Une quarantaine de tableaux ont fait le voyage de Rome à Paris pour l’exposition du Musée Jacquemart-André qui vient d’être rénové. Rafraîchissement plutôt, je n’ai pas constaté de changement majeur.
La Sybille – Raphaël
La vedette qui tient l’affiche est le Garçon avec la corbeille de fruits du Caravage, je m’en souvenais très bien et j’ai été heureuse de lui rendre visite. Autres tableaux très connus, Leda et le cygne de Leonard de Vinci et la dame à la licornede Raphaël (une toute petite licorne) . Un merveilleux tondo de Botticelli. Impossible d’énumérer les chefs-d’œuvre!
la Fornarina de Raphaël
je me contente d’illustrer cet articles de quelques uns que j’avais oublié et qui m’ont surprise
Titien Suzanne et les vieillards
Choix tout à fait subjectif et correspondant à l’humeur du jour (et à la foule qui m’a empêché de photographier tout ce qui me plaisait).
Attention à bien choisir le créneau horaire, il y a vraiment beaucoup de monde et les salles sont petites.
Les explications concernent plutôt Scipion Borghèse, (1577-1633)et la constitution de la collection, le goût Borghèseet Camille Borghèse qui épousa la soeur de Napoléon Pauline (je me souviens très bien du marbre à la villa Borghèse). Bel échantillonnage mais je garde intact mon souvenir ébloui de notre voyage à Rome.
LE TOUR DU BOULEVARD PERIPHERIQUE AVEC LE VOYAGE METROPOLITAIN
Porte de la Villette : le canal saint Denis
C’est le troisième épisode d’une exploration à pied de cette ceinture dédiée à l’automobile qui délimite la Ville de Paris sur l’emplacement des anciennes Fortifications militaires, ou de la Zone . Bande à destination incertaine où les activités qu’on ne voulait pas voir à Paris sont rejetées en lisière : rebuts de toutes sortes, entrepôts, abattoirs….Coïncidence, dans quelques jours la vitesse limite autorisée pour les automobiles passera à 50km/h comme en ville sur l’anneau infernal qui fera peut être moins de bruit et de pollution.
D’ailleurs, avec les nouvelles stations de métro la limite Intra/extramuros s’estompe et nous allons franchir à nombreuses reprises le périf parfois sans s’en rendre compte.
Le rendez-vous est à la sortie du Métro Porte de la Villette, en limite du parc. Jens et Marion nous ont préparé un petit livret illustré qui rappelle La Cité du sang, les abattoirs qui ont fonctionné de 1867 à 1874, remplacés en 1980 par le Parc de la Villette après des tentatives de reconstructions calamiteuses. On imagine mal les bovins alignés croupe contre croupe dans un immense marché aux bestiaux, puis le passage, en souterrain de ceux qui vont rejoindre l’abattoir. De ce temps révolu, il reste encore quelques souvenirs sur le bord de l’avenue Corentin Cariou, quelques boucheries Hallal, des restaurants…
Aubervilliers : Centre commercial Le Millenial
Nous suivons le Canal Saint Denis, promenade très tranquille sous le soleil. Sans nous en rendre compte nous passons sous le périphérique et nous trouvons face à un centre commercial fantôme : Le Millenial. Etrange silence. Malgré une belle passerelle rouge, il est inaccessible à pied. Il faudrait emprunter des navettes électriques à quai le matin.
Aubervilliers sous le périf, du Street Art.
les graffeurs ont bien décoré les piliers mais il n’y a personne sauf les pigeons qui peuvent nicher sous les travées. Occasion pour Jens d’évoquer un personnage attachant : Giuseppe Belvedere quiprenait soin des pigeons de Beaubourg. Les pigeons en ville, utiles ou nuisibles?
les navettes électriques Acades
pour accéder au Millénial le jolies navettes Icade attendent les passagers. Elles ont des noms poétiquesEstrée, Montjoie, Lendit et Flandres(nous retrouverons ces noms au cours de l’excursion). Correspondance avec le métro Corentin Cariou Horaires étranges, seulement l’après-midi et un « badge » demandé. C’est assez mystérieux, le badge doit être celui des gens qui travaillent ici. Le quartier est vide, seulement des bureaux. Entre un centre commercial fantôme et des bureaux désertés le samedi, la balade n’est pas très animée.
