En route de Guillena à Grenade : Estepa

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Clocher d’Estepa

 

Nous  contournons Séville sur l’autoroute bordée de grandes surfaces, Carrefour,  Al Campo (Auchan), Décathlon, magasins de meubles, Leroy Merlin…Désolation de cette uniformisation des abords des cités. Nous pourrions être à Lyon ou à Evry – aucun intérêt !

Enfin La campagne! Moutonnement des collines plantées d’oliviers chevelus. Un village Puebla de Cazalla déborde du sommet d’une crète. Son église à l’avant, commela figure de proue d’un navire, son campanile séparé, un peu décalé de la nef, surmonté par une curieuse coupole aplatie comme celle d’une mosquée.

8°C, il fait très frais, on met le chauffage dans la SEAT Altéa.
Des montagnes escarpées se profilent au loin.
Au km 85, nous dépassons Osuna, petite ville blanche au flanc d’une colline dominée par une grosse forteresse créée jaune. Je ne sais pas pourquoi, je pense à Ostuni dans les Pouilles – peut être seulement la consonance ?

Le long de la voie ferrée poussent des agaves. Les lilas sont en fleurs. Les collines deviennent très blanches : la marne affleure quand on a labouré au pied des oliviers.

 

Estepa baroque
Estepa baroque

 

 

Estepa : estupendo !!!

Nous traversons le village endormi. Une belle façade baroque avec des colonnes torses : le Palais des marquis de Cernevalas, attire mon regard. J’entre dans une magnifique église baroque sans pouvoir la visiter : les Pasos des processions barrent le passage.

Oliviers, villages blancs, façades baroques, comme dans les Pouilles !

Je monte à la colline San Cristobal où se trouvent deux couvents Santa Clara,un couvent franciscain, les ruines d’un château fort et une belle église fortifiée gothique Santa Maria.

Cet ensemble de monument est mis en valeur dans le parc Francisco Ayala – homme de lettres local qui a étudié Cervantès et traduit entre autres, S Zweig. Cette promenade tranquille est une surprise merveilleuse. Des panneaux racontent l’histoire de la petite cité : « Estepa, de la Préhistoire aux romains… », la tour médiévale semble tenir un pont-levis.

Au sommet, j’entre dans la cour des Sœurs. Rien n’interdit l’entrée « sauf aux chiens ». On a affiché la liste des prix des pâtisseries qu’on commande à une religieuse invisible derrière un tour (passe—plat). Encore un souvenir italien, ou plutôt sicilien et littéraire conté par Dominique Fernandez.
Le couvent des hommes est mieux fermé je ne fais aucune tentative pour entrevoir l’intérieur.
Du haut de la colline, la vue est étendue : un azulejo nous détaille le « balcon de l’Andalousie ».
Dernier  monument : la tour baroque Santa Victoria, très haute et très décorée.

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Dans les rues blanches en pente raide, les femmes sont occupées à balayer devant leurs portes. Le font-elles chaque jour ou Pâques marque-t–il une occasion spéciale ?

A la sortie du village, je peste encore contre les Espagnols, leurs lotissements et leurs constructions exagérées.
– « ils ne sont vraiment pas écolos… »dis-je en voyant des pylônes à haute tension. Vraiment je suis médisante ! Juste à côté au km 135 en face de Pedra de la Fuente, nous voyons un champ de panneaux solaires.

Les environs de Guillena

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Aux environs de Guillena, la campagne est merveilleuse, fleurie, odorante. Les villages resplendissent. La majorité des maisons anciennes sont blanches, soulignées de jaune, d’autres sont peintes d’ocre, d’orange, de jaune qui tranchent sur le blanc et rompent la monotonie.

Aux entrées des bourgs, des quartiers entiers sont complètement neufs et souvent inachevés. Le Courrier International de la semaine passée relatait l’éclatement de la bulle immobilière en Espagne. La construction, après le bétonnage de la Côte qui date déjà depuis des décennies, s’est emballée dans les villes, et même, nous le voyons ici, dans les villages. Ces « urbanizaciones » étaient elles vraiment nécessaires aux habitants de la banlieue de Séville ? Ou résultent –elles de la spéculation immobilière effrénée comme le suggère l’article du Courrier ?

La petite cité de Burguillos est truffée de lotissements aux maisons mitoyennes alignées. Elle est dominée par une jolie église blanche juchée sur une éminence. Du parvis de l’église, la vue est très belle.

