Barbara Chase-Riboud est à l’honneur cette année à Paris. Son œuvre se déploie dans huit musées parisiens prestigieux, dont Le Louvre, Orsay, le Quai Branly…
Ses sculptures trouvent leur place parmi toutes les installations du Palais de Tokyo. Ses sculptures noires, colonnes doubles ou stèles, s’alignent dans une pièce noire . Sur les cimaises, des tableaux blancs, textiles. Fils noués qui accompagnent les grandes colonnes noires et lisses. Ces bronzes rendent honneur aux femmes noires et aux luttes pour les droits civiques.
Prise au dépourvu je n’ai rien compris à cette installation monumentale.
En revanche, j’ai beaucoup aimé, dans la petite salle attenante, l’écoute de ses poèmes lus en anglais avec texte bilingue projetés sur l’écran From Memphis and Peking. Textes évoquant les voyages à travers le monde, des villes, peut-être adressées à son mari la photographe Marc Riboud.
Barbara Chase-Riboud est l’auteure de La Virginienne qui relate l’histoire d’amour de l’esclave Sally Hemings et de Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis.
Plus je recherche, plus Barbara Chase-Riboud m’intrigue. Deux podcasts ont occupé ma matinée de marche en forêt. Le premier des Midis de Culture est centré sur l’exposition actuelle
Cette rencontre sur YouTube permet de mieux la connaître
Barbara Chase Riboud au Louvre
Et comme la personnalité de cette artiste m’a beaucoup intéressée, je me suis précipitée au Louvre pour voir 3 autres œuvres.
Colonne d’or sous la Pyramide du Louvre
En majesté, sous la Pyramide s’élève fièrement la colonne dorée. Mise en évidence dans un emplacement d’honneur, voire…La pyramide est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. Vue du dessous, elle est presque invisible. D’ailleurs, je suis passée sans la voir à ma visite précédente au Louvre. Il existe bien un escalier qui permettrait de l’approcher, interdit aux visiteurs. Trop loin pour pouvoir vraiment apprécier le travail du bronze à la cire perdue.
La Cape de Cléopâtre
Barbara Chase Riboud a visité dans sa jeunesse l’Egypte et ce voyage a beaucoup compté pour elle. La Cape de Cléopâtre est exposée dans le Département des Antiquités Egyptiennes. Pour parvenir à la statue, il faut parcourir toutes les salles et c’est un véritable plaisir de redécouvrir les statues, objets, instruments de musique…Tout à côté du plafond astronomique de Dendara.
Découverte entre les granites sculptés: la Cape de Cléopâtre
Le lit de Cléopâtre se trouve dans la Salle des Caryatides dans le département des Antiquités Grecques. Il me faut donc retourner sur mes pas, retraverser les salles égyptiennes, descendre de nombreuses marches, en remonter autant parcours initiatique?
Salle des Caryatides
Le lit de Cléopâtre est aussi constitué de plaquettes carrées de bronze mais elles sont mats. Ces sculptures sont accompagnées par les vers tirés de l’Opéra Portrait of a Nude Woman as Cleopatra, publié en 1987.
Lit de Cléopâtre
Non loin de là, l’Hermaphroditeest couché sur son lit de marbre.
hermaphrodite endormi
Barbara Chase Riboud dans le Salon des Laques au Palais de la Porte Dorée
Le salon des Laques du palais de la Porte Dorée
j’ai continué ma poursuite des sculptures de Barbara Chase Riboud
Alors que j’avais été déçue de la mise en scène au Louvre, ici les sculptures Zanzibar noir et Zanzibar doré sont mises en majesté.
Zanzibar noir rehaussé de soie rougeZanzibar doré dans le Salon des Laques
les deux stèles s’accordent parfaitement avec les laques noires et les panneaux dorés, les œuvres se répondent.
Il reste encore cinq musées pour découvrir le reste de l’exposition. Je visiterai sans doute Orsay, Le Musée Guimet, le Quai Branly d’ici la mi-janvier mais cela fera l’objet d’un autre billet!
Myriam Minhidouest une plasticienne franco-gabonaise que j’ai découverte récemment au Musée du Quai Branly CLIC. J’avais été impressionnée par l’exposition Ilimb l’essence du deuil : le « serpent » musical qui réagissait au passage du visiteur, les larmes de sel sculptées, les instruments traditionnels m’avaient parlé.
