Plus haut que la mer – Francesca Melandri

LE MOIS ITALIEN

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L’Asinara

Une belle découverte : écriture limpide. Évocation solaire.

« Car si on veut garder quelqu’un vraiment à l’écart du reste du monde, il n’y a pas de mur plus haut que la mer. »
Le sujet est sombre : la condition carcérale et le terrorisme des années de plomb. Dans cette prison de haute sécurité sont enfermés non seulement des terroristes mais aussi toutes catégories de condamnés violents. le jeune gardien de prison est contaminé par cette violence au point que sa femme ne le reconnait plus.

« Était-il possible que ls visiteurs d’une prison spéciale soient accueillis par la beauté dde la nature? »
Paolo et Luisa viennent visiter la prison, lui son fils, elle, son mari. Loyauté sans concession. Paolo conserve dans son portefeuille le portrait de la fille de la victime assassiné par son fils. Luisa ne regrette pas sa vie conjugale marquée de violence.
Prison sur une île, Alcatraz italien, j’ai reconnu l’Asinara . Parfums de la terre, mer changeante sous les vents violents.

Et en plus, un amour de haute mer éclôt :

« Un amour qui, tel un bateau de haute mer, est seulement entouré d’une étendue infinie de caps possibles que pourtant, on le sait déjà, ni les circonsgtances ni le temps ne permettront d’explorer »
Un livre que j’aurais dû emporter lors de notre voyage en Sardaigne…

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D’acier – Silvia Avallone

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

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Ce challenge m’a donné l’occasion de découvrir  D’acier de Silvia Avallone  et de retourner virtuellement en Toscane , à Piombino plus exactement, en face de lIle d’Elbe . Qui dit Toscane pense Florence ou Sienne, Renaissance italienne, peut être Chianti ou oliviers. On l’associe moins aux Monts Métallifères et à la sidérurgie. Nous avons visité les abords de Piombino, Populonia , ses tombes étrusques et le Parc archéo-minier de San Silvestro , depuis l’Antiquité, les Étrusques et les Romains on travaille les métaux dans la région.

Aciéries, face au paradis touristique qu’est l’île d’Elbe…. ce n’est pas le seul paradoxe de ce livre.

« la mer et le mur des barres d’immeubles, le soleil brûlant de juin, c’était comme la vie et la mort qui s’insultent. Pas de doute : vue de l’extérieur, pour ceux qui n’y habitaient pas, la via Stalingrado c’était une désolation. Pire : la misère »

« L’idée de la municipalité communiste, c’était que les métallos aussi avaient droit à un appartement avec vue »

Que puis-je ajouter aux 92 critiques, le plus souvent très élogieuses, publiées sur Babélio?

Les citations que j’ai soulignées sur ma liseuses, peut-être:

Le décor, est donc planté, la cité où vivent les familles d’Anna et de Francesca, leurs parents, Alessio et ses copains..

D’acier se joue aussi à la fonderie Lucchini

« Mais il y a encore trente ans, vingt mille personnes travaillaient là, le marché était en pleine expansion, l’Occident qi reproduit son monde et qui l’exporte Il n’étaient plus que deux mille aujourd’hui, sous traitants compris »

Récit de ces aciéries en crise, en sursis, attendant la délocalisation. Dans cette année 2001 quand le Parti Communiste a perdu ses troupes et ses mythes

« Son père avait le mythe d’Al Capone et du Parrain – celui de Coppola. Son frère avait sa carte au syndicat des métallos mais il votait Forza Italia. Parce que Berluscoi, lui, c’est sur que ce n’est pas un minable »

C’est l’histoire de l’amitié de deux filles de treize/quatorze ans qui brûlent leur adolescence, jouent comme des fillettes et découvrent la sexualité, l’amour, les garçons. Amitié-passion qui sera mise à mal quand les garçons interviendront…Ce roman se déroule à l’ombre du haut fourneau qui déverse ses coulées brûlantes, où des machines infernales se démènent au risque de broyer les hommes.

