La fête de la Grue – sortie ornitho au bord du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Antoine Cubaixo a donné rendez-vous devant  l’église de Châtillon- sur-Boué, encore une belle église de bois ! J’y retrouve mes compagnons de visite, une famille roumaine en camping-car très équipée et très experte, et une dame et ses deux fils de 10 et 8 ans. Le spot d’observation sera sur la digue près de la presqu’île de Larzicourt où on installe les trépieds avec lunette ornithologique et appareils photo. De l’autre côté de la digue les oiseaux sont tranquilles dans leur espace de quiétude où il est interdit de pénétrer. Ma première surprise est le niveau du lac finalement pas tellement rempli. Heureusement si l’eau arrivait à ras-bord les oiseaux n’auraient plus la place pour se poser.

Le guide fait peu de discours, il commente les surprises que les oiseaux nous réservent.

Lac du Der

Un Héron Cendré solitaire est perché sur la souche d’un ancien chêne qui a été abattu avant la mise en eau du lac. Ces souches sont bien conservées et sont visibles tout autour du lac. Un groupe d’oies cendrées broute l’herbe verte. Elles viennent de Suède et hiverneront ici.

Un peu plus loin, dans l’eau, une Grande Aigrette (Ardea alba) pêche. Les plumassiers ont décimé ces animaux pour orner chapeaux et costumes.. Une protection efficace a permis aux effectifs de cette espèce en danger de se reconstituer.

Le Pygargue à queue blanche ( Haliaeetus albicilla) plane et tourne autour d’un grand saule. Nous suivons ses évolutions espérant saisir le moment où cet aigle pêcheur va fondre sur sa proie. Nous serons déçus, et lui, bredouille, encore plus, Un vol de Vanneaux huppés (Vanellus vanellus) se pose au bord de l’eau sur un banc de sable. Un peu plus loin, parmi les limicoles nous reconnaissons le bec arrondi du Courlis (Numenius arquata), plus tard le guide identifiera un bécasseau, hautes pattes et bec pointu, puis une bécassine des marais.

De nombreux canards pataugent ou marchent près du bord, colverts, mais aussi Sarcelles d’hiver (Anas crecca) , Canard siffleurs (Mareca penelope) et même quelques Nettes rousses (Netta rufina).

roselière, petite « ile » noire formée par les foulques

Entre la presqu’ile et le rivage, une étroite petite île noire semble trembloter. Ce n’est pas du tout une île mais un regroupement de Foulques macroules (Fulica atra)qui  barbotent collés les uns aux autres. A l’œil nu on ne distingue pas les oiseaux, à la jumelle on les voit mais il faut les lunettes pour trouver au milieu des foulques les têtes rondes des nettes et des sarcelles qui s’agglomèrent aux foulques. L’union fait la force, les foulques craignent les prédateurs, le Pygargue que nous avons suivi et même les goélands. Réunis en bancs compacts ils se sentent protégés.

Au travers de la lunette : dans l’eau des cygnes, sur l’herbe, les grues

Mais nous sommes venus pour les Grues ! Nous guettons les arrivées, alertés par leurs cris. Si elles viennent du sud, elles sont généralement peu organisées et en petits groupes. Elles reviennent du gagnage dans les champs proches du lac. Les groupes se dissocient et éclatent, elles atterrissent par famille, un couple et des jeunes, ou un couple seul. Celles qui arrivent de loin viennent du nord, en formations en V très bien organisées, en grand nombre. Parties de Scandinavie sont passées par l’Allemagne, ont traversé la Belgique, vers Liège. Certaines passeront l’hiver au Lac de Der.  Leur destination finale est au Portugal et au Sud de l’Espagne. Ce sont de très gros oiseaux de plus d’un mètre de hauteur et de 1,8 m à 2,4m d’envergure. Nous les regardons s’installer, certaines dansent, d’autre se baignent se secouent. Le Der est pour elles une aire de repos et les champs de maïs proches leur offre une abondante nourriture. Même avec le réchauffement climatique elles continueront à migrer. Les Grues ne craignent pas tant le froid que le manque de lumière au nord en Scandinavie. Les journées seraient trop courtes pour chercher leur provende qui serait inaccessible si la neige ensevelit le sol ou si le gel le durcit.

Vol de grue

La LPO organise des comptages. Ce matin, 20 octobre on a comptabilisé 91.000 arrivées, ce qui est beaucoup. Les résultats sont accessibles sur leur site  qui permet de suivre les migrations jour par jour.

