Céphalonie, Ithaque : Lire Homère sous un olivier

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quel livre emporter dans les Iles ioniennes?

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Quand je (re-)lis l’Odyssée, je retrouve l’âme de l’enfant qui redemande la même histoire le soir avant de se coucher, qui la connaît mais ne s’en lasse pas, qui attend son épisode favori, qui découvre un détail passé inaperçu, qui se réjouit d’une expression favorite comme « les mots ailés« …

Je suis  au bord de la magnifique plage de Filiatro, à Ithaque, j’ai nagé dans l’eau claire et paisible du petit fjord, nous avons déjeuné de souvlakis, je sirote mon café frappé sous un olivier. Je sors l’Odyssée et j’oublie la sonorisation de la taverne. je suis Ulysse aux Enfers…

Je lève les yeux et imagine les personnages se mouvoir dans ce décor précis.

Chant XI : Ulysse aux enfers rencontre les héros de la guerre de Troie Agamemnon raconte le meurtre de Clytemnestre, Achille s’enquiert de son fils Néoptolème, Ajax , toujours jaloux à cause des armes d’Achille, fait la gueule …passent en revue Tyrin Antiope, Alcmène, Epicaste, Chloris que je ne connais pas. Découverte de toute une mythologie beaucoup plus riche que je ne le soupçonnais.

Le chant XII raconte les épisodes plus connus des Sirènes, de Charybde et Sylla, des troupeaux du soleil. Ces aventures se déroulent sur l’autre rive du côté de l’actuelle Italie et de la Sicile. Le monde grec était alors plus étendu qu’aujourd’hui mais toujours avec le décor des oliviers de la rocaille…

C’est au chant XIII que les Phéaciens transportent Ulysse endormi au port de Phorkys, la plage Dexia, et les chants suivants nous serviront de guide dans notre visite d’Ithaque

Céphalonie : Mangeclous d’Albert Cohen

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Quel livre emporter dans les îles ioniennes?

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Albert Cohen est né à Corfou.

Ses Valeureux, Mangeclous, Saltiel, Salomon, Michaël et Mattathias sont céphaloniens.

Séisme ou Shoah? Il ne reste plus rien du ghetto de Céphalonie où évoluaient les Valeureux. D’ailleurs dans quelle localité se trouvaient-ils? A Argostoli ou à Lixouri? Jamais Cohen ne le précise.

C’est un plaisir de relire les aventures des Valeureux dans leur décor. Nostalgie d’un monde disparu, d’une innocence dont la roublardise n’est pas antinomique. Truculence des caractères, pittoresque et de leur langage. La farce est énorme et je ne peux me reternir de rire à haute voix. J’ai adoré l’évasion de la petite lionne et les transports des  Juifs en cage que Mangeclous a inventé. les menus aussi, pantagrueliques et orientaux.

Scipion le Marseillais m’a moins accrochée, personnage un peu convenu, peut être.

quand les Valeureux arrivent à Genève à la SDN, la farce prend un tour plus tourmenté. On sent la menace qui pèse sur les Juifs personnifiée par Jérémie, le juif polonais réfugié(le livre a été publié en 1938). Mais aussi  l’attitude ambiguë de Solal tiraillée entre sa fonction diplomatique et  son attachement aux Valeureux.

que vient faire cette histoire de fonctionnaire belge  à l’esprit étriqué , à la SDN? Est-ce le  contrepoint à la rudesse mais à la chaleur des Céphaloniens?

J’avais déjà lu Mangeclous autrefois, mais j’avais confondu Céphalonie et Salonique. Je n’avais pas relevé les allégences à l’empire Britannique, ni comment ces juifs étaient français. Après avoir lu l’histoire des îles ioniennes, françaises quelques années au début du 19ème siècle puis sous Protectorat britannique cinquante ans, je comprends mieux les allusions.

Lecture pour la Grèce : Vassilis Alexakis Ap.J.-C.

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J’ai acheté ce livre avant notre départ pour les îles Ioniennes, j’aurais dû le lire avant de partir à Tinos en avril dernier.

Un étudiant en  histoire est chargé par sa logeuse, une très vieille dame, d’une enquête concernant Le Mont Athos.

