Guillena – Bar Frances

ANDALOUSIE Pâques 2009

 

Guillena bar Frances
Guillena bar Frances

Lever tard « à l’espagnole ». Le petit déjeuner est servi sur la terrasse du Bar Frances : café au lait et tostada.  4 tables en petites lattes de bois exotique, les chaises en  vannerie, un portique brun et des murs jaunes d’or, des caoutchoucs et des plantes vertes dégoulinent de poteries vernissées. Bon goût et simplicité, cela nous convient bien.

L’hôtel est installé dans un bâtiment ancien andalou, blanc avec des grilles en ferronnerie, les fenêtres cernées de jaune.

En face, le Bar El Português évoque plutôt le western que le Portugal.

Guillena est un bourg situé à une vingtaine de kilomètres de Séville sur la route de Mérida. Par l’autoroute, on est très vite arrivé .

Il fait un temps magnifique, un peu frais, 15°C . La campagne est verte. Les rangs de tournesols hauts d’une vingtaine de centimètres soulignent le relief des collines. De belles maisons blanches avec des tourelles et des toits de tuile sont perchées au sommet de l’une d’elles . Une allée d’orangers conduit à un porche compliqué. Des palmiers se détachent sur le ciel bleu.

Créteil – Séville – Guillena

ANDALOUSIE Pâques 2009

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Trouver un vol, une voiture à l’aéroport, un hôtel, pendant la Semaine Sainte à Séville relève de la mission impossible, même en s’y prenant raisonnablement à l’avance. Notre vol Vueling, le jeudi soir, arrive à minuit, la voiture est d’une catégorie supérieure nettement plus chère que souhaitée et disponible à la gare. Quant à l’hôtel, c’est complet! Ma collègue Rosa  a réservé chez sa cousine à Guillena, à une vingtaine de kilomètres de la ville.

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Nous ne verrons rien des cérémonies du Jeudi Saint, pourtant impressionnantes, dit-on. Toutes occupées que nous sommes à rejoindre la Gare en pleine nuit (c’est l’Espagne, donc les bus roulent tard) , puis à apprivoiser la grosse voiture, trouver le périphérique et l’autoroute à une heure du matin. Direction Merida!

Malgré l’heure tardive (heureusement nous sommes en Espagne!) nous sommes attendues et très bien accueillies!

Paris 1900, la ville spectacle – au Petit Palais

LE MONDE EN EXPOS

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Exposition temporaire au Petit Palais du 2 avril 2014 au 17 Aout 2014

Quel cadre merveilleux  que ce Petit Palais, construit justement pour l’Exposition Universelle de 1900!

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Paris 1900, s’ouvre sur l’Exposition Universelle, on y découvre tous les projets d’architectes les plus fous, entre autres la transformation de la Tour Eiffel et les maquettes des sculptures perchées sur les bâtiments et les colonnes. L’entrée de l’Expo était une arche imitant la structure d’une radiolaire, coiffée d’une figure féminine : une déesse antique? une allégorie du Progrès ou de l’Industrie? Marianne, la République? que nenni! c’est la Parisienne qui est mise à l’honneur.

Frises de Mucha, entrées du métro de Guimard, photos d’époque, bas-relief des travailleurs, monument à la gloire de l’automobile et de Levassor…mais aussi affiches pour les touristes allemands ou italiens avec visites et menus….assiettes commémoratives, éventails aux palns de l’exposition ou de Paris, divers souvenirs. On exploitait déjà les produits dérivés!

Et pour animer le tout : les images des Frères Lumières.

En 1900, tout ce qui fait notre quotidien faisait nouveauté et se trouvait donc digne d’être exposé : le métro, l’automobile, le phonographe, le cinéma, l’électricité et même l’observation des astres….La France se mettait en scène avec ses colonies sans aucun complexe : on peut voir les pavillons du Dahomey, de l’Algérie ou de l’Indochine.