Services
J’étais donc impatiente de voir plus d’œuvres dans les grandes salles du Palais de Tokyo. J’ai été désarçonnée par la diversité de la présentation.
Objets, rituels, présence du corps de l’âme et de la mémoire dans notre relation au monde sans cesse déséquilibrée
peut-on lire sur la feuille de présentation.
Aer bulla
Je suis perdue dans des notions étranges comme la « Transsudation » ou les « mondes subtils » ou « Dechoukaj »
les vidéos m’ont mise très mal-à-l’aise Folieet La robe envolée
Je suis ressortie avec un sentiment très mitigé, avec l’impression d’avoir raté cette rencontre.
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement.
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)
j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »
Liz Johnson Arturexpose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters
Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.
Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone.
Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe.
Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation.
Figuresest une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie.
Mobutu, le léopard et l’idole pop
Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.
Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.
mondialisation
Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.
Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?
En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….
La semeuse
On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.
Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.
Olga de Amaral est une artiste textile colombienne née en 1932 à Bogota. Elle a étudié à l’Académie des Arts de Cambrook(Michigan) qui s’inscrit dans le mouvement Arts and Crafts et dans l’école du Bauhaus apportant une attention particulière au design et aux arts déco. Traditionnellement les femmes étaient orientées vers les textiles (comme Anni Albers ou Sophi Taeuber avant elle). Avec son mari Jim Amaral, ils fondent une entreprise de textiles décoratifs Telas Amaral.
Dans les années 1960 Olga de Amaral expérimente nombreuses techniques de tissages. Elle incorpore à la laine du lin du coton mais aussi du crin de cheval et même de l’or ou du plastique. Elle expose en 1967 à La Biennale internationale de tapisserie à Lausanne.
Riscos en sombra
Elle souhaite que ses œuvres soient détachées des murs pour être appréhendées comme des sculptures autour desquelles on peut circuler plutôt que des tapisseries garnissant les murs. A cette occasion, une médiatrice (passionnante) évoque la « querelle de Lausanne » opposant les cartonniers et les tenants de l’art textile plus moderne CLICUn autre médiateur, toujours à propos de la biennale de Lausanne fait allusion à l’aspect genré de la tapisserie qu’on associe à un art féminin. Cette visite à la Fondation Cartier a été passionnante grâce aux commentaires très nombreux des médiateurs. De nombreuses visites guidées sont également proposées.
Brumas
La petite salle du rez-de-chaussée est occupée par les Brumas qui sont des installations suspendues d’environ (190x90cm) en lin, gesso(apprêt) , peinture acrylique et papier japonais. Ce sont des représentation de la pluie fine colorées de motifs géométriques. La série des brumas a déjà été exposée à la Fondation Cartier en 2018 dans l’exposition Géométrie du Sud CLIC que j’avais beaucoup appréciée. Les Brumas jouent sur le volume et sont vraiment à la limite de ce qu’on imaginerait qualifier de tapisserie.
brumas
la Grande salle est occupée par des tapisseries monumentales Muro en rojos et Gran muro quisont des assemblages de sorte de tuiles tissées évoquant les murs de briques ou même les feuilles mortes.
Gran muro
On les a présentées avec de gros rochers d’ardoise pour souligner le lien avec le paysage. Le titre de la section de l’exposition est Tisser le paysage. D’autres oeuvres sont faites de bandes tissées entrelacées ou reliées entre elles enroulées figurant les lianes de la forêt ou même des falaises escarpées
Lianas
Ces bandes jouent avec la lumière, j’ai pensé à Soulages à cause de cela. strates de textile, lianes…
Cenit patchwork doré
D’autre inspirations viennent de l’Or des Indiens précolombiens comme l’or des autels baroques des églises. Utilisant d’autres techniques, de bandelettes plus fines pouvant être dorées à la feuille d’or, elle compose des panneaux somptueux : plutôt rouge d’un côté dorés de l’autre
Cenit (côté doré)
Elle joue aussi avec les traditions précolombiennes, les nœuds qui étaient un véritable code,
En gris e rozado
Traditions mystérieuses qui garderont sans doute leurs secrets.
Olga de Amaral ne s’interdit aucune matière, ni même la matière plastique, la feuille d’argent ou le palladium…
paisage de calicanto
La dernière salle ressemble à un sanctuaire avec ces stèles doréesd’un côté noires de l’autre : le coton tissé est recouvert d’une épaisse couche de gesso doré ou revêtu de peinture acrylique. La série des Estelas comporte 70 pièces qui évoquent des mégalithes et des sites archéologiques précolombiens.
