13 – Fogo, l’île-volcan, sa capitale Sao Felipe

CARNET DU CAP VERT 2002

Sao Felipe
Sao Felipe

A l’aéroport, Lou,une très jolie métisse, habillée avec recherche nous accueille et  nous montre dans Sao Felipe, la poste, la banque, les restaurants, avant de nous déposer devant une belle bâtisse à étage peinte en beige orangé, portes et volets marrons avec un balcon et une terrasse à fins balustres blancs :
la Pousada Bela Vista

La Pousada Boa vista
La Pousada Boa vista

 

La Pousada Bela Vista a vraiment fière allure. Notre chambre est  magnifique,vaste, haute de plafond. L’ameublement est classique, raffiné, les meubles en bois foncé portugais. Sur les tables de nuit, des petits bouquets de roses artificielles. Ce qui donne le charme particulier à la pièce, ce sont les rideaux blancs éblouissants masquant la fenêtre et l’entrée de la grande salle de bain. Avant de déballer les valise, photo.
Vers six heures nous sommes prêtes, douchées, pour l’exploration de Sao Félipe.

Sao Felipe : Une jolie ville coloniale

C’est (en dehors de Praia, la capitale) la première fois que nous sommes dans une ville et non un village. Les rues sont toutes pavées avec soin de motifs en mosaïque comme au Portugal. Balayées, bordées de trottoirs plantés de petits arbres, et de flamboyants qui donnent de l’ombre. Plusieurs places sont fleuries de massifs avec même du gazon. On y a disposé des bancs, luxe, il y a des fontaines!
Les maisons sont sagement alignées. La plupart sont peintes de couleurs pastel, beige, rose, vert amande, jaune, mais aussi certaines tranchent avec des teintes vives bleu et vert. De nombreuses maisons ont un étage avec un balcon. Ce sont les sobredos, les maisons coloniales. Parfois la peinture écaillée part en grandes plaques. Certains balcons tombent de guingois. La richesse de Sao Felipe appartient à un passé bien révolu. L’argent des émigrés américains a permis de repeindre les façades.

Sao Felipe
Sao Felipe

A six heures, Sao Felipe est une belle endormie. Nous sommes seules dans les rues et croisons au hasard deux couples de touristes. Comment allons-nous dîner ? Pas de terrasse de restaurant sur le front de mer (ou plutôt si, une ruine). Les mercerias vendent les conserves habituelles. Le pain est introuvable.
Le soleil va se coucher près de l’île de Brava dans les brumes, la lumière est très douce.

le Bistro
le Bistro

Au Bistro, tenu par une Hollandaise, nous dînons de sandwichs au poisson froid et aux oignons, faisons connaissance avec une famille française (Roots aussi) et échangeons nos impressions. Ils ont été ravis de la Pensao Alternativa à Sal où nous passerons la dernière nuit du séjour.

A la  nuit, nous rentrons à la Pousada.

C’est à cette heure-ci que la ville s’éveille. De la musique sort de toutes les fenêtres ouvertes, une circulation d’enfer s’est emparée des rues. Des 4×4 étincelants vrombissent, appuis-tête aux couleurs américaines, stéréo à plein volume. Nous ressortons faire un tour, mais il faut se garer des voitures!

le lendemain matin

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Sao Felipe, la belle endormie, s’est éveillée tôt. Dès 6h, sur la terrasse, je  profite du spectacle de notre petite placette triangulaire très animée où s’arrêtent taxis et aluguers venant de la campagne.
Tout le monde est beaucoup plus soigné qu’à Santiago. Quatre femmes en  noir vont avec leurs sac la main (à la messe ?). Deux d’entre elles ont grande allure avec leurs longues robes noires fendues. Elles pourraient assister à un spectacle à l’opéra dans cette tenue ! Les jeans ne sont pas les contrefaçons de Sucupira. Ils arrivent de Boston. Les aluguers affichent les couleurs américaines.

le marché

Le marché dans les paniers, le raisin du volcan
Le marché dans les paniers, le raisin du volcan

Peu à peu, les rues se peuplent de marchands. Des femmes portent des bananes dans des cuvettes. Il existe deux marchés à Sao Felipe, l’un ne vend que des vêtements pour les Capverdiens, de bien meilleure qualité qu’à Sucupira à Praia, l’autre est un joli marché aux légumes. Devant ce marché, on décharge des paniers couverts de toile colorée.  Dans les panier, le raisin de Fogo.

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Le petit déjeuner est raffiné , jolie vaisselle, une belle papaye, sous une petite cloche de verre : du fromage de chèvre et de la pâte de coing.

Suburra – Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo

LIRE POUR L’ITALIE/ROMAN NOIR

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J’avais lu avec grand intérêt Rome Brûle (Suburra2) (2016) . J’avais regretté de lire la série à l’envers, j’ai donc acheté Suburra (2013) pour combler cette lacune. Et m’apercevoir ensuite que la série est beaucoup plus longue avec eux autres romans :  Romanzo criminale (2006) et Je suis le Libanais (2014). Ceci pour remettre de l’ordre au cas où les amateurs de romans policiers voudraient tout lire. Attention, ces livres sont des pavés et très violents! Je frôle l’overdose de règlements de comptes, vengeances, et coups tordus, je vais laisser reposer et je reprendrais ces ouvrages un peu plus tard.

Court prologue 1993, la suite se déroule à la fin de l’ère berlusconienne (2011), il y a même une scène somptueuse de la retransmission de la démission de Berlusconi (12 novembre 2011) traité de « mafieux » et de « bouffon » par la foule, dans une réunion mondaine de politiciens….mais le Premier Ministre n’est pas en cause dans ce roman. En revanche, la corruption dans Rome est le sujet de l’intrigue. Corruption, cocaine, prostitution et affairisme sont les ressorts de l’action qui mêle allègrement la pègre et le personnel politique, ainsi que certains fonctionnaires et même dignitaires ecclésiastiques.

