6. De Midelt à Errachidia par les gorges du Ziz

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

 

A la sortie de Midelt, les sommets enneigés du Moyen Atlas
A la sortie de Midelt, les sommets enneigés du Moyen Atlas


La nuit a été très froide. A Midelt, 1500m, il gèle.

7h15 lever du soleil spectaculaire sur le Djebel Ayachi. En quelques seconde le disque solaire sort, éblouissant, ciel pur de montagne et de désert, couleurs violentes.

La salle à manger de l’hôtel Ayachi est très bien décorée. Pendant que nous attendons le petit déjeuner on avise un récipient en cuivre conique. Le patron de l’hôtel intervient c’est une huche à pain, il nous montre les tapis brodés faits dans la région et s’installe à table avec nous. Nous discutons de la crise du tourisme à cause de la guerre qui se prépare en Irak qui est une vraie catastrophe pour cette région qui vit du tourisme.
Il a un air bizarre avec son costume noir fripé et ses yeux rouges. C’était notre voisin de chambre. On avait remarqué son comportement hier soir. Bouteille ou kif ? Son discours, intéressant est un peu incohérent. A la fin du petit déjeuner il nous invite chez lui voir sa femme « madame Thatcher ». Madame Thatcher est en tablier, gants de vaisselle à la main, elle nous installe dans le salon de réception très vaste bordé de canapés aux coussins blancs avec de jolies petites tables octogonales en cèdre tourné. Nous lui demandons conseil pour une excursion à partir de Midelt.

Aouli est accessible avec une voiture ordinaire, le cirque de Jaffar, trop loin, seulement avec un 4×4. Nous parlons de tapis et de kilim, je lui demande des prix, elle ne donne pas de chiffre mais conseille de diviser par deux l’offre du marchand et de faire mine de partir.
Son mari fait du thé à la menthe il revient habillé de frais. Nous pensons que madame Thatcher, Milouda, l’a viré, vu son état lamentable, il a dormi à l’hôtel tout habillé. Notre visite a été bienvenue pour éviter des remontrances. Nous nous quittons avec la promesse de se revoir lorsqu’on repassera par Midelt au retour.
Nous avons deux heures de retard sur l’horaire prévu mais cela a été l’occasion de boire le thé dans une belle maison marocaine et d’échanger quelques idées.

Les mines de Mibladen

entre Midelt et Aouli
entre Midelt et Aouli

La petite route d’Aouli est goudronnée, elle traverse d’abord le plateau caillouteux, nous traversons une bourgade minière Mibladen habitée mais en sommeil. Le sol est crevé par l’exploitation minière et les déblais forment des cônes de gravats. Dans les gorges coule la rivière Moulouya tumultueuse, belles eaux verte et vif courant .Et pourtant la fonte des neiges est peu importante. Il n’a pas neigé cet hiver à Midelt, cette année, les cigognes sont arrivées avec plus d’un  mois d’avance. On imagine la force de l’oued en crue en regardant le profond canyon qu’il a creusé.

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le site abandonné de Mibladen

Des installations tombées en désuétude enjambent le lit du torrent, restes de centrale électrique, aqueducs en ciment ruiné, pylônes électrique inutiles …Ce matin, notre hôte nous a expliqué que les mines de plomb d’Aouli ont été exploitées depuis 1942, le plomb a servi pendant la première Guerre Mondiale. Ceci corrobore mes lectures. Edith Wharton racontait que Lyautey au lieu d’envoyer des supplétifs dans les tranchées avait préféré favoriser le développement économique du Protectorat. Certainement le plomb d’Aouli a servi l’effort de guerre mieux que des effectifs de soldats. .Depuis 50 ans Aouli est devenue une ville fantôme. Pennaroya qui l’exploitait l’a abandonnée à l’Indépendance.

Aouli, la mine abandonnée
Aouli, la mine abandonnée

Le quartier européen est construit de petits immeubles à balcons et terrasses, volets verts d’un côté de l’oued. En face une immense bâtisse rouge adossée à la falaise. Plus loin,  un quartier ouvrier de maisons de pierres sèches accrochées fait corps avec la montagne. Les figuiers, défeuillés actuellement,  prospèrent encore. Sur le bord de l’eau peupliers lauriers roses et tamaris. L’endroit quoi qu’isolé devait être agréable avec cette eau et cette verdure.

ville fantôme
ville fantôme

Nous faisons demi-tour avant d’arriver au chantier, la piste devient de plus en plus mauvaise. Sur le retour nous rencontrons un troupeau qui nous barre la route. Les petites chèvres basses grises sont très belles.

le troupeau de chèvre avance dans le canyon
le troupeau de chèvre avance dans le canyon

 

Nous dépassons une vieille toute courbée qui marchait derrière son âne. Je lui propose 5dirhams pour prendre une photo. Elle accepte, mais pas avec l’âne. Elle se redresse bien droite sur son bâton. J’avais imaginé la photo autrement : à l’arrière plan, les neiges de l’Ayachi, l’âne et elle cheminant sur la crête se détachant sur le ciel bleu. C’est l’image, debout, fière, qu’elle veut bien me donner. J’espère qu’on verra ses rides et tatouages,  je n’ai pas osé faire sortir le téléobjectif.

La route de Midelt à Errachidia

La route de Midelt vers Errachidia contourne la montagne jusqu’à un col à 1900 m. Au col, nous retrouvons une « forêt »,  de malheureux thuyas très vieux, à moitié desséchés puis plus haut des pins plantés récemment . En descendant vers le sud, le paysage est plutôt monotone. Les neiges éternelles ont disparu, les barres violacées sont frangées de cônes d’éboulis ocre. Les collines de piémont plus beiges sont soulignées par de petits bancs de  pierre. De temps en temps, un village avec des vergers d’arbres fruitiers rompt la monotonie. En février, ils ont une allure hivernale, des cerisiers ou des pommiers ou des pruniers ?

Sources thermales

Source thermale de Rich
Source thermale de Rich

 

Nous trouvons l’oued Ziz vers Rich dans une large plaine peu intéressante, les premiers ksour apparaissent, villages de terre. Nous cherchons deux sources thermales  : l’une pour les reins, l’autre d’eau chaude pour les rhumatismes où on peut se baigner (le maillot est prêt dans le sac). La première est charmante : piscines d’eau claire sous de beaux palmiers. Dans un bassin, on voit des bulles de gaz. Le gardien élève dans l’autre des poissons dont il est très fier. Il nous fait la visite très aimablement. Il vend des bidons aux curistes et tient une petite cafétéria. Nous déjeunons près du bassin aux poissons. Discret, il ne nous dérange pas pendant le repas, présent tout de même il fait mine de nourrir les poissons et viendra fumer une cigarette en notre compagnie à la fin du repas. C’est vraiment un pique-nique agréable.