«  »C’était un peu comme être dans un aquarium. la coulée du haut-fourneau la-haut enflammait le ciel, infestait de nuées et de poisons, et tu sentais ton corps fondre. Tu transpirais le cour battant la chamade.  » […] on le sait bien qu’à l’intérieur de la Lucchini, dans ses viscères bougent des jambes, des bras, des têtes humaines, des êtres de chair. Mais personne , jamais, n’arrivera à prendre la mesure de ce labeur gigantesque… »

Pour survivre à ce monstre et – pire encore – à son extinction annoncée, les hommes sont violents comme le père de Francesca, ou ils se droguent avant, pendant et après le travail. Ils trafiquent ou s’abrutissent. .Sordides soirées dans les boites de nuit.Au bar d’Aldo,  ils assistent à la chute des Tours jumelles, incrédules.

« Anna, en regardant pour la énième fois tomber les géants de béton au cour de Manhattan sentit que l’Histoire existait, que l’Histoire, c’était cette chose immense et incompréhensible dont pourtant elle faisait  partie. Elle s’étonnait d’appartenir à l’Histoire, mais surtout elle se rendait compte que Francesca lui manquait… »

La grande force de ce livre est de raconter une histoire avec des personnages attachants et  divers mais aussi de l’inscrire dans le monde, dans l’histoire, et non pas de façon abstraite mais avec la chaleur brûlante de l’acier qui s’écoule, avec la brutalité des engins de chantier gigantesques.

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Lettres d’Otrante – Geneviève Bergé

MOIS ITALIEN D’EIMELLE

 

L’arrivée d’un livre de La Masse Critique de Babélio est toujours une surprise.

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J’avais choisi le titre à cause d’Otrante . Il semblait entrer dans le cadre du Challenge initié par Eimelle. La présentation de l’éditeur parlait également de l’arrivée de clandestins,  ce qui est tout à fait d’actualité. Dernière raison de mon choix, l’envie de découvrir Otrante que nous n’avions pas atteinte dans notre tour des Pouilles.

Je remercie donc Babélio et les Editions Luce Wilquin  de ce cadeau

La Masse Critique c’est aussi un lecture « à l’aveugle » d’un livre qui vient de paraître et qui n’a pas encore été annoncé avec les tambours et trompettes de la renommée. Sauf si on a tiré un livre d’un auteur connu, on est dans les premiers à découvrir une pépite ou un pensum. C’est le charme de l’opération. 

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Le choix est donc important, et le résumé de l’éditeur primordial. Finissons en avec le sujet qui fâche! Ce n’est pas un livre sur l’arrivée des clandestins. Des clandestins, nous n’en rencontrerons que deux – une mère et sa fille érythréennes – bien intégrées semble-t-il, plus une ombre furtive avec une capuche orange. Bien sûr, il y a la rumeur qui meuble les conversations du bar de Fabio, pour les conversations du café du commerce point n’est besoin d’aller au bout de la botte italienne….

 

 

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La mosaïque de Pantaleone est la bonne surprise du livre.

 

J’aurais toutefois aimé en savoir plus .Comment on s’y prend pour la restaurer.Est-ce qu’on nettoie les tesselles? Est-ce qu’on les remplace. Quelles ont été les études préalables? Qui sont les restaurateurs, des mosaïstes, des archéologues? Aafke, l’épistolière, décrit les motifs qu’elle restaure, je pressens des merveilles cachées, des symboles bibliques, des allusions à la vie au Moyen Age, des légendes locales comme celle du tireur d’épine qui m’a charmée. Il y avait sans doute plus à raconter sur cette mosaïque qui est l’une des plus étendue d’Italie. J’ai passé 3 jours pleins à Ravenne sans me lasser, je suis absolument fan de mosaïque.

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Jolie évocation de la petite ville d’Otrante hors saison et des masserie dans la campagne environnante pour le challenge d’Eimelle!

