Arrivée à Ithaque, chic et cher!

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Kefalonia arrive à l’heure à 15h25 : il ne faudra pas plus de 10 minutes pour que 4 autobus et plusieurs dizaines de voitures ne sortent de la cale et qu’une douzaine de véhicules (y compris le camion-poubelle d’Ithaque) monte à bord.

La traversée est très courte pour l’énorme bateau : nous voyons s’approcher la côte sauvage et escarpée d’Ithaque. Pas une plage en vue, pas une plage en vue, pas une maison ni un village. Nous débarquons sur une jetée rudimentaire, simple ruban de ciment où se pressent les piétons et une longue file d’autos. Nous sommes à Piso Aétos à 8km de Vathy.

Pas besoin de consulter la carte, il suffit de suivre la circulation. Juste à l’entrée de Vathy, après la station- service, je remarque le panneau Dioskouri, notre résidence. Vathy est une toute petite ville, un village presque.

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L’accueil est rapide. Une autre voiture arrive en même temps que nous, la jeune fille parle mal anglais, elle téléphone et paraît affolée. Gentille mais pas professionnelle du tout !

Deux maisons accolées, adossées à la colline abritent une douzaine de studios. Il faut descendre deux étages pour arriver sur notre terrasse compartimentée en six logettes avec une table en simili-marbre, trois fauteuils confortables  sous un store orange. La porte bleue s’ouvre sur un grand studio blanc meublé par deux lits jumeaux, un petit bureau, une table et au fond une cuisinette. Impeccable, tout le confort. Luxe extrême : un ventilateur chromé à longues pales au plafond, silencieux que nous préférons  à la climatisation. En revanche, la télévision ne parle que grec. Le niveau inférieur niveau inférieur est occupé par une belle piscine bleue entourée de jarres et d’amphores. Cette piscine est un sujet de frustration : on n’a pas le droit de s’y baigner. Plus bas, des toits à quatre pentes et de la verdure, à droite, de grands oliviers. La vue est merveilleuse sur le golfe de Vathy fermé par des collines où s’étagent quelques maisons. De beaux bateaux ont jeté l’ancre non loin.

La ville de Vathy se déploie autour de la marina. Sur le bord Ouest(le nôtre), un quai, quelques maisons, des barques de bois. Perpendiculaire, un long quai vide, face à une île plantée de pins avec une minuscule chapelle, le lazaret. Plus loin  s’amarrent de luxueux yachts les uns contre les autres. Tous sont immatriculés au Panama, à Jersey ou même à Londres, ensuite une vingtaine de bateaux plus petits mais toujours luxueux, grecs, italiens ou néerlandais. L’ambiance n’est pas cosmopolite comme le laisseraient supposer les pavillons. Ici on parle grec et on est entre soi, grecs armateurs ou milliardaires. Sans chichis ni clinquant (si on oublie le bateau), on est en short et en tongs. Pas de perlouzes ni bagouzes, les milliardaires sont en vacances !

Ithaque est proche de Céphalonie meurtrie par le séisme et pourtant les maisons sont en pierre et semblent anciennes. Maisons grecques aux toits de tuile à un ou deux étages avec une tonnelle de vigne, un balcon de fer avec un store. Les jardins sont passés à la chaux comme le tronc des agrumes. Les fleurs sont dans de grosses potées de terre. (Pas dans des bidons on est chic quand même ! Dans le guide, je lis que Vathy fut également détruite par le séisme mais reconstruite à l’identique et le site, classé.

Après 25 minutes de traversée, nous arrivons dans un autre monde. Chaque île a sa personnalité. La proximité n’y fait rien. C’est ce qui est passionnant. Même climat, même relief et pourtant une telle diversité !

Oubliés, les menus en anglais et les publicités voyantes des agences immobilières qui s’étalent sans retenue. Ici, on fait discret. Si discret qu’on a oublié d’afficher les prix dans les magasins. Combien cette robe ? Joli tissu, jolie coupe. Combien ces bijoux ? Ces turquoises ? A la pâtisserie le croissant est à 1.8€, le pain au chocolat aussi, les feuilletés au fromage et les gâteaux aussi ! Même l’essence est plus chère ! on roule pourtant en grosse cylindrée, 4×4, Mercedes ou Alfa-Romeo. Cherchant un hébergement, j’avais lu sur un forum qu’Ithaque était hors de prix et qu’il était impossible d’y loger. C’est faux, les chambres et les studios existent, mais chers.

La plage de Dexia est située à 1.1km des Dioscures (mesurés au compteur), la jeune fille m’avait effrontément annoncé 300m. Elle est jolie, quelques installations pas trop, un bar à l’ombre des arbres. J’ai oublié de prendre mes sandalettes. Je l’ai regretté : les galets sont coupants et il y a des oursins. Des oursins ! Il n’y en avait pas à Céphalonie. Sont-ils milliardaires eux aussi ?

Après dîner, j’ai hâte de me promener dans la ville. Pas de passaggiata, pas de trottoir. Les voitures me rasent les fesses avant d’arriver au centre où les trottoirs existent mais sont occupés par de très jolis restaurants – menus en grec, toujours pas de prix ! On n’est pas harcelé comme à Plaka.

Sur la place devant le musée se donne un concert de mandoline. Dix musiciens, un accordéoniste, un harmonica, un bouzouki, le reste guitares et mandolines. Les musiciens ne sont pas jeunes, la soixantaine bien sonnée. L’assistance a apporté des chaises. Tous les âges sont représentés dans le public. Les dames ont des éventails et s’en servent pour battre la mesure. Les enfants sont sages. Tous connaissent les airs joués, se balancent et les reprennent à mi-voix. A la fin chacun  emporte sa chaise. Après avoir flâné devant les belles boutiques, je rentre au pas de course dans le noir.

Premier jour à Ithaque, route vers le nord

Le soleil se lève tôt à Ithaque : il sort de la montagne à 7h et dé

jà une demi-heure plus tard inonde la terrasse et c’est intenable. Comme la plage Dexia est un peu loin, je préfère aller en ville chercher le pain du petit déjeuner. Pas de boulangerie dans notre quartier, il faut aller dans le centre. Guidée par mon odorat j’achète deux petits pains au sésame . Je rentre après 3/4d’heure.

