Fodele : village natal du Gréco

CARNET CRETOIS

la panaghia de Lombines dans les orangers

Sur la New Road  « autoroute » nous espérons trouver une station-service ouverte. Elle perd progressivement son terre-plein central et sa deuxième voie. Le véhicule le plus lent se range sur la bande d’arrêt d’urgence pour laisser passer ceux qui craignent d’arriver en retard pour l’agneau rôti.

La côte est escarpée. Les villages de vacances sont adossés à la falaise en escalier : « village Poséidon » à Palékastro : maisons blanches se détachant sur la falaise rouge. La topographie impose cette construction à étages qu’on retrouve à Ligaria et Agia Pelagia. Maintenant, déserts,  on imagine la foule en été !

La mer est d’un bleu profond.

le Greco

Nous la quittons pour Fodélé, village natal du Gréco (dit-on), dans une vallée resserrée,  est occupée surtout par des orangeraies, en fleurs en ce moment,  qui embaument. Les orangers ont un feuillage fourni. Ils portent aussi bien des fleurs que des fruits. Il se dégage une impression d’abondance et de verdure. Le village est réparti sur les deux rives d’un ruisseau enjambé par de petits ponts blancs. La rue commerçante est bordée de boutiques de dentelles et de broderies. La marchande, généralement de noir vêtue, est assise sur une chaise de bois, tricotant ou crochetant, elle propose aussi des oranges. Une  balance ancienne est suspendue. Je fais mon choix, pèse 2,6kg. Je ne paierai qu’1€ sans me laisser tenter par les dentelles ou les broderies (ces dernières me paraissent mécaniques).

Les tavernes sont  très nombreuses et très touristiques, les plus agréables à l’ombre du platane au bord de l’eau. Tout le village résonne de la Messe de Pâques diffusée par un haut parleur depuis la grande église à coupole couverte de tuiles oranges, trop grande pour le village, sans charme particulier.

Descendant la rivière,  une petite route de terre bordée de sauge et d’orangers conduit à la toute petite église de la Panaghia de Lombines, toute mignonne dans son écrin de verdure.  (Malheureusement fermée, on ne verra pas les fresques). Juste au dessus de l’église, le Musée Greco est, lui aussi, fermé. Nous ferons la pause de midi sous le musée dont les abords sont aménagés avec des bancs, pique-nique frugal pendant que les Grecs se partagerons l’agneau.

le monastère de Pantaleimon Fodele

A l’autre bout du village il y a un sentier nature et une piste conduit au monastère de Panteleimon à 3km en suivant le ruisseau puis montant dans la montagne. Devant chaque maison les gens sont attablés au jardin en famille. Plus loin, là où les prairies ont remplacé les vergers d’agrume, les gens ont apporté des barbecues, des couvertures et parfois des salons de jardin entier, et cuisent les côtelettes en groupe.

Plus loin, nous suivons un troupeau de brebis à la laine sur le dos très longue mais au derrière tondu et aux mamelles gonflées.

Le monastère est caché à un virage. L’église est toute blanche et le campanile aérien ? Deux longs textes racontent la lutte des moines dans la bataille de 1866 contre les Turcs et l’héroïsme de l’higoumène. Un moine aux yeux très noirs, aux épais sourcils charbonneux, très jeune, très beau accueille les visiteurs avec un pichet de jus d’orange et une boite de gâteaux. Défendu de photographier l’intérieur, les icônes sont merveilleuses.

Dimanche de Pâques à Tilissos, villas minoennes et agneau à la broche

CARNET CRÉTOIS

Tylissos vue d'Arolithos

Les oiseaux me réveillent par un magnifique soleil.

Je paresse au lit avec le livre sur Cnossos/ DÉCOUVERTES GALLIMARD qui est passionnant.

