Sébastien Jallade – L’Appel de la Route – petite mystique du voyageur en partance

INVITATION AU VOYAGE- Aujourd’hui c’est citation

Plutôt que de rédiger un billet – difficile quand il s’agit de l’ouvrage d’un ami – je préfère laisser la parole à Sébastien Jallade et  reprendre un texte qu’il nous a lu un jour de printemps radieux…

« Je me rendais compte à quel point la carte était la principale voie d’accès à ma conquête de la vérité, l’épicentre des enjeux de tous mes départs dans les Andes. cet objet ambigu exerçait plus que tout autre, un pouvoir d’attraction sans équivalent. De cette prise de conscience tardive, je conserve dans ma chambre une vieille carte murale. Elle mentionne en langue espagnole : « République de l’Équateur, 1902. Maison Forest. E Girard. 17 rue de Buci, Paris, France. » A chaque fois que je la détaille, j’y puise avec amusement de nouveaux sens cachés, des formulations qui me paraissent soudainement décalées ou démodées. Les Andes? « Plantes médicinales », « patates », « cafés », « légumes », « tabac »,ou encore « argent »  « or », « mines » et « cuivre ». A croire que ce pays n’était pour les explorateurs de cette époque qu’un eldorado agricole ou un vaste gisement minier visant à satisfaire les visées pragmatiques de nos ancêtres. L’Amazonie? « zone de jungle inconnue »….

Qui n’a rêvé devant une carte, ancienne de surcroit?

Rentrant chez moi, j’ai dévoré le petit livre,  et quand la nostalgie du voyage me reprend, je l’ouvre pour rêver d’un départ.


Un roman estonien – Katrina Kalda

LIRE POUR LES PAYS BALTES

campagne estonienne

Roman dans le roman, écriture alerte, ironique…l’ouvrage s’annonce bien! Le lecteur est égaré par une construction étonnante. Le narrateur est le personnage du feuilleton que l’écrivain écrit tout au long du livre. Mais on ne le comprend pas tout de suite. La curiosité  est aiguisée par cette habile symétrie. Double action, en 1996 où s’écrit l’action, et 1986, sujet du feuilleton.

Tallinn, Pärnu et la campagne estonienne. La décennie 1986/96 est intéressante : l’Estonie, encore soviétique redevient indépendante.Le feuilleton est censé raconter l’histoire d’un héros de cette Révolution Chantante. August l’auteur, est recommandé à un journal par Eerik, acteur de la Révolution qui a cru le reconnaître à une réception.

Malheureusement tout se gâte quand August rencontre Charlotte, la femme d’Eerik et en tombe amoureux. Symétriquement Théodor, le narrateur du roman estonien, et le personnage du feuilleton »Le Lycéen » , rencontre  Carlotta, femme d’un homme d’affaires, Helmut. Le roman vire au mauvais feuilleton, soap ou  série télévisée. Exeunt, les allusions politiques, les descriptions d’une Tallinn post-soviétique ou soviétique (selon), l’essentiel du roman se déroule dans la campagne, on va cueillir du tilleul, des groseilles ou des poires, aller à la plage. les amoureux auront bien du mal à se déclarer….les maris vont-ils contrarier les idylles?

Je m’ennuie un peu, j’attends la révolution dans l’histoire de Théodor,plus ou moins lié à un cercle d’étudiants, un carnet découvert par hasard dénonce le scandale écologique des mines de phosphore…Dans l’histoire d’August, une explosion dans l’usine pharmaceutique d’Eerik…

J’attends avec impatience les développements, qui ne viennent pas.Le feuilleton se termine en queue de poisson quand les amoureux seront éconduits après le retour des maris…. Et la lectrice  reste avec sa curiosité. Non ce n’est pas un roman historique!

« Nous sommes arrivé, bon gré mal gré, au terme de notre histoire écrite derrière sept monts et cent rivières, dans un minuscule pays en pointillé, qui disparaît des cartes puis réapparaît, dans l’appartement étroit d’August, dans l’hiver qui ne se terminera jamais au milieu d’interminables champs jaune paille, de forêts pleines de bêtes sauvages, où les arbres imitent le bruit de ma mer »

 

 

Le Voyage d’Orient – espion en Turquie – Bertrandon de La Broquère

VOYAGE EN ORIENT

1432, Bertrandon de la Broquère, au service du Duc de Bourgogne, Philippe le Bon, partit avec des pèlerins à Jérusalem pour un voyage de renseignement à travers la Turquie. Hélène Busso a mis en français moderne sa relation, rendant accessible et même de lecture facile ce texte authentique. Un vrai roman d’aventure!

Le Pèlerinage à Jérusalem est une sorte  de voyage organisé avec des étapes convenues, les moucres, vrais professionnels du tourisme,  louent et conduisent des montures, des caravansérails, hôtelleries du désert. Les pèlerins les plus aventureux poussent l’aventure dans le Sinaï jusqu’à sainte Catherine…passant par Gaza.

Le retour des pèlerins se fait par mer, par Chypre .