Nous partons à l’aventure à la découverte de l’île: montagneuse, ses flancs sont recouverts tantôt d’oliviers tantôt de maquis à pistachiers. Elle parait plus sauvage qu’elle ne l’est réellement. Par erreur, nous nous retrouvons au débarcadère de Piso Aétos.  Demi-tour au sommet de la colline, un panneau marron indique le site archéologique d’ Alakomenes où Schliemann situe le palais d’Ulysse. Le Palais d’Ulysse : c’est exactement ce que nous cherchons ! Je suis moins chanceuse que l’illustre archéologue : un étalage de mangeoires pour les moutons ou les chèvres, des cabanes de planches et de tôles, une bergerie rudimentaire barrent le chemin. Redoutant les chiens je préfère abandonner. Un homme taille ses oliviers non loin de là, la montagne est entretenue malgré mes doutes.

La route vers le nord passe par un col occupé par un café restaurant panoramique puis nous circulons sur une corniche face à Céphalonie toute proche. De la route, nous découvrons la plage d’Agios Yoanis. Les plages étant rares à Ithaque nous n’hésitons pas : un parking est aménagé, un chemin dallé mène à la petite plage de galets pourvue de quelques discrètes installations (lits blancs sous des parasols blancs). Première baignade de la journée à Aspros Gialos dans une eau très claire, près des rochers, des posidonies attirent de nombreux poissons.

La route en corniche traverse Levki pour arriver à Stavros d’où nous descendons à la plage de Polis. Quelques lits et des parasols multicolores sont dispersés sur toute la plage. Dans l’eau, des bouées délimitent le domaine réservé à la navigation. On peut louer ici de petits bateaux à moteur et amarrer quelques voiliers. Le quai est expressément réservé aux barques des pêcheurs. Un grand quadrilatère limité par des bouées orange. J ‘y fais des longueurs comme en piscine (très grande piscine !!).

Vers 14h nous nous laissons tenter par la taverne en bout de plage. Taverne rudimentaire : une caravane sert de cuisine, des tables de plastique blanches.  Nous commandons des souvlakis et des calamars frits. Les calamars sont délicieux, rien à voir avec les rondelles surgelées enrobées de pâtes à beignet épaisses. Ceux d’ici sont très petits les tentacules croustillants, la pâte fine et légère. Le spectacle est autour de nous. On descend du taxi pour monter sur le bateau à tout âge. Des gamins tout juste dix ans, commandent avec aplomb un déjeuner puis téléphonent pour qu’on vienne les chercher. La vie est facile pour les enfants riches!

Dernière baignade avant de rentrer vers 16 heures par temps couvert.

Dans la marina de l’autre côté de la rade de Vathy, les voiliers s’entassent. J’en compte une bonne vingtaine. Ils se pressent en cohorte, de toute taille, par groupe de 3 ou4. Pourquoi sont-ils si nombreux ? Cherchent –ils à s’abriter de l’orage ? Y a-t-il une régate ?

Ithaque: baignades à Sarakiniko et Filiatro et lecture

Avant même que l’Aurore- aux- doigts- de- rose ne vienne rosir la montagne, je me suis levé. Deux énormes yachts stationnent au milieu de la baie, proue effilée agressive, plusieurs étages  allumés, ils ressemblent plus  à des vedettes militaires qu’à des navires de plaisance.

L’aurore aux doigts de rose à Ithaque

 

Au fond de la rade, le gros ferry Kefalonia qui nous a emmenées ici, est enrubanné. Sa guirlande d’ampoules a une allure festive, réjouissante. A 7h il se réveille à grand bruit et doit manœuvrer entre les carapaces pointues,, fend la baie de Vathy faisant vibrer toute la ville. L’eau reste agitée longtemps après que son sillage ait disparu. Elle est pailletée de l’or du ciel de l’aurore tandis que l’ombre de la montagne est vert foncé. Dans cinq minutes précisément le soleil émergera juste en face rayonnant et je serai éblouie.

Le chant XI de l’Odyssée raconte comment les compagnons d’Ulysse libèrent les vents défavorables, comment ils furent transformés par Circée en pourceaux. Evidemment j’ai déjà lu cette histoire. Le plaisir de la lecture d’Homère est une redécouverte. Plaisir des mots ailés, des détails incongrus, des images inattendues. Dans le cadre merveilleux de la Baiede Vathy ? J’imagine les anciens écoutant l’aède. Il ne leur apprend rien de nouveau. Les thèmes sont connus. Ils attendent la redite de chaque épisode enjolivé de nouvelles comparaisons de métaphores hardies.

7h05, le soleil darde ses rayons. Je ne reste pas sur la terrasse noyée de lumière. Me voilà en route pour la plage  de Dexia(le port de Phorkys) montée raide et descente parmi les oliviers. Des chiens aboient avec insistance ; je ne suis pas rassurée. Avant que je ne plonge, un petit poulpe gris a détalé d’entre mes jambes. Immobile, je ne l’aurais jamais remarqué tant il est bien camouflé du même gris que la fine couche argileuse qui recouvre les galets. Plaisir toujours intact de la baignade du matin dans cette eau lisse que rien ne ride dans le calme absolu du petit fjord enchâssé dans els collines.

Le Musée n’ouvre qu’à 10h30, pas de Monde le mardi, celui de lundi arrivera à 17h avec le ferry. Nous traversons le quartier haut de Vathy nous dirigeant vers le sud. Nous passons devant les maisons des autochtones, de ceux qui travaillent dans les boutiques, les restaurants et qui logent dans de petits immeubles de deux étages mais aussi dans de belles maisons précédées par leur tonnelle. Certains ceps grimpent le long de la façade très haut. Penser que la vigne est tout d’abord une liane !

