La Vie errante – Maupassant

LIRE POUR LA SICILE

maupassant Sicile

 « J’ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eiffel finissait par m’ennuyer »

Ainsi commence ce récit de voyages qui conduiront Maupassant en Italie, en Sicile et en Afrique du nord (1890). Dans mes lectures siciliennes, je n’ai lu que le début du livre concernant plus la Sicile. Il existe aussi un livre dans les Editions GEO, En Sicile, qui reprend ce texte.

L’Exposition universelle « qui a montré au monde, juste au moment où il fallait le faire, la forde, la vitalité, l’activité et la richesse inépuisable de ce pays surprenant : la France »  l’ennuie, la foule le fatigue.

« Cela prouve d’une façon définitive, le triomphe complet de la démocratie. Il n’y a plus de caste, de races, d’épidermes aristocrates. » . 

Réactionnaire et snob, Maupassant? Il préfère l’Italie et les arts au triomphe de la science et du commerce.

A bord d’un yacht il longe les côtes italiennes.  Son périple le conduit à Gênes, à Florence où il tombe amoureux d’une femme peinte par Titien.

Passons, pour arriver à Palerme.

« La Sicile a eu le bonheur d’être possédée, tour à tour, par des peuples féconds, venus tantôt du Nord, tantôt du Sud qui ont couvert son territoire d’oeuvres infiniment diverses où se mêlent d’une façon inattendue et charmante, les influences les plus contraires. De là est né un art spécial, inconnu où domine l’influence arabe, au milieu de souvenirs grecs et même égyptiens, où les sévérité du style gothique, apporté par les Normands, sont tempérés par la science admirable de l’ornementation et de la décoration byzantines. » 

montreal - Copie
Monreale

Ébloui par la Chapelle Palatine, il en livre une description précise ainsi que plus loin de Monreale. Ses observations ne se limitent pas aux monuments anciens. Un souvenir curieux est celui du passage de Wagner qui a laissé un parfum de roses indélébile dans l’armoire de sa chambre d’hôtel. Récit halluciné du cimetière des Capucins qui n’était pas encore une attraction pour touriste mais où on venait encore visiter un parent ou un ami récemment décédé.

Il est question de brigands, ou plutôt de l’absence de ces derniers, tant redoutés des voyageurs. Une anecdote réjouissante concerne la disparition de cinquante Polyphylla inquiétant fort les autorités. Jusqu’à ce qu’on constate qu’il ne s’agissait que de coléoptères endémiques.

Evidemment, Maupassant visite les sites antiques, Ségeste, Selinonte, les temples d’Agrigente (Girgenti)et Taormine.  Il en donne une description enthousiaste

« Quand on visite un pays que les grecs ont habité ou colonisé il suffit de chercher leurs théâtres pour trouver les plus beaux points de vue. »

soufre guttuso

Mais il remarque qu’ « au bout de la colline des temples de Girgenti commence une surprenante contrée qui semble le royaume de Satan, car si on le croyait jadis le diable habite dans un vaste pays souterrain, plein de soufre en fusion, où il fait bouillir les damnés, c’est en Sicile qu’il a établi son mystérieux domicile. »

Le soufre sera le sujet de nombreuses pages où il décrit l’exploitation des mines de soufre, le travail pénible des mineurs et surtout des enfants. L’esthète un peu snob que j’avais cru rencontrer dans les premières lignes, a un regard aigu, compatissant pour cet enfer.

Soufre et enfer aussi dans ses excursions volcaniques : il gravit l’Etna et visite les îles Lipari. A Volcanello, il retrouve l’exploitation du soufre. J’ai préféré ces récits aux descriptions des sites antiques.

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« Des gens traversent des continents pour aller en pèlerinage à quelques statue miraculeuse – moi j’ai porté mes dévotions à la Vénus de Syracuse! »

Cependant une réflexion, quelques lignes plus loin m’agace :

« Elle n’a point de tête, un bras lui manque ; jamais la forme humaine ne m’est apparu plus admirable et plus troublante. Ce n’est point la femme poétisée, la femme idéalisée, la femme divine et majestueuse comme la Venus de Milo, c’est la femme telle qu’elle est, telle qu’on la désire, telle qu’on veut l’étreindre. « 

Comme on préfère une femme sans tête!