On retrouve l’animation sur le boulevard des Maréchaux Une visite était prévue dans le jardin tout nouvellement inauguré sur la Petite Ceinturemais celui qui devait nous ouvrir ne s’est pas présenté. Un peu plus loin un Tiers Lieu 19m.com occupe une friche, jardinières, étrange mécano blanc? Ce lieu semble en relation avec le 104 dont on m’a parlé et que je souhaiterais mieux connaître.
le 19mcom
En face, se trouve une autre adresse intéressante La Gare aux mines.Encore un lieu culturel alternatif!
Nous sommes Porte-des-Poissonniersune porte de Paris inconnue des automobilistes puisqu’il n’y a pas de sortie du périf, et pas de station de métro. Si je remarque cette Porte-des-Poissonniers c’est qu’elle correspond au trajet ancien du poisson, de Dieppe aux Halles en continuité avec une rue du même nom à Saint Ouen et à Saint Denis. Le conférencier à Saint Denis nous avait parlé du Chasse-marée
ainsi que du quartier du Landy (ancien marché de la Plaine Saint Denis) nom d’une des navettes fluviales.
Immeuble bizarre
Longeant un chantier bordé de palissades d’un côté, le périf de l’autre on passe devant une tour bizarre qui paraît inoccupé à par des pots de végétaux (beaucoup d’aloès) dans certains appartements.
Nous arrivons à Saint Ouen . Pause en bas d’une cité où une plaque célèbre la Paix et l’Amitié entre les Peuples en même temps que le Jumelage avec Podolsk (URSS) et Rousse (Bulgarie) Trani (Italie) souvenir du temps de la Ceinture rouge de Paris. Jens nous parle de l’Estrée et des montjoies. L’Estrée est l’ancienne route du nord, la route de l’étain au temps de la Préhistoire, la route de Saint Denis, que le saint martyr parcourut portant sa tête dans ses mains. Route des foires de Saint Denis et du Lendit….bordée d’une foule de croix, les Montjoies et passant au col de La Chapelle. S’il ne reste plus trace de ce Chapelle qui a donné son nom à la Porte de la Chapelle, la toponymie la rappelle.
Affiches collées aux piliers de béton sous l’autoroute
Sous les piles de l’autoroute, c’est propre, tout propre, trop propre…pour être honnête. Avant les JO, des gens campaient dans des tentes Decathlon. Où sont-ils passés? Les affiches d’associations rappellent que, pour accueillir « le monde » on a chassé ceux qui dérangeaient là.
A Saint Ouen, il était prévu que nous allions voir le Stade Bauer, stade du Red Star de Saint Ouen, « club historique », (fondé en 1897 et qui évolue à saint Ouen depuis 1909) . C’est jour de match, même de derby contre Paris FC. Les vigiles nous barrent la route, on ne passe pas. il faudra faire le tour du quartier et même de l’autre côté les gendarmes carénés de protections, caparaçonnés comme s’ils allaient affronter une armée de blackblocks, protègent un autobus aux vitres noires avec les joueurs du Paris FC à son bord. Et l’on dira que le sport favorise l’amitié entre les peuples!