C’est un plaisir de les voir s’installer. Pour bien les observer, mes jumelles sont un peu limite. Un de mes compagnons de visite m’offre une photo avec mon smartphone  par l’oculaire de sa longue vue. A cinq heures les arrivées sont impressionnantes. Je rejoins à pied sur la digue le site de Chantecoq où la LPO a installé ses tentes et son matériel.

 

 

 

 

 

Sainte Marie-au-Lac-Nuisement – Village musée du Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Village- Musée du Der : pigeonnier et maison du forgeron

Temps radieux, nous rejoignons rapidement Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement, le village musée. La commune a fusionné avec celle de Nuisement-aux -bois en 19669, juste avant la mise en eau du Lac. L’église paroissiale de Nuisement a été démontée et reconstruite  avec la mairie école, un pigeonnier, la maison du forgeron pour reconstituer un village d’autrefois à l’architecture à pan de bois typique de la région.

La visite du Village-Musée a pour introduction un film expliquant l’histoire du Lac du Der.

le lac du Der à la presqu’île de Champaubert

 A la suite de la mémorable crue de 1910 qui a inondé Paris puis d’autres crues en 1924, 1955.  Des réservoirs ont été réalisés en aval le réservoir « Marne » ou Lac du Der, (mis en service en 1974 )le réservoir « Aube « Amance -Temple» 1990 « lac d’Orient » mis en service en 1966 ainsi qu’un autre sur l’Yonne Pannecières (1949). Quatre Grands lacs sont gérés par l’EPTB SEINE GRANDS LACS  qui intervient sur tout le Bassin de la Seine pour prévenir les inondations et en soutien d’ étiage pour permettre la navigation sur la Seine et réguler les prélèvements en eau.

Le Lac du Der est le plus vaste, c’est même le plus grand plan d’eau de France.

Il a été réalisé dans la Champagne humide qui a un substrat argileux donc imperméable à l’emplacement d’une ancienne plaine marécageuse) couverte d’une forêt de chênes. Le nom Der provient du celte Dervos, désignant le chêne. Trois villages ont été noyés Champaubert (201 habitants), Nuisement (63 ), Chantecoq (57). Les maisons ont été brûlées après le déménagement.   De nombreux chênes ont été abattus. Les souches des arbres sont encore visibles sur les bords du lac après 50 ans le bois est encore préservé.

L’eau de remplissage du lac par le Canal d’amenée provient de la Marne au niveau de Saint Dizier mais aussi de la Blaise. Le canal de restitution se déverse dans la Marne à l’ouest près d’Arrigny

Après toutes  les inondations récentes en Seine et Marne j’ai été étonnée de voir que le lac était loin d’être rempli : le site de Seine Grand lac donne le pourcentage de 35% en ce moment, j’ai été étonnée de découvrir que le débit en aval max avait été atteint le 1er juillet.

Dans ce musée, l’accent est mis sur l’engloutissement des villages avec de nombreuses photos d’époque, des interviews dans la vidéo…

En plus de la protection contre les crues, l’établissement du lac a aussi été une opportunité pour le tourisme avec plusieurs bases nautiques, des plages, des campings. Des animations ont lieu tout au long de l’année avec La Fête de la Grue, fin octobre, mais aussi la Fête de la Pomme et des cucurbitacées, au printemps des insolites fêtes de l’Ortie et du Pissenlit….Tout est prétexte à réjouissances!

La création d’un vaste plan d’eau et de zones humide favorise la biodiversité. Il est situé sur la route migratoire des grues mais aussi de nombreux oiseaux, une quarantaine de mammifères et de nombreux invertébrés.

On a reconstitué diverses saynètes de la vie d’antan des vieux métiers.

la forge, le charron et le maréchal ferrant

Charpentiers et maisons à pans de bois et torchis. Dans la région il n’y a pas de pierre pour la construction. Autrefois une forêt de chênes prospérait. On trouvait donc les matériaux sur place : pour faire le torchis on mélangeait la terre douce argileuse avec de la paille d’avoine et des crins de cheval, à l’extérieur l’enduit était à la chaux. Les murs exposés aux intempéries étaient protégés par des lattis, bardeaux, tavillons ou écailles. On posait des planches d’aulne, des lattes et des écailles de poisson de chêne.

les maisons en torchis et à pans de bois

Les ateliers du bourrelier matelassier, une laiterie, la forge du forgeron, charron maréchal-ferrant. Dans un hangar on voit la batteuse ancienne et divers outils agricoles.

