Lire pour l’Afrique : LE CLEZIO : L’Africain

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Le Clezio est il un écrivain voyageur?
Un écrivain? Certes!
Et une voix nomade aux origines multiples et lointaines…

l’Africain, est-ce l’enfant qui jouait à la guerre aux termites mais qui craignait davantage fourmis que scorpions?

L’Africain, c’est  le père, médecin dans la brousse nigériane aux confins du Cameroun. Resté en Afrique pendant la guerre.
L’enfant, né en 1940, en France, ne le rencontrera qu’en 1948.
Portrait émouvant, illustré des photos anciennes sépia.
Afrique intouchée par la modernité où l’eau des rivières est très présente comme la forêt équatoriale.

Lucidement, la question de la colonisation n’est pas éludée, colonisation britannique différente de la française.
Afrique idyllique de la jeunesse et de l’enthousiasme du jeune couple que formaient ses parents au Cameroun avant la guerre.
Afrique plus violente au Nigéria où le médecin découvre que l’hôpital  fait partie du dispositif colonial et que l’exercice de la médecine est dur et souvent désespéré.
Enfin, analyse de la guerre du Biafra sans concession pour les puissances ex-coloniales.

Lire pour l’Afrique : Wole SOYINKA : Cet Homme est Mort

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J’avais envie de connaître le Nigeria, si proche de Pobé, quelques kilomètres, décrié par de nombreux Africains comme un Enfer sur terre. Pays très peuplé, fermé au tourisme pour cause d’insécurité et de violences.

L’auteur a écrit ce texte à la suite de son enfermement au secret pendant le conflit du Biafra, puis en 1983 après des meurtres de personnalités de l’opposition. Pour la couleur locale, il faudra se contenter de la description des postes de polices et des prisons. En revanche le texte est d’une portée universelle et peut être comparé aux écrits de Primo Levi. Comment un intellectuel, emprisonné au secret, sans accusation ni procès, sans aucun contact avec l’extérieur, ne rencontrant que ses geôliers, sans aucun repère temporel sans livres ni journaux peut garder sa dignité et sa lucidité. Sa seule lutte, sa seule résistance est la grève de la faim qui embarrasse au plus haut point le directeur de la prison.

Lire pour l’Afrique – Amadou Hampaté Bâ : l’étrange destin de Wangrin

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Je n’avais lu que des oeuvres autobiographiques de Hampaté Bâ : l’enfant Peul et Oui mon Commandant.

Hampaté Bâ assure que Wangrin a bien existé, qu’il l’a rencontré, qu’il ne fait que transcrire la vie qu’il lui a contée. Pourtant quoi de plus romanesque que la destinée de cet homme ? Voué au dieu Gongoloma Soké, le dieu des contraires de la ruse, il « fait Salam » (pratique l’Islam) et parle le français avec assez d’aisance pour commencer comme maître d’école « Moussé lékol », et rapidement devient interprète du commandant.

De cette position il tire profit de la guerre de 14, devient un escroc de haut vol, bâtit une fortune qui le hausse au dessus de pauvres colons blancs.

Wangrin a-t-il oublié sa prudence légendaire par orgueil ? A-t-il négligé le dieu Gongoloma, et le culte des ancêtres ? La femme blanche l’entraînera dans la déchéance, jetant par ignorance son  gris gris, et lui faisant connaître l’alcool…

Hampaté Bâ est un conteur merveilleux, enrichissant le récit par les expressions glanées aux griots, proverbes maliens, français pittoresque des tirailleurs… j’ai goûté aux trouvailles langagières en ne négligeant aucune note, en fin d’ouvrage. Cette lecture hachée d’allers et retours, aux notes ralentit à plaisir,  le récit que je n’ai pas hâte de terminer.