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La route monte raide dans la colline, quelques kilomètres plus loin, nous découvrons la petite anse au pied des oliviers et le petit port de pêche de Sarakiniko. La route contourne une magnifique propriété au nom italien : balcons, arcades blanches, vue imprenable, terrasse, grillages, interdit de pénétrer(on n’y aurait même pas songé). Le ruban d’asphalte s’arrête net(pas nous, la voiture saute une marche et cogne sur une pierre)=. Enfouie dans la verdure, une maison semble inhabitée mais encombrée d’un fouillis d’articles de pêche ou de plage. A l’ombre d’un buisson, un pêcheur coud son filet jaune. Des chaises abandonnées traînent  sur la plage. Cinq ou six bateaux de pêche se balancent. Deux voiliers de grande taille paraissent abandonnés, la peinture défraîchie. J’enfile sandalette et masque. Enfin, des poissons de toute taille et couleurs, un banc de minuscules alevins bleus m’entourent, des poissons de sable broutent le fond. Je distingue une forme grise allongée, je passe au dessus jusqu’à ce qu’elle me gratifie d’un regard. On dirait une murène, est-ce possible ? L’enchantement ne durera qu’un moment. Les voitures affluent. Une famille allemande puis un couple avec deux chiens minuscules, puis d’autres encore… Il semble que les habitués cachent leur équipement autour de la maison. Nous ne les avons pas vus sortir des voitures parasols, matelas canots gonflables qu’ils traînent sur la plage.

11h, j’ai déjà bien nagé quand le petit port était tranquille. Je le quitte sans regret maintenant que les enfants allemands avec palmes tubas et combinaisons pataugent à grand bruit et effraient les poissons.

 Filiatro

Filiatro est la plus jolie plage aménagée qui puisse exister. Dans une oliveraie bien entretenue, se trouve le parking. La plage de galets blancs se trouve au fond d’un golfe allongé comme un  fjord.  L’eau reflète les noires montagnes  et près de la plage elle est turquoise. En retrait une taverne improvisée. Une douzaine de parasols blanc cassé bien espacés, à l’arrière, six autres jaunes. De côtés, ceux multicolores que les baigneurs ont apportés. Sous les oliviers, des petites tables rondes métalliques comme au café en France avec des fauteuils de toile. C’est là que nous nous installons préférant l’ombre profonde des arbres à celle légère des parasols. Un maitre-nageur surveille la baignade. Il y a même des douches et des sanitaires. Le comble du luxe c’est qu’on ne sent pas la foule. Seul bémol, la plage est sonorisée et la musique n’est pas du meilleur choix.

Au loin des bouées limitent la circulation des bateaux, trois voiliers, l’un bleu les deux autres blancs .  A mesure que j’avance, ils  semblent s’éloigner. Dans cette baie abritée, j’ai un sentiment de sécurité absolue, d’autres nageurs s’aventurent également loin de la plage. L’eau est si calme que je nage sans efforts. Quelques brasses plus loin la stridulation assourdissante des cigles couvre la musique du bar. Le cadre est parfait : les rochers sont blancs éblouissants, des petits bancs calcaires ont été plissés par la tectonique puissante de la région. C’est sans doute de cette blancheur que provient le turquoise limpide. Tout autour les feuillages sont vert argentés.

Nous  passons plus de trois heures à l’ombre de notre olivier, déjeunons de 2 souvlakis de porc servis avec du citron sur un lit de tranchettes de pain, vin blanc, café frappé, un léger déjeuner de plage. Les occupants des parasols devant nous, ont déserté la plage. Je les retrouve attablés sur une estrade devant la taverne : un saladier plein de frites, un autre de salade grecque, dans leurs assiettes du ragoût. Cette tablée ressemble à un déjeuner familial à la campagne dans le verger plutôt qu’à un restaurant.

Vers 15heures les grecs partent s’enfermer faire la sieste. Nous aussi.

Lire Homère sous l’olivier, sur l’île d’Ithaque est un enchantement. Je lève les yeux et imagine les personnages se mouvoir dans ce décor précis. Chant XI : Ulysse aux enfers rencontre les héros de la guerre de Troie Agamemnon raconte le meurtre de Clytemnestre, Achille s’enquiert de son fils Néoptolème, Ajax , toujours jaloux à cause des armes d’Achille, fait la gueule …passent en revue Tyrin Antiope, Alcmène, Epicaste, Chloris que je ne connais pas. Découverte de toute une mythologie beaucoup plus riche que je ne le soupçonnais. Le chant XII raconte les épisodes plus connus des Sirènes, de Charybde et Sylla, des troupeaux du soleil. Ces aventures se déroulent sur l’autre rive du côté de l’actuelle Italie et de la Sicile. Le monde grec était alors plus étendu qu’aujourd’hui mais toujours avec le décor des oliviers de la rocaille…

Le musée Nautique ouvre à 19h  : cartes postales sépia de l’ancien temps – d’avant le séisme de 1953 – dans des vitrines,des dessous féminins, chemises de nuit brodées, une étole de vison un peu incongrue. A l’étage, un appartement est meublé. Plus surprenant : le Certificat d’Etudes (bilingue Français et Grec) d’un officier de marine de l’Ecole de Vathy . Le lauréat avait la mention Très Bien en Grec et en Français, Bien seulement en Anglais et Mathématiques.

J’achète Le Monde, plaisir des vacances  que de lire les nouvelles! Plaisir d’étaler l’édition de papier plus confortable  que l’édition électronique que je consulte désormais.

Sous la belle lumière du couchant,  nous montons à Pérahori et découvrons un village pittoresque aux maisons dispersées dans la montagne ; Malheureusement pour les photos, déjà dans l’ombre. Une coopérative vend les produits locaux : huile et vin. De là, la vue plongeante sur une minuscule vallée  impeccablement cultivée, Ithaque insoupçonnée avec ces pentes escarpées. Est-ce là le domaine de Laerte qui préférait dormir avec ses paysans que dans son manoir.

Ithaque : de Vathy à Stavros par le monastère et Anogi

Ithaque est formée de deux presqu’îles reliées par une fine bande de terre à Aétos

La partie nord est parcourue par deux routes arrivant toutes les deux à Stavros. Nous connaissons déjà la corniche le long du Canal d’Ithaque qui sépare Ithaque de Céphalonie sur le flanc occidental. Nous choisissons l’autre route plus sinueuse qui monte au Monastère Katharon et au village d’Anogi. . La route gravit la montagne sur une sorte d’arête. Ce trajet est spectaculaire. A chaque tournant, une surprise, tantôt du côté de Céphalonie, tantôt du côté oriental. A un  mirador, nous reconnaissons le beau navire blanc : Ionian King sur lequel nous sommes venues en Grèce qui passe dans le Canal d’Ithaque. Dommage que personne ne nous l’ait dit sur le bateau. Dommage, peut être pas ! L’imprévu est le piment de nos voyages individuels.