Puces de Saint Ouen : nous traversons le village des Antiquaires, village chic, les vendeurs déjeunent sur des petites tables devant les boutiques. C’est très propre, probablement très chic. on peut même acheter des cheminées Renaissance de 3 m de haut, ou des cerfs, des biches en bronze, des luminaires….Pique-nique dans le Jardin Ephémère
jardin Ephémère des Puces de Saint Ouen
jens nous rappelle l’origine des « Puces » . Avant que les poubelles ne soient inventées, la profession de chiffonnier ou de biffin était reconnue. Ils recyclaient les « déchets » au coin des bornes des rues de Paris. Souvenir de cinéma avec Les Glaneurs et La Glaneuse d’ Agnès Varda. Sous le périf, à la Porte Montmartre il existe un autre marché, marché de la misère, très encadré, engrillagé, et surveillé. On y vend des nippes dépareillées, habits d’enfants à moitié déchirés. Les policiers nous découragent « allez vous promener dans les Alpes, les Pyrénées, là-bas c’est beau. Ici ce n’est pas joli ». D’autant moins jolis que certains vendeurs apeurés remballent la marchandise dans le drap, la couverture qui fait balluchon que parfois ils abandonnent. La benne n’est pas loin et avale le pauvre balluchon.
Cité pasteur – Chemetov
Quartier Pasteur, Saint Ouenleçon d’architecture devant un îlot dessiné par Chemetov qui est un grand nom de l’architecture des années 70 et 80 dont nous avons vu le travail entre autres à Nanterre. Découvert les amusantes coursives avec les silhouette de voitures (2 ronds pour les roues, un garde corps qui imite la carrosserie. Offrir aux quartiers populaires des banlieues rouge des œuvres originales!
Porte Pouchet
Porte Pouchet , aire de jeux, espace vert.Et au milieu roule le périf!
Un peu plus loin, la rénovation intelligente de La tour Bois Le Prêtre par Lacaton et Vassal : transformation en ajoutant des loggias et jardins d’hiver en augmentant ainsi la surface des logements et la luminosité grâce à l’utilisation d’un matériau bon marché et translucide : la tôle ondulée translucide.
Encore une leçon d’architecture Rue Rebière : différents architectes ont associés leurs projets tous différents, mais tous contemporains et élaborés ensemble. On constate un gros effort pour la végétalisation des murs et les jardins sur les balcons. Mais la végétalisation n’est pas vraiment une réussite, les plantes n’ont pas colonisé les grilles ou les niches proposées, le résultat est maigre.
Cimetière des Batignolles
Au cimetière des Batignollesnous avons vu la tombe de Verlaine. Calme et verdure des grands arbres à peine troublé là où le périphérique enjambe une partie du cimetière. Comment l’ont-ils construit? Un mausolée arrivé à ras du plancher de béton.
Le Tribunal des Batignolles
le Tribunal des Batignolles, 38 étage Renzo Piano domine un grand espace vert du Parc Martin Luther King entouré d’un « écoquartier » de grands immeubles modernes éclipsant le village des Batignolles situé à l’arrière.
Merci à l’équipe du Voyage Métropolitain pour ces belles découvertes dans des quartiers où personne n’aurait l’idée d’aller faire du tourisme.
Merci à Lisa Pascaretti de Plumes, pointes et palettesd’avoir conseillé cette visite! Le Musée d’Orsay présente cette artiste norvégienne, célèbre dans son pays mais tout à fait inconnue de moi. J’adore les surprises et ce fut une belle découverte.
Kitty Kielland a peint Harriet Backer dans son atelier, coupé le grand tableau est le portrait de Kitty par Harriet.
La formation de Harriet Backerfut européenne : Munich, Paris(10 ans ) Florence. Elle copie les grands maîtres avec un intérêt particulier pour la peinture hollandaise. Elle se lie en 1975 à Kitty Kielland et partage avec elle son atelier. Elle fréquente les cercles d’artistes-femmes scandinaves. On peut voir dans l’exposition d’Orsay des portraits « croisés », les unes prenant pour modèles les autres. Joanna Bauck et Bertha Wegman, Hildegard Thorell, Asta Norregaad.
