Selinunte et Castelvetrano

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Il fait bien gris. Peut être est ce dommage de découvrir le site sous le mauvais temps?

Nous sommes les premières au guichet, on nous laisse entrer avant l’heure. Le site est à nous !
A trois minute à pied de la maison, sur le plateau de Marinella : trois temples E F G / Cette dénomination paraît un peu rébarbative, nos livres sont peu prolixes en renseignements.
Les fleurs font un décor coloré. Pâques est vraiment la plus belle saison pour les ruines archéologiques, nous pensons à Volubilis et à Paphos, l’an dernier. Même si le beau temps est loin d’être garanti.

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le temple E, (celui d’Héra ?) est le plus complet :  ses colonnes ont été relevées. C’est un grand temple dorique assez massif du Vème siècle de pierre jaune très érodé. Pas de décor, les métopes sont à Palerme.

Les temples F et G sont des amas de ruines. Les deux colonnes du G – attribué à Phébus Apollon-  sont colossales.

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Au début, difficile de retrouver les temples, d’imaginer leur silhouette. Nous sommes plus sensibles au paysage et aux fleurs.
Une jolie promenade d’une vingtaine de minutes nous mène à l‘Acropole. La silhouette du  temple D se détache sur le ciel. Au lointain, des collines bleutées. Au bord de la mer très verte, les cubes jaunes, ocres, blancs du village de Marinella s’étagent au flanc de la colline.
Si le temps avait été plus ensoleillé, nous aurions pu nous arrêter, j’aurais aimé dessiner. Nous nous promettons de revenir par un meilleur jour faire des photos.

Acropole

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L’Acropole n’est pas très haute, d’imposantes fortifications l’entourent. Dès notre arrivée sur le site, nous avons la bonne surprise de trouver de nombreux panneaux explicatifs qui animent notre visite. Le jeu de repérage que nous pratiquons toujours, nous amuse toujours autant. Il nous faut identifier 5 temples, la Stoa, les maisons carthaginoises, la grande forteresse au nord.
Je lis avec attention les notices. L’une explique l’évolution de la construction des temples doriques, d’abord à colonnes monolithiques puis à tambours. Les proportions changent avec l’écartement des colonnes .C’est affaire de spécialistes, mais cela aiguise le regard.

D’autres panneaux détaillent l’histoire de cette grande cité. 409, grande bataille contre Hannibal et les Carthaginois. J’essaie de grappiller quelques renseignements des guides cornaquant les groupes de touristes.

L’une d’elle raconte le culte de Baal dans une sorte de labyrinthe à ciel ouvert le Tophet. Une statue de Baal a les bras articulés. On déposait un enfant dans les mains du dieu, actionnées par un mécanisme qui précipitait l’enfant dans le vide. Des études dans la nécropole de Mozia montrent une anomalie, une proportion très basse d’enfants alors que la mortalité infantile était sans doute élevée. Cette observation s’est répétée dans l’étude d’autres sites puniques. Les études récentes des cendres des sacrifiés à Salambô en Tunisie montrent que les enfants sacrifiés étaient très jeunes, parfois des fœtus. L’hypothèse actuelle est que ces « sacrifices humains » seraient plutôt des dons d’enfants morts naturellement. Ce qui expliquerait l’absence d’enfants dans les nécropoles. Je suis contente d’entendre parler des Carthaginois qui semblent très présents dans cette région de la Sicile : à Erice nous avons vu les fondations des murailles, à Trapani, les Phéniciens introduisirent les maris salants. Invités inattendus dans nos vacances.
Malgré un ciel très menaçant nous continuons l’exploration du site en quittant l’acropole pour chercher le temple de Démeter ou le Malephoros.

Le sentier descend dans la vallée du petit fleuve Modione (ou Selinon) occupée par des roseaux. Un petit pont l’enjambe. Les hirondelles, très nombreuses volent au ras de l’eau et offrent un spectacle très animé. Le pont est gardé par deux gros chiens blancs. Le berger, abrité dans son 4×4 nous fait signe de passer. Le troupeau de moutons paît derrière le pont.
Nous découvrons un très joli petit site verdoyant adossé à une pente. Sur le panneau, on signale une fontaine que je cherche en suivant une petite rigole taillée dans les pierres antiques. Malheureusement, le nuage très noir crève. Quand nous rentrons à la maison, nous sommes trempées. Heureusement nous pouvons nous sécher et manger un repas chaud.

Après midi à Castelvetrano sous la pluie

Nous tournons longtemps dans les rues laides, désertes et mouillées, de cette petite ville. Au centre, une rue animée, un petit quartier piétonnier : une petite place le Vieux Palais, une belle fontaine de la nymphe. La Chiesa Madre a un très beau portail finement décoré. A l’avant du chœur, je remarque une sorte de rideau qui descend du plafond ajouré de sculptures de stucs, angelots blancs.

l'éphèbe de Sélinunte
l’éphèbe de Sélinunte

Le Musée civique de Castelvetrano est composé d’une salle unique bien présentée. L’attraction majeure est une petite sculpture de bronze originale : un éphèbe trouvé à Sélinunte. Autour, dans des vitrines, des céramiques grecques bien présentées. Anachronique mais très belle, une madone de Laurana en marbre très fin.
Nous tournons longtemps à la recherche de la petite église de la Trinité, en vain. Nous revenons à Selinunte avec un très joli paquet, beau papier, faveur dorée contenant de bons gâteaux : les croissants à la crème que Dominique attend depuis le début du séjour. Et des cannoli à la ricotta pour moi. Castelvetrano nous a laissé une mauvaise impression, petite ville mal fichue avec des quartiers pauvres très laids. Dominique la trouve déprimante.

De Trapetto à Selinunte, le nouveau gîte

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sur la route du sel de Trapani vers Marsala
sur la route du sel de Trapani vers Marsala

Check out

9h30 le propriétaire me rend la caution amputée de 30 Euros pour les draps et le linge . Je proteste : « A ce prix, j’aurais pu en acheter des neufs ! »

La route du Sel

Autoroute de Trapani, une bretelle  va plus au sud et nous trouvons la route du Sel.
Les îles de Stagone et Mozia sont très proches du rivage. Les tas de sel sèchent sous  des tuiles rondes poreuses , en pyramides régulièrement alignées le long de la route . Les moulins forment des alignements en diagonale. Certains ont gardé leurs ailes en bon état mais sans les voiles.  La route suit le littoral jusqu’à Marsala .

le sel sèche sous les tuiles rondes
le sel sèche sous les tuiles rondes

Entre Marsala et Mazzara del Vallo nous cherchons une plage pour déjeuner. et nous arrêtons derrière Pétrosino. Nous montons sur l’autoroute pour éviter Mazzara et en sortons à Campobello di Mazzara, bourg désert, peu attirant et plutôt sinistre sous le ciel gris à l’heure de la sieste.

Arrivée trop tôt à Sélinunte

Notre maison, cube rose évidé pour un balcon et un escalier de marbre extérieur est via Castor e Polluce. Il faudra attendre l’arrivée des propriétaires  fixée à 16 h.
Autant essayer de faire les courses à Castelvetrano plus joli que Campobello, belles églises, belles maisons. Par chance quelques magasins ouverts.

A 15h30, nous sommes de retour Via Castor e Polluce. Les propriétaires sont ponctuels et charmants. Antonella a une allure très soignée, coiffure moderne avec des mèches rouges, une veste à revers de fourrure (genre renard, sans doute faux) Stefano ressemble à un pêcheur ou à un paysan.
La maison est immense, 110m2, salon deux chambres, belle cuisine. Les pièces sont vastes, l’ameublement est moderne, sobre .Tout reluit. Les lits sont faits avec des draps brodés. Tout le confort est prévu, belle vaisselle surtout une batterie de cuisine qui fait notre admiration.

