Les Alexandrines – Marjan Tornsic – traduit du Slovène – Agullo

LIRE POUR L’EGYPTE

Trouvé ce titre dans le blog de Patrice  Si on bouquinait

Alexandrie est une ville qui me fascine : légende familiale, mais aussi littéraire,  visitée à plusieurs reprises. Evidemment, Alexandrie des années 2000 a perdu son ambiance cosmopolite, la Corniche est une véritable autoroute terrifiante… L’Hôtel Cecil, précisément celui du Quatuor de Durrell, existe encore et  Ana une des protagonistes du roman de Marjan Tornsic y travaille. 

Les Alexandrines sont des jeunes femmes slovènes venues depuis le chantier du Canal de Suez jusqu’aux années 50 travailler comme nourrices, dames de compagnie, gouvernantes ou nurses dans des familles riches de commerçants, banquiers, diplomates, égyptiens, syriens, juifs, grecs, anglais …

Dans tout Alexandrie et Le Caire, et aussi ailleurs, les Slovènes étaient depuis longtemps extrêmement
recherchées et respectées. Elles avaient la réputation d’être travailleuses, honnêtes et fidèles.

A bord du vapeur reliant Trieste à Alexandrie, dans les années 30, trois jeunes femmes :Ana revient après une première expérience pour gagner assez pour racheter les dettes de la ferme familiale et peut être d’agrandir leurs terres? Merica qui vient d’accoucher sera nourrice, elle laisse son bébé et donnera son lait à Thomas, un petit anglais.  Vanda, 16 ans, très jolie mais naïve espère un emploi de dame de compagnie. Le couvent des Franciscaines Sainte Catherine leur servira de première étape et de lieu de ralliement. Elles y retrouvent d’autres slovènes et l’histoire des 3 héroïnes s’enrichit de toutes les expériences de ces Alexandrines. Certaines histoires ressemblent à un conte de fées, d’autres sont dramatiques. Princesse ou putain, destins contrastés. 

Elles allaient et venaient, comme les hirondelles, les grues et autres oiseaux. Ce qui leur remplissait le
coeur de joie, c’était le retour à la maison. Beaucoup d’entre elles n’avaient atteint leur but, et avec lui le
plus grand bonheur, que lorsqu’elles avaient trimé et gagné assez de funts pour pouvoir repartir la
conscience tranquille dans leur village, ne serait-ce que quelques semaines ou quelques mois. Rentrer
signifiait que leurs rêves s’étaient réalisés. Repartir en Égypte voulait dire que le monde sombrait de
nouveau dans la pénombre. C’est ce que pensaient ou ressentaient nombre de Slovènes, dont Merica. Ana
n’était pas de cet avis, c’est pourquoi elle la contredisait

Histoires d’exil. Nostalgie du village pour les Alexandrines en Egypte. Nostalgie de la vie facile quand elles retournent à la campagne aux travaux des champs. Double attachement aux enfants de sang et aux enfants de lait pour les nourrices. Eloignement du foyer, et du mari. Les tentations sont grandes. Qui y cèdera? qui restera fidèle?

C’est donc un livre très exotique dans un monde oriental parfois proche des MIlle et Unes Nuits. On y converse en Italien, en Français, Anglais, Arabe. parfums d’Orient. Khamsin et chaleur accablante. Fraîcheur de la mer et des jardins des palais. Dépaysement garanti, pour les Alexandrines et pour les lecteurs.

 

Le mystère Cléopâtre à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

La mort de Cléopâtre jean André Rixens (1874)

Cléopâtre, figure historique

Cléopâtre voit le jour à Alexandrie en 69 av. JC et se suicide par une piqûre de serpent en 30 av JC après la bataille d’Actium. Cléopâtre VII, reine intelligente, fine diplomate a restauré le lustre que son royaume avait perdu, devenant protectorat romain. Elle noue des liens avec César dont elle a un fils Césarion (Ptolémée XV), le suit à Rome en 46.  Après l’assassinat de César, elle va négocier avec Marc Antoine ,  accroit ses territoires, modernise sa flotte. ils auront ont 3 enfants. Vaincue à la bataille d’Actium, elle préfère se suicider que de se soumettre à Octave. 

