Chakhrisabz, ville natale de Tamerlan

CARNET OUZBEK

Le Palais de Tamerlan
Le Palais de Tamerlan

Avant Chakhrisabz nous traversons la grosse agglomération de Kitab, très animée avec de nombreuses voitures. Chakhrisabz est la ville natale de Tamerlan. La palais se trouve dans un vaste chantier. On a abattu tout un quartier pour aménager un parc de dimension ouzbèke (c’est-à-dire très vaste). Des centaines d’ouvriers, hommes et femmes s’affairent, dallent les allées ou ratissent les plates-bandes, nivellent, cimentent, balaient….Hommes et femmes manient indifféremment pelle et râteau. Sauf que les carreleurs sont tous des hommes et que celles qui charrient le sable ou la terre avec les brouettes et gâchent le ciment sont les femmes vêtues de velours pailleté. Il semble que les bleus de travail n’existent pas. Les femmes travaillent avec leurs plus belles robes. Tamerlan de 18m est debout sur son socle (à Tachkent il est à cheval, Samarcande assis sur son trône). Nous traversons donc le chantier pour atteindre deux très hauts bâtiments : le palais, terminé en 1403 était haut de 70m et ce que l’on voit aujourd’hui n’est que l’arche d’entrée. Il faut imaginer les salles situées à l’arrière : salle de réception des invités, salle des banquets toutes carrelées, la salle de repos était dallée de marbre. Sous des bâches plastiques on protège les carreaux turquoise. Pour les 600 ans (1996) de  Tamerlan, on a remonté un pan de remparts. La description de Clavijo (ambassadeur d’Espagne auprès de Tamerlan) permet d’imaginer les fastes du palais.

femmes ouzbèkes  au travail
femmes ouzbèkes au travail

Les ruines ont un aspect étrange. Les monuments sont souvent si restaurés qu’ils semblent neufs si bien qu’on ne distingue pas un bâtiment construit au 19ème siècle d’un du 15ème. Ici l’usure du temps est perceptible, les restes de mosaïques originelles ont des couleurs magnifiques. Les inscriptions ne sont pas tirées du Coran, ce sont les maximes préférées du souverain : « La force est dans la Justice » . Un architecte voulait écrire « Le Roi est l’ombre d’Allah » mais il avait mal calculé. Ayant écrit « le Roi est l’ombre », il fut précipité du haut du minaret.

En 2020 un petit train électrique  conduira les visiteurs du palais aux mausolées timourides. En attendant, nous contournons les habitations encore sur pied en  voiture. Façades roses, bleues, beiges, pastels éventrées sur les vestiges des jardins. Ces démolitions m’attristent comme m’avaient horrifiée celles de Louxor ou de Gournah en Egypte pour faire place nette pour les touristes.

Dorut Tilavat

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C’ est un ensemble de mausolées. Le père de Tamerlan, Mohamed Taragai, y repose aux pieds de son maître spirituel Cheikh Chamseddine Koulal, ainsi que le fils ainé de Tamerlan, Jahonghir. Il y a aussi un cénotaphe de Tamerlan qui souhaitait y être inhumé. Sa dépouille après sa mort en route vers la Chine fut rapportée à Samarcande et il est enterré à Gour Emir.

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Oulough Beg a fait ajouter une Mosquée du Vendredi dont on au restauré la façade en 1994 (600 anniversaire d’Oulough Beg) rappelant le ciel étoilé avec des étoiles de nacre. L’intérieu est en stuc peint aux motifs de verdure mais dégradé par le temps. On retrouve les motifs végétaux très gracierux dans le mausolée qui lui fait face et qui est ouvert.

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A l’arrière du « faux tombeau de Tamerlan » la vue est très belle sur l’ensemble des coupoles.

En chemin,  nous déjeunons dans un très agréable restaurant sous de grands pins et des noyers. Les brochettes sont la spécialité. J’en commande à l’agneau, tendre et excellent(qui a dit qu’en Ouzbekistan l’agneau était gras ?)

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Vers 15h, nous sommes de retour sous un faible soleil et nous installons au kiosque du Reghistan où je commande des glaces et recommence l’étude des motifs. A peine sommes nous arrivées à l’hôtel qu’éclate un orage avec une pluie violente. Nous avons bien fait de commander le dîner dans la cour de l’hôtel Dilshoda. A 19h30, la pluie s’est interrompue, la table est mise, couverte de salades. On apporte un bol de soupe aux pois chiches et à la viande bouillie. Ce n’est pas tout : des assiettes de pot au feu avec des carottes, pommes de terre, chou complètent ce repas beaucoup trop copieux. Nous aurions aimé y faire plus honneur. C’est excellent et la dame est si gentille ! par là-dessus il y a de la salade de fruit pour dessert. Nous dînons en compagnie d’une guide qui parle un excellent français et qui nous fait un vrai cours !

En montagne vers Chakhrisabz

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Petit déjeuner dans la cour de l'hôtel Dilshoda
Petit déjeuner dans la cour de l’hôtel Dilshoda

Petit- déjeuner dans le patio.

Malheureusement le ciel est nuageux : les photos des montagnes enneigées seront ratées.

La route de Chakhisabz est une route très fréquentée,vers le sud et l’Afghanistan. Le printemps est bien avancé : les coquelicots forment des nappes rouges dans les blés verts, les pommiers fleurissent. Même sous les nuages ces fleurs nous réjouissent. La route s’avance vers la montagne. Au loin, des névés blanchissent les creux.

