Ronit MATALON : Le bruit de nos pas

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

ronit matalon

J’ai découvert Ronit Matalon dans le livre de Benny Ziffer.

C’est l’histoire d’une famille de juifs égyptiens, près de Petah Tikva : la mère, Lucette (Levana), Sami, serrurier, le fils, Corinne la grande sœur mariée à Memel, la grand-mère, la Nonna Esther, et l’enfant, la narratrice dont on ne donne pas le prénom. Ils habitent une baraque à géométrie variable, dont la mère réorganise la distribution des pièces.

« pas un instant, elle ne cessait d’être la sentinelle de la baraque, de la vie qu’était la baraque »

Avec  acharnement,  la mère fait vivre la famille, essaie de fleurir le jardin de rosiers, cumule les emplois de femme de ménage, avec une énergie elle mène la famille presque avec violence, cassant de la vaisselle, » avec ses mains d’ouvrier, pas d’ouvrière ». Le père Maurice est absent, il fait des apparitions, puis disparait. C’est un personnage assez énigmatique. Leur parler mélange l’hébreu, l’arabe et le français. Famille atypique peu intégrée dans le moule israélien « bengourionniste ».

« Quelque chose d’énorme, dont la perte terrible, avait été perdu selon elle sur l’itinéraire de l’émigration »

La construction du roman en courts chapitres autour d’un sujet plus général est assez éclatée. Livre puzzle, livre kaléidoscope. Pas de chronologie. On a du mal à se repérer dans le temps comme dans l’espace. Quel âge a l’»Enfant », petite fille ou adolescente. Et le bébé de Corinne, on ne le voit pas grandir ? Peut être finalement le récit se déroule-t-il dans une période de temps réduite ? Un peu avant la Guerre des Six jours, un peu après. Et ce voyage en Egypte, s’est-il déroulé plus tard après le voyage de Sadate ? On n’en parle pas. Les absences de Maurice, le père, ont-elles duré des semaines ou des mois ?

Je suis perdue. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Je me suis carrément forcée pendant la moitié du livre. Puis on s’attache aux personnages. Celui de la Nonna aurait dû être plus développé. Celui du père – intellectuel -révolté – révolutionnaire – est intéressant. Il livre une critique

« il apportait les autres idées et disait : »on doit toujours écouter les autres idées, ne pas les accepter, mais écouter » et en disant « on doit » il regardait la mère… »

La critique de l’idéologie « bengourioniste » , du socialisme israélien ashkénaze est originale.

« Cette doctrine que j’appelle le bengourionisme n’est ni du capitalisme bourgeois, ni du socialisme ouvrier, elle n’est ni de droite ni de gauche, ni au centre ni extrémiste, elle est conformiste et fidèle aux idées d’un seul homme. Cet homme a été défini par le Pr Yeshayahou Leibovitz : « David Ben Gourion  est la catastrophe qui s’est abattue sur le peuple juif dès le jour de sa fondation » Nous savons que cette doctrine est ouvertement anti-séfarade dans les faits et dans les actes. Et, en tant que telle, néo-raciste, néo-antisémiste dans son esprit et ses objectifs »

La critique de Maurice  est aussi très forte en ce qui concerne la  politique vis-à-vis des Arabes :

« Ils montrent les soldats égyptiens en déroute qui s’enfuient pied nus sans leurs chaussures ; ils le montrent sans cesse et humilient le vaincu, ils ne pensent pas au lendemain, au jour où il faudra perler avec ceux qu’on a humiliés. Les dirigeants aussi. « 

Et là, il se fait rabrouer par Corinne et chasser de la baraque.

J’aurais tant voulu m’enthousiasmer par ce regard différent, être ravie d’avoir découvert une écrivaine israélienne. Je me suis intéressée. J’ai aimé suivre ces personnages mais j’ai peiné dans la lecture.

Amin MAALOUF : Origines

 LIBAN

maalouf origines

« Pour moi, en tout cas, la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et l’oubli »

Amin Maalouf, mène une enquête minutieuse, plus historien que romancier, à la recherche de son grand-père Botros.

« Puisqu’il ne servait plus à grand-chose d’interroger les vivants, j’allais interroger les morts. [….]N’y avait-il pas, dans l’armoire de ma mère, une malle ancienne qui bruissait de leurs voix ? »

Nous le suivons dans cette enquête, dans la Montagne libanaise, jusqu’à Cuba. Ses recherches le font remonter  au milieu du 19ème siècle,  époque du Rocher de Tanios – livre que j’ai beaucoup aimé.  Elles rappellent un passé très ancien du temps des Omayyades où les princes brigands de la Montagne avaient imposé un tribut au calife de Damas.

Dans sa famille, on a beaucoup écrit et conservé les écrits. D’ailleurs Maalouf écrit ::

« Hommage à la tradition orale, entend-on souvenir ! Pour ma part, je laisse ces pieux ébahissements aux coloniaux repentis. Moi je ne vénère que l’écrit. »

Parole d’écrivain, mais aussi, en droite ligne de ces personnages qu’il évoque : maîtres d’école, journalistes, pourfendant l’ignorance et voulant étendre l’esprit des Lumières sur le Moyen Orient encore englué dans les traditions et les querelles religieuses. Ecole catholique ou protestante ?  Botros est fier de son œuvre : l‘Ecole Universelle où l’on accueille toutes les confessions et où on enseigne aussi bien l’Arabe que le Turc, l’Anglais que le Français.

« Des milliers de lettrés jeunes ou moins jeunes « complotaient » de la sorte dans ce même espoir de « dissiper les ténèbres »

Au détour du 20ème siècle s’ouvrent des perspectives, des rêves, des possibles « bâtir chez nous au Levant, nos propres Etats-Unis, une fédération des différentes provinces ottomanes »

C’est une grande leçon d’histoire : la fin de l’empire Ottoman, la révolution des Jeunes-Turcs de Salonique où prévalait aussi cet esprit des Lumières, jusqu’aux péripéties du Mandat français.

