2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
8h30, sous le soleil de Meknès à Rabat par le chemin des écoliers, un peu au Nord sur la route de Tanger, jusqu’à Sidi Kasssem : campagne très verte, vallonnée, champs d’oignons, de fève et de blé pas très typiques. Une route forestière, repérée sur la carte traverse la forêt de la Maamora. Nous obliquons dans à Sidi Slimane, bourgade toute boueuse pleine de nids de poules et très animée. A notre rencontre arrivent des calèches tirées par des chevaux, des mules ou des ânes, des chariots, des plates-formes, portant des hommes, des femmes, des enfants en route vers le marché. Il en vient tans cesse, innombrables, et pas une voiture, pas un taxi.
Après Dar Bel Amri, village assez rudimentaire, nous devons trouver la forêt et la piste. Le paysage devient plus vallonné. Un oued coule le long de la route charriant une eau boueuse après la pluie. La terre rouge est ravinée. Des petits villages aux maisons de terre basses se fondent dans le paysage. Point de forêt, après 19 km nous rebroussons chemin.
Nous retrouvons la boue à Sidi Slimane et la route principale qui traverse une forêt d’eucalyptus plantés serrés, un peu monotone. Dans les carrés des coupes de très jolies fleurettes font un tapis violine, mélange de petites fleurs roses et violette.
La mer
A Kenitra nous trouvons la mer. C’est une surprise totale. Jamais je n’avais pensé à l’océan. Dans l’estuaire du Sébou de nombreux bateaux de pêche attendent, gros bateaux verts et bleus, on se dirait en Bretagne, petites barques orange. L’estuaire est très vaseux. Medhya plage est une station balnéaire dans les dunes. Les vagues font de beaux rouleaux. Le soleil est revenu.
Ornithologie
Derrière le cordon de dunes, dans un creux, une longue lagune est une étape pour les oiseaux migrateurs. Nous nous installons pour pique-niquer près de l’eau en compagnie d’un petit foulque qui plonge et réapparaît plus loin. Sur la rive opposée des canards, peut être des sarcelles, puisque la sarcelle marbrée est le « bijou » de la réserve. Des goélands arrivent, des busards des rivières planent.
Botanique
Sur le sentier pédagogique, les végétaux sont étiquetés, j’apprends le nom français d’un arbuste que je ne savais nommer qu’en hébreu « eilat mastic », c’est le Lentisque ou Pistacia lentiscus. Un petit arbuste porte des fruits, sortes de tomates et des fleurs violettes ressemblant à celles de la pomme de terre : la morelle de Sodome (solanum sodomeum) . Les genets blancs sont étiquetés Rétame.
Rabat
Retour sur la route principale. Nous approchons de Rabat : pépinières, poteries de jardins, puis habitat plus dense, à Salé. Dans Rabat nous nous orientons facilement grâce au fleuve et aux murailles. Après la tour Hassane, nous longeons la muraille des Andalous et juste après le jardin de Triangle de Vue, la rue principale Mohamed V.
Royal Hôtel
vue e notre chambre sur la Mosquée Mouline et le jardin du Triangle de Vue
Le Royal Hôtel nous convient. Dans un immeuble blanc, l’hôtel est vieillot mais très propre et très confortable. Meubles foncés et murs blancs. L’ascenseur est en panne mais la salle de bain – rénovée – est très classe avec son lavabo monumental. Le personnel est aussi désuet que le bâtiment : des vieux messieurs très gentils. Notre chambre a une belle vue sur une placette plantée de très beaux arbres très fournis, des ficus. De l’autre côté de la place une mosquée avec ses toits verts et son minaret carré (la mosquée Mouline) un peu plus loin, le Parc Triangle de Vue/
Nous sommes en plein centre à deux pas de la rue Mohamed V bordée de bâtiments officiels, la Gare, la Poste, un véritable palais avec de la dentelle de pierre, l’Hôtel des Impôts et de grandes banques…Tout près de chez nous, une très bonne librairie où se trouvent les polars d’Ann Perry et moi tout un assortiments d’auteurs marocains ainsi que de tous petits volumes d’une collection du Petit Mercure que je néglige d’acheter, je le regretterai ensuite, ils sont introuvables à Créteil.
La mer
Après notre installation, nous profitons de la Toyota, qu’il faudra rendre demain, pour aller à la mer. Le temps est calme, ensoleillé, sans vent et pourtant, l’océan est déchaîné, pire qu’au Cap Vert. La route borde la mer en corniche. Malheureusement pas aménagée, un peu dépotoir. Nous nous arrêtons à la sortie de la ville en direction de Casablanca.
l’Atlantique!
La côte est découpée, rocheuse, les rouleaux se brisent avec une violence extrême. Les paquets d’eau fusent comme des gerbes d’étincelles. L’air est complètement saturé d’humidité, on se dirait dans le brouillard. Plusieurs rangées de rouleaux se succèdent, certains sont plus puissants et m’éclaboussent.
Le soleil baisse, l’eau se teinte d’or ; les nuages de l’horizon avalent la grosse boule jaune et nous privent de la fin du spectacle.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
Promenade au souk
Sous la pluie, les souks
Chaque circuit a son jour plus ou moins raté : la pluie nous a donc bien gâché notre programme!
9h15 – médina. Il fait gris, c’est tristounet.
Les commerçants n’en finissent pas d’ouvrir boutique. L’un d’eux nous explique :
–« on ouvrira vers dix heures, ce sont les vacances après l’Aïd
(cela fait une semaine que cela dure) pas de touristes, pour cause de guerre d’Irak, peu d’acheteurs locaux après la fête, le bazar est à moitié fermé.
Medersa Bou Inania
La petite medersa Bou Inania (beaucoup plus petite que la médersa visitée à Marrakech) Très ornée, très bien conservée, pas de photo, pour cause de vilaine lumière, cela ferait redite après Marrakech pour quelques clichés de toits de tuiles vernissées d’une charmante coupole découpée en tranches comme les côtes d’un melon. Il commence à tomber quelques gouttes.
Nous marchons au hasard dans les rues couvertes. La pluie tombe dru. Nous passons et repassons devant les échoppes de babouches et de djellabas pour marocains. Nous nous laissons tenter : je trouve pour moi de belles babouches jaunes, marchande pour le principe, et des vert pâles pour 50 dirhams, très décorées, très marocaines. Il pleut maintenant à verse nous nous replions vers la voiture, trempées. Retour à l’hôtel. Heureusement que nous sommes bien installées.
En voiture
Vers 15 heures nous reprenons la voiture (comme prévu, la veille quand il faisait beau) Nous retournons vers Volubilis. Nous essayons une route dans les champs vallonnés : oignons, fèves sur des parcelles de bonne taille, blé en herbe. Tout es vert vif mais pas de quoi dessiner. Direction Moulay Idriss nous nous arrêtons dans une oliveraie.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès
Moulay Idriss
Avant de trouver le parking à Moulay Idriss, nous loupons l’entrée et faisons un tour de ville, retour au point de départ sur une place encombrée bordée d’échoppes dans des arcades de faïence blanche et verte qui serait jolie sans un bric à brac hétéroclite. Les portes du village sont monumentales, presque aussi grandes que celles de Meknès.