La statue d Alisher Navoï (1441-1501) regarde vers la montagne. Ce poète est considéré comme le fondateur de la langue ouzbek. C’est un héros national,  il a donné son nom à la ville de Navoï. La route est bordée d’arbres immenses, peupliers, acacias, mûriers et noyers. Nous passons près de chaos granitiques. Sur les bas-côtés, on vend de la rhubarbe sur de petits étals. Les marchands abrités sous une toile, parfois brodée,  portent une balance.

vendeuses de rhubarbe
vendeuses de rhubarbe

A la limite de la province de Samarcande,  nous passons sous un auvent de béton comme un  péage d’autoroute, ou un poste frontière. Nous sommes déjà passé par de telles installations que j’avais prises pour une barrière de péage. On ne paie rien mais un ou plusieurs policiers examinent le conducteur et les passagers. Très aimables avec les touristes, ils ont l’œil. Nassim ne semble pas gêné par ces contrôles. Il les justifie : « Nous avons des voisins difficiles, Afghanistan Tadjikistan, il faut contrôler ! » .

au col
au col

Au col à 1788m, une arche de béton  se détache. A ses pieds,est installé un petit marché de fruits secs. Les marchands nous font goûter des jujubes, se moquent gentiment de nous en nous faisant croire que ce sont des melons puis prennent la pose pour la photo. Ils vendent des raisins jaunes, des raisins bleus, des amandes dans leur coque, des noyaux d’abricots salés, des abricots secs, des pépites…et de petites boules blanches qui ressemblent aux bonbons fondants de Boukhara.

billes de fromage
billes de fromage
  • « Qu’est-ce ? « 

Le vendeur détache un morceau pour me faire goûter : c’est du fromage, salé très goûteux. Les boules sont taille et de formes diverses. Certaines sont aromatisées au paprika ou au piment.

  • « excellents zakouskis pour l’apéritif» commente Nassim »salés, ils donnent envie de boire »
Fruits secs
Fruits secs

La route descend vers une vallée plate encadrée par les neiges éternelles du Pamir et du Tadjikistan  hauts de plus de 5000 m. Nous traversons un chaos granitique, les gros blocs arrondis sont fendus. Alors que chez nous, ces équilibres sont très stables, ici ils paraissent menaçants avec la séismicité. La géologie des ces montagnes du Zarafshan est complexe. Autour du granite, des auréoles métamorphiques, schistes et marbre. Le métamorphisme m’a toujours paru difficile.

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Des oiseaux ont creusé des nids – tanières dans le sable du bord de la route (arène granitique ou dépôt alluvial ?). La botanique apporte aussi des surprises. Parmi les rochers poussent des amandiers ;  les fruits verts veloutés sont déjà gros. Des arbres roses, des fleurs jaunes, de grands feuillages découpés comme des acanthes. Des jeunes gens vendent sur le bord de la route de très belles tulipes rouges qu’ils ont cueillies dans la montagne

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Samarcande – plov, Reghistan, Gour Emir

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plov
plov

Pour déguster un Plov, Nassim nous conduit dans une « académie du Plov », grand restaurant ne servant que cette spécialité. Il convient d’arriver tôt, après midi et demie, la marmite est finie et le service aussi. Difficile de trouver une table libre dans la cour. J’ai découvert plus tard que les petites salades proposées sur un plateau alourdissent sérieusement l’addition, hier nous les avions juste goûtées. On se limite donc aux tomates/concombre et fromage blanc accompagné de radis rose, d’oignon vert et de gousses d’ail (que je laisserai par égard pour la compagnie). Le plov arrive dans un grand plat fleuri où les ouzbeks piochent à la cuiller. Je n’ose pas manger directement dans le plat et me sers des petites assiettes des hors d’œuvre. Thé vert, bien entendu. Le plov est excellent, les carottes fondantes, les raisins secs sucrés et la viande fondante. Nassim a commandé une petite portion parce que nous mangeons peu mais il est si délicieux qu’on se serait bien resservi.

Reghistan
Reghistan

Au lieu de rentrer directement à l’hôtel, nous demandons à Nassim de nous déposer au Reghistan. C’est ensemble monumental colossal bien plus imposant et plus beau que les Reghistan de Boukhara ou de Khiva. Un parc arboré borde la place d’honneur. On s’attable dans un kiosque et on commande des glaces. Je sors le carnet Moleskine pour dessiner. Plus qu’aux volumes, je prête attention aux motifs géométriques et essaie de reproduire symétries et pavages ainsi que les motifs qui sont en fait de l’écriture coufique.

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Nous retournons enfin au Mausolée Gour Emir dans la salle bleue. Recueillement et sérénité. Impression de calme et de beauté. Comme je ne sais pas méditative longtemps j’étudie les symétries du décor. J’aurais dû apporter compas et rapporteur.

 

Une Seconde Mère – film brésilien d’Anna Muylaert

TOILES NOMADES 

une seconde mère affiche

C’est une comédie avec des actrices formidables (surtout Regina Casé) qui se déroule presque exclusivement dans une maison luxueuse de Sao Paulo avec une belle piscine, opposant un couple riche avec un adolescent gâté et les domestiques.

une seconde mère piscine

Val est la nounou de Fabinho. Ils partagent une réelle complicité et des moments de tendresse qu’il refuse à sa mère, une business womanpressée et assez odieuse. Amour maternel ou amour de la nounou?

