Sur les pas d’Alexandre le Grand : d’Alexandrie à Siwa – Légende d’Alexandre : Lacarrière – roman d’Alexandre


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Les biographies d’Alexandre le Grand sont nombreuses.
J’ignorais que les textes antiques avaient traversé les siècles sous le nom du Roman d’Alexandre.
La Légende d’Alexandre est traduite, préfacée  et commentée par Lacarrièrequi a choisi une version médiévale en grec byzantin archaïque, parue à Venise en 1699.

Le Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène traduit du grec par Aline Tallet-Bonvalot correspond à des textes datant probablement du IIIème siècle après J-C. Il s’agit d’une  recension de plusieurs manuscrits connus sous le nom de manuscrit A.

Ce second ouvrage est foisonnant et hétéroclite avec  des pages de vers (alexandrins?). Des lettres à sa mère Olympias,à Darius, à Aristote côtoient des récits mythologiques. Sa lecture est passionnante. Le fondateur d’Alexandrie est présenté comme héros macédonien et grec, mais aussi comme égyptien. Si le récit prend, comme la version médiévale, des libertés avec la chronologie et la vérité historique, il livre des témoignages précieux  sur la façon de s’habiller, de combattre, sur les lois, les coutumes antiques.
Quoi de plus pittoresque que les interventions divines, les oracles? La prise de Tyr en est l’exemple le plus flagrant. Alexandre a rêvé qu’il écrasait un fromage, songe prémonitoire de sa victoire. A première lecture, je trouve ce détail bien trivial. A la seconde, j’éclate de rire Tyros étant en grec le nom du fromage! Qu’aurait dit Freud?

La Légende d’Alexandre présentée par Lacarrière s’éloigne encore plus de l’Antiquité faisant du héros un conquérant mythique à l’image d’Héraklès. Il a voyagé aussi bien vers l’Occident que vers l’Inde. Alexandre rencontre Diogène mais aussi le prophète Jérémie son arrivée à Jérusalem le met sous la protection du dieu unique Sabaoth, l’éloignant complètement du panthéon grec et de la filiation d’Alexandre avec Ammon. Ses rencontres avec des êtres  extraordinaires,  Centaures, Unijambistes ou Bienheureux, la descente aux Enfers nous conduit dans le merveilleux plutôt que dans l’histoire.

Et si le coeur vous en dit un parcours Alexandre le Grand au Louvre
http://www.louvre.fr/llv/activite/detai … 8673407387

Prélude pour la Tempête de Shakespeare /L’Île de Prospero L.Durrell

CHALLENGE SHAKESPEARE


J’ai choisi La Tempête, je l’avoue, sur un malentendu : revenant de Corfou, je restais sur le souvenir du livre de Lawrence Durrell L’île de Prospero qui raconte son séjour en 1937 à Kalami nord de Corfou.

Cette île ionienne est-elle le décor de la pièce? Plus je m’intéresse à la Tempête, plus je suis dubitative! Les navires du Roi de Naples reviennent de Tunis. Que viennent-ils faire dans l’Adriatique? Et puis Corfou est une grande île, comment les naufragés pourraient-ils se retrouver si facilement? Corfou, l’île de Nausicaa, d’Alkinous.

C’est l’occasion de relire ce court ouvrage, non pas en y cherchant l’île grecque, si merveilleusement décrite, mais en traquant Shakespeare. Désirant comprendre ce qui justifie le titre : L’île de Prospero. J’ai oublié pour quelques heures mon propos initial pour me perdre dans des baignades, des parties de pêche  au trident, et la légende de Saint Spiridion….dans l’église du Saint, dans la ville de Corfou, je retrouve un indice : « les peintures de naufrages dignes du Douanier Rousseau…« la description de la fête du saint nous plonge dans un décor magique. Indice que le récit du naufrage du Père Nicolas revenant avec du bois d’Igoumenitza? « au milieu du tonnerre et des éclairs l’icône de Saint Spiridion est consultéemais le saint doit être occupé ailleurs…. » annecdote humoristique et si touchante! Traquant Prospero, je trouve Falstaff : « Huxley dit quelque part que les étrangers ignoraient comment se comportaient les anglais jusquj’à l’apparition de Falstaff ». Nouvelle lecture à mon programme : Falstaff!