Sainte marie du Lac : jardins et mairie école

Au centre de la pièce un village de maquettes reproduit les modèles de ces maisons champenoise. Certaines sont très grandes, construites autour d’une cour carrée fermée.

Le jardin à insectes montre les divers nichoirs à insectes. Pour les bourdons pollinisateurs un pot de fleur retourné fait l’affaire, des carrés de sables peuvent héberger guêpes solitaires, fourmilions. Les carrés de compost sont appréciés des coléoptères et cétoines.

Un jardin aromatique avec menthes, livèches, et tous les simples continue la  promenade agréable.

On a remonté la Mairie-école, avec une classe ancienne. Tout un couloir est dédié au chêne, (Der=chêne) avec de nombreuses explications, même pour consommer les glands.

L’église de Nuisement

L’église Saint Jean-Baptiste était l’église du village de Nuisement démontée et remontée pièce par pièce en 1970. Les bois les plus anciens datent de 1479. La place du village face à l’église limitée par la Mairie est bordée par la maison du forgeron et le pigeonnier.

Cette visite au Musée m’a pris près de deux heures et je n’ai pas tout vu.

Rendez-vous avec les Grues Cendrées au Lac du Der

ESCAPADE EN CHAMPAGNE

Lac du Der

Le Lac du Der se trouve en Champagne entre Vitry-le-François et Saint Dizier. C’est le plus grand lac artificiel de France et c’est un site très important pour les oiseaux migrateurs. Fin octobre, on peut observer la migration des grues cendrées. Nous partons à l’aventure.

La RN4 traverse les forêts de Ferrière et Crécy. Les merveilleuses couleurs d’automne éclairent ce jour bien gris. Brusquement la RN4 est coupée, chantier ? inondations ? aucune explication, nous errons sur les petites routes de Seine et Marne en direction de Coulommiers, passons par Chevru, Beton-Bazoches…tournicotons avant de retrouver la RN4  en direction de Sézanne, puis de Vitry le François. Les nuages se sont dispersés, un faible soleil éclaire les vignobles de Champagne à flanc de coteaux.  On traverse une campagne de très grands champs ouverts avec de rares bosquets et des rangées d’éoliennes.

Sompuis église et mairie

Nous comptions acheter un pique-nique en route, une baguette, une tranche de pâté auraient fait l’affaire. La nationale contourne Sézanne puis traverse des villages où le commerce local semble absent, pas une boulangerie, même pas un café. Nous attendons Vitry-le-François … que nous n’atteindrons pas puisque, à Coole, le GPS nous dirige dans la campagne. A Sompuis  enfin, une alimentation est signalée : étrange, c’est à  la Poste installée dans la Mairie, en plus des rayonnages d’enveloppes et de cartons, des conserves et produits d’entretien, quelques frigos avec la charcuterie de base. Je demande au postier-épicier s’il y a des chances de trouver du ravitaillement ailleurs. Il ne le pense pas « nous sommes dans une zone morte ». Zone morte, mais touristique quand même, à l’approche du Lac du Der. Des panneaux rappellent les batailles de la Marne pendant la Grande Guerre. Les villages traversés Humbauville et Le Meix-Tiercelin, semblent plutôt désertés avec des maisons en triste état.

Outines – poirier

Le village d’Outines est très joli. Il est aménagé en gîtes ruraux avec des longères en pans de bois. L’une d’entre elles s’appelle « Au passage des Grues ».

Eglise d’Outines

L’église est très curieuse en bois, à l’intérieur la charpente de la nef est très belle. Pendant que je fais des photos Dominique croit entendre des enfants dans une cours de récréation. Bizarre, ce sont les vacances ! C’est notre premier contact avec les grues : très bruyantes, elles tournoient au-dessus de nos têtes. Nous en avions bien vues dans un champ mais je les avais prises pour un troupeau de moutons en train de brouter. Je n’ai réagi qu’après avoir découvert ces vols.

