retrouvailles familliales n’entrent pas dans le budget du film.
Dès que l’action se situe à la campagne, le film devient passionnnant! Les personnages sont drôles, authentiques, le cinéaste filme merveilleusement bien son village, les travaux des champs, les maisons des paysans.. et toute sa famille se prend au jeu. La mère de Samir est devenue producteur, elle mène son monde d’une main de maître. J’adore la séquence où elle parcourt le village sur une carriole à âne avec un mégaphone « soyez à l’heure! ».
La Bataille, c’est celle qui opposa cavaliers et chameliers aux occupants de la Place Tahrir, le 2 février 2011.
J’étéis très curieuse de voir la nouvelle Egypte, la démocratie en train de se construire. Reem est une jeune femme moderne, laïque, journaliste branchée, enthousiaste. Elle rencontre par hasard Mahmoud, le cavalier qui se fit désarçonner au cours de la Bataille des Chameaux et qui depuis est la risée de son quartier au pied des Pyramides. Le film commence comme un roman d’amour. Je me suis bien demandée ce que Reem trouvait à ce cavalier naïf, ignorant, manipulé, marié et père de famille, si ce n’est la liberté d’un flirt dans cette nouvelle ère.
L’amourette ne dépasse pas le baiser.Reem fait la connaissance de Fatma, de ses fils et de tout le quartier ruiné par la désertion des touristes qui assuraient la subsistance de tous. L’amitiése noue entre les deux femmes. Reem se sent aussi le devoir d’aller vers le peuple, d’expliquer la Révolution à ceux que Moubarak avait manipulés dans la Bataille des chameaux. Si Mahmoud ne sait comment retrouver sa dignité, Fatma est convaincue. Elle part seule Place Tahrir.
La Révolution, comme l’ascension de la Grande Pyramide….
Dans la dernière scène du film Alexander, le poète, demande à sa femme : « qu’est-ce que demain? » – « l’éternité et un jour » lui répond elle.
Pendant une bonne partie du film, j’avais compris le titre autrement. Alexander sent que sa fin s’approche. Le lendemain il doit se rendre à l’hôpital. Le film raconte son dernier jour (avant l’éternité?). et pendant ce dernier jour le temps s’enfle démesurément : il doit donner son congé à sa bonne, quitter sa maison face à la mer, apporter des lettres anciennes à sa fille, confier son chien…et se remémorer les souvenirs d’une vie qui a passé si vite. Au feu rouge, des enfants lavent les pare-brises, la police les capture, il embarque un petit albanais pour le protéger.
Le film prend une autre tournure, devient un road movie. Sur les routes de montagnes enneigées ils rejoignent l’Albanie où l’enfant a sa grand mère. Sur la clôture, à la frontière, des silhouettes semblent pendues. Alexander n’a pas le cœur de l’y abandonner. L’enfant et le vieil homme ont donc un jour pour se confier, partager leur passé, et l’avenir…un jour aussi pour retrouver Sélim, « enfant des feux rouges », à la morgue et lui improviser un adieu.
Quelques minutes encore, pour un voyage poétique en autobus.
Plus je découvre l’œuvre de Théo Angelopoulos, et la musique de Eleni Karaindrou, plus je suis fascinée, envoûtée, par ce cinéma contemplatif qui prend son temps et par les images magnifiques. Poème funèbre pour un homme à la fin de sa vie. En couleur reviennent les jours heureux, ou plutôt un jour, celui de la naissance de sa fille, jour que sa femme avait revendiqué comme « son jour », mélange en un plan-séquence du passé, du présent, du futur. Apparition du poète Solomos, qui avait perdu sa langue maternelle et « achetait des mots » aux paysans de Zante…Poème de l’exil aussi, de l’exil des enfants, de l’ailleurs du poète.
Merci à JEA d’avoir attiré mon attention sur ce film distribué de façon furtive.
Le film s’ouvre sur un mariage traditionnel en Anatolie : les hommes dansent au son criard d’une trompette, du côté des femmes règne une atmosphère déconcertante. peur de l’inconnu de la jeune et jolie mariée, angoisse de la séparation et de l’exil, diverses tensions entre les belles-sœurs. Le mariage expédié tout le monde se retrouve à Vienne. Et là, rien ne se passe comme attendu. Le marié est jeune, beau, charmant, sauf qu’Aysé dormira avec le père, sexagénaire. Rien ne vient conforter nos idées reçues : la substitution ne vient pas d’un quelconque démon de midi du vieil homme, elle a été manigancée par Fatma, la mère de famille….Et le film enchaînera surprise sur surprise. Ne pas raconter la suite!
