CARNET SICILIEN
Pourquoi n’irais je pas seule en train puisque la gare est tout près du gîte ? Gare déserte, pas de billetterie ni d’horaires. Dominique me conduit à la fin de l’autoroute quand le périphérique devient un boulevard embouteillé.
A pied
Pour rejoindre le centre, ¾ d’heure de marche d’un bon pas dans une ville moderne, bruyante et sans intérêt. Aucun taxi ne passe, les autobus vont à la vitesse du l’embouteillage. Je marche tout droit en suivant mon plan.
L’Opéra
A dix heures, je suis devant l’Opéra, le Teatro Massimo, place Verdi. Opéra : énorme bâtiment orange aux colonnes doriques ressemblant au Panthéon. Lourde bâtisse, imposante aussi. Des calèches attendent les touristes.
La Poste
Via Cavour, Via Roma. Ici commence mon parcours touristique solitaire, au hasard. Je passe devant la poste mussolinienne, énorme bâtiment gris clair, marbre poli.
San Domenico
Place San Domenico, je retrouve le baroque : une colonne et des statues devant l’imposante église. Intérieur classique peint en gris, haute nef, énormes colonnes, genre d’église qui me glace. L’oratoire San Domenico – situé derrière- est célèbre pour ses stucs de Serpotta. Malheureusement il est fermé. Je rencontre une Française et son fils. Ensemble, nous cherchons la clé dans les magasins de bondieuseries. Introuvable ! Tant pis ! Cela aussi, fait partie du jeu : Chiuso est le premier mot que les touristes apprennent en Italie !
Vucceria
Je traverse le fameux marché de la Vucceria : beaux étals colorés, avant d’arriver à San Francisco d’Assisi . Le portail gothique à lignes brisées me repose du baroque. Intérieur très simple. Je remarque surtout les statues blanches de Serpotta (puisque j’ai raté les putti de l’Oratoire): huit allégories, la Justice, l’Humilité porte un canard sur la tête, la Foi, très rébarbative …
Me voici retournée en territoire connu. Nous avions exploré ce quartier après la visite à la Cathédrale. Je revois avec plaisir les rues tranquilles sans autos, prends la via Alloro, retrouve le Palais détruit dont il ne reste plus qu’un pan, colonnes et moulures de stuc.
Gancia
Je tente ma chance à l’église de la Gancia au fond de la cour d’un couvent. Deux Japonaises ont sonné à un Interphone : on vient. Un petit monsieur âgé nous fait une visite guidée. Avant que j’ouvre la bouche, il me demande si je parle espagnol ; « oui, mais je comprends l’Italien ». Je ne sais pas pourquoi il tient absolument à faire la visite en Espagnol alors que les Japonaises comprennent l’Italien. Pendant les premières minutes, il mélange allègrement les deux langues. C’est une église franciscaine, ce qui explique sa relative sobriété. Il paraît s’excuser du baroque de quelques chapelles. Plutôt qu’un commentaire pictural, il raconte les épisodes de l’histoire sainte que les Japonaises n’ont pas l’air de connaître. Les tableaux ne sont pas exceptionnels (le XVII et le XVIIIème, en ce qui concerne la peinture religieuse, ne me passionnent pas) en revanche, il nous présente une madone de Gagini et nous parle de cette famille de sculpteurs. Deux petits chérubins de Serpotta me plaisent bien, surtout celui qui est habillé en moine, perché sur une corniche, petit moine farceur. Le buffet d’orgue, en bois peint est aussi très beau. Même si cette église ne m’enthousiasme pas, ces visites guidées sont toujours une bonne surprise. Une occasion de pratiquer la langue et d’avoir un contact avec les habitants.
Palazzo Abatellis
Le Palazzo Abatellis se trouve à deux pas. C’est un beau palais bien restauré dans ce quartier complètement ruiné qui donne des idées des splendeurs anciennes. C’est surtout la Galerie Régionale de Sicile. Dès la première salle, je retrouve les sculptures de Laurana et de Gagini. Décidément aujourd’hui est le jour de la sculpture ! Le buste d’Eléonore d’Aragon de Laurana est une merveille de pureté de ligne dans un marbre (ou de l’albâtre ?) d’une grande finesse. Avant de quitter le Palais j’irai lui faire une dernière visite ! L’école des Gagini est bien représentée, les madones allaitantes (je pense à la petite madone espagnole, interdite puis volée) l’interdit espagnol ne semble pas s’être étendu à la Sicile.
Une grande fresque du Triomphe de la Mort est très impressionnante.
Les salles de peinture sont intéressantes et me confirment dans mon admiration des peintures anciennes du XIV et XV et mon rejet e ce qui vient après.
La Magione

En cherchant la Magione, qui doit être proche, je me perds dans les petites rues bombardées il y a soixante ans, qui se dégradent. Des gens vivent dans des palais à moitié écroulés. Des chantiers innombrables barrent les rues Un curieux palais à moitié restauré, à moitié écroulé occupe le coin de la rue sur la place de la Kalsa.