Outines longères

Nous abordons le lac à Giffaumont-Champaubert tout aussi dépourvu de commerces. Une haute digue verte cache l’eau. Des cyclistes et des piétons se détachent sur le haut de la digue. Un peu plus loin je découvre les installations de l’Office de Tourisme et du Casino. Les parkings sont très vastes, la circulation y est un peu compliquée canalisée par des sens obligatoires. Pour trouver un coin près de l’eau pour pique-niquer il nous faut aller à la station nautique.

les bords du Lac du Der

 14h ouverture de l’Office de Tourisme. C’est la Fête de la Grue toute cette première semaine des vacances scolaire. On me distribue des papiers avec toutes les animations prévues. Le train de l’Oiseau est complet pour tout le week-end et même le mercredi. Les visites guidées sont gérées par les animateurs qu’on peut contacter par téléphone. Les hébergements sont également proposés mais il faut faire sa réservation soi-même. Evidemment tous les gîtes et chambres d’hôtes proches du lac sont complets. L’hôtesse nous recommande l’Hôtel Ibis de Saint Dizier. J’appelle  Antoine Cubaixo qui a de la place dimanche à 15 heures, la LPO propose aussi des observations à Chantecoq pour le Lever des grues à 7h15 le 22 octobre et le 24 ainsi que le Coucher des Grues.

Des projections de films et des conférences se déroulent au cours de la semaine.

Le programme est chargé pour qui voudrait rester toute la semaine.

l’église de Champaubert

Antoine Cubaixo, le guide, nous conseille le coucher du soleil à la presqu’ile de Champaubert d’où on a une très belle vue sur le lac. Sans attendre, nous rejoignons le site de l’église. Quelques places réservées PMR offrent à Dominique un panorama pendant que je vais me promener.  Une stèle de granite rappelle que trois villages(Champaubert, Chantecoq et Nuisement) ont été noyés sous les eaux du lac.  L’Eglise est celle de l’ancien village de Champaubert, au bout de la presqu’île, est  protégée par une digue. Désacralisée, il s’y déroule des expositions et des évènements culturels. En septembre dernier, des vitraux contemporains sur le thème des grues ont été inaugurés.  Aujourd’hui, l’église est fermée ; je n’aurai pas l’occasion de les découvrir.

Une piste cyclable et piétonne fait le tour du lac, Une longue passerelle métallique conduit à la station nautique de Giffaumont-Champaubert, jolie promenade mais un peu trop bétonnée avec la marina, les parkings, les kiosques… un peu plus loin, en direction de Chantecoq, les alentours sont plus naturels et plus calmes. Je rentre un peu avant le coucher du soleil près de l’église. Les passionnés d’oiseau ont installé leurs trépieds pour les lourds appareils photos et téléobjectifs spectaculaires ou les longues-vues. Le groupe le plus proche est germanophone, Allemands et Hollandais (ou Belges) commentent en allemand l’arrivée des oiseaux , surtout celle d’un vol de grands cormorans, je retrouve le nom allemand des grues (Krane) que j’avais oublié. Pas de grues en vue, un héron et de nombreux canards que je n’identifie pas tout de suite, ne connaissant pas les noms d’espèce en allemand.

Le soleil baisse, les teintes rosées dorées, les reflets sur le lac font du coucher du soleil un moment grandiose. Un pêcheur rentre à la rame. Enfin un vol de Grues traverse, je tiens ma photo. Evidemment avec le téléphone et mes jumelles, je ne peux rivaliser avec les pros !

Nous rejoignons à la nuit tombante l’hôtel de Saint Dizier par Braucourt et Eclaron, nous enjambons des cours d’eau : la rivière Blaise, le Canal d’Amenée qui apporte l’eau de la Marne, la Marne, elle-même, et même le Canal entre Champagne et Bourgogne le long de la RN4.

L’hôtel Ibis se trouve dans une zone commerciale sur la route de Bar-le-Duc. La RN4n’entre pas  dans la ville. Nous ne connaîtrons pas Saint Dizier !  Accueil est très sympathique. L’hôtesse porte une curieuse coiffe noire, les araignées velues noires géantes, les tissages imitant des toiles d’araignée, les têtes de mort, suggèrent-Halloween. On nous suggère à peine de dîner au restaurant. La zone commerciale offre des opportunités moins onéreuses : un Croosty-Naan,  un McDo .

Mesopotamia – Olivier Guedj

DE LA MESOPOTAMIE A L’IRAK –

Le blog Vagabondage autour de moi a attiré mon attention sur Mesopotamia CLIC

Olivier Guedj a construit ce roman sur deux axes : la biographie de Gertrude Bell et  sur la création du royaume de l’Irak. J’avais déjà lu le récit  des voyages de  Gertrude Bell (1907) : The Desert and the Sown    en anglais (non traduit) et sa biographie de Christel Mouchard  : Gertrude Bell archéologue et aventurière agent secret

J’aime beaucoup les récits des exploratrices, Alexandra David-Neel, Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart.  Gertrude Bell n’est pas une inconnue! 