Carrefour entre les civilisations de tradition orale et la pénétration de la colonisation française. Rencontre des traditions animistes, de l’islam, et de l’occident chrétien. Wangrin maîtrise tous les codes, il peut flouer les rois et les chefs peuls comme les militaires français et même les juges à Dakar, il a aussi assimilé les mécanismes de l’enrichissement, du profit de guerre comme de la simple escroquerie…

Et pourtant le personnage a de la grandeur, une générosité immense qui lui vaut l’estime de tous ou presque, ses ennemis personnels lui livrent des guerres mythiques et pittoresques.

Hampaté Bâ    : l’étrange destin de Wangrin  (10/18)

Lire pour l’Afrique :Tidiane N DIAYE – L’Eclipse des Dieux -Grandeur et Désespérance des peuples noirs

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Tidiane N’Diaye trace une vaste fresque des « peuples noirs » qu’il commence avec l’histoire les premiers hominidés du Rift et qui va couvrir non seulement le continent africain mais aussi l’exil des traites esclavagistes, Atlantique mais aussi Arabo-musulmane moins connue, pour s’achever au 20ème siècle aux Etats Unis et à la Décolonisation.


Qui trop embrasse, mal étreint.
L’idée était peut être trop ambitieuse, dans la première partie, Préhistoire, les concepts sont parfois confus, l’utilisation des mots race et espèce ne correspondent pas vraiment à leur définition scientifique. L’auteur s’attarde peut être un peu trop sur la pigmentation de la peau des anciens Egyptiens. Quelle importance?


En revanche, je reste un peu sur ma faim en ce qui concerne les grandes civilisations africaines que j’aurais aimé mieux connaître et qui sont décrites un peu rapidement.

Qui d’autre nous aurait parlé des grandes constructions de granite du Zimbabwe, attribuée aux « Mines du roi Salomon » par les britanniques incapables d’imaginer des Africains bâtisseurs?


L’histoire de l’Éthiopie est également passionnante et millénaire.
Le Ghana forma un empire puissant au 9ème et au 10ème siècle, empire musulman aux souverains animistes. entrent en scène les Almoravides qui prirent Sigilmassa dont nous avons visité les ruines au Maroc.


L’Empire du Mali (13èm-14ème) fut aussi très brillant, l’auteur attribue même une première découverte de l’Amérique. On lui doit aussi la Bibliothèque de Tombouctou. Riche et lettré. Qui  l’eut cru en Europe encore au Moyen Age?
J’aurais voulu en lire plus sur Songhaï ou les Rois de Bénin….

les deux traites : Atlantiques et Arabo Musulmanes ne sont pas racontées d’un point de vue misérabiliste. Au lieu de victimiser les esclaves, Tidiane NDiaye insiste sur les révoltes, révoltes des Zendji à Bagdad (689 – 694-869…), des révoltes au Brésil conduisant à la République Libre de Palmarès, des révoltes aux Antilles.

pour finir, il livre une analyse originale de l’antisémitisme noir, du code noir, …

Si l’Histoire de la Traite Atlantique commence à être mieux connue, ainsi que l’Histoire de l’Esclavage, de la guerre de Sécession et plus tard des luttes pour l’égalité et contre l’apartheid, ce livre apporte un éclairage nouveau  non pas du point de vue européen mais du point de vue africain.

C’est aussi, pour moi, le but du voyage (même horizontal) décentrer l’observateur, examiner des faits connus d’un autre lieu, autre part.

Lire pour l’Afrique-J. Le Carré : Le chant de la Mission

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Quittons l’Afrique de l’Ouest pour nous intéresser aux richesses du Kivu.

En Afrique, les ressources du sous-sol sont parfois plus une malédiction qu’un bienfait.  Grandes puissances, multinationales, chefs tribaux, aventuriers se disputent le contrôle des minerais. Les territoires recelant les matières premières les plus stratégiques sont parfois le théâtre de guerres incessantes.

