8. Agdz – arrivée à la casbah du Caïd

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA

la casbah du Caïd Ali
la casbah du Caïd Ali

 

On croyait qu’on reconnaîtrait la Casbah du Caïd, notre hôtel, où nous étions passées en 2001. On se perd. Les passants interrogés ne nous aident pas beaucoup et nous orientent sur Tannougalt où il y a une belle casbah et de nombreuses maisons d’hôtes. On galère dans Agdz la nuit.

Riad : cour d'honneur nos chambres s'ouvrent là
Riad : cour d’honneur nos chambres s’ouvrent là

Gaëlle nous attendait plus tôt.Elle nous propose deux chambres : une belle ou une chaude, situées dans le patio d’honneur de la casbah, les chambres des hôtes de marque du Caïd. Nous logeons dans un  monument historique classé.

Évidemment, je choisis la « belle » qui a un plafond peint comme au riad Jenaï. Beau plafond, mais électricité défaillante. De plus elle s’ouvre directement sur le patio et est glaciale. On se replie sur la « chaude » dans un recoin isolé du froid, qui a un plafond bas de roseaux et palmiers bien éclairée. Pas de toilettes dans le monument historique, ni de douches. Les sanitaires sont à l’écart, ils sont communs à toutes les chambres, comme au camping. Nous avons fait du camping et devrions retrouver nos réflexes. Dîner excellent dans une salle grande et déserte qui fait plutôt cantine. Harira, tagine et clémentines.

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7. De Marrakech à Agdz par le Tichka

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Riad Laarous
Riad Laarous

Yannick a bu son café avec nous et nous a accompagnées à la place triangulaire où Moued nous attend dans un petit taxi jaune Dacia. A 8h30 on peut conduire dans la médina sans déranger les étals. Près de Riad Laarouss le téléphone sonne : on a oublié le sac à dos dans le salon, nous attendons Yannick devant la pharmacie et la Poste. A cette heure matinale, en face de la station pour les carrioles à ânes, les maçons sont assis avec truelles et outils pour l’embauche journalière.Le Guéliz est le quartier européen chic avec des banques, de beaux cafés, des boutiques de marques et les journaux français dans les kiosques. Impression de ne pas avoir quitté la France.

La route du Tichka

premiers villages sur al route du Tichka
premiers villages sur al route du Tichka

Quitter Marrakech est facile, c’est tout droit ! On longe les remparts. Par la route de Fès, nous traversons la palmeraie, ses hôtels-clubs, ses golfs et ses lotissements, quelle tristesse, je ne vois même pas les palmiers. Les eucalyptus sont plus prospères. Plus loi, des olivaies, quand récolte-t-on les olives au Maroc ? Sans prévenir, une cité champignon aux immeubles rouges tous identiques, aux boutiques vides, qui semble surgir de nulle part, banlieue satellite ?Le ciel se voile, le paysage est hivernal, les arbres défeuillé. Ait Ourir : marché, des bestiaux, vaches et veaux noirs sont hissés sur des pickups. Le piémont de l’Atlas est verdi par une herbe fine qui s’avère être des brins d’orge ou de blé, au dessus de l’Oued Zat on cultive la luzerne dans de petits champs.  A chaque virage on a installé des étals de cristaux et fossiles de l’Atlas. Plus haut, une forêt de pin enclose, c’est la Réserve de chasse royale. Dans la montée, nous suivons une caravane dont la tête est une camionnette de bestiaux puis une citerne de carburants Afrikia et de nombreux pickups. Les villages de terre sont comme incrustés, adossés au flanc de la montagne. La route suit le ruisseau qui a creusé tantôt un canyon tantôt une vallée cultivée en terrasses. Le paysage devient plus minéral. Des touffes de genêts et parfois des palmiers doums tellement trapus qu’ils n’ont pas de troncs,  s’accrochent à la roche. On passe de marnes gris-vert à l’ocre et au rouge. Les neiges s’approchent. Dans l’Oued Ameskar un attelage d’un cheval blanc et d’un âne laboure.

Midi, arrêt à Taddert

les petits restaurants de Taddert
les petits restaurants de Taddert

Des réchauds de braises fument. Côtelettes d’agneau sur la terrasse du Jardin, brochettes à « La Belle Vue », tagines de l’autre côté de la rue. Je commande des brochettes. La carcasse est suspendue dans la cabine carrelée comme l’échoppe d’un boucher. Le boucher ou restaurateur, découpe un bon morceau qu’il pèse et découpe. Il cuira 10  brochettes mais il faudra attendre un bon moment. La terrasse justifie le nom du restaurant.

Le col Tizn Tichka

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Plus loin, après la barrière de neige, il y a encore des baraques de jus d’orange et au col, une grande boutique. Le col est situé à l’exacte moitié du trajet Marrakech-Ouarzazate (190 km). Plaques de neiges, vent glacial, on n’a pas envie de s’y attarder.

Descente sur Ouarzazate

Sur le versant sud, le paysage change radicalement. La neige a fondu. Les roches sont plus rouges. Le ravinement impressionnant. Le premier gros village Aguelmous a de grande maison en ciment mais aussi de vieilles constructions de pierre aux fenêtres bordées ans large tour blanc.

premières casbahs
premières casbahs

La descente est plus facile que la montée. Le relief paraît plus tabulaire, plus aride aussi. Autour des villages on cultive des vergers, au dessus la montagne est désertique. Montagne en technicolor avec des passages bruns, d’autres verts presque turquoise, des pierres violettes, des collines rouges et orange. La barre qui coiffe le relief, parfois s’effondre. Les gros blocs glissent sur la pente en un monstrueux chaos.Amezgane : de petits champs sont soigneusement préparés, rectangles délimités par des levées de terre. Rien ne pousse en ce moment, hiver ou sécheresse ?

casbah de Tifoultoue
casbah de Tifoultoue

La route contourne Ouarzazate. Arrêt-photo à la casbah de Tifoultoute : au premier plan des palmiers, à l’horizon des crêtes blanches de neige. La casbah est mal entourée : un minaret tout neuf en ciment et des antennes-relais rouges et blanches. Nous l’avions visitée autrefois.