La deuxième source, « station thermale » est très décevante. Parking payant couvert, mosquée, deux établissements miteux en ciment beige précédés de guitounes où l’on vend des slips, du shampooing, du savon. C’est pouilleux, misérable, je n’ai pas envie d’aller dans ces pauvres bâtiments.

Gorges du Ziz

Nous passons le fameux tunnel du Légionnaire à l’entrée des gorges du Ziz. Nous ratons une belle photo par la faute des gamins venus vendre des dromadaires en paille tressée  qui nous mettent en fuite. Les gorges du Ziz forment un canyon entaillé dans une falaise brun rouge avec une stratification de bancs horizontaux. C’est la patine qui est rouge, le calcaire, lui même est gris. Le fond de la vallée est occupé par une belle palmeraie. L’eau du Ziz est transparente, verte avec le reflet des palmiers. Les graviers dans son lit sont gris.
Je passe une bonne heure à écrire et à dessiner. Un jeune homme s’est assis près de nous, fait une tentative, mais se décourage et finalement chantonne ou psalmodie des prières, il est ensuite rejoint par des copains qui nous laissent bien tranquilles. Avec les adultes on arrive bien à faire comprendre qu’on a envie d’être au calme. La plaie, ce sont les enfants qui ne se lassent jamais.
Après le grand canyon, nous arrivons au barrage sur le Ziz : beau lac turquoise avec des îlots. La route le surplombe de loin.

Errachidia

D’après tous nos interlocuteurs, Errachidia n’offre aucun intérêt. Nous sommes plutôt agréablement surprises par les efforts d’urbanisme, les différents quartiers sont enceints de murs avec des tours carrées imitant les ksours traditionnels de terre décorés de motifs berbères. Les entrées de la ville monumentales rappellent celles de Ouarzazate . La ville, elle-même, est invisible derrière toutes ces murailles qui cachent  des quartiers d’habitation des bâtiments officiels ou des casernes. Pas de trace d’hôtel. Nous continuons la route de Ouarzazate et sommes prises en chasse par un 4×4 qui nous double et s’arrête, peut être des rabatteurs d’un hôtel de luxe ?

Hôtel Mezki

L’hôtel Mezki -recommandé par Lonely Planet-  n’est pas cher, mais froid, sans chauffage ni eau chaude, couloirs sinistres, chambre immense et triste. Nous cherchons ailleurs, bredouille.entre temps, On nous annonce qu’il n’y aura pas de petit déjeuner pour cause d’Aïd et  pas de dîner non plus. Nous parlementons, finalement nous aurons des brochettes et des frites, le tout pour 250 DH.

5. En route par Ifrane – Midelt

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Cèdre de l'Atlas sur la route de Fès à Midelt
Cèdre de l’Atlas sur la route de Fès à Midelt

 

Un drôle de bruit nous a tirées du sommeil, on avait imaginé qu’un carreleur taillait ses zelliges, tandis que moi j’entendais une voiture télécommandée. Finalement c’est la douche qui fuyait. Le muezzin convoque à la prière, en écho, les autres répondent. Nous nous rendormons jusqu’à 7h30 : soleil magnifique.

La Toyota Corolla
Budget, n’a pas de petite voiture à nous proposer, il loue la magnifique Toyota Corolla bleue nuit pour le prix d’une Clio. Location conclue avec un verre de thé à la menthe (le premier depuis notre arrivée)Au distributeur de billets, tout se passe bien. Traversée de la Fès moderne avec ses grandes avenues, ses palmiers, très française encore.

Oliviers et soucis oranges

10h30 –  tous nos bagages sont chargés, nous quittons Fès par une campagne très verdoyante. Les oliviers et les collines évoquent un paysage méditerranéen. Sous les oliviers, un tapis de petits soucis oranges. Le long de la route des moutons attendent. la fête  après demain. La nuit dernière en ville, nous les avons entendus bêler.

Au loin les crêtes du Moyen Atlas se profilent. Premier arrêt pour photographier la Corolla toute propre encore et les moutons .

A Imouzzer,  nous abordons la montagne, les forêts de chênes et de résineux.  Les maisons ont des toits en pente, des tuiles mécaniques rouges plates, elles ressemblent à des pavillons français du début du XXème siècle.

Ifrane

ifrane

 Ifrane est une curieuse station d’altitude. A l’entrée, une luxueuse université, puis  un parc où serpente une rivière d’eau claire : la source Vittel. De nombreuses tables pour les pique-niques sont aménagées près de l’eau. Le tout d’une propreté suisse.

Des villas cossues et des petits immeubles modernes avec des toits pointus, des tuiles rouges, tout a l’air très chic.  Très snob . Avec les nids de cigognes, très alsacien. Nous ne voyons pas les pistes de ski un peu plus haut. La neige est encore là par plaques, de petits névés dans les coins ombragés.

les magots
les 2 magots

Les singes
Quelques courses à la supérette des cigognes et prenons la direction dAzrou.
Sur un parking offrant un beau point de vue, trois petits singes attendent. Il y a aussi des baraques de souvenirs mais ces petits magots sont trop mignons ! Nous nous arrêtons donc, je sors un quart de pain rond. Les petits singes ne sont pas farouches, je distribue une bouchée à chacun, mais voilà que le petit saute dans le coffre de la voiture et vole le rouleau de Sopalin (heureusement que ce ne sont pas les pommes ou les bananes) j’échange le papier contre du pain. Ils sont apprivoisés, leur maître arrive et nous conseille de fermer la voiture. En effet un macaque entre par la fenêtre. Celui qui est sur le toit me saute sur l’épaule. Ils sont très délicats, très doux et joueurs . Le monsieur  très aimable,  ne pousse pas à l’achat. Il nous conseille d’aller pique-niquer sous les cèdres.

Les cèdres

cèdre
cèdre

Les voici, les premiers cèdres de l’Atlas! Les plus vieux dépassent avec leur silhouette caractéristique. Une petite déception, les plus beaux sont déplumés, le plus fameux, le Cèdre Gouraud est complètement mort (encore des singes et des baraques de souvenirs). Nous suivons la piste jusqu’à une clairière verte dans les cèdres. Les plus jeunes plants poussent très touffus mais leurs  branches ne forment pas encore les parasols horizontaux caractéristiques. Intriguée, je vais vérifier que les aiguilles sont bien celles d’un cèdre. Probablement, ils ne développent leur port majestueux qu’en vieillissant et meurent très vieux. Pour déjeuner, nous avons de la compagnie, un couple de chiens, le mâle , petit berger à épaisse fourrure, la femelle très maigre, une levrette. Ils dévorent le pain que je leur lance. Nous sommes assises sur de grosses bombes volcaniques à structure bulleuse. Toute la clairière en est jonchée. Promenade courte, à pied près des névés, la piste est verglacée.

fes à midelt singes

Azrou

Vue de loin, Azrou est une jolie ville adossée à la montagne, de près, c’est plutôt pouilleux, encombré et quelconque Nous pensions nous y arrêter, il n’y a rien de spécial à visiter, il est encore tôt, nous avons le temps d’arriver à Midelt.