Moulay Idriss
Dès que nous sortons de la voiture, on nous aborde « nous ne vouons pas de guide ! »mais dès que nous nous dirigeons vers l’entrée de la mosquée barrée d’une poutre interdisant le passage aussi bien aux animaux qu’au non-musulmans, c’est la limite que nous ne devons pas franchir.
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Un homme nous dit de contourner par la droite. Il nous emboîte le pas s’imposant comme guide. Nous grimpons des marches et des marches dans les ruelles blanches, passons sous des porches, prenons des passages dérobés, tantôt cela monte raide, tantôt nous redescendons… marches, impasses, les maisons s’emboîtent les unes dans les autres, épousent la colline, sans aucune logique. Certaines portes sont belles, cloutées, peintes en rouge ou en marron avec une main de Fatima. D’autres plus modernes sont encadrées par des carreaux, d’autres, simples plaques métalliques.
Le village est chaulé de blanc, mas sans soin particulier, ce n’est pas l’immaculée blancheur espagnole ou grecque. Ici, il y a des dégoulinades, des ordures par terre. Très peu de boutiques, rien que des maisons empilées et refermées sur elles mêmes Finalement nous aboutissons à la « vue panoramique ». A nos pieds : le mausolée entouré de nombreuses mosquées, même plan qu’à Fès : mausolée carré recouvert de tuiles vertes, salles avec des toits en pente comme la Karaouine. En face une colline pareillement recouverte de maisons. Notre guide nous fait tout un topo sur Moulay Idriss, venu au VIIIème siècle islamiser le Maroc. Il me montre les géraniums apportés au Maroc par Liautey. D’après lui, Moulay Idriss est la cinquième ville sainte pour les Marocains après la Mecque, Médine, Jérusalem et Kairouan. Les oliviers, richesse du village sont exploités par des sociétés religieuses qui utilisent le produit de la vente de l’huile pour entretenir le mausolée, acheter des tapis, aider les indigents. Ce qu’il raconte est bien intéressant mais cela nous coûtera 100dirhams.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
Nous commençons la journée par des courses dans la ville nouvelle qui est assez dépaysante. Les avenues bordées d’arcades avec de petits magasins me font penser à Athènes. Si les immeubles sont modernes, les commerces sont désuets finalement plus proches de ceux de la médina que de ceux qu’on s’attendrait à trouver dans une ville européenne. Grands cafés avec des terrasses uniquement fréquentés par des hommes. Banques ultramodernes et boutiques de téléphones mobiles sont les seuls commerces du XXIème siècle. Pour se garer, pas d’horodateurs, on laisse la voiture le long du trottoir, un homme en blouse bleue apparaît, c’est le gardien à qui je donne 5 dirhams, ce qu’il a l’air de trouver trop peu. Nous ne restons qu’un petit quart d’heure –Nous commettons sûrement beaucoup d’impairs. Ici tant de choses reposent sur l’ « appréciation » du client. Il existe sûrement un « tarif » que nous ne connaissons pas.
Volubilis
Volubilis se trouve sur la route de Tétouan, dans de très jolies collines dominant une plaine très verte en cette saison : champs de blé en herbe, verts vif. A flanc de colline de belles oliveraies sont limitées par des rangées d’agaves aux belles feuilles bleutées lancéolées ainsi que par des figuiers de barbarie aux grandes raquettes.
Le village de Moulay Idriss épouse les deux rochers et les cubes blancs s’étagent jusqu’au sommet se détachant sur toute cette verdure.
Volubilis se voit aussi de loin, alignement de ruines, colonnes, et arc de triomphe. Le site est vaste.Ce qui m’a tout de suite plu : ce sont les fleurs ! Fleurs oranges, sorte de soucis sauvages, moutarde jaune, lavande (la même que celle de Cerbère), des asphodèles prêtes à éclore. J’ai plus envie de photographier les fleurs que les ruines.
Nous avons visité assez de sites antiques pour nous sentir en pays de connaissance. Nous reconnaissons tout de suite le pressoir d’une huilerie (production essentielle ici, les oliviers sont la richesse actuelle de la région. En était il ainsi à l’époque romaine ? Nos documents font plutôt état de céréales, les Romains auraient déboisé pour faire de la Maurétanie un grenier à blé.
Orphée charmant les animaux
Nous trouvons les thermes (petits peu spectaculaires, nous avons vu mieux), le forum avec ses boutiques et la basilique.
Nelles, encore, est remarquable et guide notre visite. Toutes les villes romaines n’étaient pas identiques ! Ici, tout est bâti de pierre. L’appareil de brique et petites pierres typique de Rome n’a pas été utilisé .Autre surprise : la simplicité des chapiteaux et des ornementations. Les sites hellénistiques contemporains d’Ephèse et d’Aphrodisias semblent baroques par comparaison. Ici, la feuille d’acanthes simple, presque stylisée. Peut être que toutes les décorations sophistiquées on disparu pour être réemployés à Meknès ? Les jolies colonnes de marbre des palais et du Mausolée viennent de Volubilis.
Nous voici reparties à notre jeu préféré : à l’aide du plan de la ville et d’écriteaux (bien faits, lisibles et discrets) nous localisons toutes les belles villas décorées des mosaïques. Celles-ci sont en très bon état et très variées, sur des thèmes de la mythologie : Orphée, Ariane à Naxos, les travaux d’Hercule.
Travaux d’Hercule le lion de Némée
Celles de Piazza Armerina ou d’Istanbul étaient plus belles. Mais ici, dans leur site naturel, dans les fleurs et les ruines, elles sont tout à fait charmantes. Nous restons trois heures et demie très agréables. Les groupes de touristes nous dérangent un peu bien sûr, nous n’avons plus l’habitude d’en rencontrer. Dès midi, ils disparaissent du paysage. Le soleil chauffe, nous devons nous abriter à l’ombre.
Travaux d’Hercule : les oiseaux du Lac Stymphale
Pique-nique dans un endroit charmant en contrebas du site près d’un ruisseau dans une oliveraie ? Nous déjeunons à l’ombre bien tranquilles. Un jeune homme fait semblant de réparer son grillage près de nous. Un vieux passe avec son âne…Un peu plus loin, je peins les oliviers et les agaves bleutés.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
Meknès : porte
Nous suivons, pas à pas, l’itinéraire p. 116 du le guide Nelles.
Garons la voiture sur la grande place devant Bab el Mansour, la porte la plus fameuse de la ville. L’air est vif et clair mais il est difficile de prendre des photos : les perspectives s’étendent sur de grandes places, la présence des voitures complique le travail du photographe .A 9heures, il est bien tôt, pour le Maroc, les boutiques de souvenirs sont en train d’ouvrir, les marchands des échoppes du marché à la laine commencent tout juste à sortir leur matériel.
Meknès
Mausolée de Moulay Ismaïl
Le Mausolée de Moulay Ismail est ouvert aux non-musulmans. Nous parcourons des salles couvertes, sol et murs en mosaïques, plafond de cèdre et stuc, colonnes de marbre, passons par des courettes dallées de zelliges, murs jaunes et portes en fer à cheval, fontaines de marbre sur des bassins sophistiqués. On se déchausse pour entrer. Les vieux gardiens, bien aimables, nous font les honneurs du mausolée. Curieux manège d’hommes pressés qui traversent la cour des sacs de sables sur l’épaule : les fossoyeurs déblayent le sable d’une tombe qu’ils sont en train de creuser.