Il n’est pas indifférent que j’aie  choisi ce livre à la suite des troubles (quelle litote !) dans la région des Grands Lacs au Congo et à la suite de l’élection d’Obama. Les images vues à la télévision donnent un  coup de projecteur à cette fiction si proche de la réalité.

Le personnage principal est un interprète employé par les services de Sa Majesté, traduisant le Français, le Swahili et différentes langues parlées en Afrique de l’Est. On requiert aussi ses services dans des occasions moins brillantes comme au chevet d’un SDF mourant dans un hôpital londonien. Marié à une journaliste en vue, habitant un quartier agréable de Londres, le narrateur britannique est un sujet brillant, cultivé et élégant dans son smoking. D’ailleurs le roman commence dans une party où tout le gratin londonien est convié.

J’imagine Salvo sous les traits d’Obama. Métis, fils d’une congolaise et d’un curé irlandais, son histoire recèle une enfance africaine d’ »enfant caché » dans une mission catholique de la région des Grands lacs. Cette naissance illégitime donne une autre dimension au personnage.

Salvo se laisse donc entraîner dans une conférence secrète entre différents chefs de guerre et un étrange syndicat anonyme, multinationales ? Humanitaires ? Je n’ai pas envie de raconter l’intrigue, comme toujours palpitante, de ce roman d’espionnage dont Le Carré est vraiment le maître. Le choix  du héros,interprète auprès des « voleurs de son », donne une sensibilité particulière,  une attention au ton, au vocabulaire, aux bruits de fonds quand l’espion travaille sur cassette enregistrée.

Après la chute du Mur de Berlin, je me demandais où Le Carré situerait  ses intrigues . Toujours attentif à l’actualité, il a redéployé ses activités sur d’autres continents.

John LE CARRE : Le Chant de la Mission  Seuil 346p

Lire pour l’Afrique : Amadou Hampâté BÂ : Amkoullel, l’Enfant Peul – Oui mon commandant.

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C’est un vrai grand livre qui m’a emportée pendant des jours et qui me hante encore.

Les mémoires d’enfance  de l’écrivain remontent au début du 20ème siècle, à la colonisation française. La vie dans une ville du Mali est décrite dans les moindres détails.

Nous avons vu un campement Peul en sortant de la Réserve de la Pendjari, au Bénin. Huttes démontables de paille. Les commentaires de  notre chauffeur, Duran, nous laissaient penser que les nomades peuls « qui n’aiment pas se mêler aux autres », « qui ne s’intéressent qu’à leurs bœufs », étaient des sortes de gitans, nomades pauvres et déshérités. Rien ne laissait soupçonner la noblesse et la fierté des peuls.

Richesse de cette culture orale, influencée par l’Islam mais aussi par l’animisme !

L’enfant Peul apprend à lire dans le Coran, mais il apprend à vivre dans les contes des griots à la veillée. Le maître de l’école coranique trace des  lettres sur la planchette de bois puis la rince et fait boire à l’enfant l’encre qui a servi à écrire le texte sacré. Tout un symbole. Tandis que la circoncision est racontée comme une initiation de passage d’âge et non pas comme un cérémonie musulmane.

C’est aussi le récit d’une dynastie de princes et de rois de grande noblesse que je ne soupçonnais pas. Récit d’initiation dans des sociétés enfantines qui découvrent le monde des blancs.Cocasses questions d’enfants: concernant les cacas des blancs! L’enfant grandit alors que la colonisation s’installe.

Rencontre des cultures, rencontre aussi des traditions orales des conteurs et de la langue française qu’Hampâté Bâ maitrise admirablement.

Amadou Hampâté Bâ : Oui mon  Commandant

C’est la suite de l’enfant Peul.

 A. Hampâté Bâ a terminé ses études. Il commence sa carrière de fonctionnaire de la colonisation française en Haute Volta à Ouagadougou en bas de l’échelle. Le livre commence donc par son voyage à travers le Mali jusqu’au Burkina. Voyage surveillé par un garde, il est presque prisonnier, voyage à pied, en pirogue, à cheval à travers l’Afrique Occidentale française.