Volcanisme

La route parcourt maintenant une sorte de plateau boursouflé de cônes volcaniques avec des cratères égueulés .Les bombes, blocs et scories sont utilisés comme murettes. Dans les creux, l’eau de fonte des neiges stagne en d’improbables fondrières. D’ici à quelques semaines ce sera peut être une steppe désertique mais aujourd’hui on dirait le Massif Central, en beaucoup plus haut (autour de 2000m jusqu’à 2500m) La route est très encombrée : d’énormes camions peinent en montée et soulèvent une poussière infernale. On finit par doubler la caravane.
Le massif central avec les Pyrénées enneigées à l’horizon ! Au loin une barrière de sommets découpés, blancs : le haut Atlas avec le Djebel Ayachi pourtant très éloigné.

encore les cèdres!
encore les cèdres!

Changement de décor : un désert pierreux, brunâtre, où paissent de nombreux moutons. Tout est marron : la laine des moutons, la terre, les broussailles aussi la djellaba des bergers coiffés de leur capuchons pointus.
Une rivière serpente en méandres serrés creuse une vallée sur le bord de la route. Des petits lacs temporaires ( ?) reflètent le ciel. Nous déroutons pour découvrir l’Aguelmane Sidi Ali, joli lac caché dans la montagne. Surprise il est vert très intense presque noir. Dehors il fait un vent épouvantable, on se pèle de froid et renonçons à nous y attarder.

Des cèdres très secs parsèment le flanc de la montagne, squelettiques, ils se détachent sur le ciel très bleu. Nous retrouvons la forêt au col du Zad à 2178 m.
Nous descendons alors sur Bolojoul et Midelt parmi les cèdres clairsemés. A chaque tournant des chiens misérables sont couchés, on aimerait leur donner le pain qui reste mais ce n’est pas évident de s’arrêter, on le regrettera.

arrivée à Midelt au coucher du soleil
arrivée à Midelt au coucher du soleil


Coucher de soleil sur Midelt

Nouveau décor : au premier plan le désert prend toutes les teintes de rouge, ocre, orangé, pourpre, violacé. La barrière blanche de l’Atlas se rapproche. Les buissons sont verts en cette saison, une sorte de graminée forme des coussins hérissés. A l’approche de Midelt vers 17hle soleil baisse, la lumière du couchant est chaude, des petits nuages étranges occupent le ciel. Certains s’effilochent d’autres en boules grises s’empilent et changent de forme.

Dommage d’entrer dans la ville par une si belle lumière! On emprunte une route de traverse censée mener à un barrage pour profiter encore du désert en Technicolor.

Une butte témoin ocre surmontée d’un banc de calcaire clair se détache – décor de western –  elle est précédée de collines violacées. Nous découvrons un campement de nomades.

Lorsque nous rentrons à la route, le soleil est si éblouissant qu’on a du mal à couper la file de la circulation : on ne voit pas les véhicules arriver.

L’Hôtel Ayachi

18heures, nous nous arrêtons au premier hôtel venu, un peu classe : l’hôtel Ayachi. Il y en a un autre, la Kasbah, tout le reste fait plutôt minable. Le patron est très sympa :
– « pour toi ce sera 560 dirham la demi pension. »
Il a fait un petit rabais pour la morte saison. L’hôtel est très laid du dehors, gris ocre « bâti par les Français »  années 50. Le hall est très bien décoré, vastes salons, curieux « foyer » (chiffon moiré orange qui bouge avec une soufflerie). La chambre est très vaste, très haute de plafond, meubles standard sans goût mais un balcon et un radiateur, une belle salle de bain et de la moquette. Nous avons froid malgré le chauffage. On viendra avec un seau purger le radiateur.
Le dîner est très bon : salade marocaine, tajine aux pruneaux, orange à la cannelle pour moi, omelette, brochettes tarte pour D.

 

4. Fès : Medina-Fès el Djedid

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Toutes seules dans la médina!

Fès : ruelles tranquilles dans la médina
Fès : ruelles tranquilles dans la médina


F
ortes de notre équipée guidée d’hier, avoir étudié le plan, nous nous lançons à l’aventure. Nos repères seront les deux Talaats, axes principaux orientés SE/NO et le but à atteindre : la place Nejjarine qui se trouve au milieu de tout ce que nous voulons voir.
Première étape Bâb Boujeloud, la porte bleue, puis le marché aux victuailles. Hier, des chats se partageant des restes de viande sous l’étal d’un boucher. Un autre chat, perché sur la cage d’un pigeon auraient été des sujets de photos auxquelles  j’avais renoncé à cause du guide. Les chats traînent toujours, mais plus la mise en scène !

La clepsydre de Maïmonides

La clepsydre
La clepsydre

La clepsydre  me plaît de plus en plus depuis que j’ai lu que des cymbales sonnaient les heures et que des oiseaux mécaniques surgissaient des petites fenêtres. Le « juif astucieux »  dont parlait le guide, n’est autre que Maïmonides (pas seulement astucieux, l’auteur du guide aurait pu se renseigner !) Il aurait trouvé le mécanisme hydraulique de cette horloge monumentale qui occupe tout un bâtiment en face de la Medersa Bou Inania (visitable selon les livres mais fermée pour cause de travaux).

Nous aventurons dans les ruelles des quartiers d’habitations pas plus larges que des couloirs, tombons dans des culs de sac et chaque fois retrouvons les artères commerçantes. Nous nous débrouillons très bien sans guide.

Premier but de promenade : le souk des luthiers (le Routard). Nous tournons dans le quartier, demandons aux habitants. Introuvable ! Les boutiques vendant des tambourins et de flûtes ne manquent pas mais nous ne nous attardons pas de peur de nous faire piéger par les vendeurs.

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Les enfants deviennent insistants. Seul avantage de la visite accompagnée d’hier, ils ne se manifestaient pas. Pour  les décourager j’explique inlassablement que nous ne cherchons qu’à faire des photos tranquilles. Cela marche à peu près. Pour les photos, un nouveau problème surgit : l’étroitesse des rues. Sans recul, il faudrait un plus grand angle pour capter la porte, l’auvent et un coin de ciel bleu. Il faut aussi être rapide, à peine ai-je trouvé le cadrage satisfaisant qu’un mulet chargé me déloge « Balek !». Les mulets – photogéniques- disparaissent avant que l’objectif ne soit sorti.

