Cephalonie : Assos

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L’arrivée à Assos est spectaculaire. La route côtière en corniche offre des échappées sur la côte découpée très escarpée. Après le mirador de la plage de Myrtos – carte postale – Assos se rapproche, petite presqu’île reliée par un mince cordon presque une digue. Lorsqu’on quitte la route du nord, des lacets descendent dans des terrasses piquées de cyprès pointus que nous avons rencontrés sur Céphalonie. Les terrasses abandonnées m’’attristent toujours : autant de patience pour les construire, les entretenir, y cultiver la vigne, les oliviers ou les légumes. Travail de générations de paysans depuis l’Antiquité peut être anéanti en quelques années, gommé par le maquis. L’île verdoyante et soigneusement cultivée deviendra-t-elle un caillou cerné d’hôtels et de villas de ciment pour les estivants ?

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Dans le creux, entre la presqu’ile et Céphalonie, le long de la digue se tassent des maisons colorées. La presqu’île montagneuse est coiffée d’une citadelle. Bien  à l’abri, une marina et une minuscule plage tout autour de la baie de beaux, trop beaux, trop chics restaurants. Les maisons sont toutes trop neuves, trop belles, trop décorées de poteries vernissées. Elles abritent des studios à louer pour les touristes. Cela doit être agréable d’y passer un week-end. Mais c’est trop joli, pas naturel.

Sur la petite presqu’île les Vénitiens ont construit une forteresse à partir de 1593 pour protéger l’île des incursions des pirates. Le fort avait aussi une importance stratégique dans la rivalité de Venise et de l’empire Ottoman. Les Turcs stationnèrent en 1684 et les Vénitiens l’occupèrent jusqu’en 1797.

Une belle forêt de pins est plantée sur la colline. Une chaussée en belles dalles micacées conduit au château : 1.8km  précise un panneau.

 A 11h30 l’expédition est pénible au soleil, je renonce juste en dessous des remparts.

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Céphalonie : histoire des îles ioniennes

Céphalonie nous est devenue familière.

Ne pas chercher dans les Iles ioniennes une « Grèce standard » popularisée par les catalogues des agences de voyage et la publicité ! Les maisons blanches cubiques ne sont pas typiquement « grecques » elles sont cycladiques, les tavernes aux tables bleues aussi. A Céphalonie, on peint les maisons de ce rouge que les Italiens utilisent aussi pour les bâtiments des cantonniers, ou en rose « à l’italienne », orange, ocre ou jaune et même parfois en vert tendre ou bleu violent.

Pas non plus d’église à coupoles bleues ou rouges. Les séismes ont abattu les églises byzantines, ou les pirates, les normands ou les chevaliers francs qui auraient voulu imposer le catholicisme ? Les campaniles sont en ciment et datent des années 50  le modèle est  vénitien. Les deux grosses forteresses Saint George et d’Assos sont des souvenirs vénitiens. Il faut chercher dans la végétation les ruines des anciennes églises de pierre finement sculptées, classiques ou baroques ? Quand j’ai cessé de demander à Céphalonie une grécité touristique et simplificatrice j’ai découvert une île aux paysages variés, verts ou arides, des lauriers-roses fleuris et une profusion de bougainvillées. Si les séismes ont effacé de nombreuses traces de l’histoire j’ai quand même fini par en apprendre plus sur l’histoire de l’île grâce au petit livre pour touristes très bien documenté.

Histoire d’un peuplement très ancien: Homérique ou mycénien ? Quatre royaumes se partageaient l’île qui participa aux conflits entre Athènes et Sparte. L’île résista aux rois macédoniens puis aux romains avant de leur céder. Comme partout dans le monde grec on adorait Zeus (2 sanctuaires, Poséidon, Artémis… Jusque là, rien d’étonnant.

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L’histoire des Iles Ioniennes est également très liée à celle de l’Italie. Les Normands s’y fixèrent ; le nom de Fiscardo dérive de celui de Robert Guiscard, mort des fièvres en face d’Atheras en 1085 suivi par Bohémond et Roger . En 1185, les Iles Ioniennes furent détachées de l’empire byzantin. Vint ensuite une période trouble sous le pouvoir d’Orsini, tantôt vassal de Venise ou allié des Génois, jouant double jeu avec le Pape, s’opposant à Frédéric II de Sicile. Le livre Cephalonia a journey without end donne le détail des alliances entre le Francs et les familles royales byzantines, des hésitations entre catholicisme et orthodoxie. Les Turcs ne dominèrent l’Ile que deux ans de 1479 à 1481 et furent chassés par les Vénitiens aidés de l’Espagne. En 1538 cependant 13000 Céphaloniens furent réduits en esclavage. L’autorité vénitienne reposait sur un conseil Communautaire où la noblesse locale était enregistrée dans le Libro d’Oro. Les deux forteresses de St George et d’Assos  furent fortifiées par les Vénitiens. En 1757 Argostoli devint la capitale de Céphalonie.

En 1797, la population accueillit avec enthousiasme les troupes napoléoniennes entrées dans Venise. On brûla le Livre d’Or, planta un arbre de la Liberté à Argostoli: Céphalonie devint  française. Pas pour longtemps ! Avec la défaite d’Aboukir, une intervention russo-turque en connivence avec l’Angleterre amenait les Iles Ioniennes sous domination turque : une république de Sept Iles (Eptanisia) fut proclamée. 807, par le traité de Tilsit elles redevinrent françaises. Le sort des Iles Ioniennes dépendait directement des guerres napoléoniennes et passèrent sous l’administration britannique  de 1809 à 1864. Les évènements de 1848 eurent des échos à Céphalonie, des élections se tinrent en 1850 pour élire un Parlement. L’unification avec la Grèce ne se fit qu’en 1864. L’histoire contemporaine fut marquée par des épisodes d’occupation pendant les deux guerres mondiales et le massacre de troupes italiennes par les nazis en 1943.