C’est du cinéma! Le suspens est ménagé jusqu’au bout. Si les décors ne sont pas flamboyants : l’essentiel du film se déroule dans un appartement quelque peu surpeuplé, en revanche les visages cadrés très près sont très expressifs et beaux. Merveilleuse Aysé – la perle – impressionnante Fatma. Les autres femmes sous le foulard de soie turc possèdent, chacune, des personnalités marquantes. Très fortes femmes, volontaires, allant jusqu’à la violence, mais aussi chaleureuses. Bien qu’enfermées dans leur appartement, en foulard traditionnel, elles ne se posent jamais en victimes passives. A côté d’elles, les hommes sont passifs, arrangeants, plutôt falots.
C’est que leur force, elle la tiennent de la conviction que la famille doit être une véritable forteresse dont il faut soutenir l’honneur devant le « qu’en dira-t-ton ». Chacune, à sa façon, en turc ou en allemand, avec ou sans la « rapportée » soutient violemment son idée de la famille.
Winterbottom a réussi à faire un film bollywoodien avec danses et chansons, couleurs.
Adaptation de Tess de Thomas Hardy : Trishna, la jeune paysanne du Rajasthan est remarquée par Jay, fils de famille, qui possède des hôtels à Jaipur. Un séjour à Bombay permet de voir les studios de Bollywood et de fréquenter la jeunesse dorée. Jay, enfant gâté inconsistant, ne s’affirme qu’en humiliant Trisna….
On peut aussi voir dans ce film, un dépliant touristique, de ce tourisme Heritage où les touristes sont accueillis dans les appartements des maharadjahs ou dans le zenana des maharanées comme des princes. Le nom de ces hôtels figure au générique – réservation possible par Internet.
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Divertissement coloré et réussi mais sans grande invention. Les acteurs : Freida Pinto est ravissante et danse parfaitement. Riz Ahmed est aussi très crédible.
Ce n’est pas la Venise des Palais, ni celle des gondoles, des marbres…c’est celle des pêcheurs, des barques et des filets, du casone où l’on range les nasses et où l’on fait griller le poisson.
D’ailleurs, ce n’est pas Venise mais Chioggia qui a aussi ses ponts vénitiens, ses quais, sa lagune. On ne croise pas de masques de carnaval, mais des lanternes de papier qui flottent, en l’honneur du Poète chinois. On y croise des gens simples, des migrants chinois, des pêcheurs à la retraite qui viennent passer la soirée au bar, boire la grappa, le caffe corretto, ou le ballon de blanc ou de rouge. Sauf que la serveuse est chinoise. Et que de ces gens-là on se méfie…on parle, on médit. Pas Bepi, le poète qui rimaille en Italien, mais qui boit sa prune, en Yougoslave qu’il était.
On vient de m’offrir le coffret de 7 DVD de Théo Angelopoulos (sans Le Regardd’Ulysse, ni l’Apiculteur, ni le Pas suspendu de la Cigogne).- Ils sont joliment présentés comme 7 poèmes filmés– J’explore donc son œuvre et je vais de surprises en surprises. Comment ai-je pu passer à côté d’Alexandre le Grand à sa sortie en 1980, pourtant primé à Venise?
Après Le Regard d’Ulysse et Le Voyage à Cythère qui m’ont laissé l’impression de films bleus très poétiques, Alexandre le Grand de semble un film sépia, presque rosé au lever du soleil, hivernal, brun avec juste un peu d’herbe sale. L’emploi de la couleur rouge ressort d’autant plus qu’elle est rare sauf la couverture de selle d’Alexandre, pourpre aussi sa couche, rouge vif du drapeau brandi par les Anarchistes italiens, et finalement rouge du sang.
Alexandre et bucephale
Film en costumes, à l’orée du 20ème siècle : des touristes anglais veulent voir le soleil se lever sur le 1er jour du siècle au Cap Sounion. Ils sont enlevés par le bandit Alexandre tout juste évadé de prison. Dans les luttes d’Indépendance grecque, les bandits, Pallikares, Armatoles, Kapétans crétois, sont plutôt des personnages positifs dans l’imaginaire grec. Cet Alexandre affublé de son casque antique fait-il partie de cette tradition? D’autant plus que le rôle de la Flotte anglaise prête à attaquer la Grèce pour récupérer ses otages est bien dans son rôle de gendarme des mers.