Continuant ma lecture, je croise Ulysse – Odysséus raconté par un paysan presque illettré,Caton, Cicéron, Néron, Agripine, Guiscard le Normand, Karaghiosis – marionnette populaire – (pas Byron!). Jubilation de ma part.

Ce n’est qu’à la p.104 que le Comte, ami de Durrell, livre la réponse à mon enquête :  Corfou CORCYRA en grec, est l’anagramme de SYCORAX la sorcière, mère de Caliban! et à partir de là toute une démonstration éliminant Lampedusa, l’île la plus proche de Tunis d’où vient la flotte napolitaine revenant du mariage, Malte trop grande et connue, Zante également trop célèbre…les sources d’eau fraîches et sallines que Caliban connaît correspondent, ainsi que les vigne et les bocages de genêts,  les lieux stériles… et qui sait si Shakespeare n’avait pas visité Corfou? avance-t-il.

Comment ai-je pu oublier cette anecdote si pittoresque? Voyageant dans les îles grecques, cet été pas si lointain d’ailleurs, j’étais à la recherche de grécité et non pas de littérature anglaise, sans doute. On ne trouve dans les livres que ce que l’on cherche!  Séduite par les personnages pittoresques, les rivagres albanais, les ruelles vénitiennes, j’avais zappé Shakespeare!

Gournah : Deir El Bahari, temple d’Hatshepsout

Premier voyage en Egypte 2002

 

Montgolfière
7 heures, un curieux bruit me tire du lit : comme un souffle puissant juste au dessus de nos têtes.  Une énorme bulle verte – une montgolfière – survole la maison. La flamme s’élève dans un bruit de chalumeau.

le temple d’Hatshepsout à Deir El Bahari.

L’ édifice en terrasse est vraiment impressionnant. Dans un cirque  de falaises roses, les terrasses s’enchâssent, comme naturellement, dans la roche.
Pas un nuage, il fait très chaud. Nous grimpons les rampes très bien (trop ?) restaurées pour arriver aux colonnades. La troisième terrasse est interdite, on nous dit que Moubarak doit venir demain (ce n’est pas vrai, il est à Washington).

Une conférencière commente les fresques et les bas reliefs protégés par une barrière, dans l’ombre, qui racontent l’expédition d’Hatshepsout au pays de Pount. La végétation  est luxuriante, les animaux, africains : girafes, éléphants et babouins. Il y aussi des soldats, des marins. Les barques sont chargées de marchandises. La pesée des trésors sur une balance, ressemble à celle d’Osiris – la pesée des âmes – sauf qu’ici la plume de Maat et le cœur sont remplacés par trois bœufs d’un côté et de l’autre un monceau de trésors.

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Malheureusement on ne voit guère la reine. Son successeur Thoutmosis a fait marteler ses traits et il ne reste plus que le fantôme de sa silhouette dans les fresques représentant les divinités.

Dans une aile : le temple d’Hathor, la vache y est représentée sous diverses formes.

Il fait vraiment très chaud à onze heures sous un soleil sans nuages. Nous rejoignons la Vallée des Artisans par un sentier qui passe par un petit col. La promenade n’est pas bien longue, deux kilomètres environ. Quitter les sites contrôlés, et marcher au jugé dans la montagne thébaine,  a un petit goût d’aventure.

VERNANT VIDAL-NAQUET : Œdipe et ses mythes

Lire pour la Grèce

J’avais emprunté ce titre à l’occasion de notre voyage en Grèce, l’an passé. Je l’ai oublié, au Louvre. C’est bien la première fois que je perds un livre de bibliothèque. On préférait que je le remplace plutôt que de me faire payer. Hélas, il est épuisé. Je l’ai trouvé presque un an plus tard, en occasion, sur Amazon. Voilà donc un livre bien cherché et bien désiré. Je ne sais si l’attente a été pour quelque chose dans le plaisir de  lire.