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Antonnella me fait découvrir Marinella di Selinunte à bord de leur Alfa Roméo. Il y a tout sur place : épicerie, fruitier, une belle boucherie. Nous demandons conseil aux dames de l’Office du Tourisme, très aimables. Il y a tant à faire dans la région qu’une semaine n’y suffira pas.

Salines et moulin entre Trapani et Marsala

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musée du sel
musée du sel

marais salants

Les marais salants se trouvent au sud de Trapani vers Marsala. Le vent a chassé les nuages .Un Musée du sel est installé à la Contrada Nubia dans un bâtiment bas couvert de tuiles surmonté d’un moulin à vent portant encore ses ailes. En attendant l’ouverture du musée, nous faisons le tour d’un bassin agité par la tempête. De belles giroflées bleues violettes donnent une note de couleur supplémentaire. Difficile de faire des photos, le vent me déstabilise, elles seront peu être floues.

Le Moulin

le moulin
le moulin

Visite guidée du musée : les salines datent des Phéniciens il y a 2500 ans.

Le moulin avait un double rôle dans le pompage de l’eau et dans le raffinage (pour faire tourner la meule qui écrase les gros cristaux. La conférencière, jupe longue et grande étole, nous explique comment l’eau piégée dans les grands bassins y reste sept jours avant d’être montée dans les bassins de moins en moins profonds, passant dans quatre séries de bassins. Un mois est nécessaire pour la cristallisation.
Ici, intervient un épisode comique. Deux familles italiennes suivent la visite, deux messieurs, l’un jeune, l’autre plus âgé de belle prestance. Le jeune est un âne. Déjà, lorsque la guide avait mentionné le pompage il n’avait rien compris. Elle avait répété « pomper, aspirer, quoi »- « Aspirer quoi ? » »Aspirer quoi ? »-«  Eh bien l’eau ! »Le monsieur aux cheveux blancs avait montré sa science et la pompe : « une vis d’Archimède » ce qui avait cloué le bec à l’âne. Il faut un mois pour obtenir du sel, on peut donc faire 4 récoltes en un été

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L’obtus la contredit« Mais non, puisque qu’un bassin se vide en une semaine, on peut faire une récolte par semaine » – la guide recommence : « 4 bassins, 4 semaines cela fait un mois, c’est mathématique » ; son contradicteur insiste. Elle recommence pour une troisième fois, en haussant le ton. « C’est la première fois que quelqu’un ne comprend pas quelque chose d’aussi simple ! » Le ton monte encore. Je crois que je vais être saisie par le fou-rire. Les dames sont hilares. La conférencière recommence. Le monsieur cultivé veut mettre tout le monde d’accord, dit que chacun a raison. C’est du plus haut comique. En France, ou ailleurs, je n’ai jamais vu contredire un guide. Les gens écoutent attentivement ou distraitement, posent parfois une question pour étaler leur érudition mais jamais n’attaquent avec une telle véhémence et surtout une telle obstination. Je pense à ce berger de SuperDévoluy se plaignant du peu de questions posées par les touristes. La guide aurait dû expliquer que si la première arrivée de sel au bout d‘un mois ne pouvait être récoltée chaque semaine. Seulement 5 cm se forment, il en faut 30 pour racler le bassin.

Nous ne pouvons pas monter au moulin à cause du vent. Arrive le meunier, le vieux propriétaire du moulin. L’obstiné commence son interrogatoire « Est-ce vraiment une tempête exceptionnelle? » . Le meunier est moins affirmatif mais il prédit du mauvais temps pour la fin de la semaine. Soupirs appuyés de toute l’assistance. Le meunier revient à la pompe. Bien que je connaisse depuis longtemps le principe de la vis d’Archimède »e je ne l’avais jamais vu fonctionner. C’est une coïncidence de faire sa connaissance en Sicile, patrie d’Archimède. L’âne ne comprend pas si c’est la vis ou le tube qui tourne. Le monsieur aux cheveux blancs lui explique « c’est comme une bétonnière, avez vous vu une bétonnière ? ». Quand le meunier affirme que 21 m3 d’eau peuvent passer d’un bassin à l’autre en une minute au rythme de 70 tours à la minute, c’est le monsieur distingué qui conteste. Les voilà à calculer le pas de vis, le volume du cylindre. Tout le monde s’emmêle entre les tours à la seconde et les tours à la minute, entre les m3 et les litres. Les voilà convertissant, oubliant ou rajoutant des zéros. L’ignorant bée d’admiration « Vous êtes ingénieur ? » Je m’éclipse dans la confusion des nombres. Dominique attend dans la voiture. Ce qui était une aimable comédie tourne au pensum. Comment calculer de tête un volume de cylindre et un débit sans papier ni crayon ? J’ai raté la fin de la visite mais il se fait tard ? En tout cas, j’ai eu un spectacle fort divertissant.

Retour à Trappeto sous le soleil. J’avais pensé qu’en rentrant dans les terres il y aurait moins de vent. J’avais oublié les viaducs de l’autoroute panoramique. Les très grosses voitures roulent normalement, les petites au ralenti.  Dominique se cramponne au volant.  Elle me maudit d’avoir préféré l’autoroute à la route. A Alcamo le trafic est dévié, accident ? Ou précaution ?
Quand nous arrivons à la maison le vent est complètement tombé, la mer est lisse, sans une ride, la terrasse est ensoleillée. Notre lessive est tombée juste sous le séchoir. Nous profitons une dernière fois  de notre belle vue. J’attends sur la terrasse que la grosse boule jaune du soleil disparaisse derrière les crêtes. La soudaineté du coup de vent nous a étonné.

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Tempête sur Trapani

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Trapani et les îles Egades vu d'Erice
Trapani et les îles Egades vu d’Erice

Sur l’autoroute , vers l’ouest

Le ciel est gris uniforme. Pas une ride sur la mer. Les pêcheurs jettent leurs filets près de notre plage. Dominique appelle de ses vœux le vent qui disperserait les nuages.
L’autoroute de Trapani, distante de 50 km, court le plus souvent sur des viaducs dominant les vallées. La vue est merveilleuse. C’est beaucoup plus agréable que sur nos autoroutes françaises, en creux protégées par des remblais et de la végétation qui cache le paysage.
La ferme sur son éperon rocheux est toujours aussi spectaculaire. Nous traversons une campagne très verte plantée pour moitié de vignobles, pour moitié de champs de céréales mais aussi de fèves en fleurs. Quelques oliveraies. Le relief devient accidenté. Trois tunnels pour franchir les collines.

Trapani, par temps gris
Trapani, par temps gris

Trapani, Musée Pepoli

Trapani est une grande ville. Les faubourgs sont plus étendus que prévu. Premier arrêt devant le Musée Pepoli installé dans un ancien couvent de carmélites à côté de l’église de l’Annunziata.
Le couvent ressemble plutôt à un palais baroque. Le cloître est entouré de hautes arcades, il est planté de hauts palmiers et d’orangers. Au rez de chaussée, je retrouve les sculptures des Gagini : le Franciscain de Palerme avait bien expliqué qu’il s’agissait d’une famille. Le plus ancien, venu de Livourne, est arrivé en Sicile à la fin du 15ème  siècle. La plus belle statue est un San Giacomo (Saint Jacques) plus épuré que ceux que nous avons vus à Compostelle.