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Plusieurs familles se partagent les affaires, « ceux de la Romanina » les Gitans, « Ceux d’Ostie », des Calabrais, des Napolitains, et même une filière géorgienne. Nous assistons le long des 515 pages à la guerre des clans pour les territoires, le  trafic de la cocaïne, et simplement pour les luttes de pouvoir. Le Samouraï, la personnalité la plus marquante, un bandit très classieux règne. Il faudra donc assister à de fastidieuses et interminables exécutions. Tout aussi répétitives, les préparations des innombrables rails de cocaïne et descriptions des effets de la-dite substance. Vulgarité du sexe tarifé…. J’ai trouvé  des longueurs.

Ce bémol  – violence et sexe sont des composantes obligées de la littérature du genre – ne retire rien à l’intérêt de l’analyse du fonctionnement des mafias. L’un des auteurs est journaliste, l’autre magistrat, leur récit est donc tout à fait crédible (malheureusement). Le contexte politique est aussi essentiel. Evidemment la promenade dans Rome est plaisante. J’avais été très scotchée par cet aspect dans Rome brûle presque un témoignage. Le thème principal : la spéculation immobilière est aussi très intéressant.

J’avais été un peu perdue dans la foule des personnages de Rome Brûle, ils sont aussi nombreux dans Suburra, heureusement certains se retrouvent dans les deux romans. la psychologie des personnages est très fouillée : certains ne sont que des voyous primaires et brutaux mais d’autres ont des personnalités plus complexes et plus consistants. Le samouraï est particulièrement intéressant, alors que dans l’opus suivant, incarcéré, il tire les ficelles sans vraiment apparaître.

Une série passionnante (mais à consommer avec modération).

12. Dernière matinée à Tarrafal et traversée de Santiago

CARNET DU CAP VERT 2002

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la plage  de Tarrafal : un terrain de sport? 

5h52, les passerinhas m’ont éveillée avec leurs cris affreux. De la terrasse, j’observe l’animation  sur la plage.
Sous le kiosque de pierre hexagonal couvert de palmes, un homme s’échauffe, s’étire et fait un véritable ballet (karaté ou capoeira ?). Hier, des jeunes filles dansaient.

Les barques sont poussées par une foule de pêcheurs. L’une d’elles est peinte stars and stripes.

Un couple de joggers grimpent le sentie devant le bungalow. Une femme arpente la plage en nombreux allers et retours d’une marche sportive.
Des enfants se baignent. Vers sept heures, tous ces sportifs quittent la plage. J’irais bien me tremper aussi. J’hésite, le temps est couvert et surtout, j’attends les macaques.
Les macaques ne sont pas venus nous voir, ils sont autour de la salle du petit déjeuner.
Dernière baignade.
Les petits porteurs, l’allumeur de réverbère et son frère, se chargent de nos valises. Ils les trouvent bien lourdes (18kg). Ils ont 14 et 16 ans, vont au lycée et travaillent, après les cours, à l’hôtel. Ils parlent assez bien le français appris à l’école.

Retour à Praia en minibus par la côte est

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Le minibus de l’hôtel emprunte la route de la côte est. Des rochers émergent, battus de très grosses vagues. Dans chaque faille formant un canyon, de véritables oasis prospèrent. Une éolienne monte l’eau  qui irrigue  bananeraies,  vergers d’orangers et  cocotiers.
Des femmes portent de très hautes charges de branches sèches, sorte de fourrage entassé sur les terrasses des maisons basses. Quelques fois, c’est un âne qui les transporte.

Dans les collines, des feux sont allumés au mépris de la sécheresse et du vent. De grandes colonnes de fumée s’élèvent. Prépare-t-on les champs pour la saison des pluies qui s’annonce ? A quoi servent les brûlis au pied des petits acacias de la reforestation, bien alignés mais bien desséchés ? Certains sont squelettiques, la plupart ont perdu toutes leurs feuilles. J’ai bon espoir pour eux. S’ils étaient morts, ils seraient ébranchés depuis longtemps. Nous rencontrons souvent des hommes portant des machettes ou des scies. La forme bizarre des arbres résulte de la force des vents mais aussi des élagages sauvages avec des instruments peu tranchants. Des moignons partent du tronc à hauteur d’homme.
Les villages sont misérables. Les maisons sont presque toutes en parpaing brut, très peu sont badigeonnées. Il y a affluence aux fontaines, les animaux domestiques furètent comme à Cidade Velha. Les petits cochons à fourrure épaisse, brune ou grise, sont assez malins pour traverser la route quand il le faut. Ce n’est pas le cas des poules avec leurs poussins, que le taxi évite avec des embardées.

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Le temps, couvert ce matin, se dégage. A midi, à Praia, le ciel est bleu sans un nuage.
L’avion, programmé pour 13h45, ne partira qu’à 15h30. En attendant, nous nous distrayons au spectacle des autres passagers. Deux couples de touristes, le reste de Capverdiens, trois familles d’émigrés américains tout en GAP et en Nike neufs, très américains, avec des monceaux de bagages. Un gâteau à la crème tout enguirlandé bleu fleuri de rose est aussi du voyage. Les gens se reconnaissent, se parlent. Personne n’a l’air de se soucier des annonces qui périodiquement font état du retard de l’avion. Au Cap Vert, il ne faut pas être pressé, personne ne l’est.
Nous survolons Cidade Velha, reconnaissons les fortifications, l’église. Je cherche le flamboyant. A peine sommes-nous au dessus de l’océan, que ses dessine déjà la silhouette du volcan..

 

Jours d’Alexandrie – Dimitris Stefanàkis

LIRE POUR L’EGYPTE

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J’aime évoquer le passé glorieux d’Alexandrie, non pas celui de Cléopâtre, mais celui de Durrell, de Solé ou  de Cavafy, un passé révolu mais encore vivant dans les mémoires. De passage à Alexandrie au début du 21ème siècle, je n’ai plus retrouvé grand chose de ces splendeurs, mais j’ai cherché ces fantômes….