Origines complexes qui ne se limitent pas au village de la Montagne. On voyageait beaucoup. On s’exilait pour chercher fortune, en Egypte et aux Amérique. L’enquête se déroule aussi à La Havane où l’auteur cherche les maisons « familiales » de Gebrayel, le frère de Botros.

« Nous les âmes nomades, avons le culte des vestiges. Nous ne bâtissons rien de durable, mais nous laissons des traces ».

Peter MANSEAU – Chansons pour la fille du boucher

MANSEAULITTÉRATURE AMÉRICAINE

Peut-on traduire du Yiddish en étant irlandais ? Peut-on raconter l’épopée du « dernier poète yiddish »  sans être juif ?

Ces  Chansons pour la fille du boucher raconte l’épopée d’Itzik Malpesh,

« la route est longue de Kichinev à Baltimore » surtout quand elle commence par un pogrom, passe par Odessa quand éclate la guerre de 14 puis la Révolution, puis par New York. L’histoire du « poète juif » alterne avec les notes du traducteur ancien-futur séminariste, qui, cherchant du travail met à profit ses connaissances de l’alphabet hébreu, pour classer des ouvrages en yiddish, tombe amoureux d’une fille dont le trésor le plus cher est un paquet de lettres écrites en yiddish.

Les 550 pages de ce roman se lisent vite. Lecture facile, comme un roman d’aventures. On veut savoir comment l’enfant échappera aux voleurs d’enfants pour la conscription du Tsar, s’il retrouvera à Odessa la fille du boucher dont il est amoureux, comment il émigrera en Amérique, contre son gré….

Le roman soulève aussi des questions intéressantes. Celles de la traduction, dans les notes du traducteur  est-ce un bon traducteur ? ou les poèmes du « dernier poète yiddish » sont-ils si mauvais ? Surtout celle de la valeur des mots, du pouvoir de la littérature quand à la yeshive, Chaïm fait découvrir la littérature russe en vendant Dostoievski à la page. L’enfant se rend compte qu’il lit beaucoup plus de russe qu’il le pensait. La valeur de la poésie. Le métier d’imprimeur qu’il apprend à Odessa. Est-ce un  hasard si Itzik quitte Odessa chargé d’emporter des caisses de caractères d’imprimerie à New York ? Et si ces caractères n’ont plus cours devant le linotype…Si New York compte tant de poètes yiddish qu’ils se retrouvent tous devant une machine à coudre ?

L’autre question récurrente est celle de l’identité. Pourquoi le traducteur catholique a appris le Yiddish. Pour devenir un autre ?

Melting pot que cette Amérique qui s’est approprié le Yiddish et l’histoire de ces émigrants devenus de bons américains. Est-il vrai que Colin Powell  aurait conversé en Yiddish avec Itzhak Shamir ?

Même si la lecture est agréable il manque quelque chose de l’ordre de la simplicité, de l’authenticité de la saveur de la littérature yiddish des Singer  que j’aime tant.

Pixel Mourad Merzouki à la MAC

DANSE ET NOUVELLES TECHNOLOGIES

pixel

Planant, fluide, inventif, futé, magique!

Que dire de la technique parfaite des danseurs, de la souplesse de contorsionniste, de ce patineur dont je n’ai découvert les patins que bien après son apparition sur scène. le cerceau est-il virtuel ou réel? les danseurs sont-ils devant ou derrière l’écran? l’ont-ils traversé?

pixel2

L’irruption des images numériques dans la danse n’est pas nouvelle mais elle est ici parfaitement maîtrisée. Elles ne remplacent pas le corps, le corps joue avec elles avec le plus parfait naturel. Le spectateur, lui flotte dans l’incertitude poétique.

 

Ce n’est pas le premier spectacle de Mourad Merzouki à Créteil. J’ai aimé Yo Gee Ti qui se joue prochainement à Maisons Alfort!

Eric FOTTORINO – le marcheur de Fès

LIRE POUR LE MAROC

FOTTORINO

Ce voyage à Fès, Fottorino aurait voulu le faire en compagnie de son père marocain. Trop malade, il partira seul.

« Le marcheur de Fès, ce devait être toi. Ce sera moi. […] Je vais marcher par procuration. Traverser le vieux mellah ou Moshe-Maurice est devenu Maurice le Français »

On le comprend d’emblée. Il ne s’agira pas de tourisme mais de la quête du père biologique, connu sur le tard. Quête d’une identité juive pour celui qui n’a pas été élevé dans cette tradition.

« Je sais qu’il n’existe plus un juif au mellah, seulement des cicatrices à l’embrasure des portes, là où étaient jadis fixées les mezouza – ou plutôt les mezouzot, au pluriel – en signe de prière et de paix« 

Il reste, dans la ville moderne, quelques Juifs qui ont connu le père marocain de Fottorino et qui vont lui raconter Fès d’autrefois et le guider dans  le mellah. Parler de ses ancêtres, de ceux qui sont morts, de ceux qui sont partis en Israël, ou au Canada… de l’enfance de son père, de sa sœur  qui repose au cimetière.

fes mellah

Il fait revivre pour l’instant du voyage, tout un monde disparu, découvre des ancêtres, des parents éloignés. Anecdotes pittoresques parfois, touchantes toujours. Évocation de la figure du docteur Guigui., de Maimonide et de sa clepsydre….

fes mellah0003

Fottorino se sent accepté, adopté. L’émotion le submerge au cimetière où il trouve ceux dont on lui a parlé. Et au petit musée juif du cimetière, il ressent comme un malaise, comme une imposture.