Ce roman, très bien conduit est passionnant, le narrateur est partagé entre un cours de philosophie pré-socratique, la rédaction de son mémoir et l’enquête sur la « Sainte Montagne » qu’il conduit le plus objectivement possible, interrogeant aussi bien son professeur à l’université, une archéologue, un journaliste, des moines et des hommes ayant approché le Mont Athos. Toutes les informations sont bonnes à prendre: un poème, des données financières (on apprend que les monastères immensément riches ne paient pas d’impôts), une photo des femmes communiste, pendant la guerre, une gravure antique dans une muraille. Et le lecteur, en profite pour nous instruire dans tous ces domaines.

On croise un grand nombre dee personnages très attachants : Nausicaa, la vieille dame très distinguée, mais aussi le père du narrateur, plombier de Tinos qui demande systématiquement à ses clients s’ils croient en Dieu, la mère très croyante…

L’auteur nous convie à des situations étranges comme cette cérémonie où l’on marche sur des braises, ou une conférence burlesque à Thessalonique dans l’Université occupée par des grévistes. Comme, dans un roman policier, le suspens est assuré, et on ne lâche pas le roman.

Ce livre passionnant est arrivé, pour moi à la croisée de mes voyages. Nous revenons de Tinos et voilà une évocation de l’île qui tombe juste, le vent de Tinos  souffle dans le roman comme il a soufflé pour nous,au hasard des pages, je retrouve Hypatie découverte dans le film Agora, visionné avant notre départ pour Alexandrie. L’étudiant lit à Nausicaa Le Livre de l’Impératrice Elisabeth, nous venons de visiter l’Achilleon à Corfou….Toutes ces coïncidences m’enchantent.

Et riche de nouveaux personnages qui se croisent, dont les histoires s’entremêlent, je voyage au Mont Athos, alors que l’interdit des femmes, l’abaton, me retire tout espoir de jamais y poser les pieds. Lire pour voyager…

le Stendhal : Train Paris-Venise

 Train Paris-Venise

 

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La gare de Bercy ne ressemble pas aux autres gares parisiennes. Seulement 4 trains sont programmés ce soir, le premier pour Rome, 2 TER pour Nevers et Avallon, et le Stendhal pour Venise 20h33. Inutile d’arriver des heures à l’avance comme pour l’avion. On s’installe comme dans n’importe quel train. C’est un train italien.  6 Bouteilles d’eau frizzante attendent dans chaque compartiment, délicate attention.

Stendhal est un traînard qui s’arrête avant même d’avoir atteint le Carrefour Pompadour.

Je suis très joyeuse de prendre le train. C’est un acte militant mais pas seulement. Partir et arriver en centre ville est un avantage. Le prix est comparable à celui des avion Low cost (35€ pour le Prems, 51€ pour notre billet). Le train de nuit économise une nuit d’hôtel, les taxis des transferts, et surtout,  est très reposant.

Le monde entier se retrouve à bord : beaucoup d’Asiatiques des étudiants japonais, coréens ou chinois qui ont sans doute un pass inter-rail pour toute l’Europe, des familles indiennes, des Italiens, des Africains….Dans l’avion, tout le monde se bat pour avoir un hublot, poser ses bagages à main dans les casiers. Dans notre compartiment s’établit une certaine intimité, on s’aide pour hisser les sacs, installer les couchettes. On échange la couchette du bas d’une étudiante coréenne pour  celle du milieu. J’offre des cerises. Un monsieur alpiniste ou randonneur (sac d’alpiniste, bâtons) qui descendra à Brescia tente de lier connaissance.

Coucher de soleil sur Montereau et la Roche Migennes.


Vu du train

6h30, Milano Centrale, jour blafard, l’arrêt se prolonge. J’ai dormi 8h30, mieux qu’à la maison bercée par le mouvement du train. Je recommande les couchettes aux insomniaques (se munir de bouchons d’oreilles et d’un masque en tissu). Milan : tissu urbain très serré. Seuls éléments pittoresques : de grandes bâches vertes pendant devant fenêtres et balcons. Campagne plate et verte, les maïs sont très hauts.

 Brescia, sous la pluie battante. Les crêtes des Alpes ont disparu dans les nuages.la campagne est inondée. Verrons-nous Venise sous l’orage ? Le temps s’améliore juste avant les lacs : paysages somptueux. Des crêtes très déchiquetées se détachent sur un ciel rose, clochers pointus et cyprès se reflètent dans un miroir argenté. Vision fugace. Entre Peschiara del Garda et Vérone, les cimes nous accompagnent. Brusquement nous entrons dans la lagune. Sans prévenir, à Maghera toute une flottille de barques à moteur accompagne le train chargée de ciment ou d’autres marchandises. Les cheminées des usines de Mestre puis les gros ferries apparaissent. Le train court sur une digue.