L’escalier

Le chef d’œuvre architectural de ce couvent est un escalier ! Théâtral, digne d’un opéra : la rampe est décorée d’incrustations de marbre polychrome aux motifs compliqués. Les balustres de marbre vert sont finement ciselés. Une autre rampe est curieusement creusée dans le mur, elle aussi en marbre vert toute en courbures .On imaginerait plutôt les divas descendant l’escalier (festival de Cannes) que les religieuses en habit.
Les salles du premier étages sont celles d’un palais, plafond blanc, nous sommes quand même dans un couvent, mais avec des stucs : angelots, nuages et religieux en soutane. Nous passons assez rapidement à travers la galerie de tableaux. Toujours la même impression : les primitifs du XIIème et XIV même Xvème me séduisent, les yeux révulsés, les couleurs sombres des tableaux classiques ne me plaisent pas du tout. Dans une salle, des paysages aux ruines antiques romantiques  sont datés des années 1700. Il faudrait que je me documente sur les dates du début du Romantisme !

Crèches

Finalement, ce qui me plaît le plus, ce sont les crèches anciennes et les santons du XVIII  et XIXème, certains en bois peint, d’autres habillés comme des poupées en habits contemporains. Marie et Joseph en habits de cour ! D’autres crèches miniatures sont en corail et en ivoire. Le travail du corail est une spécialité de Trapani. Des compositions avec des ormeaux nacrés, des brins de corail, de l’ivoire et des perles sont de pures merveilles. Crèches précieuses avec des portiques et des colonnes antiques dorées, compositions compliquées  rappelant certaines icônes crétoises où toute l’histoire sainte est  figurée en scènes miniatures . On reconnaît la construction d’une tour de Babel en corail, l’entrée de Jésus dans une Jérusalem d’ivoire, la construction d’une Arche de Noé. Au centre un Jésus d’ivoire en ascension au dessus du sépulcre de pierres précieuses. Tout cela haut d’une quarantaine de centimètres !

majolique

Autre spécialité de Trapani : la majolique. Le carrelage du sol d’une église fréquentée par des pêcheurs montre le plan de Trapani avec sa baie en forme de faucille (drepanon, la faux, a donné son nom à Trapani). Départ des pêcheurs et une très réaliste mattanza (pêche au thon traditionnelle. Les gros poissons sont prisonniers dans la nasse encerclée par une foule de barques de thoniers ;

L’Annunziata

L’église de l’Annunziata est très vaste, intérieur blanc et gris, pas trop surchargé,  plutôt froide et ennuyeuse. Derrière le chœur, les chapelles sont plus intéressantes. Une Madone de marbre est très réputée. La chapelle est magnifiquement décorée de marbres marquetés. Equivalent religieux de la décoration de la salle des glaces de la Villa Palagonia. Des lampes orientales sont suspendues comme dans une mosquée. L’ensemble est éblouissant, mais difficile d’y jouer les touristes. Cette Vierge est très vénérée, plusieurs hommes sont en prière . Il serait malvenu de s’attarder trop longtemps pour faire des photos (comme à Santa Caterina à Palerme) Je n’ai pas réussi à débrayer le flash. Dominique s’enfuie de honte. Une autre chapelle est insolite : la chapelle des pêcheurs et celle des marins. Pièces toutes simples décorées de tableaux naïfs, bateaux en perdition sur une mer agitée de vagues blanches. Une femme est en dévotion, elle se recueille, touche une plaque.
Lorsque nous sortons du Musée, le vent s’est levé .Dans les palmes, il fait un bruit effrayant. J’imagine que les palmiers amplifient l’impression de tempête.

Tempête

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Trapani est construite sur une flèche qui avance dans la mer. Dans la vieille ville, nous voyons la mer de chaque côté des rues transversales au corso. Elle ressemble à la mer des ex-voto : bleue marine zébrée de lames blanches. Quelques petits bateaux rentrent au port dans l’écume blanche. C’est la tempête.

Les Mystères

les mystères de Trapani
les mystères de Trapani

Nous laissons la voiture sur un vaste parking et nous dépêchons de rejoindre la Chiesa del Purgatorio où sont déposés les Mystères : groupe de statues représentant la Passion que l’on promène toute la soirée et la nuit du Vendredi saint. Dominique Fernandez a écrit un chapitre entier à leur sujet et a aiguisé ma curiosité ? Comme dans le livre, l’église est fermée. Pourtant les horaires placardés sur la porte sont les bons. Je vais me renseigner dans les boutiques voisines ? Le vieux fleuriste debout sur le pas de sa porte me dit que c’est fermé pour nettoyage, je m’étonne, il mime le balayage. Entre-temps la porte s’ouvre devant Dominique. J’accours. Les nettoyeurs sont là, raclette sur un long manche, ils grattent le carrelage. Nous faisons quelques pas en avant, « Non, c’est fermé, revenez cet après midi ! » Nous regardons donc de loin les groupes de statues très réalistes dans une église vide qui fait un peu hangar.

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Promenade dans le centre

Nous nous promenons au hasard dans les rues très calmes, les rues principales : Corso Italia, Corso V Emmanuele ou Via Garibaldi sont bordées de palais aux balcons en arceaux. Les petites ruelles sont plus agréables pas de voitures et surtout pas de vent. Vers la pointe de la flèche  les maisons sont plus simples, toutes pareilles, sans balcons ni ornement. Les façades sont peintes de très belles teintes ocre, jaune, beige, sable parfois rouges. Seules les lanternes de l’éclairage public se détachent sur ce camaïeu aux couleurs du désert. Une digue est terminée par une tour carrée : la Tour Ligny. La mer est déchaînée. Pour rentrer, nous essayons de suivre les quais du port : Bateaux de pêche, ferries pour les îles Egades et même quelques très gros bateaux. Le vent projette du sable et même des petits cailloux. Des Vespas sont renversées. Nous tenons à peine debout, peinant pour avancer. Si on se réfugie dans les ruelles, j’ai peur que les inévitables échafaudages ne s’écroulent sur nous. Cela ressemble à un vent de sable au Maroc ou au khamsin. Peut être est ce le sirocco qui vient de Tunisie ?
Nous cherchons les ruelles en lacis du casalicchio « quartier arabe » aux ruelles tortueuses mais pas arabes. Puis, la Giudeca et le palais original au bossage en pointe de diamant et aux fenêtres Renaissance presque manuelines.

Dans un bar, Dominique achète un arancini. Je ne sais quel panino choisir tellement ils sont appétissants. J’élis jambon blanc, mozzarelle, artichaut confit rehaussé de quelques brins d’une sorte de pissenlit amer et très parfumé. Nous les mangeons à l’intérieur de la voiture sur la digue de la Tour Ligny devant une mer démontée. Je repense à la femme de la chapelle des marins. Peut être savait elle que la tempête allait se lever et son mari ou son fils étaient ils en mer ?

Zingaro

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Il fait un temps magnifique. Six barques de pêcheurs sont sous nos fenêtres, ils ont installé un filet rond.

Nous partons en short pour la réserve de Zingaro  située juste après la Tonnara sur le petit cap qui sépare Scopello de San Vito lo Capo sur une montagne très sauvage, escarpée et aride.

Le droit d’entrée de 3 euros, on nous donne une carte au 1/25.000ème. Nous choisissons le chemin côtier de 6 km très bien entretenu. Les poubelles en vannerie sont recouvertes d’un rectangle de canisse.

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Jusqu’à une période récente, le cap était habité. Les petites maisons cubiques de pierre ont gardé leurs toits de tuiles rondes.Les vergers d’amandiers et d’oliviers sont bien entretenus . On a installé des petits musées dans les maisons : centres d’interprétation de la faune et de la flore, écomusée des contadini.