Fès caravansérail
Fès caravansérail

Maristan

Une enseigne peinte nous indique le souk au henné –  placette bien agréable – ombragée (en été) par deux gros platanes, défeuillés en ce mois de février, entourée de petites boutiques de bois  .Les vendeurs sont bien aimables et ne cherchent pas à nous vendre quoi que ce soit. le marchand nous installe un sac de jute pour que sur la margelle d’une fontaine désaffectée, nous soit plus confortable . Nous avons tout le loisir de lire nos guides et de nous reposer. En face, des ouvriers restaurent une tour carrée, le Maristan, hôpital ou a officié Léon l’Africain (j’ai dans les bagages sa biographie par Maalouf).

Le Musée du bois de la Place Nejjarine

la fontaine de la place Nejjarine
la fontaine de la place Nejjarine

Nous traversons les souks couverts pour trouver la place Nejjarine avec sa belle fontaine polychrome et le Musée du Bois. C’est un havre de paix. Pour 20 DH nous payons la visite mais aussi le repos dans un cadre merveilleux. L’ancien fondouk a été récemment rénové. Les boiseries embaument le bois de cèdre, les sculptures de stuc sont comme neuves, merveilleusement ouvragées. Les toilettes sont luxueuses, les banquettes ont des coussins. Encore une fois, nous sommes les seules visiteuses.

Nous prenons tout notre temps pour examiner le contenu des vitrines, des dizaines de rabots, de ciseaux et d’outils n’offrent que peu d’intérêt, mais les portes ciselées, les étagères peintes, les vieux panneaux sont de toute beauté. Ici aussi, je m’amuse à détailler les constructions géométriques, à chercher des symétries;  Pas étonnant que tant de profs de maths soient arabes, la géométrie et la symétrie sont élevées au rang d’arts majeurs.

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La terrasse du quatrième niveau offre un beau panorama sur la Mausolée de Moulay Idriss avec sa pyramide verte et le minaret vert brillant. Une petite coupole blanche dont la cheminée fume très noir est sans doute un hammam. Vers le nord les collines verdoyantes et les tombeaux mérinides. Il faut se gendarmer pour ne pas gâcher la pellicule. Tout attire l’œil : le linge qui sèche, les petits auvents de tuiles vernissées, un vénérable platane …

Les tanneurs

Fès tanneurs
Fès tanneurs

Plutôt que de gaspiller notre énergie à chasser les enfants entreprenants et très collants, autant en choisir un sympathique qui nous guidera vers les tanneurs. Nos candidats sont vite trouvés : deux minuscules Mohamed et Smaïn en beaux pulls jacquards, le cheveu ras, l’air intelligent qui nous présentent la carte d’une boutique qui a une terrasse surplombant les tanneries. Les deux gamins filent, nous marchons sans nous presser, ils nous attendront plus loin. D’autres gosses tentent l’aventure mais les petits font bien leur travail. Ils nous disent que les guides officiels prennent des commissions sur les achats des touristes (ça on le savait !) mais pas eux, ce sera plus avantageux pour nous.

les cuves des tanneurs
les cuves des tanneurs

La terrasse des tanneurs est décevante, beaucoup trop haute, beaucoup trop loin. Cela ne vaut pas la visite à Marrakech. 200DH, pour des babouches, beaucoup trop cher!D’ailleurs nous n’avons presque plus d’argent et il n’y a pas de guichet automatique dans la médina. Les petits nous conduisent vers la porte de la ville où nous trouvons un petit taxi pour l’hôtel.

Déjeuner sur le pouce : sandwichs au poisson frit très épicé : sardines pour moi, congre plein d’arêtes pour D .Nous trouvons un avocat à la crémerie  – drôle d’endroit!  La raison est simple, : avec une centrifugeuse on fait du jus d’avocat avec du lait, plus classique, le milk-shake aux amandes, à la vanille ou à la banane.

Le réceptionniste de l’hôtel a invité une loueuse de voitures qui vient avec sa fille mais sans ltarifs ni  contrats. Elle ne connaît pas la carte VISA Premier et les assurances qui vont avec. Cela ne nous inspire pas confiance. Elle propose une Fiat UNO pour 450 DH, nous ne concluons rien avec elle. Nous verrons demain les enseignes mondialement connues.
Sieste écriture et café près de la piscine.

Fès el Djedid

  Fès el Djedid – Fès la neuve –  XIIIème siècle, (la nouveauté est toute relative) – se trouve à  20 minutes de marche de l’hôtel par  une avenue moderne avec une très belle vue sur un ravin et des collines vertes. Puis nous arrivons dans une foule compacte qui fait ses achats dans un bazar tout à fait contemporain : bassines en plastique, fleurs artificielles, grills …Nous atteignons une porte carrée qui s’ouvre sur une ruelle encombrée de foule. Aux abords, sur le trottoir, des petites gerbes de mauvaises herbes, une poignée nouée par un brin d’herbe, sans doute pour les moutons. Heureusement, nous ne prenons pas cette ruelle.

les balcons du mellah
les balcons du mellah

Au contraire, nous traversons l’ancien Mellah en suivant une belle rue large bordée de magnifiques maisons ornées de balcons de bois ouvragé de style colonial avec des frontons décorés, des fenêtres en saillie ornées de ferronnerie. Au rez de chaussée, les boutiques des orfèvres juifs sont remplacées par des marchands de fruits secs, pruneaux, dattes amandes, pralines et pâtisseries. Une bonne odeur d’amandes grillées flotte.

Plutôt que demander le cimetière Israélite ou la synagogue, nous désignons la place Allaoui que tout le monde connaît. C’est l’entrée du palais Royal, monumentale, plus grande que les portes de la ville avec des décorations polychromes, des zelliges, des portes de bronze. Tout cela flambant neuf, brillant – trop neuf, trop clinquant – précédé d’une immense esplanade bordée de palmiers et de massifs fleuris. Personne n’a le droit de la traverser, des militaires sifflent ceux qui s’y hasardent et verbalisent les vélos.

Fès ancien Mellah
Fès ancien Mellah

Le Palais est une ville secrète bien gardée.

Au bout de l’esplanade, un parking bruyant : il s’y déroule une activité intense de marché aux puces où tout ce qui est imaginable se négocie : des bracelets-montres, des gazinières, des canapés, de vieux vêtements ainsi que des neufs.