A la sortie de la gare, le Grand Canal!

 

Cinq jours à Venise (1er jour)

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A la sortie de la Gare : la surprise, le Grand Canal, ses ponts aux nombreuses marches, le soleil, l’éblouissement !

 Nous traînons les valises à l’Hôtel Airone(un héron pour enseigne) – fermé – c’est l’hôtel Canal, voisin. Il est trop tôt : il faudra revenir, nos chambres ne sont pas prêtes (check in à 13 heures).

Vaporetto

Munies de la Carte Venice (72€ pour 3 jours : gratuité des transports et de certains musées, des réductions dans les autres,  Carte Chorus gratuité dans une quinzaine d’églises) nous prenons les Vaporetto ligne2. Une foule attend le vaporetto devant la Ferrovia. Ce qui devait être  une croisière est pire que le métro à l’heure de pointe. On se pousse, on se presse, debout on ne voit rien. Au pont du Rialto le vaporetto se vide. Chacune trouve une place assise à l’extérieur, et regarde, un peu éberluée,  les palais défiler. Ce n’est pas notre première visite à Venise, pourtant nous sommes surprises. Tant de palais ! Tant de splendeur ! On en oublie de suivre le plan sur le livre et d’identifier les édifices.

San Marco, tout le monde descend ! Sauf nous. À la proue, nous nous installons aux meilleures places. Les mêmes palais défilent, leur aspect devient plus familier. Dépassons la Ferrovia, le parcours devient moins touristique vers la Piazza Roma, Tronchetto, le port où attendent les grand bateaux blancs. Le ferry de la compagnie Anek  pour Corfou ou Patras ? Le vaporetto hésite entre lagune et Venise, choisit le canal de la Giudecca. Les arrêts ont des noms d’église Redentore, San Basilo ou San Giorgio pour enfin arriver à San Marco.

Le Pont des Soupirs est occulté par une bâche bleue, publicité pour une marque de montres, peu romantique. Néanmoins, les gondoles s’y pressent.

Comment visiter le Palais des Doges en une matinée?

Cinq jours à Venise (1er jour)

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Il est midi, le soleil est de plomb. Seule ombre, celle des arcades du Palais des Doges. Difficile d’écrire à propos du Palais Ducal sans recopier bêtement le guide touristique qui, lui-même, renonce à guider pas à pas le visiteur. La façade rose et ses motifs géométriques, pierre d’Istrie et pierre de Vérone, sont archi-connus. La cour est éblouissante de blancheur. Comme tous les touristes, nous suivons les flèches. La visite ressemble à un marathon.

Trois points de vue sont envisageables :

 La visite politique, compréhension des institutions de la République de Venise. Rien n’est laissé au hasard dans ce Palais, ni les appartements ducaux, ni les salles d’apparat immenses, Grand conseil ou Scrutin, ni  les bouches de lion : boîtes aux lettres de dénonciations, ni les prisons. La démocratie patricienne de Venise se révèle ici dans ses fastes, dans les limitations des pouvoirs, savant dosage pour que le Doge ne  prenne pas complètement l’avantage. Il faudrait prendre son temps pour regarder mieux les portraits des doges, des dignitaires, des avocats, des juges sur les tableaux qui ornent chacune des salles, ainsi que la série des doges avec le drapeau noir occultant le portrait de celui qui a cherché à prendre le pouvoir.

On pourrait aussi  s’attacher à l’histoire de Venise racontée sur les tableaux immenses. Les cartes énormes de la Salle du bouclier montrent l’expansion vénitienne dans toute la Méditerranée. L’orientation habituelle avec le nord en haut ne semblait pas encore la norme. Les côtes palestiniennes et syriennes en haut m’ont désarçonnée. La Victoire de Lépante de Véronèse  est connue. Dans la Salle du Grand Conseil, la 4ème Croisade est peinte, du Serment de Venise du Doge Dandolo aux Croisés, à la Prise de Constantinople, en passant par le Siège de Zara. Le roman « Les chevaux de Saint Marc », que j’avais moyennement aimé m’a bien servi ! Il me faudrait réviser le les luttes entre Frédéric Barberousse et le pape Alexandre III, illustrées ici. Je passe l’apothéose de Venise de Véronèse où la ville est représentée par une femme triomphante. Comme partout, les scènes mythologiques ont une signification historique à déchiffrer, j’en suis incapable.