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Botanique
Cette promenade rappelle le chemin des Bains d’Aphrodite à Chypre, en moins spectaculaire mais aussi fleuri.

orchidée
orchidée

C’est un ravissement de marcher dans ce parterre fleuri de toutes les couleurs, soucis oranges anthémis jaunes, moutarde jaune acide, dans les bleus je reconnais les chardons, les myosotis mais d’autres sont inconnues, je dénombre au moins 5 espèces de trèfles, incarnat, rose, bleu, deux variétés de luzerne, des lotiers jaunes et rouges, des orchidées violettes très foncées presque noires, une sorte de sauge à petites fleurs bleu très pâle formant des buissons. Les fenouils commencent à fleurir, de grosses crosses font une gaine autour de la hampe florale.

asphodèles et glaïeuls roses
asphodèles et glaïeuls roses

Je craque de ravissement devant les glaïeuls roses  et les tout petits iris bleus. Les euphorbes forment de gros buissons avec des troncs comme de petits arbres. Leurs fleurs jaunes forment une grosse boule. Quelques caroubiers portent déjà leurs gousses vertes bien formées. Les lentisques viennent de débourrer, leurs feuilles sont encore fines et rouge orangé.

palmier endémique
palmier endémique

L’arbre le plus répandu est un palmier nain qui pousse en groupe. Les plus hauts atteignent à peine 2.50m, ce qui est vraiment très bas pour un palmier ! Je reconnais les mêmes feuilles que notre palmier de Créteil. Quelques années auparavant, un incendie a ravagé la Réserve. Les grands arbres ont souffert, on voit des troncs calcinés. Curieusement les petits paliers ont leurs troncs noircis mais leurs palmes en éventail ne semblent pas avoir brûlé.

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halte dans une petite crique
Parties à 9h15, nous nous installons vers midi dans une petite crique après avoir marché seulement 5 km selon la carte . Ne jamais se fier aux distances sur ces petits sentiers qui montent et descendent !
Ecomusée des contadini

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Avant le déjeuner nous visitons l’écomusée des contadini. Un vannier fait une démonstration des différentes techniques de fabrication des paniers. La matière première est principalement fournie par la feuille des petits palmiers. Séchée, elle forme des balais (scopa, décidément après l’escobar cubain, je suis confrontée à ce mot dans toutes les langues alors que les méthodes le négligent). On peut tresser ses fibres en bandes de 5 à 7 cm de large que le vannier coud ensemble sur une forme de bois rectangulaire (un cadre tout simple). Pour coudre, il utilise une ficelle qu’il fabrique lui même en torsadant les fibres du palmier. Un groupe de touristes allemands assiste à la démonstration, certains s’essaient au tissage. Les paniers souples servent aux provisions, à la nourriture des mules, et aux sacs des chargements de ces animaux. Il tresse aussi des paniers ronds profonds pour les olives, et les amandes de longs paniers étroits pour le séchage de la charcuterie et du fromage. Ces paniers rigides sont faits d’osier mais aussi d’olivier. Les cannes des roseaux sont tressées en nattes. Une de ces nattes rigides enroulée forme le petit silo à grain avec une ouverture carrée en bas que Dominique avait pris pour une chatière.
Dans une autre pièce des outils et des photos en exposition expliquent le travail de la terre : labours, semis, moisson et battage des grains. Les objets sont très beaux et bien présentés.

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Une crique blanche nous invite au pique-nique. L’eau limpide me tente. La descente est raide, il faudra remonter au retour !
Nous sommes un peu déçues de voir la crique déjà occupée, deux ou trois couples arrivés avant nous se baignent malgré la fraîcheur de l’eau . je me contente de rentrer dans l’eau jusque aux genoux . Dommage que j’aie oublié mon maillot. Je ne pense pas que j’aurais réussi à me plonger entièrement dans l’eau glacée.
Je reste dessiner les petites maisons blanches d’Uzzo et la tour en ruine. Un bel eucalyptus est planté devant la maison, es agaves et des figuiers de barbarie poussent de côté. Au dessus, une belle amandaie.
Vers 15h, le ciel s’embrume et se voile, la mer devient laiteuse pastel, vert pâle.
De retour au gîte, nous nous installons sur la terrasse dans une sorte de camaïeu de gris, la côte estompée par la brume. Les crêtes bleuâtres se détachent sur le ciel gris mais le rivage est flou. Mer et rivage se confondent. Pas une vague ne vient rider la surface lisse de la mer. Sur notre plage, un petit clapotis remplace la rumeur des vagues. Un tout petit liseré d’écume blanche frange le sable. Fera t il beau demain ? Cela n’empêche  de faire une grande lessive.

je retourne en train à Palerme

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 trappeto - train

Pourquoi n’irais je pas seule en train puisque la gare est tout près du gîte ? Gare déserte, pas de billetterie ni d’horaires. Dominique me conduit à la fin de l’autoroute quand le périphérique devient un boulevard embouteillé.

A pied
Pour rejoindre le centre, ¾ d’heure de marche d’un bon pas dans une ville moderne, bruyante et sans intérêt. Aucun taxi ne passe, les autobus vont à la vitesse du l’embouteillage. Je marche tout droit en suivant mon plan.

L’Opéra

A dix heures, je suis devant l’Opéra, le Teatro Massimo, place Verdi. Opéra : énorme bâtiment orange aux colonnes doriques ressemblant au Panthéon. Lourde bâtisse, imposante aussi. Des calèches attendent les touristes.

La Poste

Via Cavour, Via Roma. Ici commence  mon parcours touristique solitaire, au hasard. Je passe devant la poste mussolinienne, énorme bâtiment gris clair, marbre poli.

San Domenico

Place San Domenico, je retrouve le baroque : une colonne et des statues devant l’imposante église. Intérieur classique peint en gris, haute nef, énormes colonnes, genre d’église qui me glace. L’oratoire San Domenico – situé derrière-  est célèbre pour ses stucs de Serpotta. Malheureusement il est fermé. Je rencontre une Française et son fils. Ensemble, nous cherchons la clé dans les magasins de bondieuseries. Introuvable ! Tant pis ! Cela aussi, fait partie du jeu : Chiuso est le premier mot que les touristes apprennent en Italie !

Vucceria

Je traverse le fameux marché de la Vucceria : beaux étals colorés, avant d’arriver à San Francisco d’Assisi . Le portail gothique à lignes brisées me repose du baroque. Intérieur très simple. Je remarque surtout les statues blanches de Serpotta (puisque j’ai raté les putti de l’Oratoire): huit allégories,  la Justice, l’Humilité porte un canard sur la tête, la Foi, très rébarbative …
Me voici retournée en territoire connu. Nous avions exploré ce quartier après la visite à la Cathédrale. Je revois avec plaisir les rues tranquilles sans autos, prends la via Alloro, retrouve le Palais détruit dont il ne reste plus qu’un pan, colonnes et moulures de stuc.

Gancia

Je tente ma chance à l’église de la Gancia au fond de la cour d’un couvent. Deux Japonaises ont sonné à un Interphone : on vient. Un petit monsieur âgé nous fait une visite guidée. Avant que j’ouvre la bouche, il me demande si je parle espagnol ; « oui, mais je comprends l’Italien ». Je ne sais pas pourquoi il tient absolument à faire la visite en Espagnol alors que les Japonaises comprennent  l’Italien. Pendant les premières minutes, il mélange allègrement les deux langues. C’est une église franciscaine, ce qui explique sa relative sobriété. Il paraît s’excuser du baroque de quelques chapelles. Plutôt qu’un commentaire pictural, il raconte les épisodes de l’histoire sainte que les Japonaises n’ont pas l’air de connaître. Les tableaux ne sont pas exceptionnels (le XVII et le XVIIIème, en ce qui concerne la peinture religieuse, ne me passionnent pas) en revanche, il nous présente une madone de Gagini et nous parle de cette famille de sculpteurs. Deux petits chérubins de Serpotta me plaisent bien, surtout celui qui est habillé en moine, perché sur une corniche, petit moine farceur. Le buffet d’orgue, en bois peint est aussi très beau. Même si cette église ne m’enthousiasme pas, ces visites guidées sont toujours une bonne surprise. Une occasion de pratiquer la langue et d’avoir un contact avec les habitants.

