Arrivée à Saint Vaast-La-Hougue

COTENTIN 2025

Saint Vaast la Hougue

Saint Vaast-la-Hougue sera notre port d’attache pour une petite semaine. 

Nous arrivons par la RN13 qui se rétrécit après Avranches , passe par Mère-Eglise. Je fais quelques emplettes dans une jolie épicerie à Montebourg encombrée de bombonnes de verre contenant un liquide doré. On y débite le whisky en vrac. Il doit y avoir une clientèle pour cela dans cette région des Plages du Débarquement.

Notre pique-nique se fera sur la plage de Ravenoville au nord d‘Utah Beach. Belle plage de sable qui semble infinie. Malgré la chaleur, pas de baignade, l’eau s’est retirée trop loin.

Notre gîte est une maison de ville sur le bord de la route principale. Décorée avec goût. Une véranda qui donne sur le jardin des logeurs.

C’est la Fête de la Musique,  j’avais imaginé des animations dans les bars du port. Le spectacle se déroule sur la place du village voisin,  Quettehou, sur une estrade. Il faudrait reprendre la voiture…

Nous avons passé quelques heures à Saint-Vaast au cours de notre dernier voyage dans la Manche CLIC 

Nous connaissons donc le petit port, la chapelle des Marins et le Fort de la Hougue . La journée de demain sera consacrée à l‘Île Tatihou!

 

Etape à Dol-de-Bretagne

EN ROUTE VERS LE COTENTIN EN JUIN

la cathédrale de Dol et devant le bateau de Granite qui a transporté Saint Samson

Pour arriver  Saint Vaast-la-Hougue, à partir de Saint Malo nous disposons de tout notre temps pour flâner.  Arrêt petit-déjeuner à Dol-de-Bretagne. 

La silhouette de la cathédrale de Dol nous est familière. Elle voit de très loin du Mont Saint Michel et pourtant nous n’avions jamais fait le détour. De l’extérieur, c’est une forteresse de granite. Quand on entre je suis étonnée par la clarté et la légèreté de la nef gothique. Charmée aussi  par les vitraux (XIIIème)

Vitrail du choeur : arrivée de Saint Samson sur son auge de pierre

J’ai observé ceux qui racontent l’histoire de Saint Samson à qui est dédié la cathédrale. Samson, évêque de Cardiff, est arrivé du Pays de Galles navigant sur une auge de pierre. J’ai déja lu à plusieurs reprises cette légende des auges de pierre flottantes (en réalité des curraghs, barques irlandaises très légères pas du tout en granite) qui ont traversé la Manche. Ce voyage est aussi raconté par le vaisseau de granite sculpté par Jean Yves Menez  (voir photo ci-dessus). Selon Wikipédia cette barque de pierre aurait vraiment navigué. 

Dol de Bretagne : puits

Une autre curiosité de l’église : le Double Puits. on voit ci-dessus le puits extérieur où la population pouvait puiser de l’eau. Un second puits a été découvert dans la « Chapelle du puits ». Ces deux puits auraient la même source et l’un des deux serait même gallo-romain. 

A l’Office de Tourisme on peut acquérir un plan avec une visite de la ville.

A l’arrière de l’église, la Place de la Trésorerie rappelle le rôle du chapelain trésorier. Le Chapître était un élément de stabilité dans l’histoire de l’église., alors que els évêques se succédaient. 

Rue Ceinte

La promenade aurait dû me conduire aux remparts de Dol mais je l’ai écourtée en empruntant la Rue Ceinte : jolie rue pavée dont les maisons de granite semblent intouchée par la modernité. 

le marché du samedi à Dol de Bretagne

La grande rue principale formé par la Rue Lejamptel et la Grande rue des Stuarts est occupée aujourd’hui samedi par le marché. Elle est très encombrée par les étals variés aussi bien maraîchers que textiles. Tout est de très belle qualité. j’ai bien du mal à photographier les maisons à pan de bois derrière les auvents des marchands.

Chateaubriand tout jeune élève

A une extrémité, devant les halles (XIXème siècle) je reconnais le jeune Chateaubriand qui fut élève à Dol. Combourg est tout près. Plus loin, dans l’Hôtel Grand Maison une plaque explique que Victor Hugo et Juliette Drouet séjournèrent là en 1836. Cette coïncidence m’amuse, me rappelant que Victor Hugo a déclaré à 14 ans qu’il voulait être Chateaubriand sinon rien. Et ce n’est pas fini  : c’est dans ce même hôtel que la dépouille de Chateaubriand fut veillée en 1848 avant de rejoindre son tombeau à Saint Malo sur l’ilot du Grand Bé. 

