LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..
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Le Narrateur est retourné à Balbecil est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurinqui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes.
Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc., et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot (et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord) et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…
[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.
Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania
« Homme » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…
Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.
« De quoi parliez-vous donc? dit Albertine étonnée du ton solennel de père de famille que venait d’usurper M. de Charlus.- De Balzac, se hâta de répondre le baron, et vous avez justement ce soir la toilette de la princesse de Cadignan, pas la première, celle du dîner, mais la seconde. […]C’est une nouvelle exquise, dit le baron d’un ton rêveur. je connais le petit jardin où Diane de Cadignan se promena avec M. d’Espart….. »
Sodome et Gomorrhe terminé, j’ai lu cette nouvelle d’une centaine de pages suivant la recommandation de M. de Charlus. Après avoir ramé dans la Recherche, longueurs et répétitions, quel bonheur de retrouver Balzac rafraîchissant comme une boisson pétillante légèrement acidulée.
La princesse de Cadignan, autrefoisduchesse de Maufrigneuse, après les évènements de Juillet 1830, ruinée s’est rangée dans une profonde retraite et voulut faire oublier sa vie scandaleuse :
« Elle avait passé sa vie à s’amuser, elle était un vrai don Juan femelle, à cette différence près que ce n’est pas à souper qu’elle eût invité la statue de pierre, et certes elle aurait eu raison de la statue. »
Trente six ans, encore belle, elle aspire à un nouvel amour. A sa seule confidente, Madame d’Espards, elle se livre
je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour,
Pourtant, un homme, en secret, l’a suivie au spectacle, dans la rue, sans jamais l’aborder, Michel Chrestien, mort tragiquement. Son ami, l’écrivain Daniel d’Arthez connaissant Blondet et Rastignac, est invité à diner chez Madame d’Espards qui provoque la rencontre avec la princesse de Cadignan. Ils évoqueront le souvenir de Michel, mais pas seulement, d’Arthez n’est pas insensible au charme de la princesse
Après cette conversation, la princesse avait la profondeur d’un abîme, la grâce d’une reine, la corruption des diplomates, le mystère d’une initiation, le danger d’une syrène.
La suite du roman met en scène la séduction toute en douceur, toute en finesse que met en œuvre la princesse pour conquérir d’Arthez. Balzac détaille tous les stratagèmes et la maîtrise de la conquête. La toilette grise, qu’évoquait le Baron de Charlus.
« Elle offrit au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce pleine d’abandon, le vêtement d’une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, «
Après cette longue préparation, quand Arthez est bien accroché, elle va lui livrer ses secrets, qui ont donné le titre au livre.
Ici commence l’une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont l’un sera la dupe de l’autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartufe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine scénique, et qui, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés par la nécessité, un drame horrible qu’il faudrait nommer l’envers du vice
Il vous faudra lire le livre pour découvrir ces secrets!
Et nous voici repartis pour une interminable soirée de près de 100 pages chez le prince de Guermantes!
Dans A l‘Ombre des jeunes filles en fleurs et Le côté de Guermantes, nous avions assisté à un dîner chez Madame de Villeparisis, un autre chez la duchesse de Guermantes. Ces mondanités ont un fâcheux effet soporifique, ma liseuse me tombe des mains, ce qui est bien ennuyeux si je lis dans le métro. Des personnages très nobles, très titrés, se livrent à une comédie protocolaire où il convient d’être « présenté« , où on fait semblant de ne pas voir tel ou tel importun, où médisances et piques se distillent dans la plus grande des politesses (enfin pas toujours). La lectrice doit être très attentive aux liens de parenté, aux diminutifs et surnoms, se souvenir des liaisons secrètes (ou pas) où d’anciennes maîtresses ne doivent pas croiser leurs rivales….Si encore ces personnages étaient sympathiques, mais ce n’est vraiment pas le cas.