Val a sacrifié son amour maternel, elle a laissé au loin sa fille Jessica et a consacré toute son énergie à envoyer de l’argent pour son éducation. Mère et fille sont devenues des étrangères, quand Jessica débarque pour passer les examens d’entrée à l’université.

On peut faire une autre lecture : privilégier l’aspect social.

Val, la nounou  est aussi celle qui passe l’aspirateur, promène le chien, fait la cuisine, sert et dessert la table, employée de maison modèle, dévouée, appréciée. Val connait la place des domestiques. Elle sait que certaines offres sont faites par politesse parce que les patrons savent bien que l’employée zélée va les décliner. Jessica refuse ces conventions. Charmante  intelligente, jolie, elle va d’abord séduire, mais on la remettra vite à sa place. 

Samarcande : Nécropole Chah i Zinda

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nécropole shah i zinda
nécropole shah i zinda

On raconte que Hussan Ibn Abbas (7ème -8ème) arriva à Samarcande, il descendit dans une crypte 40 jours pour y prier et on ne l’a jamais revu ni mort, ni vivant, il est donc connu comme le « roi vivant ». Autour du saint vénéré qui a donné son nom à la nécropole sont enterrées des femmes timourides ainsi que des compagnons d’arme de Timour, des artistes… Sur les 40 mausolées, 30 sont encore visibles.

une "rue" de mausolées
une « rue » de mausolées

40 très hautes marches que les pèlerins comptent à la montée comme à la descente, conduisent à une « rue » étroite où les mausolées se font face, alignés, plus magnifiques les uns que les autres, plus fleuris, plus décorés avec profusion de bleu et de turquoise. Mosaïques : les carreaux découpés sont ajustés, majolique, ils sont peints, tapis de prière fleuris, colonnes torsadées, stalactites. Tous les motifs et techniques se déclinent. Je ne sais plus que photographier : peu de recul pour obtenir une photo d’ensemble d’une façade, je choisis des détails, je filme…

pavages et mozaïques
pavages et mosaïques

.la foule se presse, bardés d’appareils photos, ouzbeks endimanchés, hommes en costume la tête coiffée de la toque à 4 coins, femmes en foulard ensemble robe-leggings, velours et strass, fillettes en tutus de gaze orange, jaune ou rose….même une petite mariée avec une toque avec une plume d’autruche teinte en rose comme dans un film de Bollywood, ses sourcils épais charbonnés. Son mari, costume bleu marine, chemise blanche, très jeune aussi, n’est pas d’accord pour la photo. Il se sent un droit de propriété sur la jeune épousée. Autre hypothèse : la mariée est enceinte, très enceinte….la photo serait-elle compromettante ? Non, d’après Nina, la guide avec qui nous dînerons le soir. Pendant la première grossesse, justement c’est la coutume de continuer à porter la robe de mariée dans les fêtes et les grandes occasions.

Samarcande : Musée Afrosiab

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Fresque d'Afrosiab
Fresque d’Afrosiab

Samarcande a 2750 ans. La cite sogdienne était situé un peu à l’écart de la ville actuelle jusqu’à l’arrivée des Arabes. Après les ravages de Gengis Khan, Tamerlan décida de la reconstruire un peu plus loin. Plusieurs équipes d’archéologues ont fouillé la cité ancienne. Le français François Grenet s’intéresse plus spécialement aux ruines hellénistiques.

10 niveaux, 10 civilisations différentes se superposent.

Les ruines les plus spectaculaires sont celles du Palais Sogdien dont on peut observer les fresques qui ont été redéposées dans une salle du musée reproduisant la salle de réception palatiale. Avant d’entrer nous visionnons un document vidéo expliquant les fresques – introduction bien utile : comme nous ne connaissons rien aux Sogdiens et que certaines parties sont abimées, nous n’aurions rien compris.

procession des ambassadeurs
procession des ambassadeurs

Trois scènes occupent trois murs. L’une d’elle peut être interprétée comme la visite des Ambassadeurs, Chinois, Coréens sont reconnaissables à leurs coiffures. Sur la jupe blanche plissée on a retrouvé un texte en sogdien. Les nombreux ambassadeurs montrent le rayonnement diplomatique de Samarcande. Un autre mur représente une procession (le guide Olizane dit qu’il s’agit du mariage d’une princesse juchée sur un éléphant. Se suivent un éléphant blanc, des dromadaires et des cavaliers. Un personnage plus grand que les autres figurerait le roi. De gracieux oiseaux, oies ou cygnes se détachent sur un fond bleu.

Princesses chinoises à bord d'une barque
Princesses chinoises à bord d’une barque

La troisième fresque se déroule en Chine. Dans une barque, des princesses chinoises voguent tandis qu’à l’autre extrémité se déroule une chasse au léopard.

La finesse du tracé, la fraîcheur des couleurs sont un enchantement.

Les autres salles du Musée sont moins spectaculaires. Des poteries grecques, on ne voit que des coupes avec des traces de décor peint mais rien en bon état. Le nombre de coupes cassées et les noms inscrits sur les débris s’expliquerait par une hypothèse amusante : au cours d’un banquet on aurait cassé la vaisselle en « buvant à la russe ». Les Grecs modernes adorent casser les assiettes ; nous en avons été témoins à Santorin l’an dernier le jour de Pâques. Pas de sculptures  ni de monnaie. Les armées d’Alexandre n’auraient elle fait que festoyer ? Non ! Ils tissaient aussi : les métiers à tisser grecs étaient très appréciés dans la région.

ossuaire zoroastrien
ossuaire zoroastrien

Les vestiges zoroastriens m’intéressent plus – je ne connais rien aux zoroastriens. On a reconstitué un autel. Nassim appelle mirhab l’autel du feu : une niche ronde, un foyer rond (comme le soleil ) où brûlaient des charbons. Les ossuaires sont décorés ; ils étaient destinés à recevoir les os une fois que les vautours et les charognards les avaient nettoyés.