Loie_FullerLa danse serpentine de Loïe Fuller avec ses draperies blanches ailes d’insecte ou corolle de lys, projetée dans un couloir assure la transition entre l’Exposition Universelle et la salle consacrée à l’Art Nouveau (ma préférée)  avec les meubles de Guimard, les vases de Sèvres aux motifs végétaux, les bijoux de Lalique, de Colonna et Fouquet ou de Vever, coussins de Mucha – décidément très présent . Une magnifique tapisserie des Gobelins occupe un mur . la France – une femme rayonnante – suivie d’un corps expéditionnaire en uniformes blancs et casque colonial, apporte en Afrique la civilisation aux Africains en tenue traditionnelle. En regardant bien les motifs végétaux (très Art Nouveau) on a toutes sortes de surprises : une troupe de singes très amusants, un éléphant pointe sa tête derrière un baobab, dans un coin une machine à vapeur exhale des volutes de vapeur (encore très Art Nouveau) , une machine électrique provoque un éclair, tandis que des corolles rouges pourraient bien être des ampoules électriques ou des fleurs?

La salle suivante est consacrée aux Beaux Arts, peintures et sculpture, Rodin, bien sûr, Camille Claudel, mais aussi de beaux marbres…les tableaux sont très éclectiques, Degas et Monet, Cézanne, pour les plus connus, mais d’autres, des étrangers, des catalans(déjà) des belges…toute la bohème est à Paris.

Une section très fournie et très bien présentée est consacrée à la Parisienne, principalement à la mode, des robes sont présentées sous vitrine, mais aussi des cartes postales humoristiques, des figurines, des photos de grandes dames ou de trottins….

paris 1900

Paris, la nuit, nous emmène vers le Moulin de la Galette, les cabarets et même les maisons closes. Toulouse Lautrec, affiches de spectacles et photos coquines….

Enfin, le monde du spectacle n’est pas oublié, concerts, opéras, opérettes et enfin la grande Sarah Bernard – un extrait de Hamlet filmé et colorisé, la fameuse affiche de Mucha (encore) affiche de Lorenzaccio où la Grande Sarah jouait le rôle-titre. Un buste dans un coin rappelle que la grande actrice sculptait aussi à ses heures, je l’ignorais.

La projection du voyage dans la Lune de Méliès termine très agréablement la visite, une halte pour nos jambes fatiguées et l’occasion de rire!

 

Entrées à 10heures à l’ouverture, nous sommes sorties à passé 13heures. Nous aurions pu admirer aussi les collections permanente, la salle à manger de Guimard, les vases de Lalique et de Gallé qui auraient pu figurer dans Paris 1900, nous étions rompues et avons traversé ma Seine sur le Pont Alexandre III construit exprès pour l’Expo…

 

Vincent Van Gogh – Lettres à son frère Théo (les cahiers rouges)

vangoghJ’ai beaucoup aimé le début, quand  Van Gogh est aux Pays Bas et en Belgique –  années d’apprentissage. Apprentissage du dessin et de la couleur au contact des paysans néerlandais et des ouvriers et mineurs du Borinage. Il se dépeint en ouvrier, en apprenti, en paysan,  plus qu’en artiste.

« Faire des études, selon moi, c’est semer, et faire des tableaux c’est récolter »

Tandis qu’il se trouve parmi les mineurs des charbonnage il compare son travail au leur

« Qu’est-ce que dessiner? Comment y arrive-t-on? c’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce qu’on sent, et ce qu’on peut. comment traverser ce mur, car il ne sert à rien de frapper fort, on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement à mon sens. »

Il se réfère à Millet pour peindre les paysans « le père Millet ».

« quand je dis que je suis le peintre des paysans, c’est bien ainsi en réalité et tu verras mieux par la suite que c’est là que je me sens dans mon milieu. « 

mangeurs de pommes de terre

Il s’attache à peindre les mangeurs de pommes de terre,  la terre mouillée après l’averse, faisant corps avec les mottes de glaises.

« Si une peinture de paysans sent le lard, le fumet, l’odeur de pommes de terre, parfait! « 

Il est pourtant d’une grande culture, citant Victor Hugo, Balzac ou Zola.