Le Palais
Longue promenade entre deux murailles très hautes qui longent le palais (Dar El Makhzen). Rien à voir , seulement des nids de cigognes qui se posent sur les murs, des moineaux installés dans les cavités, comme à Marrakech. Cette longue rue droite nous conduit au Méchouar(place d’audience), malheureusement asphaltée. Un coin est agrémenté d’arcades recouvertes de tuiles vertes vernissées, des palmiers aux troncs courts et renflés comme des ananas et des orangers sont plantés le long des murs. La présence des voitures, même rares, dépoétise le lieu.
Dar El Ma
Toujours le long des murailles beiges, nous arrivons au Dar El Ma (la maison de l’eau), citerne, greniers et écuries, un véritable palais-silo. La partie couverte est impressionnante, vide mais charmante.
Des dégoulinades végétales tombent des ouvertures sur le ciel. Les traces des coffrages en roseaux sont visibles. Une belle porte en cèdre représente un soleil en l’honneur de Louis XIV, le contemporain de Moulay Ismaïl, véritable parallélisme entre le fondateur de Versailles et celui de Meknès (voir le livre d’Edith Wharton). Enfin pour le soleil, c’est peut être une interprétation abusive selon d’autres sources. Une partie de l’édifice a perdu sa couverture pendant le tremblement de terre de Lisbonne, et se trouve donc à ciel ouvert. Elle nous offre des perspectives de colonnades et d’arcades. La végétation a colonisé les grandes salles, palmiers oliviers et monstrueuses « mauvaises herbes ». Un petit pêcher est en fleur.
Agdal
Tout proche, le bassin de l’Agdal, bassin rectangulaire où s’arrêtent quelques hérons. Sur les bancs, de nombreux étudiants révisent leurs leçons. Nous y faisons une courte pause.
Mellah
Sur la grande place, nous achetons un sandwich. Il faut attendre 3 heures l’ouverture du musée. Le Mellah, est situé, comme à Fes à proximité du palais, et reconnaissable à ses larges fenêtres garnies de ferronnerie, ses balcons proéminents. Comme à Fes, il est devenu un bazar où tout se vend, cuvettes en plastique bleu, pruneaux, dattes et raisons secs en cônes, planches à laver en bois, manches de pioche, valises, laine et toiles à matelas que le cardeur utilise sous nos yeux mais aussi fruits et légumes frais, petits pois, cardons, artichauts, salades tomates et courgettes. Rien ne rappelle les anciens occupants. Depuis plus de quarante ans il s’est vidé de ses Juifs. Je cherche la trace d’une mezouza, mais plus rien. Au fond, un cimetière avec les tombes blanches en demi-cylindre dans une jungle de mauvaises herbes.A côté, flambant neuve une zaouïa, où exceptionnellement des jeunes allemands genre hippies sont installés (leur camping car est garé non loin.
Dès 3 heures, je me précipite à Bab el Mansour où se trouve une partie de l’Exposition des Tapis.Cette grande exposition patrimoniale temporaire, sur le même principe que les Arts du Feu à Fes, regroupe des pièces provenant de tous les musées du Maroc. Peu de pièces exposées mais beaucoup de panneaux explicatifs, une bonne pédagogie. La plupart des tapis ne sont pas très anciens et datent du 20ème siècle. Les plus sophistiqués, les tapis de Rabat (tapis citadins s’inspirent des tapis turcs et persans) ne soutiennent pas la comparaison avec leurs homologues orientaux : il sont plus grossiers, aux coloris moins vifs, leurs bordures (ou plutôt les bordures, certains en ont cinq à six) envahissent tout le tapis et témoignent de moins d’imagination. Les tapis berbères sont beaucoup plus intéressants. Un lexique des principaux symboles est placé sur un tableau : l’œil, l’oiseau, le grain d’orge, la rose. J’essaie de retrouver les dessins, j’en découvre d’autres, des bonshommes, des dromadaires, des tortues… La symétrie n’est pas respectée, grande liberté dans la fantaisie. Les coloris sont très chauds, orange, marron beige. Les points peu serrés. La facture semble très moderne .Mes préférés sont découpés en carreaux séparés par des bordures très fines.
Palais Jamaï
Nous nous reposons très dans le joli Palais Jamaï. Les pièces sont extrêmement décorées, belles portes de cèdre, zelliges, fontaines. Encore une fois, nous disposons d’un Palais rien que pour nous. J’écris du jardin andalous original les deux fontaines font face au bâtiment le jardin comporte deux rectangles au lieu des quatre habituels, un bananier fleuri, un palmier très haut trois orangers et deux cyprès.
La voiture est recouverte d’une carapace de glace : un fort orage a réveillé Dominique, il a grêlé. La palmeraie d’Erfoud est inondée. Je photographie les palmiers qui se reflètent dans l’eau (cela me fait penser à la crue du Nil). Toute cette eau me réjouit : ils en ont tant besoin !la route est inondée par endroits, la voiture soulève des gerbes d’eau marron. Jusqu’à Errachidia, la route est bien connue, je me souviens de tous nos arrêts à l’aller. La lumière est très belle, l’air comme lavé après la pluie, les couleurs vives. Mais après Errachidia, l’eau du barrage a pris de sales couleurs. Un vent terrible soulève de la poussière, il y a tempête dans le lac nous avons toujours autant de plaisir à traverser les gorges du Ziz : montagne rouge, couches géologiques visibles, joli oasis…
La circulation des très dense, les vacances sont finies, de nombreuses voitures chargées retournent vers le nord et les grandes villes.
Hiver
Hiver : la route passe un col à 1907m
A la sortie des gorges, une bonne surprise nous attend : les sommets du haut Atlas sont tout blancs barrent le défilé. Quand nous arrivons au défilé de N’zala, la neige est là. Elle saupoudre la végétation rase du désert. Le vent la soulève, de petites congères se forment derrière les touffes d’herbe .Juste avant le col(1907m), une caravane de mobil-homes et de 4×4 vient à notre rencontre, roulant au pas nous faisant de grands signes. La chaussée est gelée, par endroits, la neige tient encore, le plus souvent elle fond au soleil. Nous roulons donc à petite allure profitant ainsi de la vue magnifique sur le Djebel Ayachi et plus loin sur le Moyen Atlas. Les cèdres et les thuyas tortueux sont soulignés par la neige.
Arrivée à Midelt vers 11h30. Nous achetons un poulet rôti et des yaourts.
45 km après Midelt, il faudra décider si nous continuons la route principale que nous connaissons déjà. Par ailleurs la route P21 est bien encombrée, avec la fin des vacances de l’Aïd, les voitures sont bondées, de nombreux marocains attendent sur le bord de la route avec leurs valises, sacs, paquets ou baluchons, le car, le grand taxi ou font de l’auto-stop. Tous ont visité leur famille pour la fête du Mouton et retournent travailler lundi. Leur conduite est anarchique, ils doublent sans aucune prudence, les lignes continues sont là pour la décoration si nous essayons un itinéraire qui nous conduira à Khénifra La route secondaire est peut être coupée par la neige de plus cela rallonge…
D veut quitter cette circulation, je n’ose pas me prononcer, ce n’est pas moi qui conduis ! Si jamais on nous fait rebrousser chemin cela risque de nous retarder sérieusement.
Nous avons donc 45 km pour décider en traversant le Plateau de l’Arid qui porte bien son nom, steppe plate et ennuyeuse.