Alexandrie 2010
Alexandrie 2010

Dimitris Stefanàkis raconte un demi siècle d’histoire entre la veille de la Première Guerre mondiale aux nationalisations de Nasser en 1956-1957 et le départ des derniers Européens. Saga de la famille Hàramis, industriels (père puis fils)  producteurs de cigarettes et personnalités marquantes de la Communauté Hellénique d’Alexandrie.

Alexandrie d’alors était cosmopolite, francophile, occupée par les Britanniques, avec une forte communauté italienne, de nombreux Syro-libanais, des Juifs, des Arméniens, et bien entendu des Arabes, musulmans ou coptes….C’est un roman grec et Stefanàkis a braqué le projecteur sur les Grecs d’Alexandrie tandis que Solé évoque plutôt les Syro-Libanais (du Caire et d’Alexandrie dans le Tarbouche et le Sémaphore d’Alexandrie et le regard de Durrell est essentiellement britanique. On peut aussi citer Paula Jacques pour la bourgeoisie  juive francophone….

 

Ces Jours d’Alexandrie nous racontent un demi- siècle d’histoire européenne, vécue par des Grecs mais pas uniquement à Alexandrie. L’auteur nous fait découvrir Istanbul (La Ville pour les Grecs) pendant l’été 1914, quand on peut encore prendre le bateau en Méditerranée Orientale. Antonis Haràmis – le père – exile ses deux fils en Allemagne juste à la fin de la Grande Guerre, l’un à Berlin, l’autre à Munich, occasion d’évoquer un Berlin interlope au moment de l’inflation, et les débuts du nazisme à Munich. l’un se liera aux communistes, l’autre aux nazis. De Berlin à Paris dans les années 3o… toute la grande Histoire est survolée. La Guerre d’Espagne aussi. Retour à Alexandrie pour la seconde Guerre Mondiale, El Alamein….Période 39-45 diversement vécue par les deux frères, l’un fournisseur en cigarettes des troupes britanniques, l’autre envoyé par les Grecs sous la botte allemande… Le roman se terminera par l’arrivée de Nasser au pouvoir dont nationalisation de l’usine familiale mettra le point final.

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C’est aussi une histoire de la Grèce. Les Grecs d’Alexandrie sont très attentifs à la politique grecque, divisés entre monarchistes et partisans de Venizelos qui fait une apparition dans l’usine des Haramis.  Une partie du roman se déroule à Athènes. Puis déchirés entre communistes du KKE et partisans des Allemands quoique, j’aurais aimé en savoir plus sur la guerre en Crète (mes références littéraires : Fermor). Très attachés à leur belle ville, ils le sont aussi à leurs origine. On sait toujours d’où vient tel ou tel personnage : Antonis Haramis était un gosse de Cavala, d’autres personnages, de Mytilène  ou de Symi, ou de Chios….

Des personnages non-grecs jouent aussi un rôle important : Yvette Santon, une française, ou Elias « le Libanais »… Dans les 540 pages on découvre des milieux très mélangés, des divas de l’opéra aux domestiques arabes….des pâtisseries très chics aux bordels sordides.

Mon regret, j’attendais Cavafy, il n’apparait que décédé (1933), quelques vers dont les célèbres barbares – arrêtés à El Alamein ? (1942).

Je suis entrée lentement dans ce pavé où il y a quand même des longueurs, surtout dans la première partie. J’ai trouvé un peu superficielle cette évocation de l’entre-deux guerres mais je me suis laissée séduire au fil des pages et j’ai refermé à regret le livre. Intéressant si on aime Alexandrie et la Grèce mais n’est pas Durrell qui veut!.

 

11. Tarrafal, une journée à la plage

CARNET DU CAP VERT

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Merceria

Le village de Tarafal

Petit tour au village de Tarrafal. Coup d’œil à l’école maternelle. Les enfants ont des petits tabliers en pied de poule vert et blanc. Ils sourient en nous voyant sans bouger de leur table.
Dans l’épicerie ancienne, les étagères en bois ciré contiennent des boites de conserves et des bouteilles. Sur le comptoir, une balance roberval. L’épicière est très contente qu’on la photographie. Elle nous montre la photo encadrée de l’ancien propriétaire. Cette épicerie a plus de cent ans explique-t elle.
A l’entrée du marché une petite échoppe vend des tissus au mètre. Je choisis un tissu africain pour faire un turban, la dame m’en coupe un mètre «e melhor !». Au marché, les vendeuses nous reconnaissent et nous proposent des citrons verts, l’une d’elle pose fièrement pour la photo derrière son étalage.

Encore une baignade somptueuse!

 

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La baignade est somptueuse, dans de l’eau lisse, très limpide. Sur un fond sableux, je découvre un poisson étonnant que je prends d’abord pour une pieuvre. Son corps n’a pas la forme fuselée des poissons. Il est massif, presque rectangulaire, décoré d’ocelles. On dirait une tête de vache ou de chèvre avec ses orbites le museau. Je suis toute émerveillée de cette découverte.
Le maniement de l’appareil-photo étanche est beaucoup plus compliqué que prévu : d’abord, ce n’est pas simple de nager avec. Sans tuba, il faut remonter respirer, retrouver le sujet, puis appuyer sur le déclencheur. Nous traversons à la nage notre petite anse pour aller vers les rochers juste là où plongent les plongeurs qui pêchent au fusil. Cette expédition a été sportive. Je dois toujours ramer à contre-courant pour faire du surplace, même si je m’accroche à un rocher.
Dominique a trouvé un pantalon en batik chez les marchands sénégalais qui la demandent qu’on leur prête un «bic»

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Pesée sur la plage : 17kg!

Nous retournons voir le retour des pêcheurs mais leurs prises sont moins spectaculaires qu’hier, sauf un thon de 17 kg pesé sous nos yeux.
Après le déjeuner nous retournons  sous le cocotier . L’hôtel Baia Verde s’est rempli hier soir et la plage aussi. J’emporte un bloc pour dessiner les frondes de palmiers et le livre sur le Cap Vert.
La baignade de l’après midi est rafraîchissante mais beaucoup moins intéressante. Le vent s’est levé, l’eau est agitée et plus trouble .
En soirée, j’essaie de peindre les barques sur le sable. Elles sont vraiment très jolies, très colorées avec un gros effort pour les motifs peints dessus. Le résultat n’est pas à la hauteur mais cela me donne l’occasion de bavarder en portugais avec les enfants qui m’entourent. Ils s’indignent parce que je ne dessine pas les moteurs et me dictent les numéros.