Quittant la Bretagne par  l’autoroute de Caen, nous frôlons Villedieu-les-Poêles que nous devions visiter. 31°C nous dissuade. Toujours aussi chaud devant Saint Lô. Nous sommes pressées de voir la mer et un peu de fraîcheur. 

 

Tour de Guernesey -Côte ouest plus sableuse

 

GUERNESEY

La Plage de Pembroke et les tours Martello au dessus de l’Ancresse

Il fait un temps merveilleux, l’eau est presque tiède (la Manche, pas la Méditerranée. J’en profite pour une belle matinée plage sur la Plage de Pembroke. Plage de sable fin très doux pour marcher. A marée haute les bancs rocheux disparaissent. Je parcours pieds nus cette belle anse. 

Je combine 3 promenades du Perry’s Coastal Walks pour retrouver Dominique plus au sud vers Port Soif

promenade 14 – de l’Ancresse à Chouet (3 km ) facile

Le sentier fait le tour d’un petit cap où se trouve le Fort Pembroke(1778 -1811) cachant la toute petite Baie de la Jablonneuse. De l’autre côté, un golf, environnement vert et tranquille. Au lieu-dit Crève-Coeur, c’est une réserve naturelle. Cela se gâte ensuite. Le Mont Cuet et le cap Chouet sont enfermés derrière de hauts grillages . Les carrières ont creusé de grands trous. Un ouvrier en salopette orange interdit le passage. Avec un couple de retraités, je  suis consignée sur un banc face à la mer. Une sirène va retentir, puis un Boum! (tir de mine) et enfin une sirène nous signalera que les tirs sont terminés et que nous pouvons reprendre la promenade. 

Vazon à marée basse

promenade 13 – Grand Havre Bay : de Chouet à Rousse Tower 5.5 km  facile

On longe encore le Golf, environnement agréable quoique non dénué de danger : un écriteau prévient qu’il faut prendre garde aux tirs de golf! (après les tirs de mine….). Le Grand Havre est une vaste baie avec nombreux bateaux. Le sentier est proche de la route et des constructions, ce n’est pas très agréable de marcher près de la circulation. Je passe devant l’église Vale Church. J’ai raté le site néolithique signalé sur le petit livre les Fouaillages. 

la fin du parcours se fait en bord de route, bien fréquentée à cette heure-ci. La tour de La Rousse fait encore partie du système de défense des 15 tours martello mais elle a été rénovée et a fière allure. Toujours une tour ronde de deux étages inspirée des tours génoises corses mais au centre de fortifications en étoile avec des canons encore en place. 

Guernesey ail et ciel bleu

Promenade 12 – De la Tour de la Rousse au tir au pigeon Les Pecqueries (2.5 km) Facile mais en bord de route. la côte est sableuse. Le sentier court dans des dunes bien plates. 

Nous avions prévu de piqueniquer aux Grandes Rocques mais un mur d’escalade a été installé pour des scolaires et le parking est occupé. Nous terminerons notre journée balnéaire à la plage de Vazon. Malheureusement à marée basse la baignade n’est pas possible. La mer s’est retirée vraiment loin. 

Tour de Guernesey sur le sentier côtier- Côte sud falaises spectaculaires

GUERNESEY

Tas de pois d’amont

Perry’s Coastal Walks&Nature walks propose 16 promenades en suivant le sentier côtier dans le sens des aiguilles d’une montre.

J’ai commencé par la 2 . Jerbourg to Icart Point – 5 km–  notée difficile . le parking de départ est facile à trouver. On suit une petite route en corniche bordée de très belles maisons pour trouver le sentier. Magnifiques vues sur les falaises, les côtes découpées et au loin les îles. Le sentier est noté « difficile » parce qu’il monte et descend, le bâton de marche aide en montée mais n’est nullement obligatoire. Comme à Crozon, les rochers sont nommés Tas de Pois, ici Tas de Pois d’Amont. Cette toponymie en français donne un charme particulier à Guernesey. Au-dessus de la plage « Le Petit Port » j’aboutis à deux parkings et perds un moment le sentier. Un magnifique palazzo blanc méditerranéen domine le paysage, C’est « Le Vallon » curieux nom pour un manoir en hauteur pas du tout dans un vallon. la Fosse, marque un creux dans le relief (logique) jolie grimpette pour remonter sur le Cliff Path qui se trouve en hauteur sur la falaise.