Neige sur les villages du Moyen Atlas
Neige
A la bifurcation, nous demandons à un policier si la route est coupée :
– « non, il y a de la neige, mais on passe ! »
Nous tentons donc l’aventure.
La barrière de neige est à moitié fermée, le gardien sous fait signe de passer.
La route suit d’abord l’Oued Moulouya dans une large plaine labourée par un énorme chantier, une mine à ciel ouvert ? De gros tas de remblais rouges jonchent le bas côté, ce qui défigure le paysage. Insensiblement sous nous élevons et la neige blanchit complètement le sol. D’épaisses congères de neige s’accumulent. Derrière nous plus au Sud, la grande barre du haut Atlas avec ses forets et ses sommets. Un chasse neige passe. L’oued devient petit ruisseau dans la neige. Des maisons aux murs de terre rouge très bas soutenant un toit qui dépasse.
Les villageois sont sortis : avec des pelles ils débarrassent la neige des toits. Les ânes sont bien utiles. Toutes les pistes et petites routes sont sous une épaisse couche de neige, cela ne les gène pas. Ils sont très photogéniques. Je photographierais tout : les maisons rouges qui se détachent, les ânes et les âniers, le minaret rose qui se détache sur le ciel bleu. Les gens d’ici sont très occupés avec cette neige et ont mieux à faire qu’à nous importuner.
Dans le dernier tronçon de montée jusqu’à 2070 m Nous traversons une forêt givrée de très gros chênes verts et de quelques cèdres. Le feuillage des arbres est pris dans la glace.
Printemps
Printemps
Avec le soleil, c’est magique !
La descente est rapide, un petit lac noir se détache, nous voilà dans une vallée de roches rouges très ravinées, l’herbe ou le blé en herbe vert très vif tranche sur cette terre rouge Dans les vergers, les amandiers sont en fleurs ! Nous avons traversé trois saisons d’une année en une seule journée : l’été éternel de la palmeraie avec son soleil brûlant, l’hiver et les neiges du Moyen Atlas et nous voici au printemps dans les arbres en fleurs !
Après Khénifra, la campagne est très prospère, grands champs de céréales, maraîchers, troupeaux de vaches paissant dans les prés
Nous quittons l’axe Marrakech-Meknès très fréquenté par une route secondaire qui nous mène dans une campagne encore très différente. La terre n’est plus rouge mais beige, les collines hérissées de rocs déchiquetés, l’herbe rase comme en moyenne montagne, plus de champs, des prairies et des moutons.
Meknès
Arrivée sur Meknès, hangars, maisons en désordre et station-service, nous voici revenues en ville.
Notre hôtel est réservé par l’hôtelier d’Erfoud, mais il n’a pas de restaurant. Nous en essayons un autre, au hasard. Le prix est raisonnable, les chambres agréables.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
La palmeraie du Tafilalet
Hier soir, l’hôtelier, commentant les nuages avait dit :
– « les nuages sans pluie, c’est comme un match sans but ».
Ce matin, Erfoud est toute lavée, de grandes flaques dans les rues, il a plu une heure cette nuit.
Crevaison
La Toyota est garée près de l’hôtel, devant un petit atelier réparant les pneus. Un noir, pointe notre roue, à plat.
– « C’est peut être la piste, peut être le goudron, peut être tu as rencontré un clou ».
La coïncidence nous fait douter, l’hôtelier nous rassure, il est honnête. La réparation nous coûtera 40DH et une demi heure d’attente. Il retire le clou, mais l’électricité est coupée dans le quartier, comment gonfler le pneu sans compresseur ? Tout s’arrange, les marocains sont débrouillards, un camion possède un gonfleur.
Nous retournons dans le Tafilalet. Les palmiers sont moins poussiéreux et se détachent sur un beau ciel bleu. Je suis toute heureuse de cette pluie ? Mas cela ne suffira sans doute pas, cette palmeraie est un crève-cœur avec ses jardins abandonnés et ses palmiers malades. Il faudrait beaucoup plus qu’une heure de pluie pour que le sol reverdisse ?
Rissani
Rissani : mausolée de Moulay Ali Chérif
Rissani est beaucoup plus calme qu’hier soir. Quand nous arrivons au Mausolée de Moulay Ali Chérif, le fondateur de la dynastie alaouite, la dynastie actuelle, la place est vide, les portes monumentales fermées. Un jeune homme à grande allure, djellaba bleu nuit très élégante fait signe à un soldat en faction qui nous ouvre les portes. Il nous fait un topo sur le mausolée (tout neuf, il a été reconstruit dans les années 1950 après une crue du Ziz, puis rénové en 1997), nous explique les différents motifs des décors en stuc : la Main de Fatima, spécialité des artisans fassis, dans les zéliges, les deux carrés entrelacés de la Mecque, bleus. Nous ne pouvons que jeter un œil au patio et au jardin (quatre carrés représentant les quatre saisons), le tombeau et la zaouia restent cachés aux non-musulmans .C’est un lieu de pèlerinage, ceci explique l’affluence hier, vendredi d’après l’Aïd. Le jeune homme ne demande aucun pourboire, c’est un commerçant qui nous invite pour le thé après la visite de la casbah voisine.
La Casbah de Rissani
Devant la casbah, un jeune en blouson propose ses services. Seules, nous serions importunées (on s’en doute, on a l’habitude) Il parle bien français, le choix est vite fait, sinon nous n’aurions rien d’autre à faire que repartir. Nous l’engageons donc.
Rissani : couloirs, passages couverts et secrets
Nous traversons des passages couverts étroits avec un caniveau au milieu, rempli d’eau après la pluie. Grâce aux bonnes œuvres d’Hillary Clinton, cette casbah bénéficie de l’électricité et de l’eau courante (à la fontaine). Malheureusement, le puits profond de 60 m est à sec, le seau en caoutchouc à pneu est encore suspendu mais lorsqu’on se penche, on ne voit pas d‘eau.
Une femme nous fait les honneurs de sa maison autour d’une cour. Bien restauré, cela donnerait un riad très chic. Le mobilier est rudimentaire, quelques nattes, un placard vitré dans lequel sont exposés quelques beaux plats. Nous déclinons l’offre du thé disant qu’on en a déjà bu quatre. Je prends des photos, par politesse puisque nous avons refusé le thé et laisse quelques dirhams pour la photo.
Après la visite de la première casbah, nous en trouvons une autre plus décorée, qui fut autrefois un palais royal. Les portes sont décorées avec des motifs arabes d’une extrême finesse, on nous montre la mosquée, le hammam.
Les ruines de Sijilmassa
Cet ensemble de casbahs, de palais de terre et bien d’autres que nous verrons plus tard sont les restes de l’ancienne capitale Sigilmassa, qui accueillait les riches caravanes, l’or, l’ivoire, les tissus, les plumes d’autruches…elle était peuplée de 100 000 habitants du temps de sa grandeur. De cette ville fantôme de terre, il ne reste partout dans la palmeraie que ces casbahs parfois encore habitées, parfois écroulées, argile crue retournée à la terre, murailles fondues avec le temps les intempéries ou les caprices de l’oued Ziz. Difficile d’imaginer les splendeurs de cette étape caravanière.