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Vue par le petit bout de la lorgnette, on repasse l’histoire européenne pendant un millénaire alors que je n’imaginais que les rivalités entre Venise et les Ottomans je vois s’inviter les Normands (entrevus dans nos voyages en Sicile et dans les Pouilles), Frédéric II,  les Croisés…. Je ne soupçonnais pas que les rivalités franco-britanniques présideraient taux destinées d’une si petite île. Je comprends mieux les interventions des romantiques, de Lord Byron et Chateaubriand, Lamartine et Emerson. Les soutiens enflammés à l’Indépendance de la Grèce devaient alors se lire dans ce contexte géopolitique.

Céphalonie : Sami acropole

 

Eleftherios nous a coupé deux grappes de raisin blanc et deux de noir aux grains petits serrés, délicieux. Pas de nostalgie dans ce départ puisque nous reviendrons dans une semaine !

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Pour aller à Sami prendre le ferry nous passons par Agia Erini et sa belle campagne piquée de cyprès.

A Sami pendant que je me renseigne des horaires du ferry, Dominique lie connaissance avec une petite dame toute courbée assise à côté d’une jardinière cimentée qui plante des canas. Dimanche dernier, elle se tenant à la même place, jardinant. Elle est ravie de sonportrait et offre un brin de jasmin en posant sa main sur son coeur

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La visite de l’Acropole de Sami occupera le temps libre. La route monte dans une colline très touffue plantée d’oliviers énormes et très vieux : leurs troncs tourmentés, noueux et creux dessinent des figures grotesques, leur bois semble irrigué de veines saillantes. J’aime imaginer que ces oliviers étaient déjà là pendant l’Antiquité.

Un sentier pédestre mène au site, distant d’une centaine de mètres. Je découvre une muraille cyclopéenne. Un appareil de levage permet de remonter  les blocs énormes : une porte a été reconstituée. Il ne reste pas grand-chose de l’antique Sami qui opposa une résistance farouche aux romains de 187 av. JC. Cette visite imprévue m’enchante ainsi que le pique-nique sous un amandier géant en compagnie d’une petite chèvre grise aux cornes pointues portant comme un edelweiss sur le front une touffe de poils blancs.

La plage d’Antisami est bondée. Le parking est plein. Je renonce à la baignade à regret. Nous irons prendre un café frappé sur une des belles terrasses du port « since 1890 ».

Arrivée à Ithaque, chic et cher!

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Kefalonia arrive à l’heure à 15h25 : il ne faudra pas plus de 10 minutes pour que 4 autobus et plusieurs dizaines de voitures ne sortent de la cale et qu’une douzaine de véhicules (y compris le camion-poubelle d’Ithaque) monte à bord.

La traversée est très courte pour l’énorme bateau : nous voyons s’approcher la côte sauvage et escarpée d’Ithaque. Pas une plage en vue, pas une plage en vue, pas une maison ni un village. Nous débarquons sur une jetée rudimentaire, simple ruban de ciment où se pressent les piétons et une longue file d’autos. Nous sommes à Piso Aétos à 8km de Vathy.

Pas besoin de consulter la carte, il suffit de suivre la circulation. Juste à l’entrée de Vathy, après la station- service, je remarque le panneau Dioskouri, notre résidence. Vathy est une toute petite ville, un village presque.

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L’accueil est rapide. Une autre voiture arrive en même temps que nous, la jeune fille parle mal anglais, elle téléphone et paraît affolée. Gentille mais pas professionnelle du tout !

Deux maisons accolées, adossées à la colline abritent une douzaine de studios. Il faut descendre deux étages pour arriver sur notre terrasse compartimentée en six logettes avec une table en simili-marbre, trois fauteuils confortables  sous un store orange. La porte bleue s’ouvre sur un grand studio blanc meublé par deux lits jumeaux, un petit bureau, une table et au fond une cuisinette. Impeccable, tout le confort. Luxe extrême : un ventilateur chromé à longues pales au plafond, silencieux que nous préférons  à la climatisation. En revanche, la télévision ne parle que grec. Le niveau inférieur niveau inférieur est occupé par une belle piscine bleue entourée de jarres et d’amphores. Cette piscine est un sujet de frustration : on n’a pas le droit de s’y baigner. Plus bas, des toits à quatre pentes et de la verdure, à droite, de grands oliviers. La vue est merveilleuse sur le golfe de Vathy fermé par des collines où s’étagent quelques maisons. De beaux bateaux ont jeté l’ancre non loin.

La ville de Vathy se déploie autour de la marina. Sur le bord Ouest(le nôtre), un quai, quelques maisons, des barques de bois. Perpendiculaire, un long quai vide, face à une île plantée de pins avec une minuscule chapelle, le lazaret. Plus loin  s’amarrent de luxueux yachts les uns contre les autres. Tous sont immatriculés au Panama, à Jersey ou même à Londres, ensuite une vingtaine de bateaux plus petits mais toujours luxueux, grecs, italiens ou néerlandais. L’ambiance n’est pas cosmopolite comme le laisseraient supposer les pavillons. Ici on parle grec et on est entre soi, grecs armateurs ou milliardaires. Sans chichis ni clinquant (si on oublie le bateau), on est en short et en tongs. Pas de perlouzes ni bagouzes, les milliardaires sont en vacances !