Un court récit à lire avant, pendant ou après le voyage.

Todo modo – Leonardo Sciascia

LIRE POUR LA SICILE

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Lire Sciascia est un plaisir rare. A la veille de notre départ pour Palerme, encore plus précieux!

Je me délecte de l’ironie et de l’érudition de l’auteur. Surtout ne pas s’arrêter à la longue citation de DENYS L’AEROPAGITE qui laisserait penser qu’il s’agit d’un livre savant ou ennuyeux, au contraire, c’est un livre léger (159p) qui se lit avec le sourire.

Le narrateur, un peintre connu, arrive par hasard à l’ermitage de Zafer, ermitage ou hôtel? Un peu des deux : le gratin, ministres, ecclésiastiques, avocats ou hommes d’affaires s’y rencontrent chaque année pour des exercices spirituels sous la direction de Don Gaetano, un prêtre de caractère et de grande culture qui peut citer aussi bien Boccace que Mallarmé ou La Rochefoucault que les pères de l’Eglise.

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Guttuso : crucifixion

Ces citations ne sont jamais fortuites, elles lancent de pistes que je me suis fait un plaisir de suivre (merci Wikipedia sur le smartphone!). Lecture lente donc, que j’ai savourée avec des interruptions pour retrouver un auteur, ou un peintre. Le narrateur étant peintre, il est question de peinture. J’ai eu la surprise de retrouver Guttuso (que j’avais rencontré à Ravenne) – j’ai bien l’intention de visiter son musée à Bagheria!

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Christ de Redon

Rencontré un dessinateur steinberg animauxSteinberg que je ne connaissais pas… Je pourrais aussi citer les Christ de Rouault ou de Redon.

 

 

Les rencontres littéraires sont encore plus nombreuses : Pirandello, bien sûr… mais aussi Pascal…Voltaire qui recommande aux artistes de peindre les « pieds chauds ». Un ministre très imbus de sa personne confond un  aphorisme de La Rochefoucault avec les écritures à l’envers des emballages des crottes de chocolat. Confusion qui me fait rire aux éclats….

Au mitan du livre, au cours de la récitation du Rosaire, une célébrité est tuée d’un coup de revolver. Le livre prend une autre tournure et nous voici en pleine énigme policière. L’enquête occupe la seconde moitié du livre, toujours ironique mais très pessimiste. L’auteur dénonce la corruption au sein de la Démocratie Chrétienne qui aboutira vingt ans plus tard à l’opération Mani pulite.

 

La Couleur du soleil – Andrea Camilleri

CARNET ROMAIN

Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi
Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi

Itinéraire Caravage

Comme souvent, en Italie, j’ai pris Dominique Fernandez pour guide avec le Piéton de Rome qui avait tracé un  itinéraire Caravage de S Luigi dei Francesi à la Galleria Borghèse et au Musée du Capitole et enfin au Palais Corsini le temps nous a manqué pour voir tous les le chef d’œuvres du maître, au Vatican ou au Palais Barberini. Cependant ma curiosité a été aiguisée. Je voulais en savoir plus sur le Caravage. Je serais bien inspirée de relire la biographie romancée de Fernandez la course à l’abime.

Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse
Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse

Camilleri

Je viens de terminer la Révolution de la Lune , roman historique relatant un épisode de l’histoire sicilienne, où la veuve du vice-roi règne pendant 28 jours. Roman historique sur le mode burlesque qui m’a fait beaucoup rire. Je suis aussi fan de Montalbano. Camilleri, c’est beaucoup plus que l’auteur de Montalbano. Ce court roman, presque une nouvelle, est une commande à l’occasion d’une exposition Caravage en 2006 à Düsseldorf.

 

la couleur du soleil

Saint Jérôme (galerie Borghèse)
Saint Jérôme (galerie Borghèse)

Par des circonstances aussi rocambolesques que mafieuses (on est en Sicile) Camilleri entre en possession de fragments du journal du Caravage et nous  livre  ceux qui concernent son séjour à Malte, son évasion et son passage en Sicile où il est recueilli par des amateurs de sa peinture qui le protègent pour qu’il peigne à Messine et à Palerme.