Sigilmassa
La boutique de Driss
les trésors de la boutique de Driss
Nous retournons à la voiture sur la place du mausolée. Driss, dans sa boutique nous attend pour le thé. Il commente les richesses de sa boutique. Sur un tissu bleu turquoise sont accumulés toute une foule d’objets en argent, en os, en perles : des boites rondes des nomades se transforment en bracelets, coffrets en os de dromadaires, miroirs reflétant des étagères chargées d’autres trésors. La Croix du Sud berbère est une sorte de boussole, ou de sextant pour se diriger aux étoiles dans le désert et trouver la direction de la Mecque.
D refuse le thé, c’est très mal vu, le jeune qui nous a servi de guide dira méchamment qu’elle a du couscous dans les oreilles. Je m’assois avec eux pour boire deux verres.
kilim
Un homme plus âgé m’entraîne dans une autre pièce pour me montrer les kilims berbères ou touaregs. Chaque tapis raconte une histoire : au centre la femme fait un losange qui symbolise l’œil, le sien sur le monde, mais aussi talisman contre le mauvais œil. Les broderies en zigzag représentent la caravane avec les races des pas des chameaux, les triangles sont des tentes. D’autres triangles sont des plats à couscous. Le liseré du bord : la ceinture de la mariée. C’est extraordinaire de penser que chaque kilim est unique qu’il raconte une histoire à qui veut déchiffrer les motifs géométriques. J’explique que nous sommes au Maroc pour seize jours et que partout, il y a de merveilleuses choses à acheter. Malgré mon refus, il continue à être très aimables. Nous remontons en voiture quittons la place, puis nous ravisons. Nous sommes décidées à acheter un kilim pour en faire une tête de lit, nous avons mesuré les dimensions, qui sont impératives .Ces gens ont été si gentils, leurs kilims sont beaux, nous achèterons chez eux si ils ont la bonne taille.
On nous déroule tous les kilims, on va chercher un mètre, nous en trouvons plusieurs qui nous conviennent dans la dominante bleue qui est celle du papier peint de la chambre. Difficile de faire baisser les prix, de 750, il consent à descendre à 700, avec en prime une petite croix du sud. Je veux connaître l’histoire que raconte notre kilim. Le losange central est partagé en deux par un trait blanc, ce serait la frange du haïk qui partagerait l’œil en deux regards ( ?) la ceinture de la mariée évoque des motifs religieux, les cinq piliers de l’Islam, les quatre livres. C’est un tapis touareg et non berbère, les touaregs seraient plus pieux.
Pique-nique dans la palmeraie devant le ksar d’Oulad El Halim,
l »Alhambra du Tafilalet ». L’hôtelier a ajouté du cumin aux œufs durs, c’est une excellente idée. Je dessine en compagnie de petites filles qui m’offrent des fleurs, de pissenlit, mais ici, c’est une rareté. Les enfants veulent nous faire visiter le Palais « venez voir les jardins », il y a certes un petit jardin d’arbustes rachitiques fleuri de fèves et de pois mais plein d’oiseaux.
Nous faisons tout un circuit dans la palmeraie du Tafilalet, découvrant, tantôt des ruines imposantes, tantôt des ksours habités. A l’horizon, des montagnes déchiquetées violettes ou pourpres. Qui étaient sur notre gauche se retrouvent à droite ; nous avons fait une boucle sans nous en apercevoir et nous retrouvons à Rissani.
Dans la soirée, virée sur la route de Ouarzazate, palmeraie, ksours, mais la terre est beaucoup plus rouge. La pluie a inondé la route.
Hammam
Hammam : c’est la douche. C’est l’heure d’affluence. Les femmes sont en culotte avec du henné ou de l’argile sur le visage. Tout le monde remplit son seau (plastique noir très laid) au robinet. On me prête un tabouret bas en plastique. Les filles sont étonnées que je ne me lave pas les cheveux, l’une d’elles me tend son shampooing. J’explique à celle qui parle français que je me suis mis de la crème, elle comprend crème défrisante ! Je distribue les échantillons des produits Daniel Jouvance apportés pour cette occasion. Le sachet du peeling marin passe entre toutes les mains. En échange, un petit sachet contenant du savon noir
L’hôtelier nous a refait de son délicieux couscous.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
Départ dans la nuit
Dans le noir, une lumière passe, ce ne sont pas des phares de voitures, j’aurais entendu le moteur. Quelle heure est il donc ? On cogne. Pas d’électricité. C’est donc à cela que sert la bougie.
Le ciel est constellé d’étoile, ciel de nuit du Sahara .Aucune lumière parasite : le groupe électrogène est arrêté.
Le chamelier ne dit pas un mot. Dans le noir, je ne verrai pas son visage, ne connaîtrai ni son nom, ni le prix de la course. Il harnache mon dromadaire sans une parole. La selle est couverte d’épaisses couvertures, c’est tellement large que j’ai du mal à l’enjamber .L chameau se lève doucement, le chamelier lui murmure quelque chose de très doux. Ma monture avance dans l’obscurité. Je ne distingue pas la dune, seulement le ciel étoilé, magnifique. Étrange début de promenade, nous avançons sans que je n’arrive à me rendre compte si nous montons ou si on marche à plat .Le chameau est tranquille.
Progressivement, mes yeux s’habituent, je distingue le relief, l’arrondi de la dune, nous suivons une arête, le chamelier marche sur le rebord sans se retourner. Direction plein est vers la lueur de l’aube. Sans y prendre garde, les dunes de l’Erg Cherbi se dévoilent. Je m’aperçois enfin que les étoiles ont complètement disparu. Je pense à la définition du début du jour quand on distingue un fil noir d’un fil blanc.
Perdues, les notions du temps et de l’espace. Nous avons contourné la grande dune qui me servait de repère. Le chameau s’agenouille. Le chamelier ôte les couvertures de selle, les dépose sur ses épaules et gravit la pente raide montant un versant presque vertical dans lequel je m’enfonce, la montée est pénible. Il soulève le sable, je lui laisse prendre de l’avance et le suis de loin, péniblement.
Arrivée à la cime. Il dépose une couverture sur ma tête et mes épaules. Deux silhouettes drapées de laine, deux triangles comme deux petites tentes. La couverture est lourde, épaisse et chaude, j’imagine que c’est une authentique couverture bédouine en laine de chameau, brodée, tissée et nouée avec de beaux motifs berbères, comme dans les échoppes. Le chamelier s’enroule dans son chèche puis dans la couverture. A côté de moi, il forme un petit tas : une couverture pliée d’où rien ne dépasse. Il semble dormir profondément.
Des pensées triviales se bousculent dans ma tête, j’aimerais les chasser. Rester dans une pure contemplation de la splendeur de la dune. Difficile de ne pas être distraite.
Impossible de décrire le désert .Une transcendance. Je tomberais facilement dans le mysticisme, très peu pour moi !
Le vent souffle fort. Sans la couverture, je ne tiendrais pas longtemps ici. Le sable vole, se re-dépose. Je pense aux harmoniques à la résonance, tout un vocabulaire ondulatoire d’interférences. Le vent de sable, comme la lumière a t il une nature particulaire ou ondulatoire ? Le résultat : des petites rides qui se construisent sous mes yeux me ferait choisir la seconde hypothèse.
Le chamelier s’est levé et a fait écrouler le rebord de la plate-forme triangulaire, détruisant ainsi l’harmonie de l’arête tranchante. Une demi-heure suffira pour qu’elle se reconstruise, neuve et vierge.