Un troupeau de chèvres survient, pas si sauvages que cela. Au monastère, nous rencontrons le berger et son chien (tous les deux très vieux). Nous voyons ensuite les enclos, cercles de pierres qui semblent sortis de la préhistoire. Eumée, le porcher réunissait peut être ses bêtes dans telles aires ; Plus loin, un troupeau de vaches. Que peuvent-elles donc brouter ? Les chèvres tondent les chênes kermès aux feuilles minuscules et piquantes, presque des feuilles de bonsaïs .

Le monastère est un bâtiment de pierre, sévère. Dans les jardins, l’église est ouverte, église très décorée avec de nombreuses suspensions de cuivre et de laiton.  Nous ne saurons pas si le monastère est occupé par des moines ou des nonnes, nous ne croisons qu’une femme en tablier qui tricote.

Anogi

Après avoir traversé des étendues très rocailleuses, lapiaz rongés par l’érosion à peine couverts de broussaille puis maquis tondu par les chèvres,  les cyprès se font de plus en plus nombreux, les oliviers annoncent le village d’Anogi. Village tranquille aux maisons fleuries avec leur tonnelle de vigne dont les grappes s’alourdissent à mesure que le mois de Juillet avance. Souvent les maisons sont en ruine. Tremblement de terre ou exode rural ? Le tourisme ne s’est pas encore emparé des belles maisons de pierre. Sans doute est- il trop éloigné de la côte ? Le village est toujours habité. Un écriteau indique Paléochorio. Allons-nous découvrir des ruines byzantines ? On s’aventure sur la piste de ciment pour se retrouver dans un cul de sac. Le demi-tour est périlleux. Un vieux monsieur qui passe par là, se fait un plaisir de guider la manœuvre « Pros » « piene » Nous avons déjà fait cette expérience à Samos sauf qu’on s’était drôlement empêtrées en perchant la voiture sur un rocher.

Quelques kilomètres après Anogi nous voyons une petite carrière qui extrait dans la falaise crayeuse une sorte de poudre pour le béton. Pas de cimenterie à l’horizon. Comment font-ils exactement ?

Ithaque : Frikkes, Kioni et Skinos baignades

Frikes

De Frikes partent les ferries pour Leucade et Fiscardo à Céphalonie. Sur le petit port envahi par les voiliers blancs, il y a une rangée de restaurants et quelques boutiques. Certaines voiles sont déployées au large mais les gréements semblent le plus souvent être là pour

la frime.

A la sortie de Frikes la route longe la côte. Un  tournant creusé dans la montagne donne un petit parking improvisé en face d’un escalier ou d’un accès à une petite crique ravissante : des falaises blanches aux bancs calcaires très fins, plissés relevés, chahutés encadrent l’eau émeraude avec  une petite grotte. Il est 11 heures, seules deux familles sont installées. Après quelques brasses je me retrouve seule et nage vers les bateaux ; le secret pour avoir la plage à soi tout seul, est d’arriver avant 11 heures. Les Grecs se lèvent vraiment tard !

Kioni 

Notre objectif à Kioni est la plage de la carte postale.

Le village est perché avec des maisons de pierres blanches. La route descend vers le port. Il eût été raisonnable de laisser la voiture au parking . Nous passons outre, et nous retrouvons sur une belle corniche bordée d’une rambarde de fer peinte en bleu plutôt destinée à la promenade piétonnière. Nous nous retrouvons à la sortie de Kioni. De plage, nenni ! Et nous voilà bien déçues, pas de plage, pas de taverne ! Sur le port, les restaurants ont aligné leurs tables couvertes de nappes sous des auvents. C’est chic mais ce n’est pas ce que nous cherchons.

A la sortie du village : deux chemins piétonniers, l’un mène aux moulins à vent (en ruine), l’autre à une plage. Je le prends et arrive au cimetière. Une minuscule plage de galet s’offre à moi. Quatre personnes, un couple âgé et un père et sa fille. La petite fille a apporté son livre électronique sur la plage. C’est la première fois que j’en vois un sur une plage. Evidemment cela pèse moins lourd que la bibliothèque que je trimballe. Est-ce qu’ils ont numérisé Homère?

Pour prendre les photos je longe la corniche à pied et découvre ce qui tient lieu de plage : tous les 15m environ, un escalier descend à l’eau. Les gens se baignent parmi les barques, la voilà ma carte postale !

Une autre piste conduit à une autre petite plage bien tranquille, trois personnes et un chien rigolo. Les baignades inattendues sont vraiment sympas !

Si au moins nous avions pris un œuf dur et une tomate ou le thon, nous aurions pu faire durer le plaisir. A 14h30 nous mangeons à la maison les restes d’une ratatouille et des œufs et nous émergeons de la sieste à 17h.

Skinos

 De l’autre côté de Vathy nous voyons une plage, à la jumelle je peux compter les baigneurs du balcon. Nous la négligeons pour explorer celle de Skinos au bout d’une méchante piste qui décourage les voitures à châssis trop bas et les gens timorés. Il faut être motivé pour aller jusqu’à un point « dernière possibilité pour faire demi-tour ! ». Ensuite on continue à pied. Des panneaux interdisent de continuer la pistee « Propriété privée » ; le sentier piétonnier dérobé descend sur le rivage. Les installations de plage ne ressemblent en rien à ce qui existe sur les plages publiques : fauteuils d’osier, épais matelas sous un dais, produits de beauté négligemment déposés dans une corbeille. Tout cela n’est pas destiné au simple passant qui doit longer l’eau sur un mince chemin de la largeur d’un parpaing. Il faut même se tremper les pieds pour arriver sur la plage publique. Mais quelle plage ! Un bois de pins fournis la borde et fait ombrage. Plus loin, des oliveraies touffues couvrent les collines. Impression d’un endroit secret, privilégié. Les bouées interdisent la plage aux bateaux. je nage seule en longeant  la plage 500 ou 600m dans un calme absolu. Seules les cigales se font entendre.