Le narrateur n’est pas très sûr d’être invité à cette soirée, il ne fait pas vraiment partie de ce monde du Faubourg Saint Germain. Il n’a pas été « présenté » au maître de maison, le Prince de Guermantes. Il passe un bon moment à chercher qui voudra se charger de cette formalité. Certains propos sont savoureux, d’autres franchement ennuyeux.
« On entendait, dominant toutes les conversations, l’intarissable jacassement de M. de Charlus… »
qui est au centre de l’attention du narrateur. M. de Charlusest bien trop occupé pour le présenter, d’ailleurs un fâcheux, médecin, détourne Marcel de l’attention du baron. Tout aussi importun, M. de Vaugoubert, un diplomate, ne sera pas plus utile.
M. de Charlus est attiré par les deux fils de Madame de Surgis, deux éphèbes d’une grande beauté affligés des prénoms ridicules d’Arnulphe et de Victurnien.
Provocateur, il s’amuse à bloquer Mme de Saint-Euverte, venue glaner des invités pour sa garden-party du lendemain, et lui inflige le couplet suivant :
La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup: «Oh! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances», c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange[…]On me dit que l’infatigable marcheuse donne des «garden-parties», moi j’appellerais ça «des invites à se promener dans les égouts». Est-ce que vous allez vous crotter là?
Proust vulgaire? Le baron de Charlus, un Guermantes, est ici chez lui, il peut se permettre n’importe quoi, il imprime de son insolence, la morgue l’impunité que sa naissance lui confère.
Ce beau monde ne fait pas toujours dans la délicatesse et le bon goût. Madame d’Arpajon arrosée par un jet d’eau, provoque l’hilarité du grand-duc Wladimir avec des « roulements militaires du rire » ponctué de « bravo la vieille! » encore plus désobligeant. Le grand monde ne fait pas montre de la meilleure éducation!
Mon intérêt est piqué par la rencontre avec Swannqui a eu une entrevue étrange avec le Prince. A-t-il été éconduit? Swann malade, vieilli,
« Swann était arrivé à l’âge du prophète. Certes, avec sa figure d’où, sous l’action de la maladie des segments
entiers avaient disparu, comme dans un bloc de glace qui fond et dont des pans entiers sont tombés, il
avait bien changé. »
Son nez (nez juif?) est devenu monstrueux. Il fait pitié dans ce salon impitoyable et antisémite. Sa présence remet l’Affaire Dreyfus au centre de la conversation. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. Le prince après avoir vanté les beautés de la France et
ce qu’elle a de plus splendide, son armée qu’il m’était trop cruel de lui faire part de mes soupçons qui n’atteignaient, il est vrai que quelques officiers. Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers puissent se tromper. J’en reparlai encore à Beauserfeuil, il m’avoua que des machinations coupables avaient été ourdies, que le
bordereau n’était peut-être pas de Dreyfus, mais que la preuve éclatante de sa culpabilité existait. C’était la
pièce Henry. Et quelques jours après, on apprenait que c’était un faux. Dès lors, en cachette de la Princesse,
je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore; bientôt je n’eus plus aucun doute, je ne pouvais plus
dormir. Je m’ouvris de mes souffrances morales à notre ami, l’abbé Poiré, chez qui je rencontrai avec
étonnement la même conviction, et je fis dire par lui des messes à l’intention de Dreyfus, de sa
malheureuse femme et de ses enfants. Sur ces entrefaites, un matin que j’allais chez la Princesse, je vis sa femme de chambre qui cachait quelque chose qu’elle avait dans la main. Je lui demandai en riant ce que
c’était, elle rougit et ne voulut pas me le dire. J’avais la plus grande confiance dans ma femme, […]ce que sa femme de chambre cachait en entrant dans sa chambre, ce qu’elle allait lui acheter tous les jours,
c’était l’Aurore.
Quelle surprise! Subir toutes ces mondanités sans se décourager est bien récompensé!