Ithaque est proche de Céphalonie meurtrie par le séisme et pourtant les maisons sont en pierre et semblent anciennes. Maisons grecques aux toits de tuile à un ou deux étages avec une tonnelle de vigne, un balcon de fer avec un store. Les jardins sont passés à la chaux comme le tronc des agrumes. Les fleurs sont dans de grosses potées de terre. (Pas dans des bidons on est chic quand même ! Dans le guide, je lis que Vathy fut également détruite par le séisme mais reconstruite à l’identique et le site, classé.

Après 25 minutes de traversée, nous arrivons dans un autre monde. Chaque île a sa personnalité. La proximité n’y fait rien. C’est ce qui est passionnant. Même climat, même relief et pourtant une telle diversité !

Oubliés, les menus en anglais et les publicités voyantes des agences immobilières qui s’étalent sans retenue. Ici, on fait discret. Si discret qu’on a oublié d’afficher les prix dans les magasins. Combien cette robe ? Joli tissu, jolie coupe. Combien ces bijoux ? Ces turquoises ? A la pâtisserie le croissant est à 1.8€, le pain au chocolat aussi, les feuilletés au fromage et les gâteaux aussi ! Même l’essence est plus chère ! on roule pourtant en grosse cylindrée, 4×4, Mercedes ou Alfa-Romeo. Cherchant un hébergement, j’avais lu sur un forum qu’Ithaque était hors de prix et qu’il était impossible d’y loger. C’est faux, les chambres et les studios existent, mais chers.

La plage de Dexia est située à 1.1km des Dioscures (mesurés au compteur), la jeune fille m’avait effrontément annoncé 300m. Elle est jolie, quelques installations pas trop, un bar à l’ombre des arbres. J’ai oublié de prendre mes sandalettes. Je l’ai regretté : les galets sont coupants et il y a des oursins. Des oursins ! Il n’y en avait pas à Céphalonie. Sont-ils milliardaires eux aussi ?

Après dîner, j’ai hâte de me promener dans la ville. Pas de passaggiata, pas de trottoir. Les voitures me rasent les fesses avant d’arriver au centre où les trottoirs existent mais sont occupés par de très jolis restaurants – menus en grec, toujours pas de prix ! On n’est pas harcelé comme à Plaka.

Sur la place devant le musée se donne un concert de mandoline. Dix musiciens, un accordéoniste, un harmonica, un bouzouki, le reste guitares et mandolines. Les musiciens ne sont pas jeunes, la soixantaine bien sonnée. L’assistance a apporté des chaises. Tous les âges sont représentés dans le public. Les dames ont des éventails et s’en servent pour battre la mesure. Les enfants sont sages. Tous connaissent les airs joués, se balancent et les reprennent à mi-voix. A la fin chacun  emporte sa chaise. Après avoir flâné devant les belles boutiques, je rentre au pas de course dans le noir.

Premier jour à Ithaque, route vers le nord

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Le soleil se lève tôt à Ithaque : il sort de la montagne à 7h et dé

jà une demi-heure plus tard inonde la terrasse et c’est intenable. Comme la plage Dexia est un peu loin, je préfère aller en ville chercher le pain du petit déjeuner. Pas de boulangerie dans notre quartier, il faut aller dans le centre. Guidée par mon odorat j’achète deux petits pains au sésame . Je rentre après 3/4d’heure.

Nous partons à l’aventure à la découverte de l’île: montagneuse, ses flancs sont recouverts tantôt d’oliviers tantôt de maquis à pistachiers. Elle parait plus sauvage qu’elle ne l’est réellement. Par erreur, nous nous retrouvons au débarcadère de Piso Aétos.  Demi-tour au sommet de la colline, un panneau marron indique le site archéologique d’ Alakomenes où Schliemann situe le palais d’Ulysse. Le Palais d’Ulysse : c’est exactement ce que nous cherchons ! Je suis moins chanceuse que l’illustre archéologue : un étalage de mangeoires pour les moutons ou les chèvres, des cabanes de planches et de tôles, une bergerie rudimentaire barrent le chemin. Redoutant les chiens je préfère abandonner. Un homme taille ses oliviers non loin de là, la montagne est entretenue malgré mes doutes.

La route vers le nord passe par un col occupé par un café restaurant panoramique puis nous circulons sur une corniche face à Céphalonie toute proche. De la route, nous découvrons la plage d’Agios Yoanis. Les plages étant rares à Ithaque nous n’hésitons pas : un parking est aménagé, un chemin dallé mène à la petite plage de galets pourvue de quelques discrètes installations (lits blancs sous des parasols blancs). Première baignade de la journée à Aspros Gialos dans une eau très claire, près des rochers, des posidonies attirent de nombreux poissons.

La route en corniche traverse Levki pour arriver à Stavros d’où nous descendons à la plage de Polis. Quelques lits et des parasols multicolores sont dispersés sur toute la plage. Dans l’eau, des bouées délimitent le domaine réservé à la navigation. On peut louer ici de petits bateaux à moteur et amarrer quelques voiliers. Le quai est expressément réservé aux barques des pêcheurs. Un grand quadrilatère limité par des bouées orange. J ‘y fais des longueurs comme en piscine (très grande piscine !!).

Vers 14h nous nous laissons tenter par la taverne en bout de plage. Taverne rudimentaire : une caravane sert de cuisine, des tables de plastique blanches.  Nous commandons des souvlakis et des calamars frits. Les calamars sont délicieux, rien à voir avec les rondelles surgelées enrobées de pâtes à beignet épaisses. Ceux d’ici sont très petits les tentacules croustillants, la pâte fine et légère. Le spectacle est autour de nous. On descend du taxi pour monter sur le bateau à tout âge. Des gamins tout juste dix ans, commandent avec aplomb un déjeuner puis téléphonent pour qu’on vienne les chercher. La vie est facile pour les enfants riches!