La RN9 vers Agdz, Zagora et MHmid

Agdz la montagne Kissane et la palmeraie au coucher du soleil
Agdz la montagne Kissane et la palmeraie au coucher du soleil

La RN9 traverse un désert de pierre – plaisir de la géologue qui est perplexe. Le volcanisme a troublé les séries sédimentaires. On devine un oued asséché par la présence de lauriers-roses et de palmiers. De temps à autres, des rangées d’oliviers et d’amandiers arrosés en goutte à goutte . Cultive-t-on le désert comme en Egypte ?

Le soleil baisse, la lumière se fait rasante, flatteuse par ses couleurs chaudes et les ombres profondes qui accentuent le relief. Les strates lus dures ressortent dans les pentes. Une montagne toute en pointe s’impose : Kissane, la montagne d’Agdz rose, mauve pâle dans un ensemble tabulaire brun et noir. A ses pieds : la palmeraie, merveilleux contraste !

Le soleil baisse encore. Les conducteurs, pressés d’arriver avant la nuit deviennent nerveux. Une file de 24 pickups nous double, rallye ou tourisme de masse dans le désert ?

6. Marrakech : Musée de Marrakech et Musée de la Photographie

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Musée de Marrakech

le grand salon sous le velum et son lustre
le grand salon sous le velum et son lustre

Le palais qui héberge le musée est aussi intéressant que les expositions. . La cour intérieure est recouverte d’un velum et transformée en un immense salon éclairé par un lustre monumental en forme de cône renversé. Le sol est tapissé de zelliges. Les salles contiennent des collections de broderies, de bijoux et les souvenirs de la communauté juive. Les commentaires sont bien fait et complètent nos visites précédentes au Musée Berbère du Jardin Majorelle et de Dar si Saïd.

J’apprends donc que la broderie est réservée à quelques centres urbains ayant accueilli l’émigration andalouse : Fès, Tétouan et Rabat. Une petite exposition sur le thème du thé présente des théières. Le thé fut introduit au Maroc au 17ème siècle sous le règne de Moulay Ismaïl (1672-1727). L’Angleterre se réservait le monopole de l’importation par Mogador.

soupière pour la harira
soupière pour la harira

L’exposition la plus belle est celle des céramiques de Fès dans le grand salon aux beaux plafonds. J’aime beaucoup les motifs bleus, jaunes sur fond blanc et je remarque les soupières à harira : jobbarna.

Dans le hammam, exposition de peintures contemporaines naïves très colorées.

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Une exposition de peinture est celle de Mehdi de Graincourt, un Français résident au Maroc depuis 20ans. Il y a surtout des reproductions sur vinyle de grande taille : hommages à Matisse et à Majorelle, paysages du Maroc ou des ports de Tanger. Mehdi de Graincourt a également publié des livres dont une biographie d’Ibn Battûta (1304-1369).

Essaouira
Essaouira

La cafétéria installée dans la cour, très agréable pour boire un thé, sert également des sandwiches.

Musée de la Photographie

étonnants voyageurs

Non loin du Musée de Marrakech, on y parvient par des rues très tranquilles, sans circulation, occupées de peu de boutiques. Dans des fondouks – anciennes auberges, maintenant ateliers d’artisans menuisiers qui travaillent dans les cours dans les parfums de sciure de bois. On est surpris d’apercevoir derrière les outils et tout le déballage la belle vasque ancienne qui ornait un ancien palais.

Des musiciens percussionnistes sont installés devant le Musée de la Photographie. L’exposition Etonnants Voyageurs (décembre 2013-juin2014) présente une collection de  photographies anciennes de grand format : portraits de Berbères, d’un Juif, de Hamidou. La présentation chronologique débute en 1875 à Tanger d’abord où une école photographique  prospéra. Des photo autochromes apportèrent la couleur. Malheureusement je ne connais rien à la technique photographique : autochrome, tirages à l’albumine…Incapable d’admirer la photographie pour la technique, je découvre le Maroc d’avant l’automobile, avant le tourisme et l’occidentalisation. Turbans blancs et djellabas remplissent les ruelles, enfants en haillons, costumes traditionnels et bijoux berbères ; Beauté des souks dans la lumière tamisée par les ombrages ajourés des souks. De nombreuses explications littéraires font référence à Delacroix, Baudelaire, Pierre Loti, jusqu’à Bowles…

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Sur la terrasse, le restaurant,  nous sommes éblouies par la vue sur l’Atlas enneigé : minarets, hauts palmiers dépassent de la mosaïque des toits gris et rouge. Les paraboles occupent de nombreuses terrasses mais ne choquent pas. Le menu est à 80dirhams : salade d’aubergine ou harira, tagine yaourt. Nous commandons deux salades, des desserts et du kerkadé (62dh). Je dessine enthousiasmée.Il est presque 4h lorsque nous quittons la terrasse. Nous faisons un petit tour dans la direction des tanneurs par un souk où l’on vend surtout des produits alimentaires, boucheries et grillades. Le ballet des scooters et des mobylettes nous dissuade de continuer.

5. Marrakech : medersa Ben Youssef

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La cour de la médernsa et son bassin
La cour de la médersa et son bassin

Du  Riad,  on passe devant le Hammam du quartier, sous une arche, l’entrée se trouve dans un passage.

La Medersa Ben Youssef est une sorte d’université qui hébergeait des étudiants il n’y a pas si longtemps – on voit les boutons électriques – dans les chambres des étudiants.

la cité universitaire?
la cité universitaire?

Nous commençons la visite par celle des quartiers des étudiants. Les chambres font plutôt penser à des cellules de prisonniers tant elles sont exigües : la solide porte est percée d’un guichet. Murs et sol sont nus, sauf un renfoncement (pour ranger les livres ?) une natte est repliée le jour, une écritoire bas est le seul meuble. Dans un angle, des barreaux font une échelle rudimentaire vers une trappe carrée, un autre étudiant occupait- il le grenier ou rangeait on les affaires au dessus ? Il y a 132 chambres mais ans doute le double ou le triple d’étudiants se partageaient les logements.

une chambre- une cellule?
une chambre- une cellule?

La cour de marbre est occupée par un bassin rectangulaire où se reflètent les décors. Du bas vers le haut, les murs sont recouverts de zelliges surmontées de bandeaux où des lettres arabes sont été calligraphiées sur l’émail noirs puis on a gratté pour faire apparaître la terre cuite rose ce qui donne une grande liberté pour le tracé des lettres et des motifs végétaux en relief. Des linteaux de cèdre ciselé supportent l’étage des chambres des étudiants privilégiés. Le mur est revêtu de stucs. Les décors de cèdre sont un peu effacés. Les motifs décoratifs sont variés. On reconnait – entre autres arabesques – des pommes de pin et des coquilles saint Jacques.