TOUR DU BOULEVARD PERIPHERIQUE AVEC LE VOYAGE METROPOLITAIN (4)
le Chalet des iles au Bois de Boulogne
De la Porte de Champerret à la Porte de Saint Cloud, le Périphériqueva contourner les Beaux Quartiers. En creux, occulté ou même enterré, il court sous le Lac Supérieuren toute discrétion, sous le Jardin des Poètes à la Porte d’Auteuil, nous allons randonner sans être incommodés ni par le bruit ni par la circulation.
Poème mythique de Jimenez Deredia -Costa Rica
Le Rendez-vous est Porte de Champerretdevant le café La Chope rendez-vous confortable. En face, le terminus des autobus est abrité sous un auvent sobre. Pour la première étape, l’introduction et les repérages sur la carte, le groupe s’installe confortablement dans le Square de l’Amérique Latine orné de nombreuses statues : Francisco Miranda(1760-1816) – militaire à la destinée romanesque que je découvre ici.
Francisco de Miranda – Place de l’Amérique Latine Porte de Champerret
En demi -cercle, 7 bustes d’autres hommes célèbres sud-américain dont je ne connais que José Marti (Cuba).
Retour sur l’histoire des fortifications de Thiers. La zone inconstructible, dans l’Ouest parisien, est dédiée à des activités de distraction : vestige de la boite de la Main jaune où fut tourné le film La Boum, a gardé son enseigne. de l’autre côté du Périf se trouve l’Espace Champerret qui accueil des salons et des évènements divers.
Un Drive Au bout du Champ qui propose des produits locaux divers, en face un potager est coincé sur le bord du périf, avec de très belles rangées de cardons et artichauts. Jardin exigu.
La Promenade Bernard Lafay très agréable, nous conduit à la Porte des Ternes. La Porte Maillot annoncée de loin par la tout de l’Hôtel Hyattdominant le Palais des Congrès.Ces constructions modernes occultent deux épisodes historiques : La Révolte (1750) rappelée par une Route de la Révolte . La Chapelle de la Compassion fut édifiée après le décès du fils de Louis Philippe (1842): le prince Ferdinand-Philippe d’Orléans, dont les chevaux de sa calèches se sont emballés effrayés par un tas de pierre qui barrait la route. Cette chapelle, Porte des Ternes, a été déplacée lors de la construction du périphérique. Au passage du groupe – nous sommes particulièrement nombreux – on vient nous l’ouvrir. Je ne suis pas spécialement intéressée par les églises du XIXème siècle, porche roman, vitraux colorés.
Au passage, vers la Porte Maillot, nous empruntons l’Avenue de Salonique ; je remarque qu’on a conservé la dénomination Salonique remplacée maintenant par la Thessalonique grecque.
Verdissement de la Porte Maillot
J’ai toujours connu la Porte Mailloten chantier et encombrée de circulation de voitures et autocars. je constate avec plaisir qu’elle a été verdie et qu’à l’occasion des Jeux Olympiques on a planté des prairies fleuries avec les logos olympiques et paralympiques. La Porte Maillot est un jalon sur l‘Axe Historique qui part du Louvre par la Place de la Concorde, les Champs Elysées, l’Arc de Triomphe et qui maintenant conduit à la Défense. Dans les années 30 deux concours architecturaux furent organisés pour baliser cette Voie Triomphaleprévue pour aboutir à la Croix de Noailles dans la Forêt de Saint Germain-en-Laie . Auguste Perret proposait une rangée de maisons-tours de 200 m de haut, d’autres architectes ont dessiné des pyramides mexicaines(Persitz) . La guerre en 1939 a mis fin aux aménagements.
Monument Emile Levassor à la Porte Maillot (1907)
Kitchissime, le monument à la gloire de l’automobile! Emile Levassor au volant de sa Panhard semble sortir du bas-relief à grande vitesse. Près de ce grand carrefour toujours embouteillé, à deux pas du périf, il a trouvé un emplacement idéal!