Ithaque : sur les pas d’Ulysse, port de Phorkys, grotte des nymphes

Port de Phorkys

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les habitants d’Ithaque le situe sur la plage Dexia, à 1km de notre gîte Dioscures où je me baigne tous les matins

Ulysse se réveille au port de Phorkys et voit Athena, la déesse aux yeux pers:

–           »mais regarde avec moi le sol de ton Ithaque : tu me croiras peut être….la rade de Forkis, le Vieillard de la mer, la voici ! voici l’olivier qui s’éploie à l’entrée de la rade ! près de lui, cette obscure et charmante caverne, c’est la grotte des nymphes qu’on appelle Naïades, voici l’antre voûté, voici la grande salle où tu vins offrir parfaite hécatombe aux Naïades… »chant XIV 342

–          « hâtons nous au fond de la grotte sacrée déposons tes richesses… »

Grotte des Nymphes

La route débouche juste au dessus des Dioscures,  nous dépassons quelques villas neuves  et nous poursuivons dans les oliviers.

Un voyant jaune s’allume au tableau de bord. Huile ? Eau ? Sur les pistes de montagne la prudence commande qu’on arrête tout ; et continue à pied. Enervée par le voyant, je ne vois pas le chemin dallé et je poursuis dans la campagne. Tôt le matin, c’est une promenade délicieuse, la piste blanche dessert des petites maisons de pierre, abris pour les outils des cultivateurs. Cela me réjouit de voir des murettes solides, des parcelles nettoyées, des arbres taillés. Au bout d’un  quart d’heure je fais demi-tour pour trouver la grotte juste au dessus de la voiture.

Panne

A la station –service, personne pour nous aider. Le voyant n’indique ni l’huile, ni l’eau mais on ne sait pas quoi.L’atelier du garagiste Kostas  se trouve non loin de la gendarmerie. Jeu de piste pour trouver le garage. Kostas est replet et jovial. Il ne parle que le grec un client traduit en anglais.

–  » C’est le filtre à essence qui est encrassé. Revenez dans une heure ! »

Nous passons le temps dans un ravissant café vert amande sur la terrasse perchée en haut du perron. Situation élevée convenant à un  dessin du port. En retournant au garage je visite une intéressante exposition d’Arts Plastiques sur le thème de l’etiquette.

La voiture est prête à 11 heures. Kostas a nettoyé le filtre au compresseur, a remis de l’eau et propose que nous faisions un tour pour essayer. On pourrait partir sans payer ; Kostas nous fait confiance. Evidemment on revient. La réparation semble efficace

–           « vous voulez une facture ? » propose-t-il en sortant son carnet à souches sans faire mine d’écrire….

Perahori

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Nous sommes soulagées, et…incorrigibles. Après avoir dépassé le village perché de Perahori nous continuons au village haut d’où part un sentier pour Paléochora, l’ancienne capitale de l’île vers 1500 quand les pirates rançonnaient les villages et que les Turcs s’opposaient aux Vénitiens. Encore un promenade agréable sur un sentier en balcon bien entretenu qui me conduit à deux chapelles (en bon état mais fermées) partout on devine d’anciens murs écroulés. Peu d’espoir d’y trouver des fresques byzantines.

Monastère Taxiarchon

Au village haut part la piste du monastère. La brochure de l’OTE mentionne une icône peinte  par le Greco dans une église de même nom. Incorrigibles, nous lançons la petite Matiz sur cette piste réservée aux tracteurs et aux 4×4. Le monastère est à 2 km. La Matiz se comporte très bien. Je retiens mon souffle. Plus de voyant allumé. Il ne manquerait plus qu’une crevaison !

La piste est bien entretenue parce qu’elle mène à des maisons habitées, à des vignes et aux citernes de la ville. Les vignes sont entourées de murs surmontées de grillage. Qui viendrait ici chaparder du raisin ?

En face du monastère, un chêne ou plutôt deux jumeaux, fait une ombre impressionnante ; Le monastère est décevant : église moderne en ciment avec des vitraux sans intérêt, fermée à clé.

Un peu échaudées par cette déconvenue, nous renonçons à chercher la fontaine Arthuse. Je suis assez sceptique : comment Schliemann, en quelques jours a fait des découvertes et mené des fouilles tandis que nous, un siècle et demi plus tard, nous avons tant de mal à repérer les sites fouillés et indiqués par des panneaux marrons ! bien sûr, il savait le grec ancien, le grec moderne et était accompagné par les paysans connaissant toutes les traditions de l’île.

Je descends à Dexia-Forkis dans l’après midi. Le vent est tellement fort que je dois tenir mon chapeau. Je suis ballottée par les vagues comme un bouchon. Cela change et c’est amusant.

Dans le Voyage en Grèce (Bouquins) je trouve le merveilleux poème de Cavafy (1911) Ithaque. Depuis des années j’ai entendu parler de Cavafy sans jamais trouver ses poèmes, épuisés. Quel poème ! Invitation au voyage. A un voyage aussi long et merveilleux que celui d’Ulysse. Ithaque, but ultime du Poète d’Alexandrie.

La télévision grecque donne la météo. Il fait très chaud en ce moment : 39°Cà Athènes. Moins dans les îles ; les Cyclades sont les plus fraîches : 33°C seulement. A mon grand étonnement et grâce à mes nombreuses baignades je ne souffre pas du tout de la chaleur. Dans le studio, le ventilateur aux longues pales brasse l’air très efficacement. Le soir, je goûte la douceur de l’air sur la terrasse. Exceptionnellement, ce soir je rentre pour suivre une émission musicale à la télévision : bouzouki, guitare et musique traditionnelle ; On fête les 85 ans d’un groupe familial Manolis http://www.kalomiris.org/. Images d’archives et intervention de musiciens actuels ; difficile de s’y retrouver dans le blabla du présentateur. L’émission est très longue. Elle est entrecoupée de publicités spéciales :une édition de Karl Marx sur fond d’ouvriers dans un chantier, mémoires de Fidel Castro, défilés et drapeau rouge. Cette chaîne au logo impersonnel 902 semble être l’organe du KKE. La Grèce est un  des dernier pays européens à avoir un Parti communiste traditionnel avec faucille et marteau, drapeau rouge et action politique de masse dans la crise actuelle. Le Pasok gère les restrictions du « train de vie de l’Etat » comme tout gouvernement européen de gauche ou de droite. Le KKE défend les acquis sociaux et le niveau de vie (déjà faible) des travailleurs. Grèves à répétitions. Nous avons repéré le siège du KKE à Ithaque. Pour servir les millionnaires il a aussi des travailleurs et des marins ; Qu’en est-il des vignerons et des bergers ?