Bande armée et otages arrivent au village d’Alexandre convertie en commune révolutionnaire, en même temps que des réfugiés anarchistes italiens. Une grande fête est organisée en leur honneur. Utopie! Même les femmes ont les mêmes droits que les hommes et participent à la gestion du villages et dansent avec les hommes. Ils ont aboli la propriété privée et travaillent en coopérative. Alexandre et ses hommes qui ont été emprisonnés 5 ans ne reconnaissent plus leur village et veulent retrouver leurs terres et leurs bêtes. Dès le lendemain ils entrent en rébellion, des moutons sont égorgés. Le « libérateur » adulé par ses troupes, chaleureusement accueilli par les villageois apparaît très vite comme un tyran. D’autre part, les autorités gouvernementales veulent récupérer les otages même au prix de compromis et de soumissions aux caprices d’Alexandre. Les premiers à analyser la situation sont les anarchistes qui préviennent l’instituteur : Alexandre n’est-il pas utilisé par un complot contre le village révolutionnaire? Les atermoiements de la commune permettent à Alexandre de s’imposer par violence et barbarie, simulacres d’exécutions puis exécutions, massacres des bêtes, terreur. Le village si joyeux est réduit au silence. On le croirait déserté si les villageois ne ressortaient pas lyncher le tyran blessé.
Film en costume donc, à fortes intentions politiques, film théâtral, presque chorégraphique. Chorégraphie que ces mouvements de foule qui convergent vers la place du village. Chorégraphie que ces rondes de soldats armés autour du chef à cheval, levant leur pétoire, la posant, s’abreuvant, chacun à son tour, à une très belle fontaine et reprenant leur cercle infiniment. Danses des villageois. Danse extraordinaire de cette femme qui joue de son mouchoir puis tournoie à la manière des derviches turcs – je pense alors à Zorba, à cours de mots, qui dansait ses histoires.
Et toujours cette beauté des images. Longs plans fixes qui permettent de contempler le paysage sauvage, austère. Un pont extraordinaire, arqué à la manière des ponts vénitiens mais très fin, enjambe un torrent.
Symboles inexpliqués, comme la mort du temps voulue par les briseurs d’horloges : donquichottesque? Et cette fin, le marbre d’Alexandre…
En bonus au coffret, le réalisateur explique ses intentions : c’est un film contre le Stalinisme. Comment d’une idée libératrice, un dictateur arrive à l’horreur. Le Mur de Berlin n’était pas encore tombé à la sortie du film en 1980, il fit alors polémique.
Spyros, un vieil homme, après 32 ans d’exil en URSS, aborde au Pirée. Ses deux enfants l’attendent pour le conduire à la maison retrouver Katerina- Pénélope, qui contrairement à la légende le reconnait. Que peuvent-ils se raconter? Tout a changé. Le militant, le combattant du maquis revient, inutile. De retour, au village, il embrasse le vieux chien, comme Ulysse. Mais ce sont les signaux qu’ils échangeaient au maquis qui avertissent son vieux complice. Chants d’oiseaux codés, que Katerina comprend encore. Au village, Spyros, a un rôle à jouer : il doit signer l’acte d’abandon de ses terres que Katerina n’a jamais voulu faire à sa place. Son refus lui vaut l’hostilité de tout le village. Lui, qui a échappé à la mort au combat et au peloton d’exécution, est menacé par ses voisins d’autrefois. D’inutile et oublié, il devient proscrit.
Dans l’entretien avec Angelopoulos, en bonus dans le DVD, j’apprends que c’est une histoire vraie qui a servi de départ au scenario. Le cinéaste aborde aussi sur le « film dans le film » qu’on soupçonne sans vraiment être sûr. C’est qu’on n’est pas toujours sûr de comprendre dans les films d’Angelopoulos. Le réalisateur filme de long plans-séquences pendant lesquels notre imagination peut gamberger. Quand il ne se passe presque rien on a le temps de douter, d’échafauder des hypothèses, de les récuser…Allusions à Ulysse, danse du vieil homme qui évoque celle de Zorba…Film vagabond, ou spectatrice vagabonde? L’avantage du DVD par rapport au film en salle, c’est le retour en arrière possible.
Après avoir vu le Regard d’Ulysse, je retrouve l’univers visuel si particulière à Théo Angelopoulos : cette lumière bleue, cette brume qui gomme les contours, les reflets dans l’eau sur les trottoirs trempés. C’est une Grèce étrangement humide que celle d’Angelopoulos, à mille lieux de celle des catalogues des agences de voyages. Une Grèce pauvre, de villages de montagne, de dockers et de marins, de musiciens de fanfare. Chaleureuse et humaine, aussi humaine dans les rapports humains, les liens familiaux, mais aussi mesquinerie des paysans, absurde stupidité des autorités. Et à la fin l’amour triomphe : départ pour Cythère….
