Vers l’Est , Kritza, Agios Nikolaos, Palekastro

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


Pistes dans la montagne

Après une nuit fraîche, nous quittons le Lassithi par un autre col; toujours défendu par ses moulins à grain qui ont une drôle de forme, ni ronde ni carrée, arrondie côté Lassithi, plate vers la vallée .Très peu de villages, pas de culture, Lassithi est vraiment une oasis. Plus bas, les oliveraies sont très soignées, irriguées avec de très fins tuyaux noir fixés à chaque rangée.
Pour arriver à Kritza sans passer par Hagios  Nikolaos,  nous prenons des raccourcis dans la montagne figurant sur la carte. Dans les champs je demande le chemin aux paysans. Ils nous avertissent que la route est mauvaise. Nous continuons malgré tout. Le ciment fait place à une piste creusée par des ornières, avec des rochers qui affleurent. Dominique est cramponnée au volant. On se demande bien si cela va passer. Au sommet on s’arrête pour laisser refroidir la pauvre Nissan malmenée. Pendant l’arrêt, trois voitures (1 4×4 et 3 pick-up) passent. On n’a même pas la paix pour faire pipi !

Kritza

Kritza nous déçoit, le village est accroché à la colline, petits cubes blancs, terrasses. Joli mais rien d’exceptionnel après ceux qu’on a vu à  Lassithi, pas de quoi justifier une telle expédition. La rue principale est défigurée par le tourisme, pendillocheries et céramiques. La chapelle qui devait être la plus belle chose à voir est introuvable.

La route en corniche d’Agios Nikolaos à Sitia

Agios Nikolaos


Agios Nikolaos est construit dans un site exceptionnel autour d’une jolie baie avec un lac, mais la ville n’offre aucun intérêt, station balnéaire genre Quiberon ou Royan avec des embouteillages de pleine saison et des immeubles de locations.

Corniche

La route longe la mer, difficile d’accès. Pour se baigner, il faut aller sur une plage. Enfin nous en trouvons une sans parasols ni lits dans un village sans prétentions, sur la plage seulement des grecs.

Jusqu’à Sitia, la corniche est magnifique. La route est bordée de lauriers roses. Les points de vue sur la côte schisteuse permettent de découvrir des îles et des presqu’îles. Ravitaillement dans un supermarché à Sitia, ville très encombrée, pas de parking possible.

Village fantôme

Nous arrivons à l’extrémité Est de l’île : bizarre apparition d’un « village fantôme » absent sur la carte. Les maisons sont chaulées de frais, peintes en couleurs pastels. On dirait un décor de théâtre. Quand on s’approche, des jeunes, genre nordique, distribuent des prospectus – mais pas à nous –  ils nous ignorent. Le « village »est enclos de grillages et de barbelés. Dans la campagne environnante, il n’y a ni maison, ni culture à l’horizon. C’est assez cauchemardesque, cet endroit vide enclos dans le rien.

Palékastro

Palekastro et sa plage déserte

Vers midi nous arrivons à Palékastro, notre étape. C’est le bout du monde ! Ce n’est pas une ville, à peine un village, seulement quelques villégiatures. Nous cherchons une plage au bout d’une piste. Un véritable enchantement : pas de route, quelques voitures très dispersées, rien que la plage, un gros rocher(une petite pyramide de grès rouge), l’eau claire, du vent. Enfin, la nature préservée ! le désert, en face le Liban ? La Syrie ? Nous n’imaginions plus que cela puisse exister en Crète !

Nous trouvons facilement à nous loger pour 20 000 drachmes pour 2 jours dans un studio très spacieux,  tout blanc, tout neuf avec une terrasse. Enfin un endroit où on pourra faire de la lessive et de la cuisine !
Pour les courses nous sommes déçues, nous ferons des pâtes et des boulettes.