La lumière est suffisante pour que je lise l’heure : 6h35. Dans une demi-heure, la cérémonie du lever de soleil s’accomplira. Je me retourne. Mon compagnon est enroulé dans une banale couverture décorée d’éléphants, la mienne est écossaise, finie la splendeur berbère !
Dans le vent, une silhouette s’affairait sur le versant opposé de la dune suivante. On aurait dit un animal affairé farfouillant de son museau la terre, fouissant un terrier, sans cesse revenant à la tâche. J’avais peur de découvrir qu’il s’agissait d’un sac poubelle en plastique noir. Non, simplement un buisson, aussi incongru ici qu’un chien ou un fennec.
Au dessus de l’horizon une barre de nuage partage le ciel. Le soleil arrivera t il à la percer ? 7heues 15, le lever était prévu à 7heures 05. Les nuages ont volé le spectacle. Nous attendons que le soleil sorte des nuages pour illuminer l’erg. Dès que la lumière se fait éblouissante, nous redescendons. Le retour est plus banal, le chamelier prend des raccourcis dans une pente raide, je suis déséquilibrée et glisse de côté. Je suis forcée de l’appeler pour me remettre dans l’assiette à l’arrêt.
Finalement, je vois D. Me voit elle ? Je n’ose pas crier de peur d’effrayer ma monture. Elle aura juste le temps de faire deux photos.
Petit déjeuner, conseil de guerre, nous aimerions bien rester un jour de plus à l’auberge du désert dans ce cadre calme et magnifique. Comment se débarrasser d’Aziz, Demandera – t il beaucoup plus cher pour rester ? Le souhaite – t il ? Nous lui demandons. Il est tout à fait d’accord. Payé à ne rien faire en compagnie de ses copains. Mais il nous propose tout un programme. Nous aimerions rester SANS LUI ! Nous finissons par nous en tenir au plan initial. A Erfoud nous serons débarrassées de ses « Comment ? » qui irritent D. Retour par la piste principale, bien balisée. Aziz continue « à droite ! » « À gauche » inutiles mais justifiant sa présence.
La voiture enlisée
Une voiture est enlisée, une vieille Renault 19 immatriculée à Lyon bourrée d’un stock de matériel automobile obsolète et hétéroclite, sièges, pneus, vieilleries méconnaissable. Ils se sont ensablés en portant secours à leurs potes (deuxième tacot enlisé 20 mètres plus loin). Apparemment c’est une habitude chez eux, ils sont munis de grandes pelles qu’ils manient maladroitement. « Nous faisons la Mauritanie ». D n’a aucune patience envers ces maladroits. Elle reste au volant. Il me semble que la solidarité dans le désert est une évidence. D’ailleurs nous sommes des habituées de l’enlisement, cela nous est arrivé au Portugal, en Espagne, en Turquie, en Charentes…et cela pourrait encore bien nous arriver ici. Finalement, la première voiture est poussée hors du sable par une équipe de gamins, les occupants hilares s’approche de leurs amis à grand bruit. Une femme est juchée sur le capot, brandissant une pelle. Nous abandonnons ces allumés.
Aziz nous explique qu’il n’y a pas de taxe sur l’importation d’automobiles en Mauritanie. Les lyonnais vont se débarrasser de leur camelote et se payer des vacances. Pauvre Mauritaniens qui vont récupérer les épaves !
Le ciel est couvert, le jour jaunâtre. La dune a disparu de l’horizon sans qu’on s’en rende compte. Les belles montagnes bleues et violettes d’hier sont cachées par la brume ou la poussière. Nous ne voyons que la plaine grise, son cailloutis et les multiples dérivations de la piste. Finalement : le goudron, les baraques des fossiles. A 11 heures, nous arrivons à Erfoud, payons 200dirhams à Aziz qui parle de nous revoir à l’hôtel (tu parles ! on va le fuir ! ).
Retour à Erfoud
Nous retrouvons notre chambre. Nos serviettes sont encore dans la salle de bain ainsi que la petite table ronde du dîner.
Je n’ai qu’une envie : me doucher, me laver les cheveux et me débarrasser de la poussière rose du désert accumulée plus dans le trajet en voiture que sur le chameau.
Dopart aux courses, trouve la Poste, le Monde, le photographe. La ville est très calme, pas de circulation automobile. Les hommes sont attablés aux terrasses de nombreux cafés. Pratiquement aucune femme dehors. Sauf une ombre noire, seuls ses yeux sont visibles. Le photographe part nettoyer l’Olympus chez son voisin -le garagiste – et utilise le compresseur. Il ne parle pas du tout le français mais m’écrit les tarifs. Développement et tirage d’une 36 poses pour 50 dirham, c’est avantageux. Nous sommes très impatientes du résultat des photos de coucher de soleil.
Pique-nique dans la chambre : dolmas, yaourts.
Palmeraie du Tafilalet
Nous quittons Erfoud par la route de Rissani sans but précis. Nous nous arrêtons dans la palmeraie du Tafilalet. Les palmiers sont magnifiques mais le sol est sec, craquelé. Très peu de jardins ont été irrigués, la sécheresse sévit plus que dans la vallée du Ziz. Nous faisons une sieste et une promenade sans être importunées. C’est une après midi très reposante. Mais le temps laisse à désirer, le ciel est couvert, la luminosité bizarre. Tout est beige jaunâtre. Le sol, sec, d’une poussière beige très claire. Les palmiers sont poussiéreux, pas de jeux d’ombre avec cette lumière tamisée.
Nous arrivons dans un village très bizarre : un ksar avec une porte monumentale. Devant la grande porte une place poussiéreuse. Sur la place des hommes sont assis, tous en costumes traditionnels très colorés : djellaba beige et turban jaune, djellaba blanche et fez rouge, djellaba grenat et capuchons pointus, d’autres en moutarde, vert pistache …Une brochette de vieillards assis sur le sol, pieds nus. Une foule de petits garçons jouent sur la place dans la poussière. Nous arrêtons la voiture au beau milieu de la place mais personne ne nous aborde. Je photographie de loin. J’aimerais bien prendre les hommes en djellaba mais il faut être discrète. Finalement, un jeune se présente, son français est rudimentaire, nous n’en tirons pas grand chose sauf qu’il nous interdit de pénétrer dans la casbah « ce sont des habitations »Nous avons l’impression d’être en plein Moyen âge avec tous ces hommes encapuchonnés, la terre poussiéreuse, les hauts murs de terre et les entrées dérobées. Pas une seule femme non plus. Nous continuons la piste qui donne sur le lit de l’oued Ziz à pic et rebroussons chemin pour arriver chez les potiers qui nous font très bon accueil. Ils ne vendent pas d’artisanat pour touristes. Seul modèle proposé à la vente : une haute jarre en terre blanche comme une amphore antique. Les murs de l’atelier sont faits de pots loupés cassés ou aplatis juxtaposés. potiers
Grandes salutations, un homme jeune et un vieux nous font les honneurs de la poterie, nous montrent le four souterrain très vaste, le tour. Le vieux mime le travail au tour avec une jarre cuite. Je demande si je peux le prendre en photo, oui, en payant. Dominique distribue les crayons aux enfants. C’est vraiment l’endroit le plus reculé et le plus misérable qu’on ait vu au Maroc. Les crayons sont les bienvenus d’autant plus qu’un adulte préside à la distribution. Dans une ruelle des fillettes sont installées sur le pas d’une porte avec des tambourins, nous ressortons les crayons. Les enfants se précipitent, les garçons doublent les filles. La voiture est prise d’assaut. Nous fermons les vitres et déguerpissons.