Ithaque : Fontaine Aréthuse, porcheries d’Eumée et plages au sud de Vathy

Les petites routes et pistes de la péninsule sud convergent à Vathy.

Il nous reste à explorer celle de la fontaine Aréthuse près des porcheries d’Eumée.  Un panneau indique la Grotte Rhizes. Le sentier bien visible s’élève dans un maquis d’arbousiers, de pistachiers et de chênes kermès. Attention aux épines acérées qui meurtrissent les jambes ! Des araignées de taille respectable, noires et trapues on tissé leur toile au dessus du sentier et attendent l’aubaine. Après un petit quart d’heure j’arrive à une vaste grotte au toit effondré, fraîche et sombre où pousse un beau figuier. Les chèvres y ont trouvé abri. A mon approche, elles s’enfuient sauf un cabri affolé à qui je bloque l’issue.

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Le sentier de la Fontaine Aréthuse descend dans la garrigue, en corniche, a dessus de la mer très sombre. Il faudrait se méfier davantage des sentiers en descente au départ. Le retour sera plus difficile ! La promenade est agréable mais le maquis est ras. Il n’y a pas d’ombre. Pistachiers et chênes kermès ne s’élèvent pas au dessus d’1.5m,  sans parler des sauges ! Brusquement je me retrouve dans un lapiaz, le calcaire raviné, entassé, dissous par l’érosion est à nu. En sandales je dois faire bien attention à ne pas me tordre les chevilles. Petite appréhension : vais-je retrouver le chemin au retour ? Oui, forcément !

A plat, ou en faux plat, la corniche s’abaisse vers la mer. A chaque tournant, j’espère la source. Elle est distante d’une bonne demi-heure. Finalement une falaise se découpe la »Roche au corbeau »de l’Odyssée, désigne le ravin où se trouve la fontaine. Le sentier devient rès raide. Une belle ouverture formant une arche est à l’entrée de la Fontaine. Un troupeau occupe la place.

Le retour est pénible. J’ai oublié mon téléphone. Je dois donc me hâter. C’est une erreur. Il fait très chaud. Je transpire de partout et glisse dans mes sandales ; je n’ai pas pris d’eau. Pas d’ombre et ces faux plats qui sont traitres et montent insidieusement entrecoupés de raidillons. Inutile de s’arrêter pour reprendre mon souffle ; Je régularise ma respiration dans les passages moins pentus. Arrivé à  la voiture, je bois un bon litre d’eau fraîche.

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Dès que je ne crains plus la déshydratation nous partons à la recherche des Porcheries d’Eumée au lieu-dit Elleniko   Deux écriteaux signalent » Evmiou Cave » et « Patros Cave« . Encore des grottes ! Nous parquons la voiture sous un beau caroubier. Les oliviers vénérables aux troncs dédoublés,  creux et tortueux ont peut être vu le divin Porcher. Je réagis à retardement : Evmiou c’est Eumée au génitif ! Et me voilà cherchant la tanière d’Eumée dans le maquis. Des épineux en coussinets tapissent le sol. Des Hollandais n’ont rien trouvé non plus. Dans l’oliveraie, je découvre des maisonnettes et de la vigne. Je croyais l’endroit abandonné. Il est tout à fait entretenu.

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La côte est abrupte : une grande ferme aquacole a installé de nombreuses nasses circulaires. Cet établissement est industriel avec son grand hangar. En face de la Fontaine Aréthuse, il y a un ilôt vierge. De la route on ne devine pas la plage Kaminia accessible par une large piste rocailleuse mais à peu près carrossable. La pauvre Matiz en voit ! Petite anse aux galets blancs, pas d’ombre. La baignade dans l’eau transparente est délicieuse (je me répète mais c’est vrai !)

Comme prévu nous retournons déjeuner à Filiatro. Par miracle une table sous l’olivier se libère. Les souvlakis sur un lit de tranches de pain sont encore plus grillés, plus goûteux que la première fois. J’ai encore beaucoup de plaisir à nager dans cette baie encadrée par les rochers blancs feuilletés, tellement échancrée que l’on ne sent ni la houle ni les remous.

Dernier tour à Vathy, pharmacie, Le Monde. Sur le petit îlot – ancien lazaret – on dit la messe : un bac décoré de drapeaux multicolores et très bruyant transporte des vieilles dames jupe serrée et sac à main.

Nous passons encore la soirée devant une émission musicale sur une autre chaîne de télévision. On honore un autre compositeur Tsakas avec un orchestre symphonique et plusieurs chanteurs, un saxo plutôt jazzy, une vague ressemblance avec Brassens – eut être seulement la moustache ?

Retour à Céphalonie visite des grottes et archéologie

6h45, le Kephalonia  s’ébranle et quitte le port de Vathy .

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Vathy est un nom que j’ai rencontré à Samos, et à Tinos. Schliemann (Bouquins-Voyage en Grèce) me fournit l’explication : Bathy veut dire profond. J’aurais dû le savoir : isobathes, bathymétrie, sont des termes scientifiques familiers. Il est pratique qu’un port qui accueille de gros navire soit profond !

Le beau Kefalonia passe devant les maisons roses et jumelles des Dioscures. Je gette la plage Dexia, port Forkis d’Ulysse, la grotte des Nymphes…j’aime Le bateau longe l’ île . Nous cherchons à revoir les lieux visités: la plageDexia/port de Phorkys puis il vire de bord. Il contourne Ithaquepar le sud ! Je revois avec plaisir la baie de Filiatro, la plage Kaminia, la source Arethousa. Le soleil s’est levé. La lumière est très belle. Nous cherchons l’anse où Télémaque a abordé alors que les prétendants lui avaient tenu une embuscade près de Polis au nord.

7h30 : Sami se lève tôt au rythme des ferries. La boulangerie est ouverte, les supermarchés aussi.