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L’église de Combray
Depuis des années je passe sur l’Autoroute A11 devant le panneau Illiers-Combray ; à l’occasion de la lecture commune de la Recherche du temps perdu, déjà 2112 pages au compteur de la liseuse, il fallait vraiment faire le détour! (Sortie 3.1). Et, comme au siècle de Proust, l’église apparait, vue de loin avec le bourg blotti sous son clocher. En 1971, le village d’Illiers a changé son nom en Illiers-Combrayen hommage à Marcel Proust qui y passait ses vacances chez la Tante Léonie.
Le jardin de la Maison de Tante Léonie
Le Musée Marcel Proust est installé dans la Maison de Tante Léonie. Il a fait l’objet d’une restauration récente et a réouvert en mai 2024. En haute saison, il ouvre à partir de 11 h toute la semaine, en base et moyenne saison l’après midi seulement en semaine.
la Vivonne et ses nénuphars –
Comme nous sommes arrivées trop tôt nous avons commencé par une promenade près de la rivière, appelée par l’auteur « La Vivonne« , en réalité le Loir. Les promenades à pied et à vélo sont très bien aménagées. La gare D’Illiers-Combray est le point de départ d’une véloroute–Le Loir à Vélo. Le GR 35 – Du Perche au Loir – y passe également. Des panneaux balisent les promenades sur le thème de Marcel Proust. On peut laisser la voiture sur un parking en face du « Parc Swann » ou en ville sur la grand place Maunoury non loin de l’église.
pré Catelan, parc du château de Swann
J’ai découvert un beau lavoircouvert en bord du Loir puis le Parc du Pré-Catelan créé par un oncle de Marcel Proust inspiré par le Pré-Catelan du Bois de Boulogne à Paris. Je me suis souvenue de l’allée d’aubépines, la saison est passée, point d’aubépines fin Aout! Surprise par la pente : Combray est à la limite de la plate Beauce et du Perche vallonné.
Le petit bourg est tranquille, il y a quand même deux supérettes près de l’église, une boulangerie un peu plus loin, et une boucherie-charcuterie vendant des pâtés délectables (pâté en croute, volaille et graines de moutarde, pâté de lapin). Le pique-nique sera parfait en bord de rivière.
église saint jacques d’Illiers-Combray
11 heures ont sonné au clocher de l’église SaintJacques. Joli porche gothique ouvragé. Je suis étonnée par les couleurs vives de la voûte peinte et par les vitraux. Je me souviens que le jeune Narrateur était ravi des lumières colorées qui nimbaient les statues. Les vitraux ont été réhabilités récemment par la Maison Lorin.
A 11 heures, je me présente donc au Musée Marcel Proust qui occupe la maison de Tante Léonie. Une grande salle avec une frise chronologique, des photos anciennes et beaucoup d’explications permettent de se resituer dans l’œuvre de Proust. De très belles photos, certaines de Nadar nous permettent de mieux connaître la famille de l’écrivain. Son père, Adrien, sa mère Jeanne
j’ai aimé la vraie « Françoise »
Il est temps de visiter la maison! On entre dans un vestibule et un salon oriental illustrant les liens de la famille avec l’Algérie. Le Salon Adrien Proust meublé de velours rouge est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais de même que la salle à manger
Salle à manger des Proust
La cuisine de Françoise est magnifique. Un plat à asperges rappelle sa persécution de la fille de cuisine allergique aux asperge qui devait les plumer
La cuisine de Françoise
A l’étage, je découvre les chambres, celle de Léonie avec sa bouteille de Vichy-Celestins, ses livres de messe, ses ordonnances de médicaments et une statue de la Vierge. On voit aussi la tisane et la fameuse madeleine. Dans la chambre de Marcel , je découvre la lanterne magique qui projette encore aujourd’hui l’histoire de Geneviève de Brabant. Son lit dans une alcôve était celui d’un enfant!
Il faut avoir le texte encore bien présent à la mémoire pour profiter pleinement de cette visite émouvante.