Nouvelles baignade sur une autre plage où s’est construit un village de bungalows (jolis et fleuris). Je suis moins enthousiaste qu’à midi, la nature n’est plus vierge. Mais la baignade est intéressante, il y a de nombreux poissons.
Plus loin un vrai petit port de pêcheurs. Pour observer le coucher du soleil il faut retraverser le cap et trouver la côte qui regarde l’Ouest. De la voiture, on voit les deux rivages. C’est très beau, désertique, seulement des moutons en liberté. Curieusement, je pense à l’Irlande.

Lassithi

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

le moulin monte la garde au col

 

Le Plateau du Lassithi

Pour  monter sur le plateau du Lassithi, la route grimpe parmi les oliviers, puis traverse le maquis. Les sommets sont nus, les creux, très verts.  De nombreux platanes sauvages suivent le cours des ruisseaux. L’arrivée est très raide. Le plateau est gardé au col par une série de moulins de pierre comme des tours de guet au flanc de la montagne. De là, on découvre le Lassithi, un oasis, un petite plaine irriguée qui contraste avec les montagnes environnantes culminant à près de 2500 m .Des dizaines d’éoliennes pompaient l’eau du sous sol, la plupart sont maintenant rouillées mais certaines ont gardé leurs voiles triangulaires et tournent au vent .A 850 m d’altitude, il fait frais.

850m altitude le plateau de Lassithi

La moindre parcelle est cultivée : vergers de pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers, mais aussi champs de blé venant d’être moissonnés. Nous avons croisé la moissonneuse. Parcelles de pommes de terres. Jardins où poussent haricots et maïs. Les villages sont très proches les uns des autres. Ils sont soignés et fleuris. Souvent les terrasses, au premier étage, sont de véritables jardins suspendus très colorés où dahlia, zinnias, glaïeuls sont installés dans des bidons carrés chaulés. Cela change des sempiternels bougainvilliers en beaucoup plus varié et plus coloré. Devant chaque porte, ce dimanche matin, des vieux somnolent sur des chaises, certains portent le turban noir crétois en bandeau. Les femmes, toutes en noir, sont beaucoup plus actives.

Maria a des chambres à louer

A 9h30, nous cherchons un logement. Un marchand de fringues qui ouvre son magasin nous harponne. Comme j’attends de lui une aide pour trouver une chambre chez l’habitant, je me prête à une mascarade, il me coiffe avec un foulard noir à pompons et se fait photographier avec moi. Il n’est d’aucune utilité. Un garçon de café nous envoie au seul hôtel, vieillot qui me plait bien. Il est beaucoup trop tôt, personne n’est pressé de nous recevoir.

Grotte de Trapeza

Nous trouvons par hasard la grotte de Trapeza ou grotte de Chronos. A peine sommes nous engagées sur le sentier, qu’un jeune à la démarche bancale et à l’air simplet nous emboîte le pas. Le chemin se faufile dans des rochers. Dominique doit renoncer. Mon guide saute comme un cabri. Je peine à le suivre. Arrivés à la grotte, il déniche quatre bougies m’en donne deux et veut me guider dans le noir en me tenant la main. J’essaie d’éviter ses prévenances. Il a raison :  je manque de me cogner la tête contre un rocher . Il commente en Allemand :

–    « ici, un squelette, ici un bébé, ici la cheminée » (une fente dans le roc)

Seule je n’aurais rien vu. A la sortie tout est clair. Le prix est fixe : 200 drs. Je préfère. Dominique, en bas s’inquiète de ne pas me voir revenir. Pour les adieux il nous fait la bise.

Chez l’habitant

  Dans le village suivant, je remarque au dessus d’une boutique « Rooms to let ».
5000 drachmes, très simple, avec une douche mais surtout un balcon d’où la vue est magnifique.
J’écris du balcon, le Mont Dikté se détache, très haut, pelé. Au second plan : des champs et des jardins avec des amandiers. Au pied du  balcon, un enclos bordé de fagots avec des brebis et un poulailler sous des pommiers. Au premier plan, encadrant le tout, une treille avec de très grosses grappes de raisins verts.

Une fois installées, notre logeuse nous offre du café avec un concombre épluché. Nous bavardons en Grec.Elle nous montre ses dentelles. C’est évident qu’il faudra en acheter.