L’auteur raconte ses débuts comme commis. Il se fait apprécier par son travail sa probité et sa personnalité. Il n’est pas le fils d’un roi pour rien. Dans la ville où son père a régné, il détient même pendant un certain temps l’autorité que seul un blanc peut exercer.

Il raconte avec fidélité les déboires d’un africain employé par la colonisation, administrateurs médiocres parfois corrompus, parfois militaires incompétents, parfois d’ancienne noblesse derniers aventuriers de la 3ème République,…parfois ridicules, toujours profondément humains. Bâ se « convertit » à l’Islam, à un Islam exigeant, empreint de spiritualité soufie. Jamais, il n’est intolérant si borné.

 

Lire pour l’Afrique : Orsenna : Madame Bâ, Fatou Diomé: le Ventre de l’Atlantique

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Je ne me suis jamais tellement intéressée au football. Tout le  battage médiatique autour de ce sport m’ennuie. Mais c’est au cours de mon premier voyage « africain » au Cap Vert que j’ai mesuré la joie que le foot donnait au gens. Nous étions arrivées à Sal un jour de Finale gagnée par le Brésil et c’était la fête!j’ai donc reconsidéré mon dédain….

Erik ORSENNA : Madame Bâ

Madame Bâ est une forte personnalité. Elle envoie au Président de la République française une requête pour un visa refusé. Elle veut aller en France pour retrouver son petit fils enlevé par des entraîneurs de foot peu scrupuleux venus en Afrique dénicher les talents prometteurs. Le livre est astucieusement construit selon les items du formulaire de demande de visa, Etat civil, profession, enfants… tout la vie de madame Bây passe :  fille de forgerons Soninké, instruite, institutrice,mariée à un  trop beau Peul, nomade–cheminot …. Orsenna est toujours très sympathique, il dénonce, il raconte… les meilleurs sentiments ne font pas forcément les meilleurs livres. C’est un livre très agréable à lire, bien documenté qui  manque peut être de souffle. D’autant plus que je venais de lire le livre du  Amadou Hampâté Bâ , la comparaison nuit à Orsenna.

Fatou DIOME : Le Ventre de l’Atlantique

Fatou Diomé est sénégalaise et vit en France. Le roman est il autobiographique ?

La narratrice regarde les matches de foot pour pouvoir les raconter au téléphone à son petit frère qui rêve de venir jouer en Europe. Des chapitres entiers sont donc consacrés à ce sport et ce n’est pas le plus passionnant. Dans la petite île sénégalaise, les Africains essaient de regarder le match quand la télévision marche. Tous ont un rêve : immigrer dans cette France racontée par les immigrés qui sont rentrés au pays. Et le foot leur paraît la solution rêve de s’enrichir…Orsenna a déjà traité cette thématique dans Madame Bâ.  Et, avec beaucoup plus de talent.

Lire pour l’Afrique – Ahmadou KOUROUMA : les Soleils des Indépendances

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Pourquoi ce titre : Les soleils? les jours, peut être… le soleil radieux des espoirs?

« les Indépendances » et non pas l’Indépendance au singulier, l’expression s’est répandue si bien qu’on fête cette année le cinquantenaire de ces Indépendances

Critique acerbe des années du parti unique. L’Indépendance n’est pas glorieuse. Si la Décolonisation est une évidence, l’Indépendance n’apporte pas  au peuple tout ce qu’il aurait pu souhaité. Nostalgie plutôt, d’un monde ancien, d’avant la colonisation. D’un monde naïf, intègre…

Ce roman retrace l’histoire de Fama, le dernier descendant des Doumbouya, chefs traditionnels, mais déchu. Fama vit dans la capitale de la Côte d’Ebènes, avec Salimata sa femme. L’ouvrage commence avec des funérailles où Fama est contesté.