De l’autre côté du Périphérique, nous trouvons le Bois de Boulogneet suivons les rails du chemin de fer qui conduit au Jardin d’Acclimatation à travers bois. Sous des pins gigantesques, dans une clairière, Jens immobilise le groupe en un cercle pour les présentations traditionnelles et pour commenter le territoire que nous venons de traverser. Il rappelle la vocation de divertissementde cette Zone. A la Porte Maillot, sur l’emplacement du Palais des Congrès, se trouvait un LunaPark inspiré du parc d’attraction de Coney Island et le Vélodrome Buffalo. les grandes métropoles entretenaient une véritable compétition dans le domaine des foires internationales et des parcs d’attraction. Hyde park et Crystal Palace ont inspiré le Bois de Boulogne et les Serres d’Auteuil.
Le Jardin d’Acclimatation répond à un objectif double : divertir avec des attractions et un zoo. L’acclimatation est d’abord celle des plantes exotiques venant de toutes les parties de l’Empire colonial ainsi que les animaux exotiques. Plus sombre face de l' »acclimatation« : les zoos humains avec des reconstitutions de la vie coloniale en Afrique et en Asie, vie quotidienne et scènes de chasse. J’avais pris connaissance de telles horreurs dans l’exposition coloniale dans le livre de David Diop : l’Attraction Universelle . J‘ignorais que ces zoos humains étaient des spectacles permanents. Il semble même qu’ils aient perduré jusqu’à la fin du XXème siècle. Le Vélodrome Buffalo conduit par Buffalo Billn’était pas exempt des mêmes reproches. Les entrées du Jardin d’Acclimatationrénovées et élégantes en ferronnerie verte sont masquées par des colonnes horribles. Un grand chantier avec un échafaudage important et plusieurs étages d’Algeco empilés masque la Fondation Vuitton. Une nouvelle attraction est en construction : des montagnes russes doivent remplacer le Dragon chinois.
A l’occasion, Jens nous parle de la Fête à Neu-Neu (Neu pour Neuilly) qui remonte à 1815 sur la demande d’un abbé pour fêter la Saint Jean Baptiste et qui a perduré jusqu’en 1935, déplacée alors puisqu’elle se tenait sur l’emplacement de L’Axe triomphal de la Porte Maillot.
La navette qui mène au chalet des îles
Nous traversons le Bois de Boulogne sous un beau soleil et longeons le Lac Supérieur. La Canotière est gratuite pour les porteurs de Pass Navigo .
Sur les bancs en cercle de la Cascade nous écoutons un rapide historique du Bois de Boulogne construit sur les fortifications de Thiers. A l’époque d’Haussmann Paris était dépourvus d’espaces verts. Alphandaménagea au Second Empire les Buttes Chaumont,(1867), à la suite le parc Montsouris les Bois de Vincennes et de Boulogne ainsi que les Serres d’Auteuil. Parcs aménagés « à l’anglaise » sur le modèle de Hyde Park et de Crystal Palace privilégiant la création de tableaux imitant les milieux naturels plutôt que de grands perspectives. La cascade en est un parfait exemple.L’eau des lacs provient de la Seine, pompée par la Pompe d’Auteuil. Le périphérique a été enterré à la Porte de la Muette pour ne pas gâcher l’ensemble.
En haut les ultra-riches /en bas les sans abris
La construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris a causé un scandale retentissant que nous raconte avec talent et humour Monique Pinçon-Charlot, sociologue au CNRS qui a étudié avec son mari les Ultra-riches, et co-auteur de la bande dessinée Panique dans le XVIème
Monique Pinçon et son mari ont étudié les Très-riches comme d’autres anthropologues ou sociologues les Indiens du Brésil ou les papous d’Océanie. Ils ont assisté à la manifestation de 1500 riches à l’Université Paris-Dauphine toute proche le 14 mars 2016. Furieux, ils protestaient contre le projet de construction d’un centre d’hébergement d’urgence pour les sans-abris. Cette BD est actuellement épuisée mais disponible sous format numérique et au Théâtre Essaion une pièce l’a mise en scène.
Malgré les protestations, le Centre a bien été construit. Pendant la construction plusieurs incendies se sont déclarés. Pour ne pas nuire à la vue , le bâtiment est très discret, à l’ombre d’une rangée d’arbres, revêtu de bois. Il s’ouvre côté périphérique, pas de vis-à-vis gênant avec le voisinage. Seules les poubelles – bien rangées – témoignent de l’occupation du centre.
De la Porte de la Muette, nous découvrons l’hippodrome d’Auteuil et avons même la surprise d’assister derrière une grille à l’arrivée d’une course.