Dès que j’ouvre la porte, je suis  éblouie. La neige brille sur les sommets proches. Les couleurs sont ravivées. Nous avons envie de recommencer toutes les photos d’Arolithos prises hier. Je dessine la place triangulaire du petit kafénéion : 4 ou 5 tables métalliques, des chaises de bois, une jolie enseigne. De la place descendent deux rues bordes de grosses jarres crétoises renfermant un hortensia, un aloès ou des géraniums. Les maisons sont toutes différentes et les jardins fleuris. A une porte sommeillent 4 chats. Un sac de pommes de terre entre-ouvert me fait imaginer qu’habite là une vieille dame en noir ….Le four à pain fume abondamment. On y cuira l’agneau pascal.

 

M. Michelis, à la réception nous prévient que tout sera fermé avec les Pâques Grecques. Ils n’ouvriront pas leur petit musée…On part quand même pour Tylissos distant de 4 kilomètres, passant devant des usines modernes – agroalimentaires et bâtiment – le village st animé et moderne. Aucune indication du site archéologique. A la sortie du village, dans une voiture, un homme avec un fort accent américain propose de nous aider, le suivre et tourner à droite puis à gauche dans des rues étroites bordées de maisons. Le site est cadenassé. Une dame en noir qui balaie la rue confirme : il n’ouvrira pas. Il se voit très bien de la rue : les fouilles ont dégagé trois grandes villas. On n’y comprend rien. Les Minoens, beaucoup plus anciens que les Romains ou les Grecs auxquels nous sommes habituées, bâtissaient de gypse ou de pierre friable. Difficile d’identifier quoi que ce soit. Si  le site avait été ouvert, cela n’aurait rien changé, il n’y  a aucun panneau explicatif. A moins de venir en compagnie d’un archéologue…

C’est plus intéressant de regarder 3 demi-agneaux grillant le long du grillage.

la fontaine de Tylissos

Plutôt que de faire demi-tour dans les rues étroites, nous préférons continuer la route dans l’ancien village et découvrons une place ombragée avec 3 cafés occupés par de vieux Crétois bien typiques, vêtus de noir aux épais cheveux blancs, sourcils broussailleux, chapelet d’ambre, très photogéniques. La fontaine turque en calcaire ciselé me donne le prétexte d’un film. Je photographie la fontaine, passe en vidéo et fais un travelling sur les cafés et les consommateurs.

A la sortie du village la route continue dans les vignes, descend dans un  vallon, passe devant d’immenses panneaux solaires visibles d’Arolithos. Sur notre carte, aucune indication  de la route. Sans doute, un chemin agricole récemment asphalté ?

.La route tortille vers la montagne et aboutit à Kamari. Fin de la route : cul de sac ! Il faut revenir en arrière, prendre la route d’Heraklion en passant par Karamoutzi. Partout on grille l’agneau sur le bord de la route : ici un magnifique gigot à la broche, là-bas, un lot de côtelettes, un agneau sans les pattes…A Athènes, nous avions vu des grills en aluminium avec un plateau pour les charbons de bois et une broche tournante. Les Crétois font plus simple : allument des sarments de vigne et plantent des ferrailles toutes simples sur le bord de la route. Les hommes surveillent, les femmes balaient.


 

Pâques à Arolithos

CARNET CRÉTOIS

Il reste une belle fin d’après midi pour jouir de notre « village » d’Arolithos. Sous le soleil, nous photographions les petites rues en pente avec les façades bleu pâle, vertes ou jaunes, les portes bleues vif  ou rouge. Le musée est fermé et Les boutiques d’artisanat attendent la saison pour ouvrir.

La piscine offre une vue panoramique sur Héraklion, la mer, les collines et les montagnes enneigées. Au bar, sur la terrasse nous commandons un café frappé et un ouzo servi avec des croûtons au pavot, des cubes d’un  fromage délicieux et d’excellentes olives. Le vent se lève. La soirée fraîchit.