A la lumière de la lampe
En 1881, elles partent en Bretagne où Harriet Backer s’intéresse aux intérieurs ruraux . Le plus souvent, une femme est représentée : une dentellière, une autre lit, une coud, les lumières sont particulièrement étudiées et soignées.
Femme cousant à la lumière de la lampe . On reconnait une machine à coudre
Harriet Backer : chez moi
Le titre de l’exposition : La musique des couleurs rappelle qu’on fait beaucoup de musique chez Harriet Backer. Sa soeur est une compositrice reconnue. La salle où sont accrochés ces tableaux musiciens est sonorisée par une musique au piano : celle d’Agathe Backer Grondahl.Je me suis assise sur la banquette et j’ai pris mon temps pour écouter cette musique.
Au piano de mon arrière- grand-mère 1921
« Le tableau est une musique pour l’oeil »
Rythme et harmonie.
De retour en Norvège, en 1888, dans un contexte de revendication de l’identité norvégienne. Harriet Backer s’intéresse aux églises, à la vieille église en bois peinte – la Stavkirke d’Uvdal
A l’intérieur de la Stavkirk
Dans des églises luthériennes plus sobre, elle a peint les divers rites : baptême, relevailles…
Après 1903, elle peint des natures mortes : Vie silencieuse qu’elle laisse souvent inachevées
Nature morte image éternelle
Comme Kitty Kielland, elle peint aussi des paysages
Paysage de Baerum
Ce paysage de Baerum est mon préféré. Comme dans ses intérieurs, elle peuple sa toile de femmes.
Giovanni Torlonia(1754-1829) et Alessandro Torlonia (1800-1886) réunirent à Rome une importante collection de sculptures romaines. Le Louvre en présente dans les appartements d’été d’Anne d’Autriche, récemment rénovés les chefs d’œuvre.
Bustes d’empereurs : de gauche à droite Vespasien, Hadrien Vitellus
La sculpture romaine se distingue par les portraits très réalistes alors que les Grecs idéalisaient les modèles. Nous pouvons donc reconnaître les empereurs comme les simples citoyens.
Euthydème de Bactriane
Euthydème de Bactriane ne semble ni flatté ni idéalisé!
la Fanciulla di Vulci
En, revanche cette jeune fille au visage fin était sans doute aussi belle dans la réalité!
La statuaire romaine utilisait l’art grec en copiant les modèles qui avaient du succès. Avec les mesures de volume les reproductions étaient exactes. On reproduisait sans droits d’auteur les sculptures de Phidias, Lysippe, avec une prédilection pour les satyres et les groupes
Invitation à la danse Satyre et Aphrodite
Les styles du passé Grec étaient sémantisés : le style classique symbolisait l’ordre, la solennité tandis que le style archaïque donnait une idée du sacré. Les statues hellénistiques avaient beaucoup de succès.
la Tazza Albani : vasque présentée dans le jardin
les douze travaux d’Hercule ont beaucoup inspiré les romains. on les retrouve aussi bien sur la frise de la vasque que dans les sarcophages monumentaux
Sarcophage décoré aux travaux d’Herculele Nil
Une section de l’exposition s’attache à la Restauration de l’Antique, restauration romaine, mais aussi restauration tardive à la Renaissance ou au XIXème siècle. Au cours des restaurations les sujets perdent même leur identité, Satyre devient Narcisse, Aphrodite portant un bracelet en forme de serpent est nommée Cléopâtre.
Le Port de Rome
Certains sujets décrivent la réalité comme le Port de Rome près d’Ostie. plus trivial encore cet étal de boucherie où les carcasses sont pendues ou ce paysan qui évide un animal écorché
paysan écorchant une bête
Et bien sûr dans le décor somptueux des appartements ou la cour du Sphynx recouverte par une verrière.