Rissani
Rissani est une assez grande agglomération avec de beaux bâtiments officiels, une gare routière flambant neuve, le mausolée, des commerces variés, peu de voitures mais des mobylettes pétaradantes et des immeubles misérables ? Ici, les femmes sont dans la rue mais voilées de noir. Une avait même la tête complètement couverte d’un voile noir sans même une ouverture pour les yeux. Nous reviendrons à Rissani demain. Nous sommes pressées de retirer les photos de Merzouga.
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
la piste de Merzouga balisée par des cairns
Aziz Aziz, babouche et djellaba grenat, vient nous chercher à l’hôtel. Nous prenons la route du désert, mince ruban de goudron plein de nids de poules. Nous croisons une caravane de 4×4 blancs : « touristes pressés », des japonais, levés à 3 heures, lever du soleil, et retour illico. Puis une autre caravane de mobil-homes italiens« les nomades, jeunes retraités », Aziz ironise.
Fossiles
Erfoud, fossiles d’Encrines
Première étape : la carrière de fossiles.
Ce n’est pas une carrière, je m’attendais à une exploitation industrielle. Ce matin j’ai eu le loisir d’examiner les tables en marbre poli, noir avec des orthocéras énormes,
Erfoud fossiles : Orthoceras
marron avec orthocéras et goniatites. Une bicoque qui vend des fossiles. Le calcaire forme des dalles horizontales qui sont sciées à Erfoud. Le marchand arrose avec une bouteille les roches pour que les fossiles soient plus visibles. Bien plus beaux que : les orthocéras et les goniatites : les lys de mer, des crinoïdes. Je n’en avais jamais vus. Dans une gangue rougeâtre les encrines déploient leurs fins tentacules. J’essaie de
Erfoud fossiles : goniatites
marchander, 150 dirhams pour un petite goniatite, c’est beaucoup trop, le marchand me montre des trilobites, des vrais et des faux, inutile de négocier des articles que je ne souhaite pas acheter. Ce que je convoite c’est la plaque des crinoïdes, mais pas pour 400DH, je donne mon prix 100DH. Nous sortons du magasins, espérant qu’il nous rappellera – non ! Tant pis, khalas ! J’explique à D la manœuvre. Aziz, s’en mêle, « si tu as quelque chose à troquer, des T-shirt, des chaussures … » Nous recommençons la négociation, je démords pas des 100DH, nous ouvrons même la valise, nous n’allons quant même pas investir toute notre fortunes en fossiles.
La piste
la piste, Aziz pilote Dominique à droite! »
Nous quittons le goudron qui est de plus en plus mauvais pour prendre une piste. Ce n’est pas la seule, il y a des dizaines de traces de roues et aucune signalisation. Aziz commande :
– « Dominique, à droite ! »
– « tout droit, accélère ! » quand il y a du sable.
Tous ces détours sont ils nécessaires ? Aziz veut il justifier de son salaire ? On ne saura jamais si ces précautions sont justifiées ou pas.
Thé chez les nomades
Thé chez les nomades
Deuxième arrêt chez les nomades : tente partagées en deux. On nous offre le thé chez les hommes. A côté deux femmes et un bébé nous vendent pour 20DH un petit dromadaire en laine.
les chevreaux des nomades
Les dunes se rapprochent. Seul relief sur la plaine grise (le lit immense d’un ancien oued). Très très loin, des montagnes bleues, c’est la frontière algérienne. Vers l’Ouest, un massif violacé : les montagnes du Draa.
L’Auberge de l’Erg Cherbi
Vers 11 heures, nous arrivons à la casbah-auberge à la limite des dunes. Les chambres très simples ouvrent sur des courettes plantées de fèves et de pois pour égayer. C’est l’auberge de l’erg Cherbi. Nous choisissons une chambre avec salle de bains pour 150 dirhams.
la casbah-auberge
Village de Merzouga
le village et la palmeraie de Merzouga
Nous reprenons ensuite la voiture pour aller au village de Merzouga distant de 5 km. Nous suivons la canalisation qui transporte l’eau de la source de Merzouga. Des puits dépassent de 1.50m au dessus du sol pour le curetage du conduit après les tempêtes de sable.
les canaux dans les jardins
Arrêt au puits : des femmes remplissent des dizaines de bidons en plastique orange et blanc. Elles sont très chamarrées, les voiles superposés sont ornés de fils d’or ou de broderies de couleur. Les petits ânes chargés sont aussi photogéniques, surtout un ânon tout blanc. Impossible d’emporter autre chose qu’un souvenir coloré.
La palmeraie est luxuriante. Elle s’ordonne de part et d’autre d’un canal d’eau vive. Les palmiers sont touffus, le blé (ou l’orge ?) est très vert, les fèves et les pois en fleurs. Je reconnais un amandier. Chez nous, la floraison a lieu avant le débourrage des bourgeons à feuilles. Ici les feuilles de l’an dernier ne sont pas tombées, cela donne un volume nouveau à l’arbre ;
Aziz nous garantit le calme, mais la magie de la palmeraie n’opère pas aussi bien que lorsque nous nous y promenons seules.
Dunes
Nous passons les heures chaudes à l’auberge puis partons sans escorte explorer les dunes. On n’ose pas marcher sur les surfaces vierges de pas. Sensation d’abîmer avec nos traces la pureté minérale. Je m’applique à suivre les traces des chameliers. Le vent effacera sans doute bien vite nos pas.
traces de gerboise?
Surprise de ne pas s’enfoncer plus. La marche est facile quand on suit les arêtes où le sable est tassé. Je m’amuse avec les traces des scarabées. Là où les chameaux sont passés, d’autres animaux ont profité de la nourriture laissée disponible dans leurs crottes, scarabées, souris ou gerboises laissent les empreintes de leurs petites passes et des queues. Les pas des dromadaires sont arrondis et fendus.
Nous faisons plein de photos. Peut être seront elles toutes pareilles, mais c’est tellement beau ! La dune devient orange, les ombres sont déjà là à 16 heures, le soleil baisse. Nous rencontrons des méharistes européennes, de loin enturbannées elles ont fière allure. Malheureusement elles disparaissent dans un creux je dévale la dune pour les retrouver.
La photo idéale serait une caravane à contre-jour se détachant sur une arête. Nous les ratons de peu, l’objectif a mis trop de temps à sortir.
Méharistes européennes
Ce qui me plaît le plus, ce sont les lignes vives des arêtes, le drapé du sable qui s’écroule sur le versant le plus raide, les rides. J’essaie des photos de mini-dunes.
Ce qui est étrange, dans le désert, c’est qu’on est attentif aux petites silhouettes qui se détachent. Il n’y a que trois ou quatre personnes autour de nous mais nous sommes conscientes de leur présence. C’est fou comme le désert est habité.
Je me déchausse, plaisir de sentir le sable sous mes pieds nus ! Je n’ose pas trop marcher, ignorante des possibles dangers. Je me suis renseignée plus tard, j’aurais pu continuer.
Aurons nous notre coucher de soleil ? La moitié du ciel est voilée. D amorce la descente. Au dernier moment, le cercle jaune apparaît hors des nuages. Nous assistons à un vrai coucher de soleil sur les crêtes découpées bleues des montagnes.