« Sur les terres de l’empire ottoman moribond, que tous s’emploient à achever, se joue le vingtième siècle :
l’avenir du monde. »

C’est donc plutôt le versant historique qui m’a intéressée dans ce livre. Née sous Victoria, Gertrude Bell, est une supportrice fervente de l’Empire Britannique. Elle épouse la politique impériale : et la Mésopotamie se trouve sur la Route des Indes qu’il importe de baliser, de Gibraltar, Malte, Chypre, l’Egypte, au Grand Jeu en Afghanistan.

Un autre intérêt stratégique surgit : le pétrole 

« Lorsque gicla le premier jet d’or noir, un matin de 1908, l’officier en charge de la sécurité du gisement cita
dans le télégramme qu’il envoya à ses supérieurs un psaume biblique où il était question de Dieu et d’une
huile sortie de terre faisant resplendir le visage de l’homme. »

L’effondrement de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale va donner l’occasion à l’armée anglaise de s’établir en Mésopotamie. Cette conquête n’a pas été facile. Le désastre de Kut en 1916 a inspiré à Kipling le poème Mesopotamia éponyme du titre du livre de Guedj

1917
They shall not return to us, the resolute, the young,
    The eager and whole-hearted whom we gave:
But the men who left them thriftily to die in their own dung,
    Shall they come with years and honour to the grave
La politique coloniale britannique a d’abord imaginé la région comme une colonie de peuplement défendue par l’Armée des Indes, où la monnaie serait la roupie, avant-poste des Indes. Pour l’administration de Sa Majesté, les territoires administrés par la Porte n’étaient pas une nation mais plutôt une mosaïque de populations diverses, Arabes, Chrétiens, Juifs, Kurdes.
Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde,
ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les
juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très
peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie
appartiennent aux races assujetties… »
Cependant après les campagnes de Lawrence  avec les tribus arabes, la déclaration Balfour, la création de la SDN … Avec les accords Sykes-Picot, le Royaume Uni et la France ont partagé le Moyen Orient.
La politique britannique change. Il s’agira de manipuler sous Mandat britannique un état nouvellement créé. Donner à l’Irak un souverain sous tutelle.
Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en
Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques,
linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont
inestimables.
Le rôle de Gertrude Bell sera d’être faiseuse de roi à côté de Lawrence qui a promis des royaumes. 
Au cours de ce roman se dessine le Moyen Orient, et c’est passionnant!

Céline Laguarde (1873-1961), photographe au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 12 janvier 

Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste

Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante

Sorcière kabyle

mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…

Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.

Vraiment une belle surprise!

 

Yannis Ritsos « j’écris le monde » – Inès Daléry – l’harmattan

LIRE POUR LA GRECE

J’ignore pourquoi je suis aussi sensible à la poésie grecque, à celle de Ritsos mais aussi à celle de Cavafy ou Seferis. 

Peut-être à cause du Théâtre antique, de la Mythologie, d‘Homère à qui je reviens toujours.

Peut-être aussi à cause de la musique, de Theodorakis qui m’a servi de passeur pour Epithaphios (CLIC lien vers un blog où vous pourrez l’entendre)

Yannis Ritsos ne m’est pas tout à fait inconnu : j’ai aimé le livre de Doucey : Ne pleure pas sur la Grèce (CLIC)

Après avoir lu Ismène , la soeur oubliée de M Serfati (CLICj’ai découvert que Ritsos avait écrit son Ismène lue par Adjani au festival d’Avignon 2017 le podcast n’est plus disponible sur l’Appli RadioFrance mais je l’ai trouvé sur YouTube(CLIC)

Et de fil en aiguille, j’ai trouvé cette biographie d‘Inès Dalery que j’ai lue avec grand plaisir.

Du poète, je ne connaissais que la facette de résistant du militant qui a écrit ce poème extraordinaire d‘Epitaphios  à la suite de la mort d’un gréviste de Thessalonique 1936.  Poète exilé sur les terribles îles-prisons, irréductible.