Nous continuons dans la direction de l’Estramadure et du Portugal et parvenons dans un  paysage de petite montagne. Les agrumes et les oliviers sont remplacés par des champs de blé ponctués par de très beaux chênes au port majestueux. Les crêtes se succèdent. Du grès vert affleure.

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Le village de Castelblanco abrite un musée Ethnographique et une Maison des Pèlerins. Des panneaux font allusion à un Pèlerinage – lequel ? – Compostelle ? Fatima ? Notre hôtel de Guillena sert aussi de relai aux pèlerins : un couple anglophone en tenue de marcheurs s’est présenté avec une coquille saint Jacques sur un sac à dos kaki vétuste.

J’écris, installée sur la terrasse du Bar Frances. Distraitement je jette un regard sur la télévision qui diffuse en permanence des images de la procession de Séville depuis au moins deux heures,  en direct, le soir tombe.

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La fanfare de Guillena est venue se réunir au Bar Frances. Je les ai vus arriver avec sympathie, et partir, avec soulagement. Que l’Espagne est bruyante ! Je commence, dès le premier jour, à être saturée de Vierge et de Christ portant la Croix. Dire que nous ne sommes que le Vendredi ! Ici, le dimanche de Pâques s’appelle le dimanche de la Résurrection.

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Santiponce

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Quittant Séville  par l’autoroute, nous sortons à Santiponce,  village que nous avions remarqué ce matin.

Nous passons un moment délicieux dans une oliveraie en face du monastère de San Isodoro del campo – couvent cistercien érigé en 1301 . Les ruines ont fière allure mais l’édifice gothique d’après la Reconquête  est peu visible sous des ajouts baroques.

Assise sur un pliant acheté ce matin chez une chinoise qui regardait des vidéos chinoises sur son ordinateur, parfaitement indifférente à tout étalage religieux, je reste une bonne heure à dessiner.

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Les coquelicots sont éclatants, les anthémis jaunes pâles à vif. Une fleur inconnue m’intrigue : violet pâle ressemblant à un très grand bleuet avec ses pétales effilochés sur les bords. De noirs cyprès se détachent sur les murs du couvent. La houppe de palmier dépasse.


Évidemment le couvent est fermé à la visite. Vendredi saint, on aurait pu s’en douter.

Nous nous promettons de revenir. Le site antique d’Italica, patrie de Trajan, d’Hadrien et de Théodose se trouve aussi à Santiponce.

Le théâtre antique est  adossé à une colline, derrière le champ de foire occupé par une immense tente. Surprise! sous la tente, des orangers en fleur embaument. Leur odeur captive est même entêtante. Ce matin, j’étais déçue de les trouver inodores. Une certaine température doit être nécessaire pour libérer les arômes. Le thermomètre de la voiture indique 19°C, température idéale

 

Vendredi saint à Séville

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Négligeant les grands parkings dressés exprès pour la Semaine Sainte, nous laissons la voiture dans un parking souterrain proche du Guadalquivir. Sur la promenade aménagée au bord du fleuve, les capucines d’un orange brillant grimpent au tronc des arbres. Les géraniums poussent en pleine terre.

Sur le pont de Triana, une foule  se presse, munie de sièges pliants et d’appareils photos.

Où sont donc les Pasos ?
Les gens sont évasifs.

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Un très joli édifice flanqué tourelles carrelées de bleu est construit au bout du pont .

La Plaza de l’Altozano est bordée de très beaux immeubles décorés d’azulejos, de grilles et de loggias.

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Sur le passage de la Procession, les balcons sont habillés de tissus rouge-sang décorés des palmes des Rameaux. Les stores de paille tissée sont enroulés.  Des pétales de fleurs jonchent le sol.

Le cortège passe au fond d’une rue. Un cameraman de la télévision, perché, filme. Nous ne voyons absolument rien, la foule s’entasse. Privées d’image, il reste le son – impressionnant- aussi bien la fanfare et les tambours que le silence qui leur succède au passage de la statue.

Nous tentons notre chance dans une ruelle perpendiculaire gardée par la police. Interdit de passer, c’est une voie d’évacuation en cas d’incident. Le cortège défile à au moins 50m, on devine les cagoules pointues des pénitents ainsi que la silhouette du Paso du Christ avec sa croix.

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Une fanfare se détache du cortège et vient vers nous. Certains musiciens sont en larmes, ils s’embrassent. J’ai rarement vu autant d’étreintes viriles (adolescentes). Un père équipe son fils de 4 ou 5 ans d’une cagoule pointue de velours vert. Père et fils s’éloignent main dans la main.