Dernière baignade avant de rentrer vers 16 heures par temps couvert.

Dans la marina de l’autre côté de la rade de Vathy, les voiliers s’entassent. J’en compte une bonne vingtaine. Ils se pressent en cohorte, de toute taille, par groupe de 3 ou4. Pourquoi sont-ils si nombreux ? Cherchent –ils à s’abriter de l’orage ? Y a-t-il une régate ?

Ithaque: baignades à Sarakiniko et Filiatro et lecture

Avant même que l’Aurore- aux- doigts- de- rose ne vienne rosir la montagne, je me suis levé. Deux énormes yachts stationnent au milieu de la baie, proue effilée agressive, plusieurs étages  allumés, ils ressemblent plus  à des vedettes militaires qu’à des navires de plaisance.

L’aurore aux doigts de rose à Ithaque

 

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Au fond de la rade, le gros ferry Kefalonia qui nous a emmenées ici, est enrubanné. Sa guirlande d’ampoules a une allure festive, réjouissante. A 7h il se réveille à grand bruit et doit manœuvrer entre les carapaces pointues,, fend la baie de Vathy faisant vibrer toute la ville. L’eau reste agitée longtemps après que son sillage ait disparu. Elle est pailletée de l’or du ciel de l’aurore tandis que l’ombre de la montagne est vert foncé. Dans cinq minutes précisément le soleil émergera juste en face rayonnant et je serai éblouie.

Le chant XI de l’Odyssée raconte comment les compagnons d’Ulysse libèrent les vents défavorables, comment ils furent transformés par Circée en pourceaux. Evidemment j’ai déjà lu cette histoire. Le plaisir de la lecture d’Homère est une redécouverte. Plaisir des mots ailés, des détails incongrus, des images inattendues. Dans le cadre merveilleux de la Baiede Vathy ? J’imagine les anciens écoutant l’aède. Il ne leur apprend rien de nouveau. Les thèmes sont connus. Ils attendent la redite de chaque épisode enjolivé de nouvelles comparaisons de métaphores hardies.

7h05, le soleil darde ses rayons. Je ne reste pas sur la terrasse noyée de lumière. Me voilà en route pour la plage  de Dexia(le port de Phorkys) montée raide et descente parmi les oliviers. Des chiens aboient avec insistance ; je ne suis pas rassurée. Avant que je ne plonge, un petit poulpe gris a détalé d’entre mes jambes. Immobile, je ne l’aurais jamais remarqué tant il est bien camouflé du même gris que la fine couche argileuse qui recouvre les galets. Plaisir toujours intact de la baignade du matin dans cette eau lisse que rien ne ride dans le calme absolu du petit fjord enchâssé dans els collines.

Le Musée n’ouvre qu’à 10h30, pas de Monde le mardi, celui de lundi arrivera à 17h avec le ferry. Nous traversons le quartier haut de Vathy nous dirigeant vers le sud. Nous passons devant les maisons des autochtones, de ceux qui travaillent dans les boutiques, les restaurants et qui logent dans de petits immeubles de deux étages mais aussi dans de belles maisons précédées par leur tonnelle. Certains ceps grimpent le long de la façade très haut. Penser que la vigne est tout d’abord une liane !

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La route monte raide dans la colline, quelques kilomètres plus loin, nous découvrons la petite anse au pied des oliviers et le petit port de pêche de Sarakiniko. La route contourne une magnifique propriété au nom italien : balcons, arcades blanches, vue imprenable, terrasse, grillages, interdit de pénétrer(on n’y aurait même pas songé). Le ruban d’asphalte s’arrête net(pas nous, la voiture saute une marche et cogne sur une pierre)=. Enfouie dans la verdure, une maison semble inhabitée mais encombrée d’un fouillis d’articles de pêche ou de plage. A l’ombre d’un buisson, un pêcheur coud son filet jaune. Des chaises abandonnées traînent  sur la plage. Cinq ou six bateaux de pêche se balancent. Deux voiliers de grande taille paraissent abandonnés, la peinture défraîchie. J’enfile sandalette et masque. Enfin, des poissons de toute taille et couleurs, un banc de minuscules alevins bleus m’entourent, des poissons de sable broutent le fond. Je distingue une forme grise allongée, je passe au dessus jusqu’à ce qu’elle me gratifie d’un regard. On dirait une murène, est-ce possible ? L’enchantement ne durera qu’un moment. Les voitures affluent. Une famille allemande puis un couple avec deux chiens minuscules, puis d’autres encore… Il semble que les habitués cachent leur équipement autour de la maison. Nous ne les avons pas vus sortir des voitures parasols, matelas canots gonflables qu’ils traînent sur la plage.

11h, j’ai déjà bien nagé quand le petit port était tranquille. Je le quitte sans regret maintenant que les enfants allemands avec palmes tubas et combinaisons pataugent à grand bruit et effraient les poissons.

 Filiatro

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Filiatro est la plus jolie plage aménagée qui puisse exister. Dans une oliveraie bien entretenue, se trouve le parking. La plage de galets blancs se trouve au fond d’un golfe allongé comme un  fjord.  L’eau reflète les noires montagnes  et près de la plage elle est turquoise. En retrait une taverne improvisée. Une douzaine de parasols blanc cassé bien espacés, à l’arrière, six autres jaunes. De côtés, ceux multicolores que les baigneurs ont apportés. Sous les oliviers, des petites tables rondes métalliques comme au café en France avec des fauteuils de toile. C’est là que nous nous installons préférant l’ombre profonde des arbres à celle légère des parasols. Un maitre-nageur surveille la baignade. Il y a même des douches et des sanitaires. Le comble du luxe c’est qu’on ne sent pas la foule. Seul bémol, la plage est sonorisée et la musique n’est pas du meilleur choix.