 

 

 

 

Le véritable sujet des Lettres d’Otrante est beaucoup plus grave. Aafke raconte son quotidien, la mosaïque,son installation dans le studio de Simona, son chaton … à Peter. Qui est donc  ce Peter qui ne répond jamais, ou par un seul mot? Un ancien ami, un ancien amant? on ne le saura pas. Analyste ou analysant, quand elle fait allusion à Lacan. Ses réponses laconiques sont comme les petits mots par lesquelles l’analyste relance le discours de l’analysant. Le monologue d’Aafke y ressemble. Monologue mortifère qui commence par le massacre d’une portée de loirs, continue avec une naissance gémellaire qui s’est mal passée, arrivée de corps des migrants sur la plage, sans parler des ossements des martyrs du massacre des turcs en 1480….la mort est toujours présente. Et c’est plombant! J’ai failli refermer le livre avant la fin. Au fil des lettres on comprend mieux le sens de cette correspondance. (je ne veux pas spoiler). Il vaut mieux être prévenu, et je ne l’étais pas. 

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la Secte des Anges – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

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Andrea Camilleri est le « père » de Montalbano dont je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes, il a aussi écrit de romans historiques. J’avais adoré  le Roi Zozimo que j’avais  lu en riant aux éclats.
La Secte des Anges s’inspire d’une histoire vraie.
En 1901, A Palizzolo, une bourgade de Sicile, une étrange rumeur d’épidémie de choléra affole la population. Le prêtres partent en croisade contre la secte des angesl’avocat Teresi, défenseur des pauvres gens, et anticlérical notoire. Les autorités font appel aux carabiniers pour rétablir l’ordre….Pas de choléra mais plutôt une épidémie de grossesses chez les jeunes filles de bonne famille et dévotes.
Camilleri raconte avec humour et truculence sa Sicile. Aristocrates, mafia et clergé se liguent contre Teresi. Intimidation, violence, la justice a bien du mal à passer.
La narration est alerte, le rythme endiablé, avec tous les rebondissements de l’affaire. En revanche le style est alourdi par l’usage d’un « argot »(?) ou dialecte(?) étrange. Difficile de traduire les particularismes linguistiques de Camilleri! Le traducteur a fait appel à tout un corpus de mots inconnus qui entravent la compréhension. Il aurait fallu fournir le lexique. Un ou deux mots déformés ou inventés de temps en temps, passe encore, mais il y en trop!
Cela ralentit la lecture sans la gâter toutefois.
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Les Joyaux du paradis – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

Venise sans Brunetti? Pourquoi pas.

Catarina, jeune musicologue mène une enquête savante à la suite de la découverte de deux malles ayant appartenu à un musicien vénitien du 18ème siècle.  Sujet  intéressant. D’autant plus que le musicien a vraiment composé et que j’ai pu accompagner cette lecture de ses œuvres (trouvées sur Deezer).Le musicien était aussi un diplomate et un abbé…La recherche du contexte historique est très instructive.
Mais l’enquête traîne, la documentaliste mange des barres chocolatées dans la vénérable bibliothèque Marciana (sacrilège!) – j’aimais mieux la cuisine élaborée de Paola avec les recettes et ingrédients.

Remplissage: la chercheuse « clique sur Envoyer » à la fin de chaque mail. Le flirt avec le trop bien habillé avocat n’a aucun intérêt. Je m’ennuie. j’ai envie de connaître la fin mais cela traîne.

Enfin! surprise, le dénouement est curieux, mais bien artificiel.

peut être aimerez vous cette Niobe de Steffani ?

Le Gouverneur de Morée – Bruno Racine

LIRE POUR LA GRECE ET POUR VENISE

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1711-1715 la république de Venise nomme Sagredo, gouverneur de Morée. Il s’installe à Nauplie et se consacre à la construction d’un fort imprenable. L’architecte Lassalle est chargé des travaux.

Sagredo tient son journal pendant ces années.

Occasion de retourner à Nauplie, de chevaucher jusqu’à Corinthe, dans un Péloponnèse – en apparence – pacifié.

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Occasion surtout de rêver à Venise, ses vénérables palazzi, ses bals maqués, les bouches de lions pour les lettres de dénonciation, de se pencher sur la politique subtile et parfois retorse de la Serenissime.