C’est alors que la mission secrète de Bertrandon de la Broquère commence : il rentre par terre incognito, suivant une caravane revenant de la Mecque. Pour y être accepté, il doit se déguiser, acheter l’équipage des sarrasins et des turcs. De Damas à Brousse, il partage le quotidien de la caravane accompagné par un mamelouk,  par les contrées des Turcomans, des grecs, Tarse, Adana, Konya…

Constantinople est encore byzantine, mais  Latins et Grecs ne s’apprécient guère. il semble même que notre héros fasse plus confiance aux Turcs. Péra  est génoise Génois, Vénitiens et napolitains y font commerce.

C’est à Andrinople que se trouvait la capitale ottomane en ce temps. Bertrandon de la Broquère raconte les usages de La Porte. il détaille aussi les conquêtes turques en Serbie, Bulgarie, ses récits prennent surtout en compte les fortifications, les défenses militaires (après tout c’est pour cela qu’il est payé!)

Ses pérégrinations se déroulent dans toute l’Europe par la Hongrie, Vienne où enfin il reprendra l’habit occidental et se dévoilera.

 

 

 

Thomas Mann : La Montagne magique

Pourquoi lire Thomas Mann?

maison colorée de pêcheurs de Nida

En ce qui me concerne, de retour des pays baltes où j’ai découvert (quelle ignorante je fais!) une prégnance encore très forte de la culture allemande, j’ai vu la maison de Thomas Mann à Nida (Niden), jolie station balnéaire de la presqu’île de Courlande (Lituanie) et j’ai réalisé que je connaissais bien peu de choses de cet écrivain.

Tonio Kröger est un des rares ouvrages que j’ai lu en version originale, au lycée. Il m’avait tellement marquée que j’avais copié une citation sur ma trousse d’écolière.

Mort à Venise, je n’ai pas lu le livre, mais j’ai vu et revu le film de Visconti dont la bande sonore m’accompagne en vacances dans la petite mallette des cassettes indispensables.

J’ai donc acheté La Montagne Magique disponible à la Fnac pour combler les lacunes. Lu dans les Alpes, et même allongée pour la fin, à la suite d’une chute malencontreuse. Voilà pour le décor de la lectrice!

C’est un gros livre de plus de 800 pages. Pavé qui se déroule uniquement dans un sanatorium de Davos et ses environs immédiats. Pas d’intrigue, ou très peu. C’est tout l’art d’un  grand écrivain que de faire vivre un monde dans une trame si mince. Toute l’Europe ou presque s’y soigne Allemands fuyant le climat humide des plaines, mais aussi Russes Hollandais, anglais…Sensation du temps qui passe, ou qui ne passe pas, ou tout au moins d’un temps différent pour ces malades qui sont en dehors du monde. Echos feutrés d’une Europe se préparant imperceptiblement à la Première Guerre Mondiale qui mettra fin au séjour du héros dans le sanatorium. Bavardages et cancans de la salle de restaurant. Mais aussi débats intellectuels sans fin entre l’écrivain Italien, héritier des Carbonari et des luttes de libération, et du Juif converti devenu jésuite. Tout y passe à la moulinette acérée de leurs arguties, l’art, la politique, l’histoire.

Roman psychologique aussi, T  Mann connait Freud et les débuts de la psychanalyse. On ne s’ennuie pas sur cette montagne magique, même si les amours ébauchées n’aboutissent pas, si les guérisons sont rares et plus fréquents les enterrements.

 

Le Ruban Blanc – Haneke

TOILES NOMADES

j’ai vu ce film à sa sortie voilà deux ans, ce billet vient de mes carnets sur Voix-Nomades. J’ai cru retrouver dans les tableaux du 18ème et 19ème siècle du musée de Tallinn l’ambiance austère presque en noir et blanc du film, en tout cas une certaine atmosphère…

 

le Ruban Blanc -Haneke

Publié le : 15 Novembre 2009 sur voix-Nomades

Splendide film en noir et blanc! Beau comme du Bergman,  je pense aussi à Dreyer.
Un village d’Allemagne du nord est le théâtre d’évènements troublants, un câble tendu fait chuter le cheval du docteur, une femme meurt d’accident, les choux du Baron sont décapités, sa grange brûle, des enfants sont battus…une atmosphère de suspicion enveloppe le village.

Le plus oppressant, c’est plutôt le puritanisme que fait régner le pasteur, le verrouillage des rapports sociaux où le Baron s’impose en chef. Le film s’achève avec Sarajevo et la guerre de 14 qui éclate.
Fin d’un monde?

Pas si sûr, ces enfants sont précisément ceux qui seront adultes quand le nazisme s’installera. Déjà, comme une prémonition, la persécution de l’enfant handicapé, la perversion des comportements, l’humiliation de la sage-femme…

 

Haneke sait raconter une histoire, même cruelle, même perverse, sans juger sans dénoncer le coupable (les coupables?). On oublie les 2H25 que dure le film. Magnifiques images de l’hiver et des moissons.

 

 

 

Book et bookeen

Mon amie Roberte m’a envoyé ceci:

et j’ai bien ri!

Grâce à Dominique j’ai obtenu les coordonnées (merci à Armando)  de Lady Susan de Jane Austen en téléchargement gratuit et j’ai pour la première fois téléchargé unPdf sur ma bookeen .