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Dans la salle de prière, les Saadiens ont fait venir du marbre de Carrare d’une finesse extraordinaire qu’on a envie de caresser. A l’époque on payait un kilo de marbre, un kilo de sucre. Le sucre était la richesse du Maroc. On l’échangeait contre le marbre en Italie, le bronze en Espagne et même contre de l’or en Afrique. Le cours du sucre s’est effondré avec la découverte de l’Amérique et les plantations des Antilles. Le plafond de la salle des prières est en cèdre, le mihrab, très creux est décoré de motifs de stucs et de stalactites.

calligraphie
calligraphie

Kuba

De l’autre coté de la mosquée ; derrière un parking à vélos et motos, en contrebas – le niveau du sol était  alors plus bas – se trouve la kuba, vestige de la mosquée almoravide qu’on ne visite pas en ce moment.

 

4. Marrakech – le Mellah le Palais Badi, la Bahia, musée Dar si Said

 

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place des Ferblantiers luminaires
place des Ferblantiers luminaires

 

Il faut contourner la mosquée pour parvenir au Palais Badi. Mais de quel côté ? Les avis des passants sont contradictoires. Un homme nous montre un raccourci : une porte qui semble entrer dans une maison. Les ruelles conduisent à une boutique  nommée justement « le Palais El Badi ». C’est le traquenard ! L’homme nous barre le passage étroit et tend la main :

           « j’ai deux garçons ! »

Je sors un euro pour pouvoir passer. En revanche, le propriétaire de la boutique, habitué sans doute au passage, n’insiste pas pour nous faire admirer sa marchandise (beaux cuivres : plateaux, aiguières, bassins, menorah(on est dans le mellah). De l’autre côté, une rue passante avec des herboristeries.

place des ferblantiers pigments
place des ferblantiers pigments

La place des Ferblantiers m’avait laissé un souvenir très net. Il y a une douzaine d’années, on voyait travailler les artisans et tout un déballage hétéroclite. Elle a été modernisée, équipée de bancs. Les boutiques pour touristes sont amusantes avec des cônes de pigments multicolores imitant un cône de glace fondante. A peine assises, nous sommes la proie des vendeuses de bracelets, djellaba, voile, bouche masquée mais très insistantes.

          «  il ne faut pas casser la baraka ! »

Le Palais Badi est énorme. Les cigognes sont bien présentes. Nous ne trouvons pas l’entrée.

          «  C’est fermé ! » dit un vieux monsieur qui propose de nous conduire dans le mellah

          « c’est samedi, vous verrez le marché aux épices. Encore 500 juifs vivent ici il reste une synagogue, voyez la maison du rabbin ! »

marché aux épices, herboriste
marché aux épices, herboriste

« La maison du rabbin »  ce sont des chambres d’hôtes. Chabbat, cela devrait être fermé ! Je pense à Canetti sachant que je ne verrai plus rien de ce qu’il a décrit dans les années 50. 500, ce n’est pas beaucoup à côté des 16.000 juifs qui peuplaient le mellah. Des maisons juives, il reste les fenêtres grillagées avec un  petit auvent de bois.  Nous ne chercherons pas la synagogue aujourd’hui samedi.

Les épices embaument. Je confonds les fines feuilles vertes du henné avec de la verveine. Dans les allées des ânes tirent des charrettes. De mystérieux filaments pendent, des courges séchées tordues et géantes, des peaux de bêtes, même panthère mitée et zèbre.

Palais de la Bahia

palais de la Bahia portes
palais de la Bahia portes

Caché de la rue par un jardin arboré, ce palais est récent (fin 19ème début 20ème). On entre par un patio chaulé. Le parcours fléché nous balade de cours en pièces d’apparat, montant, descendant des marches, sans logique apparente. La première cour est découpée de 4 carrés plantés d’orangers et de bananiers séparés par des allées de zelliges aux cinq couleurs blanc- noir-vert-jaune- bleu, les plus grands carrés sont pris dans une sorte de résille formée par des rectangles. Au centre, une vasque de marbre. Les pièces sont vides, leurs plafonds mobilisent toute notre attention, peints de motifs traditionnels géométriques mais aussi de bouquets de fleurs rappelant l’Art Nouveau. La fraîcheur de leurs coloris est étonnante. Dans une pièce, des parterres fleuris entourent  des entrelacs orientaux bleus. Dans l’appartement de la Noble  Épouse, minarets et coupoles stylisé. On s’arrête souffler dans une cour carrelée, avec le torticolis d’avoir contemplé ces plafonds merveilleux.

palais de la Bahia : plafond peint
palais de la Bahia : plafond peint

Dar si Saïd

Deux rues plus loin, le Musée ethnographique berbère Dar si Saïd présente des collections analogues à celles du Musée Majorelle. Avantage : on peut prendre toutes les photos qu’on veut. Le palais vaut aussi la visite. Mais c’est moins bien présenté qu’à Majorelle, les vitrines sont vieillottes. C’est un havre de paix après la foule touristique de la Bahia.

Je passe assez vite devant les portes sculptées des greniers collectifs (agadir) en bois d’amendier (sic). La cuve monolithe de marbre sculpté a une longue histoire : elle vient d’Espagne, datée 1002-1007, elle a été transportée à Marrakech au temps des Almoravides. Les planchettes de bois pour els inscriptions coranique, les pièces de maroquinerie, les broderies (le plus souvent au point de croix) ne me retiennent pas longtemps.

Dar Si saïd : jardin
Dar Si saïd : jardin

Je découvre un jardin tranquille occupé en son centre par un kiosque octogonal abritant une fontaine. Les allées carrelées en zigzags verts et blancs rappellent le motif de l’eau. Les rectangles sont plantés d’agrumes, de bananiers mais aussi d’hibiscus encore fleuris, qui s’adossent à un haut cyprès. Ce jardin enchanté est un coup de cœur !

Dans les salles entourant le jardin on a présenté des céramiques et des poteries. Les plus belles sont de Fès et de Safi. Je photographie un enfumoir (moins beau que ceux de Majorelle). A l’étage sont exposés les tapis et une curieuse balançoire de bois travaillé.