«  Je reste parmi ces morts et enterrés, et envolés, une sorte de pièce rapportée. Un intrus.[…]A cinquante deux ans passés, je me sens comme un gosse pris en flagrant ; délit de mensonge. Il faut finir la comédie 

Émotion contradictoire : il croit trouver parmi ces photos son sosie.

Un livre plein de sensibilité autant qu’un document sur les Juifs du Maroc.

.

Dernier jour à Palerme

CARNET SICILIEN

palermeputti

Nous ne sommes pas logées au piano nobile mais à l’étage au dessus, dans les chambres des domestiques ? Point de balcon ni haut plafond ni moulures. La fenêtre donne sur la rue. Du reste, une très jolie vue sur les toits, les coupoles, les jardins suspendus en terrasse. A quelle église appartient la belle coupole vernissée ?

Malgré des prévisions météo désastreuses le ciel de l’aube a de belles teintes mauves et roses.
Cappuccino et beignet à ma cantine habituelle.

Quartier Capo, poissonneries

exploration du quartier Capo vers le bord de mer avec le marché au poisson, le Castello .

A 8h30 la rue Roma est bien vide et ennuyeuse. Les rideaux de fer sont baissés. La Vucceria, marché renommé? n’a pas encore déballé ses étals. Seul un vendeur de coquillages régale les commerçants voisins en ouvrant des huîtres. Mercredi, ces rues étaient très animées ? Les rues en ruine conduisent au port. Une placette harmonieuse accroche le regard. Parfois la vue est bouchée par les étais de bois qui soutiennent les façades à moitié écroulées. Résultat des bombardements ou d’un tremblement de terre ? Les voiliers de la marina se balancent doucement sous un pâle soleil. Le marché aux poissons, 1ère étape du programme, est fermé le dimanche. C’est un bâtiment de ciment ressemblant à n’importe quelle criée .Le poisson a été pour nous une déception. En vacances au bord de la mer, nous pensons trouver du poisson frais. Dans les petits village, impossible de trouver un poissonnier. Paraît il que le poisson se vendrait sur les quais ? A Terrasini les pêcheurs étaient au café, nous avons acheté de l’espadon surgelé. A Palerme, le marché regorge de poisson de toute fraîcheur. Les sardines toutes raides. Nous avons l’impression que tout le poisson de l’île est arrivé à Palerme ;

Santa Merda!

Du Castello, il ne reste que les fondations au milieu d’un terrain vague grillagé dans un décor de bâtiments modernes laids reconstruits après la guerre . Des écoles bien taguées : »Santa Merda » . Comme cela doit être bien d’enseigner à sainte Merde !
Nous négligeons deux églises : l’Oratorio del Rosario et la Chiesa di S Maria en Valverde.

 

L’oratoire San Lorenzo, putti de Serpotta

palermeputti0002 - Copie

 

A l’ombre de l’énorme église S Domenico, dans une ruelle, se trouve le petit oratoire de San Lorenzo dont j’avais cherché la clé en vain. Un groupe d’Américains attend la conférencière accompagnée d’un monsieur en veste rouge qui ouvre l’oratoire, et allume les lumières. Nous avons de la chance ! Il vient d’être restauré. Est ce encore une église ou un musée de Serpotta ? Sans un regard pour les grandes toiles peintes, nous nous occupons d’abord des grandes statues représentant les Vertus : l’Humilité porte un oiseau sur la tête, le Courage, Fortitude prend une pose alanguie, on s’attendrait à une attitude plus martiale . Rien à dire de la Charité et la Justice .Les putti avec toute leur malice, leurs jeux, leur fantaisie, n’apportent toute leur grâce. Sans eux, les Vertus palermeputti0002auraient été ennuyeuses. Fernandez les a si bien décrits que je trouve rien à ajouter. Nous cherchons les plus amusants pour les photos. Ce n’est pas évident. Ceux qui se détachent sur le fond or de l’orgue ressortiront mieux. Sur un fond blanc, ce sera plus difficile. Je suis ravie. J’attendais avec impatience de les voir après mes lectures. C’est une aubaine d’être arrivées en même temps que le groupe, le dernier jour. Nous leur emboîtons donc le pas pour profiter de notre sésame. L’Oratoire del Rosario est beaucoup plus classique.
San Domenico
Visite éclair à San Domenico, grande église ennuyeuse, un regard au chien portant la bougie sur la façade. Domine cani rappelle Dominique.
panini
Il est temps de rentrer. Nous vient l’idée de nous faire nous même les panini au marché. J’entre dans une salumeria qui vend également du pain. C’est une mauvaise adresse. Le charcutier est un malappris qui nous fait lanterner, ne pèse même pas le salami et évalue sa marchandise à 4 €. Nous aurions pu trouver bien moins cher et meilleur dans un bar !