Palazzo Abatellis

Le Palazzo Abatellis se trouve à deux pas. C’est un beau palais bien restauré dans ce quartier complètement ruiné qui donne des idées des splendeurs anciennes. C’est surtout la Galerie Régionale de Sicile. Dès la première salle, je retrouve les sculptures de Laurana et de Gagini. Décidément aujourd’hui est le jour de la sculpture ! Le buste d’Eléonore d’Aragon de Laurana est une merveille de pureté de ligne dans un marbre (ou de l’albâtre ?) d’une grande finesse. Avant de quitter le Palais j’irai lui faire une dernière visite ! L’école des Gagini est bien représentée, les madones allaitantes (je pense à la petite madone espagnole, interdite puis volée) l’interdit espagnol ne semble pas s’être étendu à la Sicile.
Une grande fresque du Triomphe de la Mort est très impressionnante.
Les salles de peinture sont intéressantes et me confirment dans mon admiration des peintures anciennes du XIV et XV et mon rejet e ce qui vient après.

La Magione

Palermen ruines et baroque
Palermen ruines et baroque

En cherchant la Magione, qui doit être proche, je me perds dans les petites rues bombardées il y a soixante ans, qui se dégradent. Des gens vivent dans des palais à moitié écroulés. Des chantiers innombrables barrent les rues  Un curieux palais à moitié restauré, à moitié écroulé occupe le coin de la rue sur la place de la Kalsa.
Sans porter un regard au portique baroque, j’entre dans le petit jardin de la Magione. Datant de 1150 de style arabo-normand, appartenant à un monastère cistercien. Le nom de Magione vient des Croisades pour lesquelles elle fut un lieu important. Le jardin, la sobriété de la façade contraste avec les églises baroques que je viens de voir. Le joli petit cloître est reposant.

Préoccupations triviales, téléphone…

Midi passé, temps de me préoccuper du train du retour puisque je suis à côté de la gare. Pas de problème : deux trains possibles 15h40 arrivée 16h55 (trop tôt) et 18h40 arrivée 19h55 qui me laissera une belle après midi de visite .Autre problème pratique : téléphoner à Dominique. Résolu facilement grâce aux boutiques de téléphone sur la Maqueda tenues par des Africains à l’intention des nombreux immigrés vivant dans ce quartier. Un Africain anglophone, très serviable, me compose le numéro. Il faut passer par la France avec leOO33  . Tout se passe bien jusqu’à ce que Dominique décroche, complètement affolée : nous avons été cambriolées, la pochette rouge contenant nos billets d’avion et ma Carte Bleue a disparu. Voilà qui gâche les vacances. Je lui dis de chercher dans la valise verte, je rappellerai dans un quart d’heure. En attendant j’avale une part de pizza sans aucun appétit. Je me propose de prendre le prochain train et essaie de réfléchir à toutes les démarches à faire avec l’assistance de la Carte Bleue.
Heureusement, Dominique a trouvé la pochette rouge. Me voilà bien soulagée !

Cathédrale

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Je retourne à la Cathédrale, mange une glace à la terrasse d’un beau café et décide de passer l’interruption de la « sieste » dans le petit square derrière l’abside afin de dessiner les motifs décoratifs noirs et blancs. Entreprise bien prétentieuse ! il me faudrait un compas, une équerre et un temps infini ! Dessiner permet au moins d’observer !
Je fais un tour à la Cathédrale et m’en fais chasser : je n’ai pas de billet. Nous étions entrées gratuitement samedi à la suite des scolaires.

Chapelle Palatine

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A 14h45, j’arrive la première derrière la grille du palais Normand pour la visite de la Chapelle Palatine. Des Français, venus sans guides,  me demandent de leur faire la lecture, cela passe le temps ! Ils sont ravis.
La Chapelle Palatine est encore plus belle que la Cathédrale de Monreale. Toute dorée. Mêmes motifs, mais en plus fin (sauf des ajouts postérieurs affreux) Etrange mariage de l’art byzantin et de l’art arabe. Byzantines les mosaïques représentant la Genèse, la Création, la Chute, l’Arche de Noé, le sacrifice d’Abraham, l’histoire de Jacob (comme à Monreale) mais aussi l’histoire de Pierre et de Paul sur les murs de la nef. Arabes, les plafonds à caissons entièrement peints (mais je n’ai pas mes jumelles), arabes les marqueteries de marbres et les motifs aux tesselles de verre. Une frise de palmiers (motif que j’avais justement trouvé à la cathédrale) se détache sur le marbre blanc. En face du chœur, une curieuse estrade avec des motifs orientaux.

San Giovanni degli Eremiti

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San Giovanni degli Eremiti est le clou de cette journée. L’église tout à fait charmante avec ses quatre petits dômes rouges sur montant un édifice rectangulaire, une ancienne mosquée et son campanile coiffé d’un autre petit dôme. Toute la magie du lieu est crée par le jardin extraordinaire. Des orangers embaument, un palmier habille le campanile, des philodendrons géants partent à l’assaut des ruines. Même les figuiers de barbarie sont domestiqués et ajoutent une touche maure.

palermesgiovannidegli eremiti0002 L’intérieur est très sobre, on ne retrouve pas l’ancienne mosquée mais les Normands n’ont rien ajouté (ou il ne reste plus rien) Le cloître est tout petit, charmant avec ses fines colonnes blanches et ses chapiteaux en feuilles d’acanthe .Il est planté de quatre grenadiers, de papyrus et d’une ranger de feuillage blanc et vert. Je reste près de deux heures à dessiner. Je ne suis pas seule. Deux petits garçons ont de gros cahiers à couverture noire dur grand format. Ils se débrouillent  mieux que moi. Leur mère vient emprunter Le Monde. Elle est américaine, me dit qu’elle en a honte, qu’ils vivent en Angleterre et ne comptent pas retourner à Chicago tant que Bush sera président. Elle parle un Français parfait.
Je quitte vers 17h40 à regrets, le jardin enchanteur, traverse le marché et débouche à l’Hôtel Orientale. Des touristes, justement prennent en photo le patio.

Retour en train

A 18h, je fais la queue pour mon billet. Heureusement que je me suis prise à l’avance, l’informatique est récalcitrante, il faut attendre 20 minutes pour obtenir un billet de banlieue.Le petit train de deux wagons part vide de la Gare Centrale, il se remplit aux autres stations de Palerme. Il longe la mer. Le soleil se couche dans de belles teintes flamboyantes ? C’est le premier soir sans nuages .

trappeto - train - Copie

Dominique m’attend à la gare. Sur la table de la cuisine, magnifique bouquet de marguerites jaune rehaussé par des épis de blé barbus.

 

Monreale

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cloitre de monreale
cloitre de monreale

La route dans la montagne

Nous partons tôt par la route de la montagne sous un beau soleil et grand vent. Les nuages s’accrochent dès qu’on monte mais toujours avec une impression de beau temps. La route traverse des défilés déserts, pentes raides et maquis. Dans la campagne, les arbres fruitiers son en fleurs même les cognassiers. Les villages sont étendus. Au dessus de Palerme, l’urbanisation est diffuse. Palerme, dans sa baie, la Conque d’Or, est encadrée par des rochers très découpés. Je pense à Funchal à Mindelo. Cette situation est admirable mais a ville se sent à l’étroit, la plaine est mangée par les immeubles, les vergers d’agrumes sont de plus en plus mités. Palerme déborde.
Comme partout, en Sicile, les rues de Monreale sont étroites et asphyxiées par les voitures.