Séville – Paso de la Vierge de Triana

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Dans une autre rue, j’ai la chance de rencontrer le Paso de la Vierge qui croule sous les lys, les arums et  les cierges blancs. C’est une vierge très habillée avec la silhouette très caractéristique triangulaire. Le dais est soutenu de piliers d’argent. A son passage, tous font silence.

Au balcon, une femme en noir à l’allure très simple, jupe serrée pull moulant chante. La musique ressemble à du flamenco. C’est la saeta. L’émotion est perceptible. Je sens que j’ai assisté à un moment très special.

Finalement je me lasse. Il faut être très catholique ou très badaud pour supporter longtemps le piétinement de la foule. Ma curiosité de touriste est assombrie par l’intolérance de ces pénitents en des temps pas si anciens. Lisant les guides,  j’ai appris que l’Inquisition siégeait non loin de là et que,  dans ce quartier de Triana,  se trouvait la prison et qu’eurent lieu les autodafés et les supplices des Juifs.

 

Séville – Triana

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Nous nous promenons au hasard et voyons les fabriques de céramiques de la Calle Castilla.
Une colombe se pose sous un store de paille. Les géraniums dans des pots de céramique se reflètent dans une vitre. Vision fugitive…

 

Séville – bords du Guadalquivir

 

chocolate con churros.
Curieusement je n’y ai jamais goûté!
En 1974, trop désargentée. En 1981, il faisait si chaud…..En 2003, on avait raté l’occasion. C’est un petit déjeuner espagnol  servi bien trop tard pour nous, les matinales, la racion à 5€ nous servira de déjeuner pour deux personnes ! Le chocolat est si épais que je me pose la question : y tremper le beignet ou le boire ?

Et si nous allions faire un tour en ville ?

En voiture, impossible. La plupart des ruelles du Centre Historique sont piétonnières et pour cause de Procession du Vendredi saint on a coupé les artères les plus larges. Nous nous contentons des bords du Guadalquivir. Les édifices modernes de l’île de la Cartuja, le pont suspendu de travers, le bonhomme suspendu…contrastent avec la vieille ville. Nouvelle tentative en voiture et c’est à nouveau un gymkhana entre les voitures en stationnement dans les ruelles.  Aucun intérêt touristique mais je commence à me familiariser avec le plan et à prendre des repères.


De l’autre côté du fleuve nous trouvons immédiatement l’autoroute et la direction de Merida. Merida est le mot magique qui nous a permis de trouver Guillena hier soir après des kilomètres d’errance et un retour involontaire à l’aéroport.

 

Guillena – Bar Frances

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Guillena bar Frances
Guillena bar Frances

Lever tard « à l’espagnole ». Le petit déjeuner est servi sur la terrasse du Bar Frances : café au lait et tostada.  4 tables en petites lattes de bois exotique, les chaises en  vannerie, un portique brun et des murs jaunes d’or, des caoutchoucs et des plantes vertes dégoulinent de poteries vernissées. Bon goût et simplicité, cela nous convient bien.

L’hôtel est installé dans un bâtiment ancien andalou, blanc avec des grilles en ferronnerie, les fenêtres cernées de jaune.

En face, le Bar El Português évoque plutôt le western que le Portugal.

Guillena est un bourg situé à une vingtaine de kilomètres de Séville sur la route de Mérida. Par l’autoroute, on est très vite arrivé .

Il fait un temps magnifique, un peu frais, 15°C . La campagne est verte. Les rangs de tournesols hauts d’une vingtaine de centimètres soulignent le relief des collines. De belles maisons blanches avec des tourelles et des toits de tuile sont perchées au sommet de l’une d’elles . Une allée d’orangers conduit à un porche compliqué. Des palmiers se détachent sur le ciel bleu.

Créteil – Séville – Guillena

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Trouver un vol, une voiture à l’aéroport, un hôtel, pendant la Semaine Sainte à Séville relève de la mission impossible, même en s’y prenant raisonnablement à l’avance. Notre vol Vueling, le jeudi soir, arrive à minuit, la voiture est d’une catégorie supérieure nettement plus chère que souhaitée et disponible à la gare. Quant à l’hôtel, c’est complet! Ma collègue Rosa  a réservé chez sa cousine à Guillena, à une vingtaine de kilomètres de la ville.