Quelques figurines et pièces des Turcs Kouchan sont exposées dans les vitrines.

Samarcande : Observatoire d’Oulough Beg

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Oulough Beg le Prince-astronome
Oulough Beg le Prince-astronome

Non loin de là, dominant la route principale, on a reconstruit au sommet d’une colline l’Observatoire d’Oulough Beg . Prince savant, mathématicien et astronome, Oulough Beg est le Petit-fils de Tamerlan et a régné 40 ans sur Samarcande (1384 -1449). Il a voulu développer la science et a construit de nombreuses madrasas dans toute l’Asie Centrale. Nous avons vu celle de Boukhara.  L’observatoire dominait de 22 m la ville. Il était haut de trois étages de forme cylindrique. Détruit au 17ème siècle par des fanatiques, il ne fut retrouvé qu’au début du 20ème siècle par l’archéologue russe Viatkin d’après un document daté de 1665, trouvé par hasard, dans la bibliothèque.

le sextant
le sextant

Les fouilles permirent de découvrir le sextant enterré (13m – 36 m en tout en comptant la partie à l’air libre). Ce sextant ressemble à celui qui existe encore à Jaipur. Construit sur le méridien NS, il comportait un rail sur lequel roulait un chariot. Les briques étaient revêtues de marbre. Par deux ouvertures on observait les étoiles dont on notait les coordonnées. 1018 étoiles furent répertoriées. Les calculs d’Oulough Begh ne différent  pratiquement pas des données actuelles : la durée de l’année qu’il a calculée était de 365j 6h 10mn 9sec. Toutefois son catalogue des étoiles ne fut traduit en occident qu’au 16ème siècle.

Pégase
Pégase

Un petit musée rappelle l’observatoire disparu de forme cylindrique au  décor de briques vernissées comme la madrasa de Boukhara. Il contient évidemment des instruments d’époque mais aussi une exposition à la gloire de Tamerlan, des livres publiés dans diverses langues dont la relation de la visite de Clavijo (ambassadeur d’Espagne)La Route de Samarcande édité par la Bibliothèque Nationale  et Ulugh Beg, le Prince Astronome de Frédérique Beaupertuis.

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Un fac-similé d’une lettre de Charles VI à Tamerlan a été offert par Jacques Chirac à l’occasion de l’anniversaire des 600 ans d’Oulough Beg. L’original se trouve à Paris à la BN ainsi que des illustrations du catalogue des étoiles : magnifique Pégase. J’aurais aimé passer plus de temps en compagnie de ces documents pour admirer les miniatures mais les visiteurs sont nombreux et une autre visite nous attend.

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Le Papier de Samarcande

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séchage du papier de Samarcande
séchage du papier de Samarcande

Le petit déjeuner est prêt sous l’auvent des rideaux chatoyants de la cour du vieux Dilshoda.

Nassim nous attendait devant la coupole turquoise de Gour Émir. Le ciel laiteux l’a incité à changer le programme.

Il traverse la ville par les avenues que nous connaissons déjà jusqu’aux portes de la ville et s’engage dans une rue défoncée entre des maisons basses cachées derrière de belles tonnelles. Une vache pait l’herbe du bas côté.

  • « sommes nous encore à Samarcande ? »
  • « Eh bien oui ! » répond Nassim qui affectionne cette expression.

Samarcande est très étendue mais son urbanisation est indéfinissable. On ne distingue pas la ville historique : les monuments sont très éloignés les uns des autres. A l’époque de Tamerlan, elle était déjà très étendue. Pas d’unité de style non plus. Les grandes artères sont bordées de petits immeubles récents souvent en brique ou en béton, parfois en verre. Les quartiers d’habitation sont mélangés avec les administrations et les commerces. Les bâtiments les plus imposants sont ceux des universités très imposantes pour une ville de 300 000 habitants. Les HLM soviétiques sont rares et dispersés. Nous ne traversons pas de quartiers gris comme à Riga, Sofia ou Bucarest. Samarcande est sur une zone sismique et ressent en moyenne trois séismes par an. On a évité de construire en hauteur. De très longues avenues sont bordées de maisons basses, parfois du 19ème  siècle russe, très jolies, roses ou beiges, parfois blanches campagnardes. Partout il y a de la verdure des terre-pleins gazonnés, de grands alignements de platanes, mûriers ou peupliers.

Après un long cheminement dans les rues cahoteuses nous arrivons au bord de la rivière Siab où est installé Monsieur Zarif et son atelier de papier artisanal que Nassim a appelé « papier de soie » ce qui m’a induit en erreur. D’autant plus qu’en introduction de la visite il nous a raconté l’introduction d’un cocon de ver à soie en contrebande, apporté dans la coiffure d’une princesse chinoise mariée au fils d’un émir ouzbek. Arrivée clandestine puisque les Chinois gardaient jalousement le secret de la soie.