C’est aussi l’histoire de Salimata, excisée, violée, mariée de force, femme stérile.

Fama retourne dans son village à l’occasion des funérailles de son cousin le dernier chef Doumbouya, il épouse Mariam. A son retour, la vie devient impossible entre les deux épouses. Fama fuit la maison et se mêle de politique. Il aboutit en prison.

C’est un beau livre. Kourouma véritable écrivain et  conteur,  joue avec la langue française. Ce récit est plus dépouillé que l’ouvrage précédent que j’avais découvert « En attendant le vote des Bêtes sauvages ».

Ahmadou KOUROUMA : les Soleils des Indépendances  – POINTS 196p

Lire pour l’Afrique- Dominique SEWANE: Le souffle du Mort – les Batammariba (Togo, Bénin)

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J’ai trouvé ce gros livre (850p) au Musée du Quai Branly, à la sortie de l’exposition Bénin. Si j’avais lu le titre je ne l’aurais peut être pas acheté, le Souffle du Mort m’aurait peut être rebutée. Mais j’ai seulement lu le mot « Batammariba », vu les silhouettes au sommet de la Tata….Le livre n’est pas resté longtemps en attente sur ma table de nuit. Il m’a accompagnée pendant plusieurs semaines.Je me suis trouvée fascinée. Il a hanté mes pensées.

La première fois que j‘ai entendu parlé de Bétammaribé, c’était à la sortie du parc de la Pendjari. Etienne, le gérant de l’auberge m’avait demandé comme un service de descendre un  de ses hommes malade. Nous avions trouvé Félix, notre passager, installé sur le toit de la 4X4. Il avait repéré pour nous les lions à proximité de l’hôtel. En revanche, la rencontre avec un gros éléphant menaçant l’avait effrayé, il s’était glissé dans l’habitacle par la fenêtre arrière quand l’éléphant avait secoué ses oreilles. Je lui avais fait cadeau du lait en poudre que nous transportions avec nous depuis Cotonou pour sa petite sœur et il  nous avait quittés à la Cascade de Tanougou. C’est lui qui  nous avait montré les campements démontables des Peuls et leurs troupeaux. J’avais senti une nuance de mépris de ce sédentaire pour les nomades. « Je suis Bétammaribé » avait il affirmé.  C’est ensuite, en lisant Hampâté Bâ que j’avais découvert l’immense fierté et la noblesse des Peuls. 

Quelques jours plus tard, dans la 4X4 de Duran, nous avions visité le pays Somba de Natitingou à Boukoumbé. Curieuse expérience que cette expédition à la recherche des Tatas Sombas, ces magnifiques forteresses de terre dans l’Atakora. La beauté de l’architecture nous incitait à prendre photo sur photo malgré l’opposition des habitants. Une femme s’était précipitée sur la 4×4 et j’avais cru qu’elle allait gifler Dominique ou lui arracher l’appareil photo. Pourquoi étions nous si mal perçues ? C’est seulement après l’intercession de Maurice que nous avions été invitées dans une tata et chaleureusement accueillies. L’ »auberge » de Maurice nous avait aussi beaucoup plu. Quand nous somme revenues l’année suivante, notre seule exigence dans l’élaboration du circuit était de  dormir une nuit dans la tata en ciment de Maurice. Malheureusement Maurice n’avait pas fait le nécessaire et nous l’avons trouvé complètement saoul à une cérémonie dont nous n’avions pas élucidé le sens et nous sommes redescendus dormir à Natitingou. Sentiment d’inachevé de cette visite. Comprendre ce qui s’était passé ce soir là… comprendre pourquoi nous étions si étrangères…

Ce livre devait donner l’explication.