La biographie d’Inès Dalery raconte la vie de Ritsos dès son enfance à Monemvassia, puis Gythion dans le Péloponnèse, ses liens très forts avec sa sœur Loula, puis la malédiction familiale : la tuberculose qui va toucher son frère, sa mère, et finalement Yannis.  Dès l’adolescence : la poésie. Son premier texte est publié à 15 ans!

Yannis et sa sœur arrivent à Athènes en 1925 dans une ville submergée par les réfugiés d’Asie Mineure. Pauvreté et maladie. Sanatorium des pauvres et conscience de classe.

1936, le roi appelle au pouvoir Metaxas qui fait tirer sur les grévistes. la « photographie de la femme agenouillée devant un homme étendu à terre, les bras en croix, mort. » bouleverse Ritsos qui écrit Epitaphios

La biographie de Ritsos se confond avec celle des années noires de la Grèce, occupation allemande, famine, guerre civile. Ritsos rejoint la guérilla dans le nord de la Grèce, participe au théâtre du peuple et écrit pour le théâtre. Ritsos est arrêté en 1948. Arrêté aussi par les colonels en 1967.  

Ce sera l’exil dans les îles, travail forcé, coups, tortures  mais toujours Ritsos emporte dans sa valise des livres, des lettres et de quoi écrire des poèmes. Limnos, Makronissos, Aï Stratis, Yaros , Leros, Samos…

C’est aussi une histoire d’amour avec Falitsa, médecin . A Samos, l’île de Falitsa Ritsos n’était que le « mari du docteur »

Ne pleure pas sur la Grèce, quand elle est près de fléchir

Avec le couteau sur l’os, avec la laisse sur la nuque

La voici qui déferle à nouveau, s’affermit, se déchaine

Pour terrasser la bête avec la lance du soleil

 

Caillebotte – Peindre les hommes au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 19 janvier 2025

 

Caillebotte : canotiers

Gustave Caillebotte (1848-1894) peint les hommes autour de lui, ses proches, frères, amis, mais aussi les ouvriers au travail comme les raboteurs de parquet, les peintres en bâtiment peignant une devanture dans la rue, les bourgeois sur les balcons haussmanniens, ou les domestiques, les jardiniers. 

peintres en bâtiment

J’ai pensé à l’ami Philfff qui avait remarqué que Harriet Backer avait privilégié les figures féminines dans les tableaux d’intérieur. Voici une exposition Peindre les Hommes qui rétablirait l’équilibre. Certains critiques ont même hasardé un « gay gaze« ,  démenti par d’autres. Le Baron de Charlus tranchera! 

Homme s’essuyant la jambe

Caillebotte peint le Paris haussmannien, avec des cadrages audacieux, comme ce Pont de l’Europe où les personnages traversent le tableau et où le centre est bouché.

Pont de l’Europe

Autre perspective étonnante : vue du balcon, vue plongeante à partir de ces balcons filants des immeubles haussmanniens

peint du balcon

J’aurais pu présenter cet homme au balcon, cet autre en costume sombre bourgeois avec son gourdin à l’épaule comme le voulait la mode de l’époque…L’exposition d’Orsay a mis des costumes, chapeaux melon ou haute-formes, redingotes dans des vitrines.

Périssoires du l’Yerres

J’ai préféré  les sportifs, rameurs dans les périssoires sur l’Yerres, ou régates sur la Seine

Gustave Caillebotte a également peint la Normandie : Etretat et Trouville

 

 

Chemin montant à Trouville

Le peintre s’est aussi représenté en collectionneur, avec le Renoir derrière lu

 

Autoportrait

Cette exposition draine les foules, pour la première fois, malgré ma Carte Blanche j’ai dû subir une grande queue.

 

Falaises et Valleuses sous le soleil des Petites Dalles à Yport

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

PETITES DALLES

Enfin le soleil pour éclairer les falaises

les cabines des Petites Dalles

Entre les Petites dalles et les Grandes Dalles le GR21 offre de belles vues, courte balade !

Grandes Dalles

j’ai oublié de photographier les hêtres magnifiques qui bordent la route en descendant sur les Grandes Dalles

les vacances se terminent sur des falaises ensoleillées

une journée à Fécamp –

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Cour de la Bénédictine : mégalo, éclectique normand

Le Palais de la Bénédictine

Le Palais de la Bénédictine est une visite incontournable de Fécamp. Spectaculaire, sa « flèche » dépasse des maisons basses de la ville. Mais la visite dure 1h30 et elle est chère, il faut s’inscrire sur Internet à l’avance. Après ma longue visite aux Pêcheries j’y renonce. Trois dégustations font monter le prix du billet et je ne bois pas à jeun.