A peine ai-je refermé Balkans-Transit de François Maspero qu’il me vint l’urgence de revoir Le Regard d’Ulysse de Théo Angelopoupos, correspondance parfaite entre ces deux œuvres, quasi-simultanéité (1994-1995), identité de lieux, Odyssées dans les Balkans….Le Regard d’Ulysse et surtout la musique d’ Eleni Karaindrou que j’écoute en boucle m’ont déjà accompagnée . Je gardais des images de la barge portant la statue de Lénine sur le Danube, de Sarajevo en ruine…et le souvenir d’un film bouleversant, hypnotique, étrange.
Le voyage commence à Fiorina, projection clandestine du film de A. (Harvey Keitel) cinéaste exilé, dans une ville quadrillée par l’armée et par des processions inquiétantes, sous la pluie, la nuit. L’accueil réservé à Maspero et au photographe Klavdij Sluban fut à l’unisson:
« Des images d’Angelopoulos, il ne manquait que la brume« note l’écrivain.
Taxi (comme dans le livre) mais dans l’autre sens, vers la frontière albanaise. Avec les migrants albanais, chargés de pauvres baluchons, reconduits en autobus militaires. Dans les champs albanais déserts et enneigés marchent des hommes, nombreux, comme l’avait remarqué l’écrivain. Pendant que je visionne le DVD, le texte du livre est très présent. Neige sur l’Albanie, qui interdit de continuer…
La quête de A., les bobines perdues d’un film de Manakis, peut être le premier film grec, se poursuit en Macédoine. Macédoine hostile – les Grecs lui refusent l’existence et surtout le nom . La conservatrice du Musée Manakis à Monastir (que Maspero désigne de son nom macédonien de Bitola) n’est gère coopérative. Les bobines perdues ne sont pas à Bitola. C’est justement dans le chapitre consacré à Bitola que l’écrivain fait allusion au film d’Angelopoulos et aux frères Manakis et » Le regard innocent de leur caméra Pathé témoignait d’une diversité et d’une unité balkanique perdues à jamais » . Regard d’Ulysse?
A. poursuit sa quête à Skopje, train de nuit, vide, fantomatique. Enfin pas tout à fait vide puisqu’il y trouve la Conservatrice hostile. Sincère ou Ulysse menteur? Il la séduit en lui racontant le Re-Naissance d’Apollon à Délos qu’il a voulu photographier. La femme lâche l’information : les bobines ne sont pas à Skopje! Et le suit dans le train qui poursuit vers Bucarest.
A la frontière bulgare, épisode étrange. A. devient Manakis. Simulacre d’exécution. Exil à Plovdiv. Si Maspero m’a donné de bons repères spatiaux, le film m’égare dans le temps
D’autant plus que sans s’attarder à Bucarest nous arrivons à Constantza en 1945 dans une fête de famille. Famille de A? Les scènes tournées dans le salon des bourgeois grecs de Constantza sont les seules séquences brillantes et colorées de ce film gris-bleu. Exil des Grecs, confiscation de leurs biens….
A. embarque sur la barge qui conduit la statue de Lénine sur le Danube. L’épisode qui m’avait le plus marquée à la précédente séance du film. Plans lents, impressionnants, au rythme du fleuve. La foule accompagne la statue sur les berges, les Roumains s’agenouillent, se signent. je m’interroge sur la signification de ces manifestations religieuses.
Le Danube conduit A. à Belgrade en pleine guerre de Bosnie. Il y rencontre un journaliste, correspondant de guerre grec. Les bobines étaient bien à Belgrade mais elles sont parties à Sarajevo pour y être développées. Siège de Sarajevo : rien à faire d’autre que de se saouler : beuverie épique avec des toasts à tous les cinéastes, Eisenstein surtout? Impossible de rejoindre Sarajevo par route ou par train, par les rivières? A. oartira au fil de l’eau.
Encore une étrange séquence avec une paysanne bulgare qui organise sa cérémonie funèbre. C’est bien Harvey Keitel, mais qui joue-t-il : Manakis ou le cinéaste de 1994?
Le périple de Balkans-Transit est entrecoupé d’un Cahier de Sarajevo écrit pendant le siège. Encore une correspondance entre le film et le livre! Angelopoulos n’a pas pu tourner à Sarajevo, les plans de la ville en ruine sont une reconstitution, qu’importe! ce n’est pas un documentaire mais une fiction. Plus vraie que vraie, et onirique, l’arrivé par un trou béant dans le mur de brique de la salle de cinéma de la Cinémathèque de Sarajevo. Le bobines sont là! Sous les balles et les bombes.