Cette étude de mythes (insister sur le s du pluriel) a été un grand plaisir.

Chacun connaît le complexe d’Œdipe ainsi que l’essentiel de la tragédie. L’étude à la loupe par les deux hellénistes réserve de nombreuses surprises. Vernant fait un sort à l’analyse psychanalytique surtout quand elle est étendue aux autres mythes de l’Antiquité grecque. Ce n’est pas son propos. Il insiste sur le fait qu’Œdipe ne connaissait pas Jocaste pour sa mère ni Laïos pour son père.

L’antiquisant nous fait découvrir d’autres mythes, inconnus de moi ,autrement plus étranges : Œdipe, le héros au pied enflé, celui qui boîte, celui qui ne marche pas droit…. Œdipe, celui qui sait et déchiffre l’énigme de la Sphinge mais qui ne sait rien de lui-même. Le même Œdipe qui est allé à Delphes et y a cherché son identité mais qui a mal interprété   l’oracle. Le clairvoyant qui s’est aveuglé. Œdipe le roi qui assume le rôle du pharmakos, le bouc émissaire. Œdipe qui ne voulait pas connaître ses origines craignant de se découvrir de basse extraction alors, justement qu’il est fils de roi. La tragédie prend alors tous ses sens cachés. Vernant nous fait aussi découvrir la naissance de la tragédie au 5ème siècle. Sens cachés, double langage des oracles et des dieux, retournement de situations…

La richesse de cette étude est telle qu’une seule lecture n’est que déchiffrement, et que je vais avoir de la peine à rendre ce livre.

lire pour la Grèce : Nikos KAZANTZAKI : Lettre au Greco

Lire pour Voyager/voyager pour lire

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Nous avions visité près de Cnossos, la maison de Kazantzakis, blanche et fleurie. A l’intérieur, ses livres et des photos de mise en scènes théâtrales.

Je croyais deviner l’auteur à travers Zorba. Le narrateur et son manuscrit sur Bouddha, c’était lui. Le personnage de Zorba tellement puissant avait occulté celui de Kazantzakis. Je l’imaginais très différent de celui que livre cette autobiographie. Je l’imaginais, comme Zorba, Crétois puissant et bon vivant. Je découvre un homme rongé par la quête inquiète de Dieu, de l’âme, très mystique détaché des plaisirs terrestres. Enivré à la vue d’un amandier en fleur ou de la contemplation des étoiles mais dédaignant le vin fuyant la femme. Gratte-papier et rat de bibliothèque.

Grand voyageur. Ses voyages sont plus des pèlerinages que des aventures. Ce n’est pas l’aventurier Zorba ! C’est le pèlerin qui parcourt la Grèce, Homère et la Bible à la main. Que ses pas mènent au Mont Athos, à Jérusalem, au Saint Sépulcre, puis au Sinaï où il manque de se faire moine au monastère sainte Catherine. Puis il parcourt l’Italie et séjourne à Assise.

A Paris, il découvre Nietzche et part sur ses pas. A Vienne, Freud, une curieuse maladie psychosomatique lui déforme le visage pour fuir une relation charnelle avec une femme. De Paris et de Vienne, peu de descriptions. Sa vie semble s’être cantonnée aux bibliothèques et aux salles de conférences.

Découverte de Bouddha. Puis Berlin, des femmes juives semblent le détacher du bouddhisme et le conduire à Lénine.

Moscou, Saint Sépulcre rouge ! Communion avec les foules révolutionnaires. Encore l’esprit mystique !

De retour en Crète, il semble s’apaiser et trouver l’écriture.