C’est une installation d’art contemporainque nous offre l’artiste franco-gabonaise s’inspirant des rituels de deuil des pleureuses punu. Elle met en scène un
« récit de larmes expérimenté lors du décès de mon père à travers les rites d’accompagnement au mort par les pleureuses »
Art total puisque Myriam Minhidou associe la musique à ses sculpture. Comme un long serpent ondulant, une sculpture végétale émet une mélodie vibratoire quand on la caresse. Le visiteur se déplace donc dans une ambiance sonore qu’il crée en intervenant sur la sculpture.
harpes gabonaises
Autre référence musicale : les harpes sacrées conservées dans la tour des instruments du Musée du quai Branly. Elle a transposé la peau de ces harpes en céramique.
argile et sel
Larmes de sel cristallisé et gravées, mémoire des larmes, invitation à la méditation
Cette exposition au Musée du Quai Branly tombe à pic surtout qu’elle fait suite à la très grande exposition Mexica traitant également de civilisations précolombiennes.
Cette exposition a été précédée de deux autres : l’une d’elle commémorant les 500 ans de la Rencontre des Deux Mondes et Arts des Sculpteurs taïnos en 1994 au Petit Palais sous le patronage de Jacques Chirac.
La longue histoire des Améridiens des Antilles commence au Vénézuela. Partant du Delta de l’Orénoque, les Taïnos naviguèrent sur des pirogues jusqu’à Cuba, la Jamaïque let les Bahamas important leurs traditions agricoles et leur céramique Saladero. Les Kalinagos ne dépassèrent pas la Guadeloupe.
Jougs de pierre
Certains objets sont très aboutis comme les jougs de pierre et les étranges trigonolithes (pierres à trois pointes)
trigonolithes
Les archéologues ont mis en évidence des traditions améridiennes comme le Jeu de Balle des Taïnos à l’occasion de cérémonie religieuse , les balles étaient en caoutchouc.
Rituels de Cohoba
Le rituel de Cohoba seuls les caciques y participaient. Après une purification par un jeûne prolongé et des vomissements (on voit ci-dessus des spatules vomitives) la Cahoba était une poudre d’origine végétale provoquant un état de transes hypnotique.
les Kalinagosétaient cannibales . L’exposition présente les bâtons casse-têtes.
Des photos montrent également l’art rupestre de ces peuplades.
Arrestation et déportation du cacique Caonabo(1991) Frank Zephirin
Une vidéo montre la rencontre des deux mondes illustrée par les tableaux naïfs de peintres haïtiens
Arrestation et déportation du cacique Caonabo
Les Espagnols ont décimé les Amérindiens mais les Kalinagos ont obtenu un territoire à la Dominique, dans l’île de Saint Vincent les Garifunas « Caraïbes noirs » métissés avec des esclaves africains ont adopté la culture Caraïbe. A Porto Rico de nombreux habitants ont des ascendants taïnos.
Et voici qui vient contredire Christophe Colomb qui parlait d’indigènes nus et naïfs!
Depuis sa rétrospective au Musée Zadkine, j’ai cherché une biographie de Chana Orloff . L’horizon pour elle a dénoué sa ceinture de Rebecca Benhamou est une biographie pleine de sensibilité et d’empathie qui replace la sculptrice dans son contexte.
1910, Chana Orloff quitte la Palestine pour Paris, prend son indépendance et étudie le dessin et la sculpture après un passage dans un atelier de couture.
« Paris c’est la liberté, c’est les droits de l’homme et tant d’autres choses[…]A Paris elle sera une femme libre, »
A Montparnasse, elle trouve d’autres artistes juifs, certains parlent hébreu ou yiddisch. Dans la sculpture, elle trouve sa voie comme portraitiste désobéissant à la tradition juive qui interdit de reproduire des images sculptées.