Au deuxième étage on peut visionner des vidéogrammes autour de l’œuvre ou de la vie de Proust. mais j’ai préféré me consacrer plutôt au pèlerinage sentimental dans les objets d’époque. Et retourner au texte, je viens de finir Sodome et Gomorrhe.!
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NOTA BENE : la prochaine récapitulation n°3 est prévue le 13 septembre 2024 !
Le Côté de Guermantes fait suite A l’Ombre des Jeunes filles enFleurs.
La famille de Marcel, le narrateur, a déménagé dans l’Hôtelde Guermantes, partageant avec la Duchesse de Guermantes la cour. Leurs domestiques se fréquentent ainsi que Jupien, le giletier et le concierge de l’immeuble. En revanche grande discrétion entre les Guermantes et la famille de Marcel qui ne fait pas vraiment partie du même monde.
Le lecteur découvre le nouveau logement avec les yeux de Françoise, la servante de la Tante Eulalie à Combray qui a accompagné la grand-mère et Marcel à Balbec .
« Françoise vivait avec nous en symbiose »
Femme du peuple, simple paysanne, de caractère très marqué, ambivalent luttant pour garder le pouvoir sur la fille de cuisine, dévouée à sa patronne mais tyrannique envers les serviteurs. Apparaissent à l’office de nouveaux personnages : Jupien, l’ancien giletier, le jeune valet de pied des Guermantes...La fréquentation des domestiques des Guermantes complète les présentations :
« Je me demande si ce ne serait pas euss qui ont leur château à Guermantes, à dix lieux de Combray »
La vieille servante est un personnage pittoresque au parler savoureux. Elle assure aussi le lien avec Combray, Méséglise. J’ai beaucoup apprécié les ragots de l’office, la résistance passive des domestiques aux caprices des maîtres en allongeant la pause du repas de midi.
Françoise est un pilier de la famille du narrateur. Son rôle dans la maladie et la mort de la Grand-mère est important mais même quand sa présence est nécessaire auprès de l’aïeule, elle n’oublie pas de garder sa place dans les travaux domestiques, refusant de laisser capter la moindre des tâches par un autre serviteur. Cette position dominante, je l’avais déjà remarquée à Combray au service de la Tante Eulalie. Personnage complexe, elle déchiffre à sa manière les relations sociales, devine des interactions, intervient dans la vie de Marcel. A propos de son intrusion dans la chambre de Marcel alors qu’il allait embrasser Albertine :
« Françoise, ne pouvant nous répondre de façon explicite, parlait comme Tirésias et eût écrit comme Tacite «
La fascination de Marcel pour l’aristocratie que représentent les Guermantesdéjà agaçante à Combray quand la Duchesse apparaissait à l’enfant nimbée des couleurs des vitraux, continue sérieusement à m’agacer. La fréquentation de Saint-Loup, rencontré à Balbec, neveu de la duchesse aurait pu modérer cette fascination
« Mais alors j’avais connu Saint-Loup; il m’avait appris que le château ne s’appelait Guermantes que depuis le XVIIe siècle où sa famille l’avait acquis. Elle avait résidé jusque-là dans le voisinage, et son titre ne venait pas de cette région. Le village de Guermantes avait reçu son nom du château, après lequel il avait été construit, et pour qu’il n’en détruisît pas les perspectives, une servitude restée en vigueur réglait le tracé des rues et limitait la hauteur des maisons. Quant aux tapisseries, elles étaient de Boucher, achetées au XIXe siècle par un Guermantes amateur, »
Marcel idéalise la duchesse qui l’a reconnu et salué à l‘Opéra-Comique . Il en tombe amoureux. Toutes ses manœuvres pour croiser son regard au détour d’une promenade matinale, tentatives amoureuses vaines m’ont bien ennuyée. Je retrouve ces mêmes sentiments à l’égard de Gilberte et de madame Swann que j’avais trouvés convenus et artificiels. Et, à nouveau, je m’ennuie!