10. Tarrafal – Macaques – plage

CARNET DU CAP VERT 2002

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Hier soir la télé était en panne, explication de la direction : « ce sont les macaques », nous étions incrédules.

L’allumeur de réverbère nous avait prévenu de ne rien laisser traîner sur le balcon. Nous avions conclu qu’il y avait des voleurs et avions construit une théorie sur la perversion du tourisme et son influence néfaste sur les capverdiens. Nous n’avions pas pensé aux singes !

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Les cris stridents des passerinhas m’ont tirée du lit. Il fait très frais, j’enfile une  chemise à manches longues pour sortir.
Sur les câbles,  en file indienne, se balançant, avancent les macaques. L’un d’eux s’assied tranquillement au milieu du fil pour faire sa crotte. Les autres sautent sur le toit du bungalow et font un raffut d’enfer … Ce sont de très jolies petites bêtes avec un dos fauve, la face claire, de grands yeux bruns. Leur fourrure sur le dessus du crâne leur fait une sorte de casquette avec une visière. Ils sont peu farouches et cherchent même à entrer par la porte ouverte. Toute la famille campe sur la terrasse.

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Je vais chercher une banane que je partage. Je m’attendais à ce qu’ils attrapent les morceaux avec leurs dents à la manière des chiens ou des chats. Ils saisissent délicatement la banane avec leurs mains qui ressemblent aux nôtres. Je suis fascinée et ne veux pas perdre une seconde du spectacle. Après la distribution, la troupe file dans le  petit bois d’acacias. Certains reviennent quand même ramasser les pelures qu’ils avaient dédaignées. L’un d’eux joue à sauter de la rambarde, rebondit sur le mur puis saute l’allée pour s’accrocher au grillage et contourner les barbelés, qui ne les gênent nullement.
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Le petit déjeuner est servi dans une curieuse construction ronde en pierre surmontée d’une sorte de cône. L’aménagement intérieur est un peu décevant : longues table de cantine et toile cirée. Le buffet est délicieux, quartiers de papaye, jus de mangue, confitures-maison, œufs et petits pains.

Promenade sur le sentier côtier

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Suivant les conseils du Guide Olizane, nous partons à pied de l’hôtel, traversons le petit bois d’acacias bien verts, avant d’emprunter un sentier en corniche qui passe sur les roches blanches . Ce n’est pas du sable ou du grès mais une sorte de brèche argileuse intercalée entre deux coulées. Provient-elle de la décomposition du substrat volcanique ? Quelles pluies, quelle rivière explique la formation de cette brèche ? D’où vient alors le sable blanc ? L’observation rapprochée me pose plus de questions qu’elle n’y répond.
C’est une jolie promenade en balcon au dessus de l’eau transparente avec une vue très étendue sur la baie de Tarrafal, ville dominée par son éolienne et au loin par les crêtes découpées des montagnes de l’intérieur de l’île.
Le sentier conduit à une petite plage de sable noir très noir, étincelant sous le soleil. L’eau est limpide, verte, les rochers noirs, pas une ride, pas une vague ce matin. J’ai hâte de me baigner.

Baignade : la photo sous marine, c’est difficile !!

La baignade du matin dans cette eau calme est délicieuse. Je vois des poissons colorés. Le spectacle des poissons est encore plus intéressant qu’en Méditerranée mais la nage est moins tranquille : l’eau bouge plus, on n’arrive pas à faire du surplace, il faut nager tout le temps pour ne pas se laisser embarquer.
Nous faisons connaissance avec un marchand sénégalais, Oumar, qui propose de nous organiser une ballade en bateau jusqu’au phare. En zodiac, cela coûte 1000$ mais avec les «pirogues» ce sera moins cher…
Mauvais jour, au marché, il n’y a plus rien, ni brochettes ni même des bananes mûres. On se contentera des beignets au poisson (genre anchois) et des restes d’hier soir.

Retour des pêcheurs

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Vers 1 heure de l’après midi, ils remontent leurs barques sur le sable de la plage du côté du village. Un bouquet de très grands arbres abrite le marché au poisson. Un petit bâtiment peint en bleu sert de criée. Hier j’ai raté la pesée des thons par manque de rapidité.  Nous guettons l’arrivée des gros poissons et attendons qu’une femme les charge sur sa tête dans une bassine en plastique. Elles mettent trois gros poissons côte à côte, la porteuse ne peut pas soulever seule la charge et se fait donc aider pour remonter la bassine jusqu’à la hauteur de sa tête. Parfois tout s’écroule. Elles vont rincer le poisson dans la mer. Des femmes assistent au marché au poisson, les grattent, nettoient, dépècent, les vendent, les hommes aident à la pesée.

capvertsantiagotarrafal8-copie Aujourd’hui, on a pêché deux espadons avec leurs longs rostres pointus, l’un deux est déjà coupé en deux quand nous arrivons. L’autre est couché sur la plage. On étend sa nageoire dorsale pour y placer de plus petits poissons. Nous attendons avec impatience la femme qui va les transporter. L’espadon est beaucoup trop grand pour tenir dans une bassine.

capvertsantiagotarrafal7-copieDeux garçons vont le hisser sur la plage en l’attrapant par la tête. Les thons sont des poissons magnifiques, leur peau bleutée brille, vers la queue une rangée d’étranges triangles jaunes arrive jusqu’à la queue. Les petits poissons sont centralisés au fond d’une grande barque entourée de plusieurs dizaines de femmes qui discutent, crient, trient les poissons et remplissent les cuvettes multicolores. Rien ne permet de deviner comment se négocient les ventes. Parfois on voit des liasses de billets. Il faudrait comprendre le créole !