La bataille d’Actium

La première partie de l’exposition est archéologique avec des objets originaux : un vase en forme de canard m’a bien plu, des bagues et sceaux, et toute une collection numismatique avec des pièce à l’effigie de Cléopâtre qui ne ressemble pas du tout à Liz Taylor, ne porte pas de perruque de pharaon mais dont le nez fameux est bien marqué. La dynastie des Ptolémées est d’origine macédonienne et l’Egypte est très hellénisée : des statuettes montrent les dieux égyptiens  très différents de ceux du Nouvel Empire. On reconnait Isis, Osiris, Horus, et Bès. Photographies anciennes  de Denderah, temple hellénistique. Et même une réplique de la Pierre de Rosette

Buste de Serapis

Une visite virtuelle  d’Alexandrie provient d’un jeu vidéo Ubisoft. Je n’aime pas tellement cette esthétique et surtout les personnages que je trouve laids mais c’est très instructif : on voit la Grande Bibliothèque, le Musée, l’île de Pharos…

Cléopâter mourant debout. Sculpture en marbre de Jean Baptiste Goy pour les jardins de Versailles

La Légende de Cléopâtre

La suite de la visite se déroule au deuxième niveau et raconte les légendes de Cléopâtre.

Les Romains, et surtout Auguste, le vainqueur d‘Antoine ont noirci le mythe. Virgile, Horace, Plutarque la décrivent comme un monstre séduisant les hommes, une sorte d’obsédée sexuelle, même parfois de prostituée. 

Les Egyptiens, plus tard (VIIIème – XIIème siècle) lui brodent une toute autre légende, de reine bienveillante, de philosophe érudite, même une alchimiste, de femme préférant la mort à la soumission.

Mort de Cléopâtre

Les classiques, Dante ou Shakespeare  reprennent la légende, s’inspirant des romains, Plutarque entre autres, en font une héroïque tragique, entre passion amoureuse et politiques. Le suicide au serpent a inspiré sculpteurs et peintres.  Après l’expédition de Bonaparte en Egypte, la découverte des décors , l’Orientalisme  inspire peintres et hommes de théâtre. Sarah Bernhardt lui prête son visage

Sarah Bernhardt en Cléopâtre

Puis vient le temps du cinéma, déjà Méliès en 1899 et une véritable Cléomania va traverser l’histoire du cinéma: Claudette Colbert (1934), Vivien Leigh(1945) Sophia Loren (1953); Liz Taylor (1963) (c’est ell. e qui est pour moi la figure de Cléopâtre) suivie de tant d’autres. Asterix et la BD s’emparent de Cléopâtre

Liz Tayor : cléopâtre fait naviguer dans son bain un des navires de sa flotte

Je n’ai pas apprécié la scénographie avec la projection de trois films en même temps sur un immense mur-écran, n’arrivant à en suivre aucun.

Cléopâtre reine du marketing

je vous laisse deviner à quelles marques sont nom est attaché. C’est toujours l’image des péplums qui est alors utilisé, glamour et exotique.

Une dernière partie de l’exposition est surprenante. Le nationalisme égyptien, entre autres du temps de Nasser a repris à son compte Cléopâtre. Plus loin, les mouvements des luttes africaines-américaines l’ont adoptée comme héroïne refusant la soumission, Barbara Chase-Riboud sculpté son trône vide : force et fragilité du pouvoir féminin.