Cimetière juif

Fès cimetière israélite
Fès cimetière israélite

Le cimetière juif se trouve derrière ce marché. Quelqu’un nous indique l’entrée: la porte noire derrière le garage, bouclée à double tour, il faut sonner trois fois. Personne n’ouvre :
–    « Ya Khuya, le cimetière est grand » dit à mon intention un invalide barbu famélique qui surveille un étal minable de couteaux, tournevis à même le goudron.

Un vieil homme à la peau noire et aux yeux morts nous fait entrer sans un mot. Un autre homme se précipite, m’accueille en hébreu, me serre le bras. Visite guidée : des centaines de tombes  en demi cylindre chaulées de blanc sont entassées. La plupart n’ont pas de nom mais le chaulage est impeccable. Des morts d’épidémie de peste, commente t il. Notre hôte a la mémoire des lieux  ilconnaît les concessions de chaque famille : les Sarfaty, les Pinto, les Danan … des mausolées honorent des rabbins célèbres : Sarfaty et Danan. Notre hôte répète à satiété que les Juifs Marocains protégés du Roi, sont bien, que la communauté marocaine est protégée. Il est heureux de parler Hébreu, ses fils sont en Israël. Il est fier de son cimetière bien entretenu. La tombe d’un rabbin ressemble à une locomotive, une bougie y brûle. , celle de la jeune Soulica est teinte de bleu et blanc tacheté curieusement . Soulica était une très jeune fille qui avait refusé de se convertir à l’Islam pour se marier avec le Roi .

Il nous mène ensuite à la synagogue transformée en musée. Musée de quoi ? Cela ressemble plutôt à un grenier avec quelques objets du culte sans valeur, des chapeaux, quelques vieux livres, une collection de pierres, des vieux habits. Deux mannequins miment des mariés sous la Khoupa. C’est dérisoire, infiniment triste. Touchante aussi, la classe de l’Alliance Israélite, les bulletins d’Elbaz, Sebbag ou Azoulay… Le juif nous fait sortir par l’arrière. Sorti de son cimetière sa peur est palpable. Il m’extorque 100 DH pour l’entretien du cimetière. Je suis furieuse parce qu’il ne nous reste plus un dirham pour ce soir. Je me raisonne vite, 100Dh, c’est 66 Francs, deux entrées dans un musée européen, la djellaba achetée hier …moins que ce que nous avons donné au guide incompétent. Finalement c’est si peu face à la tristesse de ce qui reste de la communauté ! Je mesure aussi la différence entre la situation actuelle et celle en 2001 lorsque nous sommes venues à Marrakech dans l’avion des juifs qui venaient passer Pessah en famille.

Nous décidons de quitter Fès demain. Si nous restions que ferions nous ? Nous avons bien exploré la médina Fès El Bali et Fès El Djedid. La ville nouvelle ne nous dit rien Mieux vaut ne pas attarder et avoir plus de temps pour descendre dans le sud. Fès garde pour elle ses secrets que les touristes ne profanent pas. Les chantiers empêchent aussi les visites.

Nous rentrons à l’hôtel à la tombée de la nuit.


Le dîner se compose d’un potage, poireaux pommes de terre, d’une omelette pour D, couscous pour moi. Le couscous  suffit largement pour deux, nous laissons le reste.
Pour aller fumer sur le balcon, on fait glisser la porte-fenêtre qui s’enclenche. Nous voici prisonnières sur le balcon ! On hèle les passants dans la rue qui alertent la réception. Finalement le portier vient nous délivrer. Fou-rire ! Cela fait du bien de rigoler!

 

 

3. Musée Batha et Tombeaux mérinides

 

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

L'entrée du usée Dar Batha
L’entrée du Musée Dar Batha

Musée Batha


Le Musée Batha se trouve dans la rue qui longe l’hôtel, de l’autre côté de la piscine. Rue large bordée d’un côté par des bâtiments officiels luxueux avec des jardins plantés d’orangers En face, d’impressionnants murs enclosent le palais. Le Musée est occupé par une exposition de céramiques « les arts du feu » les autres collections sont fermées. En cette morte saison, des ouvriers rénovent les zelliges de la terrasse et repeignent les murs.  Des gardiens  censés nous suivre dans les salles,  préfèrent bavarder au soleil en bordure du jardin. Nous avons donc un palais pour nous seules !

Musée : portes peintes et zelliges
Musée : portes peintes et zelliges

Les portes peintes et les plafonds ouvragés ont plus de charme que les poteries néolithiques ! En revanche, les céramiques de Fès bleues et blanches me captivent : des plats de dimensions impressionnantes sont dignes des réceptions du palais. J’imagine la pyramide de couscous ou les monceaux de gâteaux. …La géométrie des entrelacs et des arabesques me fascine.  Je cherche les symétries, les constructions au compas, du carré on passe à l’octogone, sur chaque face de l’octogone, un triangle, puis les motifs se compliquent. Ou alors, d’une étoile à 6 branches on arrive à 6 cercles qui se recoupent …Quel plaisir ce serait pour un prof de maths que d’imaginer un cours sur ce thème !

Musée Batha portes et jardin
Musée Batha portes et jardin

Le Palais comporte deux ailes symétriques précédées chacune d’une terrasse carrelée ornée d’une fontaine. En contrebas, un jardin luxuriant, un peu à l’abandon à l’ombre d’un chêne immense. Parmi les mauvaises herbes, des papyrus, des géranium, des arums. Des dizaines d’oiseaux volettent d’arbre en arbre. Deux allées perpendiculaires partagent le jardin, à leur intersection, une petite fontaine. Il fait beau, le calme contraste avec l’agitation de la médina toute proche. Peut être derrière d’autres murs anonymes se cachent d’autres riads insoupçonnés ?


Tombeaux mérinides

Fès et les tombeaux mérinides
Fès et les tombeaux mérinides

Un petit taxi rouge nous y conduit en quittant la médina par Bab Boujeloud, la belle porte bleue. Il traverse des cimetières avant de monter sur la colline qui fait face à la ville ancienne, Fès El Bali. Une corniche est plantée de jardins et de là, la vue est dégagée sur la ville.
Le soleil est bas, sous les nuages noirs, la lumière est très belle. Les murs crénelés prennent une teinte chaude. La colline est couverte d’une herbe vert vif avec des plaques de petites fleurs orange comme des soucis miniatures, fermés à cette heure-ci. Un berger pousse devant lui un troupeau de moutons.
Nous repérons les toits des principaux monuments, le mausolée carré de Moulay Idriss et la Karaouine, entr’aperçue à la sauvette est livrée à nos regards avec ses toits vert et ses murs blancs.