Toutes les préoccupations mystiques, son inquiétude et sa recherche de l’âme, surprennent. J’ai parfois du mal à accrocher. L’écrivain est tellement sincère et puissant que mes réticences fondent. Quand il rencontre enfin Zorba, je me laisse convaincre. Description tellement vivante de la Crète.  Puissance d’évocation de tous les mythes fondateurs. Enfant, il racontait la Vie des Saints, gorgé d’Homère et de mythologie antique, la Grèce semble complètement animée. Tous les personnages réels ou imaginaires forment une légende qu’il se plaît à réécrire. Aussi bien quand il évoque Albert Schweitzer qu’Ulysse, son grand père paysan, ou un aïeul corsaire. J’ai envie de relire Zorba.

 

Vassilis Alexakis : Le Premier Mot – Stock – 459p.

LIRE POUR LA GRECE???

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Voire : l’essentiel du roman se déroule entre le boulevard Haussmann et à Montparnasse. Le voyage le plus aventureux étant une visite au Musée de la Préhistoire à Saint Germain en Laye, par jour de grève du RER ! Alexakis écrit directement en Français. Et pourtant je me trouve baignée dans la culture grecque. Par le bonheur des mots.

La narratrice raconte son frère Miltiadis, un brillant universitaire, professeur de lettres comparées, à Paris qui a quitté Athènes en 1967 à la suite de la prise de pouvoir des colonels et qui y vit avec Alliki, grecque elle aussi et leur fille Théano qui parle, elle, français. Le roman commence à la veille de Noël qu’ils fêteront en famille. Le soir du 1er de l’an,(p200) Miltiadis succombe à une hémorragie. La narratrice rentrée à Athènes reprend l’avion pour Paris et elle y restera quelques semaines. Peu d’action, aucun suspens, l’intérêt est ailleurs.

L’intérêt est dans le plaisir de la conversation. Les protagonistes sont bavards,  presque tous des universitaires, des linguistes,  aussi neurophysiologistes (une apparition de Changeux), ou préhistoriens. Plaisir des mots, le mot provenant de son contraire le silence mot/muet , absence des mots pour la jeune sourde qui s’exprime par la langue des signes, mots exotiques, du sanscrit au livonien ou au basque…origine ancienne des mots, Miltiadis s’amuse à construire des phrases françaises uniquement avec des mots d’origine allemande, ou arabes .  Son chef d’œuvre est l’histoire du « philosophe Polyandre, poète,  du triomphe d’Eros, démiurge de l’épopée satirique démocratie phagocytée par la politique et d’une anthologie d’aphorismes blasphématoires, critique de cinéma à ses heures eut un épilogue tragique, ostracisé par le Tyran Monotone Archéoptéryx, il fut saponifié par électrolyse au monastère monophysite de l’Eucharistie, à Nécropole. ». Jubilatoire !

Avant sa mort, Miltiadis a exprimé le souhait de connaître le premier mot de l’humanité.  Sa sœur, la narratrice, se lance dans une quête très sérieuse auprès des sommités scientifiques pour trouver ce mot de l’origine. Le premier mot ressemble-t-il aux balbutiements des bébés ? A-t-il été prononcé par les premiers hommes autour d’un feu ? Ou chanté en marchant lors de la longue migration qui a emmené Homo sapiens d’Afrique en Europe ? De longues digressions étayent ces hypothèses. Plus ou moins sérieuses, ou farfelues…

La Grèce n’est pas oubliée. La narratrice sait qu’en perdant son frère elle a perdu le témoin de leur enfance en Grèce, de leurs parents décédés. Elle a le pouvoir d’entendre les fantômes de ses parents et entretient un dialogue permanent avec Miltiadis après sa mort. Classant des papiers et retrouveson journal racontant de pittoresques évènements survenus pendant ses vacances dans les îles…

Henry Bauchau :OEdipe sur la route

MYTHES ANTIQUES ETERNEL/S / CLASSIQUES OU MODERNES

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J’avais beaucoup aimé l’ Antigone de Bauchau dont je ne retrouve plus de traces dans ma liste de lectures.