Renoir est venu peindre sur un point de vue signalé par un panneau. Deux petits restaurants sont nichés au bord de l’eau, celui de Saint’s Bay a l’air très sympathique. Nouvelle grimpette, belles vues avant de rejoindre Icart Point (parking très bien aménagé, toilettes) proche du sentier. Sans me presser, j’ai mis moins de deux heures et n’ai ressenti aucune difficulté particulière.

C’est une très belle promenade plutôt facile.

3. d’Icart Point à Petit Bôt : 2.5 km – notée facile 

la plage de Petit Bot

La géologue  remarque(sur le livret-topoguide) que les gneisses d’Icart sont très datés 2700MA , une des plus anciennes formation d’Europe. la promenade en balcon continue sans difficultés et toujours avec de belles échappées.

Le parking de Petit Bôt est tout près de la plage, en face d’un très beau café dans une échancrure de la falaise. La plage est une crique étroite. A marée haute c’est du sable, mais la mer est descendue et il faut des petits chaussons pour marcher sur les galets. La baignade est très agréable à marée basse.

Une tour pré-Martello (N°13) fait partie des 15 tours de défenses construites pendant la Guerre d’Indépendance américaine (1778) , en réponse à la menace d’une attaque Française alliée aux Américains. Tour ronde de deux étages, leur construction furent inspirée d’une tour génoise en Corse au Cap Mortella (d’après Wikipédia, cela m’a bien amusée). Evidemment, je pense à Ulysse et James Joyce. Evidemment, les Allemands ont fortifié ce point de défense mais ne s’en sont pas servi! 

Deux promenades combinées, une belle baignade. Beau programme pour une journée ensoleillée. Nous attendons des invités ce soir au pub, il est temps de rentrer se préparer.

promenade n°5 de Pleinmont à Petit Bot (8 km )

Je l’avais faite à notre première visite en octobre 2022, sous un temps maussade et j’avais peiné à monter et descendre d’innombrables marches mouillées. j’avais trouvé les falaises spectaculaires et le parcours austère. Cette impression était sans doute due à la météo. Cependant c’est la partie la plus difficile du tour de Guernesey;

 

Un autre ailleurs – Agnès Riva

TOURISTE DANS MA VILLE : CRETEIL

Agnès Riva raconte la naissance d’une Ville Nouvelle : Créteil dans les débuts des années 70 quand grues et pelleteuses étaient au travail. Ces débuts m’amusent beaucoup puisque je me suis installée à Créteil en 1980. Presque tout était en place, tout beau, tout neuf avec l’optimisme de construire une nouvelle vie. 

« C’est du jamais-vu », pensa Gilles ébahi en découvrant face à lui le quartier de la Haye-aux-Moines, un ensemble de résidences, de tailles et de volumes différents, agencées comme une casbah, dotées de terrasses créées çà et là dans les angles par d’habiles décrochés cubiques, et bâties avec des matériaux modernes laissant présager des appartements dernier cri. »

Le héros de l’histoire, Gilles,  est un jeune étudiant qui s’installe dans le Quartier de la Haye-aux-Moines. Il est embauché par le Maire comme animateur pour la promotion de la ville nouvelle avec la mission de sonder les habitants et d’animer une vie de quartier. Gilles tombe amoureux d’une secrétaire à la Mairie. Il imagine un projet avec l’école primaire du quartier : retaper un bateau qui naviguera sur le Lac de Créteil à peine aménagé…

Disons le tout de suite. L’histoire d’amour entre Gilles, godiche, et Aline, la brunette pétillante n’est pas passionnante.

En revanche, je me suis bien amusée de trouver l’ancien magasin Carrefour avant la construction de Créteil-Soleil, d’apprendre que

« C’est le premier McDonald’s qui a ouvert en France, et il a choisi de s’installer à Créteil, »

et que le Cinéma de Créteil Village était le Gémini. Tous ce qui n’existe plus et ce qui existe encore éveille mon intérêt de Cristolienne. L’opposition entre les pavillons de Bord de Marne et les constructions moderne est bien vue. L’ambiance antillaise aussi avec l’attraction de l’Hôpital Henri Mondor. Dans ma tour (construite en 1946) elle était très sensible aussi avec les Postiers. En revanche, le Mont-Mesly barres et tours des années 60, pour accueillir rapatriés d’Algérie et travailleurs maghrébins, n’est pas du tout évoquée.