palermeputti0001 - Copie
route vers l’aéroport
Pour éviter l’embouteillage inévitable de la Circonvallazione et ses travaux, j’ai l’idée de rendre la route qui longe le port puis qui mène à Mondello. Il fait beau. La côte est découpée. La route se faufile entre le rocher abrupt et nu du Mont Pellegrino et la mer. Nous retrouvons les bouchons en traversant Addaura. Arrivées à Mondello, Dominique est très inquiète. Nous ne nous arrêterons pas pour fouler le sable une dernière fois. De toutes façons le parking est impossible. On se contentera de regarder une sorte de casino aux toitures de pagode Belle Epoque ornée de flèches et de pointes construit sur pilotis dans la mer, ainsi que les très belles villas Liberty qui ressemblent à celles du Vedado.
Midi, nous posons la voiture sur le parking des voitures de location. L’entrée de l’aéroport est très mal conçue : le parking est séparé de l’aérogare par une route infranchissable avec les bagages. Il faudrait abandonner le caddie et prendre un escalier puis un ascenseur. Enregistrement à 13h10 et attente interminable dans le hall d’embarquement. Notre avion est en panne. Nous devons attendre près de trois heures qu’un autre le remplace.
En vol
Les nuages nous cachent les côtes siciliennes, nous ne reverrons pas Trappeto. Au dessus de la Sardaigne, les nuages se dissipent, nous survolons la Corse et reconnaissons l’aéroport de Nice. Dominique cherche Menton. A partir de Serre Ponçon, je connais toutes les montagnes. J’arrive à identifier tous mes sommets, Bure et son observatoire, le Grand Ferrand, l’Obiou et même le Rocher de Garnesier et le vallon des Aiguilles. L’avion fait cap vers le nord survolant des régions inconnues. Je ne retrouve mes repères qu’en Sein et Marne. Le cercle parfait d’Eurodisney, les pistes de Roissy. Comme l’avion ne peut pas atterrir, on nous offre un merveilleux survol de Paris. Nous nous amusons beaucoup à trouver Villeneuve et la gare de triage, Choisy et nos tennis, Mondor, le Montaigut…puis Notre Dame, les Invalides, la tour Eiffel ! Nous avons oublié l’attente. Plaisir du voyage en avion.

Retour à Palerme – catacombe dei capuccini – la Ziza

CARNET SICILIEN

Palerme sous la pluie, catacombes des Capuccini, Ziza,

 palermerues sous la pluie0003


Mauvais temps.

Nous arrivons à Palerme par la via Calatafimi, toujours aussi encombrée, la circulation est toujours aussi infernale. Les voitures font toujours n’importe quoi. Une voiture grille un feu, se repent et recule en pleine circulation manquant une moto juste derrière. Une autre s’arrête en pleine circulation, le chauffeur prend tout son temps pour choisir ses tomates …

Catacombes des Capuccini

Les Catacombes des Capuccini sont situées à côté du cimetière. je donne 1€ au gardien du parking qui nous trouve une place.  Il a l’air content. La voiture sera bien gardée. Heureusement : toutes nos affaires sont dans le coffre.

A l’entrée des catacombes, pas de billetterie mais l « offrande » est tarifée : 1.5€ par personne. Un vieux moine en robe de bure encaisse. Des panneaux incitent au respect « lieu sacré ».

Par un couloir puis un escalier nous arrivons à une porte vitrée : nous voici dans le domaine des morts. Si nous étions seules ce serait plutôt terrifiant. Des groupes de touristes parlent à haute voix, rient même très fort. Ce manque de respect aux défunts est choquant mais tempère l’aspect macabre de la visite. Debout, alignés sur plusieurs étages, dans des alvéoles verticales ou arrondies en haut, ou couchés dans des loges horizontales, certains dans des cercueils ouverts. En rang habillés de leurs beaux habits fanés. Leur crâne est le plus souvent dénudé. Quelquefois la peau est restée. Certains ont encore une physionomie qui permet d’imaginer le personnage vivant. Les enfants portent des robes fines décorées de petits plis et de dentelles. Des hommes sont habillés de redingotes ou portent des imperméables. Ce qui m’étonne le plus, ce sont les dates sur les étiquettes. Tous sont morts au 19ème siècle entre 1850 et 1890. L’idée de la momification est liée dans mon imagination à l’Antiquité ou aux civilisations incas. En 1870, les gens n’étaient pas bien différents de maintenant. Ils vivaient une vie moderne, peut être connaissaient déjà le téléphone ? Qui a eu l’idée de cette momification ? Le défunt ? Sa famille ? Comment a t on livré ces morts aux visites touristiques ?

La Ziza château arabo-normand

la Ziza : un palais arabe pour un roi normand
la Ziza : un palais arabe pour un roi normand

Comme la voiture est bien garée et que sur le plan cela paraît près, nous décidons d’aller à pied à la Ziza. Il faut contourner le cimetière. Nous parvenons dans une zone bizarre avec des petits jardins potagers puis d’énormes immeubles d’habitations en hautes barres peintes d’ocre foncé et de vert. Nous demandons notre chemin à une dame qui porte un parapluie. Très gentille, elle propose de nous accompagner et m’offre la moitié de son ombrelle. Justement, son fils passe en voiture et nous emmène jusqu’au Palais de la Ziza.
Le château arabo-normand est un édifice cubique. Seules quelques ogives trahissent son origine normande. On dirait un  palais arabe ? Maintenant, il est situé dans  un quartier d’habitations. Dans sa splendeur première il  était entouré de jardins, de vergers. Une pièce d’eau rectangulaires et d’autres pavillons cubiques en faisait un palais oriental de rêve. Les poètes arabes le vantent dans tout l’Orient comme un lieu paradisiaque. Derrière des tôles de chantier, on s’affaire à restaurer le parc initial. Le palais a subi bien des vicissitudes :la dernière en date fut un écroulement d’un bon quart. La restauration récente, béton brut et brique est très sobre. Les voûtes arabes en nid d’abeille ont été conservées.

Entrelacs arabes et mosaïques byzantines
Entrelacs arabes et mosaïques byzantines

Deux salles d’apparat sont superposées. Celle du bas s’ouvre sur un arc en fer à cheval, en face une niche en nid d’abeille. Une fontaine de marbre avec un bassin s’écoule vers l’extérieur. Au fond trois mosaïques byzantines, des frises arabes comme celles de la chapelle Palatine dans du marbre blanc. Au dessus la salle de réception est ornée de colonnes romaines en granite avec des chapiteaux corinthiens. Au centre, un impluvium était relié à un système sophistiqué d’écoulement des eaux. Bien sûr, le Palais est vide. Il sert de lieu pour des expositions. Objets décoratifs islamiques : faïences, cuivres et moucharabiehs  sont anachroniques mais bien mis en valeur. Des panneaux racontent l’art de vivre dans les palais normands. Ils sont illustrés par les reproductions de peintures du plafond de la Chapelle Palatine. C’est une excellente idée. Dans la foule des visiteurs et dans la pénombre je n’avais pas vu les scènes peintes. Il aurait fallu d’excellentes jumelles.
Cela me donne l’idée de retourner à la Chapelle Palatine.