. Œdipe est déjà aveugle quand s’ouvre le récit. Il est chassé de Thèbes. Antigone le suit.L’errrance des réprouvés se fait dans une Grèce très primitive que j’imagine grâce à notre dernier voyage en Béotie et en Thessalie. Bauchau ne s’embarrasse pas de tourisme. La tragédie est intemporelle, primitive, elle pourrait se dérouler dans n’importe quelle contrée. Et pourtant les montagnes grecques défilent en arrière plan, la mer, les côtes rocheuses. Ils rencontrent Clios, le bandit de grand chemin qui les défie et suit Œdipe, le sert avec une fidélité exemplaire. Où Bauchau a t il trouvé le personnage de Clios ? Existe-t-il dans une mythologie que je ne connais pas? Dernier survivant d’une vendetta entre deux clans de bergers les uns champions de la musique, les autres, champions de la danse. Massacre sans pitié des clans rivaux. Bauchau convoque les arts dans leur expression la plus primitive, flûte d’os et danse de transe ! Diotime, la guérisseuse est elle aussi une invention de l’auteur ? C’est un beau personnage que celle qui accueille les réprouvés leur redonne une dignité et un art : Clios devient potier, Œdipe, malgré sa cécité, sculpte, Antigone tisse… Œdipe, arbitre des bergers reste malgré l’errance, l’infirmité, la mendicité, le roi superbe. Récit riche de personnages, de symboles. On y croise le Minotaure, Thésée, roi d’Athènes. Le voyage s’achève à Colonne sur la route d’Athènes et nous pressentons la tragédie des luttes pour la royauté de Thèbes, la tragédie d’Antigone. Livre éblouissant.

lire pour la Grèce : Jacqueline de Romilly raconte L’Orestie D’Eschyle

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Revisiter les classiques, un souvenir d’Epidaure

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Périodiquement, je retourne aux sources de la Mythologie, des grands textes grecs. Vernant, Vidal Naquet, de Romilly, éclairent les légendes, les héros, les Dieux.

L’Orestie, c’est la Trilogie qui regroupe Agamemnon, Choéphores, Euménides. Ces deux dernières pièces, je les ai vues représentées à Epidaure. J’avais lu le texte quelques heures avant la représentation et, tenant le livre sur mes genoux, à l’aide des bribes de grec que je comprends, je m’efforçais à suivre pendant la pièce. Cet exercice me rappelle la façon dont j’ai suivi autrefois la lecture de la Haggadah de Pessah sans comprendre tout mais avec des repères. Le cadre du théâtre antique était magnifique et j’ai plutôt vécu cette séance comme une cérémonie religieuse.

Cependant, il me manque  l’arrière plan historique et culturel pour saisir le sens profond du texte. En cela,  l’analyse de De Romilly est neuve et essentielle pour moi. Si le mythe des Atrides est connu, le contexte de l’installation de la démocratie à Athènes au cours du 5ème siècle était flou pour moi. Cela me donne envie de relire le texte original. Et comme dans Ulysse raconté par Vernant le plaisir et la découverte sont intacts.

Jacqueline DE ROMILLY : raconte L’Orestie d’Eschyle Bayard – coll. La mémoire des œuvres – 117p

Jason Goodwin – Le Trésor d’Istanbul

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Un roman policier à lire avant un voyage à Istanbul, ou encore mieux au retour!  En revenant d’un été grec, ce n’est pas mal non plus…

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1838, le sultan Mahmoud se meurt dans son palais de Besiktas, la Validé est restée dans le Harem de Topkapi, Hachim, notre détective, eunuque libre, qui a donc ses entrées au Palais, enquête sur une série de meurtres qui le touchent de près ou de loin. Attaque d’un marchand de légume grec, assassinat d’un libraire grec du Grand Bazar, disparition d’un Fontainier albanais, d’un archéologue français…

Hachim pense au début qu’il doit y avoir un lien entre ces faits divers. On lui suggère qu’une société secrète grecque serait probablement à l’instigation des meurtres des grecs, nous sommes proches des guerres de l’Indépendance Grecque et on parle ici de la Grande Idée. Hachim nous entraîne à Fener au siège du Patriarcat.