Mais je ne maîtrise pas encore la technologie!

J’ai bien du mal à lire une page à la fois .Soit cela se présente sur  2 colonnes avec des lettres minuscules, soit si j’agrandis, je n’ai plus la vision complète d’une page: seuls les enfants déchiffrent lettre par lettre, mot par mot, ligne par ligne. Les lecteurs rapides balaient la page ou au moins le paragraphe.

La vidéo ci-dessus me paraît d’autant plus pertinente!

Le départ du professeur Martens – Jaan Kross

LIRE POUR LES PAYS BALTES

1909, le Professeur Martens prend le train de Pärnu pour Saint-Pétersbourg, le voyage est long, l’humeur assombrie par un article malveillant le concernant, il repasse le cours de sa vie, s’adressant par l’imagination à Kati, sa femme qu’il va rejoindre.

1909, les empereurs Guillaume et Nicolas, sur leurs yachts respectifs, vont se rencontrer non loin, sur la Baltique. Le conseiller Martens est un juriste, professeur de Droit International réputé, c’est aussi un diplomate qui  a négocié des traités aussi importants que celui qui a mis fin au conflit Russo-Japonais, ou qui a convaincu la France hésitante en 1905, d’accorder les fameux Emprunts Russes ….

Le personnage de Martens a véritablement existé. Le roman de l’écrivain estonien Jaan Kross, comme Le Fou du Tzar, est remarquablement bien documenté. Leçon d’histoire au début du XXème siècle.

Le professeur Martens a un double, son homonyme, un  allemand de Göttingen, professeur de Droit International, diplomate également, ayant  participé au Congrès de Vienne, un siècle auparavant. Les vies des deux Martens s’entremêle; parallèle étrange. Et le roman historique est double, racontant les conquêtes napoléoniennes, l’installation de Jérôme , roi de Westphalie, et l’allégeance du Conseiller Martens au pouvoir de Bonaparte, puis son retournement après la retraite de Russie…

Si le Fou du Tzar n’admettait aucun compromis et payait sa franchise et sa loyauté d’un emprisonnement en forteresse et d’une assignation à résidence, au contraire les deux diplomates, en dépit de leur honnêteté, de leur connaissance du Droit, par faiblesse ou par réalisme, se trouvent piégés dans leur allégeance au pouvoir. Les Emprunts Russes obtenus de la France ont-ils allégés les souffrances du peuple et la famine ou ont-ils financé la répression contre les révolutionnaires de 1905? Ces menottes que le neveu de Martens portait dans le train? Jaan Kross dépeint ce personnage admirable et considérable qui a failli obtenir le prix Nobel (comme Kross, lui-même) mais qui n’est pas dénué de faiblesses et de complexité.

Peut on concilier le Droit et un pouvoir despotique?  Cette problématique à laquelle les deux Martens furent confrontés fut sans doute aussi celle des Estoniens du temps de l’Union soviétique. La rencontre du professeur Martens dans le train avec une journaliste estonienne annonce la révolution et les revendications nationales estoniennes.

 

Et maintenant on va où? film de nadine Labaki

chœur antique?

Des femmes en noir s’avancent, tel un chœur antique dans une tragédie grecque, le décor s’y prête. Réminiscence d’un film d’Almodovar, elle vont frotter les tombes…. l’atmosphère est lourde, le Liban se déchire.

Les femmes en ont assez, elles sont prêtes à tout pour empêcher leurs maris et leurs fils de s’entretuer. C’est un sujet en or. Des actrices magnifiques, de l’impertinence, de la musique, des gags. Tous les ingrédients pour faire un excellent spectacle!

Et pourtant, j’ai préféré Caramel de la même réalisatrice. Avec trop de bonne volonté, elle en  fait trop, elles veulent tellement bien faire, qu’elles en font des tonnes. C’est sympathique, drôle, mais un peu trop lourd.

affiche

Adieu voix-Nomades : revoir certaines pages!

Le port de Mindelo cap vert

 Il existe un site qui archive la mémoire du web. Ce qui permet de revoir certaines pages de Voix-Nomades (pas toutes) la recherche est chronologique et un peu aléatoire mais cela fait quand même plaisir. Nostalgie……

 http://web.archive.org/web/20080703172934/http://www.voix-nomades.com//

la Fée: film Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy

Quelle délicieuse surprise que cette comédie!

Je n’avais rien compris au résumé mais la bande annonce m’avais intriguée. J’avais vraiment besoin d’un film léger après une série très glauque qui avait commencé par la Piel que habito d’Almodovar, s’était poursuivie par un Au Revoir iranien vraiment sans espoir.

Ne pas spoiler!! Surtout ne pas raconter les gags, les découvrir par surprise. Et se laisser entraîner dans l’invraisemblance jubilatoire.

La Fée est aussi une invitation au voyage, qui commence dans le port du Havre, nous laisse rêver au départ sur le bord de la plage à bord de la voiture sans moteur ni roue…Le Havre est tellement magnifié! c’est maintenant que j’imagine  la grâce à cette architecture des années 50 de béton.