Le trône vide Cléopâtre par Barbara Chase-Riboud

Dernier avatar : l’icone féministe. Des plasticiennes contemporaines mettent en scène la misogynie qu’a subi Cléopâtre de la part des hommes qui ont minoré son rôle de souveraine, qui l’ont diabolisée et hypersexualisée. Esmeralda Kosmatopoulos CLIC a réalisé une installation de trois tableaux de la reine de profil (profil retrouvé sur les monnaies) I want to look… et à côté toutes les prescriptions de chirurgie esthétiques sur une ordonnance fictive, en particulier rhinoplastie (on connait la citation « si le nez de Cléopâtre… » clic

Esmeralda Kosmatopoulos : I want to look like Cleopatra

Et pour finir une image de Cindy Sherman : Cléopâtre ou Méduse?

Mamelouks (1250 – 1517) au Louvre

Exposition Temporaire jusqu’au 28 juillet 2025

Brûle parfum

De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.

Caparaçon

Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.

Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)

Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –

La visite commence au Caire dans le Complexe de Qalawun (1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….

Lampe au nom de l’émir

De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers  en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres

Bassin orné de scènes de chasse

De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :

Baybars, (1260_1277) le fondateur

Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)

Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)

Ainsi que d’autres personnages  :

Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.

Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.

l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »

Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.

Coran monumental

De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.

Furusiya : exercices à la lance

Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions

Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj

mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu

Rouleau de pèlerinage juif

ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire

Eglise copte du Caire

La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre

Conte indien avec un éléphant et un lion

Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.

Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350

Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.

Baptistère de Saint Louis;

La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en  1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..

mamelouks à la chasse

 

 

Au Fil de l’Or- l’Art de se vêtir de l’Orient au Soleil Levant – Au Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 6 juillet 2025

Guo Pei – 5 robes brodées de fil d’or 15 personnes et 5 années de travail

De soie et d’or, costumes d’apparat, de pouvoir, de noces,  ou d’Eglise, d’Orient en Occident, fils d’or, brocarts, lamés ont voyagé et l’exposition du Quai Branly emmène le visiteur pour un voyage éblouissant.

maroc

Mais attention, prévoir du temps, l’exposition est très riche, riche de l’or, bien sûr, mais riche en thématiques, le fil d’or et les techniques du travail de l’or, et les brodeuses au travail.  Un parcours chronologique au fil du temps, de la Préhistoire à l’invention du lurex qui imite le fil métallique.

Tunisie : Robes de noces

Un voyage d’Ouest en Est, du Maghreb au Pays du Soleil Levant.

Arabie Saoudite

Comme le fil d’or a souvent été mêlé au fil de soie, des digressions à Madagascar où on a essayé de filer la soie des araignées, et au Cambodge avec les petits cocons de soie jaune.

Non, ce n’est pas de l’or, mais des cocons de soie jaune cambodgienne

Et comme s’il fallait encore en rajouter, les mannequins habillées des robes prestigieuses de Guo Pei ponctuent le parcours. 

Guo Pei : Manteau traîne de l’Himalaya – 25 personnes y ont travaillé

Les techniques de broderies et tissages sont tellement variées qu’il est impossible de les résumer. Des pépites battues pour obtenir des bractées (feuilles d’or) dès la préhistoire, aux lamelles d’or collées à de la baudruche et découpées en rondelles, au fil tréfilé, puis enroulé … j’ai été fascinée par la vidéo montrant 6 femmes nouant dans leur doigts le fil que la maîtresse aplatissait en un galon précieux.

Broderie chinoise

Combien de points variés dans cette broderie chinoise?

Vous ressortirez ébloui!

 

 

 

 

 

Présences arabes – Art moderne et décolonisation ( 1908 – 1980) Au MAM de la Ville de Paris

 Exposition temporaire jusqu’au 25 Aout 2024

Hamed Abdalla – Egypte 1956 – Conscience du sol

1908-1980

1908 : arrivée de Gibran Khalil Gibran – 1980 reconnaissance de l’immigration arabe dans les musées parisiens. Huit décennies, une très longue période!