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Après midi à la plage

Beaucoup mieux que des parasols, les cocotiers donnent une très jolie ombre qui bouge quand le vent passe dans leurs palmes. On peut rester toute l’après midi à condition de se déplacer avec la course du soleil. Omar vient me tenir compagnie. Avec d’autres sénégalais, il tient un étal de souvenirs. Ils ont tendu un fil entre deux cocotiers où sont suspendus des pantalons de batiks et quelques bricoles. Les autres vendeurs jouent à l’awelé avec des touristes.

Les colporteurs sénégalais remplacent les offices de tourisme inexistants, ils connaissent tous les renseignements pratiques pour les touristes, sont parfaitement francophones, très débrouillards et aimables. Omar nous explique que nos cartes postales ne partiront pour la France que le lundi de Sal, jour du vol TACV, quel que soit le jour où on les poste. Il raconte aussi ses expériences de vendeur en Afrique et en Europe. Comme je manifeste l’envie de lire, Omar part jouer seul avec son ballon de foot.
Ce matin la plage était presque vide. Vers six heures du matin, quelques coureurs font leur jogging matinal en survêtement, des gamins jouent au foot. Pendant la journée les Capverdiens sont à l’école ou travaillent. Ce n’est que dans l’après midi que la plage se peuple. Les Européens sous les cocotiers, les capverdiens n’ont pas l’air de rechercher l’ombre. Au bord de l’eau, il ne fait pas chaud, il faut être vigilante pour ne prendre des coups de soleil.
Soirée tranquille, lessive et cartes postales.

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De notre terrasse, nous observons l’animation sur la plage.  Pendant que nous nous prélassions les Cap-Verdiens sont arrivés par vagues d’enfants et d’adolescents. Ils jouent dans l’eau et se roulent sur le sable. Vers cinq heures, la plage est pleine de monde, mais pas comme chez nous… où les gens s’installent sur des serviettes avec des parasols et des sacs de plage… les seuls accessoires sont des ballons et de rares bouées. Les groupes sont mobiles. Les jeunes se poursuivent, s’éclaboussent. Le soir, des jeux s’organisent : concours de pirouettes, de plongeons, football, évidemment. Un filet de volley est monté près des cocotiers. Des fillettes arrivent avec leur professeur pour un cours de gymnastique.

Le restaurant Baia Verde,   sert du sar pêché aujourd’hui-même avec une jardinière de légumes. C’est un poisson à chair ferme blanche découpée en fines darnes et cuisinée avec une sauce tomate. Cela ressemble un peu au congre ou à l’espadon.

 

Rome brûle – C. Bonini -G.de Cataldo

LIRE POUR L’ITALIE

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Roman noir!

Prologue : Rome brûle comme au temps de Néron?

C’est  un livre d’actualité. Il se déroule du 12 mars 2015 au 23 mai.

Politique fiction? En effet, c’est presque une enquête journalistique  même si le nom du maire de Rome et de certains acteurs ont été modifiés. Ignazio Marino maire de 2013 à 2015, est sorti indemne du scandale de la Mafia Capitale (lire ICI l’article du courrier International) mais tombe quelques mois plus tard dans le scandale du dinergate à deux mois de l’inauguration de l’Année Sainte proclamée par le Pape François (les auteurs l’ont présenté en vedette américaine). La victoire du Mouvement cinq étoiles (20/06/2016) est prévisible, quoique absente du livre puisque il se déroule l’année précédente.

Et même si le roman n’avait rien à voir avec la réalité ce serait un excellent roman dénonçant la corruption et la mafia, montrant comment les chantiers (principalement celui du métro) sont gangrenés par cette corruption. Comment les fascistes infiltrent les syndicats de la ville.

Et même si les auteurs avaient fait une pure fiction, ce serait un excellent roman(bis) avec un humour décapant(twitter pendant la messe à Saint Pierre) ou but religieux du tracé de la Ligne C du métro : du Vatican à saint Jean de Latran pour l’Année sainte (mais nous l’avons expérimenté le métro n’a pas été terminé. Si les religieux ne sont pas épargnés, les communistes non plus! On rappelle la dérive du PCI vers le PD avec toutes les étapes, sur le mode ironique.

Moins drôles mais toujours très noirs, les groupuscules fascistes, dont la bêtise et l’ignorance peut être exploitée  à tout et n’importe quoi…..

Un bémol vient du nombre des personnages que j’ai confondus pendant le quart du livre, difficile pour moi de les différencier, mais c’est un peu ma faute. Rome Brûle fait suite à Suburra que j’aurais dû lire avant. Et les Italiens ont dû retrouver dans ce roman à clé des personnages sans se perdre comme moi.

 

 

 

 

 

 

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2014/12/09/mafia-capitale-l-enorme-scandale-qui-secoue-l-italie

9. La traversée de l’île de Santiago jusqu’à Tarrafal

CARNET DU CAP VERT 2002

Paysage de l’intérieur de Santiago vers Asssomada
Paysage de l’intérieur de Santiago vers Asssomada

Traversée Sud-Nord de l’île

Nous avions prévu d’emprunter les transports collectifs. Selon Abel, il nous faudra payer deux places supplémentaires pour nos bagages ,(4×300$). Le tarif des taxis privés est de 5000$. Au moment des adieux, Mama organise avec le voisin de la maison verte de la rua Banana, un passage jusqu’à Praia.

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trajet : Cidade Velha, Praia, Assomada Tarrafal

Le chauffeur propose de nous emmener jusqu’à Tarrafal pour 4000$ et de faire des arrêts pour les photos. Le Toyota crève avant d’arriver à Praia. Le pneu était complètement lisse et bien déchiré sur plusieurs endroits. Il emprunte un cric à un aluguer qui passait par là et nous voilà reparties !

courses à Praia

Arrêt à Cabo Verde Telecom   la carte Telefacil achetée mercredi dernier fonctionnerait bien,  20 minutes de queue pour obtenir le numéro des réclamations au cas où nous aurions un autre problème !
Le distributeur de billets de la plus grande banque de Praia  n’accepte pas les cartes bleues étrangères. Longue queue au comptoir. Au bout d’une demi-heure, le chauffeur s’impatiente. Heureusement que les Cap-verdiens sont cools ! Nous quittons Praia à 10h45. Je n’ose plus penser aux arrêts photos.