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Nous ne verrons rien des cérémonies du Jeudi Saint, pourtant impressionnantes, dit-on. Toutes occupées que nous sommes à rejoindre la Gare en pleine nuit (c’est l’Espagne, donc les bus roulent tard) , puis à apprivoiser la grosse voiture, trouver le périphérique et l’autoroute à une heure du matin. Direction Merida!

Malgré l’heure tardive (heureusement nous sommes en Espagne!) nous sommes attendues et très bien accueillies!

Paris 1900, la ville spectacle – au Petit Palais

LE MONDE EN EXPOS

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Exposition temporaire au Petit Palais du 2 avril 2014 au 17 Aout 2014

Quel cadre merveilleux  que ce Petit Palais, construit justement pour l’Exposition Universelle de 1900!

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Paris 1900, s’ouvre sur l’Exposition Universelle, on y découvre tous les projets d’architectes les plus fous, entre autres la transformation de la Tour Eiffel et les maquettes des sculptures perchées sur les bâtiments et les colonnes. L’entrée de l’Expo était une arche imitant la structure d’une radiolaire, coiffée d’une figure féminine : une déesse antique? une allégorie du Progrès ou de l’Industrie? Marianne, la République? que nenni! c’est la Parisienne qui est mise à l’honneur.

Frises de Mucha, entrées du métro de Guimard, photos d’époque, bas-relief des travailleurs, monument à la gloire de l’automobile et de Levassor…mais aussi affiches pour les touristes allemands ou italiens avec visites et menus….assiettes commémoratives, éventails aux palns de l’exposition ou de Paris, divers souvenirs. On exploitait déjà les produits dérivés!

Et pour animer le tout : les images des Frères Lumières.

En 1900, tout ce qui fait notre quotidien faisait nouveauté et se trouvait donc digne d’être exposé : le métro, l’automobile, le phonographe, le cinéma, l’électricité et même l’observation des astres….La France se mettait en scène avec ses colonies sans aucun complexe : on peut voir les pavillons du Dahomey, de l’Algérie ou de l’Indochine.

Loie_FullerLa danse serpentine de Loïe Fuller avec ses draperies blanches ailes d’insecte ou corolle de lys, projetée dans un couloir assure la transition entre l’Exposition Universelle et la salle consacrée à l’Art Nouveau (ma préférée)  avec les meubles de Guimard, les vases de Sèvres aux motifs végétaux, les bijoux de Lalique, de Colonna et Fouquet ou de Vever, coussins de Mucha – décidément très présent . Une magnifique tapisserie des Gobelins occupe un mur . la France – une femme rayonnante – suivie d’un corps expéditionnaire en uniformes blancs et casque colonial, apporte en Afrique la civilisation aux Africains en tenue traditionnelle. En regardant bien les motifs végétaux (très Art Nouveau) on a toutes sortes de surprises : une troupe de singes très amusants, un éléphant pointe sa tête derrière un baobab, dans un coin une machine à vapeur exhale des volutes de vapeur (encore très Art Nouveau) , une machine électrique provoque un éclair, tandis que des corolles rouges pourraient bien être des ampoules électriques ou des fleurs?

La salle suivante est consacrée aux Beaux Arts, peintures et sculpture, Rodin, bien sûr, Camille Claudel, mais aussi de beaux marbres…les tableaux sont très éclectiques, Degas et Monet, Cézanne, pour les plus connus, mais d’autres, des étrangers, des catalans(déjà) des belges…toute la bohème est à Paris.

Une section très fournie et très bien présentée est consacrée à la Parisienne, principalement à la mode, des robes sont présentées sous vitrine, mais aussi des cartes postales humoristiques, des figurines, des photos de grandes dames ou de trottins….

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Paris, la nuit, nous emmène vers le Moulin de la Galette, les cabarets et même les maisons closes. Toulouse Lautrec, affiches de spectacles et photos coquines….

Enfin, le monde du spectacle n’est pas oublié, concerts, opéras, opérettes et enfin la grande Sarah Bernard – un extrait de Hamlet filmé et colorisé, la fameuse affiche de Mucha (encore) affiche de Lorenzaccio où la Grande Sarah jouait le rôle-titre. Un buste dans un coin rappelle que la grande actrice sculptait aussi à ses heures, je l’ignorais.

La projection du voyage dans la Lune de Méliès termine très agréablement la visite, une halte pour nos jambes fatiguées et l’occasion de rire!