Ginko et magnolias
Les Serres d’Auteuilméritent une halte. Dans un cadre soigné aux couleurs d’automne l’or des gingkos, l’orange des érables contraste avec le vert soutenu des magnolias. Rivales de Crystal Palace, les serres sont de belle taille – on peut seulement regretter que la modernisation de Roland Garros ait empiété sur leur territoire.
orchidées
Orchidées, bégonias bromélies ou cactées. C’est un plaisir d’y flâner. Les serres sont ouvertes au public sauf celles des orchidées et celles des bégonias qui doivent être surveillées.
Porte de Saint cloud – Stade jean Bouin.
Après la vocation de parc d’attraction, celle de promenades, vient le sport : équitation, tennis, sports chics mais aussi football et rugby.
La piscine Molitorque j’ai fréquentée lycéenne, piscine découverte l’été/patinoire l’hiver a été remise en service après abandon par un hôtel de luxe qui a conservé le style Art Déco (la piscine est classée) et quelques graphs de sa période Street Art. 70 artistes de Street Art ont décoré les cabines, on peut visiter cette exposition mais elle n’est pas à notre programme. On passe à côté de la Rolls que Cantona a offert à la fondation de l’Abbé Pierre.
Le stade Jean Bouin est enserré dans une résille élégante de Rudy Riciotti, l’architecte qui a réalisé celle du MUCEM .
Boulogne : maison Le Corbusier
Grand style pour cet immeuble signé Le Corbusier,la colonne semble porter l’élégante construction. Grande baies vitrées, pavés de verre : la lumière et l’air s’invitent.
Parc des Princes et périf
Nous enjambons le périf et traversons Boulogne pour arriver au Point du Jourjoli nom évoquant le départ au point du jour pour une partie de chasse.
Ile Saint Germain Dubuffet
Fin du voyage dans l’île Saint Germain les gardiens du parc nous laissent quelques minutes pour un arrêt-photo : il est 17 heures. Petite balade pour finir au bord de Seine avec les péniches.
Prince Toffa , et un peu plus loin sur la photo lui répond un personnage dans une robe et une traine j’aide jacinthes des eaux dans la lagune de Ganvié
Pour une Révélation! Bénin, c’en est une dans le magnifique cadre de la Conciergerie.
Replaçons l’exposition dans son contexte : celui de la restitution des trésors du Palais d’Abomey en novembre 2021. Mati Diop a réalisé le film Dahomey sur ce sujet CLIC Film très politique qui mettait en scène la statue-vedette mais surtout les étudiants béninois. Les 26 trésors rendus furent exposés à Cotonou au sein de l’Exposition Révélation! Cette exposition a également fait le voyage à la Martinique. J’ai également de très bons souvenirs de la visites de ces Palais des Rois du Dahomey CLIC
De face Le Roi Béhanzin et sa suite – roméo Mivekanin A droite appliqué sur toile de Yves Apollinaire Pédé : suite royale
Je n’avais aucune idée de la richesse de l’art contemporain béninois. je savais qu’on dit que le Bénin est le « Quartier Latin de l’Afrique » cette expression est illustrée à l’entrée du parcours par une installation mêlant livres et revues à des affiches et des sculptures primitives.
Yves Apollinaire Pédé : Legba
On entre dans la première section thématique : Des Déesses et des Dieux
les principales divinités du Vodun sont présentées par les toiles appliquées de Yves Apollinaires Pédé et les peintures ressemblant aux fresques de Cyprien Tokoudagba qui ont participé à la restauration des bas-reliefs du palais d’Abomey
le vodun et son panthéon Cyprien Tokoudagba
Cette salle est sonorisée avec la voix d’Angélique Kidjo Yémandja (tiré de Three Yoruba songsde Philip Glass). A la suite des gravures et aquarelles de Hector Sonon, je découvre les tableaux de Julien Sizogan :un véritable coup de cœur pour son Epiphanie des initiés célébrant un syncrétisme étonnant : dans une église aux voûtes romanes, un évêque accueille une foule colorée où des femmes arborent des tenues chamarrées tandis qu’une des Revenants, masques et costumes occupent la moitié de la nef, des musiciens nus ou presque se tiennent au bas du tableau
Julien Sinzogan : Epiphanie des initiés
Dans une salle noire l’installation multimédia de Eliane Aïsso m’a fascinée un long moment : une quinzaine d‘Assen(plateaux métalliques) sonorisés diffusent les paroles projetées aux murs où sont accrochées de très belles photographies en noir et blanc. Chaque Assen raconte son histoire, parlant de descendance et de réincarnation.