Intéressante anecdote sur un avortement au Planning Familial (ou était-ce le MLAC) . Aline qui y a accompagné une amie se fait journaliste pour témoigner.

Je me suis amusée mais je ne suis pas sûre que les lecteurs qui ne connaissent pas ma ville prennent autant de plaisir à cette lecture. A moins que la découverte de la banlieue ne devienne un sujet exotique… j’ai remarqué d’autres parutions dans ce genre.

Jamais d’autre que toi – Rupert Thomson

“Masculin, féminin, tout ça je peux faire. Mais neutre – c’est là que je me sens à l’aise. Je ne me laisserai pas enfermer dans un rôle ni mettre en boîte. Jamais. J’aurai toujours le choix.”

J’ai « rencontré » Claude Cahun la première fois à l’Exposition Pionnières CLICau musée du Luxembourg. Une deuxième fois sur un podcast de RadioFrance qui raconte la Résistance surréaliste de Claude Cahun et de Suzanne Malherbe, sa compagne sur l’île de Jersey CLIC contre l’occupant nazi. Dernièrement, un documentaire sur Arte leur est consacré.

Avant notre départ pour Guernesey j’ai cherché un livre pour nous accompagner. Certes, l’action se déroule à Paris et à Jersey, île voisine. Mais l’occupation allemande sur Jersey et Guernesey ont marqué l’histoire de ces deux îles jusqu’aujourd’hui encore. 

Jamais d’autre que toi raconte l’histoire d’amour de Lucie Schwob et Suzanne Malherbe qui commença à l’adolescence, à Nantes pour durer toute leur vie. La narratrice est Suzanne. 

« Je ne nous considère pas comme des lesbiennes, dit-elle. Nous sommes simplement deux personnes – deux personnes dont il se trouve qu’elles s’aiment. — Nous sommes des femmes dont il se trouve qu’ elles s’aiment, dis-je. — Le genre n’a rien à voir. Je t’aimerais quoi que tu sois. Homme, femme, hermaphrodite…” 

Au tout début du XXème siècle, l’homosexualité féminine était complètement ignorée et non pas réprouvée comme l’homosexualité masculine. C’est donc en toute bonne foi que le père de Lucie Schwob confie Lucie, anorexique et dépressive, à la garde de Suzanne Malherbe de deux ans plus âgée. Les deux jeunes filles partent ensemble en vacances et partagent leur quotidien sans problème. Elle seront encore plus proches, demi-soeurs quand la mère de Suzanne épouse le père de Lucie. 

Artistes toutes les deux, Lucie est poète, Suzanne plasticienne. Elles inventent leur vie, se créent des identités, changent de nom Lucie devient Claude, Suzanne, Marcel. Elles jouent avec les apparences physiques

. Claude se rase le crâne, adore être prise pour un homme. Toutes deux se photographient dans des mises en scène androgynes ou carrément surréalistes.

Signé Moore

Elles fréquentent les surréalistes :

« André Breton, Robert Desnos, Philippe Soupault… C’est plus tard seulement que j’ai pris conscience de ce que signifiait ce dont j’avais été témoin ce soir-là – non de la naissance du surréalisme, sans doute, mais d’un aperçu du mouvement dans sa petite enfance. »

Nous ne fîmes néanmoins aucune tentative pour nous joindre à eux. […] il nous semblait que le mouvement était dominé par des hommes apparemment peu disposés à prendre les femmes au sérieux, ou incapables de le faire, et qui considéraient l’homosexualité avec méfiance, voire dégoût. En outre, nous n’étions pas réellement intéressées par l’affiliation.

Jamais d’autre que toi est un roman historique racontant la vie artistique et littéraire à Paris , on croise aussi Michaux, Gertrud Stein, Marguerite Moreno et des acteurs de théâtre un peu oubliés, Foujita, Dali…

A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, Lucie qui a déjà souffert de l’antisémitisme pendant son enfance pressent le drame qui se noue et les deux femmes vont chercher un refuge à Jersey. 