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Le gouverneur se livre, sans se découvrir, se méfie autant des Vénitiens que des Grecs ou des Turcs. Prudence diplomatique, défiance, les échanges avec la population locale sont réduits à l’achat de marbre auprès d’un entrepreneur complaisant, ou service d’un ancien pirate gracié devenu le domestique du gouverneur.

Sagrédo nommera son fort Palamède et nous livre une évocation de ce héros mythologique. Réussira-t-il à édifier la chapelle, touche personnelle qui signera son oeuvre ajoutée aux fortifications de Lassalle?

Confidences en finesse.

Un livre léger, délicat agréable à lire

le fils de Bakounine – Sergio ATZENI

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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Qui fut Tullio Saba ?

cvt_Le-Fils-de-Bakounine_4217 (1)Ce court roman est une série de récits de ceux qui l’ont connu.

« Va à Guspini, les Guspinois ont une bonne mémoire, c’était l’un des leurs, ils savent tout, si tu demandes, ils raconteront. « 

Guspini est une petite ville au pied de Montevecchio, le site minier que nous avons visité cet été, mine de zinc et de plomb fermée dans les années 80, village fantôme encore très habité par les souvenirs.

« C’était un brave garçon. Mineur. Camarade. Même dirigeant du parti. Un peu fou. »

Courts récits, dialogues, monologues le plus souvent dont on ne connait pas toujours l’auteur,

«façon de raconter désordonnée, incohérente, j’entortille tous les fils… »

C’est donc l’histoire de cette ville minière des années 30, des temps du fascisme aux années 50. Histoires de mineurs mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits trafics, de curé et d’anticléricaux…de luttes syndicales et politiques

Bakounine était le père de Tullio Saba. Cordonnier aisé : vingt ouvriers travaillaient à coudre des souliers pour la mine. Personnage complexe qui régalait à sa table le patron de la mine mais qui proférait des paroles anarchistes plus pour agacer le curé que par conviction et avait ainsi  gagné son surnom.

Le fascisme a ruiné la cordonnerie et les conditions de travail à la mine se sont durcies. Dérisoires manifestations des mineurs écrivant le nom de Staline au plus profond des galeries du puits Giovanni ou fêtant le 1er Mai en accrochant un drapeau rouge au clocher de l’église.

En 1942, Tullio Saba part à la guerre, les récits divergent. Fut-il un héros libérant Naples avec les américains ? Fut-il un profiteur du marché noir ?

La guerre finie, il revient à la mine, devient un dirigeant politique….

Plus on avance dans le roman, plus je m’attache au personnage, aux récits un peu désordonnés, foutraques, histoires pittoresques que les Guspinois ont racontés.

Padre Padrone – L’Education d’un berger sarde Gavino Ledda

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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Hutte de berger près de Thiesi

 

C’est à six ans tout juste que le père de Gavino retire l’enfant de l’école pour en faire un berger, l’emmène dans la montagne au dessus de Siligo, dans le Logudoro – province de Sassari – où il apprendra dans la solitude  – glacée en hiver – à garder le troupeau avec la seule compagnie du chien Rusigabedra, de l’âne Pacifico du bruissement du feuillage des grands chênes-liège ou du torrent. Intimité avec la nature sauvage. Quelques histoires de bandits sardes. Et la « pédagogie » féroce du père : les coups de ceinture ou de branchages au moindre écart. Plus tard, il apprendra à traire et ira même livrer lait et fromage au village.

affiche padre padroneApprentissage du métier de berger, mais aussi d’agriculteur. Piocher la vigne. Dès que l’enfant est assez grand on lui confie une paire de bœufs pour labourer et il devra louer ses bras aux autres métayers.

« la compétition dans le travail servait de fondement moral, elle permettait d’accéder au prestige social » et à la richesse. »

La famille Ledda, quittant le village pour vivre à la bergerie, vit dans une certaine sauvagerie, loin des écoles, des distractions et de la société des hommes. Mais avec le travail acharné du père, la richesse n’est pas loin : ils défrichent les chênes, bonifient les champs et la vigne. La fierté du père est l’oliveraie crée de rien, avec des pousses sauvages, dans une clairière. Les oliviers sont plus « les enfants chéris » du père que ses enfants humains.