« Observe les visages, Chana. Ne les copie pas, applique-toi plutôt à les lire. Rappelle-toi, panim n’existe
qu’au pluriel. N’est-ce pas lourd de sens ? Sculpte les visages, sculpte les corps, sculpte les vrais gens. Le
reste n’a pas d’importance. » (Soutine)
Panim, (une petite critique pour l’édition numérique qui reproduit les mots en lettres hébraïques mais qui a oublié que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, la lecture en est toute bizarre! )
Portraits : (en haut à droite Otto Rank)
Elle fréquente les « Montparnos »: Foujita, Picasso, Kisling, Soutine, Lipschitz, Zadkine, Modigliani et Jeanne Hébuterne. Dès 1912, elle expose deux portraits au Salon d’Automne.
A Necherith
Oui tu es belle
Ni rose ni lys, ni princesse
Artiste
Le grand amour de Chana Orloff, le poète polonais Ary Justman, proche d’Apollinaire, de Cendrars devient son mari et le père de Didi. Il meurt en 1919 de la grippe espagnole, peu de temps après la disparition d’Apollinaire. Décès de Modigliani, suivi par Jeanne Hébuterne.
« Après le temps du deuil celle qu’on surnommait l'(aigle a déployé ses ailes »
Elle devient la portraitiste des élites parisiennes. les plus grands posent pour elle
Durant les années folles, Paris est une fête. Chana fréquente les américaines Natalie Clifford Barney, et les Amazones que l’Exposition Pionnières au Luxembourg a mis en lumière CLIC
Romaine Brooks
Et Chana n’a plus que ce mot en tête : Amazone. Elle fait partie de ce groupe. Amazone, c’est ce qu’elle est
devenue.
C’est le nom d’un groupe de femmes, comme elle, habituées à faire cavalier seul. Des femmes qui vivent
avec des femmes, d’autres qui couchent avec des femmes et des hommes, d’autres encore qui s’habillent
comme des hommes, qui redéfinissent radicalement le sens de la féminité.
Le féminisme de Chana, si tant est qu’il existe, est un féminisme muet, que l’on découvre au fil des
portraits qu’elle réalise : 1920, Natalie Clifford Barney. 1921, Claude Cahun, photographe, écrivain, poète.
1923, Romaine Brooks, artiste peintre. 1931, Eyre de Lanux, artiste, écrivain, designer. 1934, Anaïs Nin,
écrivain. 1939, Germaine Malaterre-Sellier, militante, féministe…
Féministe, mais aussi mère. La maternité inspire de nombreuses œuvres.
C’est pourtant un amour si singulier, rétorque Chana. Plus viscéral, plus animal, plus ancré. Pour une
artiste, c’est le plus transcendant de tous les arts. La maternité, c’est insuffler un peu de magie et de grâce
dans la banalité du monde, c’est la plus noble de toutes les créations, c’est l’art par le corps. Comment être
pleinement artiste sans avoir donné la vie, sans l’avoir sentie dans son ventre, dans ses tripes, au plus
profond de soi ? »
En 1926, Chana et son fils obtiennent la nationalité française et la légion d’honneur. Elle fait construire sa maison-atelier Villa Seurat
« projet, réalisé par les frères Lurçat, avait pour but de créer une colonie d’artistes. Cette vie en collectivité a
trouvé indéniablement un écho chez elle, dont la famille habitait encore dans un kibboutz en Palestine.
Elle s’est retrouvée dans la vision moderne de l’architecte Auguste Perret, précurseur dans l’utilisation de béton armé, et lui a confié la construction de sa maison. »
Au fil des années 30, l’atmosphère s’alourdit, l’antisémitisme gagne. malgré les lettres de sa famille qui l’implore de rentrer à Tel Aviv Chana reste à Montparnasse qu’elle ne quitte en catastrophe pour échapper à la rafle en juillet 42. Exil en Suisse. Dès la Libération, elle revient pour trouver la villa Seurat saccagée, ses sculptures blessées. Puis elle se remet au travail et sculpte un homme dans la glaise. Elle l’appellera le Retour.
Il me reste maintenant à découvrir la Villa Seurat mais il faut s’inscrire longtemps à l’avance.