Rose et noir

les couleurs de Palerme
les couleurs de Palerme

Le retour, sous la pluie, est plus court que prévu. Les rues sont pavoisées de rose et noir, les couleurs de l’équipe de foot de Palerme ?

Chiuso!

palermerues sous la pluie0002

Nous nous installons dans la voiture devant l’entrée de la Chapelle Palatine pour surveiller l’entrée. Curieusement, il n’y a que de rares touristes qui ne s’attardent pas. A 14h45, je vais me poster à la grille. Elle ne s’ouvrira pas. Fermé le samedi après midi !
Comme c’est l’heure de la sieste, il y a peu de voitures. Nous prenons Vittore Emmanuele jusqu’au Quattro Canti puis la Maqueda. Nous retrouverons notre Palais, l’escalier de marbre rouge, l’entrée avec son blason, les plantes vertes et le parking dans la cour. Mais nous n’avons plus la belle chambre donnant sur le patio.

marionnettes

palermeropra degli  pupi - Copie

La pluie a cessé, nous nous promenons dans les rues de notre quartier et allons à la Cathédrale pour chercher le spectacle de marionnettes « Opera degli Pupi ». La salle est toute petite, deux pièces d’habitations en rez de chaussée réunies. De simples bancs, un castelet de guignol. La pièce : Orlando Rinaldo et la belle Angelica. Nous arrivons en même temps que deux groupes de touristes allemands. Le marionnettiste raconte l’histoire avant le début du spectacle ? Orlando (Roland) part à Paris se marier avec la belle Angelica. Rinaldo (Renaud) prétend enlever Angelica. Duel entre les deux prétendants que Charlemagne sépare. Il veut leur couper la tête et promet Angelica à celui qui tuera le plus de Sarrasins. Tous les Sarrasins sont tués mais Charlemagne garde Angelica auprès de lui pour que Rinaldo et Orlando, les preuxs paladins (qui sont mariés par ailleurs) continuent à tuer des Sarrasins.

palermeropra degli  pupi
Les marionnettes hautes de 80 à90 cm sont en bois articulées. Elles pèsent 10 kg habillées de leurs armures et de leurs armes avec des panaches emplumés. Les morceaux de bravoure sont les batailles. Les Sarrasins sont découpés dans le sens de la longueur ou décapités.
Nous rentrons par le marché qui occupe le quartier derrière l’hôtel. par hasard nous passons devant l’église du Gesu bien cachée dans le dédale des ruelles de l’Albergheria avec les étals du marché qui cache les perspectives. Cette église très réputée est très belle, très baroque. Mais elle est pleine, il y a un mariage comme dans toutes les églises que nous avons visitées aujourd’hui. Le samedi d’après Pâques doit être un jour faste pour se marier ! Nous nous promettons de revenir demain matin.
Au coin d’une ruelle : une banderole. Une manifestation ? Ce sont les Ivoiriens de Palerme qui se réunissent. Musique et ambiance africaine. Une femme en boubou remplit un jerrican d’eau à une borne fontaine d’une placette. Pendant que les hommes palabrent, les femmes vont à l’eau comme en Afrique. Sauf qu’ici, ils habitent dans des palais. Palais bien délabrés avec des colonnes, des balcons renflés des moulures mais pas l’eau

Mazzara del Vallo – carrières

CARNET SICILIEN

 

Arc
Arco Romano

Lungomare

La pluie a laissé sur la voiture de vilaines taches de poussière. A Mazzara del Vallo, le temps est couvert. Nous laissons la voiture sur le Lungomare Mazzini qui est une jolie promenade plantée de platanes qu’on est en train d’élaguer sur le bord de la mer ; sur l’autre trottoir, des ficus et des palmiers donnent un air exotique.
L’Arco Romano est un vestige normand ! Un mur percé d’une belle porte gothique se trouve dans un jardin avec un bassin où nagent d’énormes poissons rouges. Rien d’autre ne subsiste du château du XIème siècle.

Duomo

Duomo et coupoles vernisées
Duomo et coupoles vernisées

la kasbah

Dominique se faisait une fête de se promener dans les ruelles de la kasbah. Nos guides étaient très prometteurs « des enfants interpellant les passants en arabe, des vieux fumant le narguilé … » Un petit voyage, en raccourci dans la Tunisie toute proche…Ce matin, il fait frais, les vieux n’ont pas envie de sortir leur chaise pour fumer dehors, les enfants sont à l’école. Deux femmes voilées sortent prestement, un cabas à la main. Rien de bien exceptionnel ! Dominique est déçue. Il aurait suffi d’un peu de soleil pour que la rue soit animée .Les ruelles ne sont pas bien différentes de celles de Sciacca ou de Trapani : murs beiges, jaunes, linge aux fenêtres. Parfois un balcon soutenu par des volutes baroques, avec une ferronnerie renflée pour les élégantes et leurs robes à panier, parfois un mur décoré en pointe de diamant, une belle porte…
La Piazza Santa Veneranda est calme. Assises sur les marches de la Chiesa S Veneranda nous levons les yeux dé découvrons un de ces balcons renflés qui paraît déplacé à la façade d’une église. Quelle élégante viendra se pavaner là ?