S’il admire infiniment Rembrandt, c’est à Delacroix qu’il emprunte sa théorie des couleurs :

« Car les lois des couleurs que Delacroix a codifiées pour la première fois; et mises avec netteté à a portée de la généralité des hommes dans toute leur ampleur et tous leurs rapports, comme Newton fit pour la pesanteur et Stephenson pour la vapeur. Ces lois de la couleur, dis-je sont une vraie lumière, c’est absolument certain. »

Il décrit à son frère ses tableaux en détail, opposant les couleurs:

« Le printemps il y a le jeune blé vert tendre et les pommiers roses en fleur. l’automne, il y a le contraste des feuilles jaunes avec les tons violets; L’hiver, il y a la neige et les petits personnages noirs. donc si ‘été il y a opposition des bleus avec un élément orange… »

A Anvers, il s’inspire aussi de Rubens. Il cherche des modèles pour peindre des figures, des portraits. Et chaque fois se considère comme en situation d’apprentis, en recherche permanente d’une perfection qu’il se sent loin d’atteindre.

« c’est que je sens en moi de l’obstination et je suis au dessus de ce que les gens peuvent dire de moi… »
Il retrouve ensuite son frère Théo à Paris, se reconnait dans les impressionnistes, et leurs successeurs, Pissaro, Gauguin, Seurat. il rêve de communautés d’artistes, de coopératives un peu comme les Pré-préraphaélites..

« Néanmoins les artistes ne trouveront pas mieux que se mettre ensemble, de donner es tableaux à l’association, de partager le prix de vente de telle façon du moins que la société garantisse la possibilité d’existence et de travail de ses membres »
A la mitan du livre, il part pour Arles. Sa découverte du Midi au printemps est éblouissante, il décrit à son frère la nature et surtout les tableaux qu’il réalise, les vergers en fleur, la Camargue.Nous suivons le cours des saisons. les blés mûrs succèdent aux pêchers en fleur

nuit étoilée sur le rhone

 

 

« Il me faut une nuit étoilée avec des cyprès au dessus d’un champ de blé mûr ; il y a des nuits fort belles ici. j’ai une fièvre de travail continuelle »

 

 

 

Il aménage sa maison jaune pour recevoir Gauguin. Il travaille d’arrache- pied, jusqu’à l’épuisement. Souvent l’argent manque tellement qu’il se contente de café, de vin et d’un peu de pain. Il jeûne parfois plusieurs jours. Après l’enthousiasme, on sent que le Drame se prépare, il parle de plus en plus de toqué, de folie.

« il faut que je me méfie de mes nerfs » note-t-il au mois d’octobre

« je sens moi jusqu’à être écrasé moralement et vidé physiquement le besoin de produire, justement parce que je n’ai en somme aucun autre moyen de rentrer dans mes dépenses. je n’y puis rien que mes tableaux ne se vendent pas  »

« j’ai eu un moment le sentiment que j’allais être malade mais la venue de Gauguin m’a tellement distrait que je suis sûr que cela se passera… »

Dans cette période d’activité fébrile, il écrit beaucoup. Il décrit en détail ses toiles, que j’ai vues, pour certaines à la dernière exposition.

Sur la crise qui l’emportera à l’hôpital, qui éloignera Gauguin et qui le fera cataloguer pour fou par les arlésiens, la correspondance est discrète. Van Gogh est-il fou? Est-il seulemnt épuisé? Il demande à être interné à l’asile de Saint Rémy pour fuir ceux qui le poursuivre, parce qu’il n’a plus d’atelier et pour être à l’abri pour travailler.

« Mais l’argent que coûte la peinture, cela m’écrase sous un sentiment de dette et de lâcheté et il serait bon que cela cesse si possible »
Les lettres envoyées de saint Rémy sont plus tristes… Il continue à peindre, les cyprès, les oliviers. Il lit Shakespeare et Voltaire.
J’ai aimé aussi cette correspondance fraternelle, cette confiance sans réserve des deux frères,Théo dans le talent de Vincent, Vincent dans la protection de Théo dans la compréhension mutuelle.