La cathédrale, les mosaïques

mosaïques
mosaïques

La Cathédrale est immense, dorée, magnificente. L’intérieur est tout recouvert de mosaïques de très grand format : la Bible illustrée ! Il est facile de reconnaître les scènes de la Genèse, la tentation et la Chute. Certains détails sont amusants : comme la croissance des plantes au Paradis qui donneront de grandes feuilles pour couvrir la nudité d’Adam et d’Ave. Après la Chute, Adam et Eve sont couverts de fourrures, Adam bêche la terre, Eve, assise sur un rocher tire une gueule épouvantable. Le sacrifice d’Abraham est très détaillé. Abraham et Isaac sont dans le désert avec un dromadaire très réaliste. Reconnaître toutes les scène m’amuse beaucoup

Christ Pantocrator
Christ Pantocrator

Autour du chœur, le christ Pantocrator est immense ‘(12m) , les représentations sont tout à fait byzantines et les noms écrits en grec tandis que dans la nef les noms sont en latin. La lecture des scènes est plus facile qu’à Chypre. Il faut dire que nous avons eu un bon entraînement l’an dernier. Nous mitraillons avec les deux appareils photos. Malgré toute cette magnificence je préfère les mosaïques d’Istanbul plus fines et plus poétiques.
cloître

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Le cloître aussi, est merveilleux. Les fines colonnes géminées sont ornées de mosaïques rouge, or, noir. Les motifs formes des lignes (air), des spirales (feu), des zigzags (eau). Les chapiteaux son tous différents. Nous les étudions de près. Nous avons déjà une belle collection de chapiteaux : les animaux romans de Serrabonne, les chapiteaux d’Elne, les scènes de Santillana del Mar …

chevaliers normands
chevaliers normands

De prime abord, ce sont les chevaliers qui m’attirent le plus ainsi que les monstres. Un guide parlant allemand attire notre attention sur un chapiteau représentant Mithra sur un taureau. Que vient faire Mithra ici ? L’hypothèse du guide est que ce chapiteau serait du remploi d’un chapiteau romain. Suivant cette piste, je découvre d’autres chapiteaux qui ont l’air antiques complètement

Tout ce mélange d’influences artistiques de croyances, de motifs m’enchante. C’est un jeu de trouver le détail arabe, le chapiteau romain, la mosaïque grecque et celle qui est vénitienne … C’est une optique différente de celle d Chypre où les Croisés figuraient les méchants face aux bons grecs. Il me manque une chronologie des différentes croisades et celle des dynasties. Curiosité : c’est ici que reposent les entrailles de Saint Louis, mort de la peste à Tunis. Tunis, c’est tout près, par beau temps on peut deviner les rivages de la Tunisie d’Erice !

Comme je ne manque jamais une occasion, je grimpe sur les toits du Duomo : d’une passerelle on a une vue plongeante sur le cloître. Plus amusant, par une galerie couverte sous les toits, j’arrive au dessus de l’abside à un petit clocheton. L’abside est une mosaïque bicolore : calcaire beige clair et lave noire du Vésuve comme à la Cathédrale de Palerme. Toutefois les motifs sont moins variés.
Promenade dans les ruelles de Monreale écourtée par la circulation infernale. Pour être tranquille, il faut choisir des rues avec des escaliers ? Le linge pend aux fenêtres ainsi que de grandes toiles rayées blanches et vertes, velum pour donner de l’ombre.

Dolci
J’ai essayé les pâtes d’amande d’Erice, aujourd’hui, j’achète un cannoli : gros rouleau farci à la ricotta avec des zeste d’orange confite et des pépites de chocolat. Le fromage crémeux est délicieux, j’aurais préféré plus d’orange et moins de chocolat.

Villages pittoresques
Dominique, à la recherche de villages pittoresques,  avait trouvé dans le Petit Futé trois villages intéressants : justement situés sur la route du retour. Montelepre, Carini et Terrasini. Pour le pique-nique, cela semble un bon plan. La route de montagne serpente dans le maquis, contourne des éperons rocheux, en bas, la mer est turquoise. Malheureusement impossible d’arrêter la voiture ? De plus, la campagne est enclose derrière des grillages inhospitaliers. Les Siciliens ont la manie des grillages. Des portails très hauts enferment des vergers en friche et même des figuiers de barbarie. Les malheureuses raquettes des cactus se tordent entre les grillages. Enfin, nous trouvons un chemin avec vue.
Montelepre a un joli centre historique avec une tour sur un rocher mais les immeubles modernes l’étouffent, les constructions s’étendent aux flancs de la montagne et le « village » est un très gros bourg, plus pittoresque du tout. Même topo pour Carini, les vergers d’agrumes ont été remplacés par des hangars en ciment. Je m’interroge sur cette urbanisation galopante. Palerme est elle la ville tentaculaire qui transforme la campagne en banlieue ? Ou la Sicile est elle surpeuplée ? Les espaces disponibles sont restreints avec la montagne abrupte qui tombe presque dans la mer.

La plage de Terrasini, les méduses

trappeto

Heureusement, Terrasini ne nous a pas déçues .Nous avons trouvé une belle plage de sable fin . Malgré le vent très frais, sous le soleil, nous avons pu rester un bon moment. Une arrivée de petites lamelles en ellipse plate bleu marine, finement décorées  comme des ailes de libellules en ellipses concentriques a envahi la plage. La petite lame transparente porte une matière collante bleue. En examinant mieux, la gelée collante porte des expansions bizarres.

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Un surfeur se trouve en perdition devant nous. Un moniteur (maître nageur ?) l’aide à retourner sur la plage ? J’en profite pour l’interroger sur ces trucs bizarres bleus. Ce sont des méduses, ne pas y toucher, elles sont urticantes (il porte des claquettes) . Ces milliers et milliers de méduses m’intriguent. On repère ensuite des méduses plus habituelles roses avec un chapeau décoré de sorte de bulles. Sur les bords, les mêmes expansions que sur les petites bleues. Elles sont encore vivantes quand elles arrivent sur le sable.
Le port de Terrasini est très actif : de nombreux bateaux sont à quai. Au café, les hommes sont très nombreux. Qu’attendent ils, un groupe jouent aux dames . Nous faisons une jolie promenade sur un chemin de ronde.
Pour rentrer à Trappeto toute proche nous essayons de suivre la mer. Le cap que nous voyons du gîte est occupé par des hôtels clubs des petites villas. La route est défoncée, nous traversons des vergers d’oliviers et d’agrumes en fleurs . Mais il nous faut rebrousser chemin et retrouver la grande route.

Paschetta à Erice

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castellamare del golfo
castellamare del golfo

 

Castellamare del Golfo

Le temps est menaçant. Nous décidons qu’il fera beau et partons vers 8h pour Erice. Nous trouvons l’autoroute à Ballestrate en direction de Castellammare del Golfo. Sur une arête rocheuse, se détachent les ruines d’une ferme, comme un château fort, dominant une plaine très verte qu’enjambe l’autoroute sur un viaduc. Les couleurs sont très vives : vert foncé du jeune blé, bleu du ciel, taches oranges des soucis et pourpres du trèfle incarnat. Castellamare est nichée dans un creux.