Présence arabe : du Maghreb à l’Irak, si on inclue aussi la Turquie, c’est un vaste domaine . Et si on inclue les artistes juifs mais de culture orientale, cela fait encore plus de monde! Si on ajoute les français militant pour l’indépendance de l’Algérie, cela en fait encore d’autres….

les mosquées de Mogador 1965 Ahmed Louardiri

Donc, une exposition au long cours, dans le temps comme dans l’espace, beaucoup d’œuvres et en regard, des photos et des affiches rappelant le contexte, des publications de revues…Très riche, trop riche, je me suis un peu perdue.

Il sera question de décolonisationloin de l’Orientalisme du XIX ème siècle. pas besoin de faire appel à Edward Saïd que j’attendais un peu pour sa critique de l’Orientalisme. Tout simplement parce que les plasticiens sont orientaux, tandis que les Orientalistes ont un regard occidental sur l’Orient idéalisé ou fantasmé. 

1.l’Orientalisme arabe ou l’Orient rêvé par lui-même

En revanche je n’attendais pas Khalil Gibran peintre. Je connaissais l’écrivain. Il a suivi l’enseignement de l’Académie Julian. 

La fiancée du Nil – Mahmoud Mokhtar 1929

Avec Nahda en Egypte on assiste à l’essor d’une pensée libérale. Le sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar conçoit le monument à la Nahda.

maternités arabes 1920 Georges Hanna Sabbagh

L’alexandrin Georges Sabbagh a étudié à l’académie Ranson en 1910. On voit donc la porosité entre les plasticiens orientaux et les nabis et peintres français.

Prière au soleil -1928 – Abdelazziz Gorgi Tunisie

De Tunisie, proviennent des images variées comme cette prière au soleil et la Synagogue de Tunis de Maurice Bismouth (1930)

Les années 30 sont celles des Expositions Coloniale (1931) et Internationale des Arts et techniques (1937). Un mur est dédié à l’exposition coloniale avec les affiches « Ne visitez pas l’Exposition Coloniale », protestation des communistes. On y voit les pavillon de l’Egypte et de la Tunisie

2. Adieu à l’Orientalisme : les avant-gardes attaquent

Femme kabyle combattante Rabah Mellal

 

Les premières indépendances Liban (1943), Syrie (1946), Egypte (1953) et Irak (1958) 

Le groupe surréaliste égyptien expose à Paris ainsi que l’algérienne Baya. Des artistes rejoignent les ateliers de Fernand Léger et de Lhote. je retrouve avec plaisir la Kahena peinte par Atlan figure de la reine rebelle témoignant de l’engagement anticolonial du peintre qui fut un résistant.

Atlan La Kahena (1958)

j’ai aussi retrouvé les dessins de Mireille Miailhe et de Senac. Tour un mur est couvert d’affiches sur la Guerre d’Algérie, le référendum de De Gaulle, une accusation de Massu et de la torture. 

les larmes de Francis Hamburger

3. L’art en lutte : de la cause palestinienne à l’Apocalypse arabe

la Famine dans le Tiers monde année 50 El Meki

Un autre mur de photos et d’affiche montre Nasser et la nationalisation du Canal de Suez,et la construction du Barrage d’Assouan ; un autre est consacré à la Palestine. La guerre au Liban n’est pas oubliée avec l’illustration d’Etel Adnan, poétesse et plasticienne : des bandes en accordéon aquarellées sont accompagnées d’une bande-son. 

L’arbre amoureux Mahmoud Darwich d’après Mona Saudi (1979)

Adieu mes Frères – Peter Blauner -Harper Collins NOIR

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

410 pages, traduit de l’américain par Estelle Roudet.

Un thriller qui va vous emporter au Caire en 1954 sur le tournage des Dix Commandements de Cecil. B De Mille et accessoirement dans une base de Daech. 

Trois thèmes sont abordés :

l’engagement d’Alex, jeune adulte, encore adolescent auprès de l‘Etat Islamiste.

