LIRE POUR LA SARDAIGNE
Grazia Deledda – prix Nobel 1926 – est très célèbre dans son pays. Pourtant avant notre départ pour la Sardaigne personne ne m’avait signalé cet écrivain. Après avoir lu sur place Roseaux sous le Vent , au retour j’ai emprunté ces deux ouvrages à la bibliothèque.
Dans l’ombre, la mère

Maria- Maddalena, jeune veuve, servante, est fière de la réussite de son fils Paulo, curé du village , les villageois l’ont acclamé. Pourtant dans l’ombre, elle attend son retour. Son instinct lui prédit le drame. Peur du scandale, ou du péché, elle extorque de son fils la promesse qu’il ne rejoindra plus Agnese.
Tragédie, deux nuits, trois jours et demie dans la vie du prêtre et tout semble s’accélérer. Cèdera-t-il à la tentation, ou tiendra-t-il parole ?
Nuits d’angoisse, d’hésitations, de remords, de retours…journées bien remplie dans le village.
On lui demande d’exorciser une petite fille possédée. Et on voit comme un miracle la fillette se calmer. Tout le village fait un triomphe au prêtre qui est rempli de doutes. Antioco, l’enfant de chœur le porte aux nues. Lui aussi sera prêtre Paulo. Maria Maddalena le raisonne :
« – Les prêtres ne peuvent pas se marier. Et toi, si tu voulais te marier ?
– Je ne le veux pas parce que Dieu ne le veut pas
– Dieu ? c’est le Pape qui ne le veut pas, dit la Mère quelque peu agacée… »
La question du célibat des curés ne me concerne nullement mais la réaction de la mère qui a interdit à son fils de fréquenter Agnese est troublante.
Evocation pittoresque des derniers instants d’un berger, chasseur solitaire, le Roi Nicodème, qui vit avec son chien et un aigle apprivoisé, personnage intéressant que celui du garde champêtre. Pendant que Paulo donne l’extrême onction, pendant la messe, il est obsédé par sa passion mauvaise.
Extrême tension dramatique dans ce court roman que j’ai dévoré malgré le thème.
Elias Portulu

A Nuoro, la famille de Zio Portulu est enfin réunie :
« tu les vois maintenant mes fils ? Trois colombes ! Et forts, hein, et sains, et jolis ! »
Pietro, l’agriculteur est fiancé, le mariage se fera après les récoltes, Mattia, un peu simplet est berger. Une famille unie, prospère qui fête le retour d’Elias sorti de prison.
Les réjouissances se poursuivent à la neuvaine de San Francesco qui se déroule dans la montagne, toute la famille partage la cumbissia avec d’autres, on allume des feux de lentisque, on prie, certes mais aussi on chante, on boit ; le petit abbé Porcheddu égaie ses paroissiens. Grazia Deledda excelle quand elle évoque ces fêtes villageoises. J’avais beaucoup aimé ses descriptions dans Les roseaux sous le vent. Maddalena, la fiancée de Pietro est de la fête, elle ne prête que peu d’attention à son futur et couve Elias du regard.
« Non ! Ne crains rien mon frère !disait-il mentalement à Pietro. Alors qu’elle viendrait dans mes bras, je la repousserais. Je ne veux pas d’elle. Elle est à toi. »
Amours interdites qui vont empoisonner la vie d’Elias.
Il cherche le calme parmi les brebis de la bergerie de son père, prend pour confident un vieux berger qui devine son tourment et lui conseille de se déclarer et d’empêcher le mariage tant qu’il est encore temps. Mais Elias est faible, il se laisse emporter par la passion, tout en étant incapable d’affronter sa famille.
Puisqu’il ne peut épouser Maddalena, il se fera prêtre. Prêtre sans vocation. Faible toujours, obsédé par son amour, se débattant contre le péché…
Alors que j’avais adoré les Roseaux sous le vent j’ai eu du mal à m’intéresser à cette thématique religieuse qui est bien loin de mes préoccupations.