On parle de Byron et de Missolonghi où le poète est décédé, le médecin personnel du sultan est celui qui a soigné Byron !

Les identités successives Byzance, Constantinople, Istanbul s’emmêlent comme les serpents de la colonne serpentine de l’Hippodrome…

Mais je ne veux pas déflorer le mystère !

L’auteur entraine le lecteur dans tous les recoins les plus pittoresques de la Ville, nous fait connaître toutes les communautés qui vivaient à l’époque, Juifs, Arméniens, Italiens, Anglais, il y a même un  ambassadeur polonais alors que la Pologne a été démembrée depuis longtemps.  Courts chapitres : ce roman ressemble à un kaléidoscope, où tous les monuments servent de décor  des Sainte Sophie aux citernes, du Grand Bazar au bazar aux épices….Longues digressions aussi sur l’histoire aussi bien contemporaine (XIXème siècle, bien sûr) que très ancienne.

Jason GOODWIN – Le Trésor d’Istanbul – Grands  Détectives 10 /18 – 376p.

Athènes: Acropole promenades byzantine et ottomane

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion

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Tôt le matin,  sous un soleil sans nuages, nous nous dirigeons vers l’Acropole dans les petites rues de Plaka. Les crépis colorés ont été refaits et retagués. Les dalles sont toujours aussi glissantes. Des coquelicots poussent entre les pierres de l’Agora romaine. Le parfum entêtant des orangers en fleurs me saoule. Les marchandes ouvrent leurs boutiques. Les tavernes ont laissé dehors les tables carrées et les chaises de bois. La vigne dégringole des tonnelles.

Au passage, je reconnais la Tour des Vents dans l’Agora romaine et la petite église de Métamorphis, le banc sur lequel nous avions pique-niqué …Cette promenade suffit à m’enthousiasmer ! A l’entrée de l’Acropole, il est déjà passé 9 heures, et tous les groupes sont arrivés. On nous intime l’ordre de déposer nos sacs au vestiaire. Pour 12€, nous obtenons un billet composé de 5 talons détachables.

Acropole

Avant de passer les Propylées, cela bouchonne déjà.

Le Théâtre d’Hérode Atticus paraît tout neuf, gradins  refaits, la scène s’élève sur trois niveaux. One pousse la promenade vers le Théâtre de Dionysos situé à la base de l’Acropole, passons devant une citerne byzantine et une fonderie antique sans nous arrêter. Nous réservons la visite au sanctuaire d’Asclépios pour le retour.

Le théâtre de Dionysos semble tout petit. Seule la partie la plus basse de la cavea a été dégagée. Dans son entier, il s’adossait à la falaise et pouvait contenir 17000 spectateurs.

Le monument de Trasyllos dominant le théâtre est actuellement en réfection est une découverte pour moi ! Je lis avec curiosité les panneaux racontant l’histoire de ce site creusé dans le roc, surplombé par deux colonnes corinthiennes. D’abord, annexe du théâtre consacrée au chorège vainqueur, riche citoyen finançant la tragédie. Il devint ensuite une église byzantine. On connaît le détail des portes, aujourd’hui disparues, détruites pendant la guerre d’Indépendance en 1827 .Que compte-t-on restaurer ?