Le soleil est noir pour le peintre. Son goût du clair-obscur et les atmosphères sombres dans lesquels évoluent ses personnages ne seraient pas exactement un choix artistique mais plutôt une altération de la vision.

Les scènes violentes qu’il a peint correspondraient aussi à cette vie violente. Le Caravage, protégé des puissants comme Scipion Borghèse, qui admirent sa peinture est plutôt mauvais garçon, il a la lame facile et rapide et ses fréquentations sont peu recommandables….cela, je le savais déjà. Plus étonnantes sont ces hallucinations, ces rêves sanglants, ces draperies qu’ils voulaient blanches qui virent au rouge-sang….

Hallucinatoire ou réaliste, ce roman est original. Cependant, je préfère la tragi-comédie de ses autres romans historiques que j’ai lus, à ce roman très noir.

 

 

 

L’Avventura – Michelangelo Antonioni (DVD)

CINÉ-CLUB ITALIEN

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Un mythe célébré à la Galerie Nationale d’Art Moderne une exposition des photographies des films les plus connus d’Antonioni

Avec les photos de Monica Vitti dans l’exposition  1400 scati di Enrico Appetito . 

A sa sortie, en 1960, je n’avais pas l’âge de ce cinéma-là et si certains plans m’étaient familiers je ne l’avais jamais vu.

Fulgurance des photos, d’une beauté sidérante.

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Décalage, en revanche des mœurs : le latin lover n’est plus de mise. Ce Sandro m’est apparu bien fade et inintéressant, pas digne en tout cas de Lea Masari ou de Monica Vitti.

Beauté des décors, aussi bien cette île volcanique et déserte que le palais sicilien. Présence extraordinaire des figurants :  cette foule masculine qui entoure la star peu vêtue, personnalité marquante du pêcheur unique habitant de l’île.

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Avec le DVD, un petit livret raconte le tournage. Aussi aventureux que l’Avventura elle même. Passionnant.

 

 

La Révolution de la Lune – Andrea Camilleri

LIRE POUR L’ITALIERévolution de la lune

La lune en vingt-huit jours

Fait le tour de la terre

Ce que savent depuis toujours,

Les femmes et les mers

Ton règne dura un cycle lunaire

et apporta le jour en pleine nuit,

Car tes lois contre la misère

Donnèrent de superbes fruits

Dans les chronologies des vices-rois d’Espagne en Sicile, en l’an 1677, meurt à Palerme Don Angel de Guzman qui désigne pour successeur sa veuve…

Camilleri se base sur ce fait historique pour raconter un épisode de l’histoire de la Sicile avec sa verve coutumière. C’est un très bon cru dans la liste de ses romans historiques, aussi drôle que le Roi Zozimo, celui qui m’a fait découvrir Camilleri et qui reste mon préféré.

L’Espagne gouvernait de loin la Sicile .Les nobles siciliens et les princes de l’église profitaient de chaque vacance du pouvoir pour mettre les richesses en coupe réglée. Le talent de Camilleri est de raconter cette histoire sur un ton burlesque. Son style inimitable s’enrichit d’un nouvel idiome : l’Espagnol. La noble marquise récemment débarquée de son Espagne natale s’exprime en Espagnol qui se mêle au sicilien, à l’Italien de façon tout à fait comique.

Impôts détournés et corruptions, mais aussi corruptions des mœurs, La Protection des vierges en danger, oeuvre de bienfaisance est une farce qui cache un bordel. Les manigances de l’évêque et ses inventions diaboliques n’en sont pas moins drôles..On rit beaucoup dans cette révolution!

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Goliarda Sapienza – L’ART DE LA JOIE

logochallenge italieIL VIAGGIO

 

 

Je ne suis pas mécontente d’être arrivée au bout de cet énorme pavé si pesant! (vive la lecture électronique quand les 500 pages sont dépassées). Pesant au sens propre et parfois figuré.