Julin Sinzogan : Le Retour des esprits
La salle suivante réunit des bateaux, voiliers, pirogues et même les caravelles du Retour des Esprits. Ce tableau m’évoque la traversée de la Traite des Esclaves.
Aston – Le Voilier du temps
Le Voilier du Temps exprime des préoccupations plus contemporaines écologiques. En s’approchant, je constate que les voiles sont des sièges en plastique, des douilles d’ampoules sont tassées sur son bord. Tout le voilier est confectionné avec ces déchets domestiques que l’Europe envoie en Afrique.
Louis Oke-Agbo : la pirogue de la reconnaissance
la pirogue de la reconnaissance exploite une autre thématique.
Gou
Traversant l’exposition de nombreuses sculptures balisent le voyage
Sébastien Boko : voyageur et voile en bois
la section thématique suivante s’appelle : Des Reines et Rois
On y voit la grande photo de Behanzin et sa suite(plus haut), le Prince Tofa descendant du dernier roi de Porto Novo.
Dominique Zincpé : Déesses et Princesses
Déesses et Princessesintroduisent la troisième thématique Des Femmes et des Hommes. Les Reines ne sont pas oubliées : Tassi Hangbé fut l’unique reine du Dahomey (1708-1711) et fut la fondatrice des Agodjies (Amazones) dont on voit de belles sculptures mais ma photo est floue.
Moufouli Belio : Reine des Agadjies
Moufouli Belio née en 1987 s’est intéressée à rendre visible le corps féminin et à la déconstruction du patriarcat.
Marcel Kpoho : Kondo le requin
Un aspect original m’a interpellée : la grande utilisation du recyclage dans les matières utilisées. Kondo le requin est fait de lanières de pneus, Le Prince Toffa est revêtu de bouteilles en plastique vert, ses colliers sont des capsules de nescafé, le voilier d’Aston est entièrement fait de récupération, sans oublier les personnages de fil de fer ou les masques métalliques de Charly d’Almeida.
Une très belle exposition. Un article du Monde signale que de nombreux plasticiens de premier plan ont été omis. Le Bénin est donc bien riche!
Fou jouant de la cornemuse – Cathédrale de Bois-le-duc, Pays Bas, 1510-1520 – outre pleine de vent mélange du sacré et du profane
L’ordre chronologique s’impose mais différents thèmes sont abordés:
marginalia
Au Moyen âge , aux marges du monde, Monstres et Marginalias
chimère
Chimères et hybrides, êtres étranges dans les pavés des abbayes, dans les vitraux, les gargouilles, les boiseries , dragons bipèdes,
Au commencement, le Fou et Dieu
le Fou est l’incarnation de celui qui refuse Dieu. on le retrouve avec ses attributs dans la lettrine de la lettre D du psaume 52.
Egalement dans la parabole des Vierges sages et des Vierges folles.
La Vierge folle laisse éteindre la lampe, renverse la cruche dans l’idée que son insouciance et sa paresse conduit à l’oubli de Dieu.
par une étrange inversion Saint François d’Assise est le « jongleur de Dieu » oubliant sa bonne position sociale pour parler aux oiseaux.
La figure du Juif se mêle à celle du fou dans l’antisémitisme croissant du XIII et XIVème siècle
le Fou d’Amour
Aristote et Phyllis gravure Maître MZ Allemagne vers 1500
le Philosophe Aristote est transformé en bête de somme, fouetté par la belle Phyllis ce qui implique le pouvoir des femmes sur les hommes : une inversion de l’ordre habituel. Des manuscrits sont exposés illustrés avec la Folie de Lancelot, celle de Tristan…la folie de Roland dans l’Arioste. Le maître E. S. s’est fait une spécialité de la dénonciation de la folie de l’amour.
Tapisserie La Collation Tournai 1520 Dans le jardin d’Amour, le fou accoudé à la fontaine perturbe la scène
un nouveau personnage lubrique s’introduit dans le Jardin d’amour avec des gestes obscènes
Le Fou devient symbole de la Luxure
le fils prodigue chez les courtisanes
le thème du Fils prodigueest répandu avec le Vieil Amant
Des objets de la vie quotidiennes comme des moules à confiseries ou des porte-serviettes dénoncent l’amour charnel
Porte-serviette fou enlaçant une femme
Le fou à la cour
la sagesse royale trouve son antithèse dans le fou ou le bouffon, simple d’esprit ou au contraire plein d’esprit. on se souvient de Kunz, le fou de Maximilien er ou de Triboulet le fou du bon roi René d’Anjou. Le fou s’amuse, participe aux tournois et aux jeux.