la placette illuminée pour Pâques

Nous attendons sur la terrasse de la chambre la liturgie de Pâques dans l’église minuscule  mais peinte à fresque, avec des icônes. A 9h, la cloche appelle à la Messe. Derrière l’iconostase un ou deux popes chantent. Il y a tout juste la place pour 4 ou 5 fidèles. Les gens convergent vers la place et portent des bougies décorées. Beaucoup d’enfants, landaus et poussettes. Les parents photographient leurs enfants. Il semble que chacun puisse sonner la cloche. Les chants sont à deux voix mais monotones, avec toujours les mêmes paroles. Brusquement les lampions de la place s’éteignent. Les voix se taisent. La place est plongée dans l’obscurité. Intrigué, je vais voir : devant l’église les flammes des petites bougies scintillent. Tout à coup, tout se rallume. La cloche sonne à toute volée, les gens donnent de la voix et s’embrassent : « Christ est ressuscité ! » Les porteurs de bougies forment une minuscule procession vers le restaurant. Trois pétards sont lancés.

Le dîner pascal est prévu à 22h. Trop tard pour nous ! Entre pâtisseries et mezzés, nous renonçons à les rejoindre.

Dans la Lettre au Gréco , cette anecdote de Kazantzaki voulait représenter les Crétois :

« L’aube de Pâques allait poindre. le pope Caphatos, dans les montagnes de Crète, courait de village en village et ressuscitait le Christ en grande  hâte, parce que les villages étaient nombreux qu’il était leur seul prêtre,et qu’il devait faire la Cérémonie de la Résurrection dans chacun d’eux avant le lever du jour.Manches retroussées, chargé de ses vêtements de cérémonie et du lourd Évangile d’argent, il grimpait dans la nuit sainte sur les rochers abrupts, courant, tout haletant, arrivait dans un village, ressuscitait le Christ et s’élançait à bout de souffle dans un autre.

Dans le dernier hameau, planté entre les rochers, les paysans rassemblés dans la petite église avaient allumé les veilleuses, étaient allés chercher dans le lit du torrent les branches de laurier et les myrtes et en avaient orné les icônes et la porte, ils gardaient leurs cierges éteints et attendaient pour les allumer qu’arrive la Grande  Parole.

Et voici que dans le silence résonna un bruit de cailloux comme si un cheval escaladait au galop le flanc de la montagne et faisait rouler les pierres.

Tout le monde se dressa d’un bond; l’orient était déjà rose, le ciel souriait. On entendit un souffle pénible, les chiens de berger poussèrent des aboiement joyeux; et brusquement derrrière une yeuse touffue, dépoitraillé, trempé de sueur, ivre de tous els Christ qu’il venait de ressusciter, s’élança, noir, courtaud, le vieux pope Caphatos.

En cet instant le soleil apparaissait au dessus de l’épaulement de la montagne; le prêtre fit un bond, se retrouva devant les paysans ouvrit les bras :

– Le Christ est ressuscitassé, les enfants! cria-t-il

Le mot familier, galvaudé, de ressuscité lui avait paru pauvre, étroit, mesquin, il ne pouvait plus contenir la grande nouvelle….. »


 

Les villages autour d’Héraklion : Astraki, Arhanes

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paysage de vignoble entre Myrtia et Arhanes


De  Myrtia la route continue vers le sud. Nous  devrions trouver la route d’Arhanes à Pezo. A peine sorties nous tournons voir le petit village d’Astraki, niché dans le vignoble. Les vignes sont hautes, très propres, la taille est terminée. Les petites feuilles vertes donnent un air riant malgré le ciel nuageux. Le ciel gris et bas alterne avec les éclaircies et un chaud soleil. Un arc en ciel apparait. En bas du village, un écriteau indique un canyon et une grotte. La petite route descend très raide. La Suzuki sera-t-elle capable de grimper au retour ? Au creux du vallon, le sentier dallé descend  il est équipé d’une rambarde de bois. Seule, la menace de la pluie me fait interrompre la promenade après un petit kilomètre. Je photographie un iris bleu nain que j’affectionne particulièrement, 3 cistes roses. Je remonte prestement pour éviter une belle rincée.

iris sauvage nain

Arhanes est un gros bourg traversé par la route avec des ruelles en pente. Sur la route principale les maisons à étage sont peintes de couleur pastel. L’expression « Maison vénitiennes»  me vient à l’esprit, sans aucune preuve. Nous achetons une brioche de Pâques avec un gros œuf rouge et des lamelles d’amande ainsi que 4 baklavas minuscules fourrées aux noix.