L’Art de la Joie raconte la vie de Modesta (quel prénom inapproprié pour une princesse tout sauf modeste). Née le 1er janvier 1900. Le livre se termine dans les années 60. Toute l’histoire de la Sicile défile, deux guerres mondiales, le fascisme, la libération de la Sicile, les compromis politiques après…Histoire des idées, Modesta est très cultivée et partage ses lectures avec ses amantes et ses enfants. Irruption de la psychanalyse.

l'artdela joieCet aspect historique est très intéressant.

Particularismes de la Sicile. Chaque fois Modesta se démarque du continent : coutumes, usages, cuisine… c’est donc exotique et dépaysant.

Modesta naît dans un milieu misérable, avec sa mère et une sœur mongolienne. Quand son père apparaît c’est pour consommer un inceste. La petite fille est confiée aux religieuses d’un couvent où elle va acquérir une excellente éducation : lectures, musique et même astronomie. La Mère supérieure la remarque et lui donne l’occasion de s’introduire dans sa famille noble comme préceptrice de la petite princesse. Modesta se fait apprécier et épousant le fils de famille mongolien devient princesse aussi?

Après l’épidémie de grippe espagnole, Modesta, maintenant chef de famille, quitte la campagne pour Catane. Elle met au monde un enfant, adopte celui que son mari a fait à son infirmière, fait venir une nourrice et son fils. La villa au bord de la mer se remplit d’enfants et d’invités. Nous suivrons maintenant les aventures de toute cette tribu et de ceux qui fréquentent la maisons, domestiques mais surtout amants, militants, amantes….

L’Art de la Joie est l’histoire d’une femme libre, féministe et très sensuelle. Grande amoureuse, Modesta a vite compris qu’il fallait vivre au bout de ses passions parce que l’amour finit par lasser et ne dure pas. Amoureuses et amants se succèdent. Pas de mari, elle ne veut pas de maître. Cet aspect  est parfois ennuyeux. Modesta est irrésistible, ni femme ni homme ne lui résiste. Séductrice, belle, sûre d’elle même. Et agaçante pour la lectrice qui la trouve bien imbue de sa personne. Et puis le sexe c’est excitant quand on le vit pas forcément quand on le lit.

Le livre est écrit essentiellement sous forme de dialogues souvent répétitifs. Combien de fois elle se serre contre sa partenaire, sent son sein chaud, la (le) couvre de baisers. Heureusement l’intendant lui apprend à monter à cheval, le médecin lui apprend à nager, Joyce la psychanalyse, Nina l’anarchie …

Livre féministe, dépeignant une femme très forte, très belle, très intelligente, n’en jetez plus! Certains aspects sont quand même très limite. Modesta a quand même tué deux femmes pour monter l’échelle sociale. Elle est toujours à la limite de l’inceste…

On se laisse immerger dans ce roman-fleuve qu’on rejette parfois pour le reprendre plus tard. Comme l’a très bien écrit Celine de Babelio, on ne sait pas vraiment si on a aimé!

La mer couleur de vin – Leonardo Sciascia

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

la mer couleur de vin

Recueil de 13 nouvelles très différentes les unes des autres, se déroulant toutes en Sicile à différentes époques. La première Réversibilité met en scène Le roi Ferdinand du Royaume des deux Siciles et Mussolini, tandis que Giufà remonte au temps des Arabes en Sicile. Les autres sont plus contemporaines.

La nouvelle qui a donné le titre au recueil La mer couleur de vin, raconte un voyage en train Rome -Agrigente par Reggio de Calabre.

« Le fait est, pensa l’ingénieur, qu’un voyage est comme une représentation de l’existence, par synthèse par contraction de l’espace et du temps ; un peu comme le théâtre, en somme ; il s’y recréent intensément, sur un fond inconscient de fiction, les éléments les raisons et les rapports de notre vie »

La couleur de vin de la mer est une référence à Homère. la Sicile est diverse, Grecque, « voilà la Grèce  la Sicile ; la question peut être là !A propos de tout, il faut que nous nous référions à la Grèce »Arabe, aussi comme Giufà nous le rappelle. Hilarante leçon d’étymologie du mot Mafia dans Philologie. La mafia, la grande affaire sicilienne : comme le raconte le Western en Sicile , Sciascia y fait allusion dans nombreux textes.