 

Entrées à 10heures à l’ouverture, nous sommes sorties à passé 13heures. Nous aurions pu admirer aussi les collections permanente, la salle à manger de Guimard, les vases de Lalique et de Gallé qui auraient pu figurer dans Paris 1900, nous étions rompues et avons traversé ma Seine sur le Pont Alexandre III construit exprès pour l’Expo…

 

Vincent Van Gogh – Lettres à son frère Théo (les cahiers rouges)

vangoghJ’ai beaucoup aimé le début, quand  Van Gogh est aux Pays Bas et en Belgique –  années d’apprentissage. Apprentissage du dessin et de la couleur au contact des paysans néerlandais et des ouvriers et mineurs du Borinage. Il se dépeint en ouvrier, en apprenti, en paysan,  plus qu’en artiste.

« Faire des études, selon moi, c’est semer, et faire des tableaux c’est récolter »

Tandis qu’il se trouve parmi les mineurs des charbonnage il compare son travail au leur

« Qu’est-ce que dessiner? Comment y arrive-t-on? c’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce qu’on sent, et ce qu’on peut. comment traverser ce mur, car il ne sert à rien de frapper fort, on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement à mon sens. »

Il se réfère à Millet pour peindre les paysans « le père Millet ».

« quand je dis que je suis le peintre des paysans, c’est bien ainsi en réalité et tu verras mieux par la suite que c’est là que je me sens dans mon milieu. « 

mangeurs de pommes de terre

Il s’attache à peindre les mangeurs de pommes de terre,  la terre mouillée après l’averse, faisant corps avec les mottes de glaises.

« Si une peinture de paysans sent le lard, le fumet, l’odeur de pommes de terre, parfait! « 

Il est pourtant d’une grande culture, citant Victor Hugo, Balzac ou Zola.

S’il admire infiniment Rembrandt, c’est à Delacroix qu’il emprunte sa théorie des couleurs :

« Car les lois des couleurs que Delacroix a codifiées pour la première fois; et mises avec netteté à a portée de la généralité des hommes dans toute leur ampleur et tous leurs rapports, comme Newton fit pour la pesanteur et Stephenson pour la vapeur. Ces lois de la couleur, dis-je sont une vraie lumière, c’est absolument certain. »

Il décrit à son frère ses tableaux en détail, opposant les couleurs:

« Le printemps il y a le jeune blé vert tendre et les pommiers roses en fleur. l’automne, il y a le contraste des feuilles jaunes avec les tons violets; L’hiver, il y a la neige et les petits personnages noirs. donc si ‘été il y a opposition des bleus avec un élément orange… »

A Anvers, il s’inspire aussi de Rubens. Il cherche des modèles pour peindre des figures, des portraits. Et chaque fois se considère comme en situation d’apprentis, en recherche permanente d’une perfection qu’il se sent loin d’atteindre.

« c’est que je sens en moi de l’obstination et je suis au dessus de ce que les gens peuvent dire de moi… »
Il retrouve ensuite son frère Théo à Paris, se reconnait dans les impressionnistes, et leurs successeurs, Pissaro, Gauguin, Seurat. il rêve de communautés d’artistes, de coopératives un peu comme les Pré-préraphaélites..

« Néanmoins les artistes ne trouveront pas mieux que se mettre ensemble, de donner es tableaux à l’association, de partager le prix de vente de telle façon du moins que la société garantisse la possibilité d’existence et de travail de ses membres »
A la mitan du livre, il part pour Arles. Sa découverte du Midi au printemps est éblouissante, il décrit à son frère la nature et surtout les tableaux qu’il réalise, les vergers en fleur, la Camargue.Nous suivons le cours des saisons. les blés mûrs succèdent aux pêchers en fleur

nuit étoilée sur le rhone

 

 

« Il me faut une nuit étoilée avec des cyprès au dessus d’un champ de blé mûr ; il y a des nuits fort belles ici. j’ai une fièvre de travail continuelle »

 

 

 

Il aménage sa maison jaune pour recevoir Gauguin. Il travaille d’arrache- pied, jusqu’à l’épuisement. Souvent l’argent manque tellement qu’il se contente de café, de vin et d’un peu de pain. Il jeûne parfois plusieurs jours. Après l’enthousiasme, on sent que le Drame se prépare, il parle de plus en plus de toqué, de folie.

« il faut que je me méfie de mes nerfs » note-t-il au mois d’octobre

« je sens moi jusqu’à être écrasé moralement et vidé physiquement le besoin de produire, justement parce que je n’ai en somme aucun autre moyen de rentrer dans mes dépenses. je n’y puis rien que mes tableaux ne se vendent pas  »

« j’ai eu un moment le sentiment que j’allais être malade mais la venue de Gauguin m’a tellement distrait que je suis sûr que cela se passera… »

Dans cette période d’activité fébrile, il écrit beaucoup. Il décrit en détail ses toiles, que j’ai vues, pour certaines à la dernière exposition.