Une troisième visite s’attacherait à la peinture. L’exposition du Louvre Titien, Tintoret et Véronèse a mis l’accent sur les rivalités entre ces maîtres. Au Louvre, Titien l’emportait haut la main. Au Palais Ducal, Tintoret et Véronèse dominent. Le jeu consiste à repérer un tableau sur les murs ou les plafonds. Aller voir les explications et revenir ensuite à la peinture. ». Le Louvre avait aussi consacré une exposition au Paradis de Tintoret, « la plus grande toile du monde »,  il y a quelques temps. Il en faudrait du temps et des connaissances pour profiter du Palais des Doges ! Ma préparation accélérée n’y a pas suffi !

Après avoir traversé les appartements des  doges, les salles officielles, anti-collège (antichambre) collège, Salle des Dix, du Sénat, du Grand Conseil, du Scrutin, nous arrivons dans celles des Inquisiteurs, du tambour (tribunal) et passons par le Pont des  Soupirs pour visiter interminablement les prisons. Le bâtiment de la prison est en belle pierre blanche brute, dans sa cour il y a un puits. Une dame raconte Montecristo. Je pense à la lecture très récente de l’évasion de Casanova.

Dans la cour, nous admirons le magnifique escalier des Géants

Nous sortons abruties du palais..

Place Saint Marc à l’heure du déjeuner, et après….

Cinq jours à Venise (1er jour)

 

Place Saint Marc à l’heure du déjeuner

14h, nous avons faim.

Sous les arcades de la Place Saint Marc on vend des sandwiches à un prix raisonnable (4€). Un roulé aux aubergines et à la roquette, une escalope de poulet pané.

Mais où manger ? Il est interdit de manger ou de boire assis. Toutes les poubelles portent ces interdits. Nombreux sont les touristes, affalés, bravant cet édit ! Nous choisissons mal notre endroit : le garçon de café nous chasse. Nous étions sur la terrasse du Florian où une pianiste, une violoniste et un flûtiste jouent des standards internationaux.

La Place Saint Marc est encombrée en ce moment d’un chantier disgracieux. Une énorme bâche nous en cache tout un côté. Soleil de plomb, foule, chantier la Place saint Marc est inhospitalière cette année.

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Plus sympathique, le désordre de la Piazzetta, ses colonnes monumentales sont surmontées l’une du Lion l’autre de Saint Théodose. Qu’est-ce donc que ce crocodile ? (à Rhodes il y avait aussi un crocodile)

3heures,  je pique du nez dans le vaporetto. Quelle honte de dormir devant un pareil spectacle !

Une surprise nous attend à l’hôtel Canal : l’hôtel Airone est indisponible, on nous a réservé des chambres à l’hôtel Falier. Nous trainons les valises le long d’un petit canal courbe. L’hôtel Falier est beaucoup plus joli qu’Airone. La chambre est exigüe mais elle a une belle salle de bain et de l’autre côté du couloir un » jardin », terrasse couverte d’une tonnelle. Le quartier est calme et agréable.

Après un petit somme, nous explorons le quartier : le ciel est gris, il pleut. Je m’installe dessiner un petit pont non loin d’un palazzo à la décoration délicate, aux fenêtres en arc romans, et aux cheminées typiques. Pour moi qui ignore la perspective, ce n’est pas facile. Cette terrasse est celle d’une bruschetteria ; des jeunes s’installent pour manger. La serveuse très gentille m’apporte sans rechigner mon eau minérale (au prix de la bouteille) dans un verre avec des glaçons et une rondelle de citron.

Tout ferme tôt à Venise ! A 20h30, les magasins que nous avions repérés ont baissé leur rideau. Je poursuis ma recherche du dîner et découvre l’immense Santa Maria Gloriosa dei Frari au très haut campanile carré en brique relevé par des pierres blanches.

Basilique San Marco

Cinq jours à Venise (2ème jour)

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 Vaporetto ligne 2, bondé comme hier,les palais défilent, un  peu plus familiers mais toujours aussi somptueux. La Ca d’Oro est mon préféré. Nous observons avec curiosité le trafic sur le Grand Canal: le bateau poubelle, le bateau-ambulance fonçant toutes sirènes hurlantes, les motoscafi de bois vernis qui croisent doucement presque toujours vides. Passe un canot avec un curieux équipage : cinq hommes grisonnants en maillot rouge et canotier s’entraînent sans doute pour une régate. Un gondolier nous fait de grands signes, sa gondole est vide, il chante pour le plaisir.