Théra Zeruya Shalev

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

En partance pour Santorin, j’imaginais que l’héroïne, archéologue faisant des recherches sur l’éruption du volcan aurait peut être des choses à me raconter. Très peu!l La plupart des allusions antiques à la civilisation minoenne disparue dans la catastrophe viennent de Knossos en Crète. L’hypothèse de ses conséquences en Égypte sur les Plaies d’Égypte et l’Exode ne sont  ni neuves ni documentées par des données archéologiques.
L’éruption cataclysmique, c’est la séparation du couple formé par Ella et Amnon. Séparation envisagée sereinement par Ella qui voit une ouverture dans sa vie une liberté nouvelle, mais qui tourne mal.
Avec la précision de l’archéologue, ou de l’entomologiste, l’auteure décortique les sentiments, les réactions, les tactiques, de la femme désemparée, du mari abandonné, des parents très critiques du divorce et même de ses amies,et bien sur,  de Gili, son fils de six ans. Ella s’enfonce dans la dépression.
Puis, tombe amoureuse d’un père de deux enfants. Une famille recomposée emménage dans un nouvel appartement. Nouvelles difficultés, réaction des parents, des enfants…
C’est une lecture assez pénible.
Tout ce processus est très bien analysé, on suit pas à pas Ella et ses  proches.
Peu de distance vis à vis de la famille qui est l’institution centrale. Peu de critique envers « l’instinct maternel ». Ella est une mère modèle. Les pères sont aussi très dévoués à leur progéniture. L’école cimente ces  « familles ».
Société bien conservatrice!

 

le Che s’est suicidé – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

le che

Au tout début des années 2000, le village olympique en chantier, tout est déjà en place pour annoncer la crise grecque qui éclatera 10 ans plus tard.Le genre littéraire le plus à même de faire ressentir les failles dans la société est encore le roman policier.
Corruption à grande échelle dans les chantiers des jeux olympiques? Opacité du de la spéculation immobilière? Intervention de l’extrême droite – pas encore Aube Dorée mais cela y ressemble – magouilles télévisuelles, harcèlement journalistique?
Qu’est-ce qui a poussé au suicide trois personnalités en vue à Athènes? Quel scandale? quel chantage?
Le commissaire Charitos en arrêt maladie, va mener une enquête officieuse et discrète.
Rien ne nous sera épargné des embouteillages d’Athènes ni de la canicule qui s’installe au début de l’été, nous apprendrons les meilleurs itinéraires et les rues qu’il vaut mieux éviter…un peu longuet quand on n’a pas le cerveau d’un chauffeur de taxi (je n’ai jamais conduit dans Athènes préférant le taxi ou le métro). mais cela fait couleur locale. Couleur locale, ou plutôt gouts, les recettes d’Adriani la femme du commissaire qui est une fine cuisinière.
Machos, les Grecs? Sûrement! La place traditionnelle de la femme est à la cuisine et même les jeunes futées savent qu’il vaut mieux la jouer « courge » si elles veulent arriver à se marier. Si on va plus avant dans la lecture, on voit qu’elles tirent les ficelles, et sont de hardies femmes d’affaires et d’anciennes résistantes.
Parce que le souvenir de la résistance à la Junte est encore très vif, les communistes ne sont pas encore tous désabusés. Les liens dans les cachots « Bouboulina » sont très forts….