Castellamare del Golfo
Castellamare del Golfo

Vue d’en haut, elle est ravissante avec l’échancrure de son petit port, la pointe portant la forteresse, sa baie arrondie à l’arrière, ses dômes et ses clochers. Nous descendons dans un dédale de petites rues étroites entre des maisons à plusieurs étages ornées de balcons en fer forgé. Je remarque « via della Liberta gia via Croce » qui me fait sourire. Négligeant les rues commerçantes nous allons droit au port. Jolies barques colorées hissées sur le quai. Sous le château sur des petites tables de vieux pêcheurs vendent des petits poissons. Le château a une grosse tour carrée. Une plaque commémore le Risorgimento et les événements de 1850 (il faudra que je me documente sur cette période). Les beaux clochers remarqués d’en haut sont encastrés dans des maisons entassées sur la pente. Pas de recul pour des photos.
Scopello

Tonnara di Scolpello
Tonnara di Scolpello

La route grimpe sur un cap escarpé, trop raide pour les cultures. Seuls quelques vergers en fleurs s’accrochent autour de Scopello, joli village tout petit, quelques BxB, un restaurant prêt pour la Paschetta (repas traditionnel du Lundi de Pâques, agneau et artichauts).

La Tonnara

tonnara
tonnara

Au creux d’une crique, la Tonnara – ancienne pêcherie de thon- est ravissante avec sa maison rose, ses toits de vieilles tuiles patinées. Deux grosses tours sarrasines carrées sont perchées sur des falaises découpées. Au premier plan, des fleurs de toutes les couleurs, soucis oranges en grosses plaques, trèfle incarnat, chardons bleus, myosotis et fleurs violettes en grosses touffes. Au fond, la mer turquoise et les rochers bruns rouille.

Arrivée à Erice, nous sommes accueillies par un ange

Erice : château normand
Erice : château normand

Les nuages s’accrochent au sommet du Mont Eryx, la route s’élève avec de nombreux lacets, nous rencontrons des bancs de brouillard, juste avant d’atteindre Erice. Le gardien du parking est un rigolo, sur son beau costume noir, sa chemise blanche son nœud papillon il a accroché des ailes d’ange en polystyrène. Nous nous habillons comme pour une expédition polaire : pull, Kway et polaire. Passons sous une gracieuse arche en ogive gothique :

Campanile
la Porte de Trapani, et découvrons la Chiesa Madre et son Campanile. J’ai le grand plaisir de monter seule au Campanile (106 marches) c’est une belle tour carrée construite en 1312 par Frédéric  d’Aragon sur des fondations puniques. La notice raconte que Frédéric II fut assiégé par Robert d’Anjou à Erice. Arrivée au sommet, le brouillard s’est levé, le panorama est extraordinaire. A mes pieds, Trapani, grande ville et beau port, et les marais salants, toutes proches les îles Egades. Quand je redescends, je me rends compte que l’ascension était inutile : Erice est perchée sur un rocher à 756 m dominant la plaine !

les toits d'Erice vus du campanile
les toits d’Erice vus du campanile

Chiesa Madre
La Chiesa Madre a un aspect sévère, gothique Chiaramontano, murs nus surmontés de créneaux ou merlons décorée seulement d’une très fine rosace de pierre (très récente 1950). Son portail est finement travaillé. Elle ressemble beaucoup aux églises gothiques de montagnes vues en Cantabrie l’an dernier. L’intérieur est très différent : une restauration du XIXème siècle néogothique l’a parée de stuc blancs aux motifs arabes et catalans (voir cathédrale de Palerme). Cette décoration « précieuse » n’a pas vraiment sa place dans cette église sobre. A l’extérieur 9 croix font allusion aux neuf colombes avec lesquelles la Venus Erycéenne s’envolait deux fois par ans. D’après la notice, l’Eglise aurait été construite avec des matériaux pris sur le Temple de Venus, les 9 croix sont donc païennes.
ruelles
Nous montons dans les étroites rues pavées. Je ne sais pourquoi, je pense à Vezelay, probablement à cause  de l’expression de « colline inspirée » des nombreux couvents qui comparent Erice à Assise. La ville se vide. Les maisons ont un aspect austère. Les petits pavés des ruelles sont presque le seul élément décoratif. Trois sacs poubelles pendent au bout d’une corde sur un crochet du deuxième étage. C’est sans doute la mode sicilienne de « descendre la poubelle ».Nous arrivons au jardins Balio, joli parc avec des buis taillés des bustes et des stèles. D’ici, la vue est extraordinaire, d’un côté, le Château Normand perché sur un rocher, de l’autre la côte, la mer est bordée de plages de sable jusqu’au Cap San Vito lo Capo. Le Château Normand se visite librement, il ne reste pas grand chose debout à part la citerne autour de laquelle était construit le Temple de Vénus ? Une troupe de bonnes sœurs chante dans un coin, visiteuses insolites très touristes. Elles sont ravies de se faire prendre en photo ensemble.
Dolci
Je ne veux pas quitter Erice sans acheter les pâtisseries renommées autrefois spécialités des couvents. La pâtissière est très vieille, sa boutique aussi, peu de choix : rien que de la pâte d’amande. Un écriteau prévient : « il n’y a plus d’agneau pascal ! »
Il est possible de faire le tour de la ville en voiture (l’intérieur est piétonnier). Par hasard, nous trouvons les remparts. Certains blocs cyclopéens du Vème siècle av.JC sont attribués aux Carthaginois. Nous déjeunons au pied des remparts dans la voiture à cause du froid. Découvrons la porte Spada et les quartiers Espagnols, garnison.

les murailles d'Erice
les murailles d’Erice

Il fait beau, nous avons envie de mer. La côte vue d’en haut est bordée de belles plages. Cap sur San Vito lo Capo. Les Siciliens sont sortis pour leur pique-nique traditionnel de Lundi de Pâques : dans les campagnes? fument les barbecues. La route est bien encombrée, les plages aussi. Nous sommes un peu déçues. Nous aboutissons à une Tonnara (‘pêcherie de thon abandonnée) moins belle que celle de Scopello, en ruine, murs aveugles, hangars à bateaux ouverts. Des jeunes en combinaison de plongée pêchent dans l’eau claire. Des pistes semblent rejoindre Scopello en passant par la Réserve de Zingaro : impossible de passer en voiture. C’est une randonnée de 7 km dans une montagne escarpée, rocheuse et couverte de maquis. Dernière surprise du jour : des iris sauvages nains, délicats tout juste épanouis qui m’émerveillent.

tonnara de scopello0001 - Copie
Retour par une route bien chargée encombrée d’énormes campings cars. A cinq heures nous sommes chez nous. Notre plage est vraiment la plus belle. Nous aurions dû rentrer plus tôt pour en profiter plus ! Le vent a rafraîchi l’atmosphère, exceptionnellement, je ne me déchausse même pas pour la promenade au bord de l’eau.

Baghera : villa Palagonia

CARNET SICILIEN 2004

600 grotesques ornent les murs de la villa Palagonia
600 grotesques ornent les murs de la villa Palagonia

Bagheria

Baghéria, à  une dizaine de km à l’est de Palerme, autrefois villégiature élégante est maintenant une ville pleine d’immeubles sans grand intérêt. Nous devons bien chercher les villas du XVIIIème  cachées dans l’urbanisation moderne. Premier aperçu : une demi-coupole : j’imagine un hammam en ruine ou une église byzantine. Côté face : des fresques de Velazco. Encadrées par des colonnes, ruine de la Villa Valguanera invisible.