Au loin des bouées limitent la circulation des bateaux, trois voiliers, l’un bleu les deux autres blancs .  A mesure que j’avance, ils  semblent s’éloigner. Dans cette baie abritée, j’ai un sentiment de sécurité absolue, d’autres nageurs s’aventurent également loin de la plage. L’eau est si calme que je nage sans efforts. Quelques brasses plus loin la stridulation assourdissante des cigles couvre la musique du bar. Le cadre est parfait : les rochers sont blancs éblouissants, des petits bancs calcaires ont été plissés par la tectonique puissante de la région. C’est sans doute de cette blancheur que provient le turquoise limpide. Tout autour les feuillages sont vert argentés.

Nous  passons plus de trois heures à l’ombre de notre olivier, déjeunons de 2 souvlakis de porc servis avec du citron sur un lit de tranchettes de pain, vin blanc, café frappé, un léger déjeuner de plage. Les occupants des parasols devant nous, ont déserté la plage. Je les retrouve attablés sur une estrade devant la taverne : un saladier plein de frites, un autre de salade grecque, dans leurs assiettes du ragoût. Cette tablée ressemble à un déjeuner familial à la campagne dans le verger plutôt qu’à un restaurant.

Vers 15heures les grecs partent s’enfermer faire la sieste. Nous aussi.

Lire Homère sous l’olivier, sur l’île d’Ithaque est un enchantement. Je lève les yeux et imagine les personnages se mouvoir dans ce décor précis. Chant XI : Ulysse aux enfers rencontre les héros de la guerre de Troie Agamemnon raconte le meurtre de Clytemnestre, Achille s’enquiert de son fils Néoptolème, Ajax , toujours jaloux à cause des armes d’Achille, fait la gueule …passent en revue Tyrin Antiope, Alcmène, Epicaste, Chloris que je ne connais pas. Découverte de toute une mythologie beaucoup plus riche que je ne le soupçonnais. Le chant XII raconte les épisodes plus connus des Sirènes, de Charybde et Sylla, des troupeaux du soleil. Ces aventures se déroulent sur l’autre rive du côté de l’actuelle Italie et de la Sicile. Le monde grec était alors plus étendu qu’aujourd’hui mais toujours avec le décor des oliviers de la rocaille…

Le musée Nautique ouvre à 19h  : cartes postales sépia de l’ancien temps – d’avant le séisme de 1953 – dans des vitrines,des dessous féminins, chemises de nuit brodées, une étole de vison un peu incongrue. A l’étage, un appartement est meublé. Plus surprenant : le Certificat d’Etudes (bilingue Français et Grec) d’un officier de marine de l’Ecole de Vathy . Le lauréat avait la mention Très Bien en Grec et en Français, Bien seulement en Anglais et Mathématiques.

J’achète Le Monde, plaisir des vacances  que de lire les nouvelles! Plaisir d’étaler l’édition de papier plus confortable  que l’édition électronique que je consulte désormais.

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Sous la belle lumière du couchant,  nous montons à Pérahori et découvrons un village pittoresque aux maisons dispersées dans la montagne ; Malheureusement pour les photos, déjà dans l’ombre. Une coopérative vend les produits locaux : huile et vin. De là, la vue plongeante sur une minuscule vallée  impeccablement cultivée, Ithaque insoupçonnée avec ces pentes escarpées. Est-ce là le domaine de Laerte qui préférait dormir avec ses paysans que dans son manoir.

Ithaque : à la recherche d’Ulysse

 

 

La randonnée Sur les pas d’Homère partant de Stavros  a été annulée faute de marcheurs. Nous poursuivrons Ulysse seules.

Musée Archéologique de Vathy

Première étape : le Musée d’Archéologie de Vathy : musée sérieux. Les poteries sont classées chronologiquement.  Aucun indice concernant notre quête. Je demande à la conservatrice :

–          « Pouvez- vous nous aider ? »

–          « non ! » répond-elle gentiment

–          – « Vous savez sûrement quelque chose ! »

–          – « Non !désolée, vraiment rien !

Ulysse et l’Odyssée n’entrent pas dans les données scientifiques. Ils restent dans le domaine du mythe et des légendes. Ici  on est archéologue, pas poète.

Les vitrines présentent des trouvailles provenant presque toutes d’Aetos de la ville ancienne Alakomenes où Schliemann situait le Palais d’Ulysse. Il s’y trouvait un sanctuaire d’Apollon. Ithaque était un centre actif pendant les « dark ages », 1100-800 av. JC  juste après les temps mycéniens 1600-1100 av JC  les poteries. Les poteries d’Aetos sont géométriques  10ème siècle à 7ème. 7ème s.-6ème siècle poteries corinthiennes  et orientalisantes décorées de motifs de dauphins et de poissons. Les vases rituels sont de formes étonnantes et variées ; les motifs animaliers et floraux sont très fins. A côté des poteries, toute une série de figurines en bronze représentent des chevaux, un bouc, un griffon. Il y a aussi des pointes de flèches, des aiguilles, fibules. L’ivoire était travaillé finement, on reconnait un scarabée et un singe qui évoquent l’Egypte. Certaines pierres dures semblent être des sceaux.

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Notre enquête se poursuit à Stavros dans l’autre musée archéologique, à l’écart du village sur la route d’Exogy. Je marche à l’ombre de grands murs et des arbres. Cette petite promenade remplace la randonnée annulée.

Au Musée de Stavros on montre presque exclusivement des poteries trouvées à Polis dans la grotte de Loizou . Cette vaisselle provient d’époques allant de 2000 à 1550 : poterie fruste et des vaches d’argile mais aussi divers objets, des silex taillés et polis, des ivoires.