Le retour est un peu galère : on rate l’entrée  New Road, traverse Héraklion, trouve enfin  l’autoroute et sort à la mauvaise sortie.

Le Musée Nikos Kazantzakis à Myrtia

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le Musée Kazantzakis

Le Musée de Nikos Kazantzakide Myrtia est bien fléché. Il est installé dans la maison familiale de son grand père.

Myrtia, autrefois, s’appelait Barbari.Dans la Lettre au Gréco p.22 :

« La famille de mon père descend d’un village à deux heures de Megalo Kastro (Héraklion) qui s’appelle Les Barbares. Quand l’empereur de Byzance Nicéphore Phocas eut repris  au Xème siècle, la Crète aux Arabes, il parqua dans quelques villages tous les Arabes qui avaient échappé au massacre, et ces villages furent appelés les Barbares. C’est dans un de ces village qu’ont pris racine mes ancêtres paternels, et ils ont tous les traits de caractères arabes : fiers, têtus, parlant peu, écrivant peu, tout d’une pièce[….] le bien suprême n’est pas pour eu la vie, mais la passion »

Le village est  très tranquille mais encombré de voitures en stationnement. En faisant  le tour,  nous découvrons une petite place avec un puits, deux églises. Sur la place Principale est installé Le Musée de la Littérature Crétoise. La maison est rénovée, un parement de bois très contemporain masque la façade grise. Les vitrines poussiéreuses ont été remplacées par des installations modernes sérigraphiées avec des écrans tactiles. Un film en français raconte la vie de l’écrivain. On voit son père, le Kapetan Michelis(titre grec du livre La Liberté ou la Mort), le vrai Zorba ( 1867 -1942) ressemble étonnamment à Anthony Quinn dans le film, et les portraits de Kazantzakis au cours de sa vie. Malheureusement la diction pompeuse gâche un peu le plaisir. Au mur sont affichés des lettres, des cartes postales, de sa main. L’une d’elle souhaite justement Joyeuses Pâques à un ami Français – coïncidence du calendrier –  je la recopie toute émue, comme si elle m’était aussi destinée.

XPICTOC ANECTHI !

Cher M. et ami !

Bonnes Pâques !

Que la pauvre Grèce aussi, héroïque et martyre, que toute l’humanité  crucifiée se ressuscitent !

Que le symbole du phénix devienne enfin réalité !

J’attends toujours très bonnes nouvelles.

Soyez heureux.

Dans une autre salle, les voyages de Kazantzakis sont figurés par 3 valises contenant ses passeports et documents officiels, des certificats de vaccination…et encore des photos.

Les maquettes des décors,  les costumes, les aquarelles  des pièces de théâtre occupent une pièce. Une salle au rez de chaussée est consacrée à l’Odyssée .

Kazantzaki est Crétois mais aussi un esprit universel. Pas un grand personnage qui n’ait retenu son attention : Bouddha, Christophe Colomb, Dante, Lénine,  Nietzsche, Saint François d’Assise, Nicéphore Phokas….

Je suis un peu déçue de cette modernisation. J’avais découvert le personnage dans ce Musée autrefois et le côté désuet de l’installation me plaisait bien.

Retour à Cnossos et Dans le Palais de Minos

CARNET CRETOIS

le megaron du roi et la frise des griffons

–          « tu n’as pas renoncé à ton Cnossos ? »

(nous avons visité le site autrefois)

Non ! Je tiens ferme à Cnossos, à ses mythes, au labyrinthe et à Evans !

 

Aujourd’hui, Cnossos est gratuit. Pourquoi ? On l’ignore. Le patron du bar du site ironise :

–           « Nous autres, Grecs, sommes trop riches et n’avons pas besoin de votre argent ! »

Des guides hèlent les visiteurs qui ont fait l’économie du ticket d’entrée (6€). Ils  proposent une visite guidée à 5€.