Le Long voyage est une histoire d’émigration, histoire d’autrefois, du temps que les Siciliens poussés par la pauvreté émigraient aux Etats Unis. C’est aussi une histoire actuelle. Les Siciliens qui voient les migrants arriver aujourd’hui s’en souviennent-ils encore?

Histoires ironiques, même drôles parfois, comme Affaires des Saints, en miroir on enlève la statue de l’autel de Sainte Filomena, la sainte locale  et la dépouille de Staline est retirée du mausolée….

Moi qui lis très peu de nouvelles, j’ai beaucoup aimé ce roman, d’écriture limpide, racontant diverses facettes de la Sicile.

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la Secte des Anges – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

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Andrea Camilleri est le « père » de Montalbano dont je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes, il a aussi écrit de romans historiques. J’avais adoré  le Roi Zozimo que j’avais  lu en riant aux éclats.
La Secte des Anges s’inspire d’une histoire vraie.
En 1901, A Palizzolo, une bourgade de Sicile, une étrange rumeur d’épidémie de choléra affole la population. Le prêtres partent en croisade contre la secte des angesl’avocat Teresi, défenseur des pauvres gens, et anticlérical notoire. Les autorités font appel aux carabiniers pour rétablir l’ordre….Pas de choléra mais plutôt une épidémie de grossesses chez les jeunes filles de bonne famille et dévotes.
Camilleri raconte avec humour et truculence sa Sicile. Aristocrates, mafia et clergé se liguent contre Teresi. Intimidation, violence, la justice a bien du mal à passer.
La narration est alerte, le rythme endiablé, avec tous les rebondissements de l’affaire. En revanche le style est alourdi par l’usage d’un « argot »(?) ou dialecte(?) étrange. Difficile de traduire les particularismes linguistiques de Camilleri! Le traducteur a fait appel à tout un corpus de mots inconnus qui entravent la compréhension. Il aurait fallu fournir le lexique. Un ou deux mots déformés ou inventés de temps en temps, passe encore, mais il y en trop!
Cela ralentit la lecture sans la gâter toutefois.
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Dernier jour à Palerme

CARNET SICILIEN

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Nous ne sommes pas logées au piano nobile mais à l’étage au dessus, dans les chambres des domestiques ? Point de balcon ni haut plafond ni moulures. La fenêtre donne sur la rue. Du reste, une très jolie vue sur les toits, les coupoles, les jardins suspendus en terrasse. A quelle église appartient la belle coupole vernissée ?

Malgré des prévisions météo désastreuses le ciel de l’aube a de belles teintes mauves et roses.
Cappuccino et beignet à ma cantine habituelle.

Quartier Capo, poissonneries

exploration du quartier Capo vers le bord de mer avec le marché au poisson, le Castello .

A 8h30 la rue Roma est bien vide et ennuyeuse. Les rideaux de fer sont baissés. La Vucceria, marché renommé? n’a pas encore déballé ses étals. Seul un vendeur de coquillages régale les commerçants voisins en ouvrant des huîtres. Mercredi, ces rues étaient très animées ? Les rues en ruine conduisent au port. Une placette harmonieuse accroche le regard. Parfois la vue est bouchée par les étais de bois qui soutiennent les façades à moitié écroulées. Résultat des bombardements ou d’un tremblement de terre ? Les voiliers de la marina se balancent doucement sous un pâle soleil. Le marché aux poissons, 1ère étape du programme, est fermé le dimanche. C’est un bâtiment de ciment ressemblant à n’importe quelle criée .Le poisson a été pour nous une déception. En vacances au bord de la mer, nous pensons trouver du poisson frais. Dans les petits village, impossible de trouver un poissonnier. Paraît il que le poisson se vendrait sur les quais ? A Terrasini les pêcheurs étaient au café, nous avons acheté de l’espadon surgelé. A Palerme, le marché regorge de poisson de toute fraîcheur. Les sardines toutes raides. Nous avons l’impression que tout le poisson de l’île est arrivé à Palerme ;

Santa Merda!

Du Castello, il ne reste que les fondations au milieu d’un terrain vague grillagé dans un décor de bâtiments modernes laids reconstruits après la guerre . Des écoles bien taguées : »Santa Merda » . Comme cela doit être bien d’enseigner à sainte Merde !
Nous négligeons deux églises : l’Oratorio del Rosario et la Chiesa di S Maria en Valverde.