Paysage

La route à la sortie de Praia avec ses acacias défeuillés
La route à la sortie de Praia avec ses acacias défeuillés

Les acacias plantés en rangs serrés à la sortie de Praia sont tout défeuillés. Sont-ils morts ou attendent-ils patiemment la saison des pluies pour reverdir ? Le paysage est ocre rouge avec ces arbres squelettiques gris. Au fond les premiers sommets se détachent en mauve. La campagne devient plus riante. Nous traversons une vallée cultivée, les champs sont irrigués.

Au point d'eau
Au point d’eau

Dans les villages, flamboyants et bougainvillées rehaussent de leurs couleurs les façades peintes. Sao Domingos est le plus joli village. L’éclairage était meilleur jeudi dernier. Aujourd’hui, le ciel est couvert. Après Sao Jorge, la route s’élève de plus en plus et nous passons des cols impressionnants.

A l’entrée d’Assomada, un curieux piton rocheux se détache. Assomada est une grosse agglomération plutôt une bourgade de campagne, avec quelques immeubles bas.
A une fontaine publique, de nombreuses femmes remplissent des bidons, un âne attend. Dans la montagne les ânes sont de plus en plus nombreux (Hier, j’avais échafaudé une théorie autour de l’absence de bourricots).
Une levada conduit l’eau. Ce paysage évoque Madère.

Sommets dans les nuages

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Assomada

Les nuages sont accrochés sur les sommets. Nous traversons des nappes de brouillards. Après un dernier co,l le ciel se dégage. Il fait même très beau près de la mer. Les montagnes sont à nouveau désertiques comme autour de Praia.
Notre chauffeur a mis RFI à midi pour les informations. Rien de nouveau sous le soleil ! La moitié du journal est consacré à l’amnistie des contraventions, aux vacances de Chirac, à un pique-nique des socialistes et à des T-shirts vendus par les pompiers de Paris… Le monde doit tourner rond. Je regrette moins l’absence de journaux !

L’hôtel Baia Verde

Hôtel Baia Verde : plage
Hôtel Baia Verde : plage

Arrivée à Tarrafal à midi et demie.
L’hôtel Baia Verde est un village de bungalows situé dans un endroit de rêve le long d’une belle plage de sable blanc. Une rareté dans cette région volcanique ! Une curieuse lentille de roche blanche – sable ou grès ? – est intercalée entre deux coulées.Elle  a nourri la plage. A une extrémité,  le petit port de pêche. Dans le creux de l’anse, une cocoteraie où sont installées des maisonnettes en pierre noire. A flanc de colline, nos bungalows peints en vert ont des terrasses cimentées dominant la baie.

Notre bungalow possède deux pièces, un grand frigo et la télévision, en panne. On nous explique que c’est la faute aux macaques. Nous sommes sceptiques. Verrons nous les macaques ?

Nous partons au marché à la recherche du déjeuner. C’est Byzance ! On y trouve des fruits des beignets et des ailes de poulet grillées.

Une plage de rêve

Une plage de rêve
Une plage de rêve

Une petite avancée rocheuse, coiffée d’un kiosque couvert de palmes, divise la plage en deux. Sur la grande plage, les Capverdiens se baignent. Sur la petite, devant Bahia Verde, les touristes à l’ombre des cocotiers.
Comme il n’y a que des blancs (6) sur la petite plage,on  avait conclu qu’elle était privée et réservée à l’hôtel. On trouvait que cela faisait un peu apartheid. La raison de cette ségrégation est plus pratique. Les Capverdiens pieds nus préfèrent la plage de sable fin. Sur la petite plage, il y a des rochers pointus et des oursins. Avec nos sandalettes, nous nous baignons du côté des rochers pour observer la vie sous-marine.
Enfin ! La baignade… Dont nous rêvions ! Nous nageons avec lunettes; je vois des poissons et des coraux.
Je ne me lasse pas de regarder les frondes des cocotiers : leurs franges se balancent sous le vent.
Spectacle inattendu : une bande de gamins fait une démonstration brillante de galipettes, roues saltos et sauts périlleux. En prenant tout simplement appui sur la plante de leurs pieds, ils peuvent faire toute une série de sauts et terminer par une roulade.

Le marché hebdomadaire

Marché hebdomadaire
Marché hebdomadaire

Marché local, misérable, où l’on vend un bric à brac de montres, lotion capillaire, quincaillerie et sous vêtements féminins, quelques vêtements africains en batik. Rien de bien alléchant ! Pourtant les femmes portent des jupes colorées et imprimées à grand motifs avec des coloris très vifs. . Elles retiennent leur pagne avec une ceinture très large en tissu à rayure fine qu’elles replient en enfermant leur porte-monnaie (un sachet en plastique contenant les billets ou leurs papiers). Cette ceinture sert aussi à porter les bébés sur le dos.

 Tarrafal possède de belles villas – très grandes mais souvent inachevées – en bord de mer. A l’arrière, un chantier de petits immeubles pas terminés, un désordre complet, pas de voirie.

Attroupement près de la falaise. Les badauds regardent des garçons plonger d’au moins 6 ou 7 m de haut. Habillés de short et maillot de foot, ils s’élancent, certains les pieds en avant, d’autres plongent la tête la première. Ces derniers sont vivement encouragés «cabeiça». Quelques-uns réussissent des figues et des sauts périlleux. Applaudissements !