Nous nous dirigeons vers le fleuve pour voir le port. Et passons devant la Chiesa San Nicolo Regale : église cubique avec une coupole, plus grecque que normande. A l’arrière, l’abside forme de gros cylindres un peu comme en Croatie.

Musée du Satire

satire dansantLe Musée du Satire est ouvert depuis peu (2003) dans une belle église à la façade très sobre. La statue est installée dans une enceinte noire, seule sur un piédestal. C’est une belle statue de bronze. Dans le reste du Musée des objets ayant un rapport avec la mer et l’archéologie marine sont très bien présentés dans des vitrines accompagnées de panneaux explicatifs très intéressants commentant le commerce en Méditerranée. En exergue : une citation de Braudel. Une vidéo raconte la découverte et la restauration du Satire. Tout le Musée est conçu pour mettre en valeur une seule statue. Plus je la regarde, plus je la trouve belle, si attachante que j’ai du mal à quitter le musée. C’est un éphèbe dansant en extase, comparé à un derviche tourneur. Son visage est tourné vers le ciel, ses cheveux aux longues mèches sont entraînés dans le mouvement tournant. Tout suggère le mouvement. Le bronze, patiné en mer a un aspect irréel. Après cette visite, nous rentrons au gîte. Pas envie de voir d’autres images qui brouilleraient celle de la statue.
Déjeuner à la maison, espadon et épinards (avec du parmesan, c’est encore meilleur).

Cave di Cusa

Cave di Cusa

La pluie nous a laissé un répit d’une bonne heure pour visiter les Cave di Cusa, carrière près de Campobello d’ou a été extrait le tuf des temples de Selinunte. Les colonnes les plus anciennes monolithes font penser à l’obélisque inachevé d’Assouan .

Cave di Cusa - CopiePromenade agréable dans un site agreste au milieu des vergers d’oliviers. je suis impressionnée par le soin apporté aux oliveraies impeccables : pas de mauvaises herbes taille d’oliviers petits, irrigation au goutte à goutte :les oliviers portent un collier de caoutchouc noir . Je m’étonne : irriguer des oliviers alors qu’ils poussent depuis des temps immémoriaux dans ce climat méditerranéen ! Le site est planté d’amandiers, de caroubiers et de chênes verts. Des graminées portent de gros épis barbus. Les coquelicots rouges tranchent sur le vert. De l’ail aux délicates inflorescences blanches. Promenade romantique : les tambours gisent sous les arbres, abandonnés. D’autres sont encore en place dans les profondes entailles circulaires.

Jean GIONO – Le grand troupeau

ONZE NOVEMBRE

otto dix

En vacances alors en Provence, à la suite de Daudet, de Mistral et de Pagnol, j’avais envie de compléter mes lectures par Giono. Sur la recommandation de Dominique, j’ai téléchargé Le Grand Troupeau, puis tardé à le lire. Les commémorations des deux guerres mondiales se superposant cette année, j’hésite même à allumer la télévision, les guerres actuelles suffisent !

Mais c’est un grand livre et j’aurais eu bien tort de le bouder.

gionoUn grand livre pacifiste qui oppose la vie des hommes et des femmes  des Alpes du pays de la Durance à la boucherie qui se déroule à Verdun et sur les autres champs de bataille de la guerre de 14.

Le Grand troupeau est il l’armée qui a réuni au début d’Aout 14 tous les hommes du village ou est-ce cette transhumance anticipée qui fait descendre de l’estive toutes les brebis  derrière le vieux berger. Dans cet été si beau, les anciens décèlent la pourriture, sur une feuille de vigne, dans la Durance. Giono n’oublie pas la nature, les animaux. Ce bélier mouton-maître, qui perd son sang, anticipe la saignée de la guerre.

La vie est l’affaire des femmes, des jeunes surtout, qui sentent leur sang chaud après le départ de leurs hommes et qui fauchent, labourent et sèment à leur place.

Allers et retours entre les Alpes et le front. Chez ces hommes, des paysans pour la plupart, pas d’héroïsme inutile, mais une grande fraternité quand Joseph ou Olivier réconfortent leurs camarades blessés, leur parlent du village au moment où la vie s’écoule en blessures terribles. Attentif aussi à la nature, à un arbre blessé, un lézard qui vient d’éclore, à la fatigue d’une mule ou d’un cheval. Jamais de paroles cocardières, ni de vain patriotisme. Fatalité d’un combat dont jamais le sens n’est explicité. Pas de rébellion non plus. Les hommes, sont ce grand troupeau qu’on mène au combat, ordres qui n’admettent pas de discussion. Le seul Allemand rencontré, un prisonnier, est un brave homme.

C’est un hymne à la nature, à la vie, beauté des Alpes. Beaucoup de descriptions. Giono nous fait voir la lumière, la couleur du ciel. Il nous fait sentir les odeurs, celles agréables de la campagne mais aussi celles écœurantes du champ de bataille, des blessures qui suppurent, des maladies.

Sciacca, Caltabelotta par un jour ensoleillé

CARNET SICILIEN 2004

 

porta del Salvatore (XIVem s.)
porta del Salvatore (XIVem s.)

Sciacca est une ville en pente!

Sciacca est une ville en pente ! Nous descendons au port, très actif. Il y a,  en fait, trois ports : un  port de pêche pour les petits bateaux, un port de plaisance, petit, un dernier pour les gros bateaux. Les digues avancent dans la mer en dessinant des triangles. L’eau  est d’un bleu magnifique, lisse. Le ciel, sans nuages. C’est une belle journée !

Contrairement à nos supputations, le centre-ville est situé en hauteur. Nous remontons par des rampes contournant la ville, arrivons à l’établissement thermal et finalement trouvons une place de parking sur la Plazza Triscia.