Théâtre de Dyonisos

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Les restaurations se succèdent sur l’Acropole qui se « métamorphose » à chacun de mes passages. Le Théâtre de Dionysos a subi une campagne de fouilles en 2003. C’est peut être pour cela que nous l’avions ignoré précédemment.
D est tout à fait enthousiaste à l’idée de découvrir ce site: elle raconte à ses élèves la naissance de la tragédie,  le chœur, le coryphée… Juste avant notre départ, elle est revenue très fière que le professeur de lettres classiques se soit étonné de ce que ses élèves connaissent Sophocle, Euripide et Eschyle. Elle veut rapporter des documents personnalisés.  Nous photographions les soixante fauteuils des dignitaires et surtout le trône du Prêtre de Dionysos qui domine l’orchestre joliment dallé. De la scène, la Skena, il reste une très jolie frise datant de l’époque romaine racontant le mythe de Dionysos. Malheureusement, les personnages ont perdu leur tête à l’exception des silènes barbus dont la tête penchée semble supporter le poids de la corniche.
L’aire archéologique est boisée de pins, de cyprès et de chênes verts, nous y trouvons de l’ombre pour nous asseoir. Les oiseaux, nombreux, animent les lieux. Je remarque un magnifique geai. Le nombre de touristes, ici, est raisonnable. Un groupe germanophone est mené par un magnifique guide barbu à la longue chevelure grise nouée en chignon à la manière des popes. Il parle allemand lentement et très distinctement. Je glane l’anecdote des trépieds qui récompensent les concours dramatiques. En effet, un peu plus loin, nous découvrons la Rue des Trépieds. Un groupe d’écoliers grecs en uniforme passe. Quelques Français en voyage individuel.

Près du grand théâtre, de l’Odéon de Périclès, il ne reste plus grand chose. Nous passons le long des fondations des deux temples bien détruits et cherchons l’emplacement de la Stoa de Lycurgue.

Il ne reste plus qu’à remonter sur l’Acropole par le sentier, le Peripatos qui conduit au sanctuaire d’Asclépios. Nous avons visité à Epidaure et ailleurs, un de ces sanctuaires où les malades attendaient du dieu guérisseur une cure ou un miracle. J’ai le souvenir de bâtiments destinés à l’hébergement des patients qui attendaient la visite d’Asclépios dans un rêve. Le temple d’Hygéa, sa fille, la construction de la Tholos et la fosse aux serpents étaient associées au culte d’Asclépios. Il faudra que je consulte mes carnets de bord pour retrouver mes autres pèlerinages. D passe hardiment les cordes pour chercher la fosse aux serpents mais elle se fait siffler par la gardienne.

De retour sur l’Acropole, nous retrouvons la foule.

Il faut prendre son tour pour grimper à la file les marches de Propylées qui sont tellement encombrées qu’il faut bien de la persévérance pour trouver du charme à la visite. A moins d’habiller tous les touristes à l’antique, de mêler quelques chevaux et d’autres animaux pour les sacrifices. Peut-être se pressait-on ainsi aux Panathénées !

Le temple d’Athéna Niké a perdu les bâches qui le cachaient la dernière fois. Un grand panneau conte ses restaurations depuis la première anastylose en 1850.

Devant le Parthénon il ne nous reste plus qu’à parasiter un groupe pour profiter des discours instructifs des conférencières. De la première, j’apprends les utilisations du Nombre d’Or pour calculer les hauteurs, diamètre et écartement des colonnes. Les colonnes prolongées construiraient une pyramide solide dégageant de l’énergie. La guide suivante a une théorie plus « naturelle » : 4/9 : les membres du corps, 4/9 la ramure d’un arbre, 4/9 les proportions du Parthénon.  Une troisième tient pour la courbe, aucune droite dans le Parthénon, rien que des courbes : courbe le sol, courbes, les colonnes. Les légendes restent à peu près les mêmes mais les théories varient !

De même, la statue chryséléphantine d’Athéna pour l’une a disparu à Constantinople, pour l’autre n’y est jamais parvenue. Peu importe la vérité historique, pourvu que l’imagination soit sollicitée.

L’Erechtéion est toujours mon temple préféré avec son olivier sacré, ses frises et ses caryatides. Cette année, je remarque la finesse des frises, palmettes lotus et gouttes si délicates. Le site est si riche que je pourrais revenir à nombreuses reprises, je découvrirais toujours un détail nouveau qui me ravirait. Les restaurations font apparaître de nouveaux monuments.