Pour en finir avec Eddy Bellegueule – Edouard Louis

Comment est-ce possible qu’un enfant soit harcelé au collège parce qu’il est efféminé sans qu’aucun adulte n’intervienne? Harcèlement d’une violence épouvantable, crachats, coups, pendant des années. Ceci m’interpelle en tant qu’enseignante. peut être un tel drame se déroule près de moi à mon insu!
Le roman – témoignage – ne se résume pas à cette problématique. Il décrit une violence permanente dans un contexte de misère qu’on croirait datée du 19ème siècle du temps de Zola. Misère, chômage, travail abrutissant, alcoolisme. Les adultes ne sont guère mieux lotis. Les habitants de ce village picard, dans le début du 21ème siècle vivent sas autre perspective que l’usine ou le RMI. Les filles se marient tôt et ont de nombreux enfants. la télévision comme unique divertissement, avec les apéros qui souvent se finissent mal.
Au moment où l’on discute du bien fondé de la théorie du genre, on voit la fabrique des hommes, fabrique du machisme, de la brutalité. les femmes participent aussi à cette reproduction des mâles, elles en subissent la loi avec colère et courage.
violence du langage, que cite l’auteur en italique, pauvreté de ce langage…
Fabrique des mâles et exclusion de tout ce qui est différent : les pédés, les arabes et les noirs.Les arabes et les noirs, il n’y en a pas au village, haro sur le pédé!

3 contes de Flaubert – Herodias – fresques de Matteo Giovanetti à Avignon

Plafond de la Chapelle saint Jean (via Wikipedia)
Plafond de la Chapelle saint Jean (via Wikipedia)

J’adore lire des fresques comme des bandes dessinées, d’ailleurs elles étaient destinées à des fidèles qui ne savaient pas lire et qui y trouvaient l’histoire sainte.J’ai découvert un artiste que je ne connaissais pas : Matteo Giovannetti. Cette chapelle Saint Jean est dédié à Saint Jean Baptiste et à saint Jean l’évangéliste.

Saint_Jean-Baptiste-Giovannetti
Villeneuve-lès -Avignon : vie de Saint Jean Baptiste – Giovannetti

De l’autre côté du Rhône, à la Chartreuse  est également peinte à fresques par Giovannetti.

Cela m’a donné envie de lire le conte de Flaubert Hérodias qui raconte l’emprisonnement de Saint Jean Baptiste et la danse de Salomé.

Plaisir du style de Flaubert qui – dans un conte, on ne se pique pas de réalisme – va donner libre cours à son imagination orientalisante et décrit la vue de la citadelle de Machaerous dans une Palestine rêvée:

« Un matin avant le jour, le Tétraque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.

Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira , et les contours de la Mer Morte apparurent. L’aube qui se levait derrière Machaerous épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines le désert, et, plus loin tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises, Engeddi, au milieu , traçait une barre noire; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme: Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, karmel des champs de sésame; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem. Le Tétrarque en détourna la vue pour contempler, à droite, les palmiers de Jéricho; et il songea aux autres villes de sa Galilée : Capharnaüm, Endor, Nazareth, Tibérias où peut être il ne reviendrait plus<; Cependant le Jourdain coulait sur la plaine aride »

Et la danse de Salomé:

« mais il arriva du fond de la salle un bourdonnement de surprise et d’admiration. Une jeune fille venait d’entrer.

Sous un voile bleuâtre lui cachant la poitrine et la tête, on distinguait les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de ssa peau. Un carré de soie gorge-de-pigeon, en couvrant les épaules, tenait aux reins par une ceinture d’orfèvrerie. Ses caleçons noirs étaient semés de mandragores, et d’une manière indolente elle faisait claquer de petites pantoufles en duvet de colibri.

Du haut de l’estrade, elle retira son voile. C’était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse. Puis elle se mit à danser.

Ses pieds passaient l’un devant l’autre au rythme de la flûte et d’une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu’un qui s’enfuyait toujours. Elle le poursuivait,plus légère qu’un papillon, comme une Psyché curieuse comme une âme vagabonde et semblait prête à s’envoler.  […] Puis ce fut l’emportement de l’amour qui veut être assouvi. Elle dansa comme les prêtresses des Inde,comme les Nubiennes des cataractes, comme les Bacchantes de Lydie. Elle se renversait de tous les côtés pareille à une fleur que la tempête agite. Les brillants de ses oreilles sautaient, l’étoffe de ses vêtements jaillissaient d’invisibles étincelles qui enflammaient les hommes »

 

Cranach (via Wikipedia)
Cranach (via Wikipedia)

 

 

The Grand Budapest Hotel : kitschissime

grand budapest hotel

Comment les Américains imaginent la Mitteleuropa des années 30 et 40? Kitschissime, inventif, crèmeux, rose….carton-pâte et effets spéciaux.