. Nous allions partir à Jersey, avec ses plages idylliques, ses vallons et ravins verdoyants, son délicieux isolement. Des amis viendraient de temps en temps nous rendre visite, mais nous aurions l’intimité et la paix. Notre vie serait tranquille, nous ferions des photographies. Nous nous aimerions

La paix? c’était sans compter l’invasion des îles anglo-normandes par les nazis qui les fortifièrent en les transformant en véritable bastion. Et les deux femmes deviennent un réseau de Résistance à elles toutes seules.

Plus tard, j’appris que les Allemands avaient un nom pour les gens comme nous, qui refusaient de reconnaître leur présence. Ils nous appelaient les “fantômes”. Comme il était curieux, me disais-je, qu’ils aient pensé à inverser ainsi les choses. Nous les traitions comme s’ils n’existaient pas et pourtant, d’une certaine façon, c’étaient nous qui étions devenus invisibles.

Elles agissent avec leurs talents : les mots et les dessins, rédigeant des tracts illustrés très impertinents dans un allemand parfait que possède Suzanne. Elle font croire que des séditieux sont infiltrés dans les troupes allemandes. Elles collent leurs tracts dans les endroits judicieux jusque dans les poches et les chaussures des officiers allemands. Elles vont même jusqu’à afficher une banderole dans le cimetière autour de l’église comparant la grandeur de Jésus à celle de Hitler. Provocations dans le plus pur surréalisme!

Dénoncées, elles sont incarcérées en 1944 et condamnées à mort. Un suicide raté leur sauvera la vie, leur épargnant la déportation.

Claude Cahun photographiée  par Suzanne avec l’aigle nazi dans la bouche.

Des personnalités remarquables, une histoire passionnante.

A lire, même si vous ne vous embarquez pas pour Jersey!

Sercq petite île hors du temps

GUERNESEY

Sercq ou Sark, à l’anglaise? Dans les îles anglo-normandes la toponymie garde les noms français ou normand. 

Sous un soleil magnifique, le petit bateau quitte Saint Peter Port à 10h15. Nombreux îlots et rochers pointent hors de l’eau. Nous longeons Herm, ôme plate avec une grand plage de sable. Pendant la traversée, mes rêveries sont alimentées par la lecture de Cézembre d’Hélène Gestern. Jamais je n’avais prêté attention à toutes ces îles, rochers près des côtes de la Manche.

Les goélands sont perchés le guano blanc dégouline des pointes. Une compagnie de cormorans se pose sur l’eau, je ne savais pas ces oiseaux sociaux. Passent en « rase-eau » de plus petits oiseaux trapus, au corps compact : peut être des macareux, puffins? Je ne distingue pas le gros bec coloré. Il parait qu’il y en a autour de Sercq.  Je les ai ratés en Islande.

Sercq : le phare

 Enfin Sercq se profile, précédée de rochers acérés. Le phare est construit à mi-pente de la falaise ; construction blanche étagée sur deux niveaux, soutenant une tourelle trapue portant la lampe. Après avoir longé la côte, le ferry accoste au port. Curieux port aux quais invisibles qu’on atteint par une série de marches en ciment. Autrefois il fallait grimper une échelle de corde. Par un tunnel creusé dans la roche on atteint une place où attendent les tracteurs : une remorque pour les paquets et les valises. On peut dormir sur l’île. Deux autres tracteurs tirent un wagon rudimentaire pour les visiteurs rebutés par la pente. 

Sercq : transport en commun

Je suis venue randonner. Je snobbe les tracteurs sur la route goudronnée bien raide. Des flèches de bois signalent des sentiers « l’Avenue » et « La rue des Lâches ». Suivant l »Avenue » je m’engage dans les fougères et les digitales plus hautes que moi en sous-bois. La dénomination « Avenue » » pour cet étroit sentier m’amuse beaucoup. Je comprendrai plus tard que l’Avenue est la rue principale du village qui parcourt l’île ; route de terre poussiéreuse assez large pour les tracteurs et outils agricoles, bordée d’arbres et de haies vives qui m’empêchent de voir la mer. J’ai un plan mais je me repère mal, surtout je n’ai aucune idée des distances

Pas de voitures sur Sercq mais plus chic que le tracteur : la calèche

Je me dirige vers « La coupée » route spectaculaire qui relie le « petit Sark » à la grande île. Dans le petit Sark, j’aurais pu visiter un site préhistorique et une ancienne mine d’argent. Il aurait été avisé de louer un vélo si j’avais voulu parcourir toute l’île dans les 4 heures dont je dispose. Tant pis pour le tourisme! Je préfère marcher. Ces sites sont un peu éloignés et la « grande route » qui coupe le bocage est un peu loin du rivage. Autrefois, sans doute, la campagne bretonne ou normande devait ressembler à ce paysage : prés fauchés et haies vives. Un écriteau prévient de se garder du taureau. 