Heureusement, Proust sait décrire des scènes plus pittoresques comme cette représentation à l‘Opéra-Comique est une description et une analyse des rapports sociaux très savoureuse. Je m’amuse du spectacle qui se déroule dans la salle, orchestre, balcon et baignoires. aussi important que celui qui se joue sur la scène.
Dépité de n’avoir pas été présenté à la Duchesse de Guermantes, Marcel fait le voyage à Doncières retrouver Robert de Saint-Loup où le sous-officier est cantonné. Comme le voyage à Balbec dans le tome précédent, je le suis avec grand plaisir dans ses découvertes provinciales. Proust nous donne un aperçu de la vie militaire. Son amitié avec Saint-Loup est sincère. Saint-Loup est brillant, beau cavalier, esprit éclairé : malgré un environnement conservateur, il professe des idées avancées, dreyfusard. Sa maitresse, Rachel, est comédienne. La famille de Saint-Loup réprouve cette liaison et Marcel est témoin de la rupture.
La première partie du livre se termine avec le retour de Marcel à Paris.
J’ai retrouvé avec plaisir l’univers de la Recherche après avoir fait une longue pause. Variations infimes sur un même thème avec des personnages récurrents que j’ai plaisir à retrouver. Ses parents déménagent, les points de vue changent. L’enfant a grandi, l’adolescent de Balbec est un jeune homme que je commence à mieux connaître.
LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, NATHALIE, ATHALIE, KEISHA et d’autres…..
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Claudialucia et Miriam ont avancé dans la lecture de A l’Ombre des Jeunes filles en fleur. Nathalie et Athalie ont préféré faire des lectures autour de Marcel Proust. Ce bilan 2 sera suivi d’autres récapitulations à mesure que nous avancerons dans la lecture de la Recherche. Nous espérons que d’autres blogueuses.eurs nous rejoindrons (je suis nulle en point médian)
KEISHA
Thierry Laget : Proust prix Goncourt, une émeute littéraire
Vous serez transportés bien loin du quotidien, dans des paysages sauvages, des traditions médiévales, ou dans un passé pas si lointain, où l’Albanie avait des points communs avec la Corée du Nord actuelle. Sujets originaux mais surtout un grand écrivain.
J’ai suivi allégrement Marcel Proustà Combray. Tout me plaisait : le regard curieux et tendre de l’enfant qui découvrait la campagne, les fleurs, le jardin, les décors de l’église. J’ai découvert avec lui la campagne, les clochers qui s’éloignaient, les épines blanches de Guermantes.
Je me suis attachée aux personnages, à ses parents, ses tantes, à la tante Léonie et à ses relations fantasques avec Françoise, servante et maîtresse des autres domestiques. J’ai goûté la cuisine de Françoise….
J’ai terminé Un amour de Swann depuis six semaines et je n’ai pas encore écrit mon compte-rendu, cela ne venait pas, il faut bien que je me force aujourd’hui.
Je suis entrée dans le salon de Mme Verdurin avec un certain agacement. Toutes ces conventions prétentieuses pour « ne pas ressembler aux ennuyeux » m’ont paru bien snobs et artificielles. Cette coterie de « fidèles »« d’habitués » m’a déplu.
J’avais été séduite par Swann à Combray . Son mystère, sa discrétion, son désir de ne pas gêner la famille de Marcel en cachant ses relations mondaines, tout cela témoignait d’une grande délicatesse.