Les dunes changent de couleur, prennent des teintes violettes, le ciel prend des couleurs irréelles. Les nuages qui ont failli nous priver du spectacle deviennent roses puis oranges. Les chameaux se détachent sur le ciel. Est ce que les photos seront réussies
2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.
Mezki : Casbah
La source Mezki.
Heureusement que nous avons gardé le pain du dîner et des fromages fondus et des fruits pour remplacer le petit déjeuner. Quittons très tôt Errachidia endormie et atteignons vers 8 heures la Source Bleue. La route est construite sur un plateau pierreux, très plat, ennuyeux, laid.
Dès qu’on bifurque vers la Source Mezki ,la Casbah surgit face à nous comme un mirage. Nous découvrons le canyon: L’oued Ziz a creusé profondément le plateau, dans l’échancrure, une très belle palmeraie, l’eau de la rivière est très verte.
A cette heure matinale, le comité d’accueil est réduit, un vieil homme noir avec une barbiche, très grand, très digne dans sa djellaba verte nous vend les tickets d’entrée 10 dirhams. Un garçonnet essaie de placer une gazelle tressée à l‘intérieur de la voiture. Je lui explique qu’on en a déjà une collection et lui offre un bonbon pour qu’il ne soit pas fâché .Un jeune homme nous propose un thé « plus tard ».
source Mezki
La source est une belle piscine naturelle où nagent des barbeaux, certains de belle taille. Derrière un petit pont, dans une grotte, le coin des femmes qui allument des bougies, paraît-il.
La température n’est pas à la baignade. Je supporte allègrement un T-shirt à manches longues, ma chemise de voyage et le gros pull irlandais.
la palmeraie
Palmeraie
Nous n’avons que des bons souvenirs de promenades dans les palmeraies : Agdz, Zagora et Assouan. La palmeraie a un avant goût de paradis. Tout ce qui est sans valeur chez nous, l’eau, l’ombre, la couleur verte de la végétation prend un prix inestimable. Après la lumière crue du désert, le soleil mordant, la palmeraie donne un sentiment de repos, de paix, de bien être. Chaque cm2 est précieux, les villages sont construits sur les bords, les véhicules absents. Nous marchons avec précautions sur les petites levées de terre sèche qui délimitent les parcelles ou le long des canaux d’irrigation. Dans les petits carrés, en ce moment, les fèves sont en fleurs, l’alfafa ou la luzerne ont été coupés, les carottes et les oignons prospèrent.
Les arbres fruitiers, en revanche, sont en repos hivernal, grenades, cognassiers et figuiers ont perdu leurs feuilles. Même ici, dans le grand sud, en février, c’est encore l’hiver. Les palmiers forment d’énormes touffes de six ou sept pieds à divers stades de développement. Ceux qui ne sont pas encore très hauts ressemblent à d’énormes ananas.
palmiers
Nous profitons du calme que personne ne trouble. Est ce que nous devons cette sérénité à la fête, ou est ce la magie du lieu ? Nous savourons l’instant. Traversons le Ziz à gué sautant de pierre en pierre.
Sous la Casbah, les palmiers sont plus clairsemés, remplacés par des oliviers et des tamaris, les cultures sont moins florissantes, de nombreux carrés sont desséchés , en friche, je préfère penser que c’est à cause de l’hiver et contourne ces précieux jardins. Nous nous promenons deux bonnes heures et rentrons à la voiture pour chercher le pique-nique et mon matériel de peinture.
On nous invite au thé berbère devant les boutiques fermées. Nous parlons de choses et d’autres. Comme D refuse un deuxième thé, le jeune homme lui dit « vous n’allez pas marcher sur une seule jambe ». Il a fait des études de plombier chauffagiste au lycée technique mais vit de petits boulots, guide ci et là à Ouarzazate ou Zagora.
Je m’installe pour peindre sous un groupe de palmiers, dans un carré de luzerne. Les oiseaux sont très nombreux, si légers que les brins de luzerne ne se courbent même pas sous leur poids, petit oiseau vert au ventre jaune, au bec court qui prélève sa nourriture au sol. Dans les arbres fruitiers, les moineaux remplacent les feuilles.
Les moutons de la Fête
Après le pique-nique, une femme arrive, une lourde bassine sur sa tête. Elle donne des coups de battoir avec la tige d’une palme. D va la voir, offre un paquet de chewing-gum. Pour la photo, c’est non, ferme. C’est dommage, les femmes portent des tenues de toutes les couleurs. Elles lavent la peau du mouton, les têtes et les pattes calcinées. Elles rincent à l’eau et à l’OMO, les abats, les cœurs, les poumons mais aussi les tripes, la panse, les intestins dans lesquels elles soufflent. Nous rencontrons une autre troupe multicolore, leurs djellabas ou leurs longues robes sont bleues vif, roses, jaune, elles ont des voiles bariolés avec de grands motifs, quelque fois un foulard noir sur la tête. Peut être ce sont leur habits de fête. Pour mettre les pieds dans l’eau, elles remontent leurs caleçons longs tricotés vert pomme ou rose bonbon…
Avant de partir, nous retrouvons les jeunes, les boutiques sont ouvertes, ils comptent bien que nous leurs achèterons des souvenirs. Les fossiles sont bien tentants, je craque pour une goniatite sciée et polie, un trilobite dans sa gangue et une petite rose des sables, le tout pour 100 dirhams.
Retour sur le plateau grisâtre, le canyon est tout près, caché. Un point de vue nous le rend, encore une casbah, habitée, celle là. Je la dessine vue d’en haut. Nous sommes assises sur une dalle contenant des fossiles d’oursins noirs et pyritisés. Vu du dessus, l’enchevêtrement des maisons, patios, terrasses encerclées par des murs garnis de bastions carrés.
La route descend ensuite pour longer la palmeraie.
Geyser
source vauclusienne et ferrugineuse
Attraction suivante : un geyser d’eau très ferrugineuse, résurgence vauclusienne qui jaillit sur le plateau. Tout autour, des concrétions rouillées. Nous ne trouvons pas la ferme expérimentale signalée par Gallimard.
Encroutement ferrugineux
Erfoud
Arrivée à Erfoud vers 17 heures. La ville est bondée. Tout le monde est dehors. Des familles entières sur des heures, vélos, Madame en voile noir, les petits endimanchés. Les hommes portent souvent de belles djellabas blanches, certain ont des fez rouges ou des calots blancs brillants. Nous n’en avons pas vu plus tôt, j’en déduis que ce sont des tenues de fête.
Pas de voitures dans la ville, beaucoup de vélos. Deux tentatives pour trouver un hôtel. Le premier recommandé à Midelt, complètement vide manifeste peu d’enthousiasme à notre arrivée. Pas de cuisinier à cause de la fête. On va voir ailleurs. En centre ville, dans une rue encombrée, un petit hôtel, La Canne. Le patron est vraiment gentil, le prix de demi pension, 350 dirhams. Nous repartons dans la palmeraie pour la balade au soleil couchant. Encore la tranquillité, quelques petites filles nous escortent. Dans la chambre, bon dîner, tajine pruneaux, omelette brochettes, oranges à la cannelle,
En bas, le café est bondé il y a un match Maroc/Sénégal au stade de France, les hommes sont très chics, djellabas blanches, voitures décapotables. De notre chambre, nous entendons la clameur quand il y a un but pour le Maroc.