 

L’oratoire San Lorenzo, putti de Serpotta

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A l’ombre de l’énorme église S Domenico, dans une ruelle, se trouve le petit oratoire de San Lorenzo dont j’avais cherché la clé en vain. Un groupe d’Américains attend la conférencière accompagnée d’un monsieur en veste rouge qui ouvre l’oratoire, et allume les lumières. Nous avons de la chance ! Il vient d’être restauré. Est ce encore une église ou un musée de Serpotta ? Sans un regard pour les grandes toiles peintes, nous nous occupons d’abord des grandes statues représentant les Vertus : l’Humilité porte un oiseau sur la tête, le Courage, Fortitude prend une pose alanguie, on s’attendrait à une attitude plus martiale . Rien à dire de la Charité et la Justice .Les putti avec toute leur malice, leurs jeux, leur fantaisie, n’apportent toute leur grâce. Sans eux, les Vertus palermeputti0002auraient été ennuyeuses. Fernandez les a si bien décrits que je trouve rien à ajouter. Nous cherchons les plus amusants pour les photos. Ce n’est pas évident. Ceux qui se détachent sur le fond or de l’orgue ressortiront mieux. Sur un fond blanc, ce sera plus difficile. Je suis ravie. J’attendais avec impatience de les voir après mes lectures. C’est une aubaine d’être arrivées en même temps que le groupe, le dernier jour. Nous leur emboîtons donc le pas pour profiter de notre sésame. L’Oratoire del Rosario est beaucoup plus classique.
San Domenico
Visite éclair à San Domenico, grande église ennuyeuse, un regard au chien portant la bougie sur la façade. Domine cani rappelle Dominique.
panini
Il est temps de rentrer. Nous vient l’idée de nous faire nous même les panini au marché. J’entre dans une salumeria qui vend également du pain. C’est une mauvaise adresse. Le charcutier est un malappris qui nous fait lanterner, ne pèse même pas le salami et évalue sa marchandise à 4 €. Nous aurions pu trouver bien moins cher et meilleur dans un bar !

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route vers l’aéroport
Pour éviter l’embouteillage inévitable de la Circonvallazione et ses travaux, j’ai l’idée de rendre la route qui longe le port puis qui mène à Mondello. Il fait beau. La côte est découpée. La route se faufile entre le rocher abrupt et nu du Mont Pellegrino et la mer. Nous retrouvons les bouchons en traversant Addaura. Arrivées à Mondello, Dominique est très inquiète. Nous ne nous arrêterons pas pour fouler le sable une dernière fois. De toutes façons le parking est impossible. On se contentera de regarder une sorte de casino aux toitures de pagode Belle Epoque ornée de flèches et de pointes construit sur pilotis dans la mer, ainsi que les très belles villas Liberty qui ressemblent à celles du Vedado.
Midi, nous posons la voiture sur le parking des voitures de location. L’entrée de l’aéroport est très mal conçue : le parking est séparé de l’aérogare par une route infranchissable avec les bagages. Il faudrait abandonner le caddie et prendre un escalier puis un ascenseur. Enregistrement à 13h10 et attente interminable dans le hall d’embarquement. Notre avion est en panne. Nous devons attendre près de trois heures qu’un autre le remplace.
En vol
Les nuages nous cachent les côtes siciliennes, nous ne reverrons pas Trappeto. Au dessus de la Sardaigne, les nuages se dissipent, nous survolons la Corse et reconnaissons l’aéroport de Nice. Dominique cherche Menton. A partir de Serre Ponçon, je connais toutes les montagnes. J’arrive à identifier tous mes sommets, Bure et son observatoire, le Grand Ferrand, l’Obiou et même le Rocher de Garnesier et le vallon des Aiguilles. L’avion fait cap vers le nord survolant des régions inconnues. Je ne retrouve mes repères qu’en Sein et Marne. Le cercle parfait d’Eurodisney, les pistes de Roissy. Comme l’avion ne peut pas atterrir, on nous offre un merveilleux survol de Paris. Nous nous amusons beaucoup à trouver Villeneuve et la gare de triage, Choisy et nos tennis, Mondor, le Montaigut…puis Notre Dame, les Invalides, la tour Eiffel ! Nous avons oublié l’attente. Plaisir du voyage en avion.