Sans porter un regard au portique baroque, j’entre dans le petit jardin de la Magione. Datant de 1150 de style arabo-normand, appartenant à un monastère cistercien. Le nom de Magione vient des Croisades pour lesquelles elle fut un lieu important. Le jardin, la sobriété de la façade contraste avec les églises baroques que je viens de voir. Le joli petit cloître est reposant.
Préoccupations triviales, téléphone…
Midi passé, temps de me préoccuper du train du retour puisque je suis à côté de la gare. Pas de problème : deux trains possibles 15h40 arrivée 16h55 (trop tôt) et 18h40 arrivée 19h55 qui me laissera une belle après midi de visite .Autre problème pratique : téléphoner à Dominique. Résolu facilement grâce aux boutiques de téléphone sur la Maqueda tenues par des Africains à l’intention des nombreux immigrés vivant dans ce quartier. Un Africain anglophone, très serviable, me compose le numéro. Il faut passer par la France avec leOO33 . Tout se passe bien jusqu’à ce que Dominique décroche, complètement affolée : nous avons été cambriolées, la pochette rouge contenant nos billets d’avion et ma Carte Bleue a disparu. Voilà qui gâche les vacances. Je lui dis de chercher dans la valise verte, je rappellerai dans un quart d’heure. En attendant j’avale une part de pizza sans aucun appétit. Je me propose de prendre le prochain train et essaie de réfléchir à toutes les démarches à faire avec l’assistance de la Carte Bleue.
Heureusement, Dominique a trouvé la pochette rouge. Me voilà bien soulagée !
Cathédrale
Je retourne à la Cathédrale, mange une glace à la terrasse d’un beau café et décide de passer l’interruption de la « sieste » dans le petit square derrière l’abside afin de dessiner les motifs décoratifs noirs et blancs. Entreprise bien prétentieuse ! il me faudrait un compas, une équerre et un temps infini ! Dessiner permet au moins d’observer !
Je fais un tour à la Cathédrale et m’en fais chasser : je n’ai pas de billet. Nous étions entrées gratuitement samedi à la suite des scolaires.
Chapelle Palatine
A 14h45, j’arrive la première derrière la grille du palais Normand pour la visite de la Chapelle Palatine. Des Français, venus sans guides, me demandent de leur faire la lecture, cela passe le temps ! Ils sont ravis.
La Chapelle Palatine est encore plus belle que la Cathédrale de Monreale. Toute dorée. Mêmes motifs, mais en plus fin (sauf des ajouts postérieurs affreux) Etrange mariage de l’art byzantin et de l’art arabe. Byzantines les mosaïques représentant la Genèse, la Création, la Chute, l’Arche de Noé, le sacrifice d’Abraham, l’histoire de Jacob (comme à Monreale) mais aussi l’histoire de Pierre et de Paul sur les murs de la nef. Arabes, les plafonds à caissons entièrement peints (mais je n’ai pas mes jumelles), arabes les marqueteries de marbres et les motifs aux tesselles de verre. Une frise de palmiers (motif que j’avais justement trouvé à la cathédrale) se détache sur le marbre blanc. En face du chœur, une curieuse estrade avec des motifs orientaux.
San Giovanni degli Eremiti
San Giovanni degli Eremiti est le clou de cette journée. L’église tout à fait charmante avec ses quatre petits dômes rouges sur montant un édifice rectangulaire, une ancienne mosquée et son campanile coiffé d’un autre petit dôme. Toute la magie du lieu est crée par le jardin extraordinaire. Des orangers embaument, un palmier habille le campanile, des philodendrons géants partent à l’assaut des ruines. Même les figuiers de barbarie sont domestiqués et ajoutent une touche maure.
L’intérieur est très sobre, on ne retrouve pas l’ancienne mosquée mais les Normands n’ont rien ajouté (ou il ne reste plus rien) Le cloître est tout petit, charmant avec ses fines colonnes blanches et ses chapiteaux en feuilles d’acanthe .Il est planté de quatre grenadiers, de papyrus et d’une ranger de feuillage blanc et vert. Je reste près de deux heures à dessiner. Je ne suis pas seule. Deux petits garçons ont de gros cahiers à couverture noire dur grand format. Ils se débrouillent mieux que moi. Leur mère vient emprunter Le Monde. Elle est américaine, me dit qu’elle en a honte, qu’ils vivent en Angleterre et ne comptent pas retourner à Chicago tant que Bush sera président. Elle parle un Français parfait.
Je quitte vers 17h40 à regrets, le jardin enchanteur, traverse le marché et débouche à l’Hôtel Orientale. Des touristes, justement prennent en photo le patio.
Retour en train
A 18h, je fais la queue pour mon billet. Heureusement que je me suis prise à l’avance, l’informatique est récalcitrante, il faut attendre 20 minutes pour obtenir un billet de banlieue.Le petit train de deux wagons part vide de la Gare Centrale, il se remplit aux autres stations de Palerme. Il longe la mer. Le soleil se couche dans de belles teintes flamboyantes ? C’est le premier soir sans nuages .
Dominique m’attend à la gare. Sur la table de la cuisine, magnifique bouquet de marguerites jaune rehaussé par des épis de blé barbus.



























