La  période géométrique est bien représentée comme à Vathy ;

Des trépieds de bronze de grande taille et de belle facture seraient-ils  ceux que les Phéaciens ont offert à Ulysse (chant XIII 10-17). Rien n’est confirmé au Musée où l’on refuse de cautionner des allégations sans preuve diffusées par la brochure de l’Office de Tourisme Hellénique.

La vaisselle de l’âge classique est d’une grande finesse, les vases de petite taille sont décorés avec des personnages noirs. Un plat portant un coq est particulièrement fin. Il y aussi des objets de l’époque romaine. La grotte a été occupée près de 2000 ans.

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La jeune fille qui travaille au musée nous conseille la visite d’autres sites. L’Ecole d’Homère  est proche vers Exogy. Rien n’explique le nom Ecole d’Homère. Certains y situeraient le Palais d’Ulysse. Nous suivons une piste dans les oliveraies bien entretenues. Des baraques de planche protègent les fouilles. Une surprise en prime : j’entre dans une petite grotte fraîche et découvre qu’elle est remplie d’eau claire : une source !

Exogy

La route qui monte à Exogy est un mince ruban de ciment en lacet sans bas-côté ni glissière. Des cônes plastiques orange signalent le bord de la roue et le ravin. Simplement prier qu’aucun véhicule ne viendra en face !

Les maisons s’étagent dans la verdure. Une grosse église de ciment bleu est visible de loin. De près, elle est affreuse. Dans le paysage, elle fait très bien. Les petits clochers tout simples sont plus discrets ; On les découvre par hasard. Chacune de ces découvertes nous enchante. Les vieilles maisons de pierre tombent en ruine, les escaliers de pierre sont envahis par la végétation. Le village est pourtant habité. Il y a du monde sur la place. On arrive à un cimetière : clocher et beaux cyprès, poétique comme souvent les cimetières marins. En descendant, je traverse le village promenade tranquille avec un magnifique panorama ; partout on voit la mer ? Les crêtes qui se détachent sont-elles celles de Céphalonie ou de Leucade ?

Polis

La plage de Polis est devenue « notre plage » et sa taverne « notre cantine ». Au musée j’ai vu une photo de la grotte de Loïzou je suis bien décidée à m’en approcher par terre ou par mer (de toutes les façons elle ne se visite pas). L’entrée est visible de la plage, pas si loin. J’en ai assez des allers retours le long de la ligne des bouées. J’ai envie d’aventure ; Dois-je craindre quelque chose des voiliers amarrés, les enfants nagent autour et s’amusent dans un canot gonflable. A l’approche de la grotte, je commence à m’inquiéter : deux nouveaux voiliers arrivent. Par où vont-ils passer ? Je modifie ma trajectoire et décide de faire le grand tour rn longeant le rivage. C’est beaucoup plus long mais sans doute plus prudent. Je n’ai pas confiance non plus dans le zodiac piloté par un enfant de huit ans qui a eu toutes les peines du monde à tirer sur la ficelle pour amorcer le moteur.

Déjeuner de calamars frits aussi bons que la dernière fois : les têtes sont croustillantes.

Plage d’Aetos

Le long de la route une grève de galets  est accessible par des marches dans le muret. De temps en temps des figuiers dispensent une belle ombre. Ils sont occupés bien sûr mais il n’y a personne dans l’eau transparente.

Ithaque : de Vathy à Stavros par le monastère et Anogi

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Ithaque est formée de deux presqu’îles reliées par une fine bande de terre à Aétos

La partie nord est parcourue par deux routes arrivant toutes les deux à Stavros. Nous connaissons déjà la corniche le long du Canal d’Ithaque qui sépare Ithaque de Céphalonie sur le flanc occidental. Nous choisissons l’autre route plus sinueuse qui monte au Monastère Katharon et au village d’Anogi. . La route gravit la montagne sur une sorte d’arête. Ce trajet est spectaculaire. A chaque tournant, une surprise, tantôt du côté de Céphalonie, tantôt du côté oriental. A un  mirador, nous reconnaissons le beau navire blanc : Ionian King sur lequel nous sommes venues en Grèce qui passe dans le Canal d’Ithaque. Dommage que personne ne nous l’ait dit sur le bateau. Dommage, peut être pas ! L’imprévu est le piment de nos voyages individuels.

Un troupeau de chèvres survient, pas si sauvages que cela. Au monastère, nous rencontrons le berger et son chien (tous les deux très vieux). Nous voyons ensuite les enclos, cercles de pierres qui semblent sortis de la préhistoire. Eumée, le porcher réunissait peut être ses bêtes dans telles aires ; Plus loin, un troupeau de vaches. Que peuvent-elles donc brouter ? Les chèvres tondent les chênes kermès aux feuilles minuscules et piquantes, presque des feuilles de bonsaïs .

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Le monastère est un bâtiment de pierre, sévère. Dans les jardins, l’église est ouverte, église très décorée avec de nombreuses suspensions de cuivre et de laiton.  Nous ne saurons pas si le monastère est occupé par des moines ou des nonnes, nous ne croisons qu’une femme en tablier qui tricote.