Tombeaux mérinides, ruines romantiques
Tombeaux mérinides, ruines romantiques

Les tombeaux des mérinides sont bien en ruine, rien de spécial à y voir de près. De loin, sous la lumière du soir, ils ont fière allure, ruines romantiques d’un siècle révolu…
Nous nous promenons tranquillement, un homme nous commente le panorama, il nous situe le quartier des tanneurs au delà d’un mur rose. Ses explications sont très claires. Puis il essaie de nous vendre des sacs en cuir. Un autre s’approche avec un sac en plastique et nous montre des djellabas beaucoup plus soignées en meilleur tissu que celle que nous avons achetée ce matin pour 250 DH, on se laisse tenter pour 100DH. Je m’apercevrai ensuite qu’il s’agit de djellabas ordinaires que les femmes marocaines portent dans la rue. Nous rentrons à pied par les jardins .puis par un marché aux légumes très fréquenté et très boueux .Pour dîner, le tajine de l’hôtel est bien gras.

 

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2. la Médina de Fès

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

 

Minaret

Minaret

 

Face à notre balcon: la terrasse d’un  café très animé, un peu bruyant. Les hommes attablés regardent un match de foot à la télévision.

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Après la Poste et un bâtiment officiel au fond d’un jardin, la rue se rétrécit, elle est animée bordée de plusieurs « Crémeries », des petits restaurants servant des glaces et des milk-shakes. La Téléboutique que nous cherchions est à deux pas. Sur de petits étals, on vend toute sorte de nourritures : des brochettes, des pains ronds, des sortes de crêpes. Deux restaurants très pittoresques proposent des plats traditionnels. Un vieil homme, assis sur une chaise basse,  écale des œufs mollets dans un panier à ses pieds. Sur une cantine mobile, on fait frire des poissons. Par terre, diverses herbes : coriandre, persil, et d’autres plantes séchées inconnues. Cela sent bon !
Nous cherchons des repères dans notre nouveau quartier : le cinéma est logé dans une maison ordinaire, reconnaissable uniquement à la caisse et à quelques affiches dans le couloir. Nous atteignons rapidement la porte de la ville décorée de faïence bleue   Bab BouJeloud. Au delà des murailles, un cimetière.

La médina

Les portes de Fès
Les portes de Fès


Une rue très animée, est couverte de roseaux au dessus d’un marché de viandes et de légumes. A Athènes, Jérusalem ou Istanbul les boucheries dégagent une odeur pestilentielle, aujourd’hui, il fait frais, les parfums des épices, des poissons grillés et des beignets se superposent, cela sent très bon.

Fès souk
Fès souk


Des tailleurs travaillent dans de petites échoppes, les djellabas sont élégantes, sophistiquées avec des galons, des surpiqûre, des découpes. Sur des mannequins des manteaux très chics, d’un modèle un peu suranné mais très bien coupés. Plus loin de l’artisanat traditionnel pour touristes.
On nous hèle,  les marchands ne sont pas trop insistants.

le tisserand dans son échoppe
le tisserand dans son échoppe


Je regarde partout par les portes entrouvertes des mosquées, dans les ruelles, les ateliers.  6 heures du soir, chez les bijoutiers, la nuit tombe, la plupart des boutiques ferment. La rue principale est éclairée Peut-être allons- nous nous retrouver dans l’obscurité ?  J’achète des bananes et des oranges.  La rue parallèle semble spécialisée dans les chaussures. Cette année, la mode ici, est aux bouts carrés . je remarque un curieux article :  compromis entre la babouche et le sabot suédois de luxe. Est- ce que ce sera la mode de l’été en France que ces sabots au talon dégagé ou est-ce une spécialité locale ?
Retour vers 7 heures à l’hôtel pour notre dînette de fruits

 

 

La prière de l’aube me réveille dans le noir complet. Je n’arrive pas à distinguer le chant d’un muezzin, toute la ville bruisse d’un chant confus. Je me rendors tranquillement jusqu’au lever du jour.
Un groupe de touristes nous donne le signal du lever : nous les croisons au petit déjeuner : des femmes mal fagotées, blondes, parlant une langue slave.

Visite guidée

Le réceptionniste de l’hôtel  appelle un guide « officiel » au café d’en face.

fes bab boudjeoud - Copie
Bab Boudjeloud

Cette visite guidée payante ressemble plus au parcours de rabatteur vers les différents magasins.  A peine avons-nous quitté Bab Bou Jeloud, nous nous trouvons dans une boutique d’articles de cuivre. Courte démonstration avec le poinçon et les deux maillets de bois, une recette pour astiquer les cuivres au jus de citron, on nous fait résonner le fond de deux plateaux de cuivre et de laiton et il faut passer aux emplettes. Poliment, je demande la carte du magasin et promets de revenir demain, ou lundi…Ouf ! Le premier piège est déjoué.

Le guide marche  à vive allure dans le dédale des ruelles et des impasses. D lui fait part de son étonnement de voir la médina si propre et si soignée ;  nous assistons au ramassage des ordures (deux fois par jour) : un âne lourdement chargé porte les sacs plastiques et le collecteur ramasse consciencieusement tout ce qui traîne. Les rues sont  lavées chaque matin, un caniveau au milieu d la ruelle draine les eaux usées. De gros efforts portent sur le nettoyage. C’est très surprenant comparé à Marrakech ou au Caire .

Balek !

fes medina ruelle interdite aux ânes

Partout on a installé de la paille et des petits sacs d’orge destinés aux moutons de la fête qu’on voit circuler dans des chariots à roulettes poussés par des hommes « Balek ! »Il faut se pousser, s’ effacer pour laisser le passage à un mulet ou à un âne lourdement chargé. La médina est interdite au trafic automobile. Certaines rues portent le panneau rond bordé de rouge représentant un quadrupède « interdit aux ânes et aux mulets ».

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A chaque pas, la vue  mériterait une photo ou un dessin : un petit auvent de tuiles vernissées vertes colonisées par des plantes folles, une sorte de tambour à claire-voie remplaçant les moucharabiehs égyptiennes que j’avais pris d’abord pour des garde-manger, une porte ancienne cloutée et ciselée. Certaines portes anciennes ont deux heurtoirs, en bas pour les piétons, en haut pour les cavaliers. Une main de Fatima cloutée orne généralement le haut du battant.
Les volumes décalés des hauts murs aveugles dégagent des perspectives inattendues, un minaret carré surgit, parfois un cyprès d’un jardin caché.

