LIRE POUR LE LIBAN

« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construit mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature es mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier – un sablier qui s’écoule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue. »
Aaliya est un personnage singulier. Orpheline de père à deux ans, mariée à 16 à un « insecte impotent », répudiée à 20, elle a passé très vite les étapes assignées à une fille libanaise.
« Le féminisme au Liban n’a pas encore atteint les espadrilles ou les chaussures de course à pied ; les talons plats, voilà où on en est. Le choix de ne pas se marier ne figure pas encore au tableau. Il est possible qu’il soit en train d’apparaître maintenant, mais je ne le saurais pas… »
Sans chercher un mari plus convenable elle a préféré une vie solitaire et un travail : libraire. Les livres sont devenus les compagnons d’une vie. Non seulement elle lit, éventuellement vend des livres mais elle entretient avec certains une relation plus intime : elle traduit – pour le plaisir, pour la beauté du geste – des auteurs traduits en français et en anglais, en arabe. Chaque traduction – chaque projet – est réalisé selon un rituel immuable : elle commence la traduction le premier janvier après avoir allumé deux bougies en l’honneur de Walter Benjamin, puis elle enfermera les feuillets manuscrits dans une boite en carton en compagnie de la traduction anglaise et française, sans chercher à publier son travail.
Au début du récit, Aaliya, a 72 ans. Par erreur a teint ses cheveux en bleu et elle doit décider quel sera le projet de l’année qui commence….
Sa vie est vouée à la littérature, une vie à Beyrouth à travers guerres civiles et étrangères. J’ai beaucoup aimé cette évocation de la vie à Beyrouth. Amine Maalouf, Madjalani et le 4ème Mur de Chalandon, m’ont donné une certaine familiarité avec le Liban mais leur vision des conflits est plutôt masculine, et politique. Aalyia ne prend pas parti. On devine qu’elle est musulmane et sunnite, cependant elle ne s’engage nullement. Sa seule participation guerrière est l’acquisition d’une kalachnikov qui lui tient compagnie au lit et qui lui servira une fois à chasser des intrus dans son appartement. En revanche, les détails de la vie quotidienne me charment.
Aalyia choisit de traduire des auteurs très variés, elle est familière de Spinoza , de Pessoa qu’elle cite souvent, de Kafka auteurs singuliers et solitaires…Ses horizons sont très variés d‘Anna Karenine (son manuscrit préféré qu’il faudra sauver à tout pris) à Saramego qu’elle trouve facile à traduire alors que je l’ai trouvé difficile à lire. Impossible de lister tous les auteurs et les ouvrages croisé dans la lecture des vies de Papier. J’ai eu des envies de découvrir des auteurs que je n’ai jamais lus :W G Sebald mais vais-je choisir Austerlitz ou Les emigrants? J’ai même commandé Séfarade de Antonio Munoz Molina. J’aimerais aussi essayer Javier Marias …. et 2666 – drôle de titre! J’aimerais encore visiter cette bibliothèque et noter d’autres lectures. En tout cas, je vais chercher les autres livres de Rabih Alameddine et les télécharger en VO (anglais) sur ma liseuse. J’adore ces livres qui donnent envie d’en lire d’autres!
« Ah splendide Microcosmes, le délice de découvrir un chef d’oeuvre. La beauté des premières phrases, le « qu’est-ce que c’est que ça? », le « comment cela se peut-il? », le coup de foudre, le sourire de l’âme[…]Lire un bon livre pour la première fois est aussi somptueux que la première gorgée de jus d’orange qui met fin au jeûne du ramadan. »
Je me suis attachée à cette vieille dame pas toujours aimable et je suis bien triste de la quitter.




Noté roman, par l’éditeur. Surprise, j’ouvre le livre et découvre des poèmes en vers libres. ! C’est pourtant un roman, très beau. Poésie israélienne, très prosaïque en même temps très littéraire, biblique. Les références au Cantique des Cantiques à l’Ecclésiaste à Job et à la Genèse sont flagrantes. Les amours pudiques, inachevées. J’ai beaucoup aimé.
Ecrit avant : Une Histoire d’Amour et de Ténèbres, mais que j’ai découvert quelques temps plus tard. Dans la même veine que le précédent. Un enfant, en 1947, dans une famille d’intellectuels polonais, se fait traiter par ses copains de « traître » parce qu’il échange des leçons d’hébreu contre des leçons d’anglais avec un sergent britannique. Jérusalem de la fin du Mandat britannique. Lieux et période familiers… il me semble que cette époque fait déjà partie de mon histoire personnelle même si elle se déroule avant ma naissance. Jérusalem des années d’après guerre m’est moins étrangère que ce qu’elle peut devenir actuellement. L’enfant amoureux des mots, des dictionnaires et des encyclopédies est extrêmement attachant.
Un conte dans un village imaginaire. Les animaux ont disparu. Interdit de les évoquer ou d’imiter leur chant sous peine de réveiller des sentiments mêlés de culpabilité ou de moqueries. Un enfant, un peu simplet, s’enfuie dans la forêt, il revient atteint d’une étrange maladie : il hennit comme un poulain et se coupe de la société des hommes. L’institutrice, vieille fille moquée, tente d’instruire les enfants en leur montrant des images d’animaux. Deux enfants partiront chercher les animaux dans une étrange forêt enchantée.












Je remercie Babélio et les éditions TURQUOISE de m’avoir adressé ce livre. C’est un très bel objet : couverture grège ave une gravure en relief, beau papier, édition soignée et les dessins de Renaud Allirand. J’y suis très sensible même si je lis beaucoup en numérique.
J’ai envie d’offrir ce livre à toutes mes élèves kurdes que j’ai rencontrées au collège.