Retour au riad

Comment rentrer ? Les taxis ne passent pas dans les ruelles. Il faut donc rentrer à pied en suivant les panneaux  Jamaa el Fna. Nous passons ensuite dans des souks qui vendent des vêtements. Tant que les articles n’intéressent pas les touristes on nous laisse une paix royale. Nous n’allons pas acheter une robe de chambre fuchsia ni un épais pyjama de peluche rose ! (je découvrirai plus tard que Beija, la cuisinière porte le même dans sa cuisine, pour sortir elle). Plus on s’approche de Jema el Fna, plus il y a de boutiques pour touristes.

La Place Jemaa el Fna est occupée par des barraques de jus d’orange. Nous ne verrons ni montreur de serpent, ni conteurs. Trois acrobates font une pyramide rapide On se serait bien attablées en terrasse pour manger un morceau mais les supporters de Foot drapeaux, écharpes et même haut de forme occupent toutes les tables. On trouve une table libre dans un boi-boui, menu unique : tagine de poulet (c’est prévu pour ce soir).

La faim au ventre et bien fourbues nous continuons le chemin vers le riad. Quel chemin ? Les policiers sont incapables de nous orienter. Ils s’y mettent à 8 ou 10. Peut être ne sont-ils pas de Marrakech, appelés en renfort à cause du match ? Sans un arrêt ni un regard sur les étals nous nous traversons le souk des maroquiniers, le souk des babouches. Nous acceptons avec répugnance l’aide de jeunes hommes qui n’est pas forcément désintéressée. Nous n’avons pas le choix, nous sommes perdues.

          «  la Medersa, c’est tout droit ! »

Enfin, nous apercevons l’enceinte de la mosquée Ben Youssef, le Riad est tout près ! Des brochettes sont bien appétissantes et bon marché 2dirhams l’une. Malentendu sur la monnaie, rendue, on les laisse. Le jeune qui nous accompagnait nous laisse aussi. Nous sommes trop mauvaises clientes !

Tout proche du but, mais perdues ! On entre dans des impasses. Enfin un homme en djellaba nous dépanne, il connait le Riad Esprit du Maroc, nos voisins. Le temps de redescendre, les boutiques ont fermé. Je retrouve devant la gargote des brochettes le même jeune homme, pas rancunier.

Nous passons l’après midi au soleil sur la terrasse à côté de la piscine ; les heures s’égrènent tranquillement. Les clameurs du stade pourtant lointain nous parviennent. Ahmed  des billets pour le match. Beija, la cuisinière, charmante et toute en rondeurs,  assure le service. Hier, sa harira avait fait un repas complet. Aujourd’hui, le menu est plus étoffé : velouté de carottes, légèrement épicé. Arrivent ensuite trois plats à tagine : deux poulets-citron et dans le 3ème les légumes qui ont mijoté à l’étouffé : minces bandes de courgettes et de carottes, lanières de poivron, aubergines, fèves, navet et pois frais. Pour finir oranges à la cannelle et cornes de gazelles. Yannick nous tient compagnie. Ahmed, Beija et Yannick savent recevoir non pas comme des clients mais comme de la famille.

3.Marrakech : tombeaux saadiens

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tôt le matin dans les souks
tôt le matin dans les souks

 

5h05 – appel à la prière

5h35 – 6h  nous entendons l’imam de la mosquée toute proche. Etrange que Canetti, dans les Voix de Marrakech  n’ait pas fait mention de cette polyphonie qui traverse la nuit.

8h30 – petit déjeuner servi dans le salon, ciel limpide, beau soleil mais il fait vraiment très frais.

9h – les boutiques sur la rue Riad Larousse fermées vendredi ouvrent. Canisses et branchages font des ombres intéressantes sur les murs et la chaussée. Nous prenons en photos des personnages à la silhouette pittoresque encapuchonnés sous le burnous. Les petits taxis jaunes sont garés devant la pharmacie de Riad Laarousse. Ce sont tous des DACIA , montés au Maroc. Marchandage vite conclus « tlaatin »  sans doute 20 auraient suffi. On passe devant la Koutoubia puis le long des remparts

Le taxi passe devant Bab Agnaou (12ème siècle) avec ses entrelacs de marbre bleu et s’arrête devant la Mosquée de la Kasbah (aux Pommes d’Or selon le guide Bleu) précédée par une vaste esplanade.

tombeau saadien
tombeau saadien

Une ruelle en chicane conduit aux Tombeaux saadiens. Un guide local explique à des touristes canadiens que l’Aéropostale aurait redécouvert cette nécropole cachée par une haute muraille  vue d’avion en 1917. Qui sont donc ces Saadiens ? C’est une dynastie ayant régné sur Marrakech entre 1549 et 1654. Ahmed-El- Mansour aurait conquis Tombouctou sur la route de l’or d’où son surnom le Doré . La nécropole comporte trois salles richement décorées et des jardins où les tombes carrelées sont entourées de roses et d’arbres fruitiers, néfliers, aux feuilles épaisses, figuiers très vieux aux troncs noueux, grenadiers presque défeuillés aux petites feuilles roussies, les orangers portent e grosses oranges, le jasmin est en fleur. Dégringolant d’un mur en escalier, une rigole bizarre se trouve sous un palmier unique.

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La première salle est celle du Mihrab. Quatre piliers soutiennent la coupole. Le guide des canadiens détaille la symbolique des nombres du décor : 4 pour les quatre éléments : l’eau l’air le feu et la terre. Sur la porte il trouve des décors d’étoile à 5 branches pour les 5 piliers de l’Islam …. Symbolique des couleurs des zelliges. Une épidémie de peste dans les premières années du 17ème siècle aurait contraint à transformer le mausolée en cimetière. Les tombes des princes sont signalées par des plaques de marbre sur le carrelage. Elles sont dirigées ans tous els sens sans doute pour gagner de la place.

stucs, stalactites
stucs, stalactites

A l’entrée de la seconde salle, deux conduits d’air, comme des cheminées assurent la ventilation de bois précieux des plafonds.  Je suis fascinée par les découpes des stalactites et par la finesse des stucs. Un troisième mausolée est encore plus finement décoré.