Au début, le guide faisait un effort de commentaire en nous décrivant les palais cachés. J’ai espéré qu’il ouvrirait une porte, qu’un couloir nous mènerait à un patio enchanté. Point du tout ! Il ne sait que nous conduire dans des magasins pour touristes pressés : autocollant VISA, coupures de journaux punaisées attestant de la visite de clients célèbres : le Président Reagan, le premier Ministre portugais. Exotisme de Tour Opérators ! Nous croisons d’autres touristes qui, comme nous, suivent le circuit des gogos. D’ailleurs le commentaire devient de plus en plus rare. Ceci a le don d’irriter D qui ne veut pas jouer le jeu et ne rentre même pas dans les boutiques. Je  me prête à l’exercice imposé avec plus de politesse que d’enthousiasme.

Chez l’herboriste

la devanture de l'herboriste

L’herboriste a un boniment honnête « nous ne soignons pas toutes les maladies, seulement le rhume, les maux de tête, les problèmes de peau et les rhumatismes ». Il m vante les propriétés antimites du musc et désodorisantes : en frotter les tapis et les rideaux. Il me fait renifler l’anis noir enfermé dans un balluchon minuscule fait de  PQ, cela débouche le nez et les sinus. A la fin de la démonstration, il faut bien sûr acheter. D a filé dans la ruelle, je suis bien embarrassée et me laisse tenter par 5 grammes de safran (pas celui en poudre qui est du curcuma)  mais les pistils rouge sang à 2 dirhams le gramme. Pour 100DH, le guide rajoute un paquet d’argile qui doit servir de shampooing. Sur le moment, je suis ravie de ce cadeau, justement il nous manque du shampooing dans les bagages ! Après réflexion j’ai dû drôlement me faire avoir sur le safran !

Tout autour de la boutique de l’herboriste, des confiseries présentent des nougats multicolores, des sucettes pastel, de longues torsades enrubannées dans des emballages de cellophane qui donneront de jolies photos.

navettes pour broder
navettes pour broder

Nouvelle boutique, nouveau piège à touristes : des broderies cette foi-ci. Pas de démonstration du point de Fès, les brodeuses préparent la fête chez elles. C’est un peu dommage, ce point de croix particulier exécuté à deux mains avec du fil DMC bleu m’aurait bien intéressée. Mais pas l’achat d’un service hors de prix. En l’absence des brodeuses, j’ai moins de scrupules. J’essaie de ménager la susceptibilité du marchand et me souviens de la copine de Fatiha qui brode chez elle à la commande, je lui en raconte qu’il s’agit d’une de mes amies et trouve donc une porte de sortie honorable pour les deux parties.

Nous retrouvons  Talaat El Kébir les « Champs Elysées » de Fès puis la charmante place Nejjarine où nous nous promettons de revenir seules.

Dans la boutique des djellabas pour touristes, D achète le cadeau pour sa mère : un caftan vert.  Une djellaba comporte une capuche pas le caftan.Les djellabas de toutes sortes, sont à  à tous les prix, en soie aux couleurs délicates, en laine épaisse ou fine, unie ou rayée, en coton aux couleurs criardes pour les touristes avec des broderies voyantes et peu soignées. Malheureusement notre budget exclue la laine et la soie. J’essaie de marchander, c’est un des plaisirs de l’achat. La présence du guide est plutôt un handicap qu’une aide (il doit percevoir une commission au pourcentage). Nous avons dû nous faire bien avoir, car ce dernier magnanime offre un chèche bleu qu’il noue autour du cou de D.

La Karaouine est entrevue par les portes ouvertes.
Après la kissiria, bazar fermé pour les soieries, nous entrons par un couloir dérobé dans un ancien fondouk occupé par des tisserands qui travaillent la soie.Les beaux coupons de 3x2m pour 300 DH sont bien tentants. Si on achetait ici la tête de lit ?


Cela m’agace de faire des achats le premier jour des vacances. J’avais en tête autre chose : un kilim. Le mur de la chambre est en béton difficile de faire des trous pour l’accrocher. D n’éprouve pas du tout la même fascination que moi pour les tapis.

Le guide, ravi d’avoir compris quelle sorte de marchandise nous tente, nous entraîne dans une coopérative de tapis et chez un berbère qui vend des kilims.Les kilims qui me plaisent sont ceux qui sont rebrodés avec des matières différentes, des motifs en reliefs, mais ce sont les plus lourds. C’est un gros investissement, pas question de traiter cette affaire à la va-vite avec ce guide qui nous embarrasse.

Nous passons rapidement par la rue des teinturiers, toute la rue dégouline de noir (les pauvres TBS blanches) toutes sortes de vêtements sont mis à sécher : des pantalons, des chemises. Ce n’est pas du tout comme à Marrakech un show pour touristes.

Uun taxi, place Safarine qnous ramène en quelques minutes à l’hôtel  où nous nous débarrassons enfin du guide moyennant finances – à notre appréciation –  120DH selon la suggestion du réceptionniste de l’hôtel.

Quand nous sortons a pour déjeuner, il pleut dru. J’enroule le nouveau chèche bleu et nous voici sous une belle averse ! Heureusement, notre quartier regorge de cantines et restaurants à bon marché. Pour 15 DH nous rapportons un sandwich aux brochettes de viande hachée épicée avec de la salade, tomates oignon, poivron dans un demi pain rond.

Les rues pavées de la médina sont très glissantes sous la pluie : un cycliste s’étale sous nos yeux. La pluie cesse dès qu’on rentre à l’hôtel. Nous sommes sorties au pire moment.

Un soleil magnifique sèche le patio. Je m’installe pour écrire sur une table du bar devant la piscine, D s’allonge au soleil sur un transat. Le ciel est d’un bleu qu’on n’aurait pas pu imaginer ce matin.

1. Orly-Fès – arrivée à l’hôtel Batha

 

2003 – De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès.

Fès, vu des Tombeaux mérinide
Fès, vu des Tombeaux mérinide

Orly, une file de cars de CRS attend, en prévision de la manifestation des salariés d’Air Liberté, en liquidation. – jugement est attendu aujourd’hui au tribunal de Créteil.

Fès n’est pas une destination touristique, nous sommes les seules touristes. Des familles attendent. L’Aïd tombe dans les vacances scolaires. Des adolescents voyagent seuls. On fait embarquer en priorité les enfants. La manifestation d’Air Lib se déroule sous nos yeux et bloque les cars qui nous conduisent à l’avion. Le vol est retardé d’une heure.

En vol

L’épaisse couche de nuages ne se déchire qu’à Toulouse, les Pyrénées enneigées sont magnifiques, à nouveau les nuages cachent l’Espagne. Éclaircie au dessus de la Méditerranée, de courte durée, par moment les villages blancs du Rif apparaissen

 

Arrivée à Fès
Descente sur Fès:  la campagne est verdoyante, piquetée de vergers géométriques.