Ce livre va résonner encore longtemps, la première page s’est ouverte au Kibboutz Be’eri, en 2016. Cela me fait frémir.
Herbin : Route muletière à Céret (mon tableau préféré)
J’ai, à l’occasion, rencontré les tableaux de Herbin dans des visites diverses et chaque fois, je les ai remarqués sans savoir qui était le peintre.
Herbin – Autoportrait fauviste
Le charmant Musée de Montmartre le présente ainsi :
« Auguste Herbin est le secret le mieux gardé de l’aventure de l’art moderne »
Né en 1882 à Quiévy (Cateau-Cambrésy), fit ses études aux Beaux Arts de Lille et se passionne pour la peinture impressionniste.
Paysage nocturne à Lille
S’installe à Paris en 1901, de .
le Fauve (1902-1908)
1909-1927 au Bateau-Lavoir
paysage cubiste près du Cateau Cambrésis
Le fauvisme le mène au cubisme, j’aime beaucoup ces arbres cubistes!
la Famille, femme et enfants
Alors que les Cubistes, Picasso, Braque Gleizes ont tendance à affadir les couleurs, privilégiant les constructions, Herbin affirme la couleur
autoportrait cubiste
la nature morte au chapeau très coloré est une sorte d’autoportrait intime
nature morte au chapeau(1928)
Il séjourne en 1913 à Céret en même temps que Max Jacob, Kisling, Juan Gris et Picasso, il y retournera à plusieurs reprises.
Chemin du Bon ange à Vaison-la-Romaine
Avec un autre paysage méditerranéen je ne sais s’il faut le caractériser de cubiste ou pas.
Composition colorée
les Compositions colorées sont de plus en plus abstraites. Elles débouchent sur des grands tableaux abstraits appelés monumentaux.
Homme et Femme (1944)
Les tableaux suivants sont regroupés sous le titre L’alphabet plastique où couleurs et formes géométriques correspondent à la manière des Correspondances de Baudelaire ou de Voyelles de Rimbaud
Génération 1959
Toute une série colorée très séduisante conclue la rétrospective.
12 rue Cortot, tout près du Château d’eau de Montmartre. Le Musée occupe deux bâtiments dans un merveilleux jardin.
le jardin du Musée
Au fond de l’allée se trouvent les collections permanentes. A gauche, un vieux cognassier s’est couché puis a donné des rejets? A droite des merveilleux hortensias. Suzanne Valadon a peint cette façade
Suzanne Valadon : le 12 rue Cortot
Pour visiter, il faut faire le tour. Quelques pas dans le jardin sauvage et l’on découvre la Vigne de Montmartre
Vignoble de Montmartre
De 1894 à 1966, le 12 rue Cortot a vu travailler de nombreux artistes : Maximilien Luce(1894-1901) Raoul Dufy (1900-1901) Othon Friesz (1900-1902) en même temps que Maurice Utrillo et Suzanne Valadon (1898 -1905) Emile Bernard (1906-1912) Charles Camoin (1908)Francisque Poulbot(1911) Demétrius Galanis(1910-1966) puis le trio Valadon – Utrillo et André Utter.
Alfred Renaudin : Maison de Félix Ziem et moulin (1910)
Au rez de chaussée du Musée, des photos anciennes restituent le paysage au début du XXème siècle avec les moulins, les carrières. Jusqu’à 30 moulins s’élevaient sur la butte.
René Zimmermann La Maison d’Utrillo (1933)
Au premier étage s’affiche la vie de Cabaret : Le Chat Noir et le second Chat Noir, le Lapin Agile avec affiches, tableaux, sculptures…programmes
Le chat noir :Steinlein
Au Chat Noir on projetait des ombres chinoises, le théâtre d’ombre était l’oeuvre de Rivière mais aussi de dessins de Caran d’Ache. Un écran vidéo restitue certaines de ces pièces comme la Marche à l’Etoile, impressionnant défilé de soldats, lépreux avec leurs béquilles, caravane dans le désert…
Willette : parce domine parce populo tuo…(1882)
La farandole qui dégringole les rues de Montmartre qui évoquerait le French Cancan du Moulin rouge est une danse macabre « en fin de cortège, Pierrot se suicide » . Cette toile était un des décors du Chat Noir.