La prise de pouvoir de Nasser et l’éviction de Naguib dès 1954 ainsi que les purges auprès des Frères Musulmans

le tournage du film et la cinéphilie de Ali Hassan, le grand-père d’Alex

Accessoirement, les rapports entre l’adolescent et son grand-père sont la trame de ce roman épistolaire.

Ces trois thèmes avaient tout pour m’intéresser. Et pourtant cela n’a pas fonctionné comme je l’aurais aimé.

D’abord, la forme : les échanges de mails sont assez frustrants. Le jeune homme, écrivant clandestinement envoie des messages assez dénués d’intérêt (on comprend pourquoi mais on reste sur sa faim). Au contraire, le grand-père envoie un long « livre » en pièces jointes :  l’histoire de sa jeunesse à ce petit-fils qu’il a peur de ne plus revoir. Cela donne un roman déséquilibré.

chefren et le sphinx

Ensuite les personnages : Alex est tout à fait désincarné. Pourquoi a-t-il rejoint Daech? Comment est-il arrivé sur le théâtre des opérations (y-est-il même parvenu? Tout ce qu’il raconte concerne un jeu vidéo qu’il aurait aussi bien pu inventer dans sa chambre américaine. Une « épouse » esclave sexuelle yezidie fait une courte apparition dans les échanges épistolaires. Rien sur les opérations militaires ni sur les conditions de vie…

Le grand-père est beaucoup plus intéressant : c’est un jeune éduqué, cinéphile, amoureux, mais influençable. Il ne sait pas choisir son camp et se laisse entraîner plus par faiblesse que par conviction dans les manœuvres des Frères Musulmans. Il se donne le beau rôle, évitant un attentat puis un massacre; on ne comprend ni pourquoi ni comment. Ces retournements de veste et ses atermoiements m’ont lassée.

Le plus réussi, c’est le tournage du film. Les caprices du metteur en scène qui est un véritable dictateur. Mais comment régir des milliers de figurants, des acteurs à l’égo surdimensionné, des techniciens peu efficaces? Et réussir un chef d’œuvre qui récoltera  un Oscar et deviendra un  classique de la télévision américaine.

J’aurais aimé plus d’analyse politique, plus d’histoire, moins de politique-spectacle dans l’ascension de Nasser et sa prise de pouvoir. J’aurais aussi aimé sentir vibrer Le Caire, son peuple, ses cafés et ne pas rester dans les hôtels coloniaux et leur golfe. Un thriller bien américain!

L’heure égyptienne – Ramona Badescu Benoit Guillaume – Le port a jauni Poèmes

EGYPTE/MASSE CRITIQUE DE BABELIO

C’est un très joli cahier de poèmes qui est arrivé de Marseille dans ma boîte aux lettres. Merci à Babélio et à l’éditeur Le port a jauni. 

Cahier bilingue qui peut se lire de gauche à droite en français et de droite à gauche en arabe.

Deux promenades : sur la Corniche du Nil au Caire et sur celle d’Alexandrie. Des pauses dans les cafés : citronnade piquée de menthe, thé ou café turc. Goûts et saveurs de l’Egypte. 

j’ai goûté avec le même plaisir les poèmes (en français) et les illustrations, palmiers échevelés, balcons et foules…

Un très joli moment de flânerie et de lecture, encore merci

Le Roman Egyptien – Orly Castel-Bloom – trad. Rosie Pinhas- Delpuech

ISRAEL

J’ai découvert ce roman en écoutant le podcast de France Culture : Le Roman de la Grande Bleue présenté par Mathias Enard qui avait convié Rosie Pinhas Delpuech, et j’ai tout de suite su que ce livre était « pour moi« . De plus, je viens de voir Mizrahim, film de Michale Boganim et Les Cahier noirs de Shlomi Elkabetz (à la mémoire de Ronit Elkabetz) et Le Roman Egyptien se trouve dans la suite logique  de cette production mizrahit en Israël. 