Les énormes murs de terre brute enfermant le jardin contrastent avec la finesse des stucs. En sortant, les marchands nous appellent :

          « si vous avez le billet des tombeaux, vous pouvez visiter le marché ! »

Aujourd’hui, foot, finale de la coupe du Monde des clubs. Le Rajah de Casablanca (vert et blanc) affronte  le Bayern de Munich (rouge). Les supporters allemands aux écharpes rouges ont envahi la ville. Nous croisons leurs longues colonnes dans la médina. Les vendeurs et faux guides nous abordent en Allemand. L’un d’eux essaie de me vendre un T-Shirt rouge, je refuse poliment :

          « le rouge cela déteint en machine.

          « pas de problème je l’ai en blanc et vert ! »

2.Jardin Majorelle

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Jardin Majorelle

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Les cafétérias ont installé leurs terrasses devant le Jardin Majorelle. Nous choisissons « La Pause Gourmande » commandons une salade crevettes- avocat-cœur de palmier, relevée par des quartiers d’orange, une belle omelette et des crêpes marocaines, deux carrées au miel, deux rondes spongieuses parfumées à la fleur d’oranger. Des nuages occultent de temps en temps le soleil. A l’ombre, il fait très frais.

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On entre par un massif de bambous très hauts, très rafraîchissants sans doute en été. De très hauts palmiers dominent le jardin de leurs fines colonnes un  peu déplumées. Au dessous  figuiers, bougainvilliers roses et orange. Le bassin, bordé de murets bleu Majorelle, reflète les feuillages, long et étroit il rappelle l’Alhambra de Grenade. Carré avec une fontaine bleue, un petit pont couvert d’une tonnelle de bougainvillier. Contrastant avec les murets bleus, les potiches jaunes vif ou orange sont alignées sur le bord des allées. Le jardin renferme une collection de cactées, succulentes et plantes grasses venant du monde entier, des Canaries, du Mexique ou d’Australie. Sous les cactus, le gravier est ratissé soigneusement.

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Musée Berbère

 La  Maison Majorelle art déco, bleue aux fenêtres grillagées, abrite le Musée Berbère à visiter absolument. (25 dirhams en sus des 50 dirhams pour entrer au jardin). La première pièce présente des photos sur des écrans numériques : photos anciennes (1920),  portraits berbères de Besancenot en noir et blanc somptueux, drapés, bijoux et tatouages, mystère des voiles ou sourire fier de la jeune femme parée. Photos en couleur de paysages.

Les objets des vitrines sont tous originaux : coffrets rustiques, bijoux sophistiqués. Terres cuites énigmatiques percées de nombreux trous : les enfumoirs des apiculteurs. Très ouvragées, les lourdes fibules rondes ou triangulaires en argent métal forgé ou métal niellé ou fabriquée avec une étrange technique « du ver » aujourd’hui perdue. Je ne connaissais pas les marteaux destinés à casser le cône de sucre, en bois ou en métal finement ciselés, présentés avec  les théières. Les bijoux sont dans une pièce au plafond constellé des milliers d’étoiles : huit silhouettes de velours noir sont parées de leurs plus belles parures  qui se reflètent à l’infini. Lourdes parures d’argent, d’ambre ou de coquillages et de perles émaillées. Comment les femmes pouvaient elles porter de si lourds bijoux ?

Une troisième salle est consacrée aux costumes d’une diversité étonnante. La plupart des habits sont faits de lainages. Le coton n’est parvenu qu’au 19ème siècle. Les techniques sont également variées : tissage ou tricot. Laines écrues ou brunes aux couleurs naturelles des moutons, mais aussi rayures rouges et blanches du rif, robes bleues rappelant celles des hommes bleus du désert. Merveilleux haïk d’une femme juive, voile aérien blanc grège à fines rayures. La librairie contient des « Beaux Livres «   mais aussi des ouvrages savants de collections anciennes.

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Sous le soleil, nous faisons une orgie de photos.

A la sortie, nous demandons au chauffeur de taxi de nous conduire sur la place de Riad Larousse devant la Poste et la Pharmacie et suivons l’itinéraire dans le souk couvert de branchages bien inutiles aujourd’hui. De nombreuses échoppes ont baissé leur rideau aujourd’hui vendredi. Les bouchers découpent les carcasses sous nos yeux. J’achète 1kg de très grosses oranges à un petit pépère. Babouches et couvre-lits, écharpes en pashmina sont à la disposition des touristes mais il n’y en a pas. La rue est livrée à la circulation des motos. Gare au piéton que ne se range pas. Le long du mur de la mosquée Zaouiat  Lahder, les mendiantes sont alignées, assises sur le bord du trottoir faisant une haie lamentable à l’heure de la prière, ne sont plus là. Le marchand d’antiquité nous gratifie d’un « bonjour voisines ! » a rentré tapis et kilims et ferme boutique. Nous retrouvons la porte du riad dans le dédale de couloirs et ouvrons avec notre clé ornée d’un pompon soyeux.

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Ahmed nous accueille avec un thé dans la petite alcôve aux coussins de brocard doré sur la jolie table octogonale marquetée. L’hiver, une bâche de plastique transparent est tendue au dessus du patio et une curieuse gouttière transparente conduit l’eau de pluie dans le bassin bleu semé de pétales de roses.

Catastrophe ! L’appareil-photo a disparu. L’a-t-on oublié au Jardin Majorelle ? A-t-il glissé dans le taxi ? Avec une grande gentillesse, Yannick appelle le Jardin Majorelle. On le retrouve juste avant dîner, le pompon jaune le cachait. Nous allons dépenser le prix du remplacement de l’appareil. Restau et cadeaux à volonté !

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Ahmed a fait une très jolie table. Avec du thé, il a dessiné un  cœur et écrit POUR VOUS. Vaisselle de céramique verte, belle soupière de faïence. Une petite lampe à abat-jour de perles avec des pendeloques de gouttes miel. Nous découvrons la Harira qui est une soupe très consistante aux pois chiches, lentilles, tomate parfumée à la coriandre. Dans une coupelle, quelques dattes fraîches et un citron coupé en quartiers l’accompagnent. La salade de fruit est servie dans un gobelet métallique : pommes, poire, kiwi et de nombreux grains de grenade bien rouge et bien sucrée, un petit bouquet de menthe parfume et décore le tout.