Anogi

Après avoir traversé des étendues très rocailleuses, lapiaz rongés par l’érosion à peine couverts de broussaille puis maquis tondu par les chèvres,  les cyprès se font de plus en plus nombreux, les oliviers annoncent le village d’Anogi. Village tranquille aux maisons fleuries avec leur tonnelle de vigne dont les grappes s’alourdissent à mesure que le mois de Juillet avance. Souvent les maisons sont en ruine. Tremblement de terre ou exode rural ? Le tourisme ne s’est pas encore emparé des belles maisons de pierre. Sans doute est- il trop éloigné de la côte ? Le village est toujours habité. Un écriteau indique Paléochorio. Allons-nous découvrir des ruines byzantines ? On s’aventure sur la piste de ciment pour se retrouver dans un cul de sac. Le demi-tour est périlleux. Un vieux monsieur qui passe par là, se fait un plaisir de guider la manœuvre « Pros » « piene » Nous avons déjà fait cette expérience à Samos sauf qu’on s’était drôlement empêtrées en perchant la voiture sur un rocher.

Quelques kilomètres après Anogi nous voyons une petite carrière qui extrait dans la falaise crayeuse une sorte de poudre pour le béton. Pas de cimenterie à l’horizon. Comment font-ils exactement ?

Ithaque : Frikkes, Kioni et Skinos baignades

Frikes

De Frikes partent les ferries pour Leucade et Fiscardo à Céphalonie. Sur le petit port envahi par les voiliers blancs, il y a une rangée de restaurants et quelques boutiques. Certaines voiles sont déployées au large mais les gréements semblent le plus souvent être là pour

la frime.

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A la sortie de Frikes la route longe la côte. Un  tournant creusé dans la montagne donne un petit parking improvisé en face d’un escalier ou d’un accès à une petite crique ravissante : des falaises blanches aux bancs calcaires très fins, plissés relevés, chahutés encadrent l’eau émeraude avec  une petite grotte. Il est 11 heures, seules deux familles sont installées. Après quelques brasses je me retrouve seule et nage vers les bateaux ; le secret pour avoir la plage à soi tout seul, est d’arriver avant 11 heures. Les Grecs se lèvent vraiment tard !

Kioni 

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Notre objectif à Kioni est la plage de la carte postale.

Le village est perché avec des maisons de pierres blanches. La route descend vers le port. Il eût été raisonnable de laisser la voiture au parking . Nous passons outre, et nous retrouvons sur une belle corniche bordée d’une rambarde de fer peinte en bleu plutôt destinée à la promenade piétonnière. Nous nous retrouvons à la sortie de Kioni. De plage, nenni ! Et nous voilà bien déçues, pas de plage, pas de taverne ! Sur le port, les restaurants ont aligné leurs tables couvertes de nappes sous des auvents. C’est chic mais ce n’est pas ce que nous cherchons.

A la sortie du village : deux chemins piétonniers, l’un mène aux moulins à vent (en ruine), l’autre à une plage. Je le prends et arrive au cimetière. Une minuscule plage de galet s’offre à moi. Quatre personnes, un couple âgé et un père et sa fille. La petite fille a apporté son livre électronique sur la plage. C’est la première fois que j’en vois un sur une plage. Evidemment cela pèse moins lourd que la bibliothèque que je trimballe. Est-ce qu’ils ont numérisé Homère?

Pour prendre les photos je longe la corniche à pied et découvre ce qui tient lieu de plage : tous les 15m environ, un escalier descend à l’eau. Les gens se baignent parmi les barques, la voilà ma carte postale !

Une autre piste conduit à une autre petite plage bien tranquille, trois personnes et un chien rigolo. Les baignades inattendues sont vraiment sympas !

Si au moins nous avions pris un œuf dur et une tomate ou le thon, nous aurions pu faire durer le plaisir. A 14h30 nous mangeons à la maison les restes d’une ratatouille et des œufs et nous émergeons de la sieste à 17h.

Skinos

 De l’autre côté de Vathy nous voyons une plage, à la jumelle je peux compter les baigneurs du balcon. Nous la négligeons pour explorer celle de Skinos au bout d’une méchante piste qui décourage les voitures à châssis trop bas et les gens timorés. Il faut être motivé pour aller jusqu’à un point « dernière possibilité pour faire demi-tour ! ». Ensuite on continue à pied. Des panneaux interdisent de continuer la pistee « Propriété privée » ; le sentier piétonnier dérobé descend sur le rivage. Les installations de plage ne ressemblent en rien à ce qui existe sur les plages publiques : fauteuils d’osier, épais matelas sous un dais, produits de beauté négligemment déposés dans une corbeille. Tout cela n’est pas destiné au simple passant qui doit longer l’eau sur un mince chemin de la largeur d’un parpaing. Il faut même se tremper les pieds pour arriver sur la plage publique. Mais quelle plage ! Un bois de pins fournis la borde et fait ombrage. Plus loin, des oliveraies touffues couvrent les collines. Impression d’un endroit secret, privilégié. Les bouées interdisent la plage aux bateaux. je nage seule en longeant  la plage 500 ou 600m dans un calme absolu. Seules les cigales se font entendre.

Ithaque : sur les pas d’Ulysse, port de Phorkys, grotte des nymphes

Port de Phorkys

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les habitants d’Ithaque le situe sur la plage Dexia, à 1km de notre gîte Dioscures où je me baigne tous les matins

Ulysse se réveille au port de Phorkys et voit Athena, la déesse aux yeux pers:

–           »mais regarde avec moi le sol de ton Ithaque : tu me croiras peut être….la rade de Forkis, le Vieillard de la mer, la voici ! voici l’olivier qui s’éploie à l’entrée de la rade ! près de lui, cette obscure et charmante caverne, c’est la grotte des nymphes qu’on appelle Naïades, voici l’antre voûté, voici la grande salle où tu vins offrir parfaite hécatombe aux Naïades… »chant XIV 342

–          « hâtons nous au fond de la grotte sacrée déposons tes richesses… »

Grotte des Nymphes

La route débouche juste au dessus des Dioscures,  nous dépassons quelques villas neuves  et nous poursuivons dans les oliviers.