« La mère de Viviane aussi s’appelait Flore, mais la famille vivait depuis des siècles en Égypte, depuis trop de siècles, peut-être des milliers d’années, car d’après ce que Flore avait raconté à Viviane, il semblerait qu’ils
appartenaient à ce fameux clan, à cette unique famille dont il n’est pas question dans l’histoire d’Israël, ces gens qui désobéirent à Moïse, refusèrent de quitter l’Égypte durant la grande sortie, et y restèrent comme esclaves. Il fallut des siècles pour qu’ils soient affranchis et deviennent des chasseurs sauvages, et quand les juifs arrivèrent en Égypte après l’expulsion d’Espagne, ces gens s’empressèrent de se rapprocher d’eux, car d’une certaine manière obscure et mystique, ils sentirent l’antique proximité. »

Le Roman Egyptien raconte la saga de la famille Castil, juifs égyptiens originaire d’ Egypte depuis toujours, depuis la sortie d’Egypte aux temps bibliques, aux Castil chassés d’Espagne par les rois Catholiques, montés en Israël  au tout débuts des années 50 avec des idéaux socialistes, arrivés au kibboutz Ein Shemer avec un groupe de l‘Hashomer Hatzair d’où ils ont été chassés. 

« Charlie était trop antireligieux à son goût. Et trop communiste aussi. Il y baignait jusqu’au cou, Hashomer
Hatzaïr par-ci, Hashomer Hatzaïr par-là, il n’y en avait que pour le mouvement de jeunesse socialiste ouvrier.

[…]
Viviane avait quitté le kibboutz Ein Shemer en même temps que tout le noyau égyptien, mais Charlie avait voulu achever ses quatre années d’engagement, qui équivalaient à un service militaire. De toute façon, la vie de kibboutz l’enchantait. Surtout les travaux des champs et la cuisine. »

Viviane et Charlie, Adèle et Vita, et les autres égyptiens vont s’établir en ville, leurs enfants formeront un noyau solidaire qui traverse le temps jusque aux années 2010, déménagements, enfants, et maladies….

Ce n’est pas un récit chronologique linéaire, plutôt un puzzle qui traverse les siècles qui saute des manifestations au Caire contre le roi Farouk à l’Inquisition en Espagne à la fin du XVème siècle. Certains personnages sont nommés d’autres non, la Grande, la Petite, la fille unique et la lectrice doit s’accrocher pour se rappeler qui sont les parents, les enfants, dans cette  tribu  qui fait des aller-retours entre les divers appartements. Je me suis livrée avec grand plaisir à cette gymnastique un peu déroutante.

J’ai beaucoup aimé les descriptions  de la vie au kibboutz, repas pris en commun, réunions et débats idéologiques, travaux des champs et puis ensuite je me suis promenée dans les rues de Tel Aviv et de ses environs : un voyage dépaysant. Ce « roman égyptien » est plus israélien qu’égyptien!

Pharaon des deux terres : L’épopée africaine des Rois de Napata – au Louvre

EGYPTE/SOUDAN

Colosse Taharqa

Dépaysement, exotisme garanti vers des destinations inconnues, Napata et le Djebel Balkar, Sanam, Nouri, Douki Gel….  

Pharaons africains inconnus : Piânkhy (720), Chabatâka (713-705), Chabaka(705-690) Taharqa (690-664), Taneoutamani (664-655) formant la XXVème dynastie.

Taharqa

Les organisateurs de l’Exposition Pharaon des Deux Terres ont mis le projecteur sur une période très courte : un siècle où la dynastie kouchite venant de Napata au Soudan a pris le pouvoir sur les Deux Terres, non pas seulement la Haute Egypte et la Basse Egypte comme les pharaons des dynasties précédentes mais sur le Royaume de Kouch et sur l’Egypte.

Chabarka

Je croyais connaître un peu de ces pharaons noirs après avoir visité deux fois le très beau Musée Nubien d’Assouan. A Assouan, toute l’Antiquité et même bien après étaient présentés, je n’avais même pas remarqué ces pharaons.