1. – vol et arrivée au Riad Jenaï

MARRAKECH ET LA VALLÉE DU DRAA 2013

 

Marrakech vue du hublot
Marrakech vue du hublot

En vol

Le soleil s’est levé sur l’Espagne  au dessus des côtes de la Cantabrie ou de la Galice. Entre deux bancs de nuages, un rai rouge orangé a précédé la grosse boule d’or. Puis c’est l’éblouissement, l’Espagne s’est déroulée, sans  voir  autre chose que le miroir des barrages. A nouveau la mer : Méditerranée ou Atlantique ? Les eaux paresseuses d’un delta brillant métallique. L’avion survole l’Atlantique et ne piquera vers les terres qu’à l’approche de Marrakech. Terre hivernale. Les montagnes se profilent. Quelques orangeraies, des olivaies et des cultures sous plastique.

Arrivée au riad

le patio du Riad
le patio du Riad

9h25 – taxi du riad :  Impossible d’arriver au riad sans être accompagné. Caché au plus profond de la médina, inaccessible aux voitures. Le taxi nous a laissées après manœuvres et reculades acrobatiques. Ahmed a empoigné nos valises et nous montre la Fontaine Chouf et Chrob . Nous le suivons sans rien reconnaitre. Enfin si!  la place triangulaire de la mosquée Zaouiat Lahder, le marchand de souvenirs, et le dédale de couloirs. Même le scooter semble être le même !

Riad Jenaï

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Le patio est inchangé, les pétales de roses dans le bassin bleu nuit les lanternes, les canapés rouges….Seuls les orangers ont grandi. Yannick nous offre le thé et les cornes de gazelles, dans le salon doré. Combien d’années ont passé ? Il me semble que c’était hier !  Stucs et peintures,  c’est aussi beau que dans mon souvenir.

Nous n’occuperons pas la chambre rouge, Marrakech,  si belle que nous n’osions pas

Mogador la chambre jaune
Mogador la chambre jaune

déballer nos valises.

C’est Mogador (Essaouira), la chambre jaune et or (s’accordant à son nom), qui nous est destinée. Elle est plus vaste. Le lit king size est recouvert de chintz doré. Au dessus des fenêtres demi-lunes- stuc et découpes orientales. En décembre, j’apprécie les petits volets de bois qui s’ouvrent de l’intérieur.

  Deux tapis marocains couvrent le sol. La commode et la table de nuit, de facture européenne, s’accordent avec les petits cadres dorés suspendus par une faveur contenant des dessins coquins sur la commode, une divinité de marbre repose à moitié dévêtue sous le tableau d’une dame en robe jaune. Le plafond est une splendeur, médaillons colorés et filets  jaunes.

salle de bain
salle de bain

La salle de bain est jaune. L’évier est en mosaïque jaune et verte. Le revêtement mural et le sol sont brillants typiquement marocains en tadelakht – enduit à la chaux lissée avec un galet plat qui rend l’enduit très dense. Autrefois le blanc d’œuf servait de liant, maintenant on fait briller au savon noir. Le bac de la douche a une forme originale. La robinetterie ancienne rajoute au cachet.

18. Rabat et Salé

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

rabat portes

 

Peu après cinq heures, le muezzin chante la prière de l’aube. Son chant répétitif  et lancinant dure une éternité. Comme nous sommes réveillées toutes les deux écoutons ses modulations sur des phrases inhabituelles. Pourquoi est ce si long ? Vers la fin, il lance le cri Allahou Akbar ! à plusieurs reprises . Silence, nous nous rendormons.

Le Monde à l‘étranger

Quand nous ouvrons les volets, le trottoir est mouillé, le ciel encombré de nuages nous incite à paresser. Je termine la lecture du Monde qui est un plaisir quotidien. Ici, le Monde arrive le matin sans aucun retard, il coûte même moins cher qu’en France dix dirhams seulement. L’actualité est pressante. Si on se borne à la télé, on dirait « qu’ils remettent tous les jours la même cassette » comme le dit Mohamed d’Erfoud. En revanche le Monde décrit chaque jour les évolutions qui malheureusement concernent plus les opinions publiques que les décisions du principal intéressé. Cela me fait extrêmement plaisir que les Britanniques s’opposent à Blair et que beaucoup d’Américains soutiennent la France et l’Allemagne. En tout cas, je ne veux rien louper.

La rue Ben Abdallah jusqu’à une grande mosquée située sur le terre-plein au milieu de Mohamed V,  se continue par des rues plus étroites. Les trottoirs sont plantés de magnifiques ficus avec des racines aériennes pendantes.Ils sont vides, de chaque côté de beaux murs blancs enferment de très beaux jardins qui cachent à moitié des ministères et des installations militaires. Devant chaque entrée, des plantons en arme interdisent même le trottoir.

Calme et silence à l’ombre de l’armée.

Musée

Le musée se trouve dans un quartier résidentiel de petits immeubles blancs avec de larges baies et des balcons. Architecture évoquant plus le Bauhaus ou l’Art Nouveau que l’Orient.

Le Musée est construit tout à fait Art Nouveau : l’architecture est remarquable, mais la muséographie pitoyable et vieillotte. Étiquettes blanches, jaunies, tapées à la machine sans grand intérêt. Vitrines vides. Pots cassés, outillage paléolithique… Je suis venue pour le Chien de Volubilis, posé par terre, dans l’ombre, magnifique, prêt à bondir.

Évidement, le gardien me suit partout. Heureusement, il m’ouvre la salle des bronzes, la plus intéressante. Ses commentaires sont tout à fait judicieux : il compare le profil de Caton, romain typique avec celui de Juba qu’il qualifie de Berbère. Cours sur la statuaire romaine. Le marbre vient de Carrare, il est donc rare, on ne change que les têtes gardant les bustes. Un buste de Ptolémée, fils de Cléopâtre Séléné, la fille de Cléopâtre.

Retour par Mohamed V, la Gare, les beaux bâtiments soulignés de grès blond comme en Espagne. Puis Mohamed V devient une rue commerçante aux boutiques vieillottes ressemblant à celles de notre enfance. Hier nous avons vu une enseigne « Le nain bleu », c’est bien une boutique de jouets comme autrefois.

Le graphisme des enseignes est celui de la France des années 50. On pourrait tourner un film d’époque rien qu’en supprimant les voitures trop neuves (on peut laisser les autres et les autobus).

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D me conduit sur les lieux qu’elle a découverts : un marché au poisson avec des sardines, des anchois des rougets, des petites soles en abondance. Sans parler des crevettes! Les prix sont marqués, tout est propre et net.