Grotte de Zeus

le mont Dicté

Visite à la Grotte de Zeus, là où il serait né (ou dans la précédente). Si ce n’était la légende, cette grotte ne serait pas extraordinaire. Ce qui gâche la promenade, c’est l’affluence. On dirait une véritable procession à Zeus.

Musées

Nous visitons un petit musée ethnographique : une ferme reconstituée. Comme partout, on présente de la vaisselle, de vieux outils agricoles. L’éclairage vient du plafond noirci par la fumée. Le pressoir à vin, recouvert par une planche devient le lit conjugal ! Dans une autre salle, on retrouve des photos de Nikos Kazantzaki. Il y a également un musée Venizelou, tout en Grec et peu compréhensible pour ceux qui ne sont pas initiés aux guerres de l’indépendance crétoise.

Nous nous arrêtons sous un noyer pour pique-niquer, le long d’un chemin de terre. Nous nous croyons seules, mais le trafic est intense. Finalement le propriétaire arrive à bord d’un pick-up pour voir ce que nous faisons  dans son champ. Il s’assoit près de nous. Nous échangeons quelques propos au sujet des éoliennes qui pompent l’eau fraîche, des patates qui poussent bien… La conversation- en grec – s’étiole. Quand on ne trouve plus rien à se dire il conclue qu’il fait chaud. C’est sans doute la politesse locale.

Nous terminons le tour du Lassithi  vite bouclé. Nous  redescendons la route derrière le col pour visiter un petit monastère. Il faut se déguiser en jupe, quelques icônes, des fresques.  Plus bas au petit village de Krasi, nous nous installons sous le plus gros platane que j’ai jamais vu : un restaurant tout entier tient sous son feuillage. Café frappé et ouzo, en écoutant de la musique grecque sur la radio locale.

Nos hôtes Maria et son mari

Soirée tranquille

Maria nous a préparé un dîner  très simple : des courgettes cuites dans de la sauce tomate, pas de viande, des tomates et des concombres en salade, le plus curieux c’est le pain. Elle garde une très grosse miche dure comme de la pierre et en détache un morceau qu’elle passe sous l’eau, cela fait bizarre, le pain mouillé !

Je vais faire quelques pas dans le village, pas vraiment animé, à la terrasse du Kafénéion je reconnais nos voisins des Anglais, qui me font signe de me joindre à eux. Ils ont terminé leur repas et nous décidons de prendre le café sur notre balcon. Ils possèdent une maison quelque part dans l’ouest de la Crête, parlent grec, et commentent pour nous l’itinéraire C’est une soirée très agréable : Maria nous apporte le café puis revient avec de la confiture de coing, elle est ravie de la bonne ambiance sur son balcon et conclue : « imaste fili »

 

Villages de Kazantzakis et du Greco

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


Mirtia
Nous partons à la découverte de la campagne autour de Mirtia, le village natal de Nikos  Kazantzaki

Autant la façade côtière paraît aride, autant les vallées et les collines de l’intérieur cultivées sont vertes et riantes. La route nous conduit dans un patchwork d’oliveraies très soignées, de vignes portant déjà de lourdes grappes, et de vergers d’agrumes. Dans le fond des vallées, des légumes poussent sous des tunnels de plastique.
Le village de Mirtia est tout blanc et très fleuri. Dans de gros bidons métalliques poussent des géraniums, le long des maisons des bignonias et des bougainvilliers. Les  Kafénéions  ont gardé leur aspect traditionnel avec leurs chaises en bois et les tables carrées. On photographie un paysan sur son âne avec sa bêche.

Kazantzakis

Le Musée est ordonné chronologiquement. Dans des vitrines sont présentés des écrits, manuscrits, lettres de Kazantzaki. Au mur des photos. A l’étage des photos de scène et de films. Présentés dans le monde entier.