Soirée sur la terrasse du bungalow. L’allumeur de réverbère, un garçon de 14 ou 15 ans, monte sur une chaise et visse l’ampoule extérieure des bungalows22 à la tombée de la nuit. Elles tiennent lieu d’éclairage public.
Il faut s’organiser pour que les moustiques n’envahissent pas la chambre. Heureusement, les moustiquaires nous permettront de dormir fenêtres ouvertes. A Cidade Velha, il fallait tout fermer et il faisait bien chaud.
Vers 8 heures, je vais chercher un plat à emporter au restaurant. Je n’ai commandé qu’une seule portion (900$). L’assiette est très bien garnie et suffit pour deux, largement.

Tous à la plage – à la Cité de l’Architecture& du Patrimoine au Trocadero

30Exposition temporaire jusqu’au   février 2017

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Prologue – Archiplage :

De grandes photos projetées sur un mur :deux architectes pendant 6 mois sur la plage de Deauville bâtissent des châteaux de sable  et photographient leurs oeuvres éphémères et leur disparition : pyramides et gâteaux de sable. Les photographies sont étonnantes, l’écume submerge les structures qui s’effritent.

En introduction : une chronologie 

de 1730 – 1930 : Invention de la villégiature

1930 – 1970 : l’essor des grandes vacances à la mer

à partir de 1970 : quelles villes balnéaires pour demain?

Attention! L’exposition est copieuse, il faut prévoir au moins 2 heures pour tout voir, et ne pas trop s’attarder au début pour garder un peu de fraîcheur pour la fin qui est passionnante. 

cabine hippomobile
cabine hippomobile : bathing machine

 Invention de la villégiature : les stations britanniques furent pionnières dès 1730 avec des préoccupations hygiénistes.

L’essor des chemins de fer en 1850 contribue au développement des villes balnéaires. Vers 1900 Saint Petersbourg était reliée à Nice en 30 h. L’exposition fait une belle place aux affiches de trains, « trains de plaisir » ou trains de luxe, baedeker et horaires de trains parfois reliés luxueusement. 

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Dieppe

Pour « composer une cité balnéaire »  un certain nombres d’acteurs sont requis, des « explorateurs » qui trouveront le site, des investisseurs financiers et des monarques ou des célébrités qui lanceront le projet. George Sand occupe le centre d’une galerie de portraits de personnalités qui en ont fait la promotion.

maquette de la jetée de Brighton : chain pier
maquette de la jetée de Brighton : chain pier

L’aménagement des stations balnéaires se faisait derrière un front de mer stabilisé par une digue avec souvent des jetées sur pilotis. A l’arrière, des lotissements obéissent à un plan  en éventail, s’inspirant du concept de  cités-jardins. Au fond, on réserve des zones vertes récréatives pour la promenade, les courses de chevaux ou le golf . Les affiches des lotissements. Les affiches de Deauville, Cabourg, Stella-plage ornent l’exposition. Sur un mur est projeté un diaporama  de cartes postales anciennes de stations fameuses  comme Brighton, Nice, Ostende, Nordeney ou le Lido de Venise  et Arcachon. De très jolies maquettes de la jetée de Brighton, des jardins exotiques de Monaco, d’Arcachon complètent la présentation.

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Cette vie balnéaire était centrée autour de la baignade, réglementée et minutée précisément. De nombreuses activités sociales de loisirs occupaient cette oisiveté organisée.: casino, tennis et promenade avec des divertissements comme des kiosques à musiques…

Brighton
Brighton

Une autre tendance était hygiéniste : on voit les plans de l’hôpital marin de Zuydcoote sur le modèle pavillonnaire et de celui de Berck. Institutionnalisation des courants d’air pour évacuer les miasmes….

La crise de 1929 met fin à la prospérité des élites, le Front Populaire en France et les vacances très organisés fascistes (Cattolica Marittima) ou nazies changent  le tourisme balnéaire. C’est l’essor des grandes vacances à la mer, des colonies de vacances, du camping ou des lotissements Ribourel. Migrations de masse vers le soleil. les vacances de mon enfance….

la Grande Motte
la Grande Motte

La crise pétrolière de 1973 change la donne :  Aménager le territoire  est le mot d’ordre d’un urbanisme plus raisonné avec un schéma directeur régional et le souci de protection de l’environnement.

Deux exemples : la côte Languedoc-Roussillon et les Landes.

Anglet
Anglet

Des maquettes de la Grande Motte et le VVF (devenu Belambra) à Anglet (1969)sont des exemples  d’une architecture monumentale . Le « paquebot » d’Anglet sur 8 niveaux rappelle un bateau de croisière. En revanche du schéma directeur de la côte landaise (1975) témoigne d’un souci de la protection de l’environnement « ne plus construire d’immeubles, raisonner en terme de nuitées… » « rechercher l’équilibre touristique et l’habitat permanent »; réflexion sur le concept de ville éclatée qui se traduisent par l’installation dans la forêt landaise de plusieurs pôles d’urbanisation reliés par des pistes cyclables, forestières respectant le caractère sylvestre de la région.

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Quelles villes balnéaires demain? est la dernière section de l’exposition, des villes nouvelles égyptiennes ou à Dubai, des projets d’îles flottantes en face de Monaco, de Venise (sacrilège!) ou même une bulle au large de Nice. De nombreux projets futuristes rêvés nous font réfléchir.

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7. Santiago – Excursion au jardin botanique

CARNET DU CAP VERT 2002

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L’aluguer jusqu’à Praia

Bab  a fait des sandwichs au jambon et à l’omelette. L’aluguer nous emmène à Praia pour 100$. Nous traversons le plateau désertique, – désertique quant à la végétation mais pas du tout pour la population, 4 gros villages sont desservis en route -. Le plus important est dominé par une grosse église rose. Des femmes font le signe de croix en l’apercevant. D’autres se signent en montant dans le Hiace. Il monte sans cesse d’autres passagers. Au coin de Terra Branca à l’entrée de Praia, arrêt devant un marché. Trois femmes très grosses d’âge mûr s’installent, deux devant nous et une à côté de moi. Celle ci est furieuse. Elle pince sa copine et pouffe puis chatouille l’autre.