Ce n’est, certes, pas le film de l’année. Je ne crie pas au génie. Après 3 mauvaises expériences enfin quelque chose de léger, de drôle. A condition qu’il ne se prenne pas au sérieux! Que vient donc faire mon cher Stefan Zweig dans cette galère ?

grand buddapest hotel boites

La Citadelle de la Mémoire – Aris Fakinos

fakinosLIRE POUR LA GRECE

Cette citadelle est-elle Paliokastro, nid d’aigle perchée dans les montagnes sauvages  d’Épire,  assiégée par l’armée ottomane pour soumettre les palikares irréductibles? Est-ce le monastère du Prophète Elie où les moines ont conservé les manuscrits, la langue grecque, les traditions, cachés dans ses grottes qui ont abrité les fugitifs et les résistants?
La mémoire se trouve-t-elle dans les manuscrits, dans le journal d’Isidore, le bibliothécaire du monastère qui a raconté dans les marges de son Évangile la chute de Paliokastro. Ou se trouve-t-elle dans les chants des aèdes, dans les contes que racontent les femmes? Ou dans les pierres, les marbres, les tombes recélés dans la terre grecque?
L’action traverse les temps:

1789, siège de Paliokastro,mais aussi année des Droits de l’Homme, velléités des Philhéllènes occidentaux d’aller au secours des Grecs qui luttent pour la liberté.

Fin du 20ème siècle, au monastère, un écrivain essaie de retracer l’histoire de Paliokastro. Confrontation de la civilisation moderne et marchande à la tradition.

« Il y a des millions de gens dans l’histoire qui se sont battus pour une religion ou une autre, qui se sont sacrifiés pour une idée, pour la liberté ou pour la démocratie. mais a-ton entendu que quelqu’un ait accepté d’endurer prison et tortures, de se faire fusiller pour une banque? »

Temps immémoriaux qui se souviennent d’Homère, des dieux de l’Antiquité.
Roman historique, mais pas que.

Il raconte la lutte sans concession pour la liberté. Il raconte aussi la transmission de la mémoire, de la langue grecque. C’est aussi une réflexion sur la place de la Grèce, charnière entre l’Occident et l’Orient. Critique acerbe de l’Orientalisme, des « Itinéraires », de l’hypocrisie des grandes puissances, et maintenant de la civilisation marchande.  En écho à mes lectures récentes de Saïd.

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« Nous croyons que les étrangers respectent notre pays et notre passé parce que nous les voyons venir en masse admirer nos antiquités, parce qu’ils écrivent une foule de livres sur nos ancêtres, qu’ils se réfèrent sans cesse à notre civilisation. Mais tout ce la c’est de la comédie et rien d’autre. Au fond ils se fichent pas mal de nous, mais notre présence les dérange. Oui cela a l’air de te surprendre mais c’est comme ça. Si nous n’existions pas, si nous avions disparu de la face du monde comme tant d e peuples, ils seraient bien plus libres de faire ce qu’ils veulent avec notre histoire, de l’interpréter selon leur,  bon plaisir, de la tailler et de la recoudre à leurs mesures, se l’approprier peu à peu. Tu n’as qu’à lire les récits de voyages et autres « Itinéraires » des voyageurs européens qui sont venus visiter la Grèce à partir du XVIIème siècle; et tu verras, tu comprendras…Ils sont toute admiration devantles ruines, ils adorent les paysages grecs, mais ça dérange qu’il y ait encore des Grecs, ils le disent , ils l’écrivent' »

J’ai aimé cette fresque colorée, ces personnalités fortes, ces images saisissantes. L’auteur décrit avec minutie l’installation de l’armée turque, avec ses janissaires mais aussi ses tanneurs et ses bourreliers. Il raconte la vie des palikares et des femmes sur cette terre aride, leurs légendes, qui les rattachent à l’antiquité.

« Nous avons tout essayé pour trouver le salut, tout sauf les contes.

Il faut faire vite. Avant qu’ils ne soient frappés d’interdiction »