Nous allons voir les extérieurs des bâtiments. Extravagance mégalomane d’un industriel qui inventa la recette de cette liqueur,  du nom d’Alexandre Le Grand – cela ne s’invente pas !

Fécamp et les falaises vue du Cap Fagnet

Pique-nique à la Chapelle N.D. du Salut perchée au-dessus de Fécamp au Cap Fagnet. Des éboulements récents ont fragilisé la falaise et la route qui y mène par la ville est interdite à la circulation automobile. Pour accéder en voiture il faut faire un grand détour : quitter la ville, trouver la D79 à Senneville-sur-Fécamp. Au Cap Fagnet la vue plongeante sur le port est spectaculaire et la vue s’étend sur les falaises jusqu’à Etretat. A nos pieds, le port et les maisons, la plage, l’Abbatiale. En plus de la chapelle, il y a un sémaphore et les bunkers du Mur de l’Atlantique et non loin, des éoliennes, vers le Nord Est les hautes falaises et en mer un important parc éolien offshore. Touristes et promeneurs sont nombreux. Pour descendre à pied j’ai pris la route et raté le GR qui passe par un camp romain. C’est une promenade facile qui se termine par des escaliers entre les maisons et la Sente des matelots  débouche sur le quai Guy de Maupassant.

Autour de l’Abbatiale

Fécamp Abbatiale de la sainte Trinité

L’Office de Tourisme de Fécamp offre un livret Parcours Fécamp qui résume l’histoire de la ville et propose des circuits du Patrimoine. Je choisis celui de l’Abbatiale de la sainte Trinité. C ’est une église énorme qui a été enrichie au cours du temps. L’église romane consacrée en 1099 fut ravagée par un incendie en 1168 et reconstruite selon le style gothique avec une impressionnante et lumineuse tour-lanterne à la croisée du transept.

Fécamp abbatiale clôture Renaissance

Les clôtures de pierre des chapelles sont Renaissance, la pierre blanche est sculptée avec une grande finesse. L’horloge astronomique à marée est de 1667. Elle indique l’heure et les phases de la lune.  (Au XVIIIème siècle nouvel embellissement du chœur dans le style rocaille. Les cloîtres et bâtiments abbatiaux sont occupés par l’Hôtel de Ville. Le palais des Ducs Richard se dressait en face de l’église. Il est maintenant bien ruiné. Je n’ai pas trouvé la Maison des Moines Insoumis, dommage  l’intitulé me plaisait !

Fécamp palais des ducs Richard

Si notre séjour avait été plus long, nous aurions pu revenir et faire une visite plus complète. En tout cas Fécamp mérite au moins une grosse journée.

 

 

 

 

Musée des Pêcheries de Fécamp : et rencontre avec Anita Conti

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Fécamp vu du Cap Fagnet

Nous descendons vers le port par des rues bordées de maisons toutes pareilles, briques, toutes les portes identiques, une ou deux fenêtres au rez de chaussée, deux ou trois à l’étage. Etonnante uniformité.

Le Musée des Pêcheries

Le port de Fécamp

Grand bâtiment blanc, sans surprise à côté de la Criée. 5étages, la visite se déroule de haut en bas, en descendant. Le ticket est valable toute la journée. On peut prévoir d’y revenir tant il est riche.

l’Abbatiale au dessus du port

Au 5ème, étage belvédère panoramique pour découvrir la ville et éventuellement d’étudier les plans-reliefs.

4ème : Histoire de Fécamp

Le nom Fécamp dérive du latin Fiscannum et du Fisk germain qui désigne le poisson.

Dans les vitrines fossiles de vertébrés préhistoriques : corne d’auroch et défense de mammouth recueillis au cours de l’approfondissement des bassins du port.

Âge de Bronze : les haches provenant de Cornouailles britanniques témoignent d’échanges maritimes transmanche. Le cuivre provenait d’Espagne

On a découvert de riches sépultures de l’époque romaine : belle bouteille carrée de verre romain

Le « Trésor de Fécamp » enfoui vers 980 contient 10.000 pièces de monnaie (intéressant pour les numismates)

Autour de l’An Mil, Richard II (978 – 1026), arrière-petit-fils de Rollon et grand-père de Guillaume le Conquérant fait de Fécamp la capitale du Duché de Normandie et fonde l’Abbaye

Pendant des siècles le monastère bénédictin régit la vie de la cité – rien à voir avec la Bénédictine. A la Révolution fermeture de l’Abbaye toute puissante. La Municipalité doit organiser la vie locale.