La peinture était à l’honneur, la musique aussi : Debussy et Erik Satie y jouèrent.
Au deuxième étage, les portraits d’Emile Bernard et de Francisque Poulbot attendent le visiteur. Une salle est dédiée à Renoir avec une tête de Renoir sculptée par Maillol.
Une autre salle expose les oeuvres de Suzanne Valadon, Utrillo, André Utter, Camoin…
café Renoir
Et si le temps le permet, si vous avez encore du temps , le Café Renoir dans le jardin est très accueillant!
Place Dalida
Pour rejoindre le métro, on peut flâner dans Montmartre, découvrir la basilique ou s’arrêter devant la statue de Dalida.
Découverte d’une civilisation, d’une histoire, d’une mythologie dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je suis perdue, éblouie, bluffée, ahurie. j’en perds même les réflexes habituels : noter sur mon carnet, recopier les cartels. Que noter? Que recopier? Les noms sont si difficiles à lire, je serais en peine de les énoncer de mémoire tant ils sont étranges.
Ce n’est pourtant pas la première exposition d’Art Précolombien que je visite après les musées de San Joséau Costa Rica, Les Olmèques au Qui Branly, Machu Picchu, Trésor du Pérou au Trocadéro, je subis toujours la même sidération.
Un film introductif nous présente l’empire Mexica qu’on appelait Aztèques. Cette population ayant migré du Nord et fondé en 1325 Tenochtitlan – sa capitale – sur une île sur le lac Texcocoà l’emplacement actuel de Mexico. Ville de 200 000 habitants construite sur l’eau.
L’arrivée de HernànCortès en 1519 mit fin à l’Empire Mexica, conquête et variole ont décimé les populations et Tenochtitlan fut rasée.
Depuis 1978, le Templo Mayor fait l’objet de fouilles archéologiques dont cette exposition rend compte. Avant de découvrir les fouilles, il convient de se familiariser avec la cosmogonie mexica : les deux calendriers qui coïncident tous les 52 ans, représentés sur des disques sculptés, les quatre ères, le récit mystique de l’histoire mexica et ses dieux . Le dieu patron Huitzilopochtli les a guidés par un présage divin : un aigle dévorant un serpent sur un cactus.
Avant d’arriver au temple, le visiteur prend connaissance des divinités principales
Quetzalcoatl, le serpent à plumesChalchiuhtlicue, déesse de la fertilité de l’eau, des sources…
Tlaloc, le dieu énucléé de la pluie et des typhons
tous ces dieux sont représentés sous différentes formes, sculptés dans le grès ou en céramique, sous forme humaine ou animale. Je m’y suis perdue!
Toutes ces divinités doivent être conciliées par des dons et des offrandes. C’est au Templo Mayor que se déroulaient les sacrifices. Sacrifices humains qui ont tant choqué les Conquistadores, ce qui justifiait les atrocités dont ils auraient été redevables. Christianiser ces barbares sanguinaires apparaissait un devoir chrétien. Des poignards en silex décorés permettaient d’extraire les cœurs des victimes. Autosacrifices : des aiguilles d’agaves ou d’obsidienne faisaient couler le sang en offrande.
chien
Sacrifices d’animaux : de véritables animaleries ont été retrouvées dans les fondations du Templo Mayor. Des squelettes d’aigles parés de bijoux ont été enterrés entiers.
La fin de l’exposition montre que la culture mexica reste vivante en syncrétisme avec la foi chrétienne.
Une exposition éblouissante que je vous recommande en ces temps de Jeux Olympiques, j’étais presque seule dans les salles. Visite VIP§