Que dire du Parthénon ?
Le ciel s’est couvert, pas de photos.

Musée de l’Acropole

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Le Musée de l’Acropole est pour nous, une découverte, il était fermé lors de notre premier passage.  Nous y trouvons un Parthénon archaïque insoupçonné, détruit par les Perses, avec son fronton spectaculaire présentant un démon à trois corps, la lutte d’Héraclès contre Triton et contre l’Hydre de Lerne, peint de vives couleurs. Les sculptures d’animaux, un taureau à terre dévoré par un fauve, sont impressionnantes. La très jolie collection de Corés me plaît bien. On pourrait imaginer une « histoire de la mode » ou de la coiffure. Comment varier à l’infini les plis de la chemise gaufrée ou des drapés, les galons bordant le péplos, les broderies…Je les aurais volontiers toutes photographiées. Mais c’est la fin de la pellicule.

Chef d’œuvre du Musée : la frise du Parthénon (tout au moins la partie que Lord Elgin a bien voulu laisser à Athènes). La finesse des détails anatomiques, les veines gonflées des chevaux ou des hommes est impressionnante. On voit la procession avancer, les porteurs d’eau, le bétail du sacrifice, les chevaux, d’abord au pas puis au galop, enfin l’un d’eux se cabre…

A la sortie du Musée, il fait presque froid. J’ai hâte de prendre mon sac, d’enfiler un sweat shirt et mon K-way. Nous redescendons à Monasteraki en traversant l’Agora. Je dépose les films chez le photographe, à 15H30, les photos seront prêtes. Je retourne à Omonia acheter  notre menu favori : feuilleté aux épinards pour moi et salade César pour Dominique.

Notre nouvelle chambre donne sur la grande place de l’hôtel de Ville ornée d’une belle fontaine moderne. L’Hôtel de ville est de style néo-classique.

Promenade Byzantine et ottomane

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L’Office de Tourisme Grec de Paris sous a offert un guide de promenades à thèmes. Nous décidons de suivre le circuit byzantin en prenant Eolou, rue piétonnière parallèle à Athinas, bordée de boutiques de vêtements de toutes sortes, chics ou ordinaires. Vers 16H, le samedi, c’est la fermeture : les rideaux de fer descendent sous nos yeux. Du circuit, nous ne visitons que deux églises : Kapnikarea du XIème siècle est fermée, la Petite Métropole XIIème aussi. Je m’y attarde pour examiner les décorations originales et éclectiques des murs extérieurs, remploi d’édifices antiques. Une fresque de procession païenne court sur le fronton de l’église. Pour lui donner un air chrétien on  a gravé des croix au hasard. Nous ne trouvons pas l’église suivante du circuit, tournons autour de l’agora romaine, passons entre les tables des tavernes. Il nous vient l’idée de planter ici les byzantins et de nous installer en terrasse. Par hasard nous avons glissé dans le « circuit ottoman », découvrons la porte de la medersa cachée dans la verdure. Nous prenons place dans un café devant la mosquée Fetihié avec vue sur la Tour des Vents. Café frappé et, ouzo  . L’endroit est calme, les serveurs de bonne humeur hèlent les passants en essayant de deviner le pays d’origine des touristes. Je m’installe pour dessiner. D va acheter des cartes postales et revient avec deux bracelets en argent à motifs de « grecques ». Le soir tombe. La lumière rasante avive les couleurs des maisons de Plaka.  Photos dans  une ruelle pittoresque qui n’a pas été rénovée. Un panneau prévient « attention au chien ». ce dernier sautera de son mur et attrapera mon pantalon. J’espère que la photo sera réussie avec le crépi jaune, les bancs traversant la rue, les balustres ruinés.  Retour le long de l’Agora jusqu’au métro ancien qui circule dans une tranchée.

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