 

 

 

 

Le personnage de Kazantzakis a de nombreuses facettes : patriote Crétois, mystique, mais aussi homme de gauche ouvert sur le monde entier. Aucune étroitesse d’esprit : il a traduit Nietzsche et Bergson, Dante et Lénine, s’est passionné pour Bouddha et pour le Christ. Je suis stupéfaite de retrouver dans sa vie le livre de Zorba que je croyais être un roman. Zorba a bel et bien existé, ainsi  que la mine de lignite et le manuscrit sur Bouddha. Ce qu’on aurait pu prendre pour du folklore local a été décrit par un esprit vraiment universel.

 

 

 

 

Fodele


Après midi à Fodele le village du Gréco. Nous  avons enfin trouvé le moyen de contourner Héraklion par le New Road. La côte à l’ouest d’Héraklion est plus escarpée, plus découpée. Les plages sont tout aussi bondées. Les complexes touristiques poussent – moins laids et plus classe qu’à l’est de la ville –. Je me baigne dans une belle eau claire où les bateaux à moteur se déplacent au milieu des baigneurs à grand fracas.

Nous montons dans la montagne. Surprise ! Il y a de l’eau. Fodele est situé dans les schistes verts : un ruisseau coule dans le village et il y a des sources partout. Le village du Gréco est défiguré par les pendillocheries qui pendent le long des murs depuis le premier étage : tapis, dentelles pour les touristes.

Des tables sont installées sur des tréteaux? des musiciens répètent, à l’église un photographe installe des spots, il y aura la fête au village pour un mariage. Je monte à pied vers une petite église byzantine et la maison du Gréco. Trop tard, tout est fermé.
Retour par des pistes aux flancs de la montagne.

Palais de Cnossos

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


A l’écart d’Héraklion, dans une campagne verte, le site archéologique de Cnossos est ramassé. Seul espace vide : une cour rectangulaire où avaient lieu les courses de taureau, les acrobaties. Tout autour, le palais et le Sanctuaire. On retrouve bien l’idée du Labyrinthe Nous passons d’un niveau à l’autre par des escaliers sur au moins quatre niveaux. Pendant un bon moment nous avons du mal à nous retrouver sur le plan. Nous profitons de l’heure matinale pour faire des photos. Nous découvrons au hasard les colonnes peintes, plus épaisses en haut qu’à la base, ainsi que les reproductions des fresques. Les originaux sont au musée. C’était vraiment essentiel  d’avoir fait la visite hier.

La plupart des salles que nous visitons sont des reconstitutions. Je suis vraiment admirative du travail d’Evans. Même si le béton est visible, on ne se rendrait pas compte de la structure du palais si les fouilles étaient restées à l’état brut. Ce qui serait intéressant c’est de savoir comment Evans s’y est pris.

e plan à plat est tout à fait insuffisant pour nous repérer dans le labyrinthe. Heureusement que nous avons le plan en relief du Guide Gallimard.

Le Mégaron de la Reine avec les fresques des dauphins est le mieux rendu. Dans les autres salles, il faut faire travailler son imagination. La richesse du décor n’apparaît pas tout de suite. Il faut plusieurs passages pour se rendre compte du réalisme de l’olivier, ou  pour trouver les oursins et les poissons sur la fresque des dauphins.
A 9h50, le Palais est livré aux hordes qui s’échappent des cars. Nous continuons notre jeu d’orientation avec intérêt, mais c’est moins plaisant.

Liquidations à la grecque – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

Polar dans la Grèce en faillite.

Enquête policière dans les milieux financiers, : un  banquier est trouvé décapité, puis un autre, puis un analyste financier…..

Circulation dans les rues d’Athènes paralysées par les manifestations des retraités, des fonctionnaires, des mécontents de toutes sortes. Témoignage sur les effets de la crise.

Leçon d’économie : on apprend comment fonctionnent les hedgefunds, la notation des agences, la mainmise de la troika sur l’économie grecque, les rancœurs qui en découlent.

Bizarrement l’enquête dévie dans les milieux du sport professionnel. Analogie entre le dopage sportif et le dopage de l’économie grecque qui a vécu longtemps au dessus de ses moyens….

L’humour et l’ironie que j’avais appréciés dans l‘Empoisonneuse d’Istanbul sont moins présents. On a moins  envie de sourire dans le contexte de crise.