Les averses intermittentes interdisent une visite systématique avec nos livres que je n’ose pas exposer aux gouttes.

Je préfère lire les nouveaux panneaux qui détaillent les restaurations récentes.  Les archéologues ne peuvent pas protéger le site comme si Evans ne l’avait pas cimenté et bétonné. Les constructions d’Evans font donc partie de Cnossos même si des découvertes postérieures pourraient infirmer les affirmations de l’Anglais.

singe bleu dans les jardins de Cnossos

Nous avions vu les fresques originales au Musée Archéologique d’Héraklion et je n’avais que peu de souvenir des copies ornant le palais. Cette année, le Musée d’Héraklion est fermé. Je redécouvre avec beaucoup de plaisir les tableaux floraux avec les singes bleus, les lys, les griffons …. Deux petites fresques m’ont étonnée : l’une d’elle montre le Palais avec ses couleurs, l’autre trois arbres bleus qui se détachent sur un fond blanc peuplé de toute une foule tandis qu’une grande tache rouge fait une sorte de vague. De dessous de gracieuses danseuses aux toilettes élégantes avec des jupes à volants sont sur un fond bleu. Elles ressemblent à la déesse aux serpents du musée d’Héraklion don je garde un souvenir très vif.

trois arbres bleus Cnossos

Le taureau, Minotaure (?), est très présent.

Dans le Palais de Minos de Nikos Kazantzaki inclus dans le recueil de l’énorme Omnibus (1150p) » La Crète – Les romans du Labyrinthe » qui pèse lourd dans la valise, je lis la description du Mégaron du roi . Kazantzakis a visité le Cnossos d’Evans!

« Le vieux roi était assis sur son trône. C’était un siège en albâtre ciselé avec art, juste fait pour le corps d’un seul homme. De chaque coté se déployaient d’immenses fresques :  au milieu des lys une étrange bête était allongée, une sorte de grand lion dont la crinière était faite e plumes de paon. Il dressait sa queue roulée en volute et tendait vers le trône du roi sa tête pointue. Trois piliers trapus fait en bois de cyprès soutenaient le plafond, rouges avec des chapiteaux noirs »

Dans ce roman je rencontre aussi Thésée et Ariane . Voici la danse d’Ariane peut être inspirée par la petite fresque ci-dessus :

« La danse de l’Homme et du Taureau

Ariane tendit son pied sur les grandes dalles de la cour comme si elle cherchait sur le sol où le poser, comme si, elle tâtait la terre avec précaution pour ne pas tomber. Elle baissait la tette comme le taureau prêt à donner de la corne et par une brusque secousse du corps, elle se mit à danser »

Bien sûr, Icare et Dédale, préparent les ailes qui leur permettront de s’enfuir….

Le rouge et le noir me semblaient les couleurs de Cnossos le bleu éclatant m’étonne.

Mégaron du Roi, Mégaron de la Reine. Je retrouve avec plaisir les Griffons du roi et son trône. Où sont passés les dauphins de la Reine ? Le palais est moins accessible qu’autrefois. Des plaques en plexiglas protègent les murs des intempéries. Je dois me hausser sur la pointe des pieds pour trouver les oursins empilés.

les dauphins du mégaron de la reine

Je déambule dans le Palais, imaginant le labyrinthe, et découvre les magasins et les énormes pithoïs, le théâtre avec ses  gradins à angle droit.  Il est stupéfiant que le gypse, roche soluble, ait traversé plus de trois millénaires. J’observe les figures de dissolution et recristallisation. Les fouilles récentes sont maintenant protégées par des toitures et la pierre est nue, sans ciment.

sur le culte du taureau d’excellents billets de Claudialucia ICI

 

Les pins embaument dans l’air vif.

Pour piqueniquer nous trouverons un magnifique pont près d’Agia Irini enjambe un ruisseau : 5 arches de toutes tailles, deux grandes en ogive superposées (aqueduc) trois petites sur le côté. Un chemin passe sous l’une de ces arche dans la verdure ; nous pique-niquons au bord de l’eau sous un platane dont les feuilles sont nouvellement écloses : feuilletés, yaourt grec et miel ; un menu grec !