Chênes-lièges près de Bitti
Chênes-lièges près de Bitti

« Ce combat effréné pour accroître notre bien, dans une rivalité acharnée avec les autres, n’était qu’un mouvement incontrôlé de notre inconscient, dans la quête rapace de « ce qui est à moi » opposé à ce qui est à toi » terrain obligé du devenir social »

Analyse Gavino Ledda

« chacun de nous était un arbre engagé dans ce combat impitoyable et cruel en pleine nature : tous les bergers, une chênaie, plongeant à l’envie leurs racines dans le sol et élevant leurs frondaisons en cherchant à avoir le dessus »

Monde d’une cruauté et d’une violence terrible. Renards qui mangent les agneaux, agneaux que les bergers, les valets mal nourris se volent entre eux. Combat avec les éléments : le gel décima en 1956 l’oliveraie réduisant à néant les efforts du père, les sauterelles que l’on combat avec des moyens dérisoires….

Arrivé à l’âge adulte, Gavino comme tous les jeunes du village songe à émigrer. Retenu par son père il va s’engager. C’est à l’armée sur le continent que le jeune solitaire, illettré, ne parlant que le Sarde va découvrir la solidarité de tous ceux qui l’aideront à apprendre l’Italien, puis le métier de radio-monteur, puis à faire des études. Gavino trouve sa voie, il étudiera. Malgré l’opposition du père, malgré les privations.

Et il deviendra écrivain et professeur.

pour le plaisir le film de Taviani – mais il n’est pas sous-titré –

Accabadora – Michela Murgia

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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« Fillus de anima – c’est ainsi qu’on appelle les enfants doublement engendrés, de la pauvreté d’une femme et de la stérilité d’une autre. De ce second accouchement était née Maria Listru, fruit tardif de l’âme de Bonaria Urrai. »

Ainsi commence le roman de Michela Murgia.

Je ne connaissais pas cette  coutume matriarcale qui permet de donner un enfant à une femme stérile. Est-ce une curiosité sarde ? Ou est-elle répandue ailleurs ?

L’auteure nous raconte l’histoire de Maria dans le village de Soreni – village de l’intérieur de la Sardaigne où l’on cultive la vigne et le blé. Maria échappe à la pauvreté et grandit dans l’affection de Bonaria – la couturière – qui l’envoie d’abord à l’école où elle est une élève brillante avant de lui transmettre son métier. Le récit se déroule dans une atmosphère rurale intemporelle – peut être dans les années 50. Bonaria a perdu son fiancé à la guerre. Quelle guerre ? Seul détail de modernité, le poste de télévision qu’on placera pour distraire un malade.

D’autres coutumes étranges confèrent un caractère un magique à la vie villageoise. Où disparaît Bonaria la nuit ? Pourquoi le paysan malveillant, en déplaçant une murette pour agrandir son champ aux dépens de celui du voisin a-t-il enterré un chiot vivant dans le tas de pierres ? Qu’est ce que cette araignée qui rend fou comme la tarentule ? Pourquoi la police a-t-elle fermé les yeux sur l’ »accident » qui a coûté la jambe de Nicola Bastiu ? Traditions originales que ces préparatifs de mariage avec la confection de pâtisseries compliquées aux origines très anciennes, comme ce pain extraordinaire que déjà les Nuraghi il y a 3000ans décoraient en l’estampant avec des moules de céramique.

 

Bonaria est lAcabadora, celle qui donne le coup de grâce aux vieillards, qui abrège l’agonie des malades. Chacun connaît au village le rôle de Bonaria. Quand Maria découvre le pouvoir de sa mère adoptive, elle préfère fuir sur le continent plutôt que de l’accepter. Car Maria est une jeune fille  moderne, bonne élève, amoureuse d’Andréa Bastiu sans vouloir se l’avouer, adaptable, elle deviendra la gouvernante d’enfants bourgeois de Turin avant de revenir finalement à Soreni auprès de Bonaria mourante ?