Sur la crise qui l’emportera à l’hôpital, qui éloignera Gauguin et qui le fera cataloguer pour fou par les arlésiens, la correspondance est discrète. Van Gogh est-il fou? Est-il seulemnt épuisé? Il demande à être interné à l’asile de Saint Rémy pour fuir ceux qui le poursuivre, parce qu’il n’a plus d’atelier et pour être à l’abri pour travailler.

« Mais l’argent que coûte la peinture, cela m’écrase sous un sentiment de dette et de lâcheté et il serait bon que cela cesse si possible »
Les lettres envoyées de saint Rémy sont plus tristes… Il continue à peindre, les cyprès, les oliviers. Il lit Shakespeare et Voltaire.
J’ai aimé aussi cette correspondance fraternelle, cette confiance sans réserve des deux frères,Théo dans le talent de Vincent, Vincent dans la protection de Théo dans la compréhension mutuelle.

Théra Zeruya Shalev

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

En partance pour Santorin, j’imaginais que l’héroïne, archéologue faisant des recherches sur l’éruption du volcan aurait peut être des choses à me raconter. Très peu!l La plupart des allusions antiques à la civilisation minoenne disparue dans la catastrophe viennent de Knossos en Crète. L’hypothèse de ses conséquences en Égypte sur les Plaies d’Égypte et l’Exode ne sont  ni neuves ni documentées par des données archéologiques.
L’éruption cataclysmique, c’est la séparation du couple formé par Ella et Amnon. Séparation envisagée sereinement par Ella qui voit une ouverture dans sa vie une liberté nouvelle, mais qui tourne mal.
Avec la précision de l’archéologue, ou de l’entomologiste, l’auteure décortique les sentiments, les réactions, les tactiques, de la femme désemparée, du mari abandonné, des parents très critiques du divorce et même de ses amies,et bien sur,  de Gili, son fils de six ans. Ella s’enfonce dans la dépression.
Puis, tombe amoureuse d’un père de deux enfants. Une famille recomposée emménage dans un nouvel appartement. Nouvelles difficultés, réaction des parents, des enfants…
C’est une lecture assez pénible.
Tout ce processus est très bien analysé, on suit pas à pas Ella et ses  proches.
Peu de distance vis à vis de la famille qui est l’institution centrale. Peu de critique envers « l’instinct maternel ». Ella est une mère modèle. Les pères sont aussi très dévoués à leur progéniture. L’école cimente ces  « familles ».
Société bien conservatrice!

 

le Che s’est suicidé – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

le che

Au tout début des années 2000, le village olympique en chantier, tout est déjà en place pour annoncer la crise grecque qui éclatera 10 ans plus tard.Le genre littéraire le plus à même de faire ressentir les failles dans la société est encore le roman policier.
Corruption à grande échelle dans les chantiers des jeux olympiques? Opacité du de la spéculation immobilière? Intervention de l’extrême droite – pas encore Aube Dorée mais cela y ressemble – magouilles télévisuelles, harcèlement journalistique?
Qu’est-ce qui a poussé au suicide trois personnalités en vue à Athènes? Quel scandale? quel chantage?
Le commissaire Charitos en arrêt maladie, va mener une enquête officieuse et discrète.
Rien ne nous sera épargné des embouteillages d’Athènes ni de la canicule qui s’installe au début de l’été, nous apprendrons les meilleurs itinéraires et les rues qu’il vaut mieux éviter…un peu longuet quand on n’a pas le cerveau d’un chauffeur de taxi (je n’ai jamais conduit dans Athènes préférant le taxi ou le métro). mais cela fait couleur locale. Couleur locale, ou plutôt gouts, les recettes d’Adriani la femme du commissaire qui est une fine cuisinière.
Machos, les Grecs? Sûrement! La place traditionnelle de la femme est à la cuisine et même les jeunes futées savent qu’il vaut mieux la jouer « courge » si elles veulent arriver à se marier. Si on va plus avant dans la lecture, on voit qu’elles tirent les ficelles, et sont de hardies femmes d’affaires et d’anciennes résistantes.
Parce que le souvenir de la résistance à la Junte est encore très vif, les communistes ne sont pas encore tous désabusés. Les liens dans les cachots « Bouboulina » sont très forts….