La Coupée

A la sortie de La Coupée un sentier est indiqué « Vallée de Dixmart » , il s’enfonce dans les fougères et court en balcon le long du rivage. Des prunelliers et du houx l’abritent du vent du large. Les lianes du chèvrefeuille colonisent les arbustes. En fleur, je ne me lasse pas de les photographier. Bientôt il y aura des mûres. Echappée sur la mer bien bleue. 

chèvrefeuille

Le sentier bifurque vers des maisons: un hôtel luxueux et plus loin le Café Hugo’s à l’enseigne des Travailleurs de la mer. 

Hugo’s

Un sentier descend en sous-bois vers la mer, enjambe un ruisselet. je marche au hasard. L’île est si petite que je ne risque pas de me perdre. je découvre une crique minuscule, déserte.

les plages de Sercq sont parfois desservies par des marches. il faut être motivée par la baignade mais je n’ai pris ni maillot ni serviette. je croise un sentier avec l’écriteau « Rue des Lâches ». j’avais croisé près du port cette Rue des Lâches, à la remontée je décide de le suivre pour retourner vers le port. Une maison est cachée dans la verdure, comment se ravitailler? Je descend d’un bon pas. Si bien que j’arrive au café du port avec une heure d’avance sur l’horaire du bateau. Je m’accorde une glace à la vanille à la crème de Guernesey.

Port creux

Un petit tunnel me mène au Port Creux. « Le plus petit port commercial ».Par vend de nord-Est des navires commerciaux peuvent s’y abriter. L’entrée est défendue par deux jetées. Une jolie barque de bois peint de bleu souligné de jaune m’offre un joli sujet de dessin. Je passe donc une dernière heure sur Sercq à dessiner la barque et les versants très escarpés. 

je n’ai pas vu toute l’île mais je rentre ravie de ma journée!

Retour à Guernesey – détails pratiques

GUERNESEY

Embarquement avec Brittany ferry à 7h15 à Saint Malo. Avec le Brexit, il faut maintenant un passeport mais pas de visa ni tampon pour les îles Anglo-Normandes. Arrivée 9h à Saint Peter Port . Le décalage horaire nous a offert une heure supplémentaire. la traversée dure 2 heures.  

Quittant Saint Malo, je cherche les îlots et îles, j’identifie Cézembre. je suis en train de lire Cézembre de Hélène Gestern cette lecture nourrit ma rêverie. 

Nous avons oublié l’adaptateur de prise électrique indispensable avec les prises britanniques. On en vend dans la boutique Duty Free du bateau. Quand nous brancherons les téléphones, il ne faudra pas oublier l’interrupteur dont sont équipées toutes les prises. 

Saint Peter Port harbour

A l’arrivée, je me précipite à l’Office de Tourisme pour me procurer cartes et plans. Un petit guide Coastal Walks & Nature Trails in Guernsey (7.95£) sera bien utile. Au distributeur de billets, je prends 100£ qu’il  faut  dépenser sur place ;  les billets de Guernesey n’ont pas cours ailleurs dans le Royaume Uni. Sur le port, je réserve ma place pour Sark. Complet pour mercredi, il reste une seule place mardi matin. Pas de surtourisme à Sark, le ferry est très petit, il faut s’y prendre à l’avance. 

Fleur de Jardin – hôtel***

Pour rejoindre notre hôtel Fleur de Jardin, nous réglons le GPS, King s Mills. Il faudra bien se souvenir de rouler bien à gauche dans les petites routes étroites, respecter les priorités dans les carrefours « Filter » régis non pas par une priorité à gauche ou à droite mais par la courtoisie, on ralentit et on laisse passer celui qui attend. Dans les Ruettes, les voitures ne sont que tolérées à la vitesse de 15 mpH (22km/H) et ne dépassent pas les vélos. 

la campagne électorale à vélo

Guernesey vote pour le gouvernement de l’île. De petites affichettes fleurissent dans les jardins. Nous suivons la campagne électorale qui pédale devant nous.