LE SULTAN DE BYZANCE – Selçuk Altun – GALAADE ed

LIRE POUR LA TURQUIE (ET LA GRECE)

Le titre LE SULTAN DE BYZANCE est tout un programme. Turc ou Byzantin?

Istanbul visité par un Grec dans l’Empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris trouve ici son contrepoint : Byzance revisitée par un turc. Et étudiée sous la loupe des publications érudites!

« Autrefois Byzance était synonyme d’intrigue. mais cette image s’est heureusement améliorée au fil du temps. Selon moi, Byzance, qui associait l’Orient et l’Occident constituait la civilisation la plus importante de son temps, et elle fut du reste à l’origine de la Renaissance ».

Affirme le héros du livre, qui se retrouve pris dans un jeu de piste planétaire et érudit, visitant bibliothèques universitaires et savantes à la recherche des empereurs Byzantins dans un premier temps, puis dans la poursuite de petits carrés magnétiques dispersés dans les sites byzantins.

Il ira donc d’Antioche à Athènes et Mistra, de Trabzon (sur la Mer Noire) en Cappadoce, à Iznik mais aussi à Venise et à Ravenne, nous faisant visiter ces hauts lieux byzantins pour notre plus grand plaisir.

 

Synthèse de l’Orient et de l’Occident, incroyable métissage : le héros est turc par sa mère mais américain par son père. Nous découvrons ensuite que cela se complique , il a également des origines géorgiennes et grecques. Sa famille vient de Trabzon, mais il habite Galata, quartier cosmopolite d’Istanbul, souvenir des Génois, des Grecs….

Notre héros est expert en poésie : sur le 4ème de couverture figurent 5 vers de Séféris, le livre se clôture par un distique d’un poète turc. Les allusions à la poésie fourmillent – parfois de manière assez incongrue – Asil récite En Attendant les Barbares de Cavafis à l’envers en se promenant dans New York…

Étrange cette connaissance intime des poètes grecs? D’ailleurs le roman est construit en 24 chapitres de l’alphabet grec de l’alpha à l’oméga. Parenté des cultures de chaque côté de la mer Egée :

« j’ai l’impression d’être à Athènes non pas depuis dix heures mais depuis dix ans. Dans cette ville rien ne m’est étranger, y compris les odeurs exhalées par les poubelles. On dirait qu’Athènes tout entière s’est détachée du golfe d’Izmir pour venir se coller au continent européen »….

Tout pour me plaire!

Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris. Dans le rallye mondial qui conduit le héros autour sur les traces de Byzance jusqu’à la Californie, le Brésil ou Stockholm (étrangement turque ou balkanique), j’ai l’impression de me trouver dans un remake du Da Vinci code. Intrigue Byzantine? Trop artificielle à mon goût. L’auteur – Selçuk Altun – se met en scène à plusieurs reprises, ironie ou narcissisme . La prétention à la poésie est gâchée par un style bien trivial. J’ai terminé la lecture avec un intérêt teinté d’agacement.


 

 

Lire les Métamorphoses d’Ovide sous l’Olympe…. ou …

LIRE POUR LA GRECE

le Mont Olympe à au sanctuaire de Dion

les Muses sont nées sur les pentes du Mont Olympe et les frais torrents et les sources qui ruissellent invitent Dryades, Sylphides et Nymphes à s’y baigner….comme il serait agréable sous les frondaisons des platanes de s’arrêter pour lire les Métamorphoses qui racontent toute la Mythologie sous le regard (concupiscent) de Zeus et celui (jaloux) d’Héra qui siègent au sommet rafraîchis par les névés encore présents l’été….

 

sous l’Olympe : gorges de Tempi

Presque 2 millénaires ont passé depuis qu’Ovide, exilé sur les bords de la Mer Noire, s’est tu. Et un peu moins de 50 ans que j’ai quitté le lycée et le latin…C’est donc en français (tant pis pour les vers latins) que j’ai téléchargé sur ma liseuse les chants.