Le papier était un autre secret chinois qui sera propagé par les Arabes au cours du 8ème siècle lors de leur conquête et de l’islamisation. Emirs et Khans achetaient le papier qui meti plusieurs siècle à remplacer papyrus et parchemin.

Épluchage des écorces de mûrier
Épluchage des écorces de mûrier

La confection artisanale du Papier de Samarcande fut interdite à l’époque soviétique comme toutes les entreprises familiales. Monsieur Zarif a reconstitué l’atelier artisanal grâce à la documentation. Tout est effectué à la main dans son atelier.

le moulin qui entraîne les pilons
le moulin qui entraîne les pilons

Le matériau de départ – les rameaux de mûrier sont coupés en tronçons d’une soixantaine de cm. Deux jeunes filles écorcent les bâtons et déposent les écorces jaunes dans une bassine d’eau. Elles tremperont et bouilliront 4 à 5h dans des marmites sur le foyer de bois – exactement la même installation que pour cuisiner le plov à Uxum. Un moulin, dans le torrent va entraîner des pilons (de la taille d’un bon poteau) qui réduiront les écorces en pâte à papier. Cette pâte sera mâchée, pilée, jusqu’à devenir homogène.

la pâte est étalée sur le cadre
la pâte est étalée sur le cadre

Un ouvrier va étaler feuille par feuille sur un cadre de bois. Une centaine de feuille séparées par un tissu de coton s’égoutteront et sécheront sous une presse très simple : une grosse pierre. On les étendra ensuite un peu partout sur des fils comme de la lessive. Une fois sèches, les feuilles sont polies à la main avec une corne de vache ou un coquillage. Le papier obtenu est résistant, lumineux mais pas éblouissant. Alors que la durée de vie d’un  papier ordinaire serait en moyenne d’un siècle, le papier de Samarcande est fait pour durer deux millénaires. Le mûrier repousserait les insectes papivores. Résultat parfait ! A la boutique des articles variés sont proposés à la vente : cartes décorées, sacs, pochettes même des robes, cadres pour photos mais ni cahiers ni carnets, le matériau est trop précieux.

Séchage
Séchage

Il faudrait que je relise le bouquin d’Orsenna Sur  la Route du papier, le voyage au Pays du coton aussi !

Arrivée à Samarcande – Gour Emir

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Montagne au petit matin
Montagne au petit matin

Réveil très tôt avec les braiements de l’âne et les pépiements des oiseaux. A 7h nous sommes attablées pour le petit déjeuner. Toute la famille est levée. Le bébé se promène dans les bras de sa grand-mère, de sa tante. Elmira et Rouslam sont déjà partis à l’école. Les trois plus petits trainent déjà. Le chien qui a dormi deux jours, le museau sur mes sandales a compris quand nous avons roulé les valises.

Retour dans la steppe. A-t-elle jauni ces derniers jours, ou est-ce le contraste avec le vert vif de la montagne ? Le Lac Aydarkul qui paraissait si proche hier, est maintenant noyé dans la brume, invisible. Brume du matin ou brume de chaleur ? Nous guettons les troupeaux pour fixer sur une photo les Monts Nurata, la steppe. Image mentale que nous garderons dans nos souvenirs. Nous n’avons pas vu les glorieuses caravanes des temps passés mais nous avons aimé ces journées chez les bergers. Narzullo possède 100 moutons en plus d’un gîte d’éco-tourisme.

les troupeaux dans la steppe
les troupeaux dans la steppe

 

La première ville à 50km d’Uxum, Farosh. D’autres crêtes se rapprochent. Puis c’est le retour des cultures irriguées : le blé est déjà haut, les vergers soignés. Retour aussi du tuyau jaune du gaz. Dans un canal une série de norias tournent, de grosses boites cylindriques attachées aux pales.

Jizzakh est une ville importante. Nous passons devant une petite église russe qui brille au soleil. Un énorme monument fait le guet sur le bord de la route. Un train passe à grande vitesse , talgo espagnol que nous emprunterons pour rentrer à Tachkent.

par le défilé passent la route, la voie ferrée et le torrent
par le défilé passent la route, la voie ferrée et le torrent

Du temps de Tamerlan, un défilé gardait la plaine de Samarcande. La chaine du Turkestan rejoint les montagnes de Nurata. Dans l’étroit passage il était facile de poster des soldats pour garder la ville. Les Soviétiques y ont fait passer la voie ferrée, une rivière a fait son lit, maintenant la grande route….

les neiges éternelles (?)
les neiges éternelles (?)

Soudain, les neiges éternelles de très hautes montagnes se détachent au loin. Apparition miraculeuse, comme le Canigou derrière Perpignan, ou le Toubkal à Marrakech. Des peupliers, des lignes électriques, des maisons, la vitesse… nous ne prenons qu’une photo ratée de cette apparition merveilleuse. Nassim nous promet une belle photo de l’observatoire d’Oulough Beg.

Samarcande est une grande ville : premiers embouteillage depuis que nous avons quitté Roissy ! Un peu abrutie par les 3 heurs de routes, dans ma hâte d’arriver, je ne prête qu’une attention flottante aux quartiers que nous traversons. Les monuments semblent noyés dans une urbanisation confuse. Où sont les quartiers résidentiels ? Où est la vieille ville ? Prises dans la circulation nous sommes étonnes de tant de voitures après la steppe vide.