 

 

A l’hôtel, je relis Cnossos,  L’Archéologie d’un Rêve d’Alexandre Farnoux dans l’excellente collection DÉCOUVERTES GALLIMARD Le rapprochement entre les figurations des végétaux minoens et ceux de l’Art Nouveau  est très intéressant.  Évidence d’une coïncidence des goûts.

 

 

 

 

premier matin à Arolithos

 

Au réveil, la tempête souffle. Les caroubiers, les oliviers secouent leur ramure. Le petit citronnier aurait perdu ses citrons s’il n’était pas protégé par l’olivier. Un arbuste décoratif que je n’identifie pas a même été étêté. Les pots de géraniums ont roulé sur la place. Le ciel est bien gris. Une pluie drue accompagne la bourrasque.

Au jour, nous découvrons le paysage montagneux. Le village d’Arolithos a été transformé en hôtel. Les plaques des rues sont pentes de couleurs vives.

Dans la salle à manger (environ 150 couverts) une fresque naïve se déploie au dessus de l’estrade des musiciens : au centre un  village est dessiné, maisons blanches toits rouges, un couple arrive à cheval précédé des musiciens et du pope sur une mule noire. Un drapeau Crétois ( ?) croix blanche sur fond bleu,  c’est une noce que le village en liesse accueille. Des hommes tirent en l’air au pistolet. Des femmes en noir cuisinent dans d’énormes chaudrons. A gauche, un homme tire,  son cheval se cabre.

 

Relire Kazantzakis : Lettre au Gréco et Alexis Zorba

LIRE POUR LA GRECE

plage de Stavros - Crète

Il m’a plu que le ferry qui m’a transporté autrefois en Crète soit nommé Kazantzakis et que l’aéroport où j’ai débarqué soit aussi au nom de l’écrivain.

J’aime prendre un écrivain pour guide en voyage, lui laissant le soin  de me décrire avec des mots choisis les paysages et les villes que je visite , remplir de personnages les rues ou les campagnes alors que je n’oserais pas aborder les inconnus.

La Lettre au Gréco est une autobiographie qui s’attache plutôt au parcours intellectuel et spirituel de l’auteur qu’à des anecdotes précises. l’ayant découverte récemment – il y a plus d’une dizaine d’années quand même – mon opinion n’a pas varié – j’ai retrouvé avec plaisir les paysages de son enfance et de sa jeunesse. Certains épisodes que j’avais lus distraitement m’ont plus intéressés : sa rencontre avec Panaït Istrati et leur voyage en Russie : j’ai trouvé récemment sur la Toile un travail universitaire de l’Université de Salonique racontant leurs rapports . J’avais oublié sa visite au Monastère Sainte Catherine du Sinaï – coïncidence : au Musée Historique d’Héraklion se trouve le petit tableau du Gréco représentant ce monastère et j’ai eu le plaisir de voir le tableau alors que le matin même je lisais le texte.

Si je m’étais attachée alors,   à Kazantzakis, grand voyageur, à ses rencontres, à son parcours spirituel, je n’avais pas souvenir des passages où il aborde la création littéraire, l’écriture d’Alexis Zorba, dans le chapitre intitulé:

LA SEMENCE GERME EN MOI

« Le mythe de Zorba a commencé de cristalliser en moi. Au début c’est un bouleversement musical, comme si mon sang s’était mis à battre plus vite dans mes artères. je sentais en moi une fièvre et un étourdissement, un mélange indéfinissable de plaisir et de dégoût, comme si un corps étranger, indésirable était entré dans mon corps….. »

Cette rédaction fut un processus long, difficile. Plus loin il écrit:

« je m’efforçais en vain de trouver le langage simple sans ornements,  chatoyants qui ne surchargerait pas de trop de richesses et qui ne défigurerait pas mon émotion. »