Malheureusement, les itinéraires des guides partent des portes de la vieille ville. Nous nous dirigeons au hasard, remontons des ruelles très raides entre des maisons hautes de deux ou trois étages. Les voitures ne peuvent pas passer ! Comme il fait beau, nous apprécions cette promenade. Sauf qu’il était complètement inutile de grimper ainsi.  Les édifices remarquables sont construits en enfilade sur une même rue au niveau de la place où est  garée la voiture.

monuments gothiques et baroques

sciaccia0001

Nous trouvons la Porte de Palerme, puis la Porte del Salvatore, arcs de triomphe, en face la Chiesa Santa Margherita et la Chiesa del Carmine. La première est un musée baroque avec un orgue peint extrêmement travaillé, des fresques et des angelots de stuc sur des nuages qui s’empilent. La façade de Santa Margherita est beaucoup plus sobre avec son porche gothique catalan. Sur le côté, un poche de marbre de Laurana. J’ai découvert ce sculpteur au palazzo Abatellis. Malheureusement sur le crépi crème, le marbre blanc ne se détache pas assez.

L’autre église del Carmine a une façade bizarre. Sur l’abbaye normande en pierre blanche très simple, décorée d’une jolie rosace, on a plaqué la moitié dune lourde colonnade baroque de pierre grise. La façade n’a pas l’air terminée. A t on changé d’avis ? L’a t on démontée plus tard ?

Sur la même rue, le  Palazzo Steripinto avec sa décoration en pointe de diamant et ses fenêtres gothiques puis l’escalier gothique dans une cour. Nous suivons les indications des guides comme un jeu de piste.

Orgue très baroque!
Orgue très baroque!

Tout est plus accueillant quand il fait beau

Rien d’extraordinaire, la ville sous le soleil est vivante, les boutiques sont jolies. Les retraités sont assis sur les bancs de la place. Tout est plus accueillant quand il fait beau ! L’odeur de la fleur d’oranger nous fait sursauter. Depuis Trapeto, nous n’avons plus vu d’orangeraies, des vignes, du blé mais pas d’agrumes dans les alentours de Sélinunte . L’oranger en fleur est planté dans un petit jardin public avec une fontaine blanche, quelques palmiers où nous nous reposons pour une courte pause. Dominique cueille deux fleurs, les étamines sont dures, le stigmate collant, le parfum très fort.

Majolique

La majolique est la spécialité de Sciacca. De nombreuses boutiques proposent des assiettes décorées de grenades ou de citrons, des vases et autres céramiques. Curieusement un motif répandu est le portrait de Soliman le Magnifique ( ?) Nous aimerions rapporter à la maison des coquetiers et des cadeaux pour nos parents. Nous entrons dans une échoppe qui est aussi l’atelier du céramiste. Celui ci est jeune et parle français. Il emballe avec soin la marchandise fragile et insiste : « les plats doivent servir. Ils sont faits pour être utilisés et pas seulement pour décorer. »

château enchanté

sciaccia

Midi moins cinq –  il reste peu de temps pour arriver au jardin du Château Enchanté. Le gardien, très aimable nous laisse entrer. Au flanc de la colline, le verger d’olivier a été aménagé avec des murettes de briques rouges très incongrues. Les herbes folles ont été coupées. Les têtes alignées font penser aux monstres de la Villa Palagonia. C’est uniquement l’accumulation de sculpture qui fait l’originalité de l’oeuvre.

Individuellement,  les têtes seraient affreuses Le plus horrible : les agglomérations de têtes cimentées qui sortent d’un magma sont une vision infernale que Dominique refuse même de regarder.

Vers l’intérieur : route de Caltabelotta

Caltabelotta
Caltabelotta

La route de Caltabellotta est spectaculaire. Elle grimpe dans la montagne, très verte en cette saison, couverte de blé. Comment cultive-t-on sur de pareilles pentes ? Dans les herbages, en altitude, nous rencontrons nos premières vaches siciliennes. A droite, la mer, d’un bleu profond est bordée par une large bande turquoise ? Aux heures chaudes, une brume estompe l’horizon qui grisaille les couleurs : l’ennemie des photographe !
Une caravane de cycliste pédale vaillament : des touristes allemands ou hollandais, souvent à l’âge de la retraite. Ils ne semblent pas peiner malgré le dénivelé (950 m pour 18 km). Comme toujours, en Sicile, impossible d’arrêter la voiture. Aucune aire panoramique n’est aménagée. Dommage pour Dominique qui ne peut pas relâcher son attention de la conduite pour profiter de la vue.

Bien qu’on n’ait pas dépassé 1000m, le paysage est celui de la haute montagne : herbages et buissons d’euphorbes, petits pics rocheux comme des chicots. Me rappelant la route entre le Dévoluy et Valence. A l’entrée de Caltabellotta des cavités sont creusées dans une falaise, on dirait un pigeonnier cappadocien. Ce sont les nécropoles sicanes, les premiers occupants de la Sicile.