Gour Emir
Gour Emir

L’hôtel Dilshoda se trouve juste derrière les murs de l’ensemble Gour Emir le mausolée de Tamerlan et des Timorides. Après les splendeurs du Hovli Poyon de Boukhara et le patio de l’hôtel de Khiva, nous sommes déçues d’être dans un hôtel fermé et de ne pas pouvoir nous reposer à l’air libre – d’autant plus que le site Internet de Dilshoda montrait la cour avec des balconnades et des takhtan de l’ancien Dilshoda. Nous sommes installées à l’annexe. Une coupole surmonte un balcon de bois, mais le patio est fermé.

Première urgence : se doucher, se laver les cheveux ; A la yourte, la douche avait été sommaire. Au village, la panne d’électricité avait perturbé les ablutions.

Rafraîchies, récurées, nous voilà prêtes pour le déjeuner ! Nous passons aux pieds de Timour assis . Difficile de se repérer dans la circulation. Nassim fait de grands trajets pour pouvoir faire demi-tour, on se retrouve au même endroit (mais dans le sens inverse). Il nous conduit au Besh Chinar, restaurant réputé, fréquenté par les employés de la Maire toute proche. Brochettes et multiples salades, riz blanc au bon goût d’oignons,  installés dans le patio bordé de thuyas.

Gour Emir
Gour Emir

Enfin, nous sommes en condition pour aborder la splendeur de Gour Emir. Comme souvent, devant un monument exceptionnel, j’hésite à décrire. Comment traduire la beauté de la coupole turquoise cannelée, ses proportions, ses couleurs éclatantes. De loin on pourrait la qualifier de turquoise, à l’examen attentif on découvre de nombreuses couleurs. On photographie de loin on zoome, super-zoome. Pour les minarets, c’est pareil, on admire les délicates céramiques, les rouges, les bleus qui coiffent la tour, créneau ou chapiteau, comment nommer la couronne finement colorée ? Plus tard, je distingue les motifs des briques vernissées qui montent en spirale turquoise. De loin ce sont des spirales, mais ces lettres coufiques sont des calligraphies que je ne sais pas déchiffrer puisque je ne lis pas l’Arabe. Les stalactites du portique d’entrée – Iwan – sont d’une grande finesse. Eberluée devant tant de splendeurs, j’ai du mal à me concentrer et à prendre en notes les explications de Nassim. Heureusement, j’ai lu la biographie de Tamerlan de Lucien Kehren, avant le départ.

la couronne du minaret
la couronne du minaret

Dans la cour, un auvent protège des marbres fins des intempéries : le socle du trône et un calice pour les ablutions. On raconte aussi que ce calice était rempli de jus de grenade avant le départ des troupes de Tamerlan pour la guerre. Chaque guerrier buvait une gorgée et on notait soigneusement le niveau. Au retour, on renouvelait l’opération. La différence de niveau permettait d’estimer les pertes au combat. Une autre version dit que chaque soldat jetait une pièce et la reprenait au retour, les pièces restantes seraient celles des morts.

mosaïque
mosaïque

En 1897, un séisme mit à bas la madrasa et la khanaka qui encadraient le mausolée construit par Tamerlan pour sons fils. Lui-même souhaitait être enterré dans sa ville natale de Chakhrisabs. Mort au cours d’une expédition hivernale contre la Chine, son  corps fut rapporté à Samarcande où il repose aux pieds de son maître spirituel Mir Saïd Baraka. La « tombe » la plus grande (ce sont des cénotaphes, les tombes sont en dessous dans une crypte) est celle de Mir Saïd, la pierre de Timour est en jade noir, à ses côtés ses fils.

Intérieur du mausolée
Intérieur du mausolée

L’intérieur du mausolée conjugue le bleu et le jaune. Le bleu –couleur du drapeau de Timour –  était symbole de richesse : pour obtenir des pigments bleus il fallait du lapis-lazuli coûteux. Le jaune était symbole de tristesse. Après la mort de son fils, Timour déclara 40 jours de deuil. Un lustre magnifique surplombe les pierres tombales. Bleus, les stalactites, soulignés de bleu plus soutenu, au mince liseré doré< ; les niches de stalactites se rejoignent en éventails qui semblent de la dentelle ajourée. Bleus et or, les pavages de rosaces orientales aux ordres de symétries variés. Autour de la rosace à 12 pointes, s’imbriquent des pentagones qui, eux-mêmes, s’enroulent autour d’étoiles à 5 branches. Entre deux rosaces entourées par un cercle d’étoiles, une fleur à 10 pétales entourée de 10 triangles qui conduisent aux pentagones. Cette géométrie savante me fascine, comme une énigme mathématique. Pour la reproduire, par où commencer ? Où planter la pointe du compas ?

stalactites
stalactites

Les ouzbeks viennent en famille ou en groupe. Avec l’imam, ils s’assoient et prient. Viennent-ils en pèlerinage ou prient-ils simplement devant une telle beauté ?

Nous sommes revenues le soir dans la sérénité de cette salle bleue. Nous sommes encore revenues le lendemain. Sept femmes et un seul homme arrivent ; l’homme commente, pointe la hampe portant une queue de yack signalant un saint. Vient le moment de se recueillir. Ce n’est pas l’homme qui conduit la prière mais une femme qui chante très bien.

mausolée de Ruhabat
mausolée de Ruhabat

Sur l’esplanade gazonnée se trouve un petit mausolée de brique tout simple. C’est celui de Ruhabat, un sage érudit né à Boukhara au 12ème siècle. Parti en Chine avec une caravane, il est mort en route. Selon ses volontés on l’a enterré là où le chameau portant sa dépouille se serait arrêté. Ce mausolée est  aussi un lieu de pèlerinage. Nous arrivons pendant qu’une famille fait la prière, deux bébés s’ébattent sur le tapis.