L’esthète qui conseillait les lectures de l’enfant me faisait deviner un personnage intéressant. Swann ami d‘Odette de Crécy est décrit comme un Don Juan blasé
Mais Swann aimait tellement les femmes qu’à partir du jour où il avait connu à peu près toutes celles de l’aristocratie et où elles n’avaient plus rien à lui apprendre, il n’avait plus tenu à ces lettres de naturalisation, presque des titres de noblesse, que lui avait octroyées le faubourg Saint Germain, que comme sorte de valeur d’échange de lettre de crédit dénuée de prix en elle même, mais lui permettant de s’improviser une situation dans tel petit trou de province ou tel milieu obscur de Paris, où la fille de hobereau lui avait paru jolie. Car le désir ou l’amour lui rendait un sentiment de vanité sont il était maintenant exempt dans l’habitude de la vie
Par curiosité (?) Swanns’introduit dans le salon de Mme Verdurin, on ne sent pas vraiment d’amour pour Odette de Crécy, de la curiosité peut-être? Rien ne prouve un amour sincère. Ce Swann –ci me semble peu intéressant et peu sympathique. Il sonnerait presque faux. Les aventures piquantes dont il se vante sont franchement odieuses.
Odette de Crécy n’est même pas « son genre » de beauté. Cette femme du « demi-monde » se pique d’être intéressée par l’art tandis que Swannallègue des travaux sur Ver Meer de Delft .
La présence du peintre et du pianiste éveille un peu plus mon intérêt. j’ai bien aimé les pages sur la musique et la sonate de Vinteuil
« Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant amorcer chez Swann la possibilité d’une sorte de rajeunissement. »
« Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous … »
Le jeune narrateur se consacre avec passion à la lecture. Son ami Bloch lui recommande Bergotte et le détourne de Musset?
« persuadé que mes pensées eussent paru pure ineptie à cet esprit parfait, j’avais tellement fait table rase de toutes, que quand par hasard il m’arriva d’en rencontrer, dans tels livres, une que j’avais déjà eu moi-même, mon cœur se gonflait comme si Dieu dans sa bonté me l’avait rendue, l’avait ,déclarée légitime et belle. Il arrivait qu’une page de lui disait les mêmes choses que j’écrivais souvent la nuit à ma grand’mère et à ma mère quand je ne pouvais dormir, si bien que cette page de Bergotte avait l’air d’u recueil d’épigraphes pour être placées en tête de mes lettres. Même plus tard quand je commençais de composer un livre, certaines phrases dont la qualité ne suffit pas pour décider à la continue, j’en retrouvais l’équivalent dans Bergotte… «
Le jeune narrateur se met déjà dans la situation de composer un livre, d’écrire.
Swann le conforte dans son admiration de Bergotte. mais qui est donc Bergotte. Quand le rencontrerons-nous? Un écrivain existant ou un idéal?
Lecture et écriture, le jeune est déjà écrivain quand il regarde la nature au cours de ses promenades
Alors, bien en dehors de toutes ces préoccupations littéraires et ne s’y rattachant en rien, tout d’un coup un toit, un reflet de soleil sur une pierre, l’odeur d’un chemin me faisaient arrêter par un plaisir particulier qu’ils me donnaient, et aussi parce qu’ils avaient l’air de cacher au delà de ce que je voyais, quelque chose qu’ils m’invitaient à venir prendre et que malgré mes efforts je n’arrivais pas à découvrir. Comme je sentais que cela se trouvait en eux, je restais là, immobile, à regarder, à respirer, à tâcher d’aller avec ma pensée au delà de l’image ou de l’odeur. Je m’attachais à me rappeler exactement la ligne du toit, la nuance de la pierre qui, sans que je pusse comprendre pourquoi, m’avaient semblé pleines, prêtes à s’entr’ouvrir, à me livrer ce dont elles n’étaient qu’un couvercle. Certes ce n’était pas des impressions de ce genre qui pouvaient me rendre l’espérance que j’avais perdue de pouvoir être un jour écrivain et poète, car elles étaient toujours liées à un objet particulier dépourvu de valeur intellectuelle
La personnalité de l’écrivain s’ébauche dans ces lignes. Pour notre plus grand plaisir! Plaisir de sentir la lumière toucher la pierre… d’imaginer, de se laisser porter. Quand l’écrivain va-t-il s’affirmer? Comment? Suspens! Encore quelques centaines de pages…..
Marcel Proust : Les Plaisirs et les jours
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