[….] je me suis interrompu: j’ai compris que le moment n’était pas encore venu. La métamorphose secrète de la semence n’était pas encore achevée…. »

Son ami disparu lui a inspiré des lignes qui ont dû lui paraître essentielles puisque je les ai retrouvées presque mot à mot dans le second ouvrage:

« Je me suis rappelé que j’avais un jour arraché du tronc d’un olivier, une chrysalide et que je l’avais posée dans le creux de ma main. Sous sa peau diaphane j’avais senti une chose vivante qui remuait ; le travail secret devait toucher à sa fin et le future papillon encore prisonnier  attendait en tremblant doucement que vienne l’heure sainte d’apparaître au soleil. Il ne se pressait pas, il avait confiance dans la lumière, dans l’air tiède, dans la loi éternelle de Dieu, il attendait;

Mais moi n’étais pressé. je voulais  voir éclore un peu plus tôt le miracle : la chair surgir de son tombeau et de son linceul et devenir âme, papillon. je m’étais mis )à souffler sur elle mon haleine chaude. Et voilà que bientôt une déchirure s’était faite sur le dos de la chrysalide, que peu à peu le linceul s’était fendu jusqu’en bas et que j’ai vu apparaître étroitement ligoté, les ailes repliées, les pattes collées au ventre, encore imparfait, un papillon tout vert. Il frémissait légèrement et prenait vie sous mon haleine. une aile s’était détachée du corps […] Et moi avec l’impudence de l’homme, penché sur elles, je soufflais mon haleine chaude, mais les ailes avortées s’étaient immobilisées, et étaient retombées flétries.

L’angoisse m’avait saisi : dans ma hâte, en osant violer une loi éternelle, j’avais tué le papillon; ce que je tenais dans ma main n’était plus qu’un cadavre. Des années et des années ont passé, mais depuis le petit cadavre pèse sur ma conscience. »

Il m’a semblé urgent de relire Alexis Zorba!

J’ai ouvert avec appréhension Zorba dont j’avais un souvenir ébloui. La magie allait-elle opérer à nouveau?
J’ai douté, Ce vieux lubrique, Cette vie patriarcale où les femmes sont oubliées au mieux,si ce n’est pas méprisées, ou pire, comme la belle veuve, est-ce que je vais laisser passer cela?
C’est un hymne à l’amitié, à la Crète, à la Grèce et à la vie toute entière. L’humanité de Zorba est tellement magnifique et généreuse, qu’il est impossible de mégoter. Jamais de mesquinerie. La faiblesse humaine,de ce ver, de cette limace, il la reconnait, il en rit, il l’efface avec le vin, la danse et la musique.
La beauté de la mer, du printemps, du parfum de la fleur d’oranger, il l’exalte, ouvre ses yeux comme s’il la découvrait chaque jour.

 

 

 

 

Voyage et arrivée à Arolithos

CARNET CRÉTOIS

 

Arolithos, village crétois transformé en hôtel


Vol Transavia 14h45/19h10 Orly/Héraklion

Non-voyage : les nuages ont masqué les Alpes, Venise, la côte Croate et ses îles. J’attendais Santorin . Rien. A l’approche de la Crète, l’avion a plongé dans le brouillard. Au dernier moment, la côte crétoise s’est dévoilée,  les montagnes encore enneigées. Survol des vergers, orangeraies, cultures sous plastique, gros complexes hôteliers aussi.

Il me plait que l’aéroport s’appelle Nikos Kazantzakis. La Lettre au Gréco, son autobiographie, est dans la valise.

Notre hôtel Arolithos, est à côté de  Tylissos.

New Road, direction Rethymnon. Sortir à Gazi et prendre à gauche vers l’intérieur.

Nous loupons la sortie annoncée quelques mètres avant seulement. On prend la suivante et on grimpe au juger. Je branche le GPS : il ignore la Grèce. Nous l’aurons emporté pour rien !