Le final dans la brume est indescriptible. Le brouillard à Sarajevo est une trêve, une fête, un orchestre, des danseurs, de l’allégresse on passe sans transition à des funérailles, puis à une promenade familiale, une exécution. L’écran se brouille, plus d’image, des voix. Filmer sans images! Je pense au Cheval de Turin, vécu comme une fin du cinéma alors que le Regard d’Ulysse est une quête des origines du cinéma.
Cette interprétation, avec le livre en miroir, est une des possibles. On pourrait imaginer une autre lecture en relation avec l’histoire du cinéma, des « images animées » , on peut aussi faire l’expérience passive de se laisser porter par des images magnifiques rendues mystérieuse par la nuit, la brume, les ruines….On pourrait chercher aussi des correspondances avec l’Odyssée…. je crois que je visionnerai encore de nombreuses fois ce film qui me fascine!
Envie de retourner à Cuba? Envie de musique, de chaleur, de couleur…de cette pêche incroyable qui anime les Cubains même dans le dénuement. Deux heures pour s’évader.
En général, j’évite les films à sketches. J’ai besoin de temps, de sentir une atmosphère qui s’installe, de m’attacher à des personnages. Le rythme des sketches me laisse frustrée le plus souvent. Dans ce cas précis, certains épisodes – des jours – très inégaux m’ont laissée indifférente.
Lundi « el Yuma« , un petit Américain naïf et même benêt se laisse entrainer dans une balade alcoolisée et érotique, introduction colorée : les œufs manquent mais pas le rhum, les filles ravissantes sont prêtes à tout pour un peu d’argent, un visa?
« Jam session » d’Emir Kusturica est aussi décevant : le cinéaste complètement bourré, téléphone en Serbo-Croate, c’en est pénible! Heureusement son chauffeur-ange-gardien est musicien et la musique sauve le film de la noyade. Amitiés viriles?
Mercredi: « La tentation de Cecilia » de Julio Medem introduit un élément romanesque. La très jolie Cécilia succombera-t-elle à la tentation du visa et du billet d’avion pour Madrid que lui offre le gentil blondinet avec son amour ou restera-t-elle fidèle à son joueur de base-ball musclé et amoureux? On sent ici aussi que les Cubains n’ont qu’un désir: fuir l’île et que la proposition espagnole est une alternative à considérer avec sérieux.
Jeudi, surréaliste, Elia Suleiman, complètement perdu joue son personnage ahuri, il veut rencontrer le Comandante qui s’éternise à la tribune. Perdu dans les couloirs de l’hôtel, perdu sur le Malecon. il regarde ces gens qui regardent la mer. Symétrie du blocus auquel sont soumis les Palestiniens et du blocus de Cuba? Arafat sourit, en sculpture dans la délégation palestinienne et je pense au ballon au visage d’Arafat dans un autre film.
Le Ritual de Gaspard Noé est d’une beauté troublante mais aussi très éprouvant. Deux amantes, très jeunes filles, puis un rituel dans la nuit, violent : un homme tourne autour de la jeune fille, lui lacère les vêtements : exorcisme ou cérémonie initiatique. Je retiens mon souffle…j’espère la deuxième alternative. Après des recherches sur Internet, il s’avère que l’intention est bien un exorcisme pour « guérir » la jeune fille de son homosexualité. Peut on faire de l’esthétisme sur n’importe quel sujet?
Samedi Dulce Amargo, sur le mode telenovela, un sketch léger : une psychologue célèbre prend sa journée pur confectionner un gâteau à la crème destiné à une fête, elle passe ensuite dans une émission télévisée…. résumé en quelques minutes de la débrouille et des pénuries alimentaires…. Cecilia de l’épisode du mercredi vient prendre congé de sa famille, elle a choisi : elle s’embarque sur un radeau de fortune avec son fiancé. Ambiance douce-amère…
Le film que j’ai préféré est le final : La Fuente de Laurent Cantet, histoire vraie, une cérémonie de santeria,. Martha décide de vouer à la Vierge une fontaine dans son appartement de la Habana vieja, construction d’une fontaine en appartement et fête de l’inauguration. tout le quartier se mobilise, pour trouver les briques, la peinture, débrouille et bonne humeur, puis une fête échevelée où le gâteau réapparait. Cuba, musique et couleurs. Et authenticité : les acteurs ne sont pas des professionnels, mais des habitants du quartier.