Caltabelotta

Caltabelotta - Copie

Caltabellota surgit au dernier moment, blottie sous trois éperons rocheux. Les maisons sont tassées les unes contre les autres. Les toits de tuile s’enchevêtrent. Je pense à Moulay Idriss et à ses deux collines avec la différence qu’au Maroc les maisons étaient d’un blanc éclatant tandis qu’ici elles forment un camaïeu beige rosé, ocre et jaune.

les toits de Caltabelotta
les toits de Caltabelotta

Je descends de voiture pour prendre photo sur photo. La route dépasse un plateau herbu où est plantée une grande croix qui s’avance dans le vide ? En face : les reste d’une construction gothique, normande sans doute. Après bien des lacets, nous parvenons sur une esplanade ? Il faut continuer à pied et grimper les marches herbues pour atteindre une petite église San Pellegrino : portail baroque délicat avec d’étranges nymphes nues. Accolé, un bâtiment   plus fruste, tout en longueur, avec des ouvertures régulières est adossé à la montagne. Il me fait penser à ces monastères grecs inaccessibles qu’on ravitaille avec des paniers suspendus à de longues cordes ? Est ce un monastère ou le château où se réfugia Sibylle, femme de Tancrède de Hauteville à la suite de la guerre entre Souabes et Angevins déclenché par les Vêpres siciliennes ? Dans ce château, en 1302, le traité de paix  fut signé. Lequel est le château ? Peut être les ruines près de la croix ?
Nous pique-niquons au pied de la croix pour jouir d’un panorama à 360 °

Caltabelotta0001 - Copie

Au dessus du village, à la base de chacun des énormes cônes rocheux, une église. L’une d’elle, très petite presque miniature a un joli petit clocher ? Comment y parvenir ? Aucune route ne semble y conduire .Sans doute des escaliers.
De l’autre côté de Caltabellotta, symétriquement sur un autre plateau vert, la massive silhouette de la Chiesa Madre, abbaye normande de pierres blanches domine une vaste place. Plus bas, encore une église, encore au dessous, un massif couvent baroque.
Sur le plateau de La Chiesa Madre, rencontre insolite : des chèvres sont juchées sur un rocher. Un vieillard à la longue chevelure blanche, à la silhouette cassée s’appuie sur un curieux bâton au pommeau rouge vif bariolé entouré bizarrement de chiffons. Le chevrier ? Non, il se dirige vers l’église. Comme je lui demande si l’église est fermée, il lève la main d’un geste d’impuissance sans me répondre et détourne la tête .On dirait un pèlerin qui a fait vœu de silence jusqu’à la fin de son ascension.

Caltabelotta0001

Dans la ville, des panneaux destinés aux touristes expliquent que Caltabellotta fut peuplée depuis plus de 6000ans /les nécropoles sicanes sont les premières que nous voyons. Caltabellotta fut le siège de nombreux mouvements de résistance : les guerres Serviles sous les Romains, les Angevins et Souabes, et jusqu’à la 2ème guerre mondiale. Un adjectif peut résumer sa position géographique INEXPUGNABLE !

courses au rayon salumeria

Avant de rentrer à Sélinunte : courses au supermarché de Menfi. J’étais tentée par des tomates confites au rayon fromages et salumeria. Le supermarché vient d’ouvrir, je suis la troisième dans la queue La première, une dame, prétend acheter du parmesan en promotion, c’est du Grana, cela ne lui convient pas. Elle demande à goûter les deux qualités, choisit, puis demande à ce qu’on lui râpe le morceau bien choisi. Le monsieur suivant examine longtemps les salamis puis préfère la saucisse sèche enroulée sur un bâton suspendu au dessus du comptoir. Au bout de dix minutes, je renonce à mes tomates. Si chacun goûte, discute avant d’acheter cela risque de prendre des heures. Ce doit être la coutume : dans notre supérette de Sélinunte, des touristes n’arrivent pas à se décider. La vendeuse leur propose d’essayer les différentes variétés de fromages siciliens. Quand je commande les tomates confites fourrées qui restent, elle me dit d’attendre d’en préparer des fraîches. Celles du comptoirs son d’hier. La marchande les roule sous mes yeux et me donne la recette. Pecorino râpé (je mettrai du parmesan, plus facile à trouver à Créteil) chapelure, ail persil, piment séché. Mélanger le tout avec un peu d’huile d’olive et fourrer les tomates ou les olives dénoyautées.
En 1997, à Sorrente faire ses courses à l’épicerie était une expérience folklorique. La marchande allait chercher les marchandises perchées dans les rayons, café ou sucre invisible par le client. Aucun prix affiché. L’addition, une mauvaise surprise ? La seconde fois, j’avais protesté « Je ne suis pas américaine, je suis française et vos prix sont exagérés ! » Après cela nous sommes devenues amies, elle avait réduit de moitié ses prétentions et m’avais sonné des conseils de visites et signalé les événements intéressants et les processions. Maintenant, c’est fini. Les prix sont affichés. Est-ce l’Union Européennes ou Berlusconi, ou le modernisme ? L’addition est électronique. On vous inflige le scontrino. Si j’oublie de le prendre je me fais rappeler à l’ordre. Le règne du ticket de caisse a- t- il remplacé l’arbitraire ? Rien n’est moins sûr. Le panino qui coûtait 0.40 c hier est descendu à 20 c ce matin. A la pâtisserie c’est encore plus bizarre : la caisse facture 1.60 euros, le vendeur annonce 1.50E. Croyant avoir mal compris, je tends 2 euros. Il me rend 50 centimes. Pourquoi ce cadeau  à moi, la cliente de passage ?

A la plage

Nous terminons cette belle journée à la grande plage de la Réserve. Le restaurant « la Pineta » organise sa plage privée : parasols, lits pliants mais aussi chemin de dalles en plastique. On peut aller bronzer à la plage sans se salir avec le sable !
Dominique s’installe dans la dune. Je recommence ma promenade favorite à la limite des vagues. Comme je suis en short, je me mouille jusque aux genoux. On se croirait en été.
De retour à la maison, le telefonino a disparu. Course à la plage à la nuit tombante, je suis nos empreintes, retrouve l’endroit et même les pétales de la fleur d’oranger cueillie à Sciacca, mais c’est tout. Dominique va au supermarché. Toujours pas de téléphone. Il était au fond du sac. Cela m’a tellement contrariée que j’en ai perdu l’appétit. Incapable d’avaler une miette de l’espadon.