A Sucupira, nous trouvons un autre aluguer  pour Sao Domingos

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A  Sucupira, un homme maigre métis nous appelle. Il cherche à remplir l’aluguer pour Assomada. Sao Domingos est sur sa route. Il décrit le taxi « Hiace 12 places ». D’autres chauffeurs nous entourent : «Montez avec nous, cet homme ment, son taxi va à Calheta !». On est proche de l’échauffourée. Le premier proteste que ce sont tous des fous et que nous avons fait affaire avec lui en premier.
Le minibus garé plus loin n’attend plus que nous pour démarrer. L’homme qui nous a recrutées n’est pas du tout le chauffeur. Il descendra juste à la sortie de Praia. Une femme prétend monter avec une table de nuit, deux grosses lampes dorées et encore d’autres paquets. Les sacs atterrissent sur les genoux des passagers qui n’ont rien demandé. Le meuble est coincé.
Les aluguers se doublent les uns les autres pour charger les clients avant le collègue. Il semble que leur devise est de ne jamais laisser personne sur le bord de la route. Nous sommes 18, entassés, les enfants sur les genoux des adultes. Dominique se plaint des odeurs corporelles. Juste avant Sao Domingos, changement de voisin qui est de Saint Maur (94)  ravi de rencontrer des voisines.
Avec toute cette animation, on oublierait presque de regarder le paysage  de plus en plus accidenté. Les pics déchiquetés se rapprochent. Au creux des vallées poussent toutes sortes de légumes. Sur les pentes s’accrochent des cannes à sucre. La topographie évoque tout à fait Madère. Les sommets hérissés sont les mêmes mais il manque l’eau pour verdir les pentes. Sans eau on ne s’est pas donné la peine de construire des terrasses soignées ; de nombreux espaces restent en friche. L’agriculture se trouve dans les plaines – inexistantes à Madère.

Jardin botanique

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A l’intersection de la route de Sao Jorge, un autre aluguer nous ramasse aussitôt. Le trajet est si court que c’est gratuit. Nous découvrons une jolie église bleue entourée de flamboyants magnifiques. Le Jacaranda porte encore quelques clochettes bleues, les bougainvillées roses, orange, violets rajoutent de la couleur. Nous montons à pied jusqu’à la grille du jardin botanique. Rien de comparable avec celui de Funchal ! Un endroit fleuri, ombragé pour nous toutes seules ! Je reconnais des crotons, des coléus et des plantes qui poussent chez nous dans des pots. Cela manque d’étiquetage !

Les maisons accrochées dans la montagne

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Promenade dans la montagne sous l ombre légère des eucalyptus, les manguiers sont beaucoup plus fournis. Des maisons sont accrochées à la pente. Certaines sont desservies par une route carrossable dont les virages sont empierrés, d’autres, complètement isolées. Les petits champs de canne à sucre sont dispersés sur des terrasses. Des femmes portent l’eau sur la tête dans des bidons et des seaux qu’elles remplissent à la source dans la montagne. Nous croisons aussi des hommes, machette et scie à la main, à la recherche de bois. Au loin fume un alambic.
Installées sous un manguier, nous lisons les guides et regrettons de ne pas avoir apporté de la lecture et mon matériel à dessin.

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Nous déjeunons en compagnie d’une petite fille collante qui nous donne mauvaise conscience. Peut être a-t-elle faim ?

Chorale

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Une chorale religieuse s’est installée sous les flamboyants. C’est un patronage de Tarrafal qui a passé ce jour férié à la campagne.
Nous attendons l’aluguer du retour en compagnie de vendeuses de bonbons à l’unité, de T-shirts et même de chaussures, installées sur le bord de la route.
Une femme descend portant sur sa tête une bassine remplie de plantes vertes. Elle prend le minibus avec nous. Je commence à mieux comprendre le fonctionnement de l’aluguer. Le passager près de la porte se charge de l’ouvrir, de placer les passagers, de répartir les paquets, de recruter de nouveaux passagers et d’encaisser le prix du passage. Le chauffeur n’a plus qu’à s’occuper de la conduite. Comment ces receveurs se recrutent-ils ? Est ce que ce sont des habitués de la ligne ? Des amis du chauffeur ? Des passagers plus débrouillards ? La question reste en suspens.

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Après  la lessive j’installe ma chaise au milieu de la rue pour une  aquarelle. Les petites filles m’entourent. Pendant le dessin, elles me laissent à peu près la paix. Dès que j’utilise la couleur, elles reconnaissent les différentes maisons : « casa Nono » commentent les couleurs, l’une d’elles veut  tenir le gobelet.
Pendant ce temps Dominique court le village à la recherche de notre dîner, cherche des yaourts (sans succès), va trouver les femmes qui font des grillades sur un barbecue sur la place (trop tard) et finalement commande à Bab un poulet grillé que nous mangerons sur la plage.
Joseph, le fils d’Abel, me trouve entourée des petites filles. Il est ravi que nous nous liions d’amitié avec les enfants.

Coucher de soleil sur la plage

Nous dînons assises sur le parapet à la limite de la plage… Les pêcheurs poussent leurs barques à l’eau pour aller pêcher de nuit. Cinq petits jouent sur les rochers. Leurs silhouettes noires se détachent sur le ciel. Ce serait un beau sujet de photo. Dominique raffole de contre-jours.
Nous observons le manège des fillettes qui descendent en chantant et en dansant en file indienne portant des seaux sur la tête, les plus petites des boîtes de conserve. Tout le monde pose le chargement, elles s’accroupissent les fesses en l’air. Que font elles ? La vaisselle ? La lessive ? Remontent elles de l’eau de mer ? Du sable ? La caravane revient à maintes reprises, toujours en chansons. Elles peuvent danser avec leur chargement qui ne s’écroule pas. Un petit garçon en T-shirt rayé se mêle à elles mais lui ne porte rien.
En rentrant nous croisons Joseph qui téléphone en français. Il nous annonce qu’il s’est fâché avec «son cuisinier» et que nous mangerons à la maison de ses parents. Nous plaidons pour Bap  charmant, serviable et gentil.