Basilique San Marco

La queue est longue pour entrer dans la basilique San Marco. Je ne m’ennuie pas. Avec mes jumelles je détaille les sculptures et les mosaïques, les panneaux de marbre précieux, marbres blancs, gris, blancs veinés de gris, verts, porphyres, les noirs…Les colonnes sont également disparates. Ces matériaux de provenance diverses ne m’étonnent plus après avoir vu à Sainte Sophie les colonnes venant de tout l’Empire Romain. Venise, comme Byzance, ont razzié les plus beaux marbres, les plus beaux chapiteaux, les plus belles statues.

J’avais oublié que je visitais une église : il m’en a coûté 1€ d’acheter, pour couvrir mes épaules impudiques, un triangle de non-tissé rouge sang épais, chaud, malgracieux, qui, en plus, n’arrête pas de glisser.

Dans la basilique, je ne sais plus où donner de la tête. Les mosaïques dorées couvrent les coupoles, le sol est revêtu d’un pavement merveilleux, je marche sur des paons multicolores aux têtes bleues…Les mosaïques ne me semblent pas byzantines. Le Christ Pantocrator  est à sa place  au centre des coupoles et les évangélistes sur chacune des 4 trompes. Les personnages sont latins.  Certaines mosaïques sont récentes. Ici encore, magnificence et gloire de la Sérénissime, pillage de l’Orient. Mais l’émotion ressentie à Daphni ou à Hagios Loukas n’est pas au rendez vous. Le parcours est balisé par des rubans comme dans les aéroports, impossible de s’asseoir et de sortir notre guide pour identifier les scènes. C’est un de nos jeux favoris. Nous sommes devenues habiles à repérer les épisodes bibliques. C’est frustrant!

Si l’entrée de la basilique est gratuite, certains endroits sont payants. On zappe le Trésor, tant pis pour le reliquaire du sang du Christ. En revanche je veux voir la Pala d’Oro : le corps de saint Marc (volé d’Alexandrie, encore une rapine !) est sous un ciborium (un dais ?) supporté par des colonnes d’albâtre très finement ciselées de couleur ambrée. A l’arrière le retable d’or et de pierres précieuses me plait moins que les colonnettes.

 Pour atteindre le Musée Marciano il faut grimper un escalier très étroit et très raide qui monte du narthex à la loggia où sont exposés les chevaux, à l’abri. Ceux qu’on voit à l’extérieur sont des copies. Je suis très excitée d’aller leur rendre visite. Ils sont encore plus beaux que je ne me l’étais imaginé, leurs veines gonflées sur la tête, la finesse des antérieurs. A l’étage, on est plus proche des mosaïques, la lumière est meilleure.

 La petite place des lions est bondée. Difficile de se faire une idée de l’ordonnancement des bâtiments. La Tour de l’Horloge attire le regard.

De San Marco au rialto par les Mercerie

cinq jours à Venise (2ème jour)

De San Marco au Rialto

Suivant l’itinéraire p110 et 111 du guide Evasion, et surtout les flèches jaunes indiquant le Rialto, nous passons sous la Tour de l’Horloge pour trouver les Mercerie – commerces de luxe et boutiques pour le Carnaval. Les masques sont de merveilleux sujets pour les photos. Des panneaux très explicites interdisent de photographier ou de filmer à l’intérieur du magasin. Il faut biaiser pour éviter les reflets intempestifs ou photographier à l’aveugle. Sur la quantité de clichés un ou deux seront réussis ! Plumes d’autruche noires ou rouges font des collerettes exubérantes. Les  nez s’allongent ou se recourbent. Des résilles métalliques recouvrent les visages de pierres précieuses. Bien entendu, les masques de la Commedia del Arte sont en bonne place.

Les magasins de mode sont chics et chers. Le verre de Murano sert aussi bien à la décoration qu’aux bijoux. Les petits personnages de verre filé sont mondialement connus. Les bijoux modernes sont plus originaux. Pas facile de porter l’énorme bague irisée aux reflets d’or, tellement séduisante ! Les colliers de verroterie multicolore sont de qualités et de prix divers. Des ruelles obscures abritent de restaurants calmes et chers, et mènent à de minuscules canaux encombrés de gondoles.  J’achète une glace à la pistache.