J’ai beaucoup aimé ce roman envoûtant.

 

Grazia Deledda – Dans l’ombre, la mère – Ellias Portulu

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Grazia Deledda – prix Nobel 1926 – est très célèbre dans son pays. Pourtant avant notre départ pour la Sardaigne personne ne m’avait signalé cet écrivain. Après avoir lu sur place Roseaux sous le Vent , au retour j’ai emprunté ces deux ouvrages à la bibliothèque.

Dans l’ombre, la mère

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Maria- Maddalena, jeune veuve, servante, est fière de la réussite de son fils Paulo, curé du village , les villageois l’ont acclamé. Pourtant dans l’ombre, elle attend son retour. Son instinct lui prédit le drame. Peur du scandale, ou du péché, elle extorque de son fils la promesse qu’il ne rejoindra plus Agnese.

Tragédie, deux nuits, trois jours et demie dans la vie du prêtre et tout semble s’accélérer. Cèdera-t-il à la tentation, ou tiendra-t-il parole ?

Nuits d’angoisse, d’hésitations, de remords, de retours…journées bien remplie dans le village.

On lui demande d’exorciser une petite fille possédée. Et on voit comme un miracle la fillette se calmer. Tout le village fait un triomphe au prêtre qui est rempli de doutes. Antioco, l’enfant de chœur le porte aux nues. Lui aussi sera prêtre Paulo. Maria Maddalena le raisonne :

«    –  Les prêtres ne peuvent pas se marier. Et toi, si tu voulais te marier ?

–          Je ne le veux pas parce que Dieu ne le veut pas

–          Dieu ? c’est le Pape qui ne le veut pas, dit la Mère quelque peu agacée… »

La question du célibat des curés ne me concerne nullement mais la réaction de la mère qui a interdit à son fils de fréquenter Agnese est troublante.

Evocation pittoresque des derniers instants d’un berger, chasseur solitaire, le Roi Nicodème, qui vit avec son chien et un aigle apprivoisé, personnage intéressant que celui du garde champêtre. Pendant que Paulo donne l’extrême onction, pendant la messe, il est obsédé par sa passion mauvaise.

Extrême tension dramatique dans ce court roman que j’ai dévoré malgré le thème.

 

 Elias Portulu

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A Nuoro, la famille de Zio Portulu est enfin réunie :

« tu les vois maintenant mes fils ? Trois colombes ! Et forts, hein, et sains, et jolis ! »

Pietro, l’agriculteur est fiancé, le mariage se fera après les récoltes, Mattia, un peu simplet est berger. Une famille unie, prospère qui fête le retour d’Elias sorti de prison.

Les réjouissances se poursuivent à la neuvaine de San Francesco qui se déroule dans la montagne, toute la famille partage la cumbissia avec d’autres, on allume des feux de lentisque, on prie, certes mais aussi on chante, on boit ; le petit abbé Porcheddu égaie ses paroissiens. Grazia Deledda excelle quand elle évoque ces fêtes villageoises. J’avais beaucoup aimé ses descriptions dans Les roseaux sous le vent. Maddalena, la fiancée de Pietro est de la fête, elle ne prête que peu d’attention à son futur et couve Elias du regard.

« Non ! Ne crains rien mon frère !disait-il mentalement à Pietro. Alors qu’elle viendrait dans mes bras, je la repousserais. Je ne veux pas d’elle. Elle est à toi. »

Amours interdites qui vont empoisonner la vie d’Elias.

Il cherche le calme parmi les brebis de la bergerie de son père, prend pour confident un vieux berger qui devine son tourment et lui conseille de se déclarer et d’empêcher le mariage tant qu’il est encore temps. Mais Elias est faible, il se laisse emporter par la passion, tout en étant incapable d’affronter sa famille.

Puisqu’il ne peut épouser Maddalena, il se fera prêtre. Prêtre sans vocation. Faible toujours, obsédé par son amour, se débattant contre le péché…

Alors que j’avais adoré les Roseaux sous le vent j’ai eu du mal à m’intéresser à cette thématique religieuse qui est bien loin de mes préoccupations.