3ème étage : la Pêche à Fécamp

la pêche fraîche sur la plage d’Yport on remonte les caïques avec le cabestan

C’est la partie la plus intéressante du Musée. Très bien scénographiée avec de nombreuses maquettes, objets, explications .Passionnante, j’aurais dû rester moins longtemps au 4ème pour me consacrer plus à cet étage.

Trois pêches très différentes : La Pêche Fraîche, la Pêche à la Morue et la Pêche au Hareng

Caloge

La Pêche fraîche se pratiquait sur les plages d’Yport et d’Etretat à bord de barques ou caïques. La plage était le lieu de travail où l’on préparait le matériel. Au retour des pêcheur c’est là que le poisson était trié et vendu. Certains caïques usagés étaient transformés en cabanes couvertes de planches ou de chaume, les caloges installées sur le perré (plage) pour abriter le matériel de pêche.

Lougre pour la pêche au hareng

La Pêche au hareng se pratiquait depuis le Xième siècle et était source de profit et de rayonnement pour l’Abbaye. Selon le calendrier on pêchait en hiver en Hollande, en été en Ecosse et à l’Automne. On utilisait des filets dérivants.  Le bateau, le Lougre fut remplacé par le dundee drifter à vapeur vers 1925. Des maquettes et des tableaux sont exposés.

Goelette 3 mâts jeanne d’Arc 1902

La Pêche à la Morue dès le XVIèUne me siècle. En 1903 Fécamp armait 73 voiliers c’était le premier port morutier devant Saint Malo. De très belles maquettes de Trois-Mâts et des « portraits de bateaux » sont présentées avec d’étonnantes cartes de pêche. maquette de doris montre comment les barques se répartissaient en étoile autour du grand navire allongeant ainsi 4 km de ligne. La pêche morutière prit fin en 1987. Le dernier chalutier de Fécamp était le Dauphin équipé de chaîne du froid qui rapportait le cabillaud congelé à la place de la morue salée.

Des photos certaines taille humaine, des vidéos, des montages, de nombreux tableaux  font vraiment ressentir au visiteur l’ambiance de ces pêches

2ème étage : Beaux Arts

 

Une très belle Sainte  Barbe

Reliquaire paperolles dorées

en pierre polychrome se tient à l’entrée. Les différentes œuvres sont très variées, j’ai bien aimé les « paperolles » reliquaires et tableaux confectionnés par des religieuses avec de minuscules papiers roulés et dorés mettant en valeur les figures des saints et les reliques. J’ai pensé » au travail contemporain d’Eva Jospin.

Jules Noël : Crinolines sur la plage de Fécamp 1871

 

J’ai surtout prêté attention aux représentations de Fécamp par les peintres : les Falaises d’Yport par Gumery et Rochers à Yport par Schuffenecker

Gumery : les falaises d’Yport en ocre

 

Je suis restée deux bonnes heures dans les 3 étages supérieurs. Il me reste peu de temps pour découvrir l’Exposition temporaire dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024 : Anita Conti, la Dame aux semelles de vent. Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Anita Conti

Anita Conti( 1899-1997) est une personnalité hors du commun. D’abord relieuse de livres d’Art, journaliste, photographe, elle s’embarque comme océanographe sur un terreneuva, le Viking en 1939 puis en 1952 sur le Bois-Rosé, un navire-usine. Elle a également fait des recherche et établi des pêcheries dans les eaux chaudes du Golfe de Guinée.

Elle a pris conscience très tôt de la surexploitation des fonds océanique et du gaspillage, effets destructeurs du chalutage et a écrit en 1953 Racleurs d’océan (Payot), Le Carnet Viking (Payot)

J’ai quand même pris mon temps pour admirer les magnifiques tirages, photos des marins au travail et d’écouter sa voix dans une vidéo prise chez elle.

Une rencontre !

Et comme cela n’a pas étanché ma curiosité j’ai été sur l’application RadioFrance où plusieurs podcasts sont disponibles .

Et bien sûr la BD de Catel et Boquet !

Je ne vais pas la quitter sans la lire !