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la médina

16h45, 12°C, temps couvert. L’aéroport, décoré de mosaïques, est situé à 15 km de la ville. On nous conseille de négocier le prix de la course en grand taxi autour de 100 Dirhams, pas plus. A la sortie, les chauffeurs se jettent sur nous: 120DH .Nous nous dirigeons vers l’arrêt du bus où attendent deux femmes, la mère en djellaba jaune et sa fille. Nous partageons le grand taxi, une Mercedes grise, pour 50 DH chacune (la mère dit 5000francs). Nous avons fait une bonne affaire !

La ville s’approche. Des immeubles modernes bordent une avenue plantée d’orangers, très vite nous nous trouvons sous les remparts

Hôtel Batha
L’hôtel Batha est construit autour d’un patio très agréable décoré de fontaines en mosaïque, . Le  bassin rectangulaire, long et étroit,  évoque l’Alhambra de Grenade. A l’écart, une piscine bleue.

Notre chambre est toute bleue : la porte-fenêtre donnant sur un petit balcon est drapée d’un lourd tissu aux plis compliqués. Un carrelage bleu foncé aux petits pavés carrés orne les marches, une banquette et la tablette sous le miroir. Ce carrelage fait tout le charme de cette décoration marocaine. Au mur, une belle photo de la ville, un minaret carré se détache sur un ciel nuageux tourmenté.

 

1925 quand l’Art Déco séduit le monde – Cité de l’Architecture- Palais de Chaillot

LE MONDE EN EXPO

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PARIS 1925- EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES

L’Exposition du palais de Chaillot s’organise autour de cette exposition de 1925 mais aussi autour de la construction de style Art Déco.

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Tout d’abord, ne pas confondre Art Déco avec Art Nouveau:  en résumé, Art Nouveau c’est avant la Guerre de 14, à Paris c’est Guimard et les entrées du Métropolitain. Art Déco c’est après la guerre, moins de courbes et d’exubérance, plus de géométrie avec l’architecte Robert Mallet-Stevens (Théâtre des Champs Elysées) et bien d’autres.

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Il n’est pas indifférent que ce soit la cité de l’Architecture qui organise l’exposition 1925 Art Déco. La part donnée aux architectes, aux maquettes, aux aquarelles et gouaches d’architectures est belle. Il est aussi intéressant de noter que les le intérêts financiers sont prépondérants, les grandes enseignes Bon  marché, Printemps, haute couture, parfums s’expose au monde pour se vendre.

 

L’architecte est le chef de file de nombreux arts décoratifs, mode, paquebots, objets usuels…

bouchon de radiateur
bouchon de radiateur
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bouchon de radiateur

 

 

 

 

 

 

 

Intéressant aussi l’insertion des arts plastiques dans la vie sociale, la place que les femmes ont conquises, l’aéronautique, la Fête avec Joséphine Baker, et aussi l’importance des colonies, thèmes africains,

bouchon de radiateur
bouchon de radiateur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant l’exposition est un  peu difficile à suivre à cause de petites étiquettes présentant les objets particulièrement petites, illisibles et mal placées.

 

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The Lunchbox – film de Ritesh Batra

SAISON INDIENNE

Un petit tour à Bombay, pas dans le clinquant Bollywood, sans palais, danses et chansons. Dans le Bombay des trains de banlieue, des autobus bondés, des bureaux vieillots sous des ventilateurs poussifs. Une institution : la gamelle confiée au dabbawallah qui l’achemine à vélo, par train, sans adresse, sans étiquette …

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Ila cuisine avec amour de merveilleux plats colorés, parfumés, variés qui n’arrivent pas à destination. C’est un vrai plaisir de voir comment le pain gonfle sur le gaz, comment elle partage les recettes avec sa voisine, emprunte des épices dans un panier qui monte à l’étage au dessus, qui descend avec des piments. Quotidien des femmes au foyer, entre séries télévisée, enfants et cuisine. Une vie douce-amère.

lunchbox2film épistolaire, par billet glissés dans la gamelle….

En contrepoint: Shaikh, le remplaçant de  M. Fernandes qui prend sa retraite. Shaikh est un  peu casse-pieds, trop expansif, un peu menteur, mais irrésistiblement sympathique. Lui aussi cuisine, il émince ses légumes dans le train du retour.

Méharées – Théodore Monod

LIRE POUR LE MAROC

sénégalmp 030 - Copie« La géologie sans marteau….Très âge de pierre, mais comme cela fait apprécier celui du métal!

Des champs de marbre à Amasine, blanc éclatant,  veiné de rose ou de vert très pâle, ou de mauve, puis bleu foncé, vert, lie-de-vin, carminé. De la neige, du savon, des bords de bassin à Trianon, des sucres glacés des confiseurs, des bougies d’arbre de Noël…. »

Comment suis-je passée tant d’années sans lire un tel texte! Incontournable! (je déteste cet adjectif). Pourtant j’ai abordé à plusieurs reprises le désert, au Maroc, en Égypte, au Sénégal…peut être la figure impressionnante de Théodore Monod m’avait intimidée?

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C’est avec un plaisir sans mélange que je goûte cette lecture.
Si la monotonie du désert effraie certains, ce livre est tout sauf monotone! Chaque chapitre est écrit sur un ton, un style différent. Tour à tour,  le naturaliste, en mission de biologie marine, choisit le désert et fait une comparaison hardie entre l’océan et les étendues désertiques.

« ici comme là, vivre c’est avancer sans cesse à travers un décor à la fois immuable et changeant, identique à l’œil que l’on ne saurait différent sans le témoignage du sextant, de la montre et de la boussole, s’aventurer comme à tâtons sous les plus éclatants soleils »

Le géologue prend la parole et jamais de façon pédante, toujours accessible et souvent drôle.  Il convoque parfois la Bible, dans ce qu’elle livre de plus documentaire sur la vie des nomades qui n’a pas tellement changé.  Ensuite l’ethnologue cherche les pétroglyphes parfois des graffitis modernes, interroge des touaregs sur des langues en voie d’extinction. Tantôt il raconte un service militaire comme méhariste avec l’absurdité militaire sous la plume d’un pacifiste. Roman d’aventures, ce celui qui rencontre des crocodiles, collectionne leurs crottes fossilisées, prend un bout de bois pour une vipère mais se fait piquer par un scorpion.
que d’aventures divertissantes!

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Initiant un jeune méhariste, il raconte l’histoire géologique du Sahara, cherchant sous les comblements d’alluvions et les dunes le substrat cristallin, ou la couche d’argile à graptolithes qui fera la liaison entre l’Algérie et le Mali….Quête scientifique, mais aussi chasse au trésor quand il a la chance de trouver un fossile humain vieux de 6000ans, ou la météorite….
Il va bien falloir que je rende le bouquin à la bibliothèque, mais je crois que je vais l’acheter!