Enlèvement de Persephone Vergina fresque macédonienne

J’affabule…je rêve. C’est dans mon autobus matinal, le 281 de 7h13, que je lis les Métamorphoses. J’oublie les immeubles, verre et béton, et voyage avec les nymphes, les déesses et les sylphides.

Rubens : Phaeton

 

 

Phaéton conduit les chevaux du soleil. Iris tend son écharpe colorée. Junon est jalouse, elle transforme ses rivales….

 

 

 

C’est vraiment sous l’Olympe que j’ai eu ce désir de Mythologie, au sanctuaire de Dion. D’autres lieux auraient pu convenir : en Sicile où l’Etna, bouche des Enfers, suggérant l’enlèvement de Perséphone, le mont Ida ou Délos.

Rubens : enlèvement de Proserpine

Si ce poème a traversé les siècles ce n’est pas pour rien!

Un enchantement de lire ces métamorphoses!

Narcisse et Echo Waterhouse
Mythologie fondatrice aussi pour l’histoire de l’art, évocation de tant de tableaux de la Renaissance… on pourrait aussi l’emporter au musée, chercher les Métamorphoses dans les tableaux et les mosaïques. Je le sortirai aussi au jardin et lirai l’histoire de Daphné quand nous taillerons le laurier qui commence à devenir encombrant!

Le Dernier Pharaon : Gilbert Sinoué

LIRE POUR L’ÉGYPTE ET LA GRECE

Mohamed-Ali l’Homme de Kavalla

 

le dernier Pharaon, l’Homme de Kavala, est un personnage passionnant. la biographie que Sinoué lui consacre est un livre d’histoire très bien documenté. Il raconte un demi-siècle de géopolitique au Proche Orient : intrigues entre le vice-roi d’Égypte, Mohamed-Ali et le sultan de la Porte, dans un empire ottoman en déclin. Un demi-siècle de rivalités entre la France et l’Angleterre, entre la campagne de Bonaparte et la garde de la route des Indes. Guerres d’indépendance grecques, Missolonghi et Navarin mais aussi campagnes de Mohamed Ali contre les Wahabites dans la péninsule arabique et conquête du Soudan.


Un demi siècle d’histoire égyptienne entre une Égypte où règnent les Mamelouks et l’incurie avec un effort de modernisation, mise sur pied d’une armée, d’une industrie, nationaliste de l’agriculture et introduction des cultures du coton, de la soie, de la canne à sucre…. effort d’industrialisation, d’un service de santé, d’éducation. Admiration de Bonaparte mais également influence des Saint Simoniens…
Des notes abondantes, des annexes complètent ce livre très détaillé. Peut être un peu trop. On se perd parfois dans les intrigues ou les manœuvres diplomatiques. Lu une première fois la veille d’un voyage en Égypte, je l’ai relu avec plaisir en revenant de Kavala où j’ai visité sa maison natale.

Imaret de Kavala

Plutarque : Vie d’Alexandre le Grand

 

Alexandre – musée de Thessalonique

LIRE POUR LA GRECE

PLUTARQUE : vie d’Alexandre le Grand (Kindle)

Alexandre est une figure que j’ai croisée à plusieurs reprises, à Siwa et Alexandrie, en Bulgarie, bien sûr au Louvre. J’ai lu plusieurs biographies, Le Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène et La Légende d’Alexandre  présentée par Lacarrière se basant sur une version byzantine. J’ai également aimé le roman de Gaudé,  Pour seul Cortège. J’ai emporté la Vie d’Alexandre de Plutarque sur ma liseuse en Macédoine.

C’est à quelques pas du site de Filippi, nommée en l’honneur de Philippe II, le père d’Alexandre, que j’ai commencé cette lecture.

J’ai été ravie de cette lecture ! Quelle fraîcheur dans ce texte ancien !

 Plutarque s’est attaché au personnage plus qu’à ses conquêtes. Plutôt que de raconter des exploits guerriers ou de faire l’inventaire des victoires, il narre des anecdotes vivantes pour louer l’humanité du héros, sa tempérance, sa simplicité. Certaines histoires sont connues. C’est un véritable plaisir de retourner aux sources, de lire comment il a dompté Bucéphale, cheval fougueux mais peureux, la rencontre avec Diogène est aussi célèbre…. Pas de nœud gordien !