Stèle triomphale de Piânkhy

La conquête de l’Egypte par Piânkhy est documentée par la Stèle triomphale où les rois d’Egypte se prosternent devant le conquérant (registre juste au dessus des hiéroglyphes).  Avant cette conquête les Pharaons Egyptiens et le Royaume de Kouch entretenaient des rapports commerciaux (or, ivoire, bétail) illustrés par la fresque de Houy

tome de Houy : tribut des kouchites

Les rapports étaient parfois mouvementés et les Egyptiens représentent parfois les kouchites entravés comme des esclaves/ Au Nouvel empire la conquête du Sud fut entreprise.

kouchite représentation égyptienne
kouchite

 

 

 

 

 

 

 

 

Après cette introduction « égyptienne » , les expéditions en Nubie de Champollion, Lepsius, et bien plus au sud le long du Nil avec l’expédition Bankes et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefond ont rapporté des témoignages, cartes, relevés des sites kouchites en particulier le relevé de Djebel Barkal « la montagne pure » avec à ses pieds de nombreux temples 

Napata Djebel Barkal

 

 

 

 

 

 

Djebel Barkal est situé entre la 3ème et la 4ème cataracte, ce relief tabulaire dominait la plaine de 100 m de haute et une aiguille pointue rappelait l’Uraeus, le cobra des pharaons.

Au temple d’Amon, un bélier solaire incarnant Amon-Rê est impressionnant

Bélier solaire protégeant Aménophis III Djebel Barkal

la richesse du royaume de Kouch est matérialisée par de nombreux objets en or – les kouchites maîtrisaient parfaitement la métallurgie et l’orfèvrerie

Triade d’Elephantine
Criosphynx : corps de lion tête de bélier

Si les béliers et les sphynx sont nombreux, les Kouchites vénéraient également les oiseaux : déesse vautour, ou Horus le faucon

Déesse vautour de Sanam
Taharqa à genoux offrant le vin à Horus

Les Kouchites de la XXVème dynastie se sont installés sur toute l’Egypte, de Memphis, Saqqara à Napata, en passant par Thèbes. Thèbes, ville d’Amon revêtait une importance capitale pour ces Pharaons qui aspiraient à restaurer l’unité de l’Egypte et une certaine orthodoxie dans les cultes. le temple de Karnak fut complété avec un vaste chantier de nouvelles constructions et le relais était assuré par Les Divines Adoratrices D’Amon

Divines adoratrices à Thèbes

Un couloir voûté figure le Sérapéum de Saqqara . Mariette y a retrouvé des stèles correspondant à l’enterrement des taureaux Apis 

Enterrement du boeuf Apis
Enterrement du boeuf Apis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, dans le Delta Saïs a résisté aux rois de Napata . Le dernier pharaon de la XXVème dynastie Tanouetamani fut balayé par les Assyriens d’Assourbanapal. Assourbanapal prend deux fois Thèbes et Psammetique II avec l’aide de ses mercenaires, des hoplites grecs mène une expédition jusqu’en Ethiopie et saccage Napata. 

Assyriens et char

 

Assyrien prenant une ville égyptienne et soldats kouchite s’enfuyant
Plaque chryséléphantine :lion assyrien dévorant un kouchite

 

La fin de l’exposition montre les répliques des statues de la cachette de Douki Gel trop fragiles pour voyager réalisées à l’imprimante 3D comme le colosse de Taharqa qui accueille les visiteurs. Ce procédé, au début m’a un peu désarçonnée, les statues tellement impeccables, comme neuves, revêtues de parements à la feuille d’or et avec une coiffe peinte en rouge vif. Elles n’ont pas le charme des ruines, mais pourquoi se priver de les montrer telles qu’elles étaient alors?