8h30,  Le  lac Melissani est une des curiosités de Céphalonie. C’est un lac souterrain dont le plafond s’est effondré , sa couleur est étrange : bleu . C’était peut être une erreur  de le voir au lever du jour quand les rayons du soleil ne l’éclairent que partiellement. Le plus remarquable est la transparence de cette eau saumâtre dont l’ origine est curieuse : l’eau s’engouffre par une faille à Argostoli à 25km de là. Le lac est une résurgence. Céphalonie, île calcaire, est fissurée par l’activité tectonique, diaclases, gouffres et grottes.

Sur la route d’Argostoli, la Grotte de Drogati, à 6km de Melissani  se visite par un escalier de ciment sous un éclairage jaune orangé. L’accès est un peu trop facile, le spectacle attendu. C’est une visite rafraîchissante mais sans surprise.

Nous empruntons la route de Poros qui traverse des vignobles piqués de cyprès. Nous prenons en stop  un couple français qui marche avec un curieux sac de marin. Ils veulent parcourir à pied le massif de l’Ainos. Bonne idée mais que vont-ils boire et manger là-haut ? Cela n’a pas l’air de les préoccuper. Ils descendent à Digaleto là où nous avions retrouvé la route après notre parcours sur la piste autour du Parc.

Arrêt à Agios Nikolaos, pour dessiner les collines et les cyprès. Lees cloches sonnent avec insistance : la messe est diffusée dans tout le village. Nous montons à l’églisebven ciment, laide, décevante. Les chants, les cloches étaient plus poétiques dans la campagne.

A la fourchette de Tsamata, là où la route de Poros se sépare de celle d’Argostoli, un panneau « Tholos »  nous conduit à une tombe mycénienne. La tholos est malheureusement incomplète (nous en avons vu en meilleur état dans le Péloponnèse, près de Tirynthe et à Mycènes). Les fouilles nous apprennent qu’il a servi de sépulture à des époques plus récentes.  Les objets que les archéologues y ont trouvés sont exposés au musée d’Argostoli. L’entrée est gratuite. La dame nous donne une jolie brochure avec une carte très précise du sud de Céphalonie avec des itinéraires de randonnée. L’une d’elle part de la tholos et va à Poros en suivant une ravine où court  un ruisseau repérable par la rangée de platanes qui serpentent.

Nous ratons les ruines du Temple de Poséidon  entre Poros et Skala. La villa romaine de Skala fermée l’autre lundi est ouverte (entrée libre). Une belle mosaïque représente un fauve et un taureau.

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La belle plage de Skala, bordée de pins et équipée de parasols ne nous tente pas ; j’ai hâte de retrouver la plage secrète en bas de ses 121 marches. Il est maintenant midi et nous pouvons arriver.

Revenir dans un gite que nous avons aimé est un sentiment très doux. Petite appréhension : aurons nous le même studio ? Oui ! et nous reprenons vite nos habitudes. Nous revoilà « chez nous ». revenir renforce notre attachement. Nous n’oublierons pas la table ronde sous les arcades avec les bougainvillées et la vue sur Zakyntos. L’allée de lauriers roses qui descend est toujours fleurie, la semaine de canicule n’a pas fané les fleurs. Les raisins sont mûrs, les grappes se sont alourdies, les grains se détachent et gonflent.

Je n’avais pas prévu le vent qui ride la mer de crêtes blanches. La baignade tant attendue s’avère décevante, l’eau a perdu sa transparence elle charrie des brins d’herbe marines, des feuilles d’olivier. Une fine boue lui donne un aspect laiteux. Les vagues se brisent avec force sur els rochers. J’ai peur de me blesser d’autant plus que ceux qui affleurent sous la surface sont maintenant invisibles.

Le  vent  met un terme à la canicule. Le thermomètre marque 28°C, température idéale. J’ai acheté le Monde, difficile à lire par grand vent.

Nous avons invité Colette et Eleftherios pour partager une  bouteille de leur vin de . Ils ont fixé  l’apéro à 21 h, à la grecque sans doute ? La soirée ne se déroule pas comme nous l’avions imaginé. Ils nous entrainent dans le « salon de dégustation » où ils ont préparé le dîner : crevettes thaïlandaises et une salade mélanger de tomates cerises, roquette et bleu. C’est excellent, pas grec du tout ! la nuit est tombée. Nous bavardons jusqu’à minuit.

Lundi 26 juillet

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Le vent s’est calmé, la plage est plus accueillante mais je suis prudent ; je me laisse balloter dans les creux sans m’éloigner du gros rocher

–          « Tu n’as même pas été voir le monastère ! ».

Il a fallu cette journée supplémentaire pour que j’entreprenne cette ballade d’environ 2.5km sur une route de graviers dans l’oliveraie. Je passe près des bergeries. Le nouveau monastère en ciment n’offre pas d’intérêt touristique.les ruines du  vieux monastère se cachent de sous de grands pins. Le petit campanile tient encore au dessus de l’entrée ainsi que le mur latéral percé de belles fenêtres grillagées à l’encadrement de moulures classiques sculptées, fronton triangulaire, métopes, frises rappelant plus l’architecture antique que religieuse. Il fait délicieusement  bon sous les pins qui embaument.

Céphalonie/Corfou par Sky Express et arrivée à Liapades

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Notre vol pour Corfou  n’est pas annoncé. A la même heure décolle un avion pour Preveza. Les hôtesses de Sky Express enregistrent des passagers pour Zakynthos : l’île qu’on voit de Céphalonie. Quelle idée d’y aller en avion !  Nos bagages pèsent trop lourd : les valises en soute ne doivent pas excéder 15kg et 6 kg en cabine. L’hôtesse me demande de retirer 1kg du sac à dos rouge pour le mettre dans la valise. Difficile !

17h30 appel des passagers pour Préveza et Corfou. On traverse à pied le tarmac pour monter à bord d’un petit avion à hélice sur une petite passerelle presque un escabeau. La place pour les bagages à main est très réduite. Je serre contre mes genoux le sac.