Amman : joute des compagnons
Les fous figurent aussi sur la très belle marqueterie du Banc d’orfèvre du prince Electeur Auguste de Saxe qui est une pièce magnifique.
le Fou en ville : il mène la danse du Carnaval ou de la Fête des Fous entre Noël et Epiphanie. Présent dans des pièces de théâtres écrites pour Mardi Gras. Musique et danse dans les figurines des danses mauresquesavec ses attributs spécifiques : la marotte en guise de sceptre, les grelots, le capuchon à oreilles d’âne.
Danse mauresque
le Fou partout
Erasme : Eloge de la Folie « C’est bien la pire folie que de voulir être sage dans un monde de fous » (1511)
Bosch : la nef des fous
Deux ouvrages : l’Eloge de la folie et la Nef des fous annoncent la Réforme protestante dénonçant la décadence de l’Eglise. Les illustrations de Dürer, Bosch et Brueghel
J Bosch Extraction de la pierre de folie
Pour Bosch comme pour Brueghel, le fou passe au second plan et devient témoin de la folie des êtres humains.
Brueghel le jeune : Les Proverbes flamands
Eclipse et métamorphoses du fou au XVIIème et XVIIIème siècle
le fou prend de nouvelles silhouettes avec Don Quichotte ou les personnages de la Commedia del Arte.
Vers la fin du XVIIIème siècle et le romantisme, le fou revient avec Füssli : portrait de Till Eulenspiegel, et Lady Macbeth ou Goyaoù le sommeil de la raison engendre des monstres
XIX ème siècle : Naissance de la psychiatrie et romantisme
un très grand tableau montre le Dr Pinel, médecin en chef de la Salpêtrière. toute une série de tableaux historiques mettent en scène la folie de Jeanne de Castille, Jeanne la folle ou celle de Charles VI ainsi que les exorcismes censés chasser cette folie.
Courbet : l’Homme fou de peur
Le fou tragique est une figure romantique, Le roi Lear, Lady Macbeth, Quasimodo, Rigoletto . La visite de l’exposition se termine avec la projection de films de Notre Dame de Paris et de Rigoletto.
Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste
Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante
Sorcière kabyle
mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…
Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.
Gustave Caillebotte(1848-1894) peint les hommes autour de lui, ses proches, frères, amis, mais aussi les ouvriers au travail comme les raboteurs de parquet, les peintres en bâtiment peignant une devanture dans la rue, les bourgeois sur les balcons haussmanniens, ou les domestiques, les jardiniers.
peintres en bâtiment
J’ai pensé à l’ami Philfff qui avait remarqué que Harriet Backer avait privilégié les figures féminines dans les tableaux d’intérieur. Voici une exposition Peindre les Hommes qui rétablirait l’équilibre. Certains critiques ont même hasardé un « gay gaze« , démenti par d’autres. Le Baron de Charlus tranchera!
Homme s’essuyant la jambe
Caillebottepeint le Paris haussmannien, avec des cadrages audacieux, comme ce Pont de l’Europe où les personnages traversent le tableau et où le centre est bouché.
Pont de l’Europe
Autre perspective étonnante : vue du balcon, vue plongeante à partir de ces balcons filants des immeubles haussmanniens
peint du balcon
J’aurais pu présenter cet homme au balcon, cet autre en costume sombre bourgeois avec son gourdin à l’épaule comme le voulait la mode de l’époque…L’exposition d’Orsay a mis des costumes, chapeaux melon ou haute-formes, redingotes dans des vitrines.
Périssoires du l’Yerres
J’ai préféré les sportifs, rameurs dans les périssoires sur l’Yerres, ou régates sur la Seine
Gustave Caillebotte a également peint la Normandie : Etretat et Trouville
Chemin montant à Trouville
Le peintre s’est aussi représenté en collectionneur, avec le Renoir derrière lu
Autoportrait
Cette exposition draine les foules, pour la première fois, malgré ma Carte Blanche j’ai dû subir une grande queue.