En épilogue : l’épopée d’Inaros et l’opéra Aïdaavec les costumes dessinés par Mariette lui-même

Aïda : aquarelle de Mariette

 

 

 

 

 

 

L’Aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes – BnF

Exposition Temporaire du 12 Avril 2022 au 24 juillet 2022

Champollion

Le 27 Septembre 1822, dans sa Lettre à Dacier annonçait le déchiffrement des hiéroglyphes. Cette exposition en fête donc le bicentenaire.

Jean-François Champollion est né à Figeac en 1790. A 10 ans il rejoint son frère ainé, archéologue qui supervise son instruction. A 11 ans, il s’initie à l’Hébreu, il sait déjà le Grec et le Latin, 2 ans plus tard, il apprend le Syriaque et l’Araméen, en 1805, le Copte. Sa connaissance de nombreuses langues et alphabets, va être une des clés du déchiffrement. 

Rosette – Charles -Louis Balzac

En 1799, l’officier Bouchard découvre la stèle, la pierre de Rosette où le même décret figure en Grec, en Hiéroglyphes et en démotique. Les Anglais confisquent la pierre en 1801. Entre temps, heureusement on procéda à son estampage qui put être étudié par Champollion. 

Stèle d’Agathodaimon et Isis-Thermoutis découverte à Saqqarah

L’exposition de la BnF commence donc avec l’Expédition d’Egypte de Bonaparte et présente de magnifiques aquarelles du Caire, Rosette, divers journaux de bords et d’objets divers rapportés par ses savants. Les 23 volumes de la Description figurent en bonne place. 

Entailles et reliefs en positif

Dans le déchiffrement des hiéroglyphes, toutes sortes d’inscriptions sont présentes : étiquettes de bois attachées aux momies, bandelettes enveloppant les momies (en hiératique) , petites entailles sur des monnaies, bijoux gravées sur des pierres semi-précieuses ou des métaux.

D’autres savants ont essayé de déchiffrer les écritures antiques. Une curieuse thèse publiée au XVIIIème siècle faisait état d’une parenté entre les hiéroglyphes et l’écriture chinoise « Mémoire sur lequel on prouve que les chinois sont une colonie égyptienne ». Plus sérieusement William Waburton propose que les noms des rois étaient entourés dans des cartouches. Depuis l’Antiquité avec Maneton, on dispose de la liste des pharaons.

A côté des inscriptions multilingues et des travaux de déchiffrement au cours du XIXème siècle sont exposés des curiosités : deux documents étonnants : calligrammes d’Apollinaire : La figue, l’oeillet et la pipe à opium et d’Isodore Isou.

Cercueil de Padiimenipet

le cercueil décoré de Padiimenipet a fait l’objet d’une étude détaillée par Champollion. Le livre publié est présenté ici. Comme nous sommes à la BnF des manuscrits et livres anciens sont nombreux. Il y a aussi une collection de précieux papyrus. 

Angelelli – Champollion, barbu est assis au milieu

Expédition de Champollion en Egypte (1828-1829) Expédition franco-Toscane lui permit de parcourir tous les sites antiques des Pyramides à la Haute-Egypte. Curiosité : les lunettes de soleil du savant et une  longue pipe rapportée en souvenir.

les oiseaux colorés de Beni- Hassan

Des photographies anciennes de Maxime Du Camp (1851) de Teynard (1851-52) montrent l’aspect des sites qui n’ont pas encore été dégagés avec les statues géantes d’Abou Simbel émergeant du sable. On voit aussi les dessins et les photographies de Mariette, le plafond astronomique de Dendera…. les statuettes de nombreuses divinités. 

Horus sur les crocodile et sous la tête de Bès

Diverses visites peuvent êtres envisagées, celles qui s’attachent plus spécifiquement aux hiéroglyphes, ou aux objets égyptiens. Il y en a pour tous, pour les spécialistes, pour les enfants, les curieux, les amoureux des vieux livres et manuscrits….

ostracon de Deir el Medineh : bélier étudié par Champollion

Une exposition très riche