 Aksaray

Aksaray
Aksaray

A l’arrière du mausolée de Tamerlan, un petit mausolée une coupole toute simple de briques rose cache un véritable trésor de décoration et de dorures . Rien à l’extérieur n‘annonce la splendeur des dorures et des ornements.  D’autres timourides y sont enterrés dont le fils d’Oulough Beg.

Après la visite touristique j’entreprends l’exploration du quartier autour de l’hôtel. Tout d’abord, je découvre l’autre hôtel Dilshoda avec sa cour, ses balcons de bois et sa tonnelle de vigne. Le personnel est le même qu’à l’annexe, on me reconnait et me fait signe d’entrer. L’hôtel est complet mais nous pourrons venir ici prendre le petit déjeuner et profiter de la cour.

Aksaray
Aksaray

Les rues et ruelles de notre quartier sont un peu étranges : des maisons basses et des murs gris qui ne paient pas de mine, des entrées sales et guère avenantes qui cachent des tonnelles, des cours ombragées, des arbres fruitiers et peut être des jardins. Le caniveau est au milieu de la voie, pas toujours revêtue, ou il y a si longtemps. Des enfants jouent. Les voitures sont rares, Lada ou ancien modèles russes. Là, on a installé des rangées de chaises en plastique rouge. Des hommes portant un manteau de velours qui ressemble à un peignoir converge vers cette maison. Un deuil ? Une cérémonie ? je ne saurais deviner.

Une mosquée dans un jardin semble désaffectée.

L’écriture cyrillique est omniprésente. Ne pas s’y méprendre et tirer des conclusions hâtives. Les anciens ont appris à lire en russe et peut être ne lisent-ils pas les lettres latines en usage seulement depuis 1991. Au bout de la rue, la grande tchaikhana est presque vide, sauf quelques vieux qui jouent au trictrac. J’ai l’impression d’un retour en arrière dans le temps. De l’autre côté du carrefour il y a des petits supermarchés. Je suis bien en peine d’y acheter quoi que ce soit : pas de prix affiché, des biscuits  en vrac, des marchandises improbables. Partout des petits restaurants avec des barbecues dans la rue mais jamais de carte.

 

Retour à l’hôtel, exploration des quartiers de l’autre côté de l’esplanade de Gour Emir : la place de l’Indépendance dans le dos de la statue de Timour Assis, j’emprunte le large boulevard des universités, promenade très verte avec des plates-bandes, des gazons entre les deux chaussées à trois voies et même des fontaines musicales qui changent de couleur. Les étudiants se promènent en tenues décontractées, pas un foulard à la ronde. L’absence de librairies ou de papeterie dans le quartier étudiant m’étonne. Pas de magasins de fringues de marques non plus, des cybercafés, des coiffeurs et une grande cafétéria dans le genre Mc Do à la ouzbek, vide. La marchand de glaces a plus de succès. Passé 20 h, il fait tout noir. Il n’y a plus personne dans la rue et je hâte le pas jusqu’à l’hôtel.

Promenades en montagne autour d’Uxum

CARNET OUZBEK

la montagne sous le soleil!
la montagne sous le soleil!

La tempête s’est calmée. Notre gite sous le soleil paraît plus accueillant. Une belle journée s’annonce.

Dès 7h tout le monde est debout. La table du petit déjeuner est dressée au soleil. Spécialités locales : confiture de cerise et de mirabelles.

Elmira (10 ans) est partie seule à l’école. Rouslam m’accompagne pour le trek. Son oncle à la casquette de base-ball m’avait annoncé un trek de 6 à 7km sur les sommets, la découverte de 3 villages. Nasim commande pour moi une bouteille d’eau que Rouslam porte dans la capuche. Il part d’un bon pas et grimpe dans les alpages. Quelle différence avec la steppe ! L’eau ruisselle, il reste des névés sur les sommets, l’herbe est drue, les vaches paissent en liberté. Pause sur une arête pour admirer le lac Aydarkul opalin, brillant dans la steppe. Au col, je découvre une autre vallée, un gros village aux toits métalliques et aux étables de pisé.

petite bergère
petite bergère

Deux gamines gardent un troupeau de chèvres. Elles sont vêtues de vêtements colorés. L’une d’elle porte des collants rouges, un gilet rouge et un foulard bariolé ; un mouchoir blanc lui cache la figure. L’autre est plus grande. Elle surveille son troupeau avec son cahier d’école ouvert. Rouslam compte les bêtes, ils y en a plus de cent. Il parle du loup qui est vraiment très fort.

  • « comme un gros chien? »
  • « Non !»

Il est très choqué que je puisse les comparer.

  • « O’clock ?»
  • Rouslam
    Rouslam

Rouslam n’a pas de montre.  A 9h45, il amorce le retour. Un raccourci passe tout près de la cour d’une ferme. Comme tous les enfants de la campagne il se baisse pour ramasser une pierre. Parfois le geste suffit pour intimider le chien et il est inutile de lancer le caillou. Mais ici, un gros chien blanc surgit très menaçant. Mon petit guide arrache une perche à la clôture et la manie comme dans un film chinois. La démonstration de bâton suffit, le chien nous laisse passer. La balade a duré un peu moins de 2h. Je ne l’aurais pas appelé « trek » mais je suis ravie.