Retour à Palerme – catacombe dei capuccini – la Ziza

CARNET SICILIEN

Palerme sous la pluie, catacombes des Capuccini, Ziza,

 palermerues sous la pluie0003


Mauvais temps.

Nous arrivons à Palerme par la via Calatafimi, toujours aussi encombrée, la circulation est toujours aussi infernale. Les voitures font toujours n’importe quoi. Une voiture grille un feu, se repent et recule en pleine circulation manquant une moto juste derrière. Une autre s’arrête en pleine circulation, le chauffeur prend tout son temps pour choisir ses tomates …

Catacombes des Capuccini

Les Catacombes des Capuccini sont situées à côté du cimetière. je donne 1€ au gardien du parking qui nous trouve une place.  Il a l’air content. La voiture sera bien gardée. Heureusement : toutes nos affaires sont dans le coffre.

A l’entrée des catacombes, pas de billetterie mais l « offrande » est tarifée : 1.5€ par personne. Un vieux moine en robe de bure encaisse. Des panneaux incitent au respect « lieu sacré ».

Par un couloir puis un escalier nous arrivons à une porte vitrée : nous voici dans le domaine des morts. Si nous étions seules ce serait plutôt terrifiant. Des groupes de touristes parlent à haute voix, rient même très fort. Ce manque de respect aux défunts est choquant mais tempère l’aspect macabre de la visite. Debout, alignés sur plusieurs étages, dans des alvéoles verticales ou arrondies en haut, ou couchés dans des loges horizontales, certains dans des cercueils ouverts. En rang habillés de leurs beaux habits fanés. Leur crâne est le plus souvent dénudé. Quelquefois la peau est restée. Certains ont encore une physionomie qui permet d’imaginer le personnage vivant. Les enfants portent des robes fines décorées de petits plis et de dentelles. Des hommes sont habillés de redingotes ou portent des imperméables. Ce qui m’étonne le plus, ce sont les dates sur les étiquettes. Tous sont morts au 19ème siècle entre 1850 et 1890. L’idée de la momification est liée dans mon imagination à l’Antiquité ou aux civilisations incas. En 1870, les gens n’étaient pas bien différents de maintenant. Ils vivaient une vie moderne, peut être connaissaient déjà le téléphone ? Qui a eu l’idée de cette momification ? Le défunt ? Sa famille ? Comment a t on livré ces morts aux visites touristiques ?

La Ziza château arabo-normand

la Ziza : un palais arabe pour un roi normand
la Ziza : un palais arabe pour un roi normand

Comme la voiture est bien garée et que sur le plan cela paraît près, nous décidons d’aller à pied à la Ziza. Il faut contourner le cimetière. Nous parvenons dans une zone bizarre avec des petits jardins potagers puis d’énormes immeubles d’habitations en hautes barres peintes d’ocre foncé et de vert. Nous demandons notre chemin à une dame qui porte un parapluie. Très gentille, elle propose de nous accompagner et m’offre la moitié de son ombrelle. Justement, son fils passe en voiture et nous emmène jusqu’au Palais de la Ziza.
Le château arabo-normand est un édifice cubique. Seules quelques ogives trahissent son origine normande. On dirait un  palais arabe ? Maintenant, il est situé dans  un quartier d’habitations. Dans sa splendeur première il  était entouré de jardins, de vergers. Une pièce d’eau rectangulaires et d’autres pavillons cubiques en faisait un palais oriental de rêve. Les poètes arabes le vantent dans tout l’Orient comme un lieu paradisiaque. Derrière des tôles de chantier, on s’affaire à restaurer le parc initial. Le palais a subi bien des vicissitudes :la dernière en date fut un écroulement d’un bon quart. La restauration récente, béton brut et brique est très sobre. Les voûtes arabes en nid d’abeille ont été conservées.