Un voyant jaune s’allume au tableau de bord. Huile ? Eau ? Sur les pistes de montagne la prudence commande qu’on arrête tout ; et continue à pied. Enervée par le voyant, je ne vois pas le chemin dallé et je poursuis dans la campagne. Tôt le matin, c’est une promenade délicieuse, la piste blanche dessert des petites maisons de pierre, abris pour les outils des cultivateurs. Cela me réjouit de voir des murettes solides, des parcelles nettoyées, des arbres taillés. Au bout d’un  quart d’heure je fais demi-tour pour trouver la grotte juste au dessus de la voiture.

Panne

A la station –service, personne pour nous aider. Le voyant n’indique ni l’huile, ni l’eau mais on ne sait pas quoi.L’atelier du garagiste Kostas  se trouve non loin de la gendarmerie. Jeu de piste pour trouver le garage. Kostas est replet et jovial. Il ne parle que le grec un client traduit en anglais.

–  » C’est le filtre à essence qui est encrassé. Revenez dans une heure ! »

Nous passons le temps dans un ravissant café vert amande sur la terrasse perchée en haut du perron. Situation élevée convenant à un  dessin du port. En retournant au garage je visite une intéressante exposition d’Arts Plastiques sur le thème de l’etiquette.

La voiture est prête à 11 heures. Kostas a nettoyé le filtre au compresseur, a remis de l’eau et propose que nous faisions un tour pour essayer. On pourrait partir sans payer ; Kostas nous fait confiance. Evidemment on revient. La réparation semble efficace

–           « vous voulez une facture ? » propose-t-il en sortant son carnet à souches sans faire mine d’écrire….

Perahori

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Nous sommes soulagées, et…incorrigibles. Après avoir dépassé le village perché de Perahori nous continuons au village haut d’où part un sentier pour Paléochora, l’ancienne capitale de l’île vers 1500 quand les pirates rançonnaient les villages et que les Turcs s’opposaient aux Vénitiens. Encore un promenade agréable sur un sentier en balcon bien entretenu qui me conduit à deux chapelles (en bon état mais fermées) partout on devine d’anciens murs écroulés. Peu d’espoir d’y trouver des fresques byzantines.

Monastère Taxiarchon

Au village haut part la piste du monastère. La brochure de l’OTE mentionne une icône peinte  par le Greco dans une église de même nom. Incorrigibles, nous lançons la petite Matiz sur cette piste réservée aux tracteurs et aux 4×4. Le monastère est à 2 km. La Matiz se comporte très bien. Je retiens mon souffle. Plus de voyant allumé. Il ne manquerait plus qu’une crevaison !

La piste est bien entretenue parce qu’elle mène à des maisons habitées, à des vignes et aux citernes de la ville. Les vignes sont entourées de murs surmontées de grillage. Qui viendrait ici chaparder du raisin ?

En face du monastère, un chêne ou plutôt deux jumeaux, fait une ombre impressionnante ; Le monastère est décevant : église moderne en ciment avec des vitraux sans intérêt, fermée à clé.

Un peu échaudées par cette déconvenue, nous renonçons à chercher la fontaine Arthuse. Je suis assez sceptique : comment Schliemann, en quelques jours a fait des découvertes et mené des fouilles tandis que nous, un siècle et demi plus tard, nous avons tant de mal à repérer les sites fouillés et indiqués par des panneaux marrons ! bien sûr, il savait le grec ancien, le grec moderne et était accompagné par les paysans connaissant toutes les traditions de l’île.

Je descends à Dexia-Forkis dans l’après midi. Le vent est tellement fort que je dois tenir mon chapeau. Je suis ballottée par les vagues comme un bouchon. Cela change et c’est amusant.

Dans le Voyage en Grèce (Bouquins) je trouve le merveilleux poème de Cavafy (1911) Ithaque. Depuis des années j’ai entendu parler de Cavafy sans jamais trouver ses poèmes, épuisés. Quel poème ! Invitation au voyage. A un voyage aussi long et merveilleux que celui d’Ulysse. Ithaque, but ultime du Poète d’Alexandrie.

La télévision grecque donne la météo. Il fait très chaud en ce moment : 39°Cà Athènes. Moins dans les îles ; les Cyclades sont les plus fraîches : 33°C seulement. A mon grand étonnement et grâce à mes nombreuses baignades je ne souffre pas du tout de la chaleur. Dans le studio, le ventilateur aux longues pales brasse l’air très efficacement. Le soir, je goûte la douceur de l’air sur la terrasse. Exceptionnellement, ce soir je rentre pour suivre une émission musicale à la télévision : bouzouki, guitare et musique traditionnelle ; On fête les 85 ans d’un groupe familial Manolis http://www.kalomiris.org/. Images d’archives et intervention de musiciens actuels ; difficile de s’y retrouver dans le blabla du présentateur. L’émission est très longue. Elle est entrecoupée de publicités spéciales :une édition de Karl Marx sur fond d’ouvriers dans un chantier, mémoires de Fidel Castro, défilés et drapeau rouge. Cette chaîne au logo impersonnel 902 semble être l’organe du KKE. La Grèce est un  des dernier pays européens à avoir un Parti communiste traditionnel avec faucille et marteau, drapeau rouge et action politique de masse dans la crise actuelle. Le Pasok gère les restrictions du « train de vie de l’Etat » comme tout gouvernement européen de gauche ou de droite. Le KKE défend les acquis sociaux et le niveau de vie (déjà faible) des travailleurs. Grèves à répétitions. Nous avons repéré le siège du KKE à Ithaque. Pour servir les millionnaires il a aussi des travailleurs et des marins ; Qu’en est-il des vignerons et des bergers ?