Le vol s’effectue dans un vacarme assourdissant. L’hôtesse débite mécaniquement les consignes de sécurité en hurlant dans son micro. A sa grimace on devine qu’elle récite sans la moindre conviction d’être entendue. L’avion survole à basse altitude Argostoli puis remonte vers le nord : Assos, Fiscardo puis Ithaque. Ensuite des îlesinconnues et les montagnes d’Epire. Une lagune, l’avion descend sur Préveza. L’hôtesse crie :

– « Les passagers pour Préveza ! » comme dans un autobus.

Le pilote descend. Nous restons à l’attendre une demi-heure assis danbs l’avion. 15 minutes de vol pour Corfou. Ces montagnes pelées, c’est déjà l’Albanie ? L’avion parti en avance atterrit à l’heure à Corfou. Les passagers qui restent partent pour Héraklion, Sky Express est une compagnie crétoise.

L’hôtesse d’AVIS  nous propose une belle voiture pour le prix de la catégorie A. je tique. Dans les îles, une grosse voiture est un embarras. Je saisis le prétexte du prix de l’essence (la vraie raison est que nous voulons passer partout dans les rues étroites des villages et sur les pistes qui vont aux plages).La dame propose un compromis, on gardera l’Opel Astra  quelques jours et passerons en prendre ue petite dès qu’il y en aura une. Justement des clients rendent des clés. Une C1 est disponible.

20h30, nous arrivons à la taverne Aspros. Emily m’accueille en m’embrassant. C’est une dame un peu boulotte très volubile. Elle me parle en Grec. Je ne comprends pas tout  mais cela ne fait rien.

Endaxi ! Pame !

Elle ouvre la maison : tout est prêt, l’électricité l’eau. Nous cherchons une paire de draps. On ouvre les volets, ferme les moustiquaires. Soulagement : les chambres à l’étage sont équipées de ventilateurs à grandes pales inutiles puisque aujourd’hui il fait frais.

A 9 heures, la maison est habitable.

Il en va tout à fait autrement avec la C1. Marie Claire nous a conseillé de nous garer à au cimetière à plus de 300m de la maison. Nous aimerions bien décharger les valises plus près. Emily ne nous encourage pas à emprunter notre rue :

–           « la route est très étroite » prévient-elle.

Elle n’est pas seulement étroite, elle est aussi embarrassée de motos et des véhicules des riverains. Impossible de faire demi-tour. D continue tout droit et monte dans le village sous le regard consterné des voisines sur leur balcon. Elles ont observ é avec bienveillance notre installation. La C1 ne revient pas ni D. Les voisines m’interrogent :

–          « Où est donc la voiture ? «

–          « je n’en sais rien ! »

Le voisin monte sur sa vespa pour montrer qu’on peut utiliser la ruelle pour faire demi-tour. Les dames me proposent un emplacement en face de leur immeuble. la C1 réapparait. Grande agitation ! En haut du village le demi-tour a été difficile avec 7 chats sur la chaussée et un environnement  hostile. Les voisines ne comprennent pas pourquoi on refuse leur emplacement.

L’automobile est absolument incompatible avec l’enchevêtrement des maisons, des ruelles étroites coupées d’escaliers. Dans ces villages perchés où les maisons épousent la topographie. Les grecs sont motorisés: chacun connait les emplacements de parking possibles, chacun sait quelle ruelle est praticable, laquelle va se rétrécir inopinément. Chacun sait aussi qu’on peut s’engager deux mètres dans un cul de sac pour permettre à la file de la circulation de passer mais qu’il est vain d’aller plus loin. Le touriste qui ne reviendra jamais peut se permettre de bloquer tout un village, ceux qui souhaitent  séjourner plus longtemps doivent adopter une conduite plus discrète, ne as usurper la place où le voisin s’est toujours garé. Nous aurions été mieux inspirées de suivre les conseils de Marie Claire.

Une fois installées je descends à la taverne chercher le dîner à emporter « paketes » : tomates farcies , les meilleures jamais mangées en Grèce. Emily a mélangé le persil, la sauge, les herbes aromatiques avec du poivron très parfumé. Les tomates ont du goût. Les tomates sont pour moi un sujet de déception permanent, pas seulement en hiver ou dans les pays froids où il est logique qu’elles aient été élevées en serre hors- sol, mais également dans des pays ensoleillés comme Chypre, la Crète ou la Sicile. Les cultures sous plastique, forcées, donnent des fruits  gorgés d’eau insipides. Finalement nous nous endormons sous le léger ronflement du ventilateur – Saint Ventilo- comme on l’a surnommé à Ithaque.

Corfou : la vieille forteresse

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La Vieille Forteresse est perchée sur un rocher, péninsule devenue île depuis que les Vénitiens ont creusé un canal au 15ème siècle. Dans ce petit canal il y a des bateaux de pêche.
Avant les Vénitiens, les Byzantins fortifièrent le site dès le 6ème siècle, suivi par le despote d’Epire, les Angevins et les Normands.

Après avoir franchi le canal nous passons les épais murs de brique vénitiens, sur des plaques de calcaire est sculpté le lion de Venise.

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En 1840, les Britanniques ont construit l’église Saint George qui, extérieurement, ressemble à un temple antique précédé d’une colonnade dorique. La nef ressemble plus à une salle de réception rectangulaire éclairée par deux rangées de fenêtres avec des rideaux rouges. Deux beaux lustres en étain renforcent cette impression. Nous sommes dans une église orthodoxe. Un bienfaiteur a offert l’iconostase de pierre avec de belles icones ; tout autour de la nef, des stalles de bois sculptées.

Nous passons ensuite devant une collection de canons qui ont servi à trois armées différentes : le canon vénitien (1684), vient d’Angleterre, le canon français (1788) et un canon britannique datant de 1774. Nous empruntons ensuite une rampe couverte bordée de cellules. Prison ? ou magasins de garnison ? Un campanile rouge dépasse du rocher, curieusement, quand nous arrivons au sommet c’est un phare que nous trouvons. Nous remarquons en chemin des bâtiments en, calcaire blanc – ans doute es casernes britanniques – criblés d’impact. L’architecture militaire ne me passionnant pas, je m’intéresse surtout à la vue fantastique sur la ville de Corfou, la mer et les montagnes en face : l’Epire ou l’Albanie ? Un petit port de plaisance est au pied du rocher il s’appelle mandraki comme à Rhodes.