Entrelacs arabes et mosaïques byzantines
Entrelacs arabes et mosaïques byzantines

Deux salles d’apparat sont superposées. Celle du bas s’ouvre sur un arc en fer à cheval, en face une niche en nid d’abeille. Une fontaine de marbre avec un bassin s’écoule vers l’extérieur. Au fond trois mosaïques byzantines, des frises arabes comme celles de la chapelle Palatine dans du marbre blanc. Au dessus la salle de réception est ornée de colonnes romaines en granite avec des chapiteaux corinthiens. Au centre, un impluvium était relié à un système sophistiqué d’écoulement des eaux. Bien sûr, le Palais est vide. Il sert de lieu pour des expositions. Objets décoratifs islamiques : faïences, cuivres et moucharabiehs  sont anachroniques mais bien mis en valeur. Des panneaux racontent l’art de vivre dans les palais normands. Ils sont illustrés par les reproductions de peintures du plafond de la Chapelle Palatine. C’est une excellente idée. Dans la foule des visiteurs et dans la pénombre je n’avais pas vu les scènes peintes. Il aurait fallu d’excellentes jumelles.
Cela me donne l’idée de retourner à la Chapelle Palatine.

Rose et noir

les couleurs de Palerme
les couleurs de Palerme

Le retour, sous la pluie, est plus court que prévu. Les rues sont pavoisées de rose et noir, les couleurs de l’équipe de foot de Palerme ?

Chiuso!

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Nous nous installons dans la voiture devant l’entrée de la Chapelle Palatine pour surveiller l’entrée. Curieusement, il n’y a que de rares touristes qui ne s’attardent pas. A 14h45, je vais me poster à la grille. Elle ne s’ouvrira pas. Fermé le samedi après midi !
Comme c’est l’heure de la sieste, il y a peu de voitures. Nous prenons Vittore Emmanuele jusqu’au Quattro Canti puis la Maqueda. Nous retrouverons notre Palais, l’escalier de marbre rouge, l’entrée avec son blason, les plantes vertes et le parking dans la cour. Mais nous n’avons plus la belle chambre donnant sur le patio.

marionnettes

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La pluie a cessé, nous nous promenons dans les rues de notre quartier et allons à la Cathédrale pour chercher le spectacle de marionnettes « Opera degli Pupi ». La salle est toute petite, deux pièces d’habitations en rez de chaussée réunies. De simples bancs, un castelet de guignol. La pièce : Orlando Rinaldo et la belle Angelica. Nous arrivons en même temps que deux groupes de touristes allemands. Le marionnettiste raconte l’histoire avant le début du spectacle ? Orlando (Roland) part à Paris se marier avec la belle Angelica. Rinaldo (Renaud) prétend enlever Angelica. Duel entre les deux prétendants que Charlemagne sépare. Il veut leur couper la tête et promet Angelica à celui qui tuera le plus de Sarrasins. Tous les Sarrasins sont tués mais Charlemagne garde Angelica auprès de lui pour que Rinaldo et Orlando, les preuxs paladins (qui sont mariés par ailleurs) continuent à tuer des Sarrasins.

palermeropra degli  pupi
Les marionnettes hautes de 80 à90 cm sont en bois articulées. Elles pèsent 10 kg habillées de leurs armures et de leurs armes avec des panaches emplumés. Les morceaux de bravoure sont les batailles. Les Sarrasins sont découpés dans le sens de la longueur ou décapités.
Nous rentrons par le marché qui occupe le quartier derrière l’hôtel. par hasard nous passons devant l’église du Gesu bien cachée dans le dédale des ruelles de l’Albergheria avec les étals du marché qui cache les perspectives. Cette église très réputée est très belle, très baroque. Mais elle est pleine, il y a un mariage comme dans toutes les églises que nous avons visitées aujourd’hui. Le samedi d’après Pâques doit être un jour faste pour se marier ! Nous nous promettons de revenir demain matin.
Au coin d’une ruelle : une banderole. Une manifestation ? Ce sont les Ivoiriens de Palerme qui se réunissent. Musique et ambiance africaine. Une femme en boubou remplit un jerrican d’eau à une borne fontaine d’une placette. Pendant que les hommes palabrent, les femmes vont à l’eau comme en Afrique. Sauf qu’ici, ils habitent dans des palais. Palais bien délabrés avec des colonnes, des balcons renflés des moulures mais pas l’eau