La route serpente dans la montagne  entaillée de carrières.  Une arche éclairée au néon bleu souligne l’entrée de l’Hôtel. Des petites maisons de pierres aux arches arrondies, des marches soulignées de chaux  blanche, des grenadiers et surtout  des orangers en fleurs qui embaument.

Le  réceptionniste écoute les liturgies du Vendredi saint à la télévision, la bougie qui brûle devant le poste, son visage encadré par une fine barbe et des cheveux longs,  lui donnent un air ecclésiastique. Accueil en Grec, c’est sympa cela change du globish international.

Il y a un perroquet comme dans l’auberge d’Hortense dans Zorba le Grec !

19 marches raides mènent au  balcon. Notre chambre est au bout. Une vieille clé ouvre la porte de bois. La pièce est très grande, les murs roses, les meubles paysans simple de bois foncé, paysans. La  belle cheminée d’angle  arrondie, à l’âtre surélevé, paraît être fonctionnelle. Petite télé sur le frigo blanc sans façon. Pour décoration,  des broderies, au dessus de la cheminée et une nappe sous verre. Le sol est dallé de belle pierres grises, luisantes, aux formes irrégulières.

notre chambre N°1

Le restaurant est une grande salle prévue pour les groupes ou les cérémonies familiales. Une estrade accueille des musiciens et des danseurs. Les longues tables sont disposées comme pour un banquet. Un menu spécial est prévu pour Vendredi Saint : haricots noirs ou lentilles, escargots, pieuvre grillée, crevettes et pour dessert, des fruits frais (20€).  A cette heure tardive nous n’avons pas envie d’un repas complet. Je discute avec le patron : une salade grecque et de la pieuvre suffiraient. Pour 20€   avons aussi une carafe de vin blanc, un assortiment de pains,  biscottes, croutons au  sésame et au pavot, une pomme et une orange.

Elytis : Petite mer verte

HERAKLION/BUCAREST/PARIS

Petite mer verte
Joli brin de mer si verte à treize ans
Je voudrais de toi faire mon enfant
T’envoyer à l’école en Ionie
Approfondir absinthe et mandarine
Joli brin de mer si verte à treize ans
À la tourelle du phare à midi tapant
Tu ferais tourner le soleil en sorte d’entendre
Comment le destin s’agence et comment
Savent encor l’art d’entre eux se comprendre
De crête en crête nos lointains parents
Qui telles des statues résistent au vent
Joli brin de mer si verte à treize ans
Avec ton col blanc et tes longs rubans
Tu rentrerais par la fenêtre à Smyrne
Me calquer au plafond ce qui l’enlumine
Reflets de Glorias Kyrie Matines
Puis un peu la Bise un peu le Levant
Vague à vague retournant au loin
Joli brin de mer si verte à treize ans
Nous irions dormir hors la loi tous deux
Pour que je découvre au fond de ton sein
Éclats de granite les propos des Dieux
Éclats de granit les fragments d’Héraclite

Odysseus Elytis
L’arbre lucide et la quatorzième beauté
traduction Xavier Bordes et Robert Longueville, Poésie-Gallimard
La traduction en Roumain envoyée par George
Mică mare verde

Mică mare verde de treisprezece ani
De mult aş fi vrut să te înfiez
Să te trimit la şcoală în Ionia
Să-nveţi mandarina şi absintul
Mică mare verde de treisprezece ani
În turnuleţul farului de la amiază
Să-nconjuri soarele şi să auzi
Cun soarta se dezleagă şi cum
Din deal în deal se înţeleg
Rudele noastre îndepărtate
Care opresc vântul precum statuile
Mică mare verde de treisprezece ani
Cu guler alb şi cu panglică
Să intri pe fereastră la Smirna
Să-mi copiezi reflexele bolţii
De Kyrielesion şi Slavă Ţie
Cu puţin Boreas şi cu Levantul
Val cu val să te-ntorci iarăşi
Mică mare verde de treisprezece ani
Ca nelegiuit să te culc
Să aflu adânc în braţele tale
Bucăţi de piatră cuvintele Zeilor
Bucăţi de piatră fragmentele lui Heraclit.