L’excursion au sapin bimillénaire est à une vingtaine de km. Le Grand-père prend son petit-fils de 5ans sur les genoux. Nous descendons la piste vers la plaine à travers les maisons. On a construit des maisons neuves même si des hameaux paraissent abandonnés et s’écroulent. Plusieurs maisons d’hôtes se construisent. Le Lac Aydarkul, distant de 15 à 20km semble tout proche ? La steppe est tellement rase qu’on se croirait presque au bord de l’eau. Le village suivant est un gros village annoncé par un collège à deux étages, plus loin un pavillon moderne abrite une polyclinique. C’est l’heure de la sortie d’école, les fillettes ont une jupe noire, un chemisier et un tablier blanc, elles se baladent en bande.

Pont sur le torrent de montagne
Pont sur le torrent de montagne

Une piste s’enfonce dans la vallée, les épines sont en fleur et dégagent un parfum entêtant. Les mûriers ont une taille étonnante, aussi gros si ce n’est plus que ceux qui entourent le bassin de Boukhara. Ils ont été coupés « têtards » avec des branches courtes. Dans ce pays où il n’y a pas de forêts et où les arbres sont rares, on cuisine au bois alors que le sous-sol regorge de gaz.

Rencontre avec un âne bien chargé
Rencontre avec un âne bien chargé

Cette vallée est boisée. La voiture s’arrête devant un petit pont de bois : des troncs mal équarris et branlants, même pas jointifs enjambent un torrent bondissant. Passer le pont a déjà un goût d’aventure. Le petit sentier se faufile da ns les herbes hautes au bord du ruisseau. Le second pont arqué est encore plus impressionnant, mais il est plus facile : on a cimenté avec de la terre les planches qui ne bougent pas. Les arbres au bord de la rivière ont souffert de la tempête : un peuplier est couché, ses racines arrachées, une grosse branche de mûrier est cassée. Le Grand-Père constate tous les dégâts. On raconte que les soldats d’Alexandre auraient semé la graine ce qui donnerait l’âge de 2400 ans à l’arbre imposant qui n’est pas un sapin mais plutôt un cyprès dont j’ai négligé de copier l’espèce. Le tronc est énorme et la plus basse branche à l’horizontale est épaisse comme un tronc. On se photographie devant l’arbre, seule la présence humaine peut donner l’échelle au géant. Le sentier s’approche d’un village abandonné. C’est une ballade charmante et en plus dans l’ombre du Grand Alexandre !

Le "sapin" bimillénaire
Le « sapin » bimillénaire

Une Singapourienne vient d’arriver au gîte. Rouslan l’emmène voir les argalis et je leur emboîte le pas. Hier il y avait beaucoup trop de vent, j’ai envie de les revoir au soleil et au calme. La Réserve est la première étape de la promenade. Après le col, nous suivons un vallon jusqu’à un village de pierre abandonné. Un tronc évidé sert de socle à la meule, le puits est rempli de poutres et de branchages une maison isolée moderne est pimpante : on a sorti les couvertures matelassées sur l’herbe, patchwork multicolore de rouges éclatant sur le vert. Nous rentrons par deux versants. Rouslam se désaltère à deux sources, je n’ose pas l’imiter. L’eau court dans une rigole d’environ 60cm de large, à plein débit, qu’on enjambe plusieurs fois. Joie de ces jeux d’eau ! Dire qu’on est à 20 km du désert de Kisilkoum ! Joie du printemps, est-ce que ces ruisseaux continuent à couler en été ? Deux suisses sont arrivés en taxi. Avec nos guides, l’auberge fait le plein.

séchage des peaux de mouton
séchage des peaux de mouton

Vers 18h, les vaches rentrent seules. Elvira (5ans) se charge de l’étable. Elle enjambe les branchages qui servent de barrière après avoir lancé ses claquettes roses. La clôture est plus haute qu’elle, la gymnastique difficile. Elle pousse les deux agneaux noirs à l’intérieur de l’appentis, puis les deux veaux récalcitrants et les enferme tandis que la vache attend patiemment dehors. La mère arrive un seau et une théière à la main. Elle fait sortir sa fille qui s’étale dans la bouse, brosse le petit pantalon de velours rose, fait entrer la vache et libère un veau qui tête un moment. Elle attache le veau pour traire la vache. Pas de petit banc, la femme est accroupie, elle remplit le tiers du seau et libère le veau.

Damlala
Damlala

A la cuisine, on s’active pour préparer le dîner. Le plat s’appelle Damlala.Des côtes d’agneau rissolent dans la grande marmite avec les oignons. Dans une bassine attendent les carottes coupées en gros tronçons, des pommes de terre en quartiers. La cuisinière ajoute du coulis de tomates dans la marmite, puis les pommes de terre et les carottes qu’elle arrose avec un demi-seau d’eau. Pendant que légume et agneau mijotent on découpe un chou en quartiers qu’on dépose délicatement en faut du mélange  dernière touche : un bouquet de coriandre. Enfin on couvre d’un couvercle pour que le tout cuise à l’étouffée.

le fromage blanc s'égoutte dans le linge
le fromage blanc s’égoutte dans le linge

Excellent !

La lumière n’est pas revenue. A 8h on est déjà au lit avec la bougie et la liseuse