Plage de Cobo bay vue des Grandes Rocques

Belle journée à la plage de Cobo bay, une des plus belles plages de sable .Le parking près des Grandes Rocques est équipé d’un kiosque avec des toilettes impeccables, un robinet exprès pour remplir la gourde. Au kiosque toutes sortes de friands, pâtés, gâteaux dont un à la carotte qui paraît fameux et glaces. Il y a même un menu pour chiens avec des glaces pour chiens. Ce qui est un peu paradoxal puisque les chiens sont interdits sur le sable en saison estivale. Ils sont bien présents sur la plage, attention à l’amende pour les maîtres indélicats qui ne ramasseraient pas les crottes : 1000£ quand même!

Et comme à mon habitude, je suis le sentier côtier, vers le nord, dans les dunes jusqu’à Port Soif qui ne correspond pas à un bistro quelconque mais au breton Scorf en raison de la forme arrondie rappelant un étang. 

Grandes Rocques

Le château des Grandes Rocques  fut construit en 1898 par Lord Saumarez pour y installer une école mais le naufrage du Stella avec 96 victimes a découragé les parents anglais d’y envoyer leurs enfants. Il a été converti plus tard en hôtel. Le cap des Grandes Rocques a été fortifié au XIX ème s. puis par les Allemands.  Dépassant Cobo Bay vers le Sud j’arrive à la plage de Vazon où Dominique se baignait avec ses cousins quand elle était petite. 

Et pour terminer en beauté cette journée Fish & Chips sur la terrasse au soleil

 

 

Cézembre – Hélène Gestern

UN ROMAN DE SAINT MALO

Cézembre vu du ferry

Ce gros roman (650 p en Poche) m’a accompagnée pendant ces vacances en bord de Manche. Il a guidé mes rêveries en passant devant les rochers, les îlots et les îles, flux et reflux des marées…

Cézembre est une île en face de Saint Malo. Une île chauve, un caillou, une île martyr dont l’histoire est tragique. Fortifiée par les Allemands, elle a subi un pilonnage monstrueux de la part des Alliés. Elle exerce une fascination pour le héros du roman

« J’ai toujours aimé la beauté des ruines ; mais celles-ci, sous leur vêtement de graminées, de mousses et de
lichens, ne s’étaient pas tout à fait départies de leur violence originelle. À Cézembre, la nature n’avait pas
éteint le souvenir de la bataille sans merci qui s’y était livrée : elle en avait simplement apaisé l’horreur. »

Yann de Kérambrun, le narrateur, est historien. Il enseigne à la Sorbonne et rédige une thèse sur les pirates de la Méditerranée du temps de l’Empire Romain. En instance de divorce, il vient de perdre son père. Son fils part en Allemagne. Il demande un congé sans solde et s’installe dans la maison familiale Les Couërons sur le Sillon à Saint Malo. Il y trouve un véritable trésor : les archives de la Société de propulsion nautique malouine créée en 1905 par son aïeul Octave. Cette société les « vedettes bleues » assuraient les traversées entre les Îles anglo-normandes et Saint Malo. Octave avait pour associés un homme d’affaire de Jersey et un avocat Sainte Croix, très actif dans la politique locale. 

Parmi les divers dossiers, il retrouve plusieurs dizaines de carnets des « livres de raison » comptes journaliers, mais pas que. L’historien qui sait déchiffrer de telles archives se lance dans une entreprise au long cours : reconstituer la saga familiale de cette famille d’armateurs malouins. A première vue, l’entreprise s’est transmise de père en fils et a prospéré, Octave a fait construire une belle maison de maître qui est restée dans la famille. Mais des secrets de famille le troublent. Entre temps, on retrouve un squelette à Cézembre, l’entreprise familiale est elle mêlée ? Yann se livre à une  enquête minutieuse qui va mobiliser les cousins éloignés qu’il avait perdu de vue. je retrouve les mêmes ressorts qui m’avaient tenue en haleine dans 555, le manuscrit de Scarlatti. 

Entrelacées avec l’histoire familiale, les tragédies qui se sont déroulées sur l’île : avant d’être occupée par l’armée allemande, Cézembre fut une colonie pénitentiaire. C’est aussi un site idéal pour la contrebande. Pouvait-on s’échapper de Cézembre à la nage?

Yann se lance le défi de faire la traversée à la nage.