  « Alexandre jugeant avec raison qu’il est plus digne d’un roi de se vaincre soi-même que de triompher de ses ennemis… » 

Plutarque  s’attache à montrer sa magnanimité avec la femme de Darius et ses filles, comportement chevaleresque avant l’heure !

Roi philosophe et lettré également. Plutarque raconte  qu’ayant fondu les meubles en or de Darius il fit confectionner une cassette et qu’on lui demanda quel était le plus grand trésor à y enfermer il répondit  « l’Iliade ».

Plutarque raconte aussi l’expédition à Siwa, et sa rencontre au prophète d’Ammon de façon plaisante, mettant sur le compte d’un lapsus et de la méconnaissance du grec la parole signifiant « fils de Jupiter » !

Détails pittoresques, anecdotes amusantes,  je ne me suis pas ennuyée un instant lors de la première lecture. Tandis que je rédige ce billet, je redécouvre des détails auxquels je n’avais pas prêté attention et relis avec un plaisir renouvelé.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos (via Wikipedia)

Takis THEODOROPOULOS – Le Roman de Xénophon

LIRE POUR LA GRECE

 

Takis THEODOROPOULOS – Le Roman de Xénophon (sabine wespieser) 344p.

Que faisaient les Dix Mille dans la  guerre de Cyrus contre Artaxerxés ?

Comment Xénophon l’Athénien est-il devenu leur général ?

Pourquoi, a-t-il raconté l’expédition dans l’Anabase ?

  Pourquoiest-il parti à Sparte au lieu de retourner à Athènes.

Autant de questions sans réponses.

 En Arménie, les guides des Musées Archéologiques avaient fait référence à Xénophon et m’avaient donné envie de relire l’Anabase –étudiée au lycée, mais dont le seul souvenir se résumait à Thalassa ! J’ai donc redécouvert l’Anabase avec grand plaisir.

Le Roman de Xénophon  est donc arrivé à point, à la veille de notre départ en Macédoine !

Dès les premiers chapitres, j’ai découvert Athènes, en 403, au moment du rétablissement de la démocratie, en effervescence, en pleines histoires de ciguë, après le régime des Trente tyrans. La démocratie n’allait pas de soi, ni l’hégémonie athénienne. Xénophon, partisan de l’oligarchie, revêt la tunique rouge des spartiates… Alcibiade a entrainé quelques années plus tôt Athènes à la catastrophe..

Roman historique, raconté dans un style alerte, primesautier, ironique,  fantaisiste ? L’écriture de Théodoropoulos, pleine d’humour laisse penser à un roman facile. Savoureux anachronismes que l’interprétation psychanalytique des rêves antiques, amusant rôle de Platon en philosophe jaloux de sa popularité, enterrement des textes de Xénophon dans la bibliothèque de l’académie, autant de ressemblances avec des mesquineries universitaires contemporaines. On s’amuse des correspondances !

Pourtant c’est aussi le livre d’un érudit, qui sait manier aussi bien les textes antiques, l’histoire et la philosophie. Plus sérieux qu’on ne l’imaginerait de prime abord. L’Anabase n’est pas la seule œuvre de Xénophon. Je découvre d’autres facettes, un Banquet mettant en scène Socrate, et nombreux écrits historiques, sans parler d’une Economique.

La lectrice béotienne en reste aux conjectures. L’alter ego Thémistogène, l’écrivain raté, secrétaire de Xénophon, buveur et obsédé, sous l’emprise de Dionysos, a-t-il existé ou est-il un produit de l’imagination du romancier ? Et la femme de Xénophon, « envoyée d’Artémis », arrivée déshabillée dans le camp des Grecs, Théodoropoulos l’a-t-il inventée de toute pièce ? Son  interprétation de  la mort de Socrate est-elle personnelle ou reconnue ?

J’ai en tout cas pris grand plaisir à cette lecture.