Mohamed V se transforme en une rue de souk : pendillocheries, CD cassettes et matériel hi-fi … A onze heures du matin les boutiques ouvrent, il y a peu de monde dans la rue. Nous traversons rapidement la médina .On rénove un petit théâtre plein de stucs et de miroirs. Nous arrivons aux cimetières entre la Casbah et la mer. Discret coup d’œil, c’est vert, aéré, poésie des cimetières marins.

Corniche

La corniche est minable, c’est le dépotoir. Dommage, derrière le phare, dans une échancrure dans le grès, les vagues se brisent donnant un spectacle magnifique. Feu d’artifice liquide .Les goélands ont colonisé un rocher tabulaire émergeant de l’eau blanche d’écume.

Nous nous installons sur la digue qui protège la plage et l’embouchure du Bou Regreg et restons une heure sous un franc soleil. Des surfeurs en combinaison barbotent, les rouleaux sont  trop atténués pour qu’ils nous offrent un spectacle intéressant. Deux baigneurs en maillot font trempette.

Midi passé et nous n’avons rien acheté pour pique-niquer;  quittons à regrets notre perchoir. Dans la médina nous ne trouvons pas les brochettes, seulement du poisson : sardines et daurades frites qui ne nous inspirent pas.

Salé

Un taxi bleu nous emmène à l’extrémité du périmètre urbain de Rabat, au Supermarché Marjane (qui ressemble à n’importe quel centre commercial français, on avait vu le même à Marrakech). Un bon kilomètre de marche à pied dans la campagne, le pont sur le fleuve, nous finissons par trouver les potiers de Salé chaudement recommandés par le collègue de D et les guides.

Déception, ils sont installés dans une sorte de centre commercial moderne avec cafétérias, parking, boutiques. J’imaginais cela tout autrement. Les articles proposés ne me tentent pas tellement. La qualité est assez ordinaire, épaisse faïence aux coloris sans recherche dans le tracé des décors, coloris criards. Tous les produits se ressemblent, variation autour du thème du plat à tajine, pots à épice. Cela manque de finition et de finesse. Les prix sont très attractifs mais cela ressemble trop à ce qu’on pourrait trouver dans les Pier Import ou même dans les supermarchés en France. Après maintes recherches nous repartirons avec due double mini tajine pour le sel et le poivre pour 15 DH, cadeau pas cher.

Comment retourner à Rabat ? Nous n’avons pas envie de recommencer la marche à pied. Pas de taxis, ni grands ni petits. Au hasard, j’arrête la première voiture qui quitte le parking qui nous prend à son bord. Ce sont des gens charmants, le père et les filles, français ou marocains ? Les filles habillées très mode, blondes ont l’air française, ils habitent Casablanca. Ils nous lâchent au bout de Mohamed V à la hauteur de la mosquée sur son îlot.

Derniers achats dans le souk

Fin de la journée dans la médina pour faire les derniers achats : un sac en cuir jaune et le porte-monnaie qui va avec. Tout me tente, je dois me gendarmer pour ne pas acheter un autre petit sac ou une sacoche, c’est tellement bon marché. D trouve pour son père un coffret en bois. J’ai envie d’épices qui compléteront la salière. La rue Suika est très encombrée, au milieu de la chaussée on  trouve des mixers, des batteurs, des fers à repasser, les marchands crient 20 Dirhams, 40 Dirham en montrant des lots de caleçons longs ou des culottes… On se pousse, on se presse. Je rentre avec soulagement à l’hôtel. Il faut faire les valises.

17. Rabat

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Porte de la casbah des Oudaias
Porte de la casbah des Oudaia

On rend la Corolla

Nous avons égaré le contrat de location de la voiture. Hier soir j’ai défait trois fois ma valise, cherché dans toutes les cachettes du sac à dos,. On s’est endormies dans l’inquiétude. Combien Budget va–t il nous réclamer ?

Ce matin, il fait un soleil magnifique. Nous laissons la voiture derrière la Gare. On ne nous demande rien.  Abdou de Fès  utilisera l’empreinte de la Carte Bleue. !En tout cas, ici, tout se passe bien. Idem à Royal Air Maroc où nous reconfirmons le vol de dimanche.

Casbah des Oudaïas

Porte de la casbah des Oudaias (détail : coquille)
Porte de la casbah des Oudaias (détail : coquille)

Taxi jusqu’à l’entrée de la Casbah des Oudaïas. La porte est monumentale, gravée d’écriture coufique et curieusement de coquilles Saint Jacques.

Dans la Casbah, nous sommes éblouies : les maisons sont blanches soulignées de bleu. Les ruelles étroites se terminent en impasse  entrecoupées d’escaliers. On se croirait en Grèce !

bleu et blanc, les couleurs de la mer
bleu et blanc, les couleurs de la mer

Le bleu rappelle  la présence de la mer toute proche. Dans la lumière du matin, j’ai envie de tout photographier : collection de portes cloutées, encadrées de mosaïques ou de motifs sculptés.

du bastion, la vue sur la mer
du bastion, la vue sur la mer

Le bastion qui domine l’estuaire du Bou Regreg. Vers la mer : un phare blanc après un cimetière blanc et herbu. L’appareil photo tombe en panne. Nous sommes assez inquiètes : à Rissani, le couvercle m’est resté dans la main. Peut être ne fait il plus contact ? En rachetant une nouvelle pile, tout rentre dans l’ordre. Nous avons utilisé dix pellicules depuis Fès .Nous descendons les petites ruelles en escalier et je me laisse tenter encore par d’autres portes, de nouvelles échappées sur la mer et le ciel bleu.

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Café maure

rabat musée des oudaias
rabat musée des oudaias

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Promenade paisible et ensoleillée qui nous mène au Café Maure ( terrasse admirablement bien située, zelliges et cornes de gazelle – pour ces dernières, c’est trop tôt )puis jardins andalous carrés aux allées pavées de petits galets formant des figures géométriques, hauts palmiers, orangers couverts d’oranges, lauriers roses. Le Palais des Oudaïais (XVIIème siècle) est en pierre blonde, les murs qui enserrent le jardin sont surmontés de jolis créneaux.

Bijoux et parures

Nous avons de la chance ! Après l’exposition des Arts du Feu de Fès, les Tapis de Meknès, voici la troisième exposition patrimoniale : Bijoux et parures, toujours très bien présentée.