Dès l’introduction, j’ai été attirée on seulement par le sujet mais aussi par l’auteur. Dominique étant un prénom mixte, je n’avais pas pensé que l’anthropologue serait une femme. Et une femme dont je me sens très proche par la génération post soixant-huitarde et les racines. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle se met en scène dans son étude. L’observateur n’est jamais neutre dans une telle enquête. Cela m’a plu que ce soit le regard d’une femme. J’ai aussi apprécié son ambition de faire paraître ses travaux dans cette Collection Terre Humaine en compagnie en Jacques Lacarrière dont l’Eté Grec m’a servi de guide en Grèce ou de Dominique Fernandez, et de Mahmout Makal. Ambition d’être un écrivain avant tout plutôt qu’une universitaire publiant sa thèse. Et de ce fait, la lecture est très agréable.

Je n’imaginais pas la complexité de la religion animiste des Batammariba. Chez ces hommes restés longtemps nus et considérés comme « primitifs » le respect du savoir non écrit des Anciens est fondamental. Importance du nom, nom prononcé ou interdit, complexité des généalogies et des réincarnations. Extrême sophistication des cérémonies et en même temps tolérance inimaginable. Poésie. Alors que toute mystique me rebute habituellement j’ai lu jusqu’au bout cette analyse très fine de leur religion.

Impossible de quitter ce livre pourtant si gros. Je l’ai lu avec attention jusqu’au bout. Il n’a pas répondu aux questions que je me posais sur nos aventures béninoises.  Pourquoi tous ces villageois étaient-ils si alcoolisés ? Etait-ce la condition pour entrer en transe ? Ou était- ce une corruption moderne de leurs traditions, l’alcool comme compagnon de l’irruption des fripes, des mobylettes et de la modernité. Dominique Sewane fait peu allusion à cette imprégnation lors des cérémonies auxquelles elle a assisté.

Dominique SEWANE : Le souffle du Mort – les  Batammariba (Togo, Bénin) Terre humaine Poche

Lire pour l’Afrique – Ousmane SEMBENE: Les Petits bouts de Bois de Dieu

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Avant les Indépendances, c’est le récit d’une grève des cheminots  sur la ligne de chemin de fer Dakar –Niger en 1947

3 Dépôts : Dakar, Thiès, Bamako.

4 mois de grève très dure.

On pense à Zola.

Toute la population est impliquée. Si le début de la grève est une affaire d’hommes et les revendications syndicales, celles d’une égalité de traitement entre les cheminots noirs et les européens, mêmes pauses, droit à la retraite, aux allocations familiales, salaires… très rapidement femmes et enfants se trouvent au centre de la lutte. C’est la force de ce livre que de montrer la mutation  et la prise de conscience de l’ensemble d’une population illettrée, profondément religieuse et soumise à l’autorité coloniale. Au départ de la grève,  la seule qualification politique des militants est de savoir lire et écrire. Bakayoro, le meneur,  a lui seul, une vision vraiment politique. Les autres apprendront sur le tas.  La réaction des colons  radicalisera l’ensemble de la population. Non contents de les affamer, la grève très longue a épuisé les réserves, (l’aide de la CGT de France et la solidarité de cheminots n’a apporté que quelque répit). On a coupé l’eau des bornes fontaines. Les femmes se trouvent à court d’eau. Ce sont elles qui auront les premières réactions violentes  et qui trouveront aussi les moyens de lutte les plus originaux :  la marche de Thies à Dakar qui marquera les foules. Les enfants marcheront aussi en première ligne et seront  les victimes du contremaître blanc exaspéré. C’est le sacrifice de ces enfants et la marche des femmes qui permettra les négociations que la direction refusait aux syndicalistes

Les Petits bouts de bois de Dieu, c’est une expression imagée qui désigne les cheminots. On mesure au cours du roman la conquête de la dignité de ces hommes et de ses femmes qui n’imaginaient pas la force de leur résistance et de leur grève.

Livre militant ? Pas seulement ! C’est un formidable roman qui raconte très bien une histoire, qui fait vivre des personnages, évoque une époque, une ambiance.