Le parcours comprenait de belles église. La première San Zullian est gouvernée par un  prêtre peu accueillant qui chasse la vieille gitane toute recroquevillée, nez crochu de vieille sorcière, qui mendiait sur les marches. Depuis quand on chasse les mendiants des parvis des églises ? Nous boycottons son église. San Salvatore qui abrite 2 Titien et le Repas à Emmaüs de Bellini ferme juste à notre arrivée. Il reste à admirer sa façade baroque de Sardi.

Le Pont du Rialto est beaucoup plus beau vu du Grand Canal. Lorsqu’on le franchit, on ne voit que les boutiques et la foule. En face du débarcadère du Vaporetto, nous trouvons des tramezzini délicieux : carpaccio-roquette et  crème de thon.

encore un tour en vaporetto!

 vaporetto ligne 2 pour un tour presque complet : ferrovia, Piazza Roma, Tronchetto et Canal de la Giudecca. Passé Tronchetto, la lagune est agitée comme la mer. Vais-je avoir le mal de mer en vaporetto ? Le bateau blanc grec est toujours là : je déchiffre Sophocles. Un énorme bateau de croisière hollandais barre le paysage. Le ferry de la Minoan embarque ses derniers camions.  J’avais essayé d’acheter des billets sur ce dernier par Internet sans y parvenir ; Les cabines étaient déjà complètes au mois de mai.

Venise: san Giorgio maggiore, panorama sur la lagune

Cinq jours à Venise: 2ème jour

San Giorgio Maggiore

En  face à San Marco, La petite île de San Giorgio Maggiore est havre de calme. La Dogana est proche. Les mâts de voiliers blancs tintent au vent dans une marina,.

L’énorme église a été dessinée par Palladio et construite à partir de 1566. Ces grandes églises blanches m’ennuient, trop solennelles, trop froides (quoique à Venise en juillet !).

Son campanile, réplique de celui de San Marco, possède un ascenseur. Pour 3€ et pas de queue nous découvrons le panorama sur la lagune. Venise se trouve située dans son cadre géographique. Si l’on excepte l’arrivée en train, nous n’avions pas saisi l’ampleur de cette lagune ni aperçu la mer. Du haut du campanile, on découvre aussi les cimes bleutées des Préalpes ! Le beau cloître verdoyant à nos pieds  ne se visite pas.

Dans l’église, nous admirons les stalles de bois sculpté du chœur caché par un globe doré surmonté d’anges (que représente ce globe ? On dirait une mappemonde incongrue). Tintoret a peint de grands tableaux : La Cène fait face à la Manne dans le Désert au fond du chœur. Cette Cène  sombre me déçoit tandis que la manne tombe dans une verte campagne (pas du tout le Sinaï). Je préfère le  Ricci, plus coloré. Je regarde tranquillement chaque tableau dans son cadre initial mais sans la présentation pédagogique d’un musée ou d’une exposition. Il y a, parfois une courte notice (pas ici). Je me trouve face à face avec l’œuvre. Comme au palais des Doges mon ignorance me pèse. L’idée de visiter un tableau en particulier me plait. La Nativité de Bassano est celui que je préfère ici. Je l’ai découverte grâce à un autre visiteur, qui, connaissant la valeur de l’œuvre, a glissé 50centimes pour l’éclairage. Le peintre a fait surgir la lumière du berceau de l’enfant.

Notre chambre de l’hôtel Airone ressemble à un couloir dans lequel on aurait aligné deux lits étroits bout à bout. Une armoire laquée blanc cache le lavabo. Lot de consolation, elle donne sur le Grand Canal. La salle de bain « à partager » est la seule à l’étage pour une douzaine de chambres réparties autour d’une salle à manger étouffante et noire.

Après une courte pause, nous repartons par les rues tranquilles et les petits canaux de Santa Croce. Le but de notre promenade est Santa Maria Gloriosa dei Frari et la Scuola de San Rocco. Trop tard ! À 17h30 tout ferme. Santa Maria ferme à 18heures, mais le guichet à 17h30. La dame du guichet a eu raison. Cette église contient trop de chefs doeuvres  pour une demi-heure.

Une gargote originale propose des petits beignets : légume frit, calamars, boulettes, beignets de morue, petites billes à la viande et aux olives, boule de riz mozzarella. On choisit son cornet et il le remplit selon le choix du client. C’est délicieux et cela change de la pizza !

Le Canal rosit et se pare d’éclats dorés du soleil couchant. Malheureusement les bâtiments de l’autre côté du Canal ne sont pas photogéniques.