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Les bijoux de l’Atlas et ceux du Sahara  m’ont fait la plus forte impression. Les parures d’or et de pierres précieuses citadines sont de toute beauté mais moins émouvantes : trop d’or, trop de pierres, trop travaillées, trop lourdes. En revanche, celles des tribus du désert avec les énormes fibules ornées de pierres et cloutées, parfois très lourdes sont impressionnantes. Le poids des boucles d’oreilles est également considérable. Heureusement, un dispositif permet de les fixer autour de l’oreille ou au diadème. Les matériaux employés sont très variés certains bijoux incorporent du cuir, des tissus mais aussi des clous de girofle, du gingembre à côté de perles d’ambre, de corail ou de turquoises. La base de ces bijoux : des pièces de monnaie : monnaie marocaine, cents américains, pièces espagnoles. De nombreuses pièces sont ornées de l’étoile de David. Les orfèvres étaient Juifs, on ne peut pas l’ignorer. Mais la fréquence des étoiles à six branches est très étonnante. Dans une salle, des costumes sont présentés permettant ainsi de comprendre comment ces parures étaient portées. Les lourds triangles en argent d’une dizaine de centimètres de hauteur étaient fixés sur la poitrine sur le vêtement.

Jardin andalou

jardin andalous
jardin andalous

Pause à midi dans le jardin andalou.  Nous pourrions y rester toute la journée. De nombreux étudiants révisent leurs cours. Les chats paressent (nous en avons vus beaucoup dans les ruelles ce matin).

Nous avions le projet d’aller à Salé de l’autre côté de l’estuaire du Bou Regreg. Les petits taxis bleus (ici ils sont bleu vif, à Meknès, bleu clair, à Fès, rouge) n’ont pas le droit de quitter le périmètre urbain de Rabat. Il faudrait affréter un grand taxi. Nous renonçons et traversons à pied la médina. Comme c’est Vendredi, toute activité a cessé à onze heures et demie pour la prière. Le musée a fermé ses portes, quand nous traversons la médina, les rideaux métalliques sont baissés. Nous trouvons quand même un sandwich aux brochettes de poulet et à la viande hachée.

Le  Parc Triangle de Vue est sous nos fenêtres. Il est très agréablement planté de toutes sortes d’essences, surtout des ficus mais aussi des yuccas qui ressemblent à des dragonniers.

Nous remontons la rue de l’hôtel : Ben Abdallah, puis une grande rue bordée d’un grand mur derrière lequel se trouvent des installations militaires (Méchouar), passons les portes de la ville pour arriver au Chellah.

Chellah

Le chellah, nécropole mérinide
Le chellah, nécropole mérinide

Le Chellah est enclos dans une muraille crénelée et s’ouvre sur une porte très curieuse où l’on remarque la même décoration que celle qui orne la porte de la Casbah des Oudaïais mais surmontée de petites tourelles très finement sculptées avec des alvéoles.Passée la porte, nous trouvons un jardin luxuriant et arrivons sur le site antique de Sala Colonia. Du forum, il ne reste pas grand chose mais c’est lieu de rassemblement des promeneurs. Dans un coin, des jeunes jouent des percussions et chantent. C’est vivant et pas désagréable à écouter .De nombreuses femmes sont assises en groupe ou en famille avec leurs enfants.

tombeaux mérinides dans un jardin fleuri
tombeaux mérinides dans un jardin fleuri

Volatiles

Nous choisissons des sièges sur des ruines antiques, je sors mon bloc et dessine les ruines de la nécropole mérinide, un très joli minaret coloré sur lequel est installée une cigogne, le mur et l’entrée d’une mosquée ruinée où se trouvent les tombes d’Habou Hassan et de son épouse Chams Ed Duna (Aurore). Plus loin sur les pentes s’étagent des koubas en coupoles rondes et surtout des perchoirs pour les cigognes, vieux arbres morts complètement colonisés par ces volatiles bruyants. Sur un arbre il peut y avoir jusqu’à trois nids de taille imposante de taille imposante, mais les cigognes n’y sont pas seules : des petits hérons blancs leur tiennent compagnie, leurs nids invisibles d’ailleurs.

cigognes et hérons blancs
cigognes et hérons blancs

A mesure que l’après midi avance, le forum se remplit, bientôt tous les murets toutes les pierres sont occupés. Une femme et sa fille s’installent auprès de nous. Elle est vêtue d’une très jolie djellaba turquoise. Deux gamins nous tiennent aussi compagnie, ils ont l’air polis bien habillés et sont discrets. Le soleil chauffe, je me suis même enduite de crème solaire et j’ai mis mon foulard turc.

Nous faisons une visite au bassin des anguilles censé faire des miracles guérissant les femmes de la stérilité. Un religieux vend des bougies aux fidèles qui nourrissent les anguilles.

Chellah mosquée
Chellah mosquée

Le spectacle n’est pas dans le bassin, les poissons sont invisibles, une horde de gamins effrontés se sont approchés, le saint homme les tance vertement, ils ne paraissent pas impressionnés. Pour aller contempler le coucher de soleil sur l’océan, nous traversons la ville en petit taxi qui nous ramène aux Oudaïais. Sur le bastion qui était tranquille ce matin, se trouve maintenant une foule paisible. Je suis ravie d’avoir découvert cet endroit ce matin dans la sérénité.

Les nuages nous privent de coucher de soleil, nous redescendons par la médina éclairée et très animée. Elle est très différente de celles de Fès ou de Meknès. Les artères principales sont couvertes de belles structures métalliques en pagodes ou en arceaux. A la place des petites ruelles, des rues larges et spacieuses, à la place des échoppes, de beaux magasins très vastes de tapis ou de cuirs. Nous arrivons dans le marché aux vêtements, quelques magasins proposent de jeans très mode, la plupart des chaussures ou des djellabas. Sur la chaussée des déballages de toute sorte. La foule est dense mais nous avançons sans encombre.

Vendeur d'eau
Vendeur d’eau

Retour à l’hôtel vers sept après une excellente journée.

Rabat nous impressionne favorablement. La ville est très aérée, beaucoup plus verte que Fès ou Meknès, plus tranquille aussi, plus ouverte, semble-t- il. Nous ne rencontrons ni faux guides ni commerçants trop zélés qui empoisonnent la vie des touristes . Beaucoup de femmes en cheveux aussi. Des mendiants encore mais pas d’enfants collants. Le beau temps a été de la partie. Pourvu qu’il se poursuive demain !