Villa Palagonia

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En attendant l’ouverture de la
Villa Palagonia nous nous promenons dans les rues désertes à l’heure de la sieste, volets fermés. Les toits de tuile entourant la Villa Palagonia sont hérissés de statues grotesques : des monstres, des musiciens. Le petit château a une très belle façade incurvée autour d’un escalier monumental. Une grande salle ovale décorée en trompe-l’œil en grisaille sur le thème des travaux d’Hercule sert d’entrée. On pénètre ensuite dans la salle des miroirs. Avant d’entrer une inscription prévient « Regarde-toi dans ces glaces et contemple la fragilité humaine »Le plafond est entouré d’une balustrade peinte en trompe-l’œil sur laquelle sont posés des oiseaux et des fleurs. Les murs sont revêtus de marbres polychromes en incrustations. Des murs surgissent des personnages étranges sculptés dans différents marbres, portraits peu flatteurs à la limite de la caricature grinçante. Les murs de la salle de billard sont ornés de profils  de Sophocle, Zénon, Euripide. Dans le jardin Démocrite et Héraclite encadrent l’escalier. Les jardins de la villa embaument la fleur d’oranger. Les arbres fruitiers sont taillés avec soin, dans des pots, une collection de cyclamens et de très jolis palmiers.

regarde-toi dans ces glaces et contemple la fragilité humaine!
regarde-toi dans ces glaces et contemple la fragilité humaine!

Nous cherchons la mer et la trouvons à Aspra, petit port de pêche : les barques multicolores sont tirées sur la plage. La foule a envahi la promenade de front de mer : des hommes jouent aux cartes, les jeunes sur leurs vespas sont accoudés à la rambarde. Dans des kiosques on vend des pralines. Des familles se promènent avec des ballons fantaisie métallisés.
Nous rentrons en moins d’une heure, Palerme est moins encombrée qu’hier. Dès que nous retrouvons la route côtière de Trapani, le soleil se montre et nous terminons la soirée sur notre terrasse, bien couvertes parce qu’il fait frais.

 

Pâques albanaises

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les jeunes filles au défilé
les jeunes filles au défilé

 

Les volets ferment tellement bien que nous ne pouvons pas deviner que c’est la mer sur les rochers qui fait autant de bruit. Il fait beau. Nous partons donc très tôt pour voir les festivités à Piana degli Albanesi .

En  route, par l’intérieur

A Partinico, une route coupe à travers la montagne. Huit heures, nous traversons des villages endormis. Un défilé d’hommes âgés, précédé par un tambour, remonte la rue principale d’un village, nous les suivons.
Les cerisiers sont en fleurs. Nous retrouvons la même végétation que l’an passé à Chypre : marguerites jaunes, soucis oranges sauvages très bas, giroflées mauves. Des vignes, de vieux oliviers sur des terrasses. La montagne est très escarpée, les rochers souvent à nu. Dès qu’on monte nous rencontrons le brouillard. Dommage ! la route est en corniche, par de belles échappées on découvre la mer et Palerme.

Piana degli Albanese

Auguri!
Auguri!

9h30 à Piana degli Albanese . La Messe dans l’église grecque : la Cathédrale San Demetrios à 10h30, la procession à 12h30, ensuite un spectacle de danses folkloriques. Pour attendre, une promenade dans les petites rues en pente et les escaliers. Du haut du village, Dominique voudrait photographier les toits ; mais la lumière n’est pas belle, il fait gris. L’église est laide du dehors, inintéressante à l’intérieur. C’est une église grecque moderne avec son iconostase, ses icônes dorées, ses popes. Mais les peintures sont très récentes et de facture simpliste. Rien à voir avec les merveilleuses églises de Chypre.

Musée civique

Pour patienter, je visite le petit musée civique : photos d’Albanie et du Kosovo. Piana degli Albanesi est une colonie albanaise depuis la chute de Constantinople. Plusieurs pièces sont consacrées à la vie des paysans : intérieur d’une maison reconstitué, un pauvre lit, la cuisine dans un coin (tanour à la turque  comme en Israël), des outils de menuiserie, de la fabrication du fromage, de la culture des olives forment un petit écomusée. Le plus intéressant est une exposition de photos anciennes et d’articles de journaux relatant les luttes des paysans pour la terre à la fin de la deuxième guerre mondiale. La terre était en la possession d’un marquis (650 ha). Les paysans ont réclamé le partage des domaines latifundiaires. Ces luttes furent sanglantes. Le 1er mai 1947, 50 morts sous le feu du bandit Giuliano. J’ai remarqué une rue Togliatti au village.

En attendant le défilé

sfilata
sfilata

Tandis que je déchiffrais l’histoire sociale, Dominique s’est postée à l’entrée de la messe. Elle a fait des photos des popes et des villageoises costumées. Nous devons rester deux heures avant la Sfilata. Les visiteurs commencent à affluer sur la place. Peu de touristes, (un couple d’Allemands, trois Japonais et quelques Israéliens). La plupart des gens sont venus des alentours, endimanchés. Les femmes perchées sur de très hauts et fins talons, les hommes pourraient être les figurants dans un film : vieux en noir avec leurs bérets, les jeunes cheveux gomminés raides de brillantine, lunettes noires malgré le brouillard, costumes croisés, chemises blanches, cravates. La plupart sont de petite taille, les pantalons trop longs sur des chaussures brillantes, veston élargi par des épaulettes. Quelques uns portent même un costume trois pièces. Pour faire original, certains se singularisent en bleu marine. Seules les gamines sont à la mode avec des petits pulls étriqués fluo, vert ou rose. Pour les femmes, le noir domine, jupe droite et manteau au dessus de 40 ans, permanente. Noir avec des découpes modernes et chaussures pointues pour les plus jeunes. De nombreuses femmes et jeunes filles costumées se promènent. Les jupes sont somptueuses, le plus souvent rouges avec des motifs de brocard, dorés ou floraux. Plus rarement vert pomme ou à fond blanc. Au dessus, un tablier de dentelle très fine noire. En haut des corsages blancs avec de jolies dentelles, des manches bouffantes. Enfin, un grand châle bleu. Certaines arborent des gilets de velours noir. Le plus étrange c’est la ceinture large avec une boucle énorme représentant un chevalier sur sa monture avec une lance (saint Georges ?) Sur la tête, toutes portent un ruban replié assorti à la jupe au pliage compliqué .Les garçons, peu nombreux ressemblent à des Grecs, jupette beige, collants beiges chaussons (sabots) à gros pompon rouge et chemise brodée. Sur leur tête, un feutre arrondi faisant un peu penser à un fez.
Assises sur les marches sous la fontaine, nous regardons les journalistes de la télé filmant la messe et les villageois qui sortent des autres églises. J’achète un arancini chaud et délicieux. Le petit commis pâtissier traverse la place avec ses plateaux sans cesse pour ravitailler le bar .

Sur le corso

Changeant d’observatoire, nous nous perchons sur les gradins pour observer les mouvements de la foule sur le Corso noir de monde. Un mouvement montant et un autre descendant fait une sorte de manège. Les mêmes groupes peuvent remonter et redescendre plusieurs fois sous nos yeux. Ils s’embrassent, se souhaitent « Buona Pasqua » ou « Auguri » à l’italienne.  Plus tard à la sortie de la messe ils échangeront des œufs rouges. Ils sont vendus incorporés dans des galettes plates dans les pâtisseries ou sur des étals dans la rue. Une sono déverse des chants folkloriques en albanais très fort. Nous n’avons pas la patience d’attendre le spectacle de chants et de danse, nous nous contentons de la Sfilata. Les jeunes filles forment une longue procession. Les premières portent des paniers d’œufs rouges traditionnels et suivent les étendards portés par quelques garçons. Nous aurions aimé entendre des chants ou de la musique mais le défilé est silencieux. Après le passage des dernières jeunes filles, nous allons voir le lac où le WWF administre une réserve naturelle. Le lac est triste avec les sommets noyés dans la brume. Le chemin est détrempé, la promenade sera courte. Des pique-niqueurs venant de la fête portant des provisions emballées dans les beaux papiers des pâtisseries siciliennes rebutés par le froid en seront quittes pour manger dans les voitures ?