Mais je rêve de plus en plus souvent à cette traversée, que je voudrais réussir en solitaire. Comme si
atteindre l’île par mes seuls moyens pouvait me permettre de replonger dans ces époques lointaines
dont nous parlait Étienne, lorsque la géométrie des terres et des sables était si différente que les îles
Anglo-Normandes n’étaient qu’une péninsule. Je m’imagine, marcheur gagnant le couvent des Récollets,
traversant une forêt de chênes baignée par le vent maritime. Ceux que la marée avait saisis, couchés,
minéralisés, chassant au fil des siècles la sève et la fibre du bois pour y loger son sel, son fer, sa silice.

Le livre est aussi traversé par l’histoire de la joggeuse mystérieuse, la femme au K-Way turquoise, Rebecca,  dont Yann va tomber amoureux. Pas la partie que j’ai préférée.

Et toujours la présence de la mer, de sa puissance, de naufrages comme d’entrainements à la nage. Saint Malo et ses légendes. J’ai adoré la légende de la forêt de Scissy, forêt enfouie sous le rivage depuis des millénaires, fossilisée

On a retrouvé des arbres fossilisés, enfouis dans le sol inondé, qui datent du néolithique. On appelle ça des
couërons. — C’est de là que vient le nom de la maison ? — Sans aucun doute. On les reconnaît parce qu’ils
sont couchés à l’horizontale, avec des racines qui forment un angle à quarante-cinq degrés avec le tronc.
Ce qui veut dire que ces arbres ont commencé à pousser avant la submersion,
[…]
À l’emplacement du Sillon, il n’y avait pas une forêt qui allait jusqu’à Cézembre ? Étienne a souri. — Ah,
la fameuse forêt de Scissy ! Ou Querckelonde selon d’autres sources. Hugo l’appelait la « forêt druidique »
… Elle aussi, elle fait partie de la légende.

Roman de la mer, saga des armateurs malouin, histoire du XXème siècle, de la guerre…Aussi relation père-fils. Les thèmes abordés sont nombreux et ce roman  est décidément très riche.

J’ai eu  le plaisir de rencontrer Hélène Gestern à la manifestation littéraire, Créteil en poche. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de son livre. Mais comme je n’ai pas l’esprit d’à-propos, je ne lui ai pas demandé de photo. Quand je suis revenue, elle avait disparu!

Erquy

SUR LA ROUTE DE PORT BLANC A SAINT MALO

le Port d’Erquy vu d’en haut

Erquy ou Cap Fréhel?

Les deux sont très fameux mais risquent d’être bondés en ce dimanche de juin par beau temps.

Erquy est une station balnéaire construite autour de son port et de sa plage. Les maisons s’étagent à flanc de colline et l’urbanisation s’étend presque en limite de la Zone Naturelle. De grands parkings sont aménagés au sommet du rocher mais nous préférons descendre à la mer. Une rangée de terrasses des  restaurants s’aligne près du port. Nous piqueniquons devant la plage. Des baigneurs en maillots sont à l’eau. J’aurais été mieux avisée de les imiter. Plus tard la mer descendra très loin, libérant un estran caillouteux.

Grès rose d’Erquy

Près du port,  une série d’escaliers de bois à la base de la falaise permet d’accéder au cap.  Jolie surprise : un petit lac se trouve au pied d’un  mur rocheux, le front de taille d’une ancienne carrière de grès. Le grès rose d’Erquy est très apprécié. Un peu plus loin, des engins de carrière sont disposés près du sentier : une benne remplie de cailloux et on distingue un rail sur la petite anse de galets

La promenade se déroule d’abord dans les pins et une végétation méditerranéenne. les Hélichryses jaunes rappellent même la Corse. puis on arrive dans une lande rase avec des ajoncs en fleur et des bruyères rose vif.

le cap d’Erquy est parcouru de nombreux sentiers piétonniers avec de nombreux piétons cet après-midi de dimanche. Chacun va se percher sur un petit piton ou un amoncellement de blocs.

La géologie d’Erquy est intéressante : le Grès blanc ou rose rubané s’et formé il y a 470 Millions d’années. On trouve aussi du volcanisme très ancien 600 MA avec des filons de dolérite (310MA) et des diorites 580 MA.

Du plateau on a une vue jusqu’au Cap Fréhel – spectaculaire!

Nous comptions ensuite suivre le littoral et voir les Stations de Saint Cast, Saint Briac et Saint Lunaire. Des travaux sur le Pont de Lancieux nous bloquent le passage. Nous traversons deux fois le village de Matignon, sommes déviées et passons enfin le barrage de la Rance